web analytics

La « civilisation », cette catastrophe (par Aric McBay / Thomas C. Patterson)

200px-Aric_McBayTraduction de l'article publié (en anglais), à l'adresse suivante:
“What Is Civilization?” by Aric McBay

Aric McBay est un écrivain, activiste écologique et agriculteur biologique de l'Ontario, au Canada, ayant participé à la création du mouvement écologiste DGR - Deep Green Resistance.

Quand la plupart  des gens en entendent d’autres dire qu’il faut « mettre fin à la civilisation » ils répondent automatiquement, et négativement, de différentes façons, en raison des connotations positives associées au mot « civilisation ». Ces quelques lignes sont une tentative de clarification de quelques points :

Si je regarde dans le dictionnaire pour tenter de comprendre la signification du mot « civilisation », voilà ce que je trouve :

1.  Fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées.

2.  Une civilisation est l’ensemble des caractéristiques spécifiques à une société, une région, un peuple, une nation, dans tous les domaines : sociaux, religieux, moraux, politiques, artistiques, intellectuels, scientifiques, techniques… Les composantes de la civilisation sont transmises de génération en génération par l’éducation. Dans cette approche de l’histoire de l’humanité, il n’est pas porté de jugements de valeurs. Le sens est alors proche de « culture ».

3.  État plus ou moins stable d’une société qui, ayant quitté l’état de nature, a acquis un haut développement.

4. État de développement économique, social, politique, culturel auquel sont parvenues certaines sociétés et qui est considéré comme un idéal à atteindre par les autres.

Parmi les synonymes on retrouve : 

« adoucissement, avancement, évolution, culture, humanisme, monde, perfectionnement, progrès »

Il va sans dire que les rédacteurs de dictionnaires sont des gens « civilisés », ce qui aide à comprendre pourquoi ils se définissent en des termes si glorieux. Comme Derrick Jensen l’explique, « pouvez-vous imaginer des rédacteurs de dictionnaires se qualifier volontairement de membres d’une société humaine basse, non-développée, ou arriérée ? » [1]

CV1

Au contraire, on retrouve parmi les antonymes de « civilisation » : [sauvagerie, barbarie, bestialité, nature]. Voici les mots qu’utilisent les gens civilisés pour qualifier ceux qu’ils considèrent comme en dehors de la civilisation en particulier, les peuples indigènes. « Barbares » vient d’une expression grecque qui désignait les « non-grecs, étrangers ». Le mot « sauvage » vient du Latin « silvaticus » signifiant « relatif aux bois, à la forêt ». Ces origines semblent plutôt inoffensives, mais il est intéressant de voir ce que les civilisés en ont fait :

barbarie

1. Caractère de quelqu’un ou de quelque chose qui est inhumain, cruel, féroce [syn: atrocité]

2. Action barbare, cruelle [syn: brutalité, barbarisme, sauvagerie] [ii]

sauvagerie

1. État des hommes sauvages.

2. Caractère cruel, brutal, barbare.

Ces associations de cruautés avec les incivilisés sont, cependant, en totale contradiction avec ce que l’histoire nous enseigne des interactions entre civilisés et peuples indigènes.

cv2

En effet, prenons un des exemples les plus célèbres de « contact » entre civilisés et indigènes. Lorsque Christophe Colomb arrive en « Amérique », il est impressionné par les peuples indigènes, et écrit dans son journal qu’ils ont une « innocence nue… Ils sont très gentils, ignorent le mal, le meurtre, le vol… »

Et il décide donc « qu’ils feront d’excellents esclaves… ».

