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Les jeunes filles et les herbacées (Lierre Keith)
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Article initia­le­ment publié (en anglais) le 8 août 2015 à l’adresse suivante : https://radfem­re­post.word­press.com/2015/08/08/the-girls-and-the-grasses/ Lierre Keith est une écri­vaine et fémi­niste radi­cale. Elle est l’au­teur de deux romans et a co-écrit un livre avec Derrick Jensen et Aric McBay sur la stra­té­gie du mouve­ment écolo­giste Deep Green Resis­tance.


Prison­nier d’une éprou­vette, le sang peut passer pour un liquide statique, mais il est vivant, aussi animé et intel­li­gent que le reste de ce qui vous compose. Il repré­sente égale­ment une partie impor­tante de vous-même : des 50 billions de cellules vous compo­sant, un quart sont des cellules sanguines. Deux millions de celles-ci naissent chaque seconde. Durant leur proces­sus de matu­ra­tion, les globules rouges aban­donnent leur noyau ― leur ADN, leur capa­cité à se divi­ser et à se répa­rer. Elles n’ont pas de futur, seule­ment une tâche à accom­plir : trans­por­ter l’hé­mo­glo­bine conte­nant votre oxygène. Elles n’uti­lisent pas l’oxy­gène elles-mêmes ― elles ne font que le trans­por­ter. Et cela, elles le font avec une préci­sion exquise, complé­tant un cycle de circu­la­tion à travers votre corps toutes les 20 secondes, pendant une centaine de jours. Enfin, elles meurent.

Le cœur de l’hé­mo­glo­bine est une molé­cule de fer. C’est ce fer qui vient saisir l’oxy­gène à la surface de vos poumons, qui s’ac­croche à travers le flux sanguin, puis le distri­bue aux cellules deman­deuses. Si le fer vient à manquer, le corps, comme toujours, a une solu­tion de repli. Il ajoute plus d’eau afin d’aug­men­ter le volume sanguin ; le sang plus fluide voyage plus rapi­de­ment à travers les minces capil­laires. Faire plus avec moins.

Tout va bien, sauf que de moins en moins d’oxy­gène s’offre aux cellules. Un autre plan se met en place : l’aug­men­ta­tion du débit cardiaque. Le cœur augmente son volume et son débit systo­lique. Pour éviter que vous n’ex­plo­siez, le cerveau s’y met aussi, envoyant des signaux aux muscles enve­lop­pant chaque vais­seau sanguin, leur ordon­nant de se détendre. Le volume sanguin peut main­te­nant augmen­ter avec une pres­sion sanguine stable.

Mais le fer n’ar­rive toujours pas. A ce moment-là, les autres organes doivent coopé­rer, cédant la circu­la­tion sanguine pour proté­ger le cerveau et le cœur. La peau fait des sacri­fices majeurs, c’est pourquoi les anémiques sont connus pour leur pâleur. Les symp­tômes perçus par la personne ― vous ― augmen­te­ront à mesure que vos tissus, puis vos organes, commencent à être affa­més.

Si aucun soula­ge­ment ne se profile, tous ces plans fini­ront par échouer. Même un cœur puis­sant ne peut se surme­ner aussi long­temps. Le sang retourne dans les capil­laires. Sous la pres­sion, du liquide suinte dans les tissus envi­ron­nants. Vous enflez alors, mais ne savez pas pourquoi. Puis, les poumons cèdent. Les alvéoles, ces petits sacs qui attendent l’ar­ri­vée de l’air, se raidissent à cause de l’ac­cu­mu­la­tion sanguine. Il n’en faut pas beau­coup. Les sacs se remplissent de liquide. Votre corps se noie. Cela s’ap­pelle un œdème pulmo­naire, et vous êtes en grave danger.

Je le sais, parce que ça m’est arrivé. Les fibromes utérins me font vivre une scène de meurtre chaque mois ; la chirur­gie pour les enle­ver m’a fait fran­chir le Rubi­con des globules rouges. Je n’y connais­sais rien : mon corps compre­nait et a réagi. Mes yeux ont gonflé, puis mes chevilles, puis mes mollets. Je n’ai plus pu respi­rer. Puis respi­rer me faisait mal. J’ai fina­le­ment arrêté de suivre les conseils de mon chien ― fais une sieste ! Avec moi ! ― et me suis rendu aux urgences, où, en fin de compte, j’ai pu comprendre ce qui m’ar­ri­vait.

Deux semaines plus tard, le flux s’était calmé, réab­sorbé par quelque tissu humide dans mon corps, et je consi­dé­rais posi­ti­ve­ment l’ab­sence de douleur. Respi­rer était exquis, la chose la plus agréable que je puisse imagi­ner. Chaque respi­ra­tion natu­relle était tout ce que j’avais toujours voulu. Je savais que cela s’es­tom­pe­rait et que j’ou­blie­rai. Mais pendant quelques jours, j’étais vivante. Et c’était bon.

