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Le pire des mondes possible : Planète BIDONVILLE (par Mike Davis)
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Cet article est un extrait tiré de l’excellent livre de Mike Davis, intitulé « le pire des mondes possible » (publié en 2006), il s’agit de l’épilogue, originellement intitulé (en français) « Au bout de Vietnam Street ».


« La promesse est que toujours, inlassablement, quelque chose de nouveau, quelque chose de beau, peut renaître des ordures, des plumes éparses, des cendres et des corps brisés. »

John BERGER

L’opération de tri de l’humanité par le capitalisme tardif a donc déjà eu lieu. Relisons la mise en garde formulée par Jan Breman au sujet de l’Inde : « On atteint un point de non-retour lorsqu’une armée de réserve attendant d’être incorporée dans le monde du travail est ainsi stigmatisée comme une masse irrémédiablement surnuméraire, comme un fardeau excessif que l’on ne peut intégrer, ni aujourd’hui ni plus tard, dans l’économie et dans la société. Cette métamorphose est, à mon sens au moins, la vraie crise du capitalisme mondial. » Ou encore ce sinistre constat formulé en 2002 par la CIA : « À la fin des années 1990, le nombre de travailleurs sans emploi ou sous-employés a atteint le chiffre étourdissant d’un milliard d’individus, habitant pour la plupart dans le Sud, soit un tiers de la population active mondiale. » En dehors du culte mythique et illusoire de la dérégulation et de la flexibilité infinie à la de Soto, il n’existe aucun scénario officiel pour la réintégration de cet immense trop-plein de main-d’œuvre dans le jeu normal de l’économie mondiale.

Le contraste avec les années 1960 est spectaculaire : il y a quarante ans, le combat idéologique entre les deux grands blocs de la Guerre froide engendrait des visions concurrentes de la manière dont on pourrait abolir la pauvreté dans le monde et reloger les habitants des bidonvilles. Avec ses Spoutniks et ses missiles balistiques intercontinentaux triomphants, l’Union soviétique apparaissait encore comme un modèle plausible d’industrialisation effrénée via le secteur de l’industrie lourde et les plans quinquennaux. Dans l’autre camp, l’administration Kennedy diagnostiquait officiellement les révolutions du tiers monde comme des « maladies de la modernisation », et prescrivait — outre l’envoi de bérets verts et de B-52 — d’ambitieux programmes de logement et de réformes agraires. Ainsi, pour immuniser les Colombiens contre la subversion urbaine, l’Alliance pour le progrès subventionna d’immenses programmes de logement, comme Ciudad Kennedy (80 000 personnes) à Bogotá ou Villa Socorro (12 000 personnes) à Medellin. L ’Allianza fut présentée comme un plan Marshall pour l’hémisphère occidental, qui allait bientôt hisser le niveau de vie des habitants du continent américain à un degré comparable, sinon à celui des gringos, du moins à celui des Européens du Sud. Parallèlement, comme nous l’avons vu, un certain nombre de dirigeants nationalistes charismatiques — les Nasser, Nkrumah, Nehru, Sukamo et autres — proposaient leurs propres visions de la révolution et du progrès.

Ciudad Kennedy, en 1964

Mais les terres promises des années 1960 ont cessé de figurer sur l’atlas de l’avenir néolibéral. L’ultime râle d’idéalisme en matière de développement fut la campagne des Nations unies dite des « Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) » (surnommée de façon moqueuse « Objectifs minimalistes pour le développement » par un certain nombre de travailleurs humanitaires africains), dont le but est de diminuer par deux la proportion d’humains en situation d’extrême pauvreté d’ici 2015, ainsi que de réduire considérablement la mortalité infantile et maternelle dans le tiers monde. Malgré d’épisodiques gestes de solidarité de la part du monde riche, comme la campagne « Abolissons la pauvreté » et les concerts « Live 8 » lancés lors du sommet du G8 de Gleneagles de juillet 2005, les OMD ne seront certainement pas atteints dans un futur prévisible. Dans leur Rapport mondial sur le développement humain 2004, les chercheurs les plus reconnus des Nations unies prévenaient qu’au rythme de « progression » actuel l’Afrique subsaharienne n’atteindrait pas la plupart des OMD avant, au plus tôt, la seconde moitié du 21ème siècle. Les premiers responsables du sous-développement africain, le FMI et la Banque mondiale, confirmèrent ces projections pessimistes dans leur Global Monitoring Report (« Rapport sur le développement dans le monde ») publié (en anglais) en juillet 2005.

