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Contre la mégalomanie scientifique & l'industrialisme : L’Écologie (par Bernard Charbonneau)
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Extraits tirés des excellents livres de Bernard Charbonneau "le feu vert", "le jardin de Babylone" et "le système et le chaos". Pour en savoir plus sur Bernard Charbonneau, pionnier de l'écologie en France: http://www.jacques-ellul.org/compagnonnage/bernard-charbonneau

Pour comprendre le mouve­ment qu’on quali­fie depuis peu d’éco­lo­gique, il faut remon­ter à son origine. […] Une des idées reçues dans les milieux écolo­giques français est qu’il serait sorti ex nihilo un beau jour de mai, alors que sa gesta­tion remonte aux débuts de notre société urbaine et indus­trielle, et même de la société tout court dans la mesure où elle a dressé dans les villes et les palais un rempart de pierres et de sacré pour se proté­ger plus ou moins bien de la nature qui l’as­sié­geait en force.

Plus ou moins clai­re­ment, le mouve­ment écolo­gique tend à consti­tuer ce que l’on appe­lait en Mai 68 une contre-société. Ces deux mots sont aussi impor­tants l’un que l’autre.

Contre. Toute révolte, et parti­cu­liè­re­ment celle-ci, est un non crié contre l’état social, et celui-là est bien plus radi­cal qu’un autre parce qu’il ne l’est pas seule­ment cette fois contre tel souve­rain ou telle Église mais contre un monde qui tend à se cons­­ti­tuer en système scien­ti­fique, tech­nique, écono­mique, et fina­le­ment étatique, bureau­cra­tique, mili­taire et poli­cier, où rien n’échap­pe­rait à l’œil et à la main du Lévia­than. Tota­li­ta­risme cultu­rel dont le tota­li­ta­risme poli­tique n’est que la conclu­sion plus ou moins néces­saire. Si celui-ci ne contrôle pas encore la tota­lité de l’es­pace-temps terrestre, celui-là est en train d’im­po­ser un seul type de culture, de mode vie et de pensée à la quasi-tota­lité de la planète.

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[…] Le ravage de la terre et des mers va de pair avec la proli­fé­ra­tion désor­don­née des tech­niques de contrôle social sur les peuples et les indi­vi­dus: autant qu’à maitri­ser la complexité natu­relle, l’or­di­na­teur servira à contrô­ler la spon­ta­néité et la variété humaines. […]

Société. D’où la réplique, qui ne doit pas tour­ner au dupli­cata, d’une révo­lu­tion cultu­relle qui ne chan­ge­rait pas seule­ment la consti­tu­tion mais l’en­semble social dans tous les détails concrets de son exis­tence: sa culture au sens des ethno­logues. Contre une sorte d’ava­lanche sociale qui menace de détruire sinon de contrô­ler la tota­lité de l’uni­vers humain, autre­ment dit la nature et la liberté, le mouve­ment écolo­gique se voit contraint de lui oppo­ser à tous les niveaux de la vie sociale un projet radi­ca­le­ment diffé­rent. Lui aussi ne doit rien oublier, ni l’éco­no­mie ni la poli­tique, ni la contem­pla­tion ni la fabri­ca­tion, ni le loisir ni le travail, ni la mer ni la cuisi­ne… Entre­prise sans précé­dent comme notre époque. Comme pour la première fois l’état social prend un carac­tère tota­li­taire, qui le refuse se voit obligé de reje­ter la société en bloc, à la diffé­rence des révo­lu­tions de 89 et de 17 qui ne mettaient guère en cause les fonde­ments de la morale, de l’éco­no­mie et de l’état. Il s’agis­sait pour elles de faire mieux, alors que pour les écolos il s’agit d’abord de rompre.