Nos corps sont à la fois tout ce que nous avons et tout ce que nous pour­rions jamais vouloir. Nous sommes en vie, et on nous permet d’être en vie. Il y a de la joie à la surface de la peau en attente de lumière solaire et de choses douces (ces deux choses entraî­nant la produc­tion d’en­dor­phines, donc oui : de la joie). Il y a le batte­ment constant et robuste de nos cœurs. Les bébés qui sont portés contre les cœurs de leurs mères apprennent à respi­rer mieux que ceux qui ne le sont pas. Il y a la force des os et l’ex­ten­sion des muscles et leurs coor­di­na­tions complexes. Nous sommes un ensemble d’im­pul­sions élec­triques au sein d’un envi­ron­ne­ment aqueux : comment ? Eh bien, les nerfs qui conduisent les impul­sions sont gainés par une substance grasse appe­lée myéline ― ils sont isolés. Cela permet « une commu­ni­ca­tion agile entre des parties du corps distantes ». Compre­nez bien ceci : il est vivant, il commu­nique, prend des déci­sions, et sait ce qu’il fait. Vous ne pouvez possi­ble­ment appré­hen­der ses intri­ca­tions. Commen­cer à explo­rer le fili­grane du cerveau, des synapses, des nerfs, et des muscles c’est comprendre que même un cligne­ment d’œil relève du miracle.

Nos cerveaux sont le fruit de 2 millions d’an­nées d’évo­lu­tion. Cette longue et lente crois­sance a fait doubler notre capa­cité crânienne. Et la première chose que nous avons faite, c’est remer­cier. Nous avons dessiné la méga­faune et les méga­fe­melles, les avons sculp­tées et taillées. La plus ancienne sculp­ture figu­ra­tive connue est la Vénus de Hohle Fels ; il y a 40 000 ans quelqu’un a passé des centaines d’heures à la tailler. Point de mystère ici, pas selon moi : les animaux et les femmes nous ont donné la vie. Ils ont bien sûr été notre premier projet d’art perpé­tuel. L’émer­veille­ment et la grati­tude sont inscrits en nous, dans nos corps et nos cerveaux. Il était une fois une époque où nous nous savions en vie. Et c’était bon.

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Nous quit­tons main­te­nant le royaume des miracles pour celui de l’en­fer.

Le patriar­cat est la reli­gion domi­nante de la planète. Il appa­raît sous diverses formes ― des anciennes, des nouvelles, des ecclé­sias­tiques, des sécu­lières. Mais au fond, elles sont toutes nécro­philes. Erich Fromm décrit la nécro­phi­lie comme « la passion de la trans­for­ma­tion de ce qui est vivant en inerte ; détruire pour le plai­sir de la destruc­tion ; l’in­té­rêt exclu­sif pour tout ce qui est pure­ment méca­nique. » Dans cette reli­gion, le pire des péchés est d’être en vie, et les respon­sables de ce péché sont les femelles. Sous l’égide du patriar­cat, le corps fémi­nin est détes­table ; ses cellules grasses donneuses-de-vie sont déni­grées ; ses organes repro­duc­teurs mépri­sés. Sa condi­tion natu­relle est toujours ridi­cu­li­sée : les pieds normaux doivent être trans­for­més en moignons de 10 cm ; les cages thora­ciques compres­sées jusqu’à l’im­plo­sion ; les poitrines sont varia­ble­ment trop grosses ou trop petites, ou entiè­re­ment exci­sées. Que cela inflige de la douleur ― voire une agonie constante ― n’est pas un dommage colla­té­ral de ces pratiques. C’en est le cœur. Lorsqu’elle souffre, elle devient obéis­sante.

La nécro­phi­lie est l’abou­tis­se­ment du sadisme. La pulsion sadique relève du contrôle ― « la passion de possé­der un contrôle absolu et sans restric­tion sur un être humain », comme la défi­nit Fromm. L’in­flic­tion de douleur et l’hu­mi­lia­tion visent à briser l’être humain. La douleur est toujours humi­liante : la victi­mi­sa­tion humi­lie ; en fin de compte, tout le monde craque. Le rêve du sadique est de possé­der un tel pouvoir. Et qui pour­rait être plus brisé et en votre pouvoir qu’une femme ne pouvant pas marcher ?

Quelques noms: verre, ciseaux, rasoirs, acide. Quelques verbes : couper, grat­ter, cauté­ri­ser, brûler. Ces noms et ces verbes créent des phrases impro­nonçables lorsque l’objet est une fillette de sept ans les jambes écar­tées de force. Le clito­ris, avec ses 8000 termi­nai­sons nerveuses, est toujours tran­ché. Dans les formes les plus extrêmes de MGF (Muti­la­tions Géni­tales Fémi­nines), les lèvres sont tran­chées et le vagin refermé par couture. Le soir de son mariage, le mari de la fille la pénè­trera avec un poignard avant d’uti­li­ser son pénis.

Vous ne faites pas ça à un être humain. Vous faites cela à un objet. C’est un fait. Mais il y a plus. Parce que le monde est plein de véri­tables objets — des boites en cartons, des voitures aban­don­nées — et que les hommes ne passent pas leur temps à les tortu­rer. Ils savent que nous ne sommes pas des objets, que nous avons des nerfs pour ressen­tir et une chair qui se charge d’hé­ma­tomes. Ils savent que nous n’avons nulle part où aller lorsqu’ils reven­diquent nos corps. C’est là que le sadique prend du plai­sir : la douleur engendre une souf­france, l’hu­mi­lia­tion peut-être plus encore, et s’il peut lui infli­ger ça, ce sera la preuve de son contrôle absolu.

