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Une prolifération massive de sargasses étouffe les Caraïbes (le changement climatique, coupable probable)
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Article origi­nal (en anglais): http://roberts­crib­bler.com/2015/08/19/massive-sargasso-seaweed-bloom-is-choking-the-carib­bean-climate-change-a-likely-culprit/


Selon les diri­geants des Caraïbes, c’est un désastre qui va deman­der au moins 100.000 personnes et 120 millions de dollars pour le nettoyer (http://en.merco­press.com/…/sargas­sum-seaweed-grea­test-singl…). Et « catas­trophe » n’est peut-être pas le meilleur mot pour le décrire — parce qu’une immense florai­son des algues sargasses étouf­fant tout sur les plages et dans l’eau des Caraïbes est peut être devenu le nouvel état anor­mal de l’océan. Encore un des résul­tats les plus dange­reux du réchauf­fe­ment de la planète.

(Grand tapis de sargasses puant le soufre et étouffant en ce moment les plages et les eaux côtières des Caraïbes. À certains endroits ces tapis font 10 pieds d'épaisseur (près de 4 mètres). Ces grands tapis d'algues peuvent envahir les plages, tuer les espèces indigènes et entraîner la mort des zones océaniques qu'elles ont vidé de leurs nutriments avant d'en mourir - retirant par leur décomposition l'oxygène qui permet la vie dans ces eaux. Source de l'image: Mission Blue : http://mission-blue.org/…/sargassum-inundates-the-beaches-…/ )
(Grand tapis de sargasses puant le soufre et étouf­fant en ce moment les plages et les eaux côtières des Caraïbes. À certains endroits ces tapis font 10 pieds d’épais­seur (près de 4 mètres). Ces grands tapis d’algues peuvent enva­hir les plages, tuer les espèces indi­gènes et entraî­ner la mort des zones océa­niques qu’elles ont vidé de leurs nutri­ments avant d’en mourir – reti­rant par leur décom­po­si­tion l’oxy­gène qui permet la vie dans ces eaux.
Source de l’image: Mission Blue : http://mission-blue.org/…/sargas­sum-inun­dates-the-beaches-…/ )

Une légende d’an­ciens marins

Cette histoire, ici, commence par un énorme radeau d’algues appelé mer des Sargasses. Ce vaste ensemble d’or­ga­nismes se forme à partir de deux espèces d’algues flot­tantes qui se repro­duisent en quan­ti­tés énormes et se lient entre elles. Ces radeaux flot­tants se regroupent et se rassemblent dans la gyre océa­nique de l’At­lan­tique Nord – consti­tuant ainsi une vaste zone au large des côtes des États-Unis.

Les anciens marins qui traver­saient l’At­lan­tique au début de la colo­ni­sa­tion de l’Amé­rique du Nord ont souvent dû traver­ser la mer des Sargasses qui avait tendance à être un trait marquant de leurs voyages car ces radeaux flot­tants étaient parfois assez denses pour stop­per la progres­sion des navires.

(Une carte de 1891, certifiée par la NOAA, présente les régions à forte et faible concentrations en sargasses dans l'Atlantique Nord et les Caraïbes Source de l'image:.. NOAA - Les enseignants en mer : https://teacheratsea.wordpress.com/tag/north-atlantic/)
(Une carte de 1891, certi­fiée par la NOAA, présente les régions à forte et faible concen­tra­tions en sargasses dans l’At­lan­tique Nord et les Caraïbes Source de l’image:.. NOAA – Les ensei­gnants en mer : https://teache­rat­sea.word­press.com/tag/north-atlan­tic/)

Cette énorme concen­tra­tion est restée un mystère pendant des centaines d’an­nées mais au cours du 20e siècle des cher­cheurs ont constaté que ces algues sont trans­por­tées par le Gulf Stream depuis le golfe du Mexique et les Caraïbes jusqu’à une zone située juste au sud des Bermudes. Là, elles pullulent en se nour­ris­sant des nutri­ments appor­tés par les eaux des grands estuaires du conti­nent nord-améri­cain. Les sargasses recyclent ces nutri­ments puis servent elles-mêmes de base alimen­taire à des centaines de d’es­pèces marines et d’oi­seaux.