En 1493, avec la permission de la couronne d’Espagne, il s’auto-proclame “vice-roi et gouverneur” des Caraïbes et des Amériques. Il s’installe sur l’île aujourd’hui divisé entre Haïti et la République Dominicaine, et commence alors une extermination et un esclavage systématique des populations indigènes. (Les peuples Taïnos n’étaient pas civilisés, contrairement aux Incas civilisés d’Amérique Centrale que les conquistadors envahiront aussi). En trois ans il avait réussi à réduire la population indigène de 8 millions à 3 millions. En 1514 il ne restait plus que 22 000 indigènes, et après 1542 ils étaient considérés comme éteints… [2]

Le système d’exploitation mis en place par Christophe Colomb aux alentours de 1495 était une manière simple de satisfaire l’appétit des espagnols pour l’or tout en satisfaisant leur dégoût pour le travail. Chaque Taïno de plus de 14 ans devait fournir à ses maitres une certaine quantité d’or tous les trois mois (ou, dans les aires dépourvues d’or, 11.3 kg de coton filé; ceux qui réussissaient recevaient un jeton à accrocher autour de leur cou comme preuve de leur paiement; ceux qui échouaient étaient “punis”, on leur coupait les mains, et on les laissait se vider de leur sang…[3]

spanishempire021Plus de 10 000 personnes furent tuées de cette façon sous la gouvernance de Christophe Colomb. A de nombreuses occasions, ces envahisseurs civilisés commirent tortures, viols, et massacres. Les Espagnols :

faisaient des paris quant à qui trancherait un homme en deux, ou couperait sa tête d’un seul coup; ou lui ouvrirait les intestins. Ils retiraient les bébés des ventres de leurs mères, les tirant par les pieds, et éclataient leur têtes contre des rochers… ils découpaient avec leurs épées les corps d’autres bébés, ainsi que de leurs mères et de tous ceux qui passaient devant eux…[4]

A une autre occasion :

Un Espagnol… tira soudain son épée. Alors la centaine d’autres firent de même et commencèrent à déchirer les ventres, à couper et à tuer — hommes, femmes, enfants, vieillards, tous sans défense et effrayés… Et en un rien de temps, plus aucun d’eux ne respirait. Les Espagnols entrèrent alors dans la large maison d’à côté, car cela se passait à l’extérieur, et de la même façon, se mirent à trancher, à tuer autant qu’ils pouvaient, tellement que le sang ruisselait, comme si des vaches avaient été égorgées…[5]

Ce schéma  à sens unique, sans qu’il y ait provocation  de cruautés et de méchancetés inexcusables se répète un nombre incalculable de fois dans l’histoire des interactions entre civilisés et peuples indigènes.

Ce phénomène est très documenté dans l’excellent livre de Ward Churchill « A Little Matter of Genocide: Holocaust and Denial in the Americas, 1492 to the Present », dans « The Conquest of Paradise : Christopher Columbus and the Columbian Legacy » de Kirkpatrick Sale, et dans « Enterre mon cœur à Wounded Knee: une histoire Indienne de l’Ouest Américain » écrit par Dee Brown. Les livres de Farley Mowat, particulièrement « Walking on the Land, Mœurs et coutumes des Esquimaux caribous », et « The Desperate People » documentent cela en mettant l’accent sur les régions du Nord et Arctique de l’Amérique. Il y a aussi d’excellentes informations dans les livres d’Howard Zinn « Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours » et « Voices of a People’s History of the United States ». L’incroyable trilogie « Mémoire du feu » d’Eduardo Galeano couvre aussi ce sujet, en s’attardant plutôt sur l’Amérique Latine.

civilisation

De la même manière que contre les peuples indigènes, les civilisés s’attaquèrent aussi aux animaux non-humains et aux plantes, qui furent annihilés (souvent délibérément) même sans que les civilisés en aient besoin pour se nourrir; simplement comme sport sanglant. Pour en savoir plus, il faut lire l’excellent et dévastateur « Sea of Slaughter » (« Une mer de massacre ») de Farley mowat, ou « A Green History of the World: The Environment and the Collapse of Great Civilizations » (« Une histoire verte du monde: l’environnement et l’effondrement des grandes civilisations ») de Clive Ponting (qui examine aussi l’histoire d’avant la civilisation et le colonialisme européen).

Ces atrocités en tête, on devrait (si on ne l’a pas déjà fait) cesser d’utiliser la propagande définissant civilisé comme « bon » et incivilisé comme « mal », et chercher des définitions plus exactes et plus utiles. Les anthropologues, et d’autres penseurs, proposent un certain nombre de définitions moins biaisées de la civilisation.

