Traduc­tion d’un article publié (en anglais), à l’adresse suivante. Aric McBay est un écri­vain, acti­viste écolo­gique et agri­cul­teur biolo­gique de l’On­ta­rio, au Canada, ayant parti­cipé à la créa­tion du mouve­ment écolo­giste DGR – Deep Green Resis­tance.


Quand — la plupart — des gens en entendent d’autres dire qu’il faut « mettre fin à la civi­li­sa­tion » ils répondent auto­ma­tique­ment, et néga­ti­ve­ment, de diffé­rentes façons, en raison des conno­ta­tions posi­tives asso­ciées au mot « civi­li­sa­tion ». Ces quelques lignes sont une tenta­tive de clari­fi­ca­tion de quelques points :

Si je regarde dans le diction­naire pour tenter de comprendre la signi­fi­ca­tion du mot « civi­li­sa­tion », voilà ce que je trouve :

1.  Fait pour un peuple de quit­ter une condi­tion primi­tive (un état de nature) pour progres­ser dans le domaine des mœurs, des connais­sances, des idées.

2.  Une civi­li­sa­tion est l’en­semble des carac­té­ris­tiques spéci­fiques à une société, une région, un peuple, une nation, dans tous les domaines : sociaux, reli­gieux, moraux, poli­tiques, artis­tiques, intel­lec­tuels, scien­ti­fiques, tech­niques… Les compo­santes de la civi­li­sa­tion sont trans­mises de géné­ra­tion en géné­ra­tion par l’édu­ca­tion. Dans cette approche de l’his­toire de l’hu­ma­nité, il n’est pas porté de juge­ments de valeurs. Le sens est alors proche de « culture ».

3.  État plus ou moins stable d’une société qui, ayant quitté l’état de nature, a acquis un haut déve­lop­pe­ment.

4. État de déve­lop­pe­ment écono­mique, social, poli­tique, cultu­rel auquel sont parve­nues certaines socié­tés et qui est consi­déré comme un idéal à atteindre par les autres.

Parmi les syno­nymes on retrouve :

« adou­cis­se­ment, avan­ce­ment, évolu­tion, culture, huma­nisme, monde, perfec­tion­ne­ment, progrès »…

Il va sans dire que les rédac­teurs de diction­naires sont des gens « civi­li­sés », ce qui aide à comprendre pourquoi ils se défi­nissent en des termes si glorieux. Comme Derrick Jensen l’ex­plique, « pouvez-vous imagi­ner des rédac­teurs de diction­naires se quali­fier volon­tai­re­ment de membres d’une société humaine basse, non-déve­lop­pée, ou arrié­rée ? »[1]

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La civi­li­sa­tion dans la litté­ra­ture d’époque

Au contraire, on retrouve parmi les anto­nymes de « civi­li­sa­tion » : [sauva­ge­rie, barba­rie, bestia­lité, nature]. Voici les mots qu’u­ti­lisent les gens civi­li­sés pour quali­fier ceux qu’ils consi­dèrent comme en dehors de la civi­li­sa­tion — en parti­cu­lier, les peuples indi­gènes. « Barbares » vient d’une expres­sion grecque qui dési­gnait les « non-grecs, étran­gers ». Le mot « sauvage » vient du Latin « silva­ti­cus » signi­fiant « rela­tif aux bois, à la forêt ». Ces origines semblent plutôt inof­fen­sives, mais il est inté­res­sant de voir ce que les civi­li­sés en ont fait :

barba­rie

1. Carac­tère de quelqu’un ou de quelque chose qui est inhu­main, cruel, féroce [syn: atro­cité]

2. Action barbare, cruelle [syn: bruta­lité, barba­risme, sauva­ge­rie] [ii]

sauva­ge­rie

1. État des hommes sauvages.

