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Pour TOUT Transformer - Un appel anarchiste!
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Pour chan­ger quoi que ce soit, il faut bien Commen­cer quelque part!

Si par magie tu avais la possi­bi­lité de chan­ger quelque chose, n’im­porte quoi, que chan­ge­rais-tu? Pren­drais-tu congé jusqu’à la fin de tes jours? Renver­se­rais- tu les chan­ge­ments clima­tiques? Exige­rais-tu des banquiers et poli­ti­ciens qu’ils se comportent de façon éthique?

D’une manière ou d’une autre, tu convien­dras qu’il serait irréa­liste de ne rien chan­ger et d’es­pé­rer en retour des résul­tats diffé­rents.

Toutes nos épreuves intimes, finan­cières et émotion­nelles reflètent les boule­ver­se­ments et les catas­trophes qui se déploient à l’échelle plané­taire. Nous pour­rions passer le reste de nos vies à tenter d’éteindre ces feux un à un, ils ont tous pour source le même foyer prin­ci­pal. Aucune solu­tion isolée n’y fera; il nous faut tout repen­ser selon une autre logique.


Le spectre de la liberté hante toujours ce monde suppo­sé­ment façonné à son image. On nous a promis l’au­to­dé­ter­mi­na­tion complète et toutes les insti­tu­tions de nos socié­tés sont censées nous la garan­tir.

Si tu jouis­sais d’une parfaite auto­dé­ter­mi­na­tion, que ferais-tu en ce moment? Imagine les possi­bi­li­tés : les amitiés que tu pour­rais nouer, les expé­riences que tu pour­rais vivre, tout ce que tu pour­rais entre­prendre pour donner un sens à ta vie. À ta nais­sance, il n’y avait aucune limite à ce que tu pouvais deve­nir et accom­plir. Tout était possible.

Nous prenons rare­ment le temps de réflé­chir à cela. Seule­ment, peut-être, dans nos meilleurs moments – lorsque nous tombons amou­reuse ou connais­sons du succès, ou visi­tons un pays jusqu’a­lors peu fami­lier- aper­ce­vons-nous briè­ve­ment tout ce qu’au­rait pu être, tout ce que pour­rait être notre vie.

Qu’est-ce qui t’em­pêche de réali­ser ton plein poten­tiel? Quelle prise as-tu réel­le­ment sur ton milieu de vie, sur ton emploi du temps? Les bureau­cra­ties qui ne t’es­ti­­ment que si tu obéis à leurs direc­tives, l’éco­no­mie qui ne te permet d’agir que si tu génères du profit, les recru­teurs de l’ar­mée pour qui tu n’es « fort, fier et prêt » que si tu te soumets à leur auto­rité. Ces insti­tu­tions te permettent-elles de tirer le meilleur parti de ta vie, selon tes propres condi­tions?

Le secret de Poli­chi­nelle est que la pleine auto­dé­ter­mi­­na­tion est bel et bien en nous : non pas parce qu’elle nous est accor­dée, mais parce que même la plus tota­li­taire des dicta­tures ne saurait nous en priver. Pour­tant, aussi­tôt que nous agis­sons par et pour nous-mêmes, nous entrons en conflit avec les insti­tu­tions qui sont censées garan­tir notre liberté.

Les gestion­naires et les percep­teurs d’im­pôts adorent parler de respon­sa­bi­lité person­nelle. Mais si nous assu­mi­ons entiè­re­ment la respon­sa­bi­lité de nos propres actions, quelle atten­tion porte­rions-nous à leurs direc­tives?

Tout au long de l’his­toire, l’obéis­sance aveugle a causé bien plus de mal que la froide méchan­ceté. Les arse­naux des armées du monde sont la mani­fes­ta­tion physique de notre soumis­sion à l’au­to­rité d’au­trui. Pour être abso­lu­­ment sûr et certain de ne jamais parti­ci­per aux guerres, géno­cides et autres oppres­sions, la première étape est de refu­ser d’obéir aux ordres.

Cela vaut égale­ment pour les systèmes de valeurs person­nelles. D’in­nom­brables diri­geants et règle­ments exigent notre soumis­sion abso­lue. Mais même si tu es dispo­sée à abdiquer la respon­sa­bi­lité de tes déci­sions à tel dieu ou tel dogme, comment déci­der lequel choi­sir? Que tu le veuilles ou non, tu es la seule à pouvoir choi­sir. La plupart du temps, les gens font ces choix en fonc­tion de ce qui leur est le plus fami­lier ou leur semble le plus pratique.Pour-Tout-Transformer-page-003

Nous ne pouvons échap­per à la respon­sa­bi­lité de nos convic­tions et de nos déci­sions. Lorsqu’on ne doit de comptes qu’à soi-même, qu’on refuse de se soumettre à tel chef ou tel comman­de­ment, il se peut encore que nous entrions en conflit les uns contre les autres, mais au moins nous le faisons sous nos propres condi­tions, sans subir inuti­le­ment telle ou telle tragé­die au service d’in­té­rêts qui nous échappent.

L’ou­vrier qui effec­tue un travail a un certain pouvoir; le patron qui lui dit quoi faire détient l’au­to­rité. La loca­taire qui entre­tient son logis a un certain pouvoir; le proprié­taire de l’édi­fice détient l’au­to­rité. Une rivière a « du pouvoir »; le permis de construire un barrage confère de l’au­to­rité.

