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Toutes les formes de vie sont sacrées! (Chris Hedges)
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chris_hedgesArticle original publié en anglais sur le site de truthdig.com
Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur américain. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il est éditorialiste du lundi pour le site Truthdig.com.

4 janvier 2015


La bataille pour les droits des animaux ne concerne pas que les animaux. Elle nous concerne tout autant. A partir du moment où nous désacralisons les animaux, nous désacralisons toute forme de vie. Et une fois la vie désacralisée, les machines industrielles de la mort et les spéculateurs, les sadiques et autres bureaucrates incontrôlables qui les manœuvrent, sont à même d’exécuter un carnage humain aussi facilement qu’un carnage animal. Il existe un lien direct entre nos abattoirs industriels et nos armes industrielles utilisées sur les champs de bataille du Moyen-Orient.

En temps de guerre, dans les sociétés rurales coutumières du dépeçage des animaux, ces techniques sont souvent utilisées à l’encontre de l’ennemi. La mutilation des corps était une routine dans les guerres que j’ai couvertes en Amérique Centrale, au Moyen-Orient et dans les Balkans. On tranchait des gorges. On coupait des têtes. On arrachait des yeux. On sectionnait des mains. On enfonçait des organes génitaux dans les bouches des victimes. On prélevait des parties du corps, des oreilles ou des doigts par exemple, en guise de souvenirs. Les villages des Balkans, qui suspendaient par les pieds aux branches des arbres les cochons abattus pour les vider de leur sang et pouvoir les raser, suspendaient de la même manière des corps humains le long des routes. Les aiguillons électriques utilisés pour faire avancer les bovins étaient l’instrument de torture de prédilection dans la prison d’Abou Ghraib à Bagdad.

La mise à mort dans nos abattoirs mécanisés est supervisée par un tout petit groupe de techniciens. Les fermes industrielles sont des usines. Ce sont des machines qui tuent les animaux. Et dans les guerres modernes, ce sont des machines qui tuent nos ennemis. Les Afghans, les Pakistanais, les Somaliens, les yéménites sont condamnés à distance, comme du bétail. Des tueurs professionnels appuient sur des boutons. Que ce soit sur notre sol ou sur les champs de bataille, les tueries sont automatisées. L’individu est totalement obsolète. La mécanisation du meurtre est terrifiante. Elle crée l’illusion que le meurtre est aseptisé. Cette illusion est entretenue par une censure imposée par l’état qui nous empêche de voir la réalité de la guerre et la réalité des abattoirs. Tuer est devenu clandestin. Et c’est grâce à cela que d’énormes opérations d’extermination sont perçues comme tout à fait acceptables.

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J’ai été témoin de démembrements et d’éviscérations de corps humains pendant le siège de Sarajevo par les Serbes de Bosnie. Il m’était impossible de ne pas faire le lien avec les animaux. Après la guerre, et pendant plusieurs années, je quittais systématiquement les restaurants à la vue de la flaque de sang dans laquelle baignaient les tranches de viande saignante. Le sang est toujours rouge. Un morceau de viande de bœuf ressemble à s’y méprendre à un morceau de chair humaine. Le cri strident d’un cochon qu’on égorge rappelle les gémissements d’un homme blessé sur un champ de bataille. Il y a peu, j’ai rencontré Gary Francione qui est peut-être le personnage le plus controversé du mouvement actuel de lutte pour les droits des animaux. Nous avons déjeuné au restaurant végétarien du « Whole Earth Center » à Princeton dans le New Jersey. J’étais accompagné de mon épouse, Eunice Wong, qui fut la force motrice de notre décision familiale de l’an dernier de devenir végans.

Francione est l’enfant terrible du mouvement de protection des droits des animaux. Ce philosophe  a fondé avec sa compagne Anna E. Charlton, au sein même de l’université Rutgers où il enseigne le droit, une clinique juridique du droit animal. Le couple possède cinq chiens de sauvetage qui sont tous végans. Dans son livre iconoclaste « Rain Without Thunder : The Ideology of the Animal Rights Movement » (La pluie sans le tonnerre : L’idéologie du mouvement pour les droits des animaux) publié en 1996, il critiquait le refus des activistes des droits des animaux de récuser l’idée que l’animal soit considéré comme une propriété. De nombreux défenseurs des droits des animaux exigent un traitement plus humain des animaux avant qu’ils ne soient abattus – ce qui revient à coller des étiquettes qui donnent bonne conscience, du genre  » élevés selon des principes éthiques », « en libre-parcours » ou « en plein air ». Mais, Francione appelle cette forme d’activisme animalier « le toilettage des camps de concentration« . Il maintient que ce qu’il nomme « exploitation heureuse » trompe les consommateurs en leur faisant croire qu’ils peuvent exploiter les animaux de manière « compassionnelle ». Nous n’avons moralement pas le droit d’utiliser les animaux comme ressource humaine.

