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Pourquoi les médias ignorent Jeremy Hammond tout en glorifiant Edward Snowden (par Kit O'Connell)
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Article origi­nal publié sur le site de MintP­ress à l’adresse suivante:
http://www.mint­press­news.com/why-the-media-ignores-jeremy-hammond-while-prai­sing-edward-snow­den/205501/


 

Le pira­tage de Strat­for, une agence gouver­ne­men­tale de rensei­gne­ment, par Jeremy Hammond, a entraîné un élan mondial de soli­da­rité, expo­sant la manière dont les 1 % ciblaient les acti­vistes dans le monde entier.

Les médias grand public ont consa­cré des centaines d’ar­ticles au lanceur d’alerte de la NSA Edward Snow­den, qui a même fait l’objet d’un docu­men­taire osca­risé inti­tulé « Citi­zen­four », mais ils n’ont pas consa­cré le même niveau d’at­ten­tion à bien d’autres lanceurs d’alerte et prison­niers poli­tiques, comme Jeremy Hammond, sans tenir compte de l’im­por­tance des faits qu’ils avaient révé­lés.

En novembre 2013, un tribu­nal fédé­ral a condamné Hammond à 10 ans de prison pour avoir pris part au pira­tage de Stra­te­gic Fore­cas­ting, une agence de rensei­gne­ment gouver­ne­men­tal basée à Austin au Texas, que l’on surnomme aussi Stra­for. Œuvrant au nom de Lulz­sec, un célèbre sous-groupe des Anony­mous, Hammond a divul­gué 5 millions d’e-mails privés de Stra­for en les publiant sur le site Inter­net WikiLeaks, une publi­ca­tion qui fut ensuite appe­lée « Global Intel­li­gence Files » (« les fichiers de rensei­gne­ments mondiaux »), ou GI Files.

Les e-mails révé­laient que Strat­for rassem­blait des rensei­gne­ments au nom de corpo­ra­tions privées tout en parta­geant des infor­ma­tions sensibles avec les auto­ri­tés fédé­rales et locales. Par exemple, la compa­gnie espion­nait les Yes Men pour le compte de Dow Chemi­cal, après que les acti­vistes aient publique­ment humi­lié Dow au nom des survi­vants de la catas­trophe chimique de Bhopal, en 1984 en Inde, qui avait fait des milliers de morts. Au même moment, Strat­for colla­bo­rait avec les forces de police du Texas pour infil­trer le mouve­ment Occupy Austin durant les premiers mois qui ont suivi la forma­tion du groupe en octobre 2011.

Un tweet récent de @YourA­nonNews, l’un des plus impor­tants comptes Twit­ter lié au mouve­ment des Anony­mous, compa­rait expli­ci­te­ment Hammond à Snow­den:

Traduc­tion: Beau­coup de gens ne savent même pas qui est Jeremy Hammond. Il est le Snow­den origi­nel.

Pour comprendre l’im­por­tance du pira­tage de Hammond, et pour exami­ner la compa­rai­son entre ces deux lanceurs d’alerte, MintP­ress News s’est entre­tenu avec deux personnes ayant commu­niqué avec Hammond en prison, et ayant béné­fi­cié de son travail.

Azzurra Cris­pino est une acti­viste liée à Prison Aboli­tion and Priso­ner Support (PAPS – Aboli­tion des prisons et soutien aux prison­niers). Elle a passé des années à corres­pondre avec Hammond, et son groupe a essayé d’at­ti­rer l’at­ten­tion sur l’af­faire Hammond à travers des campagnes de péti­tions et de lettres, et de l’ac­tion directe. Elle était membre d’Oc­cupy Austin lorsque le pira­tage a révélé l’es­pion­nage de Strat­for.

Douglas Lucas est un jour­na­liste en free-lance de Fort Worth, au Texas. Lucas a béné­fi­cié d’un accès anti­cipé aux GI Files à travers un parte­na­riat avec WikiLeaks. Tous deux se sont joints à MintP­ress, mercredi dans un café d’Aus­tin.

« La première et la plus impor­tante diffé­rence, c’est que Snow­den n’est pas en prison, tandis que Jérémy l’est », m’a dit Cris­pino.

Alors que Snow­den peut commu­niquer avec des acti­vistes, des jour­na­listes et des ingé­nieurs infor­ma­ti­ciens par vidéo­con­fé­rence depuis la Russie, Hammond est limité dans ses commu­ni­ca­tions à l’écri­ture de lettres qui peuvent être censu­rées ou bloquées par les auto­ri­tés carcé­rales. Cepen­dant, la diffé­rence va encore plus loin, explique Cris­pino, parce que Hammond est un parti­san sans faille de l’abo­li­tion de la prison.