Le pouvoir n’a en soi rien d’op­pres­sif. Plusieurs formes de pouvoir sont en fait libé­ra­trices : le pouvoir de pren­dre soin de celles et ceux qu’on aime, de se défendre et de résoudre des conflits, de pratiquer l’acu­punc­ture, de pilo­ter un voilier, de faire du trapèze. Il est possible de déve­lop­per ses apti­tudes tout en favo­ri­sant la liberté des autres. Quiconque s’ef­force de réali­ser son plein poten­tiel rend du même coup service aux autres.

L’au­to­rité impo­sée à autrui, par contre, est une usur­­pa­tion de pouvoir. Or, ce qu’on prend à autrui, d’autres fini­ront par nous le reprendre tôt ou tard. L’au­to­rité provient toujours d’en haut :

Le soldat obéit au géné­ral, qui relève du Chef d’État, qui tient son auto­rité de la consti­tu­tion.

Le prêtre obéit à l’évêque, l’évêque au pape, le pape aux évan­giles, qui tiennent leur auto­rité de Dieu.

L’agent de police obéit à ses supé­rieurs, le juge tient son auto­rité des lois, et les entre­prises, du capi­tal.

Le patriar­cat, la supré­ma­tie blanche, la propriété : aucun tyran ne trône au sommet de ces pyra­mides. Ce sont des construits sociaux, des spectres qui main­tiennent l’hu­ma­nité sous hypnose.

Tant que nous cher­che­rons le pouvoir dans l’au­to­rité, il échap­pera à nos aspi­ra­tions. En hiérar­chie, l’au­to­rité découle de l’obéis­sance : le pouvoir et l’au­to­rité sont telle­ment imbriqués qu’il est devenu pratique­ment impos­sible de les distin­guer. Et pour­tant, sans liberté, le pouvoir n’a aucune valeur.Pour-Tout-Transformer-page-004

Contrai­re­ment à l’au­to­rité, la confiance place le pouvoir dans les mains de qui la donne, et non de qui la reçoit. Qui a gagné la confiance n’a que faire de l’au­to­rité. Et qui n’est pas digne de confiance ne mérite certai­ne­ment pas l’au­to­rité! Et pour­tant, à qui fait-on moins confiance qu’aux poli­ti­ciens et aux capi­taines d’in­dus­trie?

Lorsque le pouvoir est distri­bué égale­ment, chaque indi­vidu est incité à régler ses conflits, à gagner la confiance des autres. La hiérar­chie inva­lide cet inci­ta­tif et permet à ceux qui sont en posi­tion d’au­to­rité de répri­mer les conflits.

L’ami­tié, dans le meilleur des cas, est un rapport entre égaux qui se soutiennent et se remettent en ques­tion réci­proque­ment. L’au­to­no­mie de chacunE y est respec­tée. C’est un excellent modèle de compa­rai­son pour évaluer toutes nos rela­tions. Sans les contraintes qui nous sont impo­sées aujourd’­hui, comme la citoyen­neté et la « léga­lité », la propriété et les dettes ou les chaines de comman­de­ment mili­taires et d’en­tre­prise, rien ne nous empê­che­rait de refon­der nos rela­tions sur l’en­traide et la libre asso­cia­tion.

« Tes droits s’ar­rêtent là où ceux des autres commencent ». Si l’on donne foi à cette logique, plus nous sommes nombreux, plus la liberté de chacunE s’ame­nuise.

Mais la liberté n’est pas un minus­cule espace fermé de droits indi­vi­duels. Il n’est pas aussi simple de nous distin­guer les unEs des autres. Le rire et le bâille­ment sont conta­gieux, tout comme l’en­thou­siasme et le déses­poir. Je suis la somme des clichés qui m’ha­bitent, des musiques qui m’ob­sèdent, des humeurs que me trans­mettent mes cama­rades. Lorsque je conduis une voiture, je pollue l’air que tu respires; les médi­ca­ments que tu consommes se retrouvent tôt ou tard dans l’eau que nous buvons toutes et tous. Le système que tous les autres tiennent pour acquis est celui que tu dois accep­ter, mais lorsque d’autres que toi le contestent, tu as aussi l’oc­ca­sion de rené­go­cier ta réalité. Ta liberté et la mienne commencent et s’ar­rêtent au même point.

Nous ne sommes pas des indi­vi­dus décon­nec­tés. Nos corps sont compo­sés de milliers d’es­pèces évoluant en symbiose : loin d’être des forte­resses impé­né­trables, ils sont des proces­sus évolu­tifs par lesquels nutri­ments et microbes tran­sitent perpé­tuel­le­ment. De la même manière, nous vivons en symbiose avec des milliers d’autres espèces. Les champs de maïs inhalent l’air que nous exha­lons. Une meute de loups en campagne ou un chœur de grenouilles aux abords d’un étang sont aussi indi­vi­duels, aussi unitaires, que chacun de nos corps. Nous n’évo­luons pas en vase clos, entraî­néEs unique­ment par notre propre raison; les courants du cosmos nous traversent sans cesse.Pour-Tout-Transformer-page-006

Le langage ne nous sert à commu­niquer que dans la mesure où nous en parta­geons l’usage. Il en va de même pour les idées et les désirs : nous pouvons les commu­ni­quer parce qu’ils nous dépassent, parce qu’ils sont plus grands que chacunE de nous prisE indi­vi­duel­le­ment.

