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Pourquoi la montée du fascisme est encore le problème (par John Pilger)
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9ae3deca6381c2a9e1ecfec3d7b54303John Pilger est un jour­na­liste de natio­na­lité Austra­lienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’­hui basé à Londres et travaille comme corres­pon­dant pour nombre de jour­naux, comme The Guar­dian ou le New States­man.

Il a reçu deux fois le prix de meilleur jour­na­liste de l’an­née au Royaume-Uni (Britain’s Jour­na­list of the Year Award). Ses docu­men­taires, diffu­sés dans le monde entier, ont reçu de multiples récom­penses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

John Pilger est membre, à l’ins­tar de Vandana Shiva et de Noam Chom­sky, de l’IOPS (Inter­na­tio­nal Orga­ni­za­tion for a Parti­ci­pa­tory Society), une orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale et non-gouver­ne­men­tale créée (mais encore en phase de créa­tion) dans le but de soute­nir l’ac­ti­visme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des prin­cipes comme l’auto-gestion, l’équité et la justice, la soli­da­rité, l’anar­chie et l’éco­lo­gie.

Article initia­le­ment publié le 26 février 2015, en anglais, sur le site offi­ciel de John Pilger, à cette adresse.


Récem­ment, le 70ème anni­ver­saire de la libé­ra­tion d’Au­sch­witz a été un rappel du grand crime du fascisme, dont l’ico­no­gra­phie nazie est ancrée dans notre conscience. Le fascisme est préservé comme faisant partie de l’his­toire, comme images trem­blantes de ces chemises noires marchant au pas de l’oie, d’un carac­tère crimi­nel terrible et évident. Pour­tant dans ces mêmes socié­tés libé­rales, dont les élites va-t-en-guerre nous somment de ne jamais oublier, le danger crois­sant d’une variété moderne de fascisme est passé sous silence; parce qu’il s’agit de leur fascisme.

« Initier une guerre d’agres­sion… », dirent les juges du tribu­nal de Nurem­berg en 1946, « est non seule­ment un crime inter­na­tio­nal, mais c’est le crime inter­na­tio­nal suprême, qui diffère des autres crimes de guerre en ce qu’il contient tous les autres crimes ».

Si les nazis n’avaient pas envahi l’Eu­rope, Ausch­witz et l’ho­lo­causte n’au­raient pas eu lieu. Si les USA et leurs satel­lites n’avaient pas initié leur guerre d’agres­sion contre l’Irak en 2003, près d’un million de personnes seraient encore en vie aujourd’­hui; et l’État isla­mique, ou EIIL, ne nous aurait pas soumis à sa sauva­ge­rie. Ils sont la progé­ni­ture du fascisme moderne, nour­ris par les bombes, les bains de sang et les mensonges qui sont le théâtre surréa­liste que l’on appelle infor­ma­tions.

A l’ins­tar du fascisme des années 1930 et 1940, d’im­menses mensonges sont déli­vrés avec la préci­sion d’un métro­nome: grâce à des médias omni­pré­sents, répé­ti­tifs et à leur viru­lente censure par omis­sion. La catas­trophe libyenne en est un exemple.

En 2011, l’OTAN a lancé 9700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers visaient des cibles civiles. Des ogives conte­nant de l’ura­nium appau­vrui furent utili­sées; les villes de Misu­rata et Syrte furent soumises à tapis de bombes. La Croix rouge a iden­ti­fié des char­niers, et l’Uni­cef a rapporté que « la plupart [des enfants tués] avaient moins de 10 ans ».

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La Libye, Après / Avant

La sodo­mi­sa­tion publique du président Libyen Mouam­mar Kadhafi à l’aide d’une baïon­nette « rebelle » fut célé­brée par la secré­taire d’État US d’alors, Hillary Clin­ton, en ces mots: « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son meurtre, comme la destruc­tion de son pays, fut justi­fié par un énorme mensonge fami­lier : il plani­fiait un « géno­cide » contre son propre peuple. « Nous savions… que si nous avions attendu un jour de plus », dit le président Obama, « Benghazi, une ville de la taille de Char­lotte, aurait subi un massacre qui aurait résonné dans toute la région et aurait souillé la conscience du monde ».

C’était un bobard fabriqué par  les milices isla­miste qui étaient en train d’être mises en déroute  par les forces du gouver­ne­ment libyen. Elles dirent à Reuters qu’il y aurait « un vrai bain de sang, un massacre comme on en a vu au Rwanda ». Rapporté le 14 mars 2011, le mensonge four­nit la première étin­celle pour l’en­fer de l’OTAN, décrit par David Came­ron comme une « inter­ven­tion huma­ni­taire ».