2. Carac­tère cruel, brutal, barbare.

Ces asso­cia­tions de cruau­tés avec les inci­vi­li­sés sont, cepen­dant, en totale contra­dic­tion avec ce que l’his­toire nous enseigne des inter­ac­tions entre civi­li­sés et peuples indi­gènes.

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Encore.

En effet, prenons un des exemples les plus célèbres de « contact » entre civi­li­sés et indi­gènes. Lorsque Chris­tophe Colomb arrive en « Amérique », il est impres­sionné par les peuples indi­gènes, et écrit dans son jour­nal qu’ils ont une « inno­cence nue… Ils sont très gentils, ignorent le mal, le meurtre, le vol… »

Et il décide donc « qu’ils feront d’ex­cel­lents escla­ves… ».

En 1493, avec la permis­sion de la couronne d’Es­pagne, il s’auto-proclame « vice-roi et gouver­neur » des Caraïbes et des Amériques. Il s’ins­talle sur l’île aujourd’­hui divisé entre Haïti et la Répu­blique Domi­ni­caine, et commence alors une exter­mi­na­tion et un escla­vage systé­ma­tique des popu­la­tions indi­gènes. (Les peuples Taïnos n’étaient pas civi­li­sés, contrai­re­ment aux Incas civi­li­sés d’Amé­rique Centrale que les conquis­ta­dors enva­hi­ront aussi). En trois ans il avait réussi à réduire la popu­la­tion indi­gène de 8 millions à 3 millions. En 1514 il ne restait plus que 22 000 indi­gènes, et après 1542 ils étaient consi­dé­rés comme éteints…[2]

Le système d’ex­ploi­ta­tion mis en place par Chris­tophe Colomb aux alen­tours de 1495 était une manière simple de satis­faire l’ap­pé­tit des espa­gnols pour l’or tout en satis­fai­sant leur dégoût pour le travail. Chaque Taïno de plus de 14 ans devait four­nir à ses maîtres une certaine quan­tité d’or tous les trois mois (ou, dans les aires dépour­vues d’or, 11.3 kg de coton filé; ceux qui réus­sis­saient rece­vaient un jeton à accro­cher autour de leur cou comme preuve de leur paie­ment ; ceux qui échouaient étaient « punis », on leur coupait les mains, et on les lais­sait se vider de leur sang…[3]

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En image.

Plus de 10 000 personnes furent tuées de cette façon sous la gouver­nance de Chris­tophe Colomb. A de nombreuses occa­sions, ces enva­his­seurs civi­li­sés commirent tortures, viols, et massacres. Les Espa­gnols :

faisaient des paris quant à qui tran­che­rait un homme en deux, ou coupe­rait sa tête d’un seul coup ; ou lui ouvri­rait les intes­tins. Ils reti­raient les bébés des ventres de leurs mères, les tirant par les pieds, et écla­taient leur têtes contre des rochers… ils décou­paient avec leurs épées les corps d’autres bébés, ainsi que de leurs mères et de tous ceux qui passaient devant eux…[4]

A une autre occa­sion :

Un Espa­gnol… tira soudain son épée. Alors la centaine d’autres firent de même et commen­cèrent à déchi­rer les ventres, à couper et à tuer — hommes, femmes, enfants, vieillards, tous sans défense et effrayés… Et en un rien de temps, plus aucun d’eux ne respi­rait. Les Espa­gnols entrèrent alors dans la large maison d’à côté, car cela se passait à l’ex­té­rieur, et de la même façon, se mirent à tran­cher, à tuer autant qu’ils pouvaient, telle­ment que le sang ruis­se­lait, comme si des vaches avaient été égor­gées…[5]

Ce schéma — à sens unique, sans qu’il y ait provo­ca­tion — de cruau­tés et de méchan­ce­tés inex­cu­sables se répète un nombre incal­cu­lable de fois dans l’his­toire des inter­ac­tions entre civi­li­sés et peuples indi­gènes.