L’anthropologue du 19ème siècle E.B. Tylor définit la civilisation comme la vie dans les villes organisée par un gouvernement et facilitée par des scribes (donc usage de l’écriture). Dans ces sociétés, il remarque qu’il y a un « surplus » de ressources, qui peut être échangé ou pris (à travers la guerre ou l’exploitation), et qui permet la spécialisation dans les villes.

civilisationL’activiste et écrivain contemporain Derrick Jensen, ayant reconnu de sérieuses erreurs dans la définition populaire de « civilisation » du dictionnaire, écrit :

La civilisation est une culture – c’est-à-dire un complexe d’histoires, d’institutions, et d’artefacts – qui à la fois mène aux, et émerge de la croissance de villes (voir civil, de civis, citoyen, du latin civitatis, cité-état), en définissant les villes – pour les distinguer des camps, des villages, etc. – comme des regroupements de gens vivant de façon plus ou moins permanente en un lieu précis, d’une densité telle que l’importation quotidienne de nourriture et d’autres éléments nécessaires à la vie est requise.[6]

Jensen remarque aussi que puisque les villes ont besoin d’importer les nécessités de la vie, et besoin de croître, elles doivent pour cela créer des systèmes pour la centralisation perpétuelle des ressources, ce qui entraine « des zones d’insoutenabilité grandissantes et une province de plus en plus exploitée… »

L’anthropologue contemporain John H. Bodley écrit que: « La fonction principale de la civilisation est d’organiser l’imbrication de réseaux sociaux idéologiques, politiques, économiques, et militaires, de pouvoir, qui bénéficient différentiellement aux foyers privilégiés… » [7]. En d’autres termes, les institutions de la civilisation, comme les églises, les corporations, les armées, existent et sont utilisées dans le but d’acheminer les ressources et le pouvoir entre les mains des dirigeants et de l’élite.

L’historien et sociologue du 20ème siècle, Lewis Mumford, a écrit une de mes définitions préférées, acerbe et succincte, de la civilisation. Il utilise le terme de civilisation :

Pour désigner le groupe d’institutions qui prirent forme sous la royauté. Leurs caractéristiques principales, des constantes aux proportions variables à travers l’histoire, sont la centralisation du pouvoir politique, la séparation des classes, la division du travail (pour la vie), la mécanisation de la production, l’expansion du pouvoir militaire, l’exploitation économique des faibles, l’introduction universelle de l’esclavage et du travail imposé pour raisons industrielles et militaires [8].

En prenant en compte diverses définitions anthropologiques et historiques, nous pouvons lister quelques propriétés communes aux civilisations (et en opposition aux groupes indigènes):

  • Des gens vivant sur des implantations permanentes, et la plupart dans des villes.
  • La société dépend d’agriculture à grande échelle (afin de subvenir aux besoins des populations urbaines denses, et ne produisant pas de nourriture).
  • La société a des dirigeants et une forme « d’aristocratie » avec des pouvoirs politiques, économiques, et militaires centralisés, et qui existent grâce à l’exploitation des masses.
  • L’élite (et d’autres possiblement) utilisent l’écriture et les nombres pour le suivi des marchandises, le butin des guerres, etc.
  • Il y a de l’esclavage et un travail imposé soit par l’utilisation directe de la force physique, ou par coercition économique et violence (utilisée pour contraindre les gens, n’ayant aucun choix hors l’économie du salariat).
  • De grandes armées et la guerre institutionnalisée.
  • La production est mécanisée, soit à l’aide de machines physiques ou à travers l’utilisation d’humains comme s’ils en étaient
  • D’importantes et complexes institutions existent afin de gérer et contrôler le comportement des gens, à travers l’éducation (école et églises), aussi bien qu’à travers leurs relations entre eux, avec l’inconnu, et avec le monde naturel (églises et religions organisées).

alphonseL’anthropologue Stanley Diamond souligna le lien unissant tous ces attributs en écrivant : « La civilisation découle des conquêtes à l’étranger et de la répression domestique ». [9]