Équi­pés et entrai­nés en secret par les SAS britan­niques, nombre de « rebelles » se trans­for­me­ront en EIIL, dont la dernière vidéo montre la déca­pi­ta­tion de 21 ouvriers chré­tiens coptes à Syrte, la ville détruite pour le compte des isla­mistes par les bombar­de­ments de l’OTAN.

Pour Obama, Came­ron et Hollande, le vrai crime de Kadhafi était l’in­dé­pen­dance écono­mique de la Libye et son inten­tion décla­rée de cesser de vendre les plus impor­tantes réserves de pétrole d’Afrique en dollars US. Le pétro­dol­lar est un pilier du pouvoir impé­rial US. Kadhafi plani­fiait auda­cieu­se­ment de mettre en place une monnaie afri­caine étalon­née sur l’or, d’éta­blir une banque Afri­caine et de promou­voir une union écono­mique entre pays pauvres ayant des ressources précieuses. Que cela se mette en place ou non, l’idée même en était into­lé­rable pour les USA alors qu’ils s’ap­prê­taient à « entrer » en Afrique et à ache­ter des gouver­ne­ments afri­cains  pour des « parte­na­riats » mili­taires.

Suite à l’at­taque de l’OTAN sous couvert d’une réso­lu­tion du Conseil de sécu­rité, Obama, écrit Gari­kai Chengu, « a confisqué 30 milliards de $ de la Banque centrale libyenne, que Kadhafi desti­nait à l’éta­blis­se­ment d’une Banque centrale afri­caine et d’un dinar afri­cain à couver­ture or ».

La « guerre huma­ni­taire » contre la Libye s’ins­pi­rait d’un modèle cher aux cœurs des libé­raux occi­den­taux, parti­cu­liè­re­ment dans les médias. En 1999, Bill Clin­ton et Tony Blair envoyèrent l’OTAN bombar­der la Serbie, parce que les Serbes, d’après leurs affir­ma­tions menson­gères, étaient en train de commettre un « géno­cide » contre l’eth­nie alba­naise dans la province séces­sion­niste du Kossovo. David Schef­fer, ambas­sa­deur extra­or­di­naire itiné­rant pour les crimes de guerre [sic], déclara qu’au moins « 225 000 hommes d’eth­nie alba­naise âgés de 14 à 59 ans » auraient été tués. Clin­ton comme Blair évoquèrent l’ho­lo­causte et « l’es­prit de la Deuxième guerre mondiale ». Les alliés héroïques de l’Oc­ci­dent furent l’ar­mée de libé­ra­tion du Kosovo (UCK), dont le pedi­gree crimi­nel fut mis de côté. Le ministre des Affaires étran­gères britan­nique, Robin Cook, leur  dit qu’ils pouvaient l’ap­pe­ler quand ils voulaient sur son mobile.

Une fois le bombar­de­ment de l’OTAN terminé, et la majeure partie des infra­struc­tures serbes en ruines, ainsi que ses écoles, hôpi­taux, monas­tères, et la station de télé­vi­sion natio­nale, des équipes inter­na­tio­nales de légistes débarquèrent au Kosovo pour exhu­mer des preuves de « l’ho­lo­causte ». Le FBI ne parvint pas à trou­ver un seul char­nier, et s’en retourna. L’équipe de légistes espa­gnole fit de même, son leader énervé dénonçant « une pirouette séman­tique des machines de propa­gande de guerre ». Un an après, un tribu­nal des Nations unies sur la Yougo­sla­vie annonça le décompte final des morts au Kosovo: 2788. Ce qui compre­nait des combat­tants des deux camps et des Serbes et des Rrom assas­si­nés par l’UCK. Il n’y avait aucun géno­cide. « L’ho­lo­causte » était un mensonge. L’at­taque de l’OTAN avait été frau­du­leuse.

Derrière le mensonge se cachait un objec­tif sérieux. La Yougo­sla­vie était une fédé­ra­tion multieth­nique indé­pen­dante unique qui avait servi de pont écono­mique et poli­tique durant la guerre froide. La plupart de ses services et de son indus­trie était propriété publique. Ce n’était pas accep­table pour la Commu­nauté euro­péenne en expan­sion, parti­cu­liè­re­ment pour l’Al­le­magne nouvel­le­ment unifiée, qui s’était lancée vers l’Est à la conquête de son « marché natu­rel » dans les provinces yougo­slaves de Croa­tie et de Slové­nie. À l’époque où les Euro­péens se rencon­trèrent à Maas­tricht en 1991 pour discu­ter de leurs plans pour la désas­treuse zone euro, un accord secret avait été conclu : l’Al­le­magne recon­nai­trait la Croa­tie. La Yougo­sla­vie était condam­née.