Derrière les sadiques se trouvent les insti­tu­tions, les conden­sa­tions du pouvoir, qui nous livrent à eux. Chaque fois qu’un juge décrète qu’une femme n’a pas le droit à l’in­té­grité physique — que les photos « Upskirt » (sous la jupe, NdT) sont légales, que les fausses couches sont des meurtres, que les femmes doivent s’at­tendre à être battues — il gagne. Chaque fois que les maîtres de la mode fabriquent des talons plus hauts encore et des vête­ments plus petits, il sourit. Chaque fois qu’une classe entière de femmes — les plus pauvres et les plus déses­pé­rées, issues des bas-fonds de toutes les hiérar­chies imagi­nables — sont décla­rées marchan­dises sexuelles légales, il y a une trique collec­tive. Qu’il utilise person­nel­le­ment chacune de ces femmes n’est pas la ques­tion. La société a décidé qu’elles étaient là pour lui, les autres hommes ont garanti leur compli­cité, et ils s’y tien­dront. Il peut en tuer une — l’acte sexuel ultime pour un sadique — et personne ne le remarquera. Et personne ne le remarque.

Il n’y a pas de fin à cela, pas de fina­lité natu­relle. Il y a toujours d’autres êtres conscients et sensibles pour enflam­mer son désir de contrôle, son addic­tion n’est alors jamais rassa­siée. Avec d’autres addic­tions à côté, l’ac­croc touche le fond, sa vie devient ingé­rable, ne reste que le sombre choix d’ar­rê­ter ou de mourir. Mais le sadique ne se fait pas de mal à lui-même. Il n’y a pas de fond à heur­ter, seule­ment un choix infini de victimes, que la culture lui livre. Les femmes sont le festin de nos propres funé­railles, et il est heureux de se nour­rir.

***

Si le fémi­nisme devait se résu­mer en un seul mot, ce serait le suivant: non. « Non » est une fron­tière, unique­ment expri­mée par un soi qui en reven­dique une. Les objets n’ont ni l’un ni l’autre ; les sujets commencent au non. Les fémi­nistes ont dit non, et nous le pensions vrai­ment.

La fron­tière du « non » s’éten­dait vaste­ment, une insulte envers une est une insulte envers toutes : « nous » est le mot des mouve­ments poli­tiques. Sans lui, les femmes sont reje­tées dans une mer hostile et chao­tique, rete­nant leur souffle avant le prochain malheur. A travers le prisme du fémi­nisme, le chaos s’ana­lyse préci­sé­ment. Nous avons nommé ces malheurs, avons affronté le déni et le déses­poir pour en comprendre les motifs. Cela s’ap­pelle la théo­rie. Nous avons ensuite demandé des remèdes. Ce que font les sujets, parti­cu­liè­re­ment les sujets poli­tiques. Emme­line Pankhurst, leader des suffra­gettes britan­niques, travaillait au bureau de recen­se­ment en tant que regis­traire des nais­sances. Chaque jour, des jeunes filles y arri­vaient avec leurs nouveaux nés. Chaque jour, elle a dû deman­der qui était le père, et chaque jour des filles pleu­raient d’hu­mi­lia­tion et de rage. Lecteurs, vous savez qui étaient les pères. C’est pour cela que Pankhurst n’a jamais aban­donné.

Dire non au sadique c’est affir­mer l’exis­tence de ces jeunes filles en tant que sujets poli­tiques, en tant qu’êtres humains béné­fi­ciant du statut promis par les droits inalié­nables. Toutes les vies sont dotées d’une volonté propre, et souve­raines ; chaque vie ne peut être vécue que dans un corps. Elles ne sont pas des objets à démon­ter pour pièces : elles sont des corps vivants. Les abus sexuels sur les enfants sont conçus spéci­fique­ment pour trans­for­mer le corps en cage. Les barreaux peuvent commen­cer sous forme de terreur et de peine, mais et s’en­dur­cir jusqu’au dégoût de soi. L’ins­til­la­tion de la honte est la meilleure méthode pour s’as­su­rer de l’obéis­sance : nous avons honte — la viola­tion sexuelle est opti­male pour cela — et pour le restant de nos jours nous nous soumet­trons. Notre soumis­sion est, bien sûr, la marque de son contrôle. Son pouvoir est son plai­sir, et une autre géné­ra­tion de filles gran­di­ront dans des corps qu’elles détes­te­ront surement, pour deve­nir des femmes qui se soumettent.

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Ce que nos corps ont subi, la planète l’a aussi subi. Le sadique exerce son contrôle ; le nécro­phile change le vivant en inerte. Ceux qui ont une volonté propre, et les sauvages, sont les cibles, et leur projet nécro­tique est presque achevé.

Pris un par un, les faits sont épou­van­tables. Au cours de mon exis­tence, la terre a perdu la moitié de sa faune sauvage. Chaque jour, 200 espèces glissent dans la longue nuit de l’ex­tinc­tion. « L’océan » est syno­nyme des mots abon­dance et profu­sion. Pléni­tude est aussi sur la liste, ainsi qu’in­fi­nité. Et d’ici 2048, les océans n’abri­te­ront plus aucun pois­son. Les crus­ta­cés connaissent « un échec repro­duc­tif complet ». En d’autres termes, leurs bébés meurent. Le planc­ton dispa­rait égale­ment. Peut-être que le planc­ton est trop petit et trop vert pour que quiconque s’en soucie, mais nous savons cela : 2 respi­ra­tions animales sur 3 sont rendues possibles grâce à l’oxy­gène que produit le planc­ton. Si les océans tombent, nous tombe­rons avec eux.