ChacunE de nous est compo­séE du chaos de forces contra­dic­toires qui, toutes sans excep­tion, nous dépas­sent dans l’es­pace et le temps. En choi­sis­sant lesquelles de ces forces culti­ver, nous déter­mi­nons les quali­tés que nous favo­ri­se­rons person­nel­le­ment chez tous les indi­vi­­dus que nous rencon­trons.

La liberté n’est pas un bien privé ou une chose que l’on possède. C’est une rela­tion. Il ne s’agit pas de se prému­­nir contre le monde, mais d’in­te­ra­gir avec lui de manière à multi­plier et opti­mi­ser les possi­bi­li­tés. Cela ne veut pas dire que la recherche de consen­sus soit une fin en soi. Le conflit, autant que le consen­sus, peut contri­buer à nous faire gran­dir et à nous amen­der, pourvu qu’au­cun pou­­voir central ne s’ar­roge le droit de forcer le compro­mis ou de trans­for­mer le conflit en compé­ti­tion brutale où le plus fort l’em­porte toujours. Plutôt que de divi­ser le monde en d’in­fi­nies sphères de pouvoir distinctes les unes des autres, pourquoi ne pas tirer le maxi­mum de notre inter­con­nexion natu­relle.

Dans cette société où nous évoluons, même nos passions ne nous appar­tiennent pas. Elles sont culti­vées par la publi­cité et la propa­gande pour nous faire tour­ner en rond sur les manèges du consu­mé­risme. Endoc­tri­nés, les gens se complaisent et se féli­citent de choix qui les rendront toujours plus misé­rables avec le temps. Nous sommes prison­niers et prison­nières de nos plai­sirs autant que de nos souf­frances

Pour être réel­le­ment libres, il faut que nous ayons prise sur les procé­dés qui défi­nissent nos désirs. La libé­ra­tion ne se limite pas à la réali­sa­tion des désirs qui nous habi­tent aujourd’­hui. Il faut encore que nous puis­sions élar­gir l’ho­ri­zon des possibles pour que nos désirs évoluent avec les réali­tés qu’ils nous poussent à produire. Cela implique de se défaire du plai­sir que nous procurent la domi­na­tion, l’im­po­si­tion et l’ap­pro­pria­tion, et de cher­cher les plai­sirs qui nous extirpent de la méca­nique d’obéis­sance et de compé­ti­tion. Quiconque s’est déjà défait d’une dépen­­dance sait ce qu’im­plique la trans­for­ma­tion des désirs.

Les esprits into­lé­rants ont l’ha­bi­tude d’im­pu­ter la respon­sa­bi­lité de problèmes systé­miques à certains groupes en parti­cu­lier. Les Juifs sont tenus pour respon­sables de l’ava­rice qui carac­té­rise le capi­ta­lisme, les immi­grants de la réces­sion écono­mique, etc. C’est par le même raison­ne­ment que l’on tend à blâmer indi­vi­­duel­le­ment certains poli­ti­ciens pour la corrup­tion géné­ra­li­sée en poli­tique. Pour­tant, le problème réside dans les systèmes en tant que tels. Quiconque tient les rênes du pouvoir repro­duit les mêmes outrages ordi­naires, les mêmes abus. Le problème n’est pas tant la corrup­tion des diri­geants que leur exis­tence même.

Nos enne­mis ne sont pas les êtres humains, mais les insti­tu­tions et les habi­tudes qui nous rendent étran­gers les unEs aux autres et à nous même. Les conflits sont plus nombreux et plus violents en nous qu’entre nous. Les mêmes lignes de faille qui déchirent notre civi­li­sa­tion traversent égale­ment nos amitiés et nos amours. Ce n’est pas un conflit entre personnes, mais entre diffé­rents types de rela­tions et diffé­rents modes de vie. Lorsque nous refu­sons les rôles qui nous sont impar­tis d’of­fice dans l’ordre domi­nant, nous élar­gis­sons ces lignes de faille et forçons les autres à prendre posi­tion.Pour-Tout-Transformer-page-008

L’idéal serait de se débar­ras­ser une fois pour toutes de la domi­na­tion plutôt que d’en gérer les détails plus équi­ta­ble­ment, de mettre ceux qui la subissent à la place de ceux qui l’in­fligent ou de stabi­li­ser le système en le réfor­mant. L’objet de la contes­ta­tion n’est pas de récla­mer des lois et des légis­la­teurs plus justes, mais de montrer que nous pouvons agir en nos noms, d’en­cou­ra­ger les autres à faire de même et de décou­ra­ger les auto­ri­tés de s’in­ter­po­ser. Ce n’est pas tant une guerre, soit un conflit binaire entre deux camps mili­ta­ri­sés, qu’une forme de déso­béis­sance conta­gieuse.