Pour­tant, le projet écolo­gique n’a qu’un but: mettre en échec une entre­prise tota­li­taire d’au­tant plus dange­reuse qu’en­glo­bant la planète, à la diffé­rence de celle d’Hit­ler et de Staline elle n’a même pas à le dire. Le mouve­ment écolo­gique est contraint d’en­vi­sa­ger une révo­lu­tion totale pour la raison exac­te­ment inverse de celle qui est à l’ori­gine des tota­li­ta­rismes poli­tico-reli­gieux : par refus du pouvoir absolu, spiri­tuel et tempo­rel. Son projet d’en­semble n’est pas  et ne doit pas être  dicté par la passion de tout connaître et domi­ner, inspiré par l’amour de la nature et de la liberté il est cepen­dant déter­miné par la situa­tion et l’ad­ver­saire. La révo­lu­tion écolo­gique comme notre temps lui-même n’a guère à voir avec celles qui l’ont précé­dée. Une action contre la décom­po­si­tion ou la prise en bloc de la planète humaine ne doit donc jamais oublier son carac­tère para­doxal : totale mais non tota­li­taire. Ce qui mène à soute­nir bien d’autres contra­dic­tions ou para­doxes. […]

En récla­mant le respect de l’éco­sys­tème terrestre qui a permis l’ap­pa­ri­tion de la vie et de l’homme, par cela seul l’éco­lo­gie met en cause l’état social, bien plus que le socia­lisme et le commu­­nisme, héri­tiers des valeurs de la société indus­trielle et bour­geoise, qui se contentent de reven­diquer la direc­tion de l’État et la socia­li­­sa­tion du déve­lop­pe­ment écono­mique. Ce n’est pas seule­ment la reli­gion du profit qu’elle rejette mais celle de la produc­tion et de la renta­bi­lité, non seule­ment le règne des multi­na­tio­nales mais celui de l’in­dus­trie. Le prin­cipe de l’éco­lo­gie est subver­sif même si l’éco­lo­giste est modéré, il ne peut le rester qu’en trichant avec sa vérité. L’on commence par défendre les arbres et les jolies bêtes, l’on finit par se heur­ter au PDG et au préfet. On se bat pour un marais et contre un projet de loge­ment on finit par mettre en cause la crois­sance démo­gra­phique. Comment renon­cer à tel projet de marina ou d’usine sans renon­cer au tabou de l’em­ploi ? On dénonce la pollu­tion, mais comment mettre un terme à celle du Rhin sans se poser le problème de l’Eu­rope ? Et celle de la mer sans s’in­ter­ro­ger sur l’État mondial qui seul semble pouvoir empê­­cher une catas­trophe plané­taire ? Pour sauver la nature comment ne pas en confier la gestion à une synar­chie de tech­no­crates comme celle du Club de Rome, qui en serait l’exacte anti­thèse ? Comment imagi­ner une insti­tu­tion inter­na­tio­nale ayant le moindre pouvoir qui respec­te­rait la liberté et la diver­sité des peuples et des indi­vi­­dus ? Parti de l’ex­pé­rience des faits locaux, l’on abou­tit aux pro­­blèmes univer­sels de la condi­tion humaine. L’éco­lo­gie est impla­cable, elle vous mène jusqu’aux ques­tions finales concer­nant le sens de la vie et le contrat social.

La problé­ma­tique écolo­gique est indi­vi­sible, elle est forcée d’al­ler jusqu’au bout de son inter­ro­ga­tion. Elle ne peut mettre en cause la dévas­ta­tion de la terre par l’homme sans s’at­taquer à son prin­cipe actif, la science, et son héri­tière, la tech­nique. L’ex­plo­sion de la puis­sance humaine s’ex­plique en partie par le fait que les véri­tés opéra­toires de la science ont succédé à celles, mythiques, de la reli­gion.

L’éner­gie humaine dont une bonne part s’éga­rait dans le ciel s’est entiè­re­ment inves­tie dans la terre. Et ces véri­tés ration­nelles et prag­ma­tiques, à une époque où les parti­cu­la­rismes idéo­lo­giques ou reli­gieux mena­cés par l’uni­fi­ca­tion techno-scien­ti­fique s’exas­pèrent, tendent à deve­nir les seules qui puissent être recon­nues par tous les hommes, donc la seule base d’un consen­sus interne et inter­na­tio­nal. C’est pour­quoi dans l’état actuel des choses, en dehors de la guerre de cha­­cun contre tous, le seul ordre conce­vable est celui d’un gouver­ne­ment mondial et total de la terre en fonc­tion d’une connais­sance scien­ti­fique qui n’ou­blie­rait aucun facteur, notam­­ment humain. Cette utopie scien­tiste n’est pas une vue de l’es­prit, pour qui accepte le donné actuel c’est cela ou rien : le chaos, la mort atomique toujours mieux équi­pée par la science et la tech­nique. Si la liberté humaine ne renou­velle pas la donne, nous n’avons qu’un choix: la Guerre ou la Paix scien­ti­fique.