Son point de vue l’oppose à pratiquement tous les groupes de défense des droits des animaux, y compris les associations PETA (People for the Ethical Treatment of Animals – les gens pour un traitement éthique des animaux) et HSUS (The Humane Society of the United States – la société humaine des états-unis), ainsi qu’à la plupart des grands auteurs qui défendent la cause animale. Les théoriciens des droits des animaux tels que Jonathan Safran Foer et Peter Singer pensent que les droits des animaux se rapportent essentiellement à la manière dont on les traite et ne remettent pas en question le fait de les utiliser. Francione attaque cette optique dans son livre « Animals as Persons : Essays on the Abolition of Animal Exploitation » (les animaux en tant que personnes : essais sur l’abolition de l’exploitation animale) paru en 2008. Sa condamnation inébranlable de toutes les formes de violence, incluant celle qui émane des activistes du droit animalier, a provoqué la fureur des militants. A l’instar de la plupart des grands moralistes, Francione mène un combat presque solitaire.

« Il s’agit là de questions fondamentales de justice » énonça-t-il à propos des droits des animaux au cours de notre repas. « Des questions fondamentales qui nécessitent que l’on prenne la non-violence au sérieux. On ne peut pas parler de non-violence et fourrer de la violence dans sa bouche trois fois par jour. Combien d’entre nous ont grandi avec un chien, un chat, une perruche ou un lapin? Aimions-nous ces êtres? Les aimions-nous différemment de la façon dont nous aimions notre voiture et notre stéréo? Pourquoi cet amour est-il différent? Il est différent car c’est un amour porté à un autre, qu’il s’agisse d’une personne humaine ou non humaine. C’est de l’amour à l’égard d’un autre qui compte moralement. Avons-nous pleuré lorsque cet autre nous a quittés? C’est de la schizophrénie morale de traiter certains animaux comme des membres de notre famille pour ensuite planter des fourchettes dans d’autres animaux après les avoir rôtis. Des animaux qui ont été maltraités et torturés et qui ne sont en rien différents des membres non humains de notre famille. »

Cependant, la question n’est pas de savoir si les animaux sont torturés ou pas, poursuivit-il. « La grande question actuelle concerne l’élevage industriel. Est-ce que je pense que l’élevage industriel est répréhensible? Eh bien oui, et après? L’élevage familial est tout aussi répréhensible et n’est pas exempt de violence. Prenez deux esclavagistes – l’un bat ses esclaves 25 fois par semaine et l’autre les bat une fois par semaine. Le deuxième est-il meilleur? La réponse est oui, mais elle n’aborde pas l’aspect moral de l’esclavage. »

« Il est impossible de prendre pour victimes plusieurs fois par jour des êtres vulnérables et d’encourager les souffrances et la mort d’autres êtres sensibles sous des prétextes futiles sans que cela ait un impact profond, » dit-il. Cela signifie que nous acceptons l’injustice de la violence. Cela signifie que l’injustice n’est pas prise au sérieux. L’injustice ne parvient pas à nous motiver. La violence est en oeuvre lorsque nous « chosifions » des groupes en les plaçant du côté des « choses » si on trace une ligne entre les personnes et les « choses ». L’exemple paradigmatique de cette posture réside dans ce que nous faisons aux animaux non humains. Si nous cessons de « chosifier » les non humains, il devient impossible de chosifier les humains.

Le traitement industriel des moutons pour la laine:

Francione rejette l’idée que l’ovo-lacto végétarisme et les exploitations familiales soient des améliorations progressives. L’industrie laitière et celle des œufs, souligne-t-il, sont de gigantesques systèmes d’esclavage des femelles reproductrices. Les poules pondeuses et les vaches laitières subissent des maltraitances aussi graves que les animaux qui sont élevés pour leur viande, et cela s’étend généralement sur plusieurs années. Dès que ces animaux sont « usés » et ne sont plus en mesure de pondre ou de produire du lait de manière rentable, eux aussi sont abattus. Et parce que ce ne sont que les femelles qui produisent du lait et pondent des œufs, ces industries tuent approximativement 2 millions de veaux pour leur viande et 250 millions de poussins mâles nouveau-nés – souvent en les broyant vivants dans le but d’obtenir des « protéines brutes » qu’on utilise ensuite dans la nourriture pour animaux domestiques et les fertilisants.