Le contrôle en est le dénominateur commun. La civilisation est une culture du contrôle. Dans les civilisations, une poignée d’individus contrôle le plus grand nombre à l’aide des institutions propres aux civilisations [ce n’est pas sans rappeler ce que racontait notre cher Voltaire, « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne », NdT] . Si ces gens se trouvent au-delà des frontières de cette civilisation, alors ce contrôle prendra la forme d’armées et de missionnaires (des spécialistes religieux ou techniques). Si les populations à contrôler se trouvent dans des villes, dans l’enceinte même de la civilisation, alors le contrôle pourra prendre la forme de militarisation domestique (i.e., la police). Il est cependant moins coûteux et moins ouvertement violent de conditionner certains comportements à l’aide de la religion, de l’école, ou des médias, et d’autres moyens du genre, que par l’usage de force pur et simple (qui nécessite un investissement conséquent en armement, en surveillance et en travail).

Cela fonctionne très bien en combinaison avec le contrôle économique et agricole. Si vous contrôlez l’approvisionnement en nourriture et les autres nécessités de la vie, les gens n’ont d’autres choix que de faire ce que vous dites, ou de mourir. La survie des gens des villes dépend intrinsèquement des systèmes d’approvisionnement en nourriture contrôlés par les dirigeants.

Pour un contrôle plus efficace, les dirigeants ont combiné le contrôle de l’alimentation et de l’agriculture avec un conditionnement renforçant leur suprématie. Dans la société capitaliste dominante, les riches contrôlent l’acheminement de la nourriture et du nécessaire vital, mais aussi le contenu des médias et des programmes scolaires. L’école et le travail servent de processus de sélection : ceux qui démontrent leur aptitude à coopérer avec ceux au pouvoir en se comportant sagement et en exécutant ce qu’on leur demande de faire accèdent à des emplois mieux payés et moins épuisants. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent effectuer ce qu’on leur demande sont exclus de l’accès facile à la nourriture et au nécessaire vital (n’ayant accès qu’aux emplois les plus ingrats), et doivent travailler très dur pour survivre, ou s’appauvrir et/ou devenir SDF. Les gens siégeant au sommet de cette hiérarchie ne connaissent rien des violences économiques et physiques imposées à ceux d’en bas. Une exploitation ainsi rationalisée augmente l’efficacité générale du système en réduisant les chances de résistance ou de rébellion de la populace.

Les mécanismes de propagande médiatique ont convaincu la plupart des gens qu’un tel système était en quelque sorte « normal » ou « nécessaire » mais, bien sûr, c’est à la fois totalement artificiel et le résultat direct des agissements de ceux au pouvoir (et de l’inaction de ceux qui pensent en bénéficier, ou en sont empêchés par la violence ou la menace de violence).

Freud

Contrairement à l’idée selon laquelle le mode de vie de la culture dominante est « naturel », les êtres humains ont vécu en petits groupes écologiques, participatifs et équitables, pendant plus de 99% de l’histoire de l’humanité.

Aric McBay

NdT: à ce propos, on peut lire David Graeber, James C. Scott, etc. Également, pour aller au-delà de ce trop bref exposé d’Aric McBay sur les valeurs historiquement et intrinsèquement mauvaises que porte le concept de « civilisation », on peut lire les livres qu’il mentionne, mais on peut également continuer la lecture sur notre site ; plusieurs articles expliquent en quoi le soi-disant « progrès », que la « civilisation » aurait soi-disant permis est tout sauf un « progrès » dans le sens mélioratif du terme , en quoi il n’a fait qu’engendrer une myriade de problèmes, des problèmes tellement graves qu’ils menacent la prolifération de la vie sur Terre telle que nous la connaissons, ont entrainé le début de la 6ème extinction de masse, perpétuent oppressions, exploitations, pollutions et destructions environnementales, entre autres…

A propos de la civilisation, en tant que mot et que concept concret et historique, nous vous proposons un autre texte que nous avons traduit, tiré du livre « Inventing Western Civilization » (publié en 1997, jamais traduit en français, mais dont le titre correspondrait à « L’invention de la civilisation occidentale ») écrit par un anthropologue de Berkeley, le professeur Thomas C. Patterson :