Il ne suffit pas d’éduquer et de discu­ter, d’at­tendre que les autres révisent leur senti­ment et leur opinion. Tant et aussi long­temps que les idées ne sont pas traduites en actions, que les gens ne sont pas confron­tés à des choix concrets, la conver­sa­tion demeure abstraite. La plupart des gens tendent à s’éloi­gner des discus­­sions théo­riques, mais lorsque quelque chose se produit, que les enjeux sont impor­tants et qu’ils perçoivent des diffé­rences marquées entre parties oppo­sées, ils pren­nent posi­tion. L’una­ni­mité n’est pas néces­saire, pas plus qu’une compré­hen­sion appro­fon­die de l’uni­vers ou qu’un plan détaillé vers une desti­na­tion précise. Tout ce qu’il faut, c’est le courage de s’avan­cer sur un sentier inconnu.

À quels signes recon­nais-tu une rela­tion abusive? L’abu­seur essaie peut-être de contrô­ler ton compor­te­ment ou te dicter quoi penser; d’en­tra­ver ou régle­men­ter ton accès à certaines ressources; d’uti­li­ser des menaces ou de la violence contre toi; ou de te main­te­nir dans un état de dépen­dance. Peut-être te surveille-t-il constam­ment.

C’est là le compor­te­ment d’un indi­vidu abusif, mais l’agence du revenu, les agences d’es­pion­nage et la plupart des insti­tu­tions qui gouvernent notre société se conduisent de la même façon. Elles reposent pratique­­ment toutes sur l’idée que les êtres humains doivent être poli­cés, gérés, admi­nis­trés.

Plus grandes sont les injus­tices qu’on nous impose, plus grands sont les moyens de contrôle néces­saires à leur main­tien. À une extré­mité de l’échelle du pouvoir, le contrôle est exercé bruta­le­ment sur une base indi­­vi­duelle : frappes de drones, groupes tactiques^ d’in­ter­­ven­tion, isole­ment cellu­laire et profi­lage racial. À l’autre extré­mité, le contrôle est omni­pré­sent, presque indé­­tec­table, inté­gré à même l’in­fra­struc­ture de la société, com­me les équa­tions qui déter­minent les cotes de solva­bi­lité et les primes d’as­su­rance, les moyens par lesquels les statis­tiques sont recueillies et trans­for­mées en méthodes d’amé­na­ge­ment urbain ou l’ar­chi­tec­ture des sites de rencontres en ligne et des plate­formes de médias sociaux. Les agences de « sécu­rité » surveillent nos acti­vi­tés en ligne mais ont moins d’in­ci­dence sur la réalité de nos vies que les algo­rithmes qui déter­minent ce que nous voyons lorsque nous nous connec­tons.

Lorsque les possi­bi­li­tés infi­nies de la vie auront été réduites à une pano­plie d’op­tions codées en 1 et en 0, il n’y aura plus aucune fric­tion entre le système que nous habi­tons et les vies que nous pour­rons encore imagi­ner. Non pas parce nous aurons réalisé la liberté totale, mais parce que nous aurons atteint son extrême opposé. La liberté ne se résume pas au choix entre diffé­rentes options, mais à la possi­bi­lité de formu­ler nous-mêmes les ques­tions.

Les méca­nismes servant à impo­ser l’iné­ga­lité sont multi­ples. Certains dépendent d’un appa­reil central, comme le système judi­ciaire. D’autres fonc­tionnent de manière plus infor­melle, comme les vieux réseaux d’in­fluence et les rôles de genre. Certains de ces méca­nismes ont été complè­te­ment discré­di­tés. Qui croit encore, par exemple, au droit divin des rois? Pour­tant, pendant des siècles aucune autre forme de société n’était même envi­sa­geable. D’autres méca­nismes sont si profon­dé­­ment enra­ci­nés que nous les croyons indis­pen­sables. Qui peut s’ima­gi­ner un monde sans propriété privée? Pour­tant, ces concepts ne sont que des construits sociaux : ils sont bien réels, mais leur emprise n’est pas inéluc­table. L’exis­tence des chefs d’en­tre­prise et des proprié­taires exploi­teurs n’est pas plus natu­relle, néces­saire ou salu­taire que celle des empe­reurs.Pour-Tout-Transformer-page-010

Tous ces méca­nismes se sont déve­lop­pés ensemble, se renforçant mutuel­le­ment. L’his­toire du racisme, par exemple, est indis­so­ciable de celle du capi­ta­lisme, et ni l’un ni l’autre n’est conce­vable sans la colo­ni­sa­tion, l’es­cla­­vage et les autres lignes de partage racistes qui divisent la classe ouvrière et déter­minent encore aujourd’­hui qui occupe les prisons et bidon­villes du monde. De Ja même manière, sans l’in­fra­struc­ture que garan­tissent l’État et les autres formes de hiérar­chie, l’in­to­lé­rance et les préju­gés person­nels ne suffi­raient pas à main­te­nir en place la supré­ma­tie blanche. Qu’un homme à la peau noire accède à la prési­dence de ces struc­tures, pour prendre l’exemple des États-Unis, ne sert en fait qu’à les stabi­li­ser : c’est la prover­biale excep­tion qui confirme la règle.

En d’autres termes, tant qu’il y aura de la police, qui selon toi harcè­lera-t-elle? Tant qu’il y aura des prisons, qui y enfer­mera-t-on? Tant qu’il y aura de la pauvreté, qui vivra dans la misère? Il est naïf de croire que l’on peut attein­dre l’éga­lité dans une société fondée sur la hiérar­chie. On peut bien bras­ser les cartes, c’est toujours le même jeu.