À  Washing­ton, les USA avaient veillé à ce que l’éco­no­mie yougo­slave en diffi­culté se voit refu­ser des prêts par la Banque mondiale. L’OTAN, alors une relique presque défunte de la guerre froide, fut réin­ven­tée comme exécu­tant impé­rial. Lors d’une confé­rence sur la « paix » au Kosovo en 1999 à Rambouillet, en France, les Serbes furent soumis à la tactique rusée de l’exé­cu­tant. L’ac­cord de Rambouillet compre­nait une annexe B secrète, que la délé­ga­tion US avait rajouté le dernier jour. Celle-ci exigeait l’oc­cu­pa­tion mili­taire de toute la Yougo­sla­vie — un pays avec des souve­nirs amers de l’oc­cu­pa­tion nazie — et la mise en place d’une « écono­mie de libre marché » et la priva­ti­sa­tion de toutes les enti­tés publiques. Aucun État souve­rain n’au­rait pu signer ça. Une puni­tion s’en­sui­vit promp­te­ment; les bombes de l’OTAN s’abat­tirent sur un pays sans défense. Ce fut le prélude des catas­trophes en Afgha­nis­tan, en Irak, en Syrie, en Libye et en Ukraine.

Depuis 1945, plus d’un tiers des pays membres des Nations unies — 69 — ont subi une de (ou toutes) ces cala­mi­tés infli­gées par le fascisme US moderne : ils ont été enva­his, leurs gouver­ne­ments renver­sés, leurs mouve­ments sociaux anéan­tis, leurs élec­tions subver­ties, leurs popu­la­tions bombar­dées et leurs écono­mies dépouillées de toute protec­tion, leurs socié­tés soumises à un siège dévas­ta­teur appelé « sanc­tions ». L’his­to­rien britan­nique Mark Curtis estime le nombre de morts à des millions. Et dans chaque cas, on a déployé un immense mensonge.

« Ce soir, pour la première fois depuis le 11 septembre, notre mission de combat en Afgha­nis­tan est termi­née ». Ce furent les mots d’ou­ver­ture du message d’Obama sur l’état de l’Union en 2015. En réalité, 10 000 soldats et 20 000 sous-trai­tants mili­taires privés (merce­naires) restent assi­gnés en Afgha­nis­tan pour une durée indé­fi­nie. « La plus longue guerre de l’his­toire de l’Amé­rique en arrive à une conclu­sion respon­sable », a dit Obama. En réalité, plus de civils ont été tués en Afgha­nis­tan en 2014 que lors de n’im­porte quelle autre année depuis que l’ONU a commencé à le docu­men­ter. La majo­rité des morts  — civils et soldats — ont été tués sous la prési­dence d’Obama.

La tragé­die afghane riva­lise avec les crimes épiques commis en l’In­do­chine. Dans son livre encensé et très cité,  Le grand échiquier: l’Amé­rique et le reste du monde, Zbigniew Brze­zinski, le parrain des poli­tiques US de l’Af­gha­nis­tan à nos jours, écrit que si l’Amé­rique contrôle l’Eu­ra­sie et domine le monde, elle ne peut main­te­nir aucune démo­cra­tie du peuple, parce que « la pour­suite du pouvoir n’est pas le but pour­suivi par les passions popu­laires (…) La démo­cra­tie est inami­cale envers la mobi­li­sa­tion impé­riale ». Il a raison. Comme WikiLeaks et Snow­den l’ont révélé, un État poli­cier et de surveillance est en train d’usur­per la démo­cra­tie. En 1976, Brze­zinski, alors conseiller à la Sécu­rité natio­nale de Carter, a illus­tré cette maxime  en portant un coup fatal à la première et seule démo­cra­tie de l’Af­gha­nis­tan. Qui connait cette histoire vitale?

Dans les années 1960, une révo­lu­tion popu­laire a balayé l’Af­gha­nis­tan, le pays le plus pauvre du monde, parve­nant fina­le­ment à renver­ser les vestiges du régime aris­to­cra­tique en 1978. Le Parti démo­cra­tique du peuple de l’Af­gha­nis­tan (PDPA) mit en place un gouver­ne­ment et déclara un programme de réformes qui compre­nait l’abo­li­tion du féoda­lisme, la liberté pour toutes les reli­gions, des droits égaux pour les femmes et la justice sociale pour les mino­ri­tés ethniques. Plus de 13 000 prison­niers poli­tiques furent libé­rés et les fichiers de police brûlés publique­ment.