Ce phéno­mène est très docu­menté dans l’ex­cellent livre de Ward Chur­chill A Little Matter of Geno­cide: Holo­caust and Denial in the Ameri­cas, 1492 to the Present, dans The Conquest of Para­dise : Chris­to­pher Colum­bus and the Colum­bian Legacy de Kirk­pa­trick Sale, et dans Enterre mon cœur à Woun­ded Knee : une histoire Indienne de l’Ouest Améri­cain écrit par Dee Brown. Les livres de Farley Mowat, parti­cu­liè­re­ment Walking on the Land, Mœurs et coutumes des Esqui­maux cari­bous, et The Despe­rate People docu­mentent cela en mettant l’ac­cent sur les régions du Nord et Arctique de l’Amé­rique. Il y a aussi d’ex­cel­lentes infor­ma­tions dans les livres d’Ho­ward Zinn Une histoire popu­laire des États-Unis de 1492 à nos jours et Voices of a People’s History of the United States. L’in­croyable trilo­gie Mémoire du feu d’Eduardo Galeano couvre aussi ce sujet, en s’at­tar­dant plutôt sur l’Amé­rique Latine.

civilisation

De la même manière que contre les peuples indi­gènes, les civi­li­sés s’at­taquèrent aussi aux animaux non-humains et aux plantes, qui furent anni­hi­lés (souvent déli­bé­ré­ment) même sans que les civi­li­sés en aient besoin pour se nour­rir ; simple­ment comme sport sanglant. Pour en savoir plus, il faut lire l’ex­cellent et dévas­ta­teur Sea of Slaugh­ter (Une mer de massacre) de Farley mowat, ou A Green History of the World: The Envi­ron­ment and the Collapse of Great Civi­li­za­tions (Une histoire verte du monde: l’en­vi­ron­ne­ment et l’ef­fon­dre­ment des grandes civi­li­sa­tions) de Clive Ponting (qui examine aussi l’his­toire d’avant la civi­li­sa­tion et le colo­nia­lisme euro­péen).

Ces atro­ci­tés en tête, on devrait (si on ne l’a pas déjà fait) cesser d’uti­li­ser la propa­gande défi­nis­sant civi­lisé comme « bon » et inci­vi­lisé comme « mal », et cher­cher des défi­ni­tions plus exactes et plus utiles. Les anthro­po­logues, et d’autres penseurs, proposent un certain nombre de défi­ni­tions moins biai­sées de la civi­li­sa­tion.

L’an­thro­po­logue du 19ème siècle E.B. Tylor défi­nit la civi­li­sa­tion comme la vie dans les villes orga­ni­sée par un gouver­ne­ment et faci­li­tée par des scribes (donc usage de l’écri­ture). Dans ces socié­tés, il remarque qu’il y a un « surplus » de ressources, qui peut être échangé ou pris (à travers la guerre ou l’ex­ploi­ta­tion), et qui permet la spécia­li­sa­tion dans les villes.

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L’ac­ti­viste et écri­vain contem­po­rain Derrick Jensen, ayant reconnu de sérieuses erreurs dans la défi­ni­tion popu­laire de « civi­li­sa­tion » du diction­naire, écrit :

La civi­li­sa­tion est une culture – c’est-à-dire un complexe d’his­toires, d’ins­ti­tu­tions, et d’ar­te­facts – qui à la fois mène aux, et émerge de la crois­sance de villes (voir civil, de civis, citoyen, du latin civi­ta­tis, cité-état), en défi­nis­sant les villes – pour les distin­guer des camps, des villages, etc. – comme des regrou­pe­ments de gens vivant de façon plus ou moins perma­nente en un lieu précis, d’une densité telle que l’im­por­ta­tion quoti­dienne de nour­ri­ture et d’autres éléments néces­saires à la vie est requise[6].