On nous raconte dès notre plus tendre enfance que les vaches « donnent » du lait, comme si la nécessité d’être traité constituait l’état naturel d’une vache. « Comme les autres femelles mammifères, y compris la femme, la production de lait du bétail femelle est une réponse hormonale complexe à la grossesse et à l’accouchement, » écrit Sherry F. Colb, une ancienne collègue de l’université Rutgers de Francione, dans son livre « Mind if I order the cheeseburger? ». « Les producteurs laitiers, » poursuit Sherry Colb,  » placent régulièrement et de manière contraignante chaque vache laitière dans ce qu’on appelle parfois un « châssis de viol », un dispositif auquel les animaux sont attachés pendant qu’ils sont inséminés…Si on la laissait tranquille, la vache nourrirait son petit pendant neuf à 12 mois. Et ainsi que les producteurs laitiers l’admettent, les vaches souffrent terriblement lorsqu’on leur enlève leur veau peu après la naissance. Elles beuglent à n’en plus finir, parfois pendant des jours entiers, et se comportent d’une manière qui exprime clairement leur désespoir et leur détresse, allant jusqu’à un manque d’intérêt pour la nourriture et une tendance à arpenter le lieu où elles ont vu leur petit pour la dernière fois. Un producteur laitier ne peut pas vivre de son métier s’il ne soumet pas ses vaches à une grossesse forcée, s’il ne leur retire pas leur veau et s’il n’abat pas la mère une fois que sa production de lait a diminué. Ce sont des aspects inévitables de l’élevage laitier. »

« Toute production animale entraîne de la violence, de la souffrance et  la mort, même lorsque les produits laitiers et les œufs sont fabriqués de la manière la plus humaine qui soit, » nous a dit Francione. « Les poussins mâles sont soit broyés vivants soit pilonnés soit gazés. Si vous êtes féministe et que vous consommez des produits laitiers, vous n’êtes pas en accord avec vous-même. Une des pires choses au monde est le meuglement déchirant que poussent les vaches lorsqu’on leur retire leur bébé. Dans les exploitations laitières conventionnelles, on emmène les veaux le jour-même ou le lendemain. Dans les exploitations biologiques, qui sont supposés représenter des « lieux enchantés » où on accorde davantage d’importance au bien-être animal, on les emmène deux ou trois jours plus tard. Les mères se lamentent des jours durant. Le fait de prendre une vache dont la durée de vie naturelle est de 30 ans, de la féconder six fois et lui retirer son bébé six fois puis de la tuer après qu’elle ait souffert de mammite pendant cinq ans est tout simplement effroyable. Il s’agit là de la marchandisation du processus de reproduction d’une femelle « autre », de la marchandisation d’une mère et de son enfant. La reproduction et la relation entre une mère et son enfant deviennent des produits. Je ne comprends pas comment quelqu’un peut prétendre être féministe et boire du lait. »

Francione fustige les fermes familiales biologiques qui élèvent des poulets en liberté et du bétail nourri à l’herbe. Il affirme que « l’idée d’aimer quelqu’un soit cohérente avec le fait de le tuer se rapproche du cas de l’homme qui dit « j’aime ma femme mais je la bats souvent. » Le débat portant sur la cruauté de l’élevage industriel ne m’intéresse pas. Cela n’a pas d’importance. Il ne s’agit pas de savoir si vous allez dans les bois, si vous vous achetez une petite ferme ou si les animaux rentrent chez vous le soir pour que vous fassiez une partie de cartes tous ensemble. C’est l’institution de l’exploitation animale dans son intégralité qu’il faut remettre en cause. C’est notre considération morale des animaux qui est équivoque. »

Questionné sur ce qui a conduit, selon lui, à la situation présente, il répondit : « L’erreur que nous avons faite a été de croire que les animaux ont une valeur morale moindre du fait qu’ils sont différents de nous sur le plan cognitif. Ils ne sont pas aussi sophistiqués que nous sur ce plan là – ils ne composent pas de symphonies, n’effectuent pas de calculs – donc nous pouvons les manger, les porter et les utiliser, tant que nous le faisons « humainement. » La plupart des activistes des droits des animaux estiment que « les utiliser n’est pas problématique, le problème réside dans la manière de les traiter. » Selon moi c’est justement le fait de les utiliser qui est problématique. Cela importe peu que nous les traitions bien. Évidemment, il est plus grave de leur infliger davantage de souffrances, mais cela ne signifie pas qu’il soit normal de les « utiliser » de façon « humaine ». Si quelqu’un s’introduit dans votre chambre et vous fait sauter la cervelle pendant votre sommeil, ce n’est pas parce que vous n’avez rien senti qu’on peut dire qu’on ne vous a pas fait de mal. »