Le nouveau gouver­ne­ment intro­dui­sit une couver­ture médi­cale pour les plus pauvres, le servage fut aboli, un programme d’al­pha­bé­ti­sa­tion massif fut lancé. Pour les femmes, les gains furent sans précé­dent. À la fin des années 1980, la moitié des étudiants univer­si­taires étaient des femmes, ainsi que la moitié envi­ron des méde­cins, un tiers des fonc­tion­naires et la majo­rité des ensei­gnants. « Chaque fille », se souvient Saira Noorani, une chirur­gienne, « pouvait aller au lycée et à l’uni­ver­sité. Nous pouvions aller où bon nous semblait et porter ce que nous voulions. Nous allions au café, le vendredi au cinéma voir les derniers films indiens et écou­tions la musique à la mode. Cela a commencé à aller mal lorsque les moudja­hi­dines ont commencé à gagner du terrain. Ils tuaient les ensei­gnants et brûlaient les écoles. Nous étions terri­fiés. C’est triste et ironique de penser que c’étaient les gens que l’Oc­ci­dent soute­nait ».

Le gouver­ne­ment du PDPA était soutenu par l’Union sovié­tique, même si, comme l’a admis plus tard l’an­cien secré­taire d’État Cyrus Vance, « il n’y avait aucune preuve de compli­cité sovié­tique [dans la révo­lu­tion] ». Effrayé par l’as­su­rance crois­sante des mouve­ments de libé­ra­tion à travers le monde, Brze­zinski a décidé que si l’ex­pé­rience afghane sous le PDPA réus­sis­sait, son indé­pen­dance et son progrès seraient « un exemple promet­teur menaçant ».

Le 3 juillet 1979, la Maison blanche auto­ri­sait en secret l’oc­troi de 500 millions de dollars en arme­ment et logis­tique pour soute­nir les groupes tribaux « fonda­men­ta­listes » appe­lés moudja­hi­dines. Le but était le renver­se­ment du premier gouver­ne­ment réfor­miste et laïc d’Agha­nis­tan. En août 1979, l’am­bas­sade US à Kaboul rapporte que « les inté­rêts géné­raux des USA… seraient servis par la dispa­ri­tion du [gouver­ne­ment PDPA], malgré tous les revers pour les futures réformes sociales et écono­miques que cela signi­fie­rait en Afgha­nis­tan« . L’em­phase est mienne.

Les moudja­hi­dines étaient les ancêtres d’Al-Qaïda et de l’État isla­mique. Parmi eux Gulbud­din Hekma­tyar, qui reçut des dizaines de millions de dollars en cash de la part de la CIA. La spécia­lité d’Hek­ma­tyar état le trafic d’opium et la projec­tion d’acide sur les visages des femmes qui refu­saient de porter le voile. Invité à Londres, il fut salué par la Première ministre That­cher comme un « combat­tant de la liberté ».

De tels fana­tiques seraient restés dans leur monde tribal si Brze­zinski n’avait pas déclen­ché un mouve­ment inter­na­tio­nal pour promou­voir le fonda­men­ta­lisme isla­mique en Asie centrale, et saper ainsi la libé­ra­tion poli­tique laïque, et « désta­bi­li­ser » l’Union sovié­tique, en  créant, comme il l’écrit dans son auto­bio­gra­phie, « quelques musul­mans agités ». Son grand plan coïn­ci­dait avec les ambi­tions du dicta­teur pakis­ta­nais, le Géné­ral Zia ul-Haq, de domi­na­tion de la région. En 1986, l’agence de rensei­gne­ment du Pakis­tan, l’ISI, et la CIA, commencent à recru­ter des gens de par le monde afin de rejoindre le djihad afghan. Le multi­mil­lion­naire saou­dien Oussama Ben Laden fut l’un d’entre eux. Les opéra­teurs qui rejoin­draient fina­le­ment les Tali­ban et Al-Qaïda, étaient recru­tés dans une univer­sité isla­mique de Brook­lyn, à New York, et effec­tuaient un entrai­ne­ment para­mi­li­taire en Virgi­nie dans un camp de la CIA. Cela fut baptisé « Opéra­tion Cyclone ». Son succès fut célé­bré en 1996 lorsque le dernier président afghan du PDPA, Moham­med Naji­bul­lah — qui s’était rendu devant l’as­sem­blée géné­rale de l’ONU pour deman­der de l’aide — fut pendu à un lampa­daire par les Tali­bans.

Le « retour de bâton » de l’Opé­ra­tion Cyclone et de ses « quelques musul­mans agités » fut le 11 septembre 2001. L’Opé­ra­tion Cyclone se trans­forma en « guerre contre le terro­risme », dans laquelle d’in­nom­brables hommes, femmes et enfants allaient perdre leurs vies à travers le monde musul­man, de l’Af­gha­nis­tan à l’Irak, au Yémen, à la Soma­lie et à la Syrie. Le message des exécu­tants était et reste toujours: « Soit vous êtes avec nous soit contre nous ».

