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Monsanto est au courant du lien entre glyphosate et cancer depuis 35 ans

Traduc­tion d’un article initia­le­ment publié (le 8 avril 2015) en anglais à l’adresse suivante (à consul­ter égale­ment pour les notes de texte, en anglais aussi du coup): http://www.gmfree­cymru.org/docu­ments/monsanto_knew_of_glypho­sate.html


Selon des preuves mises à jour par des archives de l’EPA (Envi­ron­men­tal Protec­tion Agency, agence de protec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment) aux États-Unis, il appa­raît que Monsanto était plei­ne­ment conscient, dès 1981, que le glypho­sate est suscep­tible de causer des cancers chez les mammi­fères.

Récem­ment, l’agence inter­na­tio­nale pour la recherche contre le cancer (IARC) de l’OMS a publié un commu­niqué dans lequel le glypho­sate (le prin­ci­pal compo­sant de l’her­bi­cide Roun­dup) est classé comme “carci­no­gène probable” pour l’être humain, et dont la géno­toxi­cité pour les animaux était “suffi­sam­ment démon­trée” (1). Cette annonce de chan­ge­ment vers une toxi­cité de classe 2A a donné lieu à une vaste couver­ture média­tique à l’échelle mondiale, obli­geant Monsanto à passer immé­dia­te­ment en mode défen­sif, afin de limi­ter les dégâts. La corpo­ra­tion a demandé le retrait du rapport, alors qu’il n’avait même pas été publié! Comme c’était à prévoir, l’équipe indus­trielle travaillant sur le glypho­sate a réagi avec fureur (2). Cette équipe de travail a aussi spon­so­risé un article de “réfu­ta­tion” (3) par un groupe d’au­teurs forte­ment liés à l’in­dus­trie de la biotech­no­lo­gie; mais en raison du mani­feste point de vue subjec­tif de ce docu­ment (qui suggère que le glypho­sate n’a aucun poten­tiel carci­no­gène pour les humains), il est ignoré en atten­dant qu’une équipe de cher­cheurs indé­pen­dants l’exa­mine (4).

Alors que Monsanto conti­nue de prétendre que le Roun­dup et le glypho­sate sont inof­fen­sifs (5) si utili­sés selon les instruc­tions, en dépit des preuves du contraire qui s’ac­cu­mulent, nous avons entre­pris une recherche à travers les archives de l’agence pour la protec­tion envi­ron­ne­men­tale (EPA) afin de décou­vrir ce que l’on savait du glypho­sate au moment de son enre­gis­tre­ment initial. Ceci à la suite d’enquêtes menées par Sustai­nable Pulse qui souli­gnaient un chan­ge­ment soudain en 1991 dans le point de vue de l’EPA sur la toxi­cité. Ce qui a été décou­vert était très parlant. Il y a eu de nombreuses expé­riences sur animaux (des rats, des souris et des chiens) afin de tester la toxi­cité aiguë et chro­nique du glypho­sate sur la période 1978–1986, conduites par des labo­ra­toires comme Bio/dyna­mics Inc pour Monsanto puis soumises à l’exa­men de l’EPA. Deux de ces rapports étudient la repro­duc­tion de rats sur trois géné­ra­tions (6) (7), et un autre s’in­ti­tule “étude de l’ali­men­ta­tion à vie des rats avec du glypho­sate” (8); mais comme toutes les autres anciennes études elles étaient et sont toujours consi­dé­rées comme des secrets commer­ciaux et ne sont pas libre­ment acces­sibles pour un examen indé­pen­dant. Ceci suggère que ces études contiennent des données que Monsanto ne souhaite pas voir exami­nées par des experts en toxi­co­lo­gie. Il est égale­ment très inquié­tant que l’EPA ait régu­liè­re­ment accepté les requêtes de confi­den­tia­lité de Monsanto, pour des motifs plus que douteux.