Lorsqu’une armée étran­gère enva­hit un pays, y coupe les arbres, en empoi­sonne les rivières et force les enfants à lui prêter allé­geance, rare sont ceux qui hésitent à prendre les armes contre elle. Pour­tant, lorsque le gouver­ne­ment local se comporte exac­te­ment de la même façon, les patriotes sont toujours dispo­sés à obéir, à payer des impôts et à sacri­fier leurs enfants.

Les fron­tières ne nous protègent pas, elles nous séparent les unEs des autres, causant des fric­tions arti­fi­cielles entre incluEs et excluEs, tout en cachant les diffé­rences qui existent bel et bien entre diffé­rentes classes d’in­cluEs. Même le gouver­ne­ment le plus démo­cra­tique s’ap­puie sur cette sépa­ra­tion arti­fi­cielle entre citoyens et étran­gers, légi­times et illé­gi­times. Dans Athènes à l’époque clas­sique, soit le prétendu berceau de la démo­cra­tie, une toute petite frac­tion des hommes adultes étaient admis dans le proces­sus démo­cra­tique; les pères fonda­teurs de la démo­cra­tie moderne, quant à eux, possé­daient des esclaves. La citoyen­neté édifie encore aujourd’­hui une barrière hermé­tique entre incluEs et excluEs, niant auto­ma­tique­ment toute prise sur leur propre vie à des millions de rési­dentEs sans-papiers en Amérique du Nord seule­ment.

L’idéal libé­ral vise à élar­gir les limites de l’in­clu­sion pour en arri­ver éven­tuel­le­ment au point où tout le monde serait inté­gré au sein d’un seul et même vaste projet démo­cra­tique. Mais l’iné­ga­lité est inscrite à même la struc­ture. À toutes les échelles de cette société, des milliers de petites fron­tières nous séparent entre puis­santEs et impuis­santEs : les contrôles de sécu­rité, les cotes de crédit, les mots de passe de bases de données, les four­chettes de prix. Il nous faut des formes d’ap­par­te­­nance qui ne reposent pas sur l’ex­clu­sion, qui ne centra­lisent pas le pouvoir et la légi­ti­mité, qui ne confinent pas l’em­pa­­thie aux commu­nau­tés proté­gées.Pour-Tout-Transformer-page-018

Il n’est vrai­ment possible d’avoir du pouvoir qu’en l’exerçant; on ne peut savoir ce qui nous inté­resse vrai­­ment qu’en explo­rant à fond tous nos inté­rêts. Lorsque chaque tenta­tive d’in­fluen­cer le monde où nous habi­­tons doit passer par la média­tion de repré­sen­tants ou se confor­mer au proto­cole des insti­tu­tions établies, nous sommes forcé­ment alié­néEs les unEs des autres et de notre propre poten­tiel. Chaque aspect de notre pouvoir d’agir que nous faisons valoir revient nous hanter sous une forme mécon­nais­sable et hostile. Les poli­ti­ciens qui nous déçoivent constam­ment ne font en fait que nous démon­trer l’éten­due du pouvoir sur nos vies que nous leur avons cédé; la violence de la police est la sombre consé­quence de notre désir d’évi­ter toute respon­sa­bi­lité person­nelle pour ce qui se passe dans nos quar­tiers.

À l’ère numé­rique, alors que chaque indi­vidu doit constam­ment se servir à soi-même de secré­taire pour soigner son image publique, nos répu­ta­tions elles- mêmes nous échappent, comme des vampires se nour­­ris­sant de nous. Si nous n’étions pas isolées les unes des autres, en compé­ti­tion pour nous vendre sur de nombreux marchés sociaux et profes­sion­nels, inves­ti­rions-nous autant d’éner­gie dans la compo­si­tion des ces « profils », autant de veaux d’or créés à notre image?

Nous sommes pour­tant irré­duc­tibles. Aucun délé­gué ni aucune abstrac­tion ne peut prendre notre place. En rédui­sant les êtres humains à leur profil socio­dé­mo­­gra­phique et les expé­riences vécues à des données abstraites, nous perdons de vue tout ce qui est précieux et unique dans le monde. Nous avons besoin de présence, d’im­mé­dia­teté, de contact direct avec autrui, d’em­prise directe sur nos vies. Autant de choses qu’au­cun repré­sen­­tant ni aucune repré­sen­ta­tion ne peut offrir.

Le leader­ship est un trouble de la société en fonc­tion duquel la majo­rité des parti­ci­pants à un groupe donné sont inca­pables de prendre l’ini­tia­tive ou de réflé­chir à leurs actions de façon critique. Tant et aussi long­temps que nous compren­drons le pouvoir d’agir comme une propriété rele­vant des indi­vi­dus en parti­cu­lier plutôt que comme une rela­tion entre une multi­tude d’in­di­vi­dus, nous serons toujours dépen­dants de diri­geants, et nous serons par le fait même toujours à leur merci. Les leaders vrai­ment exem­plaires sont tout aussi dange­reux que les leaders corrom­pus, puisque toutes leurs louables quali­tés ne font que renfor­cer leur statut d’ex­cep­tion et confir­mer la défé­rence des autres, sans parler de la légi­ti­mité du leader­ship en tant que tel.