Le fil conduc­teur du fascisme, passé et présent, est le meurtre de masse. L’in­va­sion US du Viet­nam a eu ses « zones de feu à volonté », « décomptes des corps » et « dommages  colla­té­raux ». Dans la province de Quang Ngai, où j’étais repor­ter, plusieurs milliers de civils (appe­lés gooks, Chine­toques, par les soldats US) furent assas­si­nés par les USA; pour­tant on ne se souvient que d’un seul massacre, à My Lai. Au Laos et au Cambodge, le plus impor­tant bombar­de­ment aérien de l’his­toire a donné nais­sance à une époque de terreur marquée aujourd’­hui par le spec­tacle de cratères de bombes reliés qui, vus du ciel, ressemblent à des colliers mons­trueux. Le bombar­de­ment donna au Cambodge son propre EIIL, dirigé par Pol Pot.

Aujourd’­hui la plus grande des campagnes de terreur entraine l’exé­cu­tion de familles entières, d’in­vi­tés lors de mariages, d’en­deuillés lors de funé­railles. Ce sont les victimes d’Obama. Selon le New York Times, Obama fait sa sélec­tion depuis une « liste de gens à tuer » que la CIA lui présente chaque mardi dans la salle de crise de la Maison blanche. Il décide alors, sans la moindre justi­fi­ca­tion légale, qui va vivre et qui va mourir. Son arme d’exé­cu­tion est le missile Hell­fire (feu de l’en­fer) que porte un engin aérien sans pilote, appelé drone; ceux-ci font griller leurs victimes et dispersent leurs restes alen­tour. Chaque « hit » est enre­gis­tré sur un écran de console loin­tain avec le logi­ciel Bugsplat [correc­tion de bogue, litté­ra­le­ment écra­se­ment de punaise ou de cafard].

« À ceux qui marchent au pas de l’oie », a écrit l’his­to­rien Norman Pollock, « on substi­tue l’ap­pa­rem­ment inof­fen­sive mili­ta­ri­sa­tion de la culture. Et au lieu du leader gran­di­lo­quent, nous avons le réfor­ma­teur manqué,  qui travaille allè­gre­ment, plani­fie et exécute des assas­si­nats, tout en  souriant« .

Ce qui unit le nouveau et l’an­cien fascisme est le culte de la supé­rio­rité. « Je crois en l’ex­cep­tion­na­lisme améri­cain de tout mon être », a dit Obama, évoquant les décla­ra­tions de féti­chisme natio­nal des années 1930. Comme le souligne l’his­to­rien Alfred W. McCoy, ce fut le fidèle d’Hit­ler, Carl Schmitt, qui dit : « Le souve­rain est celui qui décide de l’ex­cep­tion ». Ceci résume l’amé­ri­ca­nisme, l’idéo­lo­gie qui domine le monde. Qu’elle ne soit pas asso­cié à une idéo­lo­gie préda­trice est le résul­tat d’un lavage de cerveau tout aussi subtil. Insi­dieuse, dissi­mu­lée, présen­tée de manière comique comme les Lumières en marche, sa préten­tion  imprègne insi­dieu­se­ment toute la culture occi­den­tale. Pendant toute mon enfance et adoles­cence j’ai été nourri de cinéma à la gloire des USA, une distor­sion dans la plupart des cas. Je ne me doutais pas que l’Ar­mée rouge avait détruit la majeure partie de la machine de guerre nazie, ce qui lui avait coûté plus de 13 millions de soldats. En revanche, les pertes US, y compris dans la guerre du Paci­fique, s’éle­vèrent à 400 000. Holly­wood a inversé tout cela.

La diffé­rence aujourd’­hui c’est que les spec­ta­teurs au cinéma sont invi­tés à se lamen­ter sur la « tragé­die » de psycho­pathes US ayant à tuer des gens dans des endroits loin­tains — tout comme le président lui-même les tue. L’in­car­na­tion de la violence d’Hol­ly­wood,  L’ac­teur et réali­sa­teur Clint East­wood, un paran­gon de la violence holly­woo­dienne, a été nominé pour un oscar cette année pour son film « Ameri­can Sniper », qui traite d’un assas­sin patenté et zinzin. Le New York Times le décrit comme « un film patrio­tique, pro-famille, qui a battu tous les records d’au­di­mat dès les premiers jours ».

Propagandenazi
Il faut savoir que l’af­fiche de propa­gande du mini-film « Stolz der nation » dans le film de Taran­tino « Inglo­rious Bastards » est histo­rique­ment authen­tique, elle corres­pon­drait à un véri­table film de propa­gande nazi selon le livre « Film Posters of the Third Reich ».