« Snow­den nous trans­met un message de réforme », explique-t-elle. « Comme si nous n’avions qu’à modi­fier une certaine chose, pour que tout rentre dans l’ordre en ce qui concerne la surveillance corpo­ra­tiste et gouver­ne­men­tale. Tandis que Jeremy nous dit que tout cela est détes­table, et doit être entiè­re­ment déman­telé ».

Elle ajouta que Hammond, comme son frère Jason, lui aussi incar­céré, avait par le passé parti­cipé à des actions violentes contre des néona­zis de Chicago.

Lucas souli­gna le fait que les GI Files expo­saient une partie de la surveillance états-unienne norma­le­ment invi­sible et complè­te­ment exempte de respon­sa­bi­lité. Lorsque les médias citent des employés de Strat­for, comme Fred Burton, vice-président du service des rensei­gne­ments, les repor­ters remettent rare­ment en ques­tion l’exac­ti­tude de leurs propos.

Lucas donna des exemples de détails clé souvent révé­lés par les e-mails: « à qui Strat­for vendaient-ils leurs rensei­gne­ments? Que faisait Fred Burton le jour où il s’est adressé aux médias? »

La fuite lui permet de recon­si­dé­rer les décla­ra­tions du gouver­ne­ment et de Strat­for, au regard des faits appris rétros­pec­ti­ve­ment.

En compa­rant Snow­den et Hammond, Lucas souli­gna le fait que les médias grand public étaient plus réti­cents à parler de l’af­faire Strat­for, étant donné que les clients de Strat­for étaient sans doute leurs spon­sors publi­ci­taires:

« Les jour­na­listes ont un rôle impor­tant dans le contrôle de l’in­for­ma­tion que reçoit le public. Il est plus sûr, pour le busi­ness et l’ap­pro­ba­tion édito­riale, de parler d’un lanceur d’alerte ayant divul­gué des infor­ma­tions sur le gouver­ne­ment fédé­ral, l’ad­ver­saire tradi­tion­nel des jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion influents, que sur un lanceur d’alerte qui a piraté des infor­ma­tions révé­lant que des polices locales colla­bo­raient avec des espions de corpo­ra­tions ».

La fuite de Strat­for de 2011, grâce à Hammond, s’est produite à un moment où les médias sociaux étaient utili­sés de manière complè­te­ment inédite, à travers le monde, pour soute­nir les mouve­ments d’ac­ti­vistes comme Occupy Wall Street et les prin­temps arabes, et à l’apo­gée de la puis­sance du collec­tif des Anony­mous. Tout comme Snow­den a révélé au monde la surveillance de masse des États-Unis, Cris­pino explique comment la fuite des e-mails a accru le senti­ment de soli­da­rité mondiale prévalent au moment de la publi­ca­tion des GI files.

« Vous pour­riez vous deman­der ce que j’ai en commun avec les gens de Bhopal qui se battent pour la justice et les répa­ra­tions », demanda-t-elle rhéto­rique­ment. « De prime abord, il semble­rait que je n’aie rien de commun avec eux ».

Elle pour­sui­vit: « je pense que l’une des choses les plus impor­tantes qui ait émergé des révé­la­tions Strat­for, c’est la capa­cité que cela a donné aux acti­vistes de se soute­nir mutuel­le­ment à travers le monde, de comprendre et d’ob­ser­ver ces connexions d’une manière très impor­tante pour LA lutte. »

Et bien qu’il soit empri­sonné, ajouta-t-elle, Hammond exhorte ceux qui le soutiennent à expri­mer leur soli­da­rité à l’égard d’autres prison­niers poli­tiques comme Alvaro Luna.

Cris­pino a souli­gné une dernière diffé­rence entre Snow­den et Hammond: tandis que Snow­den a infil­tré la surveillance d’État, Hammond a agi ouver­te­ment et effron­té­ment sous l’égide des Anony­mous.

« Jeremy n’a pas fait qu’in­fil­trer Strat­for discrè­te­ment. Il est entré avec fracas et a fait en sorte de réduire Strat­for en pièces », conclut-elle. « Cela leur a pris six mois pour que leurs serveurs soient à nouveau opéra­tion­nels! »


Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay

médias mensonges société

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