Comment pour­rait-il en être autre­ment? Obser­vez les sché­mas, pas seule­ment les faits. Il y avait telle­ment de bisons dans les grandes plaines que vous pouviez vous asseoir et obser­ver un seul trou­peau passer dans un bruit de tonnerre pendant plusieurs jours d’af­fi­lée. Dans la vallée centrale de Cali­for­nie, les nuées d’oi­seaux marins étaient si denses qu’elles bloquaient la lumière du soleil. Un quart de l’In­diana était une zone humide, grouillante de vie, et en promet­tant encore plus. C’est main­te­nant un désert de maïs. Là où je vis, dans le paci­fique Nord-Ouest, les 10 millions de pois­sons que l’on y trou­vait ne sont plus que 10 000. Les gens les enten­daient arri­ver pendant une jour­née entière. Ce n’est pas une histoire : des gens encore en vie s’en souviennent. Je n’ai jamais entendu le bruit que produit l’eau lorsque 40 millions d’an­nées de persé­vé­rance retrouvent leur chemin. Suis-je alors auto­ri­sée à utili­ser le mot « apoca­lypse » ?

Le nécro­phile insiste sur l’idée selon laquelle nous ne serions que compo­sants méca­niques, les rivières des projets d’in­gé­nie­rie, et les gènes des suites à décou­per et réar­ran­ger selon nos caprices. Il pense que nous sommes tous des machines, malgré l’évi­dence : une machine peut être démon­tée et remon­tée entiè­re­ment. Pas un être vivant. Devrais-je ajou­ter qu’une planète vivante ne le peut pas non plus?

Compre­nez où la guerre contre le monde a commen­cée. En 7 lieux diffé­rents, à travers la planète, les humains ont adopté l’ac­ti­vité appe­lée agri­cul­ture. En termes crus, vous prenez une parcelle de terre, vous l’évi­dez de tout ce qu’elle abri­tait de vie, puis replan­tez dessus afin de servir les besoins humains. Au lieu de parta­ger cette terre avec les millions d’autres créa­tures qui ont, elles aussi, besoin de cette terre pour vivre, vous n’y faites pous­ser que des humains. Il s’agit de puri­fi­ca­tion biotique. La popu­la­tion humaine s’ac­croit forte­ment ; les autres sont pous­sées à l’ex­tinc­tion.

L’agri­cul­ture engendre un mode de vie que l’on appelle civi­li­sa­tion. La civi­li­sa­tion désigne les regrou­pe­ments humains sous forme de villes. Ce que cela signi­fie : un niveau de besoin qui excède ce que la terre peut offrir. La nour­ri­ture, l’eau, l’éner­gie doivent venir de quelque part. Peu importe les jolies et paci­fiques valeurs que les gens portent en leurs cœurs. La société est dépen­dante de l’im­pé­ria­lisme et du géno­cide. Parce que personne n’ac­cepte d’aban­don­ner sa terre, son eau, ses arbres. Et parce que la ville a utilisé les siens jusqu’à épui­se­ment, elle doit s’en procu­rer ailleurs. Voilà les 10 000 dernières années résu­mées en quelques lignes.

La fin de la civi­li­sa­tion est inscrite dans son commen­ce­ment. L’agri­cul­ture détruit le monde. Et il ne s’agit pas de l’agri­cul­ture lors de ses mauvais jours. C’est simple­ment ce qu’est l’agri­cul­ture. Vous abat­tez les forêts, vous labou­rez les prai­ries, vous drai­nez les zones humides. Et, plus spéci­fique­ment, vous détrui­sez le sol. Les civi­li­sa­tions durent entre 800 et peut-être 2000 ans — jusqu’à ce que le sol ne puisse plus suivre.

Qu’y a-t-il de plus sadique que le contrôle de conti­nents entiers ? Il change les montagnes en gravats, et les rivières doivent se compor­ter comme on le leur ordonne. L’unité fonda­men­tale du vivant est violée avec l’in­gé­nie­rie géné­tique. Même chose pour l’unité fonda­men­tale de la matière, avec des bombes qui massacrent des millions d’êtres vivants. Voilà sa passion, trans­for­mer le vivant en inerte. Il ne s’agit pas que de morts indi­vi­duelles, pas même des morts d’es­pèces entières. Le proces­sus de la vie elle-même, est attaqué, et il est en train de perdre. L’évo­lu­tion des verté­brés stagne depuis déjà long­temps — il n’y a plus assez d’ha­bi­tat. Il y a des zones en Chine où plus aucune plante à fleur ne pousse. Pourquoi ? Parce que les polli­ni­sa­teurs sont tous morts. 500 millions d’an­nées d’évo­lu­tion, partis en fumée.

Il veut que tout cela meure. C’est son prin­ci­pal plai­sir et la seule façon pour lui de tout contrô­ler. Selon lui, ça n’a jamais été vivant. Il n’y a pas de commu­nau­tés aux volon­tés propres, pas de terre vrai­ment sauvage. Il ne s’agit que de compo­sants inani­més qu’il peut arran­ger à son gré, un jardin qu’il peut admi­nis­trer. Peu importe que chaque terre ainsi gérée se soit trans­for­mée en désert. L’in­té­grité élémen­taire de la vie a été brisée, et il prétend main­te­nant qu’elle n’a jamais existé. Il peut faire ce qu’il veut. Et personne ne l’ar­rête.

***

Pouvons-nous l’ar­rê­ter?