Jensen remarque aussi que puisque les villes ont besoin d’im­por­ter les néces­si­tés de la vie, et besoin de croître, elles doivent créer des systèmes pour la centra­li­sa­tion perpé­tuelle des ressources, ce qui entraine « des zones d’in­sou­te­na­bi­lité gran­dis­santes et une province de plus en plus exploi­tée… »

L’an­thro­po­logue contem­po­rain John H. Bodley écrit que : « La fonc­tion prin­ci­pale de la civi­li­sa­tion est d’or­ga­ni­ser l’im­bri­ca­tion de réseaux sociaux idéo­lo­giques, poli­tiques, écono­miques, et mili­taires, de pouvoir, qui béné­fi­cient diffé­ren­tiel­le­ment aux foyers privi­lé­giés… »[7]. En d’autres termes, les insti­tu­tions de la civi­li­sa­tion, comme les églises, les corpo­ra­tions, les armées, existent et sont utili­sées dans le but d’ache­mi­ner les ressources et le pouvoir entre les mains des diri­geants et de l’élite.

L’his­to­rien et socio­logue du 20ème siècle, Lewis Mumford, a écrit une de mes défi­ni­tions préfé­rées, acerbe et succincte, de la civi­li­sa­tion. Il utilise le terme de civi­li­sa­tion :

Pour dési­gner le groupe d’ins­ti­tu­tions qui prirent forme sous la royauté. Leurs carac­té­ris­tiques prin­ci­pales, des constantes aux propor­tions variables à travers l’his­toire, sont la centra­li­sa­tion du pouvoir poli­tique, la sépa­ra­tion des classes, la divi­sion du travail (pour la vie), la méca­ni­sa­tion de la produc­tion, l’ex­pan­sion du pouvoir mili­taire, l’ex­ploi­ta­tion écono­mique des faibles, l’in­tro­duc­tion univer­selle de l’es­cla­vage et du travail imposé pour raisons indus­trielles et mili­taires[8].

En prenant en compte diverses défi­ni­tions anthro­po­lo­giques et histo­riques, nous pouvons lister quelques proprié­tés communes aux civi­li­sa­tions (et en oppo­si­tion aux groupes indi­gènes) :

  • Des gens vivant sur des implan­ta­tions perma­nentes, et la plupart dans des villes.
  • La société dépend d’agri­cul­ture à grande échelle (afin de subve­nir aux besoins des popu­la­tions urbaines denses, et ne produi­sant pas de nour­ri­ture).
  • La société a des diri­geants et une forme « d’aris­to­cra­tie » avec des pouvoirs poli­tiques, écono­miques, et mili­taires centra­li­sés, et qui existent grâce à l’ex­ploi­ta­tion des masses.
  • L’élite (et d’autres possi­ble­ment) utilisent l’écri­ture et les nombres pour le suivi des marchan­dises, le butin des guerres, etc.
  • Il y a de l’es­cla­vage et un travail imposé soit par l’uti­li­sa­tion directe de la force physique, ou par coer­ci­tion écono­mique et violence (utili­sée pour contraindre les gens, n’ayant aucun choix hors l’éco­no­mie du sala­riat).
  • De grandes armées et la guerre insti­tu­tion­na­li­sée.
  • La produc­tion est méca­ni­sée, soit à l’aide de machines physiques ou à travers l’uti­li­sa­tion d’hu­mains comme s’ils en étaient
  • D’im­por­tantes et complexes insti­tu­tions existent afin de gérer et contrô­ler le compor­te­ment des gens, à travers l’édu­ca­tion (école et églises), aussi bien qu’à travers leurs rela­tions entre eux, avec l’in­connu, et avec le monde natu­rel (églises et reli­gions orga­ni­sées).
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L’an­thro­po­logue Stan­ley Diamond souli­gna le lien unis­sant tous ces attri­buts en écri­vant : « La civi­li­sa­tion découle des conquêtes à l’étran­ger et de la répres­sion domes­tique. » [9]