L’idée de civilisation représentait une partie importante de l’idéologie qui accompagna et appuya l’avènement de l’état européen moderne. L’état moderne émergea durant la crise du féodalisme — une crise qui fut caractérisée par des revenus décroissants au sein de la classe dirigeante, même en période d’expansion économique. L’apparition de l’état moderne débuta à la Renaissance et pris de l’ampleur avec l’arrivée, dans les années 1500, d’importantes ressources obtenues lors de pillages dans les Amériques. A cet époque, les états européens présentaient déjà diverses formes de gouvernement : monarchies absolues en Espagne, en France et en Angleterre ; états dominés par des corporations cléricales dans le Saint Empire Romain — à savoir, un bout de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne et l’Italie centrale ; et républiques avec assemblées parlementaires dans ce qui est aujourd’hui le Nord de l’Italie et la Suisse.

La formation des états modernes était aussi connectée à l’émergence des classes sociales qui indiquaient de nouvelles relations entre les monarques, les nobles, et leurs sujets. Dans les régimes féodaux, les nobles tiraient leurs moyens de subsistance des terres acquises par la guerre, et du labeur et des biens extorqués à leurs sujets ; ils étaient aussi l’autorité judiciaire de leur propre domaine. Durant la Renaissance, les princes et les rois commencèrent à embaucher des hommes de lettre — des intellectuels — pour qu’ils les aident à gérer leur propriété et à encaisser les bénéfices de la centralisation d’un gouvernement d’état. Au sein des monarchies absolues apparues au début du 16ème siècle, les monarques traitaient l’état comme une entreprise personnelle, une potentielle extension lucrative de leur propre résidence, bien qu’ils aient souvent partagé ses richesses avec d’autres.

Au début des années 1500, les souverains d’Espagne, de France et d’Angleterre avaient commencé à consolider leur pouvoir politique afin d’acquérir des revenus qu’ils utiliseraient pour les guerres, la diplomatie, le commerce et la colonisation. Ils vendaient des postes politiques à des nobles lettrés, des bourgeois et des hommes d’église, et exigeaient un paiement monétaire de la part des citadins et des agriculteurs. Ce fut le début de la bureaucratie d’état, dont les représentants étaient principalement concernés par la collecte de taxes et le recensement. Ces nouveaux administrateurs tiraient également profit de leurs postes, les nobles qui en avaient achetés recevaient des revenus en espèce à la place des paiements féodaux sous forme de labeur et d’apport en nature.

L’intervention d’état était la composante la plus importante de la politique économique de cette période. Les nouveaux états centralisés étaient en mesure de promouvoir le développement des marchés internes, pour encourager l’exportation de marchandises, en en tirant profit. De nombreux états — notamment l’Espagne, le Portugal, la France, l’Angleterre et la Hollande — finançaient des entreprises coloniales d’outre-mer qui créaient des marchés pour leurs marchands et leurs fabricants, et fournissaient des revenus à leurs souverains. Ils interdisaient également l’exportation de lingot d’or, qu’ils considéraient comme la principale source de richesse.

Peu après, les souverains des nouveaux états engagèrent des avocats, de formation universitaire, pour explorer et spécifier la nature des nouvelles relations sociales qui se développaient en conséquence de ces changements. Ces hommes avaient étudié la loi Romaine, qui permettait d’établir des distinctions entre les citoyens et les sujets, décrivait leur relation à l’état, et régulait les activités économiques et les relations entre individus. Ce furent eux qui commencèrent à élaborer l’idée de civilisation.

Dans les années 1560, des juristes français comme Jean Bodin et Loys le Roy, les descendants de riches familles de marchands dont la célébrité et la fortune reposaient sur leurs liens étroits avec le roi, commencèrent à établir ces standards. Ils utilisaient les mots « civilité » et « civilisé » pour décrire des gens, qui, comme eux, obéissaient à certaines organisations politiques, dont les arts et lettres faisaient montre d’un certain degré de sophistication, et dont les manières et la morale étaient considérées comme supérieures à celles des autres membres de leur propre société ou d’autres sociétés. Ils ne considéraient pas les paysans de leur propre société comme sociables, courtois, civils ou lettrés. Ils pensaient la même chose des indigènes qui vivaient dans la nature sauvage des nouvelles colonies. A partir du 11ème siècle, ces individus « incivilisés » étaient souvent décrits comme « rustiques/paysans » — à savoir, des campagnards, qui, de par leur rang social inférieur, étaient considérés comme stupides, grossiers et mal élevés.