Je réponds oui, et je n’aban­don­ne­rai pour rien au monde. Les faits tels quels sont insup­por­tables, mais il n’y a qu’en les confron­tant que les sché­mas s’éclair­cissent. La civi­li­sa­tion est fondée sur le prélè­ve­ment (l’ex­trac­ti­visme). Celui-ci s’ap­puie sur l’im­pé­ria­lisme, la prise de pouvoir sur le voisi­nage et le pillage de ses terres, mais en fin de compte, même les colo­nies finissent par s’épui­ser. Le combus­tible fossile a été un accé­lé­ra­teur, tout comme le capi­ta­lisme, mais le problème sous-jacent est bien plus impor­tant que l’un ou l’autre. La civi­li­sa­tion requiert l’agri­cul­ture, et l’agri­cul­ture est une guerre que l’on mène contre le vivant. Et même si cette culture a aupa­ra­vant porté du bien en elle, à un moment donné, dix milles ans de cette guerre l’ont chan­gée en nécro­phile.

Mais ce que font les humains, ils peuvent aussi cesser de le faire. En admet­tant que chaque insti­tu­tion soit en train de faire fausse route, il n’y a pas de raison maté­rielle qui obli­ge­rait la destruc­tion à conti­nuer. La raison est poli­tique : le sadique est récom­pensé, et pas qu’un peu. La plupart des parti­sans de la gauche et des envi­ron­ne­men­ta­listes l’ont remarqué. Ce qu’ils n’ont pas remarqué, c’est la notion centrale du fémi­nisme radi­cal : son plai­sir à domi­ner.

Le véri­table génie du patriar­cat est préci­sé­ment là: il ne fait pas que bana­li­ser l’op­pres­sion, il sexua­lise les actes d’op­pres­sion. Il érotise la domi­na­tion et la subor­di­na­tion puis les insti­tu­tion­na­lise à travers la mascu­li­nité et la fémi­nité. Les hommes deviennent vrai­ment des hommes en brisant les fron­tières — les fron­tières sexuelles des femmes et des enfants, les fron­tières cultu­relles et poli­tiques des peuples indi­gènes, les fron­tières biolo­giques des rivières et des forêts, les fron­tières géné­tiques des autres espèces, et les fron­tières physiques de l’atome lui-même. Le sadique est récom­pensé par de l’argent et du pouvoir, mais il retire aussi une exal­ta­tion sexuelle de la domi­na­tion. La fin du monde est un rassem­ble­ment géant d’abru­tis finis­sant en asphyxie autoé­ro­tique.

Le véri­table génie du fémi­nisme c’est d’avoir compris tout cela.

Ce qui doit se produire afin de sauver notre planète est simple : il faut que la guerre cesse. Si nous cessons de nous mettre sur son chemin, la vie repren­dra son cours, parce que la vie veut vivre. Les forêts et les prai­ries renaî­tront. Tous les barrages s’ef­fon­dre­ront, et tous les canaux en ciment et les rivières apai­se­ront leurs peines et retrou­ve­ront l’océan. Les pois­sons sauront quoi faire. En étant mangés, ils nour­rissent la forêt, qui protège les rivières, qui à son tour abri­tera plus de saumons. Ce n’est pas la mort de destruc­tion mais la mort de parti­ci­pa­tion qui fait du monde un tout.

Il y a parfois des faits qui requièrent tout le courage que nous avons en nos cœurs. En voici un. Le carbone a atteint les 400 ppm. Pour que la vie conti­nue, le carbone doit retour­ner dans le sol. Et nous en arri­vons donc aux herba­cées.

Là où le monde est humide, les arbres font des forêts. Là où il est sec, les herba­cées poussent. Les prai­ries endurent des chaleurs extrêmes en été et des froids vicieux en hiver. Les herba­cées survivent en main­te­nant 80% de leur corps sous terre, sous forme de racines. Ces racines sont cruciales pour la commu­nauté du vivant. Elles four­nissent des canaux pour que la pluie pénètre dans le sol. Elles peuvent atteindre 4,5 mètres et rame­ner à la surface des miné­raux issus des roches souter­raines, des miné­raux dont ont besoin toutes les créa­tures vivantes. Elles peuvent construire le sol à une vitesse extra­or­di­naire. Le maté­riau de base qu’elles utilisent pour cela, c’est le carbone. Ce qui signi­fie que les herba­cées sont notre seul espoir pour récu­pé­rer le carbone qui se trouve dans le ciel.

Et elles le feront si nous les lais­sons faire. Si nous pouvions remettre en état 75% des prai­ries du monde — détruites par cette guerre que l’on appelle agri­cul­ture — en moins de 15 ans, les herba­cées captu­re­raient tout le carbone ayant été émis depuis le début de l’âge indus­triel. Reli­sez cela à nouveau, si besoin est. Puis rappe­lez-vous en où que vous soyez. Dites-le à quiconque écou­tera. Il y a encore une chance.

Les herba­cées ne peuvent y parve­nir seules. Aucune créa­ture n’existe indé­pen­dam­ment des autres. La restau­ra­tion des prai­ries implique la restau­ra­tion des rumi­nants. Durant l’été chaud et sec, la vie est dormante à la surface du sol. Ce sont les rumi­nants qui perpé­tuent alors le cycle des nutri­ments. Ils portent en eux un écosys­tème, parti­cu­liè­re­ment les bacté­ries qui digèrent la cellu­lose. Lorsqu’un bison broute, il ne mange pas véri­ta­ble­ment l’herbe. Il four­nit de l’herbe aux bacté­ries. Les bacté­ries mangent l’herbe, puis il mange les bacté­ries. Ses déjec­tions vont ensuite arro­ser et ferti­li­ser les herba­cées. Et le cycle se complète.

