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Vous n'êtes que des poires! (par Zo d'Axa)
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axa_zoAlphonse Gallaud de la Pérouse, dit Zo d’Axa, né à Paris le 24 mai 1864 et mort à Marseille le 30 août 1930, est un indi­vi­dua­liste liber­taire, anti­mi­li­ta­riste, pamphlé­taire et jour­na­liste sati­rique français, créa­teur du jour­nal L’En-dehors et de La Feuille. Après des études au collège Chap­tal, Zo d’Axa s’en­ga­gera en 1882 dans les chas­seurs d’Afrique dont il déser­tera rapi­de­ment. Il vit alors succes­si­ve­ment à Bruxelles puis à Rome, colla­bo­rant à divers revues artis­tiques. Ce n’est qu’en 1889 qu’il pourra rentrer en France. C’est en 1891 qu’il fonde l’heb­do­ma­daire L’En Dehors qui sortira 91 numé­ros jusqu’en 1893. Y colla­bo­re­ront, Tris­tan Bernard, Georges Darien, Lucien Descaves, Sébas­tien Faure, Félix Fénéon, Bernard Lazare, Errico Mala­testa, Charles Malato, Louise Michel et Octave Mirbeau. L’En dehors est rapi­de­ment la cible des auto­ri­tés, et subit perqui­si­tions, pour­suites et saisies. Pour échap­per aux persé­cu­tions diverses, Zo d’Axa s’exi­lera alors à Londres, aux Pays-Bas puis en Alle­magne. Il se rend ensuite à Milan où se déroule un procès d’anar­chistes; il sera fina­le­ment remis aux auto­ri­tés françaises. Il passe alors dix-huit mois à la prison Sainte-Péla­gie comme poli­tique, ayant, bien sûr, refusé de signer une demande en grâce. Il ne sera libéré qu’en juillet 1894. Zo d’Axa est couvert de dettes, son jour­nal mort et ses colla­bo­ra­teurs sont disper­sés.
Il fonde un nouveau jour­nal, La Feuille, qui durera jusqu’en 1899.
En 1900, il part à nouveau, et visite les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Brésil, la Chine, le Japon, et l’Inde.


Ceci est un extrait tiré du pamphlet « Vous n’êtes que des poires », publié en 1900.

Aux Élec­teurs

Elec­teurs,

En me présen­tant à vos suffrages, je vous dois quelques mots. Les voici :

De vieille famille française, j’ose le dire, je suis un âne de race, un âne dans le beau sens du mot — quatre pattes et du poil partout.

Je m’ap­pelle Nul, comme le sont mes concur­rents et candi­dats.

Je suis blanc, comme le sont nombre de bulle­tins qu’on s’obs­ti­nait à ne pas comp­ter et qui, main­te­nant, me revien­dront.

Mon élec­tion est assu­rée.

Vous compren­drez que je parle franc.

Citoyens,

On vous trompe. On vous dit que la dernière Chambre composé d’im­bé­ciles et de filou ne repré­sen­tait pas la majo­rité des élec­teurs. C’est faux.

Une Chambre compo­sée de dépu­tés jocrisses et de dépu­tés truqueurs repré­sente, au contraire, à merveille les Elec­teurs que vous êtes. Ne protes­tez pas : une nation a les délé­gués qu’elle mérite.

Pourquoi les avez-vous nommés ?

Vous ne vous gênez pas, entre vous, pour conve­nir que plus ça change et plus c’est la même chose, que vos élus se moquent de vous et ne songent qu’à leurs inté­rêts, à la gloriole ou à l’argent.

Pourquoi les renom­me­rez-vous demain ?

Vous savez très bien que tout un lot de ceux que vous enver­rez siéger vendront leur voix contre un chèque et feront le commerce des emplois, fonc­tions et bureaux de tabac.

Mais pour qui les bureaux de tabac, les places, les siné­cures si ce n’est pour les Comi­tés d’élec­teurs que l’on paye ainsi ?

Les entraî­neurs de Comi­tés sont moins naïfs que le trou­peau.

La Chambre repré­sente l’en­semble.

Il faut des sots et des roublards, il faut un parle­ment de ganaches et de Robert Macaires pour person­ni­fier à la fois tous les votards profes­sion­nels et les prolé­taires dépri­més.

Et ça, c’est vous !

On vous trompe, bons élec­teurs, on vous berne, on vous flagorne quand on vous dit que vous êtes beaux, que vous êtes la justice, le droit, la souve­rai­neté natio­nale, le peuple-roi, des hommes libres. On cueille vos votes et c’est tout. Vous n’êtes que des fruits… des Poires.

On vous trompe encore. On vous dit que la France est toujours la France. Ce n’est pas vrai.

La France perd, de jour en jour, toute signi­fi­ca­tion dans le monde — toute signi­fi­ca­tion libé­rale. Ce n’est plus le peuple hardi, coureur de risques, semeur d’idées, briseur de culte. C’est une Marianne agenouillée devant le trône des auto­crates. C’est le capo­ra­lisme renais­sant plus hypo­crite qu’en Alle­magne — une tonsure sous le képi.

On vous trompe, on vous trompe sans cesse. On vous parle de frater­nité, et jamais la lutte pour le pain ne fut plus âpre et meur­trière.

On vous parle de patrio­tisme, de patri­moine sacré — à vous qui ne possé­dez rien.