Lorsque la police arrive sur les lieux d’une mani­fes­ta­tion, sa première ques­tion est toujours, « Qui est le chef? ». Non pas parce que le leader­ship est essen­tiel à l’ac­tion collec­tive, mais parce qu’il consti­tue une vulné­ra­bi­lité. Les conquis­ta­dores ont posé la même ques­tion lorsqu’ils sont arri­vés au prétendu Nouveau Monde. Partout où ils ont trouvé une réponse à cette ques­tion piège, la complai­sance initiale des hôtes leur a épar­gné les siècles de problèmes qu’ils auraient éprou­vés s’ils avaient dû subju­guer eux-mêmes les popu­la­tions locales. Tant qu’il y a un leader, celui-ci peut être acheté, remplacé ou pris en otage. Dans le meilleur des cas, selon l’in­di­vidu, le leader est un talon d’Achille; dans le pire des cas, il repro­duit les inté­rêts et les struc­tures de pouvoir des auto­ri­tés en place à l’in­té­rieur de celles qui s’y opposent. C’est beau­­coup mieux lorsque chaque personne a le senti­ment de pouvoir agir selon son propre programme.

Les gouver­ne­ments nous promettent des droits, mais ne savent vrai­ment que restreindre nos liber­tés. La notion même de droit implique un pouvoir central qui les accorde et les protège. Tout ce que le gouver­ne­ment peut donner, il peut aussi faci­le­ment reprendre. Donner au gouver­ne­ment le pouvoir de régler un problème, c’est en même temps lui permettre d’en créer de nouveaux. Et les gouver­ne­ments ne tirent pas leur pouvoir de nulle part; c’est notre pouvoir qu’ils exercent et que nous pour­rions employer beau­coup plus effi­ca­ce­ment sans la grotesque machi­ne­rie repré­sen­ta­tive.Pour-Tout-Transformer-page-020

La plus libé­rale des démo­cra­ties partage les mêmes prin­cipes que la plus tyran­nique des auto­cra­ties : la centra­li­sa­tion du pouvoir et de la légi­ti­mité au sein d’une struc­ture conçue pour mono­po­li­ser l’usage de la force. Que les bureau­crates qui dirigent cette struc­ture répondent à un roi, à un président ou à un élec­to­rat n’y change rien. Les lois, les bureau­cra­ties et la police sont plus anciennes que la démo­cra­tie. En démo­cra­tie comme en dicta­ture, elles fonc­tionnent de la même manière. La seule diffé­rence est qu’en démo­cra­tie, parce que nous avons la possi­bi­lité d’élire ceux qui les admi­nis­trent, nous sommes censés les consi­dé­rer comme les nôtres, et ce, même lorsqu’elles sont utili­sées contre nous.

Les dicta­tures sont intrin­sèque­ment instables : vous pouvez massa­crer, empri­son­ner et endoc­tri­ner des géné­ra­tions entières, la géné­ra­tion suivante réin­ven­tera toujours la lutte de libé­ra­tion. Mais promet­tez à chaque homme la chance d’im­po­ser à ses congé­nères la volonté de la majo­rité et vous pouvez les rallier derrière un système qui les dresse les uns contre les autres. Plus les gens s’ima­gi­nent avoir de l’in­fluence sur les insti­tu­tions coer­ci­tives de l’État, plus ces insti­tu­tions gagnent en popu­la­rité. Voilà qui explique peut-être pourquoi l’ex­pan­sion plané­taire de la démo­cra­tie coïn­cide avec d’épou­van­tables degrés d’iné­ga­lité dans la distri­bu­tion des ressources et du pouvoir : aucun autre système de gouver­ne­ment ne pour­rait stabi­li­ser une situa­tion aussi précaire.

Lorsque le pouvoir est centra­lisé, les gens doivent main­te­nir les autres sous leur domi­na­tion pour acqué­rir de l’in­fluence sur leur propre desti­née. Les luttes pour l’au­to­no­mie se trans­forment en concours pour la capture du pouvoir poli­tique. À preuve, pensons aux guerres civiles dans les nations post­co­lo­niales entre des peuples qui coha­bi­taient aupa­ra­vant en toute harmo­nie. Ceux qui détiennent le pouvoir ne peuvent s’y accro­cher qu’en menant une guerre perpé­tuelle contre leur propre popu­la­­tion et contre des peuples étran­gers : après avoir servi en Irak, la Natio­nal Guard améri­caine était récem­­ment déployée à Oakland ou à Fergu­son pour endi­guer la grogne popu­laire; au Canada, ce sont les mêmes forces armées qui ont été déployées à Oka en 1990 pour répri­mer le soulè­ve­ment Kanien’­keha:ka et en Afgha­nis­tan en 2001 pour combattre les insur­gés Pach­tounes.

