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Des scientifiques sonnent l’alarme sur les dommages sans précèdent que subissent les forêts du monde
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Article origi­nal (en anglais) publié le 20 Août 2015 par Robert McSwee­ney sur le site de Carbon Brief.


Les forêts du monde entier sont affec­tées par les humains – à la fois direc­te­ment, par la défo­res­ta­tion et indi­rec­te­ment par le chan­ge­ment clima­tique, c’est ce qu’ex­pliquent des cher­cheurs dans un numéro spécial du jour­nal Science.

Dans une série de comptes rendus de la dernière recherche sur l’état des forêts du monde, des scien­ti­fiques soulignent qu’elles sont loin d’être en état de faire face au chan­ge­ment clima­tique durant le cours de ce siècle. Ils expliquent égale­ment que cela pour­rait affec­ter l’ef­fi­ca­cité de l’ab­sorp­tion et du stockage du carbone par les arbres.

Couvert fores­tier

Les forêts du monde se divisent en géné­ral en trois caté­go­ries diffé­rentes selon l’en­droit où elles sont situées. On retrouve les condi­tions chaudes et humides des forêts tropi­cales autour de l’équa­teur, les condi­tions douces des forêts tempé­rées des moyennes lati­tudes et le froid glaçant des forêts boréales du Nord.

Couvert forestier mondial. Credit: Nicolle Rager Fuller, National Science Foundation.
Couvert fores­tier mondial. Credit: Nicolle Rager Fuller, Natio­nal Science Foun­da­tion.

Cet article abor­dera chacun de ces types sépa­ré­ment. Nous commen­ce­rons par les forêts tropi­cales qui abritent plus de la moitié des espèces de plantes et animaux du monde.

Les impacts humains tels que la défo­res­ta­tion pour le bois, l’éle­vage ou l’ex­ploi­ta­tion minière n’ont laissé intact que moins d’un quart des forêts tropi­cales du monde, expliquent les auteurs de l’une des publi­ca­tions du numéro spécial. Les trois quarts restants sont soit frag­men­tés soit dans un état de dégra­da­tion.

Les zones grises dans la carte ci-dessous montrent les endroits où la forêt a été rasée depuis l’an 1700 et les zones rouges montrent les zones de défo­res­ta­tion récente ou actuelle. Mais dans le siècle à venir, la menace de déboi­se­ment sera « de plus en plus combi­née avec les impacts du chan­ge­ment clima­tique rapide », expliquent les cher­cheurs.

Carte du couvert forestier actuel et historique, saisonnier et permanent. Source: Lewis et al. ( 2015)
Carte du couvert fores­tier actuel et histo­rique, saison­nier et perma­nent. Source: Lewis et al. (2015)

Forêts tropi­cales

Le chan­ge­ment clima­tique aura des consé­quences anta­go­nistes sur les forêts, explique le Dr Simon Lewis, de l’Univer­sité College London et de l’Univer­sité de Leeds, à Carbon Brief :

« D’un côté, plus de dioxyde de carbone dans l’at­mo­sphère est bon pour la crois­sance des arbres qui à son tour augmente le stockage. De l’autre, des tempé­ra­tures plus élevées et des séche­resses tendent à réduire la crois­sance des arbres, dimi­nuant les stocks de carbone. »

En ce moment, la balance des forêts tropi­cales penche vers l’aug­men­ta­tion du stockage de carbone, explique Lewis. Les scien­ti­fiques ne savent cepen­dant pas combien de temps cet effet va durer, ajoute-t-il, étant donné que les arbres ne vont pas conti­nuer à s’adap­ter à des niveaux de dioxyde de carbone en crois­sance perpé­tuelle. Lewis souligne qu’un facteur clé sera si oui ou non la forêt est toujours en état de tirer le maxi­mum de ce béné­fice.

Pour les créa­tures vivant dans les forêts tropi­cales, le futur est moins nuancé, explique Lewis :

« Les impacts du chan­ge­ment clima­tique sur la biodi­ver­sité des forêts tropi­cales seront néga­tifs, étant donné que la réponse des espèces sera soit un dépla­ce­ment vers d’autres condi­tions envi­ron­ne­men­tales, soit l’adap­ta­tion aux nouvelles condi­tions envi­ron­ne­men­tales, soit la mort. »

Certaines espèces seront inca­pables de se dépla­cer assez rapi­de­ment pour faire face à ces chan­ge­ments clima­tiques, tandis que la défo­res­ta­tion signi­fie que des espèces ne pour­ront même pas migrer vers de nouvelles zones, explique Lewis :

« C’est une recette pour l’ex­tinc­tion de masse des espèces des forêts tropi­cales, lors de ce siècle ».

Forêt tropicale à Kaeng Krachan, Thaïlande. Credit: Shutterstock
Forêt tropi­cale à Kaeng Krachan, Thaï­lande. Credit: Shut­ter­stock

Forêts tempé­rées

Nous éloi­gner des tropiques nous emmène aux forêts tempé­rées. Certaines sont de feuillus, les arbres perdant leurs feuilles en hiver, tandis que d’autres sont semper­vi­rentes (à feuillage persis­tant).