Cepen­dant, des mémos archi­vés et acces­sibles de l’EPA du début des années 1980 donnent quelques indi­ca­tions sur ce que contiennent les études sur les rats (9). Bien que ces études précèdent l’adop­tion de règles inter­na­tio­nales et de stan­dards de bonnes pratiques en labo­ra­toire (GLP) elles suggèrent que les rats ont subi des lésions rénales signi­fi­ca­tives dans l’étude sur trois géné­ra­tions – l’in­ci­dence de la dila­ta­tion tubu­laire dans les reins était plus élevée dans tous les groupes de rats trai­tés, quand on compare au groupe témoin. La dila­ta­tion tubu­laire et la néphrose étaient aussi accom­pa­gnées de fibroses inter­sti­tielles dans tous les groupes tests et dans certains intes­tins les cher­cheurs ont retrouvé de la matière amorphe et des débris cellu­laires. Moins d’un tiers des rats témoins présen­tait des signes de dila­ta­tion tubu­laire. Dans les résul­tats de l’étude sur les rats, les chan­ge­ments de la muqueuse vési­cale sont signi­fi­ca­tifs parce que les méta­bo­lites, concen­trées dans les reins, ont mené à l’hy­per­pla­sie qui peut être consi­dé­rée comme une étape très précoce et condi­tion indis­pen­sable à l’ini­tia­tion de tumeurs. L’EPA était inquiète en 1981 que ces indi­ca­tions soient sinistres, et a d’abord refusé de publier un NOEL (No Obser­ved adverse Effect Level – “sans effet nocif observé”) – elle a exigé de plus amples infor­ma­tions et des recherches addi­tion­nelles. Dans son adden­dum de 1982, Monsanto présente des preuves qui mini­misent les effets et brouillent les données – et sur cette base l’EPA accepte la toxi­cité peu probable du glypho­sate. Mais Monsanto savait que l’exa­men des données de ces études pour­rait poten­tiel­le­ment mena­cer ses ambi­tions commer­ciales, et a par consé­quent exigé que les docu­ments de recherche concer­nés soient rete­nus et trai­tés comme des secrets commer­ciaux. Par consé­quent, Il n’y a pas eu de réel examen indé­pen­dant. Monsanto et l’EPA se sont concer­tés afin de garder ces docu­ments à l’abri d’une exper­tise impar­tiale, en dépit des preuves irré­fu­tables des dommages occa­sion­nés. (Il est évident que l’EPA pensait aux effets carci­no­gènes – elle savait en 1981 que le glypho­sate causait des crois­sances tumo­ri­gènes et des mala­dies rénales mais a quali­fié ces décou­vertes de “mystères” afin d’ap­pliquer le NOEL — “sans effet nocif observé” — pour ce produit chimique et d’au­to­ri­ser sa mise en place sur le marché).

Une méthode de pulvérisation (on comprend pourquoi on le retrouve un peu partout).

Une première méthode de pulvé­ri­sa­tion (on comprend pourquoi on le retrouve un peu partout).

Dans les études sur les rats, les doses de glypho­sate admi­nis­trées aux groupes témoins étaient le centième (1\100) de celles utili­sées plus tard dans une étude sur les souris (9). Pourquoi ces doses très faibles ont été déci­dées par Monsanto et accep­tées par l’EPA n’est pas clair, puisqu’il doit y avoir suspi­cion de mani­pu­la­tion des études, ou de confi­gu­ra­tion afin d’évi­ter des signes de dommages aux organes. Dans son mémo de 1986, l’EPA remarque ces doses très faibles, et explique qu’au­cune des doses testées n’était proche “de la dose maxi­male tolé­rée”. Puis la « revue par les pairs » du Comité d’on­co­gé­ni­cité a expliqué: “à des doses proches du MTD (dose maxi­male tolé­rée), des tumeurs auraient pu adve­nir”. Une nouvelle étude sur les rats a été exigée. Cepen­dant, BioDy­na­mics (qui s’oc­cu­pait de l’étude pour Monsanto) a utilisé les données de trois études sans rapport, menées en interne, comme témoin histo­rique afin de créer du “bruit expé­ri­men­tal” et de dimi­nuer l’im­por­tance des résul­tats obte­nus par l’ex­pé­rience.

Dans une étude sur les souris diri­gée par Bio/dyna­mics Inc pour Monsanto en 1983(10), on remarque une légère augmen­ta­tion de l’in­ci­dence des adénomes tubules rénaux (tumeurs bénignes) chez les mâles avec les plus hautes doses. Des tumeurs malignes étaient obser­vées dans les groupes soumis aux plus hautes doses. Cepen­dant, “selon le juge­ment de deux patho­lo­gistes exami­nant, les tumeurs rénales n’étaient pas liées au trai­te­ment”. D’autres effets compre­naient hyper­tro­phie centro­lo­bu­laire, nécrose des hépa­to­cytes, néphrite inter­sti­tielle chro­nique, baso­phi­lie de l’épi­thé­lium cellu­laire des tubules et hyper­tro­phie chez les femelles. Le comité de l’EPA a déter­miné qu’il y avait une “faible réponse onco­gé­nique” – alors que les preuves suggé­raient des mali­gni­tés précoces. Le conseil scien­ti­fique de l’EPA a été consulté, et a déclaré que les données étaient équi­voques et ont appelé à des études supplé­men­taires sur des sourits et des rats. Un nouveau rapport a été publié en 1985. Une des raisons pour cette tergi­ver­sa­tion était la croyance préva­lente mais fausse de l’EPA selon laquelle les effets physio­lo­giques devaient être liés aux doses : à savoir, plus la dose est élevée, plus l’ef­fet est impor­tant.