Ces intellectuels proches de la couronne, imprégnés d’études sur l’ancienne loi romaine, connaissaient la racine latine des mots français civilis, civis, et des autres déclinaisons. Selon leur contexte historique, les mots latins transmettaient un éventail de significations interconnectées, dont : association de citoyens ; la loi telle qu’appliquée et respectée par les citoyens ; le comportement d’une personne ordinaire ou d’un citoyen ; le domaine juridique en opposition au domaine militaire ; la politique ; l’association avec l’administration d’état ; et une communauté organisée à laquelle on appartient en tant que citoyen d’un état. La civilisation, en d’autres termes, se base sur l’état, sur la stratification sociale et sur le règne de la loi ; ses lettrés appartenaient soit à la classe dirigeante, soit occupaient d’importantes positions dans l’appareil d’état.

Thomas C. Patterson

Enfin, quelques liens:

End:Civ – Le problème de la civilisation (2011)

Le problème de la civilisation (par Derrick Jensen)

Les forêts du monde seront détruites si nous ne disons pas « non » (par Bill Laurance)

Le plastique est partout : aujourd’hui la planète entière est polluée (par Robin McKie)

La violence quotidienne de la culture moderne (par Max Wilbert)

Extinction de l’espèce humaine — le suicide de la civilisation industrielle (par Guy McPherson)

Le « développement durable » est un mensonge (par Derrick Jensen)

Le problème des « énergies renouvelables » (par Kim Hill)

Les illusions vertes – ou l’art de se poser les mauvaises questions!

Comment la technologie entrave l’évolution et détruit le monde (avec Douglas Tompkins)

Détruire le monde… et y prendre du plaisir (Derrick Jensen)

Le développement durable c’est le problème, pas la solution! (Thierry Sallantin)

Pourquoi notre développement technologique est insoutenable (inhumain et catastrophique pour l’environnement)

 


Traduction: Nicolas CASAUX


Notes

[1] Jensen, Derrick, Unpublished manuscript..

[2] I owe many of the sources in this section to the research of Ward Churchill. The figure of 8 million is from chapter 6 of Essays in Population History, Vol.I by Sherburn F. Cook and Woodrow Borah (Berkeley: University of California Press, 1971). The figure of 3 million is from is from a survey at the time by Bartolomé de Las Casas covered in J.B. Thatcher, Christopher Columbus, 2 vols. (New York: Putnam’s, 1903-1904) Vol. 2, p. 384ff. They were considered extinct by the Spanish census at the time, which is summarized in Lewis Hanke’s The Spanish Struggle for Justice in the Conquest of America (Philapelphia: University of Pennsylvania Press, 1947) p. 200ff.

[3] Sale, Kirkpatrick. The Conquest of Paradise: Christopher Columbus and the Columbian Legacy (New York: Alfred A. Knopf, 1990) p. 155.

[4] de Las Casas, Bartolomé. The Spanish Colonie: Brevísima revacíon (New York: University Microfilms Reprint, 1966).

[5] de Las Casas, Bartolomé. Historia de las Indias, Vol. 3, (Mexico City: Fondo Cultura Económica, 1951) chapter 29.

[6] Jensen, Derrick, Unpublished manuscript.

[7] Bodley, John H., Cultural Anthropology: Tribes, States and the Global System. Mayfield, Mountain View, California, 2000.

[8] Mumford, Lewis. Technics and Human Development, Harcourt Brace Jovanovich, New York, 1966. p. 186.

[9] Diamond, Stanley, In Search of the Primitive: A Critique of Civilization, Transaction Publishers, New Brunswick, 1993. p. 1.

[i] WordNet ® 2.0, 2003, Princeton University

[ii] The American Heritage Dictionary of the English Language, Fourth Edition, 2000, Houghton Mifflin Company.

[iii] Ibid.

Share

Leave a comment

Your email address will not be published.


*