Les algues qui composent la mer des Sargasses ne proviennent pas unique­ment de cette région. Elles proviennent de toutes les zones tropi­cales et subtro­pi­cales de l’At­lan­tique – pullu­lant partout où il y a de la chaleur et de la nour­ri­ture. On a récem­ment observé les signes d’une baisse la biodi­ver­sité dans la mer des Sargasses. Des récentes expé­di­tions de recherche ont de plus en plus rare­ment observé les espèces consti­tuant tradi­tion­nel­le­ment les radeaux de sargasses. C’est un signe probable de dégra­da­tion de la santé de l’océan. Chose qui est sans doute liée à l’ac­cu­mu­la­tion massive de sargasses ces dernières années dans les Caraïbes.

Enva­his­se­ment de l’océan par les sargasses dans un monde qui se réchauffe

Le genre péla­gique Sargas­sum se déve­loppe bien dans les eaux chaudes et riches en nutri­ments car il les utilise de façon très effi­cace et comme en ce moment la terre se réchauffe, les apports de nutri­ments dans l’océan Atlan­tique accrus par les eaux de ruis­sel­le­ment actuelles font croitre les sargasses : la montée de la chaleur dans l’at­mo­sphère multi­plie les fortes préci­pi­ta­tions (http://roberts­crib­bler.com/…/dr-jenni­fer-fran­cis-top-clima…/). Ces pluies augmentent l’éro­sion – lessivent plus d’élé­ments nutri­tifs empor­tés par les cours d’eau.

En outre, l’in­dus­trie agri­cole, par ses engrais, charge les sols en phos­phates et nitrates. Donc, les fortes pluies actuelles tombent main­te­nant sur des terres arti­fi­ciel­le­ment char­gés d’élé­ments nutri­tifs. En plus de ce lessi­vage des engrais, on a sur toutes les eaux du monde une pluie constante de retom­bées azotées issues de l’im­mense et mondiale utili­sa­tion des combus­tibles fossiles – une troi­sième source d’élé­ments nutri­tifs qui n’était pas aupa­ra­vant acces­sible aux sargasses. De plus, le réchauf­fe­ment des eaux de surface induit par les gaz à effet de serre qui ont, sur ces 135 dernières années, amené le monde à se réchauf­fer de 1 degré Celsius, crée un envi­ron­ne­ment encore plus idéal pour que les sargasses croissent et se multi­plient.

Les rapports indiquent main­te­nant que la plupart des algues étouf­fant les plages et les eaux des Caraïbes proviennent d’une région à l’est d’es­tuaire du fleuve Amazone. Ces rapports laissent entendre que la défo­res­ta­tion, entraî­nant une augmen­ta­tion de l’éro­sion des sols de la forêt amazo­nienne, et la montée de l’agri­cul­ture indus­trielle au Brésil peuvent égale­ment jouer un rôle dans l’ex­tra­or­di­naire pullu­la­tion actuelle. Enfin, il existe de plus en plus de preuves que le Gulf Stream – le trans­por­teur des sargasses depuis la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique – soit en cours de ralen­tis­se­ment parce que la circu­la­tion ther­mo­ha­line faiblit (http://roberts­crib­bler.com/…/world-ocean-heart­beat-fading-…/). Tous ces facteurs combi­nés — le réchauf­fe­ment des eaux, l’aug­men­ta­tion de la charge en éléments nutri­tifs des eaux de surface et la baisse du trans­port des sargasses à cause du ralen­tis­se­ment du Gulf Stream — laissent suppo­ser une grave pertur­ba­tion dans le convoi des sargasses, acci­dent dont l’épi­centre se situe dans la mer des Caraïbes.

Plages des Caraïbes, la vie des océans mena­cée

On pense que ces facteurs se sont combi­nés ces dernières années pour géné­rer une pullu­la­tion massive de sargasses dans les Caraïbes. Dès l’au­tomne 2014, on rappor­tait des amon­cel­le­ments de 3 à 4 pieds d’épais­seur (autour d’un mètre) s’ac­cu­mu­lant sur les plages le long des côtes des Caraïbes. En Août 2015, ces tapis ont grossi pour atteindre jusqu’à 10 pieds d’épais­seur (presque 4 m). Actuel­le­ment, de vastes éten­dues de plages sont noyées dans une puan­teur de soufre venant de ces grands amon­cel­le­ments en train de mourir.