Le contrôle en est le déno­mi­na­teur commun. La civi­li­sa­tion est une culture du contrôle. Dans les civi­li­sa­tions, une poignée d’in­di­vi­dus contrôle le plus grand nombre à l’aide des insti­tu­tions propres aux civi­li­sa­tions [ce n’est pas sans rappe­ler ce que racon­tait notre cher Voltaire, « Un pays bien orga­nisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne », NdT]. Si ces gens se trouvent au-delà des fron­tières de cette civi­li­sa­tion, alors ce contrôle pren­dra la forme d’ar­mées et de mission­naires (des spécia­listes reli­gieux ou tech­niques). Si les popu­la­tions à contrô­ler se trouvent dans des villes, dans l’en­ceinte même de la civi­li­sa­tion, alors le contrôle pourra prendre la forme de mili­ta­ri­sa­tion domes­tique (i.e., la police). Il est cepen­dant moins coûteux et moins ouver­te­ment violent de condi­tion­ner certains compor­te­ments à l’aide de la reli­gion, de l’école, ou des médias, et d’autres moyens du genre, que par l’usage de force pur et simple (qui néces­site un inves­tis­se­ment consé­quent en arme­ment, en surveillance et en travail).

Cela fonc­tionne très bien en combi­nai­son avec le contrôle écono­mique et agri­cole. Si vous contrô­lez l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en nour­ri­ture et les autres néces­si­tés de la vie, les gens n’ont d’autres choix que de faire ce que vous dites, ou de mourir. La survie des gens des villes dépend intrin­sèque­ment des systèmes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en nour­ri­ture contrô­lés par les diri­geants.

Pour un contrôle plus effi­cace, les diri­geants ont combiné le contrôle de l’ali­men­ta­tion et de l’agri­cul­ture avec un condi­tion­ne­ment renforçant leur supré­ma­tie. Dans la société capi­ta­liste domi­nante, les riches contrôlent l’ache­mi­ne­ment de la nour­ri­ture et du néces­saire vital, mais aussi le contenu des médias et des programmes scolaires. L’école et le travail servent de proces­sus de sélec­tion : ceux qui démontrent leur apti­tude à coopé­rer avec ceux au pouvoir en se compor­tant sage­ment et en exécu­tant ce qu’on leur demande de faire accèdent à des emplois mieux payés et moins épui­sants. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent effec­tuer ce qu’on leur demande sont exclus de l’ac­cès facile à la nour­ri­ture et au néces­saire vital (n’ayant accès qu’aux emplois les plus ingrats), et doivent travailler très dur pour survivre, ou s’ap­pau­vrir et/ou deve­nir SDF. Les gens siégeant au sommet de cette hiérar­chie ne connaissent rien des violences écono­miques et physiques impo­sées à ceux d’en bas. Une exploi­ta­tion ainsi ratio­na­li­sée augmente l’ef­fi­ca­cité géné­rale du système en rédui­sant les chances de résis­tance ou de rébel­lion de la popu­lace.

Les méca­nismes de propa­gande média­tique ont convaincu la plupart des gens qu’un tel système était en quelque sorte « normal » ou « néces­saire » — mais, bien sûr, c’est à la fois tota­le­ment arti­fi­ciel et le résul­tat direct des agis­se­ments de ceux au pouvoir (et de l’inac­tion de ceux qui pensent en béné­fi­cier, ou en sont empê­chés par la violence ou la menace de violence).

Freud

Contrai­re­ment à l’idée selon laquelle le mode de vie de la culture domi­nante est « natu­rel », les êtres humains ont vécu en petits groupes écolo­giques, parti­ci­pa­tifs et équi­tables, pendant plus de 99% de l’his­toire de l’hu­ma­nité.

Aric McBay


Notes

[1] Jensen, Derrick, Unpu­bli­shed manus­cript..