Aucun film héroïque ne traite du fascisme US. Durant la seconde guerre mondiale, les USA (et l’An­gle­terre) sont entrés en guerre contre les Grecs qui s’étaient héroïque­ment battus contre le nazisme et résis­taient à la montée du fascisme grec. En 1967, la CIA a aidé une junte mili­taire fasciste à prendre le pouvoir à Athènes — comme elle l’avait fait au Brésil et dans la majeure partie de l’Amé­rique latine. Les Alle­mands et les euro­péens qui avaient colla­boré avec l’agres­sion nazie et les crimes contre l’hu­ma­nité furent accueillis en toute sécu­rité aux USA; nombre d’entre eux seront choyés et leurs talents récom­pen­sés. Werner von Braun a été à la fois le père de la bombe de terreur nazie V-2 et du programme spatial des USA.

Dans les années 1990, alors que les anciennes répu­bliques sovié­tiques, l’Est de l’Eu­rope et les Balkans deve­naient des avant-postes mili­taires de l’OTAN, les héri­tiers d’un mouve­ment nazi ukrai­nien ont trouvé une occa­sion à saisir. Respon­sables de la mort de milliers de juifs, polo­nais et russes lors de l’in­va­sion nazie de l’Union sovié­tique, le fascisme ukrai­nien fut réha­bi­lité et sa « nouvelle vague » saluée par les exécu­tants comme « natio­na­liste ».

L’apo­gée fut atteinte en 2014 quand l’ad­mi­nis­tra­tion Obama orga­nisa un coup d’État à 5 milliards de $ contre le gouver­ne­ment élu. Les troupes de choc étaient des néo-nazis, le Secteur Droit et Svoboda. Parmi leurs leaders, Oleh Tyah­ny­bok, qui avait appelé à une purge de la « mafia judéo-mosco­vite » et « autres raclures », dont les gays, les fémi­nistes et les parti­sans de la gauche.

Ces fascistes font main­te­nant partie du gouver­ne­ment de Kiev issu du coup d’État. Le vice-président du parle­ment ukrai­nien, Andriy Parou­biy, un diri­geant du parti au pouvoir, est le co-fonda­teur de Svoboda. Le 14 février, Paru­biy a annoncé qu’il se rendait à Washing­ton pour obte­nir « des USA de l’ar­me­ment moderne de haute préci­sion ». S’il y parvient, cela sera consi­déré comme un acte de guerre par la Russie.

Aucun diri­geant occi­den­tal ne s’est exprimé sur la renais­sance du fascisme au cœur de l’Eu­rope — à l’ex­cep­tion de Vladi­mir Poutine, dont le peuple a dimi­nué de 22 millions à cause d’une inva­sion nazie par la fron­tière ukrai­nienne. Lors de la récente confé­rence sur la sécu­rité de Munich, la secré­taire d’État adjointe d’Obama pour les Affaires euro­péennes et eurasiennes, Victo­ria Nuland, s’est lancée dans des diatribes contre les diri­geants euro­péens qui s’op­po­saient à l’ar­me­ment du régime de Kiev par les USA. Elle quali­fia la ministre alle­mande de la Défense de « ministre du défai­tisme ». Nuland, mariée à Robert D. Kagan, un éminent néocon­ser­va­teur, et -fonda­teur du Projet pour un nouveau siècle améri­cain, d’ex­trême droite,  a été conseillère en poli­tique étran­gère de Dick Cheney. C’est elle qui a super­visé le coup d’État à Kiev.

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas déroulé comme prévu. L’OTAN n’est pas parve­nue à s’em­pa­rer de la base navale russe histo­rique et légi­time de Crimée. La popu­la­tion majo­ri­tai­re­ment russe de Crimée — illé­ga­le­ment annexée à l’Ukraine par Nikita Krush­chev en 1954 — a large­ment voté pour un ratta­che­ment à la Russie, comme ils le firent dans les années 1990. Le réfé­ren­dum fut volon­taire, popu­laire et inter­na­tio­na­le­ment surveillé. Il n’y eut aucune inva­sion.

Au même moment, le régime de Kiev s’est retourné contre les popu­la­tions russo­phones de l’Est avec la féro­cité d’une épura­tion ethnique. Déployant des milices néo-nazies à la manière des Waffen-SS, ils ont bombardé et assiégé des villes et des villages. Ils ont usé de la famine de masse comme arme, coupant l’élec­tri­cité, gelant les comptes bancaires, bloquant la sécu­rité sociale et les retraites. Plus d’un million de réfu­giés ont fui vers la Russie. Dans les médias occi­den­taux, ils étaient les invi­sibles fuyant « la violence » causée par « l’in­va­sion russe ». Le comman­dant de l’OTAN, le géné­ral Breed­love — dont le nom et les agis­se­ment s’ins­pirent proba­ble­ment du docteur Fola­mour de Stan­ley Kubrick — a annoncé que 40 000 soldats russes se « massaient ». A l’ère des preuves judi­ciaires par image satel­lite, il n’en four­nit aucune.