Le mouve­ment écolo­gique est donc condamné à se poser la ques­tion de la liberté moderne. Là où il n’y a plus de véri­tés reli­­gieuses, comment empê­cher les véri­tés opéra­toires de la science, et de son appen­dice la tech­nique, de prendre une valeur abso­lue ?

Ce qui mène soit à la destruc­tion d’une terre surex­ploi­tée, soit à celle de la liberté par une gestion œcumé­nique au nom de l’au­to­rité scien­ti­fique. Le mouve­ment écolo­gique ne chan­gera rien à l’évo­lu­tion actuelle s’il ne rela­ti­vise pas les véri­tés de la science, donc, sans la nier, en légi­ti­mant son domaine: en distin­guant sa part, en établis­sant les bornes sacrées, néga­tives et posi­tives, qu’elle ne peut fran­chir sans anéan­tir l’homme aussi bien que la nature. Cette tâche est parti­cu­liè­re­ment urgente pour ce qui est des sciences de l’homme qui prétendent s’em­pa­rer de ce genre d’objet. Du moins dans la mesure où elles méritent leur nom et ne sont pas le simple reflet des reflets idéo­lo­giques et mythiques de l’époque. […]

Si la crise éner­gé­tique se déve­loppe, la pénu­rie peut para­doxa­le­ment pous­ser au déve­lop­pe­ment. Le pétrole manque ? Il faut multi­plier les forages. La terre s’épuise ? Colo­ni­sons les mers. L’auto n’a plus d’ave­nir ? Misons sur l’élec­tro­nique qui fera faire au peuple des voyages imagi­naires. Mais on ne peut recu­ler indé­fi­ni­ment pour mieux sauter. Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’éco­lo­gie. Une pros­pec­tive sans illu­sion peut mener à penser que le virage écolo­gique ne sera pas le fait d’une oppo­si­tion dépour­vue de moyens, mais de la bour­geoi­sie diri­geante, le jour où elle ne pourra plus faire autre­ment. Ce seront les divers respon­sables de la ruine de la terre qui orga­ni­se­ront le sauve­tage du peu qui en restera, et qui après l’abon­dance gére­ront la pénu­rie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au déve­lop­pe­ment qu’à l’éco­lo­gie : ils ne croient qu’au pouvoir.

Pour contrô­ler les dangers de moyens de plus en plus puis­sants et fragiles parce que complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtri­ser les réac­tions humaines qui empê­che­raient de le faire, on est obligé de renfor­cer l’or­ga­ni­sa­tion. L’éco­fas­cisme a l’ave­nir pour lui, et il pour­rait être aussi bien le fait d’un régime tota­li­taire de gauche que de droite sous la pres­sion de la néces­sité. En effet, les gouver­ne­ments seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règle­ments assor­tis d’amendes et de prison qui proté­gera la nature contre son exploi­ta­tion incon­trô­lée. Que faire d’autre ? Ce qui nous  attend, comme pendant la seconde guerre totale, c’est proba­ble­ment un mélange d’or­ga­ni­sa­tion tech­no­cra­tique et de retour à l’âge de pierre : les intui­tions de la science-fiction risquent d’être plus près de la réalité à venir que la pros­pec­tive progres­siste de M.Fouras­tié.

