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La parade des hypocrites - sous les feux de la rampe à Paris (par Pepe Escobar)
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Article de Pepe Esco­bar, initia­le­ment paru en anglais sur le site de sput­nik­news.com.


La mani­fes­ta­tion pari­sienne de l’union sacrée, hono­rée de la présence de 40 grands de ce monde a révélé le « deux poids deux mesures » de la liberté d’ex­pres­sion et de la lutte contre le terro­risme.

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© AP Photo/ Pablo Marti­nez Monsi­vais |—| Les médias des USA critiquent Obama pour son absence lors de la marche à Paris

 

12 Janvier 2015, Beijing 

Une parade d’hy­po­cri­sie poli­tique sans précé­dent. La vision du Géné­ral Hollande, conqué­rant du Mali ; de David d’Ara­bie Came­ron ; d’An­gela « lais­sons les Ukrai­niens de l’Est mourir » Merkel ; d’Ah­med « Assad doit déga­ger » Davu­to­glu ; et même du Roi Sarko 1er, libé­ra­teur de la Libye ; sans parler de Bibi « solu­tion finale » Neta­nya­hou – tous para­dant pour la « liberté », « la liberté d’ex­pres­sion », et la « civi­li­sa­tion » contre la barba­rie, dans les rues de Paris, ferait trem­bler de dégoût les plus grands intel­lec­tuels de tradi­tion occi­den­tale, de Diogène à Voltaire et de Nietzsche à Karl Kraus.

Vu d’Asie, ce détour­ne­ment poli­tique parais­sait encore plus grotesque. Et pas éton­nant qu’une image-montage (ci-dessous) ait fait le buzz à travers le Machrek, centre névral­gique des réseaux sociaux arabes : la « marche pour l’unité » à Paris asso­ciée à la parade d’Hit­ler et des nazis se pava­nant, la tour Eiffel en arrière-plan. Un montage qui illustre exac­te­ment le débat sur la « liberté d’ex­pres­sion ». Sa publi­ca­tion serait-elle auto­ri­sée en Une d’un jour­nal occi­den­tal, sati­rique ou pas ?

10391387_10152989632086678_903716188509500143_nL’un des tours de passe-passe que les élites diri­geantes de la civi­li­sa­tion occi­den­tale ont réussi, c’est ce mythe de « la liberté d’ex­pres­sion » — qui va de pair avec le mythe du marché « libre ». « Libre », oui, mais dans le cadre qu’au­to­risent les maitres de l’uni­vers. Tout discours qui critique­rait le racket atlan­tiste – géopo­li­tique ou écono­mique, mettrait en lumière les doubles ou triples stan­dards et entre­rait dans les détails de ces choses sérieu­ses–, des crimes finan­ciers aux crimes de guerres, et le plus crucial, le terro­risme spon­so­risé par l’Oc­ci­dent – est impi­toya­ble­ment réduit au silence.

Donc, calom­nier l’Is­lam comme un tout, l’en­semble des 1.6 milliards de musul­mans, est accep­table, ou au moins toléré. Mais dénon­cer le sionisme est « anti­sé­mite ». « Liberté de la presse » ? La chaîne iranienne Press TV est bannie sur tous les terri­toires atlan­tistes. RT (Russia Today) est régu­liè­re­ment ridi­cu­li­sée, quali­fiée de porte-parole d’une dicta­ture « diabo­lique ». Ces « leaders » para­de­raient-ils au Donbass ou à Damas pour défendre la « liberté d’ex­pres­sion » ? N’y pensez même pas.

« Nos » fils de pute OTANesques*

La cerise sur le gâteau, c’est sans aucun doute, le « soutient » offert à la France par la Maison Saoud, laquelle venait de finir le premier round (50 des 1000 coups de fouets) de la flagel­la­tion publique du blogueur Raif Badaoui. Son crime : animer un site web libé­ral en faveur de cette si précieuse « liberté de la presse », mais en Arabie Saou­dite.

Oh – s’écrie à l’unis­son la horde des éclai­rés – mais c’est un « royaume conser­va­teur » ! Ils sont évidem­ment l’un des alliés-clé stra­té­giques de l’Oc­ci­dent – que ce soit pour tout ce pétrole ou pour ce fabu­leux marché d’écou­le­ment de nos stocks d’ar­me­ment. Ils sont « nos » fils de pute*. Donc oui, ils peuvent se permettre tout et n’im­porte quoi, sans aucun problème.

La diffé­rence c’est que main­te­nant les maîtres de l’uni­vers ne peuvent plus duper si faci­le­ment la majo­rité du Sud de la planète, qui comprend qu’il n’y a quasi­ment aucune diffé­rence entre la Maison Saoud, les myriades de décli­nai­sons d’Al Qaïda, et l’EI/ISIS/Daesh – le cali­fat bidon main­te­nant en posses­sion du « Syrak ».

La racine de tout l’en­fer djiha­diste est, fonda­men­ta­le­ment, le wahha­bisme médié­val– et sa vision into­lé­rante et primi­tive de l’Is­lam. Pour­tant ce phéno­mène ne peut même pas commen­cer à être compris par les grands médias occi­den­taux. Aucune « liberté d’ex­pres­sion » là-dedans. La Maison Saoud et ses comparses, les plou­to­crates du golfe Arabo-persique, sont « nos » fils de pute. Ils aident même la coali­tion diri­gée par l’Em­pire du Chaos à combattre Daesh !