Ces russo­phones et bilingues d’Ukraine — un tiers de la popu­la­tion — espèrent depuis long­temps une fédé­ra­tion qui reflète la diver­sité ethnique du pays et qui soit à la fois auto­nome et indé­pen­dante de Moscou. La plupart ne sont pas des « sépa­ra­tistes » mais des citoyens qui veulent vivre en sécu­rité dans leur pays natal et s’op­posent à la  prise de pouvoir à Kiev. Leur révolte et l’éta­blis­se­ment d’États auto­nomes sont une réac­tion à l’at­taque que Kiev a lancée contre eux. Presque rien de tout cela n’a été expliqué au grand public occi­den­tal.

Le 2 mai 2014 à Odessa, 41 russo­phones ont été brûlés vif au siège des syndi­cats sous le regard des poli­ciers inac­tifs. Dmytro Yarosh, diri­geant du Secteur Droit,  a salué ce massacre comme étant « un nouveau jour de gloire dans notre histoire natio­nale ». Dans les médias US et britan­nique, ce fut rapporté comme une « sombre tragé­die » résul­tant « d’af­fron­te­ment » entre les « natio­na­listes » (néo-nazis) et les « sépa­ra­tistes » (ces gens qui collectent des signa­tures pour un réfé­ren­dum sur une Ukraine fédé­rale).

Le New York Times a enterré l’his­toire, ayant ignoré comme propa­gande russe les mises en garde concer­nant la poli­tique fasciste et anti­sé­mite des nouveaux clients de Washing­ton. Le Wall Street Jour­nal a maudit les victimes — « L’in­cen­die mortel en Ukraine proba­ble­ment déclen­ché par les rebelles, selon le gouver­ne­ment (de Kiev) ». Obama a féli­cité la junte pour sa « rete­nue ».

Si Poutine est amené à tomber dans la provo­ca­tion et aller à leur secours, son rôle prééta­bli de « paria » en Occi­dent justi­fiera le mensonge selon lequel la Russie enva­hi­rait l’Ukraine. Le 29 janvier, le chef d’État-major ukrai­nien, le Géné­ral Viktor Muzhemko, a presque discré­dité par inad­ver­tance les fonde­ments des sanc­tions des USA et de l’UE contre la Russie en décla­rant caté­go­rique­ment lors d’une confé­rence de presse: « L’ar­mée ukrai­nienne ne combat pas les unités régu­lières de l’ar­mée russe ». Il y avait des « citoyens indi­vi­duels » qui étaient membres de « groupes armés illé­gaux », mais pas d’in­va­sion russe. Rien de nouveau. Vadym Prys­taiko, le ministre adjoint des Affaires  Étran­gères de Kiev, a appelé à « une guerre totale » contre une Russie dispo­sant de l’arme nucléaire.

Le 21 février, le séna­teur US James Inhofe, un Répu­bli­cain de l’Ok­la­homa, a intro­duit un projet de loi qui auto­ri­se­rait l’ar­me­ment par les USA du régime de Kiev. Dans sa présen­ta­tion au Sénat, Inhofe a utilisé des photo­gra­phies censées montrer des troupes russes en train de fran­chir la fron­tière ukrai­nienne, dont on sait depuis qu’elles étaient des faux. Cela rappelle les fausses photos de Ronald Reagan  des instal­la­tions sovié­tiques au Nica­ra­gua, et les fausses preuves de Colin Powell devant l’ONU sur les armes de destruc­tion massive de l’Irak.

L’in­ten­sité de la campagne de diffa­ma­tion contre la Russie et la repré­sen­ta­tion de son président comme le Grand méchant ne ressemble à rien  de ce que j’ai connu en tant que repor­ter. Robert Parry, l’un des jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion les plus distin­gués des USA, qui révéla le scan­dale de l’af­faire Iran-Contra, a récem­ment écrit : « Aucun gouver­ne­ment euro­péen, depuis l’Al­le­magne d’Adolf Hitler, n’a jugé correct d’en­voyer des troupes de choc nazies mener une guerre contre une popu­la­tion de son propre pays, mais le régime de Kiev l’a fait, et en connais­sance de cause. Et pour­tant à travers le spectre poli­tico-média­tique occi­den­tal, il y a a eu un effort consé­quent pour camou­fler cette réalité au point d’igno­rer des faits établis… Si vous vous deman­dez comment le monde pour­rait enta­mer une 3ème Guerre Mondiale — tout comme c’était arrivé lors de la première Guerre mondiale il y a un siècle — tout ce que vous avez à faire c’est obser­ver la folie autour de cette affaire ukrai­nienne, qui se montre imper­méable aux faits ou à la raison ».