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« L’idée que… les animaux [possèdent] une valeur morale moindre est dangereuse, » ajouta-t-il. Cela crée des hiérarchies qui peuvent aussi être utilisées au sein des communautés humaines. A partir du moment où vous êtes sensible, ou que vous êtes subjectivement conscient, vous détenez un droit moral – le droit de ne pas être utilisé en tant que ressource. Cela ne veut pas dire que vous obtenez un traitement équitable à tous égards, mais cela signifie bien que vous n’êtes pas traité en esclave ou comme une marchandise. Un esclave est exclu de la communauté morale. Un esclave n’a pas de valeur intrinsèque. Un esclave a seulement une valeur externe. Un esclave est un objet. Voilà ce que nous avons fait aux animaux. Les animaux sont des propriétés. Les lois du bien-être animal ne peuvent pas fonctionner car elles se fondent sur l’équilibre des intérêts entre humains et non humains. Tant que les animaux seront  considérés comme des biens mobiliers, les propriétaires d’animaux auront gain de cause. Tant que les animaux seront des biens, le statut de bien-être animal sera toujours lié à ce que nous avons besoin d’exploiter en eux car nous ne protègerons les intérêts de l’animal que dans la mesure où nous en retirerons un bénéfice économique. C’est pour cette raison que la réforme portant sur le bien-être animal n’a pour objectif que de rendre l’exploitation animale plus rentable. La loi de 1958 sur l’abattage du bétail sans cruauté (Humane Slaughter Act), qui préconise que les gros animaux soient étourdis avant d’être enchaînés et accrochés, a été adoptée pour protéger le personnel des abattoirs. En effet, un animal pesant presque une tonne et suspendu tête en bas, peut heurter les employés et les blesser. Les carcasses peuvent être endommagées. Si on examine les arguments mis en avant pour que les  producteurs de poulets passent de la méthode de l’étourdissement électrique – encore largement utilisée – à la mise à mort en atmosphère modifiée, essentiellement le gazage, ces arguments – avancés par des groupes comme PETA et HSUS – sont basés sur la rentabilité. Les défenseurs des animaux soulignent [en effet] que si on gaze les poulets cela réduit les dommages de carcasse. Cela maintient les animaux dans le paradigme de la propriété. Et les y empêtre. Il ne s’agit là que d’exploitation rentable. »

« Tous les grands organismes de protection animale, tels que PETA et HSUS, sont des entreprises, » dit-il. « Dans le but d’optimiser leur base de donneurs, ils tentent de faire en sorte que chacun demeure dans sa zone de confort. Ils ne préconisent pas que le véganisme soit la seule réponse rationnellement et moralement acceptable à la reconnaissance de l’importance morale dont les animaux sont dotés. Ils prônent la réforme et non l’abolition. Malheureusement, nous vivons dans une société post moderne et post structuraliste dans laquelle personne n’est supposé se réclamer du réalisme moral. Et cependant, nous possédons tous une certaine forme d’intuition dont nous admettons l’authenticité. Nous savons, par exemple, que la souffrance est répréhensible. Personne n’affirme que la souffrance soit quelque chose de bien, sauf peut-être les masochistes, mais dans leur cas la souffrance n’est admise que lorsqu’elle procure du plaisir. Le seul fait de penser que la souffrance est quelque chose de répréhensible peut satisfaire dans une large mesure vos besoins de morale. Vous ne pouvez pas justifier de faire à quelqu’un d’autre ce que vous n’aimeriez pas que l’on vous fasse. Il s’agit là d’une vérité morale. Nous affirmons tous qu’il est condamnable d’infliger des souffrances inutiles. Nous convenons tous que la nécessité ne peut pas se limiter au plaisir. Pourtant nous ne justifions le fait que nous nous nourrissions d’animaux que par le plaisir que cela procure à notre palais. Nous n’avons pas besoin des denrées animales pour jouir d’une santé optimale, et la production animale constitue un désastre écologique. Nous critiquons des individus comme Michael Vick qui infligent des souffrances inutiles aux animaux, mais nous sommes tous des Michael Vick. L’exploitation que nous faisons des animaux n’est pas davantage nécessaire. »

« Je crains que nous n’ayons élevé une génération qui n’a pas appris à réfléchir en termes de moralité, » dit Francione. « En effet, ma génération s’adonnait souvent à des considérations morales superficielles. Je ne veux pas idéaliser le passé mais des événements comme la guerre du Vietnam nous ont contraints à nous interroger sur notre rôle en tant que nation. Nous avions peur d’être enrôlés bien sûr mais la guerre nous a ouvert les yeux. Elle nous a obligés à prendre en considération des problèmes d’ordre moral. Mais de nos jours la morale a été réduite à une pure question d’opinion. Et c’est une erreur dangereuse. La moralité de l’exploitation injustifiée et injustifiable n’est pas une question d’opinion; c’est une question de morale factuelle.