Les prai­ries ont été éradiquées pour l’agri­cul­ture, pour faire pous­ser des céréales pour les gens. Parce que je souhaite restau­rer les prai­ries, je me vois accu­sée de vouloir la mort de 6 milliards d’in­di­vi­dus. Ce n’est pas un nombre aléa­toire. En 1800, au début de l’ère indus­trielle, il y avait 1 milliard d’êtres humains. Il y en a main­te­nant 7 milliards. 6 milliards d’entre eux ne sont là qu’en raison des combus­tibles fossiles. Consom­mer une ressource non-renou­ve­lable n’a jamais été un plan d’ave­nir. Et pour­tant, souli­gner cela fait appa­rem­ment de moi une meur­trière de masse.

Commençons par l’évident. Rien de ce que nous faisons en étant aussi nombreux n’est soute­nable. 98% des forêts anciennes et 99% des prai­ries ont disparu, et avec eux la majeure partie du sol qu’ils avaient construit. Il ne reste rien à prendre. La planète a été dépe­cée.

Ajou­tez à cela le fait que toutes les civi­li­sa­tions se terminent par un effon­dre­ment. Toutes. Comment pour­rait-il en être autre­ment lorsque votre mode de vie dépend de la destruc­tion de l’en­droit où vous vivez ? Le sol a disparu et le pétrole commence à manquer. En évitant les faits, nous nous assu­rons la pire des fins possible.

Nous pouvons faire mieux que les famines de masse, les états en faillite, les conflits ethniques, la miso­gy­nie, les seigneurs de guerres mesquins, et les scéna­rios dysto­piques d’ef­fon­dre­ment. C’est très simple : nous repro­duire moins que le taux de rempla­ce­ment. Le problème se règlera de lui-même. Venons-en main­te­nant aux jeunes filles.

Ce qui fait univer­sel­le­ment bais­ser le taux de nata­lité, c’est l’élé­va­tion du statut de la femme. Plus spéci­fique­ment, l’ac­tion ayant le plus d’im­pact, c’est l’en­sei­gne­ment de la lecture à une fille. Lorsque les femmes et les jeunes filles ont ne serait-ce que ce morceau de pouvoir sur leurs vies, elles choi­sissent d’avoir moins d’en­fants. Oui, les femmes ont besoin d’un contrôle des nais­sances mais ce dont nous avons réel­le­ment besoin, c’est de liberté. A travers la planète, les femmes ont très peu de contrôle sur la façon dont les hommes utilisent nos corps. Près de la moitié de toutes les gros­sesses sont non-plani­fiées ou non-voulues. La gros­sesse est la deuxième cause de morta­lité chez les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans. Peu de choses ont changé depuis qu’Em­me­line Pankhurst a refusé d’aban­don­ner.

Nous devrions défendre les droits humains des jeunes filles parce que les jeunes filles comptent. Il s’avère même que les droits fonda­men­taux des jeunes filles sont cruciaux pour la survie de la planète.

Pouvons-nous l’ar­rê­ter?

Oui, mais seule­ment si nous compre­nons ce que nous affron­tons.

Il veut la mort du monde. Tout ce qui est vivant doit être remplacé par quelque chose de méca­nique. Il préfère les engre­nages, les pistons et les circuits aux corps doux des animaux, et même au sien. Il espère pouvoir se télé­char­ger lui-même dans un ordi­na­teur un jour.

Il veut la mort du monde. Il aime le soumettre. Il a érigé des villes géantes là où autre­fois se tenaient des forêts. Le béton et l’as­phalte domptent l’in­con­trôlé.

Il veut la mort du monde. Tout ce qui est femelle doit être puni, défi­ni­ti­ve­ment. Plus elles sont jeunes, plus elles casse­ront faci­le­ment. Alors il commence tôt.

Une guerre contre votre corps c’est une guerre contre votre vie. S’il peut faire en sorte que nous menions la guerre à sa place, nous ne serons jamais libres. Mais nous avons décrété que le corps de chaque femme était sacré. Et nous le pensons réel­le­ment. Toute créa­ture possède son inté­grité physique propre, son tout invio­lable. C’est un tout trop complexe pour être compris, même en vivant à l’in­té­rieur. Je ne savais pas pourquoi mes yeux gonflaient, ni pourquoi mes poumons me faisaient mal. Les complexi­tés néces­saires pour me main­te­nir en vie reste­ront un mystère pour moi.

Une cuillère à café de sol contient un million de créa­tures vivantes. Une petite cuillère de vie et c’est déjà trop complexe pour que nous compre­nions. Et pour­tant il pense pouvoir gérer les océans ?

Nous allons devoir oppo­ser notre courage à son mépris. Nous allons devoir oppo­ser nos rêves féroces et fragiles à sa force brute. Et nous allons devoir oppo­ser une déter­mi­na­tion qui ne pliera ni ne cèdera ni ne cessera à son sadisme inépui­sable.

Et si nous ne pouvons pas le faire pour nous-mêmes, nous devons le faire pour ces jeunes filles.

Quoi que vous aimiez, c’est en danger. Aimer est un verbe. Puisse cet amour nous pous­ser à l’ac­tion.