Partout où il y a de la hiérar­chie, celle-ci favo­rise ceux qui se trouvent au sommet. En inté­grant au système des méca­nismes d’im­pu­ta­bi­lité, nous confions la tâche de nous proté­ger… à ceux de qui nous devons le plus être proté­géEs. La seule façon d’avoir une quel­conque emprise sur les auto­ri­tés sans être aspiré dans leur jeu est de déve­lop­per des réseaux hori­zon­taux auto­nomes qui corres­pondent à nos aspi­ra­tions. Ironique­ment, quand nous serons assez puis­santEs pour forcer les auto­ri­tés à nous prendre au sérieux, nous serons égale­ment assez puis­santEs pour régler nos problèmes sans elles.

La seule voie vers la liberté est la liberté elle-même. Plutôt qu’un seul portail vers le pouvoir d’agir de tous et toutes, il nous faut un vaste choix de milieux où exer­cer notre pouvoir. Plutôt qu’un seul fais­ceau étroit de légi­ti­mité, il nous faut assez d’es­pace pour une multi­tude de récits. Au lieu de la coer­ci­tion inhé­rente au gouver­­ne­ment, il nous faut des struc­tures de prise de déci­sion qui favo­risent l’au­to­no­mie et des pratiques d’au­to­dé­fense qui permettent de garder à distance tous les préten­dants à l’au­to­rité.Pour-Tout-Transformer-page-022

L’argent est l’ins­tru­ment idéal pour assu­rer et main­te­nir l’iné­ga­lité. Il est abstrait : il semble pouvoir se substi­tuer à n’im­porte quoi. Il est univer­sel : des gens qui n’ont par ailleurs rien en commun l’ac­ceptent comme un fait inéluc­table. Il est imper­son­nel : contrai­re­ment aux privi­lèges héré­di­taires, il peut être trans­féré instan­­ta­né­ment d’une personne à une autre. Il est fluide : plus il est facile de chan­ger de posi­tion au sein d’une hiérar­chie donnée, plus la hiérar­chie elle-même s’en trouve stabi­li­sée. Ils sont nombreux, parmi ceux qui se révol­te­raient volon­­tiers contre la tyran­nie d’un dicta­teur, à accep­ter sans un mot l’au­to­rité du marché.

Quand toute la valeur est concen­trée dans un seul instru­ment, même les moments les plus précieux de nos vies sont dépour­vus de leur sens et deviennent d’in­si­gni­­fiantes données dans l’équa­tion abstraite du pouvoir. Tout ce qui ne peut être quan­ti­fié en termes finan­ciers est aban­­donné. La vie elle-même devient une sorte de ruée vers le profit : c’est chacun contre tous – vends ou sois vendu.

Faire du profit, c’est accroitre, par rapport à autrui, son emprise sur les ressources de la société. Il est impos­sible que nous fassions tous du profit en même temps; pour qu’une personne puisse faire du profit, d’autres doivent propor­tion­nel­le­ment perdre leurs moyens. Lorsque des inves­tis­seurs tirent profit du travail des sala­riéEs, cela signi­fie que plus ces derniers travaillent, plus l’écart finan­­cier entre eux se creuse.

Un système motivé par le profit crée de la pauvreté au même rythme qu’il concentre la richesse. La pres­sion de la compé­ti­tion favo­rise l’in­no­va­tion plus que tout autre système, mais elle aggrave en même temps les inéga­li­tés. Et puisque tout le monde cherche le profit au lieu de réali­ser des choses pour le plai­sir, le résul­tat de tous ces efforts peut s’avé­rer désas­treux. Les chan­ge­ments clima­tiques actuels ne sont que la plus récente d’une longue série de catas­trophes que même les plus puis­sants capi­ta­listes n’ont pas été capables d’em­pê­cher. En fait, le capi­ta­lisme n’a que faire des solu­tions aux crises mais récom­pense large­ment ceux qui en tirent profit.

Le fonde­ment du capi­ta­lisme est le droit de propriété, un autre construit social hérité des rois et aris­to­crates. La propriété change de mains plus rapi­de­ment de nos jours, mais le concept est le même : l’idée de posses­sion légi­time l’usage de la violence pour impo­ser les déséqui­libres arti­fi­ciels d’ac­cès au terri­toire et aux ressources.

Certains croient que la propriété pour­rait exis­ter sans l’État. Mais le droit de propriété ne rime à rien sans l’au­to­rité centrale servant à l’im­po­ser. Et par ailleurs, tant et aussi long­temps que l’au­to­rité centrale exis­tera, rien ne pourra vrai­ment appar­te­nir à qui que ce soit. L’argent que tu gagnes est imprimé par l’État et soumis aux impôts et à l’in­fla­tion. La vignette de ta voiture est émise par la société natio­nale d’as­su­rance auto­mo­bile. Ta maison appar­tient à la banque qui t’a accordé une hypo­thèque, et même si tu en es proprié­taire de droit, le pouvoir d’ex­pro­­pria­tion supplante n’im­porte quel acte de propriété.