[2] I owe many of the sources in this section to the research of Ward Chur­chill. The figure of 8 million is from chap­ter 6 of Essays in Popu­la­tion History, Vol.I by Sher­burn F. Cook and Woodrow Borah (Berke­ley: Univer­sity of Cali­for­nia Press, 1971). The figure of 3 million is from is from a survey at the time by Barto­lomé de Las Casas cove­red in J.B. That­cher, Chris­to­pher Colum­bus, 2 vols. (New York: Putnam’s, 1903–1904) Vol. 2, p. 384ff. They were consi­de­red extinct by the Spanish census at the time, which is summa­ri­zed in Lewis Hanke’s The Spanish Struggle for Justice in the Conquest of America (Phila­pel­phia: Univer­sity of Penn­syl­va­nia Press, 1947) p. 200ff.

[3] Sale, Kirk­pa­trick. The Conquest of Para­dise: Chris­to­pher Colum­bus and the Colum­bian Legacy (New York: Alfred A. Knopf, 1990) p. 155.

[4] de Las Casas, Barto­lomé. The Spanish Colo­nie: Breví­sima revacíon (New York: Univer­sity Micro­films Reprint, 1966).

[5] de Las Casas, Barto­lomé. Histo­ria de las Indias, Vol. 3, (Mexico City: Fondo Cultura Econó­mica, 1951) chap­ter 29.

[6] Jensen, Derrick, Unpu­bli­shed manus­cript.

[7] Bodley, John H., Cultu­ral Anthro­po­logy: Tribes, States and the Global System. Mayfield, Moun­tain View, Cali­for­nia, 2000.

[8] Mumford, Lewis. Tech­nics and Human Deve­lop­ment, Harcourt Brace Jova­no­vich, New York, 1966. p. 186.

[9] Diamond, Stan­ley, In Search of the Primi­tive: A Critique of Civi­li­za­tion, Tran­sac­tion Publi­shers, New Bruns­wick, 1993. p. 1.

[i] WordNet ® 2.0, 2003, Prin­ce­ton Univer­sity

[ii] The Ameri­can Heri­tage Dictio­nary of the English Language, Fourth Edition, 2000, Hough­ton Mifflin Company.

[iii] Ibid.

***

NdT : à ce propos, on peut lire David Grae­ber, James C. Scott, etc. Égale­ment, pour aller au-delà de ce trop bref exposé d’Aric McBay sur les valeurs histo­rique­ment et intrin­sèque­ment mauvaises que porte le concept de « civi­li­sa­tion », on peut lire les livres qu’il mentionne, mais on peut égale­ment conti­nuer la lecture sur notre site ; plusieurs articles expliquent en quoi le soi-disant « progrès », que la « civi­li­sa­tion » aurait soi-disant permis est tout sauf un « progrès » – dans le sens mélio­ra­tif du terme –, en quoi il n’a fait qu’en­gen­drer une myriade de problèmes, des problèmes telle­ment graves qu’ils menacent la pros­pé­rité de la vie sur Terre telle que nous la connais­sons, ont entrainé le début de la 6ème extinc­tion de masse, perpé­tuent oppres­sions, exploi­ta­tions, pollu­tions et destruc­tions envi­ron­ne­men­tales, entre autres…

A propos de la civi­li­sa­tion, en tant que mot et que concept concret et histo­rique, nous vous propo­sons un autre texte que nous avons traduit, tiré du livre Inven­ting Western Civi­li­za­tion (publié en 1997, jamais traduit en français, mais dont le titre corres­pon­drait à « L’in­ven­tion de la civi­li­sa­tion occi­den­tale ») écrit par un anthro­po­logue de Berke­ley, le profes­seur Thomas C. Patter­son.

