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Dans les premiers temps de l’humanité, les hommes et les femmes étaient égaux (les inégalités sont une invention tardive)

Article original publié sur le site du Guardian le 14 mai 2015, et rédigé par Hannah Devlin, correspondante scientifique.

Une nouvelle étude montre que les tribus de chas­seurs-cueilleurs modernes fonc­tionnent sur des bases égali­taires, et suggère que l’iné­ga­lité est une aber­ra­tion qui vit le jour avec l’avè­ne­ment de l’agri­cul­ture.

Nos ancêtres préhis­to­riques sont souvent présen­tés comme des sauvages armés de lances, mais, selon certains cher­cheurs, les premières socié­tés humaines ont proba­ble­ment été fondées sur des prin­cipes égali­taires éclai­rés.

Une étude montre effec­ti­ve­ment que chez les tribus de chas­seurs-cueilleurs contem­po­rains, femmes et hommes ont tendance à avoir une influence égale sur l’en­droit où vit leur groupe, et avec qui ils vivent. Ces décou­vertes remettent en ques­tion l’idée selon laquelle l’éga­lité sexuelle est une inven­tion récente, et suggèrent qu’il s’agis­sait de la norme pour les humains pendant la majeure partie de notre histoire évolu­tion­naire.

Mark Dyble, un anthro­po­logue ayant dirigé l’étude, à l’Uni­ver­sity College London, explique:

Il y a toujours cette percep­tion large­ment répan­due selon laquelle les chas­seurs-cueilleurs étaient machos, ou domi­nés par le mascu­lin. Nous soute­nons que ce n’est qu’a­vec l’émer­gence de l’agri­cul­ture, lorsque les gens ont pu commen­cer à accu­mu­ler des ressources, que les inéga­li­tés ont émergé.

Dyble explique que les dernières décou­vertes laissent à penser que l’éga­lité des sexes aurait peut-être été un avan­tage de survie, et qu’elle aurait joué un rôle impor­tant dans la concep­tion des socié­tés humaines, et dans l’évo­lu­tion. « L’éga­lité sexuelle est l’un des chan­ge­ments impor­tants de l’or­ga­ni­sa­tion sociale, compre­nant des choses comme la forma­tion de couples, la taille impor­tante de nos cerveaux sociaux, et le langage, qui distingue les humains » explique-t-il. « C’est un chan­ge­ment impor­tant qui n’a pas vrai­ment été souli­gné aupa­ra­vant. »

L’étude, publiée dans la revue scien­ti­fique Science, enquê­tait sur le para­doxe appa­rent que tandis que les gens dans les socié­tés de chas­seurs-cueilleurs démon­traient d’im­por­tantes préfé­rences pour la vie avec des membres de leur famille, en pratique, les groupes avec qui ils vivaient avaient tendance à comprendre peu d’in­di­vi­dus étroi­te­ment liés les uns aux autres.

Les scien­ti­fiques ont collecté, au travers de centaines d’in­ter­views, des données généa­lo­giques rela­tives à deux popu­la­tions de chas­seurs-cueilleurs, une au Congo et une aux Philip­pines, et compre­nant les rela­tions de parenté, les mouve­ments entre camps et les modes de rési­dence.

Dans les deux cas, les gens avaient tendance à vivre en groupes d’en­vi­ron 20 personnes, se déplaçant envi­ron tous les 10 jours, et subsis­tant grâce à la chasse de gibier, de pois­sons, à la cueillette de fruits, de légumes et de miel.

Les scien­ti­fiques ont construit un modèle infor­ma­tique pour simu­ler le proces­sus d’as­sor­ti­ment des camps, en se basant sur l’hy­po­thèse que les gens choi­si­raient de peupler un camp vide avec leurs proches parents : frères et sœurs, parents et enfants.

Lorsqu’un seul sexe avait de l’in­fluence sur le proces­sus, comme c’est géné­ra­le­ment le cas dans les socié­tés pasto­rales ou horti­cul­trices domi­nées par le mascu­lin, des pôles restreints d’in­di­vi­dus appa­ren­tés ont émergé. Cepen­dant, le nombre moyen d’in­di­vi­dus appa­ren­tés s’avère bien plus bas lorsque les hommes et les femmes ont une influence égale – ce qui corres­pond forte­ment à ce que l’on a observé chez les popu­la­tions étudiées.

« Lorsque seuls les hommes ont de l’in­fluence sur les personnes avec qui ils vivent, le cœur de toute commu­nauté est un dense réseau d’hommes forte­ment appa­ren­tés et délais­sant les épouses en péri­phé­rie », explique Dyble. « Si les hommes et les femmes décident, vous n’ob­te­nez pas de groupes de quatre ou cinq frères vivant ensemble. »

Les auteurs soutiennent que l’éga­lité sexuelle a pu être un avan­tage évolu­tion­naire pour les premières socié­tés humaines, en donnant nais­sance à des réseaux sociaux plus éten­dus et à une coopé­ra­tion plus étroite entre des indi­vi­dus non-appa­ren­tés. « Cela vous donne un réseau social bien plus étendu avec un choix de parte­naires bien plus large, ce qui réduit le problème de la consan­gui­nité », explique Dyble. « Et vous entrez en contact avec plus de gens, et vous pouvez parta­ger les inno­va­tions, ce qui est quelque chose que les humains font par excel­lence. »