 

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© REUTERS/ Yous­sef Boud­lal |—-| Au cœur de la marche pour l’unité à Paris, pour hono­rer les victimes des terro­ristes

Même des intel­lec­tuels français qui aupa­ra­vant compre­naient les causes du djiha­disme, comme Olivier Roy, se posent des ques­tions sur « les liens entre l’Is­lam et la violence ». Mauvaise ques­tion : aucun rapport avec l’Is­lam mais plutôt avec l’idéo­lo­gie et le prosé­ly­tisme reli­gieux expor­tés par les Saou­diens.

La société française n’est pas, en son sein, mena­cée par la présence musul­mane – bien qu’elle soit effec­ti­ve­ment mena­cée par une isla­mo­pho­bie exacer­bée. Le problème prin­ci­pal c’est que la France ne sait pas comment inté­grer la popu­la­tion musul­mane, ce qui produit ce que le socio­logue Farhad Khos­ro­kha­var appelle des « terro­ristes maison ». Ces terro­ristes made in France commencent comme petits voleurs, d’abord désis­la­mi­sés puis réis­la­mi­sés par des imams de quar­tier et plus encore par la vision des dévas­ta­tions et des destruc­tions que l’OTAN et l’Em­pire du Chaos font naître font subir aux terres d’Is­lam.

L’OTAN, dont fait partie la France, a commis tous les crimes pensables, du bombar­de­ment de civils (Libye) au finan­ce­ment/arme­ment pour « soute­nir » les soi-disant « rebelles modé­rés » de Syrie. Et sur le front de la liberté d’ex­pres­sion, ça n’est pas beau­coup mieux. Selon le Tribu­nal de Bruxelles, au moins 404 jour­na­listes ont été tués depuis l’in­va­sion/occu­pa­tion de l’Irak par les USA en 2003, dont 374 irakiens. Ils n’ont pas vrai­ment été pleu­rés par le gang atlan­tiste des amou­reux de la liberté. Pas plus que n’ont été pleu­rés les civils irakiens – plus d’un million – déci­més par l’Em­pire du Chaos, en plus de 30 ans de guerre impé­ria­liste. Sans parler des 200 000 Syriens victimes de la guerre « Assad-doit-partir ».

 

Et notre Patriot Act alors ?

 

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Sur le front anti­ter­ro­riste, le cirque post-Char­lie est un don du ciel, qui permet­tra de conti­nuer plein gaz la « guerre contre la terreur ». Tous les suppo­sés coupables sont conve­na­ble­ment morts – donc aucune chance de recol­ler les morceaux pour comprendre la véri­table histoire. Ça aurait pu être Al-Qaïda dans la pénin­sule Arabique (AQAP), ou encore une divi­sion du travail entre AQAP et l’EI/ISIS/DAESH ; cela pouvait aussi être un commando de djiha­distes agis­sant en profes­sion­nels jusqu’à ce que, comme l’a admis le ministre de l’In­té­rieur français Bernard Caze­neuve, ils commettent « l’er­reur fatale » – quelle déli­ca­tesse ! – de lais­ser une carte d’iden­tité dans la Citroën utili­sée pour prendre la fuite.

Le minis­tère de la Peur a lancé un aver­tis­se­ment mondial sur la « menace conti­nue d’actes terro­ristes et de violence contre les citoyens et les inté­rêts des USA à travers le monde ». Il y aura un sommet sur la « sécu­rité » à la Maison blanche le 18 février – alors même que le ministre de l’In­té­rieur français souligne la néces­sité d’une coopé­ra­tion euro­péenne « d’échange d’in­for­ma­tions » à propos des indi­vi­dus qui reviennent du « Syrak ».

Il n’est venu à l’es­prit d’au­cun expert que « l’Oc­ci­dent » avait lui-même créé le terrain de jeu idéal pour que « ces gens-là » exercent leurs compé­tences de djiha­distes.

Le roi Sarko 1er, comme on pouvait s’y attendre, a le vent en poupe. Son nouveau bara­tin c’est « la guerre des civi­li­sa­tions » – ce qui, en gros, corres­pond à la « guerre contre le terro­risme » de « W » (George Bush), mais made in France, ouvrant la voie à un « Patriot Act » français. En vérité, ce qui se joue n’a rien à voir avec la « démo­cra­tie », ou la « liberté d’ex­pres­sion », sans parler de cette « guerre des civi­li­sa­tions ». Et, comme on pouvait le prévoir, la seule réponse de l’Oc­ci­dent est de multi­plier les tenta­cules sécu­ri­taires de l’hydre orwel­lienne de surveillance/sécu­rité, ce qui mène à une impasse, parce que cela dénote un refus de s’at­taquer aux véri­tables racines du djiha­disme.

Prochai­ne­ment près de chez vous : un Guantá­namo made in France spon­so­risé par Dior. Rendons grâce au Seigneur pour tous ces poli­ti­ciens brillants qui nous protègent.


*Allu­sion à la réponse de Cordell Hull, secré­taire d’État US, à un ambas­sa­deur US qui lui disait que Trujillo, le dicta­teur de Saint-Domingue, était un « bastard » : « Oui, mais c’est notre ‘bas­tard’. Phrase aussi attri­buée à Truman, Roose­velt et Nixon à propos de divers dicta­teurs d’Amé­rique centrale [NdT] 

 


Traduc­tion: Nico­las CASAUX
Edité par Fausto Giudice

consentement manipulation politique

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