***

L’idée de civi­li­sa­tion repré­sen­tait une partie impor­tante de l’idéo­lo­gie qui accom­pa­gna et appuya l’avè­ne­ment de l’état euro­péen moderne. L’état moderne émer­gea durant la crise du féoda­lisme — une crise qui fut carac­té­ri­sée par des reve­nus décrois­sants au sein de la classe diri­geante, même en période d’ex­pan­sion écono­mique. L’ap­pa­ri­tion de l’état moderne débuta à la Renais­sance et pris de l’am­pleur avec l’ar­ri­vée, dans les années 1500, d’im­por­tantes ressources obte­nues lors de pillages dans les Amériques. A cet époque, les états euro­péens présen­taient déjà diverses formes de gouver­ne­ment : monar­chies abso­lues en Espagne, en France et en Angle­terre ; états domi­nés par des corpo­ra­tions cléri­cales dans le Saint Empire Romain — à savoir, un bout de ce qui est aujourd’­hui l’Al­le­magne et l’Ita­lie centrale ; et répu­bliques avec assem­blées parle­men­taires dans ce qui est aujourd’­hui le Nord de l’Ita­lie et la Suisse.

La forma­tion des états modernes était aussi connec­tée à l’émer­gence des classes sociales qui indiquaient de nouvelles rela­tions entre les monarques, les nobles, et leurs sujets. Dans les régimes féodaux, les nobles tiraient leurs moyens de subsis­tance des terres acquises par la guerre, et du labeur et des biens extorqués à leurs sujets ; ils étaient aussi l’au­to­rité judi­ciaire de leur propre domaine. Durant la Renais­sance, les princes et les rois commen­cèrent à embau­cher des hommes de lettre — des intel­lec­tuels — pour qu’ils les aident à gérer leur propriété et à encais­ser les béné­fices de la centra­li­sa­tion d’un gouver­ne­ment d’état. Au sein des monar­chies abso­lues appa­rues au début du 16ème siècle, les monarques trai­taient l’état comme une entre­prise person­nelle, une poten­tielle exten­sion lucra­tive de leur propre rési­dence, bien qu’ils aient souvent partagé ses richesses avec d’autres.

Au début des années 1500, les souve­rains d’Es­pagne, de France et d’An­gle­terre avaient commencé à conso­li­der leur pouvoir poli­tique afin d’ac­qué­rir des reve­nus qu’ils utili­se­raient pour les guerres, la diplo­ma­tie, le commerce et la colo­ni­sa­tion. Ils vendaient des postes poli­tiques à des nobles lettrés, des bour­geois et des hommes d’église, et exigeaient un paie­ment moné­taire de la part des cita­dins et des agri­cul­teurs. Ce fut le début de la bureau­cra­tie d’état, dont les repré­sen­tants étaient prin­ci­pa­le­ment concer­nés par la collecte de taxes et le recen­se­ment. Ces nouveaux admi­nis­tra­teurs tiraient égale­ment profit de leurs postes, les nobles qui en avaient ache­tés rece­vaient des reve­nus en espèce à la place des paie­ments féodaux sous forme de labeur et d’ap­port en nature.

L’in­ter­ven­tion d’état était la compo­sante la plus impor­tante de la poli­tique écono­mique de cette période. Les nouveaux états centra­li­sés étaient en mesure de promou­voir le déve­lop­pe­ment des marchés internes, pour encou­ra­ger l’ex­por­ta­tion de marchan­dises, en en tirant profit. De nombreux états — notam­ment l’Es­pagne, le Portu­gal, la France, l’An­gle­terre et la Hollande — finançaient des entre­prises colo­niales d’outre-mer qui créaient des marchés pour leurs marchands et leurs fabri­cants, et four­nis­saient des reve­nus à leurs souve­rains. Ils inter­di­saient égale­ment l’ex­por­ta­tion de lingot d’or, qu’ils consi­dé­raient comme la prin­ci­pale source de richesse.

Peu après, les souve­rains des nouveaux états enga­gèrent des avocats, de forma­tion univer­si­taire, pour explo­rer et spéci­fier la nature des nouvelles rela­tions sociales qui se déve­lop­paient en consé­quence de ces chan­ge­ments. Ces hommes avaient étudié la loi Romaine, qui permet­tait d’éta­blir des distinc­tions entre les citoyens et les sujets, décri­vait leur rela­tion à l’état, et régu­lait les acti­vi­tés écono­miques et les rela­tions entre indi­vi­dus. Ce furent eux qui commen­cèrent à élabo­rer l’idée de civi­li­sa­tion.