Bien que les condi­tions précan­cé­reuses n’étaient pas bien comprises il y a 35 ans, et qu’à l’époque les adénomes corti­caux dans les reins n’étaient pas consi­dé­rés comme dange­reux, les preuves des mémos montrent que Monsanto, BioDy­na­mics Inc, et les comi­tés impliqués de l’EPA étaient plei­ne­ment conscients, proba­ble­ment avant 1981, du poten­tiel carci­no­gé­nique du glypho­sate sur les mammi­fères. Dans les mémos il y a des réfé­rences à bien plus d’ex­pé­riences “secrètes” sur des animaux et d’études de données, servant simple­ment à embrouiller les légis­la­teurs avec des données contra­dic­toires supplé­men­taires. C’est pourquoi l’EPA a publique­ment accepté les garan­ties de sécu­rité du respon­sable de la sûreté des produits de Monsanto, Robert W. Street, et le statut du produit a été confirmé pour utili­sa­tion sur le terrain (11). Mais dans les coulisses, selon un mémo de 1991 de l’EPA, ses propres experts savaient avant 1985 que le glypho­sate causait des tumeurs pancréa­tiques, à la thyroïde et aux reins.

Sur le site Web de l’EPA (mis à jour pour la dernière fois le 31/10/2014) une réfé­rence est faite à cinq études de Monsanto de 1980–1985, et il est inté­res­sant de souli­gner que ces études n’ont pas été rendues publiques dans le contexte des événe­ments actuels et des infor­ma­tions sur les tumeurs malignes et les condi­tions précan­cé­reuses (12). Aucune de ces études n’a été révi­sée ou ré-inter­pré­tée par Monsanto et l’EPA, bien qu’une étude de 1981 sur les rats et une de 1983 sur les souris soient mention­nées dans les rapports récents de Greim et al (2015) (3). Selon la conclu­sion que le glypho­sate n’était “pas clas­sable comme carci­no­gène pour les humains”, rien n’a changé dans les conseils de l’EPA sur ce produit chimique depuis 1990. Au vu des récentes décla­ra­tions du panel de l’OMS, et  au vu de la marée d’études scien­ti­fiques rela­tives aux dégâts sur la santé asso­ciés au glypho­sate (13), l’at­ti­tude de l’EPA est empreinte de complai­sance voire d’in­com­pé­tence.

Une deuxième méthode...

Une deuxième métho­de…

S’ex­pri­mant au nom de GM-Free Cymru, le Dr. Brian John explique que: “les preuves montrent que depuis 1981 à la fois Monsanto et l’EPA étaient au courant des tumeurs malignes et des condi­tions précan­cé­reuses chez les animaux témoins ayant été nour­ris avec des faibles doses de glypho­sate lors des expé­riences secrètes de nour­ris­sage. Bien que des inquié­tudes aient été expri­mées à l’époque par les comi­tés de l’EPA, ces inquié­tudes ont ensuite été suppri­mées sous le poids de preuves contra­dic­toires avan­cées par Monsanto, dont certaines impliquaient l’usage inap­pro­prié de données de contrôle témoin de qualité douteuse. Aucune de ces études n’est dispo­nible pour examen indé­pen­dant (14). C’est en soi un scan­dale. Il y a eu un camou­flage prolongé et cynique dans ce domaine (15). Le glypho­sate est un “carci­no­gène humain probable”, comme l’a main­te­nant confirmé le groupe de travail de l’OMS, et peu importe les protes­ta­tions de Monsanto et de l’EPA, ils sont entiè­re­ment au courant de son poten­tiel à causer des cancers depuis au moins 35 ans. S’ils avaient agi de manière préven­tive à l’époque, au lieu de tour­ner le dos aux mauvaises pratiques scien­ti­fiques (16), le glypho­sate n’au­rait jamais été homo­lo­gué, et des milliers de vies auraient été sauvées”.