Lierre Keith


Traduc­tion: Nico­las Casaux

Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay

agriculture civilisation écologie environnement lierre keith patriarcat terre

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  1. Autant je la trouve pertinente sur des parties de son analyse sur le patriarcat , autant lierre est à coté en ce qui concerne l’agriculture …

    L’agriculture dont elle parle est la monoculture intensive à l’américaine …. alors que la permaculture par exemple existe depuis trés longtemps et à montrer sa résilience et l’enrichissement des zones où elle est mise en pratique

    L’accent mit sur le carbone est aussi une faute de priorité , le méthane pollue bien plus que les transport par exemple , et il suffit que le monde de vienne vegan pour supprimer une énorme proportion du méthane émis ainsi qu’une énorme part de l’agriculture intensive servant à nourrir les élevages d’animaux destniés aux pays riches
    Mais ce n’est pas l’auteur du  » mythe végétarien » qui irai dire cela ^^
    Et même si son livre comporte des erreurs , certains en ont fait une grosse publicité …

    Je finirai juste par dire que son argument malthusien de la surpopulation est également hors propos …. en effet le controle des femmes sur leurs corps ainsi qu’une autonomie par rapport aux systèmes patriarchaux permet une diminution de la natalité , si nous sommes 7 milliards de vegan il n’y aurai pas eu tout les degats ecologiques dont elles parlent , mais le carnisme as de beaux jours malheureusement et elle y contribue grandement avec son livre …

    1. La « permaculture » quelle mot merveilleux. Bien oui, faisons pousser du blé, du riz, du maïs, massivement en mode « permacultuuure ».
      J’attends de voir.
      CE faisant si tu lis son bouquin « le Mythe végétarien », elle cite de nombreux exemples de lieux qui sont devenus -dans la réalité- un désert suite à l’agriculture. Et c’est ce qu’on est entrain de faire.
      « Il suffit que le monde devienne végan », oui si on ne mange pas de céréales, uniquement des fruits et des plantes.
      A cela -juste en passant- pensons à la cuisson qui est un énorme facteur de pollution dans le monde !
      Quant à  » une énorme part de l’agriculture intensive servant à nourrir les élevages d’animaux destinés aux pays riches » elle en parle dans le bouquin, et dit que cet élevage-là est une honte.
      LK dit que les vegan sont systématiquement des urbains hors-sol, est-ce ton cas?
      Elle part de quelque chose de très concret : elle voulait revenir à la nature et cultiver ses propres salades, comment faire avec les limaces? Sa solution la moins pire, après moultes façons inélgantes a été d’emprunter la contribution joyeuse des canards qui mangent les limaces mais pas les laitues et qui fertilisent le sol. Autre question, avec quoi fertiliser le sol? Des engrais chimiques? Du BRF (merci le pétrole et les arbres tués)? Elle utilise la fiente des animaux. Vaches etc..
      Et après tu fais quoi du trop plein d’animaux?
      En bon végan, bien sûr tu l’accompagnes à pied pour le rendre aimablement à 10km de la maison à Dââme Nature où de verdoyantes promesses d’abondances et d’amour l’attendent et tu lui serres une franche poignée de pattes. Si c’est pas choupinou !
      En général les paysans ne font pas cela, sur le terrain, on voit les choses différemment.
      Et la permaculture aussi, elle te dit que c’est plus logique d’abandonner les laitues, et de passer à des plantes pérennes, pourpier, ortie, chénopodes, mauves etc… Si tu nourries tes cochons avec des caroubes, des marrons, des glands c’est plus simple aussi, tu manges, et tu passes un hiver rigoureux dans un fonctionnement relativement local. De quoi se nourrissent les vegan en France? Des bananes à 2€ le kg max !
      Aussi, j’attends de voir un vrai Vegan local, qui mange son caca pour la B12 !! Et qui ne la commande pas auprès d’un labo allemand.
      Je mets une pointe d’humour dans mon texte mais ce n’est pas contre toi.
      La question du vegan Vs Omnivore est très complexe à mon humble avis.

  2. Je trouve ce texte fort fort interessant! C’est une belle découverte. Maisje ne pense pas que cet « esprit » mécanisant soit uniquement lié aux hommes, il gagne les femmes aussi à présent. Ce serait une erreur (compréhensible, mais dommageable) que de le croire. C’est un esprit déshumanisant, qui détruit autant le corps masculin que féminin, même si historiquement et encore aujourd’hui en majorité c’est vrai que les femmes en ont bcp plus souffert. La tendance aujourd’hui est: folie sadique pour tous, hommes et femmes compris!

    Pour vous répondre Xipethotek , je ne pense pas le le régime végan convienne à tout le monde, et encore moins qu’une volonté planificatrice (et donc contrôlante) du style « si tout le monde était végan » ait la moindre valeur.(si ce n’est pour un nouveau type de contrôle) De plus, il est loin d’être prouvé que l’humain n’est qu’un ruminant (je taquine, je sais que végan ou végé ne se limite pas à cela ;). Mais soit, mangez comme vous le voulez, mais restons loin du genre de solution totalitaire « Tous ceci ou tous cela » svp! Merci pour la (bio?)diversité 😉

  3. merci Nicolas, c’est comme tu le dis magnifique.( Je regrette d’avoir lu les deux commentaires précédents… mais bon….)
    Je me permets de partager et ma journée, et bien plus est illuminée, par cette lecture. Bonne journée à toi.