[…] L’au­to­rité de la science ne peut être canton­née qu’au nom d’une auto­rité supé­rieure, intel­lec­tuelle, morale ou reli­gieuse, peu importe; l’es­sen­tiel est de savoir laquelle savoir laquelle et qu’elle soit recon­nue. L’au­teur serait présomp­tueux s’il sortait de sa poche cette vérité qui permet­trait à l’homme d’ou­vrir sa voie entre le tota­li­ta­risme sacré du passé et le tota­li­ta­risme pro­­fane à venir. Il n’est qu’un homme, dépo­si­taire pour un jour, malgré lui, d’une étin­celle de vie qui le fait parler de nature et de liberté. S’il pensait être le seul, il se tairait, d’autres avant lui les ont pres­sen­ties, notam­ment ces atomes vivants  donc autre­­ment radio­ac­tifs  qui ont consti­tué le mouve­ment écolo­gique. Ces deux mots ne sont que des signes au départ d’une voie secrète. Mais ils l’ouvrent à qui s’ar­rête, fait taire en lui toute autre voix.

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Si l’au­to­rité suprême de notre époque, la Science, ne faisait pas problème pour le mouve­ment écolo­gique, il ne chan­ge­rait rien. Il n’échap­pera donc pas à une prise de distance vis-à-vis d’elle au nom de ses prin­cipes, c’est la première condi­tion d’une maîtrise de la tech­nique sans laquelle une nouvelle orien­ta­tion de la réalité écono­mique et sociale ne serait qu’un vain mot. Il le doit d’au­tant plus que cette prise de distance conduit à libé­rer la science elle-même, la conscience objec­tive  et subjec­tive  des méca­nismes de la puis­sance maté­rielle univer­selle l’obli­geant à se marier au pouvoir tout court, écono­mique et poli­tique, des trusts et de l’État. La menace actuelle sous toutes ses formes, y compris la bombe atomique, est le fruit de l’en­gros­se­ment de cette connais­sance fémi­nine par le Pouvoir mascu­lin. Aussi, contrai­re­ment à ce qui a été fait jusqu’ici, une poli­tique écolo­gique devrait-elle décon­nec­ter la science de l’in­dus­trie et de l’État. Ce qui conduit à suppri­mer l’ad­mi­nis­tra­tion de la recherche scien­ti­fique en rendant à la science une liberté qui est celle de l’hu­mi­lité et de la pauvreté. Le déve­lop­pe­ment techno-scien­ti­fique perdra ainsi son carac­tère explo­sif (dans tous les sens du terme). Son rythme sera plus lent, ce qui permet­tra d’en connaître et maîtri­ser les effets: l’étude d’im­pact cessera d’en­té­ri­ner le fait accom­pli. Au lieu de l’adap­ter indé­fi­ni­ment à un chan­ge­ment qui le dépasse.

L’homme pourra faire des projets que des moyens plus puis­sants rendent possibles: pas de société convi­viale sans tech­nique douce, mais pas de tech­nique douce sans science douce. Mais que les tempé­ra­ments actifs peu portés à la réflexion philo­so­­phique ne s’inquiètent pas, dans le cas de l’éco­lo­gie la rupture sur le prin­cipe est insé­pa­rable de la rupture dans les faits.

Pas plus que la nature la liberté n’est un idéal qui incite à fuir la terre, à la diffé­rence du socia­lisme qui, tout d’abord poussé par une passion de justice à chan­ger l’exis­tence présente du pro­­lé­ta­riat, a dégé­néré en idéo­lo­gie promet­tant l’Ab­solu pour après-demain. Au contraire, jusqu’ici, le mouve­ment écolo­gique reste près de sa source: les humbles joies de la terre et les agres­sions qu’elles subissent hic et nunc. Son action s’ins­crit dans l’es­pace-temps, autre­ment dit la réalité. Il ne s’op­pose pas seule­ment à un prin­cipe juri­dique qui résu­me­rait tous les maux comme la pro­­priété, mais en même temps qu’à la cause de tous les effets à la multi­tude de ceux-ci: à ce camp mili­taire, cette centrale nucléaire, ce barrage. Promet­tant l’anéan­tis­se­ment pour demain à la bour­geoi­sie, le PC lui laisse tout aujourd’­hui  et c’est tout ce qu’elle demande. Tandis qu’a­vec le déve­lop­pe­ment le mouve­ment écolo­gique met en cause le seul prin­cipe auquel le néo-capi­ta­lisme tienne vrai­ment: son porte­feuille. Il ne discourt pas sur le profit, mieux il s’at­taque aux profits. Il peut se payer le luxe de la modé­ra­tion, il n’échap­pera pas à un conflit inex­piable. Car s’il y a aujourd’­hui un pouvoir qui ne pardonne pas, ce sont les inté­rêts finan­ciers quand ils sont mena­cés.[…]