Que faut-il pour proté­ger vrai­ment ce qui nous est le plus cher? Les gouver­ne­ments n’existent qu’en fonc­tion de ce qu’ils nous prennent. Ils pren­dront toujours plus que ce qu’ils donnent. Les marchés nous récom­pensent lorsque nous arnaquons nos semblables, et vice versa. Nos liens sociaux sont notre seule vraie protec­tion : pour être vrai­ment en sécu­rité, il nous faut des réseaux d’en­traide auto­nomes et capables de se défendre.Pour-Tout-Transformer-page-026

Sans argent ou droit de propriété, nos rapports aux biens maté­riels seraient déter­mi­nés par nos rapports les uns avec les autres. Aujourd’­hui, c’est l’in­verse qui prévaut : nos rapports avec les autres sont déter­mi­nés par nos rapports aux biens. Abolir la propriété, ce n’est pas faire une croix sur nos biens; c’est faire en sorte qu’au­cune loi ni aucun krach bour­sier ne pourra nous arra­cher ce dont nous avons vrai­ment besoin. Au lieu de dépendre de la bureau­cra­tie, nous pour­rions partir des besoins humains; au lieu de s’ex­ploi­ter les uns les autres, nous pour­rions tirer avan­tage de l’in­ter­dé­pen­dance.

Chaque ordre est fondé sur un crime contre l’ordre précé­dent, le crime qui a causé sa perte. Par la suite, tandis qu’on le tient de plus en plus pour acquis, le nouvel ordre vient à être perçu comme légi­time. Le crime fonda­teur de la démo­cra­tie libé­rale fut la rébel­lion contre l’au­to­rité des rois. Le crime fonda­teur de la société future, pourvu que nous survi­vions à la société actuelle, sera de se débar­­ras­ser des lois et insti­tu­tions d’aujourd’­hui.

La caté­go­rie du crime contient tout ce qui excède les limites d’une société donnée, autant le pire que le meilleur. Chaque système est menacé par tout ce qu’il ne peut incor­po­rer ou main­te­nir sous son contrôle. Chaque ordre contient le germe de sa propre destruc­tion.

Rien ne dure éter­nel­le­ment. Cette règle vaut égale­­ment pour les empires et les civi­li­sa­tions. Mais qu’est-ce qui pour­rait rempla­cer celle-ci? Peut-on imagi­ner un ordre fondé sur autre chose que la divi­sion de la vie entre légi­ti­mité et illé­gi­ti­mité, léga­lité et crimi­na­lité, diri­geants et diri­gés? Quel pour­rait être le crime ultime?

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L’ANARCHIE est ce qui se produit lorsque l’ordre n’est pas imposé par la force. C’est la liberté : le proces­sus consis­tant à réin­ven­ter conti­nuel­le­ment nos iden­ti­tés et nos rela­tions.

Tout proces­sus ou phéno­mène se produi­sant natu­rel­­le­ment, comme une forêt tropi­cale, un cercle d’amis, ou même ton corps, est une forme d’har­mo­nie anar­chique qui persiste en dépit du chan­ge­ment constant. Le contrôle hiérar­chique, au contraire, ne peut être main­tenu en place que par la coer­ci­tion : de la disci­pline précaire des salles de rete­nue à l’école secon­daire aux fermes indus­trielles où des pesti­cides et herbi­cides protègent des rangées de maïs géné­tique­ment modi­fié, la fragile hégé­mo­nie d’une super­puis­sance.

L’ANARCHISME est l’idée selon laquelle chaque indi­vidu est apte à s’au­to­dé­ter­mi­ner. Aucune loi, aucun gouver­­ne­ment, ni aucun proces­sus déci­sion­nel n’est plus impor­tant que les besoins et désirs des êtres humains eux-mêmes. Les gens devraient être en mesure de façon­ner leurs rela­tions à leur satis­fac­tion mutuelle et de se défendre les uns les autres.

L’anar­chisme n’est pas un dogme ou une pres­crip­­tion. Ce n’est pas un système qui fonc­tion­ne­rait si seule­ment il était mis en œuvre « correc­te­ment », com­me la démo­cra­tie, ni un objec­tif à réali­ser dans un avenir loin­tain, comme le commu­nisme auto­ri­taire. C’est une façon d’agir et d’in­te­ra­gir que l’on peut mettre en pra­­tique dès main­te­nant. On peut se deman­der, à l’égard de n’im­porte quel système de valeur ou ligne de conduite : comment le pouvoir y est-il distri­bué?

LES ANARCHISTES s’op­posent à toute forme de hiérar­chie, à tout modèle servant à concen­trer le pouvoir dans les mains d’un groupe sélect, à tout méca­nisme servant à nous éloi­gner de notre poten­tiel. Contre les systèmes fermés, nous savou­rons l’in­connu qui s’étend devant nous et le chaos qui nous habite, en fonc­tion duquel nous pouvons être libres.edwardabbey1

 


Pour aller plus loin:
http://www.crime­thinc.com/tce/quebe­cois/

http://cloud­front.crime­thinc.com/tce/images/Pour-Tout-Trans­for­mer.pdf

anarchie anarchisme

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  1. Je suis globalement d’accord avec vos revendication…mais je ne peux aimer ce message qui commence par dire qu’il HAIT…j’ai été indifférente à certain moment de ma vie et depuis j’ai évolué…Je pense qu’il n’est pas une bonne chose de hair ceux qui n’évoluent pas au même rythme que nous…je pense qu’il faut inclure plus de bienveillance à votre message pour qu’il touche un max de personnes..car c’est bien le but n’est ce pas’? Ceci dit, je suis heureuse de voir des résistants comme vous , les yeux bien ouverts et l’esprit combatif…Bonne route et sûrement à bientôt! Namaste