« Les droits de l’homme et les droits de l’animal sont étroitement liés, » rajoute Francione qui, rappelons-le, dispense des cours, avec Anna Charlton, sur les droits de l’homme et les droits de l’animal à l’université Rutgers. On ne peut pas y réfléchir de manière isolée. Le sexisme, le racisme et le mépris des classes consiste à transformer l’autre en objet. Comment peut-on parler intelligemment de non-violence tout en nous nourrissant des produits de la violence, tout en nous habillant avec les produits de la violence? Tout cela est une question de justice. De justice pour les non humains, pour les femmes, pour les Palestiniens, pour les Afro-américains et pour les prisonniers. La pornographie représente la marchandisation de la femme. Lorsque vous avez recours à la pornographie, la personne n’existe plus. Elle est devenue un corps que l’on fétichise. La personne est devenue une chose. Vous consommez cette chose. Cela diffère peu de votre démarche qui consiste à vous rendre dans un magasin pour y acheter du poulet dans un emballage en polystyrène. Le poulet n’est pas vu comme un animal. C’est un produit dans du polystyrène recouvert de cellophane. Toutes les marchandisations sont reliées les unes aux autres, et sont toutes aussi condamnables les unes que les autres.

Isaac Bashevis Singer dans sa nouvelle « The Letter Writer » disait que les êtres humains étaient des nazis envers les animaux et avaient créé « un éternel Treblinka » pour le monde animal. Lui, ainsi que d’autres écrivains comme Marguerite Yourcenar et JM Coetzee, voyaient dans les abattoirs des ébauches de centres de torture, de camps de concentration, de génocide et de guerre. Kazuo Ishiguro explora l’idée d’êtres sensibles élevés « humainement » comme des marchandises dans son roman dystopique « Auprès de moi toujours », dans lequel des enfants clonés, ou « donneurs », sont élevés dans des pensionnats particuliers ressemblant trait pour trait aux plus prestigieux établissements privés, mais meurent dès qu’ils atteignent l’âge adulte lorsque leurs organes sont prélevés pour servir à des humains non clonés ou « normaux ».

« Je crois que tant que l’homme torturera et tuera des animaux, il torturera et tuera des êtres humains – et des guerres seront menées – car tuer doit être pratiqué et appris à une moindre échelle, » disait Edgar Kupfer- Koberwitz dans  » Dachau Diaries » rédigé pendant son incarcération dans ce même camp de concentration Nazi.

« Bien que le nombre de personnes qui se suicident soit faible, peu de personnes n’ont pas pensé au suicide à un moment ou à un autre de leur vie, » écrivait Isaac Bashevis Singer. « Il en est de même pour le végétarisme. Très peu de personnes n’ont jamais pensé que le fait de tuer des animaux s’apparente à un meurtre, fondé sur le postulat de la loi du plus fort… J’appellerai cela l’éternelle question : Qu’est-ce qui donne à l’homme le droit de tuer un animal, souvent de le torturer, pour pouvoir se remplir la panse avec sa chair. Nous savons maintenant, comme nous avons toujours su instinctivement, que les animaux peuvent souffrir autant que les êtres humains. Leurs émotions et leur sensibilité sont souvent plus intenses que celles d’un être humain. Divers philosophes et chefs religieux ont tenté de convaincre leurs disciples et leurs adeptes que les animaux ne sont rien d’autre que des machines sans âme et dénuées de sentiments. Cependant, toute personne ayant vécu avec un animal – que ce soit un chien, un oiseau ou même une souris – sait que cette théorie est un mensonge éhonté, conçu dans le but de justifier la cruauté…Tant que les êtres humains continueront à verser le sang des animaux, il n’y aura jamais de paix. Il n’y a qu’un petit pas entre tuer des animaux et inventer des chambres à gaz à la Hitler ou des camps de concentration à la Staline…Tous ces actes sont accomplis au nom de la « justice sociale ». Il n’y aura pas de justice tant que l’homme sera armé d’un couteau ou d’un fusil pour détruire ceux qui sont plus faibles que lui. »

Chris Hedges


Traduction: Héléna Delaunay

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