(Le feu vert – 1980)

En réalité il n’y a proba­ble­ment pas de solu­tion au sein de la société indus­trielle telle qu’elle nous est donnée.[…] Pour nous et surtout pour nos descen­dants, il n’y a pas d’autres voies qu’une véri­table défense de la nature. Désor­mais toute entre­prise devrait être envi­sa­gée en tenant compte de la tota­lité de l’équi­libre qu’elle perturbe. Les hommes qui se voue­raient à une telle révo­lu­tion pour­raient consti­tuer une insti­tu­tion, indé­pen­dante des partis ou des États, consa­crée à la défense de la nature.[…] La merveille de Baby­lone est ce jardin terrestre qu’il nous faut main­te­nant défendre contre les puis­sances de mort.

(Le jardin de Baby­lone – 1969)

Dieux et Véri­tés peuvent dispa­raître, nous touchons au roc, qui est matière et se pèse en kilo­tonne ou au milli­gramme. Nous ne savons plus rien et pour­tant tout est science, ou le sera: deux et deux font quatre. Que sais-je du bien, du mal, du sens ? Qu’im­porte ! Je sais que la popu­la­tion du Costa Rica, le 2 janvier 1960, à midi, est de 1 391 647 habi­tants. Rien n’est clair, mais il est bien évident que E = MC2, ou plutôt que la bombe a explosé à Hiro­shima le 6 août à 8 h23. Nous ne savons pas grand-chose mais nous le savons à un micron près. La science est exacte, c’est pourquoi elle engendre des tech­niques qui permettent de trans­for­mer le réel.

Et à son tour Promé­thée crée un monde. La lumière, qui est science, dissipe une seconde fois le chaos, qui est nature des raisons et des lois succèdent au mystère. […] Mais s’il n’y a qu’une vérité, il n’y a qu’une voie, qui est celle de l’or­ga­ni­sa­tion pour la vérité scien­ti­fique et tech­nique. Agir c’est défi­nir: des stan­dards, des éléments inter­chan­geables, inertes et spécia­li­sés, que la logique assemble en appa­reils usine, trust ou empire, d’au­tant plus puis­sants qu’ils sont concen­trés. En atten­dant que l’État uni à l’État ne forme qu’une orga­ni­sa­tion plané­taire. L’uni­vers se ratio­na­lise; il s’or­ga­nise en deve­nant une sorte de machine de plus en plus effi­cace, bien que de plus en plus lourde, abstraite et compliquée. C’est l’or­ga­ni­sa­tion qui rompt nos vieilles chaînes en ordon­nant les éner­gies, natu­relles ou humaines; mais ainsi elle les enchaî­ne… Le vieux monde dégèle, et le nouveau se prend en bloc, tech­nique et poli­tique là où il ne pour­rit pas l’uni­vers se cris­tal­lise. Le chaos tend confu­sé­ment au système, mais les conflits sont d’au­tant plus violents que la logique est en train. L’ordre progresse, et le désordre aussi : tant que l’homme de chair ne sera pas inté­gré dans ce méca­nisme de fer.
Pourquoi cette machine? Pour produire; l’or­ga­ni­sa­tion abso­lue mène à Dieu: à la produc­tion abso­lue. Pour se multi­plier, pour rendre, tout doit s’or­ga­ni­ser: de plus en plus. Trop tard pour y penser, on ne saute pas d’un avion qui décolle. Il n’y a plus qu’à foncer pour éviter le krach. Projet ou projec­tile ?
(Le système et le chaos: critique du déve­lop­pe­ment expo­nen­tiel – 1973)

Bernard Char­bon­neau

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