  4. Pour une alimentation vegétalienne , il convient à tout le monde dixit l’association américaine de diététique 😉 http://www.alimentation-responsable.com/position-ADA-2009

    Pour ce qui est de la planification , un fascisme vegan ne ferai que  » gagner  » du temps , mais pour sortir de l’idéologie du carnisme et sortir de la dissonance cognitive lié à notre culture alimentaire et le traitement des animaux , il faut surtout de la réfléxion et une adhésion 🙂

    Pour ce qui est de notre physiologie , nous sommes surtout le fruit d une évolution , et même si nous avons une physiologie de frugivore comme nos cousins les singes , c’est plutot hors de propos ( et de toute manière je peux répondre tres vite que oui nous ne sommes pas des ruminants nous n’avons qu’un estomac 😛 ) . En effet le véganisme sait se montrer pertinente ne serait ce que sur la question
    environnementale . C’est pour cela que je souligne les fausses bonnes solutions de Lierre keith.

    Le véganisme n’est pas politique , c’est la posture morale la plus pertinente en éthique animal et celle qui fait consensus , parmi les écologistes également , qu’ils soient conséquentialistes , déonthologique ou éthiques , le véganisme est vu comme une des solutions les plus concrètes et efficace
    Pour preuve, un journaliste que ce site relaie défois , chris hedge est devenu vegan pour cette raison http://www.compassionatespirit.com/wpblog/2014/11/17/chris-hedges-go-vegan-for-the-planet/

    Donc le véganisme peut aussi etre un acte militant écologique 😉
    En faite aprés quelques calculs , cela semble frisé l’incohérence que de vouloir militer en faveur de l ‘écologie et de manger une alimentation provenant d’élevages , encore une fois la dissonance cognitive peut etre trés puissante 🙂

    Pour finir , pour répondre à pam Quin , je suis navré d’avoir troublé la quiétude de cette article en émettant une critique constructive de l’article de lierre keith , mais je ne vois nul part marqué sur le site qu’il faut juste dire amen à tout ce qui est publié 😉

  5. Je lis cet article et les réponses qui vont avec.

    Au bout des deux tiers de l’article, une espèce de colère débordante m’a donné l’envie de lancer mon ordi contre le mur.
    J’entends que LK use d’une façon et d’arguments chocs, qu’elle peut surestimer un certain nombre de causes… Il est vrai que je n’entends nulle part, sauf en filigrane, une quelconque apologie de l’agriculture pratiquée par des groupes humains depuis des centaines d’années (cela me rappelle un autre article de ce site). Il apparait cependant que son propos sur les 1 milliards d’êtres humains en 1800 traduit un lien avec celle-ci et coïncide avec les débuts (bien avancés) de l’ère industrielle.
    A mon avis, LK expose plus spécifiquement l’idée que l’industrialisation a intensifié le processus nécrophage de notre civilisation qui apparaît comme dans toutes les civilisations (les Aztèques ont créé des déserts, l’Atlantide s’est effondrée =) hi hi, pour l’exemple, c’est juste comique) avant sa chute. Et que cela nous a conduit à entreprendre toujours plus de viol de la Nature, sur le vivant, ses représentants emblématiques, que sont les forêts, les animaux et la femme.

    Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui plus que jamais, la féminité est déconsidérée, violée. Les homos se font taper ou notre langage courant stigmatise la féminité chez l’homme, les femmes sont des objets publicitaires et sexuels (voyez la prolifération de sites pornographiques et des images et représentations qu’ils véhiculent, c’est juste effarant, et il n’y a pas besoin d’être puritain pour trouver cela impardonnable et criminel).

    Quant à la nécessité d’une (bio)diversité, il faut garder les yeux en face des trous : aujourd’hui, c’est en train de crever. Aujourd’hui, ce qu’il nous faut, ce n’est pas cultiver la biodiversité, c’est anéantir ce qui la menace et la détruit. Collectivement, et pas simplement en devenant chacun vegan dans son coin. Encore une nouvelle connerie prônée par je ne sais quel groupe de pseudos activistes de l’à peu près. Oui, il nous faut reconsidérer notre manière de nous nourrir, c’est indéniable. Mais comme l’un de vous le dit, pas en hors sol, pas en prélèvement, mais là où ça se passe. Je suis végé, et loin des villes, c’est différent, c’est vrai. Si on veut aller au bout du truc, les plantes utiles à l’écosystème et pas seulement à l’homme doivent être privilégiées. Cela nécessite de la frugalité, mais dans la mesure où ce qui est cultivé apporte plus qu’une semaine de repas végétarien à base de céréales et de légumineuses. Tout le monde n’est peut-être pas prêt à de tels concessions, et c’est la dimension collective qui apporte une possibilité d’être interdépendants et pourtant plus autonomes.

    7 milliards. Au bord du gouffre. Et on pinaille encore… De la légèreté certes, mais de la colère, beaucoup. J’aime bien son idée d’une mort participative, je ne parle pas de suicide ou de sacrifice, mais bien de la disparition dans un cycle de vie. Ce que précisément nous nous attachons à restreindre, endiguer, par manque d’humilité. Je ne crois pas à une grosse entité qu’on appellerait le Nécrophile, mais c’est un fait que notre tendance culturelle repose sur ce fait. Armanda Guiducci en parle très bien dans son bouquin « La Pomme et le Serpent ». C’est antédiluvien notre tendance à la maltraitance de la féminité, et c’est pour cela qu’il nous faut nous en débarrasser pour que les femmes et la féminité cessent de se soumettre et d’être soumises par le fait social et culturel. Parce que nous avons tous notre propre féminité bordel… Et que la nier et la repousser, c’est contraindre notre corps…