Le Dr. Tamas David-Barrett, scien­ti­fique spécia­liste du compor­te­ment à l’uni­ver­sité d’Ox­ford, en convient : « c’est un résul­tat très clair », dit-il. « Si vous êtes en mesure de retrou­ver la trace de membres éloi­gnés de votre famille, vous obte­nez alors un réseau bien plus impor­tant. Tout ce qu’il  vous restera à faire sera de vous réunir de temps à autre pour festoyer. »

L’étude suggère que ce n’est qu’a­vec l’avè­ne­ment de l’agri­cul­ture, lorsque les gens ont été en mesure d’ac­cu­mu­ler des ressources pour la première fois, qu’un déséqui­libre a émergé. « Les hommes peuvent commen­cer à avoir plusieurs épouses et ils peuvent avoir plus d’en­fants que de femmes », explique Dyble. « L’ac­cu­mu­la­tion de ressources a davan­tage béné­fi­cié aux hommes, et il devient favo­rable pour eux de former des alliances avec des proches mâles. »

Dyble explique que l’éga­li­ta­risme a même pu être l’un des facteurs impor­tants qui a permis la distinc­tion entre nos ancêtres et nos cousins primates. « Les chim­pan­zés vivent dans des socié­tés assez agres­sives, domi­nées par les mâles, avec des hiérar­chies mani­festes », explique-t-il [asser­tion plus que discu­table, ce n’est pas ce que nous apprennent les nombreuses études menées sur des chim­pan­zés, NdT]. « Par consé­quent, ils ne voient simple­ment pas assez d’adultes durant leur vie pour que les tech­no­lo­gies soient entre­te­nues. »

Les décou­vertes semblent s’ap­puyer sur les obser­va­tions quali­ta­tives des groupes de chas­seurs-cueilleurs de l’étude. Dans la popu­la­tion des Philip­pines, les femmes sont impliquées dans la chasse et la collecte de miel, et bien qu’il y ait quand même une divi­sion du travail, au total hommes et femmes contri­buent à un apport de calo­ries simi­laires pour le camp. Dans les deux groupes, la mono­ga­mie est la norme et les hommes s’oc­cupent acti­ve­ment des enfants.

Andrea Migliano, de l’Uni­ver­sity College London et auteur prin­ci­pal de la publi­ca­tion, explique ainsi que : « l’éga­lité des sexes suggère un scéna­rio où les traits humains uniques, tels que la coopé­ra­tion avec des indi­vi­dus non-appa­ren­tés, ont pu émer­ger dans notre passé évolu­tion­naire. »


 

 Traduc­tion: Nico­las CASAUX

Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay

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5 Comments on "Dans les premiers temps de l’humanité, les hommes et les femmes étaient égaux (les inégalités sont une invention tardive)"

  1. Merci pour ce texte vraiment très intéressant et bien mis en perspective par rapport aux principes d’évolution des sociétés humaines ! J’aime cette idée selon laquelle les groupes égalitaires sont plus petits, plus mobiles, plus ouverts et rencontrent plus fréquemment les autres groupes… ainsi le partage des idées, des innovations et des gènes est facilité !
    Par contre, je n’ai pas bien saisi les principes de formation des groupes égalitaires et inégalitaires : pourquoi les groupes égalitaires seraient moins apparentés que les groupes patriarcaux, plus vastes ?
    Enfin, cette étude présente des groupes égalitaires par rapport à des groupes dirigés par des hommes, comme le monde d’aujourd’hui, mais qu’en est-il des sociétés matriarcales ?
    Merci

  2. Pourtant les Bonobos on drastiquement pas le même genre de société que les chimpanzés commun et leur société n’est guère plus évoluer que ses derniers 🙂

  3. je préciserais “avec l’émergence de l’agriculture” en ajoutant “et la constitution d’un surproduit social”

  4. Un élément est apparu avec la révolution néolithique, (l’exploitation agricole), un élément inconnu de l”humanité depuis son origine il y a des centaines de milliers d’années, c’est le stock. Evidement lié à la capacité de stockage, (conteneurs en terre cuite, silos à grains), à sa gestion due à la nécessité de boucler l’année avec l’unique récolte annuelle, à sa préservation d’une année sur l’autre, à sa défense contre les voisins ou les pillards, sous peine de famine.
    Les plus forts, les mieux armés par la nature, les hommes, en sont devenus les protecteurs de ce stock, et le plus fort, ou le plus violent, des hommes, est devenu le seigneur local.
    Si l’invention de l’agriculture a permis de nourrir plus de gens, quoique que pendant longtemps ils furent plus petits et moins vigoureux que leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs, elle a initié presque partout la domination masculine, la hiérarchisation de la société, l’accumulation, la servitude et la guerre.
    Mais ce n’est que passager, parce qu’à plus ou moins long terme, aux espaces agricoles succède le désert…

  5. Et l’esclavage ? Sans lui, l’agriculture était moins rentable. Les sédentaires ont domestiqué l’homme, d’abord des nomades.

    Comment s’organiser différemment sans redevenir chasseurs-cueilleur ? Comment être civilisés ?

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