Le Dr Stan­ley Ewen, patho­lo­giste univer­si­taire à la retraite, explique que: “le glypho­sate a été impliqué dans la carci­no­ge­nèse humaine par l’IARC et il est remarquable que, dès 1981, le glypho­sate ait été asso­cié aux trans­for­ma­tions prè-néopla­siques lors d’ex­pé­riences sur des souris. Cette décou­verte n’a jamais été révé­lée par le proces­sus de régle­men­ta­tion et l’on peut donc s’at­tendre à voir la mali­gnité humaine augmen­ter dans le suivi des années à venir. John Little (lors d’un contact person­nel) a démon­tré une inat­ten­due et alar­mante recru­des­cence de 56 % de la mali­gnité en Angle­terre chez les moins de 65 ans dans les 10 dernières années. Les excré­tions urinaires britan­niques de glypho­sate sont proba­ble­ment simi­laires au niveau germa­nique docu­menté, et par consé­quent tout le monde est en danger. Les effets du glypho­sate sur les tissus endo­cri­niens comme la poitrine et la pros­tate, ou même le placenta, sont pour le moins pertur­ba­teurs et une inci­dence crois­sante de néopla­sie endo­cri­nienne va proba­ble­ment appa­raître dans les statis­tiques natio­nales. L’équipe de travail sur le glypho­sate nie l’im­pli­ca­tion du glypho­sate dans la mali­gnité humaine en dépit de leur connais­sance de nombreux cas de lymphomes et d’adé­nomes hypo­phy­saires chez des animaux de test nour­ris au glypho­sate. D’un autre côté, le Prof. Don Huber, lors d’un récent meeting au Palais de West­mins­ter, a averti de graves consé­quences si la consom­ma­tion effré­née de glypho­sate n’était pas élimi­née. Je suis sûr que la suppres­sion des résul­tats expé­ri­men­taux de 1981 a fait augmen­ter le risque mondial de mali­gnité”.

Le toxi­co­logue-patho­lo­giste Vyvyan Howard explique que: “l’in­ci­ta­tion à la trans­pa­rence dans les expé­ri­men­ta­tions phar­ma­ceu­tiques gagne du terrain grâce à l’amé­lio­ra­tion de la légis­la­tion dans l’union euro­péenne, aux USA et au Canada. Tous les essais pour les médi­ca­ments homo­lo­gués vont proba­ble­ment devoir être dispo­nibles dans le domaine public. Selon moi, il devrait en être de même pour les produits agro­chi­miques. Pour les produits phar­ma­ceu­tiques, au moins, l’ex­po­si­tion est volon­taire, et sous consen­te­ment éclairé. Il y a de nombreuses études de bio surveillance qui démontrent une expo­si­tion éten­due des popu­la­tions humaines au glypho­sate, proba­ble­ment sans consen­te­ment éclairé. Étant donné le niveau mani­feste de méfiance concer­nant l’ho­mo­lo­ga­tion de cet herbi­cide et les preuves épidé­mio­lo­giques émer­gentes de ses effets néga­tifs, il ne peut y avoir, selon moi, aucune raison pour garder secrètes les études toxi­co­lo­giques utili­sées pour justi­fier l’ho­mo­lo­ga­tion. Elles devraient passer dans le domaine public”.

Le Dr Anthony Samsel, cher­cheur scien­ti­fique, explique que: “les études secrètes commer­ciales de Monsanto révèlent une inci­dence signi­fi­ca­tive de tumeurs cancé­reuses des testi­cules et de crois­sance tumo­ri­gène dans de multiples organes et tissus. Elles montrent aussi une impor­tante fibrose inter­sti­tielle des reins compre­nant, en parti­cu­lier, des effets sur la glande pitui­taire, les glandes mammaires, le foie, et la peau. Le glypho­sate a des effets signi­fi­ca­tifs sur les poumons indi­ca­tifs de mala­dies respi­ra­toires chro­niques. Le glypho­sate a une rela­tion de dose à effet inverse, et il appa­raît que ces effets soient haute­ment dépen­dants du pH. Monsanto, tout comme l’EPA, connais­sait les effets délé­tères de ce produit chimique depuis 1980, à la suite de la conclu­sion de leurs évalua­tions à long terme, mais l’EPA a caché les résul­tats de cette décou­verte au prétexte de “secrets commer­ciaux”. Monsanto a menti et a camou­flé la vérité sur les effets néfastes du glypho­sate sur la santé publique et l’en­vi­ron­ne­ment pendant des décen­nies. Les augmen­ta­tions des multiples mala­dies chro­niques, obser­vées depuis son intro­duc­tion dans l’agroa­li­men­taire, conti­nue à croître paral­lè­le­ment à son usage. L’her­bi­cide Roun­dup de Monsanto basé sur le glypho­sate est omni­pré­sent dans les rési­dus de stocks alimen­taires issus des récoltes asso­ciées à son usage. Les nations doivent faire front ensemble contre Monsanto et les autres compa­gnies de produits chimiques qui conti­nuent de détruire la biosphère. Nous faisons tous partie de cette biosphère et nous sommes tous connec­tés. Ce qui affecte l’un d’entre nous, nous affecte tous.”


Évène­ment: la marche mondiale contre Monsanto du 23 mai 2015 (cliquez sur l’image pour plus de rensei­gne­ments):

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Traduc­tion: Nico­las CASAUX

Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay

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1 Comment on "Monsanto est au courant du lien entre glyphosate et cancer depuis 35 ans"

  1. Bonjour,
    À mes yeux cela s’apparente à un crime contre l’humanité …mais hélas les lobby financiers vont encore être de la partie…

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