Fonda­men­ta­le­ment, les sargasses consti­tuent une partie vitale et essen­tielle de l’éco­sys­tème de l’océan Atlan­tique. De nombreuses espèces de pois­sons, dont le thon et les carangues, reposent sur la nour­ri­ture four­nie par ces algues proli­fiques. Des oiseaux, des tortues et des dizaines d’in­ver­té­brés dépendent égale­ment d’une manière ou d’une autre de ces algues mais quand elles deviennent trop proli­fiques, elles se trans­forment d’au­baine en malé­dic­tion. Les nids de tortues marines sont écra­sés sous la chose. Les nouveaux-nés sont souvent inca­pables de grim­per à travers ces entas­se­ments denses pour rejoindre la mer. Ces enche­vê­tre­ments denses limitent les dépla­ce­ments des plus grands animaux comme les requins, raies et tortues adultes et quand les radeaux deviennent trop épais de grandes portions de sargasses sont privées de lumière et de nutri­ments. La consé­quence est que les grands radeaux incor­porent des zones privées d’oxy­gène où la matière morte se décom­pose. Ces poches accu­mulent des bacté­ries produi­sant de l’hy­dro­gène sulfuré et d’autres produc­teurs de sulfures – rendant les eaux toxiques et expliquant les odeurs « d’œufs pourri » actuel­le­ment rappor­tés autour des amon­cel­le­ments de sargasses.

© Martinique 1ère L'ampleur des algues sargasses sur la côte atlantique de Martinique
© Marti­nique 1ère L’am­pleur des algues sargasses sur la côte atlan­tique de Marti­nique

Pour les nations insu­laires des Caraïbes dont la stabi­lité écono­mique dépende énor­mé­ment de leurs plages imma­cu­lées et de leurs fonds océa­niques, cette accu­mu­la­tion incroyable de sargasses est un désastre. Aujourd’­hui Sir Hilary Beckles, de l’Uni­ver­sité des Antilles, a appelé à l’aide la commu­nauté inter­na­tio­nale ainsi (http://en.merco­press.com/…/sargas­sum-seaweed-grea­test-singl…) :

« Nous avons là une menace endé­mique et systé­mique à la rési­lience et au déve­lop­pe­ment de ces pays et nous devons donc y appor­ter une réponse inter­na­tio­nale … Ce que vous exami­nez est de l’ordre de 120 millions de dollars. . . et nous allons avoir à déployer proba­ble­ment plus de 100.000 personnes pour mener à bien un travail simi­laire sur tout l’es­pace des Caraïbes visant à rendre nos plages dispo­nibles à ceux qui souhaitent les utili­ser … Nous devons donner à nos enfants et aux touristes qui profitent de nos plages l’as­su­rance que ces mauvaises herbes ne nous tuent pas et que la vie conti­nue. Nous devons faire savoir aux gens que dans les Caraïbes nous restons pas assis les bras croi­sés mais que nous essayons de trou­ver des solu­tions à la menace repré­sen­tée par ces sargasses ».

Mais, à l’ins­tar de tant d’autres catas­trophes se produi­sant en ce moment – se conten­ter de réagir aux symp­tômes (que ce soient les sargasses, la séche­resse, les inon­da­tions, les migra­tions en masse, l’élé­va­tion du niveau de la mer, les incen­dies de forêt, la mise en danger des espèces ou mille autres problèmes liés aux émis­sions gazeuses issues des combus­tibles fossiles de l’ac­ti­vité humaine et au grand réchauf­fe­ment de l’at­mo­sphère et des océans) ne traite pas le mal à la racine. Et pour ça il faut au moins un arrêt rapide des combus­tibles fossiles.


Traduc­tion: Mimi Mato


Liens (en anglais):

Sargas­sum Seaweed Single Grea­test Threat to Carib­bean Tourism

Beau­ti­ful Carib­bean Beaches Now a Smelly Mess After Seaweed Inva­sion

Sargas­sum Seaweed Turns Carib­bean Waters Murky

Stin­king Seaweed Causes Tourists to Cancel Carib­bean Holi­days

NOAA — Teachers at Sea

World Ocean Heart­beat Fading

How Global Warming Produces Increa­sing Instances of Extreme Weather

changement climatique climat écologie environnement océans

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