Dans les années 1560, des juristes français comme Jean Bodin et Loys le Roy, les descen­dants de riches familles de marchands dont la célé­brité et la fortune repo­saient sur leurs liens étroits avec le roi, commen­cèrent à établir ces stan­dards. Ils utili­saient les mots « civi­lité » et « civi­lisé » pour décrire des gens, qui, comme eux, obéis­saient à certaines orga­ni­sa­tions poli­tiques, dont les arts et lettres faisaient montre d’un certain degré de sophis­ti­ca­tion, et dont les manières et la morale étaient consi­dé­rées comme supé­rieures à celles des autres membres de leur propre société ou d’autres socié­tés. Ils ne consi­dé­raient pas les paysans de leur propre société comme sociables, cour­tois, civils ou lettrés. Ils pensaient la même chose des indi­gènes qui vivaient dans la nature sauvage des nouvelles colo­nies. A partir du 11ème siècle, ces indi­vi­dus « inci­vi­li­sés » étaient souvent décrits comme « rustiques/paysans » — à savoir, des campa­gnards, qui, de par leur rang social infé­rieur, étaient consi­dé­rés comme stupides, gros­siers et mal élevés.

Ces intel­lec­tuels proches de la couronne, impré­gnés d’études sur l’an­cienne loi romaine, connais­saient la racine latine des mots français civi­lis, civis, et des autres décli­nai­sons. Selon leur contexte histo­rique, les mots latins trans­met­taient un éven­tail de signi­fi­ca­tions inter­con­nec­tées, dont : asso­cia­tion de citoyens ; la loi telle qu’ap­pliquée et respec­tée par les citoyens ; le compor­te­ment d’une personne ordi­naire ou d’un citoyen ; le domaine juri­dique en oppo­si­tion au domaine mili­taire ; la poli­tique ; l’as­so­cia­tion avec l’ad­mi­nis­tra­tion d’état ; et une commu­nauté orga­ni­sée à laquelle on appar­tient en tant que citoyen d’un état. La civi­li­sa­tion, en d’autres termes, se base sur l’état, sur la stra­ti­fi­ca­tion sociale et sur le règne de la loi ; ses lettrés appar­te­naient soit à la classe diri­geante, soit occu­paient d’im­por­tantes posi­tions dans l’ap­pa­reil d’état.

Thomas C. Patter­son


Traduc­tion: Nico­las CASAUX


Enfin, quelques liens:

End:Civ – Le problème de la civi­li­sa­tion (2011)

Le problème de la civi­li­sa­tion (par Derrick Jensen)

Les forêts du monde seront détruites si nous ne disons pas « non » (par Bill Laurance)

Le plas­tique est partout : aujourd’­hui la planète entière est polluée (par Robin McKie)

La violence quoti­dienne de la culture moderne (par Max Wilbert)

Extinc­tion de l’es­pèce humaine — le suicide de la civi­li­sa­tion indus­trielle (par Guy McPher­son)

Le « déve­lop­pe­ment durable » est un mensonge (par Derrick Jensen)

Le problème des « éner­gies renou­ve­lables » (par Kim Hill)

Les illu­sions vertes – ou l’art de se poser les mauvaises ques­tions!

Comment la tech­no­lo­gie entrave l’évo­lu­tion et détruit le monde (avec Douglas Tomp­kins)

Détruire le monde… et y prendre du plai­sir (Derrick Jensen)

Le déve­lop­pe­ment durable c’est le problème, pas la solu­tion! (Thierry Sallan­tin)

Pourquoi notre déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique est insou­te­nable (inhu­main et catas­tro­phique pour l’en­vi­ron­ne­ment)

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