En 1946 le procu­reur du tribu­nal de Nurem­berg dit aux médias alle­mands: « L’uti­li­sa­tion par les conspi­ra­teurs nazis de la guerre psycho­lo­gique est bien connue. Avant chaque agres­sion majeure, à quelques excep­tions près selon l’ur­gence, ils initiaient une campagne de presse afin de discré­di­ter leurs victimes et de prépa­rer les Alle­mands psycho­lo­gique­ment à l’at­taque… Dans le système de propa­gande de l’État d’Hit­ler la presse quoti­dienne et la radio étaient les armes les plus impor­tantes ». Dans le Guar­dian du 2 février, Timo­thy Garton-Ash a effec­ti­ve­ment appelé à une guerre mondiale, sous le titre « Poutine doit être arrêté ». « Et parfois seules les armes arrêtent les armes ». Il admet­tait que la menace d’une guerre puisse « nour­rir une para­noïa russe d’en­cer­cle­ment » ; mais c’était accep­table. Il cite ensuite l’équi­pe­ment mili­taire néces­saire pour ce travail et avise ses lecteurs que « l’Amé­rique possède le meilleur kit ».

En 2003, Garton-Ash, un profes­seur d’Ox­ford, avait répété la propa­gande qui avait mené au massacre en Irak. Saddam Hussein, avait-il écrit, « a, comme [Colin] Powell l’a docu­menté, entre­posé des quan­ti­tés d’ar­me­ment chimique et biolo­gique effrayantes, et cache ce qui en reste. Il tente toujours d’ob­te­nir du nucléaire ». Il a salué Blair comme étant un « inter­ven­tion­niste libé­ral chré­tien glad­sto­nien ». En 2006, il a écrit : « Nous faisons main­te­nant face au prochain test d’en­ver­gure après l’Irak: l’Iran ».

Ces déchaî­ne­ments — ou comme Garton-Ash préfère les appe­ler, ces « ambi­va­lences libé­rales tortu­rées » — ne sont pas rares chez l’élite libé­rale trans­at­lan­tique ayant conclu un pacte faus­tien. Le crimi­nel de guerre Tony Blair est leur leader perdu. Le Guar­dian, dans lequel l’ar­ticle de Garton-Ash parut, a publié une pleine page de publi­cité pour un bombar­dier furtif US. Sur une image menaçante du monstre de Lock­heed Martin figu­raient les mots: « Le F-35. EXCELLENT pour l’An­gle­terre ». Ce « kit » US coûtera au contri­buable britan­nique 1,3 milliard de £, le précé­dent modèle F ayant déjà massa­cré à travers le globe. Afin de rester dans le ton de ses publi­ci­tés, un édito­rial du Guar­dian appelle à une augmen­ta­tion des dépenses mili­taires.

Une fois de plus, il y a un objec­tif sérieux. Les diri­geants du monde ne veulent pas seule­ment l’Ukraine comme base de missiles,  ils veulent aussi son écono­mie. La nouvelle ministre des Finances de Kiev, Nata­liwe Jaresko, est une ancienne haute respon­sable du dépar­te­ment d’État US en charge des « inves­tis­se­ments » US  outre­mer. On lui a octroyé la natio­na­lité ukrai­nienne en urgence. Ils veulent l’Ukraine pour son gaz en abon­dance : le fils du vice-président Joe Biden est membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de la plus impor­tante entre­prise pétro­lière, gazière et de fracking d’Ukraine. Les fabri­cants d’OGM, des entre­prises comme l’in­fâme Monsanto, convoitent le sol agri­cole riche de l’Ukraine.

Par-dessus tout, ils convoitent le puis­sant voisin de l’Ukraine, la Russie. Ils veulent balka­ni­ser ou démem­brer la Russie et exploi­ter les plus impor­tantes ressources en gaz natu­rel de la Terre. Alors que l’Arc­tique fond, ils veulent contrô­ler l’océan Arctique riche en éner­gies, et la longue fron­tière Arctique russe. Leur homme à Moscou était Boris Eltsine, un alcoo­lique, qui brada l’éco­no­mie de son pays à l’Oc­ci­dent. Son succes­seur, Poutine, a réta­bli la Russie en tant que nation souve­raine; c’est là son crime.

Notre respon­sa­bi­lité à nous autres est claire. Il nous faut iden­ti­fier et dénon­cer les mensonges irres­pon­sables des va-t-en-guerre et ne jamais colla­bo­rer avec eux. Il nous faut réveiller les grands mouve­ments popu­laires qui ont apporté une civi­li­sa­tion fragile aux États impé­riaux modernes. Plus impor­tant encore, nous ne devons pas nous lais­ser conqué­rir nous-mêmes, notre esprit, notre huma­nité, notre dignité. Si nous restons silen­cieux, la victoire leur est assu­rée, et la menace d’un holo­causte plane.

 

 

John Pilger


Traduc­tion: Nico­las CASAUX

gouvernement guerre propagande

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