On vous parle de probité ; et ce sont des écumeurs de presse, des jour­na­listes à tout faire, maîtres fourbes ou maîtres chan­teurs, qui chantent l’hon­neur natio­nal.

Les tenants de la Répu­blique, les petits bour­geois, les petits seigneurs sont plus durs aux gueux que les maîtres des régimes anciens. On vit sous l’œil des contre­maîtres.

Les ouvriers aveu­lis, les produc­teurs qui ne consomment pas, se contentent de ronger patiem­ment l’os sans moelle qu’on leur a jeté, l’os du suffrage univer­sel. Et c’est pour des boni­ments, des discus­sions élec­to­rales qu’ils remuent encore la mâchoire — la mâchoire qui ne sait plus mordre.

Quand parfois des enfants du peuple secouent leur torpeur, ils se trouvent, comme à Four­mies, en face de notre vaillante Armée… Et le raison­ne­ment des lebels leur met du plomb dans la tête.

La Justice est égale pour tous. Les hono­rables chéquards du Panama roulent carrosse et ne connaissent pas le cabrio­let. Mais les menottes serrent les poignets des vieux ouvriers que l’on arrête comme vaga­bonds !

L’igno­mi­nie de l’heure présente est telle qu’au­cun candi­dat n’ose défendre cette Société. Les poli­ti­ciens bour­geoi­sants, réac­tion­naires ou ralliés, masques ou faux-nez répu­bli­cains, vous crient qu’en votant pour eux ça marchera mieux, ça marchera bien. Ceux qui vous ont déjà tout pris vous demandent encore quelque chose :

Donnez vos voix, citoyens !

Les mendi­gots, les candi­dats, les tire­laines, les soutire-voix, ont tous un moyen spécial de faire et refaire le Bien public.

Écou­tez les braves ouvriers, les médi­castres du parti : ils veulent conqué­rir les pouvoirs… afin de les mieux suppri­mer.

D’autres invoquent la Révo­lu­tion, et ceux-la se trompent en vous trom­pant. Ce ne seront jamais des élec­teurs qui feront la Révo­lu­tion. Le suffrage univer­sel est créé préci­sé­ment pour empê­cher l’ac­tion virile. Char­lot s’amuse à voter…

Et puis quand même quelque inci­dent jette­rait des hommes dans la rue, quand bien même, par un coup de force, une mino­rité ferait acte, qu’at­tendre ensuite et qu’es­pé­rer de la foule que nous voyons grouiller — la foule lâche et sans pensée.

Allez ! allez, gens de la foule ! Allez, élec­teurs ! aux urnes… Et ne vous plai­gnez plus. C’est assez. N’es­sayez pas d’api­toyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’in­sul­tez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez.

Ces Maîtres vous valent, s’ils vous volent. Ils valent, sans doute, davan­tage ; ils valent vingt-cinq francs par jour, sans comp­ter les petits profits. Et c’est très bien :

L’Élec­teur n’est qu’un Candi­dat raté.

Au peuple du bas de laine, petite épargne, petite espé­rance, petits commerçants rapaces, lourd populo domes­tiqué, il faut Parle­ment médiocre qui monnoie et qui synthé­tise toute la vile­nie natio­nale.

Votez, élec­teurs ! Votez ! Le Parle­ment émane de vous. Une chose est parce qu’elle doit être, parce qu’elle ne peut pas être autre­ment. Faîtes la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomis­se­ment — retour­nez à vos dépu­tés…

Chers élec­teurs,

Finis­sons-en. Votez pour eux. Votez pour moi.

Je suis la Bête qu’il faudrait à la Belle Démo­cra­tie.

Votez tous pour l’Âne blanc Nul, dont les ruades sont plus françaises que les braie­ments patrio­tards.

Les rigo­los, les faux bons­hommes, le jeune parti de la vieille-garde : Vervoort, Mille­voye, Drumont, Thié­baud, fleurs de fumier élec­to­ral, pous­se­ront mieux sous mon crot­tin.

Votez pour eux, votez pour moi !

Zo d’Axa

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  1. Bravo pour votre site, j’espère que celui-ci continuera longtemps…
    Merci de me faire découvrir ces auteurs.

    Il y en a eu des grands hommes pour nous éclairer, pour faire de ce monde, un monde juste et libre, dommage qu’il faille creuser autant pour les trouver.

    Cette civilisation a toujours été un tas d’immondice au niveau des dirigeants, et le sera toujours.

    J’aime cette phrase d’il y a 2000 ans qui me rappelle que ce monde sera toujours le même:

    Marc Aurèle:

    Le matin, dès qu’on s’éveille, il faut se prémunir pour la journée en se disant : «Je pourrai bien rencontrer aujourd’hui un fâcheux, un ingrat, un insolent, un fripon, un traître, qui nuit à l’intérêt commun ; mais si tous ces gens-là sont affligés de tant de vices, c’est par simple ignorance de ce que c’est que le bien et le mal

    Merci

  2. Juste une précision concernant Marc Aurèle et la citation:

    J’aime me rappeler que cela fait 2000 ans qu’ils nous mentent, qu’ils nous jugent , qu’ils nous oppriment, qu’ils nous noient, dès que l’on ne fait pas parti de cet intérêt commun, et surtout ils nous dictent le savoir du bien et du mal sur les cendres encore chaudes de nos ennemis désignés….