L’une des prin­ci­pales menaces planant sur les forêts tempé­rées est la séche­resse, expliquent les auteurs d’une seconde publi­ca­tion du numéro spécial :

« Durant les dernières décen­nies, cepen­dant, l’élé­va­tion des tempé­ra­tures mondiales a contri­bué aux épisodes de séche­resse d’une gravité sans précé­dent au siècle dernier, voire plus encore. »

Ces séche­resses poussent certaines forêts tempé­rées « au-delà des seuils de soute­na­bi­lité », expliquent les cher­cheurs.

Des tempé­ra­tures plus élevées signi­fient que plus d’eau s’éva­pore dans l’at­mo­sphère, en lais­sant moins pour les arbres. De plus, la fonte des neiges est souvent une source d’eau clé pour certaines forêts tempé­rées mais des condi­tions plus chaudes signi­fient que l’eau est moins suscep­tible de tomber sous forme de neige que de pluie. Sans accu­mu­la­tion de neige en hiver, rien ne fondra en été, ce qui entraine des stress hydriques pour certaines forêts, expliquent les cher­cheurs.

Ces études révèlent une augmen­ta­tion des morts d’arbres dues à ces séche­resses sévères, tandis que la hausse des stress hydriques rend aussi les arbres plus vulné­rables aux para­sites, aux mala­dies et aux feux de forêts, expliquent les cher­cheurs.

Sur le court terme, les forêts tempé­rées peuvent peut-être suppor­ter ces impacts mais le long terme ne semble guère promet­teur, concluent les cher­cheurs.

La plupart des forêt tempé­rées vont proba­ble­ment connaitre des chan­ge­ments de condi­tions, disent-ils, qui peuvent inclure des chan­ge­ments mineurs comme le nombre, le type et l’âge des arbres ou des « trans­for­ma­tions majeures » dans les types d’arbres que la forêt abrite habi­tuel­le­ment. Cela signi­fie que des espèces actuelles peuvent être supplan­tées par des espèces tolé­rant plus la séche­resse ou mieux adap­tées aux para­sites, aux insectes et aux mala­dies.

Forêt tempérée, Angleterre. Credit: Shutterstock
Forêt tempé­rée, Angle­terre. Credit: Shut­ter­stock

Forêts boréales

Enfin, nous arri­vons aux forêts boréales. Situées dans les zones nordiques aux abords du cercle arctique, les forêts boréales sont prin­ci­pa­le­ment compo­sées de semper­vi­rentes comme les sapins et les pins, qui peuvent survivre aux longs et froids hivers.

Près des 2/3 des forêts boréales sont gérées, d’une façon ou d’une autre, habi­tuel­le­ment pour la produc­tion de bois, explique une troi­sième publi­ca­tion du numéro spécial.

Des trois types de forêts, les forêts boréales sont celles qui devraient connaitre l’aug­men­ta­tion de tempé­ra­ture la plus impor­tante du 21ème siècle, disent les cher­cheurs. Si le monde se réchauffe de 4°C de plus que les niveaux préin­dus­triels, par exemple, ce qui est ce à quoi l’on peut raison­na­ble­ment s’at­tendre si les émis­sions restent élevées, les forêts boréales pour­raient voir leurs tempé­ra­tures augmen­ter de 11°C.

Des condi­tions plus chaudes pour­raient entraî­ner une augmen­ta­tion des séche­resses et des feux de forêts, ainsi que la portée géogra­phique des insectes et des mala­dies, expliquent les cher­cheurs. Ces chan­ge­ments pour­raient contre­ba­lan­cer tous les béné­fices liés à l’ex­ten­sion de la saison de crois­sance ou aux niveaux plus élevés de dioxyde de carbone dans l’at­mo­sphère, ajoutent-ils.

Globa­le­ment, les projec­tions suggèrent que le stockage de carbone des forêts boréales est plus suscep­tible de décroître que de croître ou de rester le même, remarquent les cher­cheurs. Cela pour­rait d’ores et déjà être en train de se produire, disent-ils :

« Globa­le­ment, les forêts boréales ont peut-être déjà commencé la tran­si­tion entre puits de carbone et source de carbone, et certaines régions – par exemple le Canada Occi­den­tal et la Sibé­rie – émettent peut-être déjà plus de carbone qu’elles n’en capturent. »

Ces trois publi­ca­tions soulignent l’im­por­tance de la gestion des forêts dans la déter­mi­na­tion de la rési­lience de celles-ci face au chan­ge­ment clima­tique. Une combi­nai­son d’ar­rêt de la défo­res­ta­tion et de refo­res­ta­tion des zones déboi­sées pour­rait boos­ter le stockage du carbone des forêts du monde, ainsi que la chance de survie des espèces qui y vivent et en dépendent.

Forêt boréale enneigée
Forêt boréale ennei­gée

Traduc­tion: Nico­las Casaux

Édition  & Révi­sion: Héléna Delau­nay

changement climatique écologie environnement forêts

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