Avec une authentique « grande muraille » de contrôle des frontières high-tech empêchant toute migration massive vers les pays riches, les bidonvilles demeurent la seule solution réellement accessible au problème du stockage du surplus d’humanité de ce siècle. D’après les chiffres de l’ONU-Habitat, la population des bidonvilles croît actuellement au rythme étourdissant de 25 millions de nouveaux résidents par an. De plus, comme nous l’avons souligné dans un chapitre précédent, les espaces de friches sûres et occupables sont partout en voie de disparition, et les nouveaux arrivants sur les franges urbaines sont confrontés à une condition existentielle que l’on ne saurait mieux décrire que comme une « marginalité dans la marginalité », ou, pour reprendre l’expression plus piquante d’un habitant désespéré d’un bidonville de Bagdad, comme une « demi-mort ». De fait, la pauvreté périurbaine — univers humain sordide largement déconnecté des solidarités de subsistance de la campagne et de la vie culturelle et politique de la cité traditionnelle — est le nouveau visage radical de l’inégalité. La marge urbaine est une zone d’exil, une nouvelle Babylone : on a pu ainsi apprendre, par exemple, que certains des jeunes terroristes — tous nés et élevés dans les bidonvilles de la périphérie de Casablanca — qui attaquèrent les palaces et les restaurants étrangers de cette ville en mai 2003 n’avaient auparavant jamais mis les pieds dans le centre-ville et furent ébahis par la richesse de la médina.

Mais les pauvres ne finiront-ils pas par se révolter si la voie de l’urbanisme informel se transforme en cul-de-sac ? Les grands bidonvilles ne sont-ils pas — comme le craignaient Disraeli en 1871 et Kennedy en 1961 — tout simplement des volcans prêts à exploser ? Ou est-ce que l’impitoyable concurrence darwinienne — à mesure qu’un nombre toujours plus grand de pauvres continue à se battre pour les mêmes miettes informelles — finira au contraire par donner naissance à une violence communautaire autodestructrice, forme ultime de « l’involution urbaine » ? Dans quelle mesure un prolétariat informel peut-il posséder le plus puissant des talismans marxistes, « l’effectivité historique »?

Ce sont là des questions complexes que l’on se doit d’explorer à travers des études comparatives de cas concrets avant de tenter d’y répondre sur un quelconque plan général. (C’est tout au moins l’approche que Forrest Hylton et moi-même avons choisie pour l’ouvrage que nous sommes en train de rédiger sur le « gouvernement des pauvres ».) Les puissantes spéculations postmarxistes, comme celles de Negri ou de Hardt, sur une nouvelle politique des « multitudes » dans les « espaces rhizomatiques » de la mondialisation demeurent non fondées sur une quelconque réalité sociopolitique. Au sein d’une même ville, les habitants de bidonvilles peuvent être soumis à une incroyable variété de réactions à la désaffection structurelle et à la privation, qui vont des Églises charismatiques aux mouvements sociaux révolutionnaires en passant par les milices ethniques, les gangs de rues, les cultes prophétiques et les ONG néolibérales. Mais si le bidonville planétaire n’est pas un sujet monolithique et ne présente aucune tendance unilatérale, il est néanmoins le lieu d’une myriade d’actes de résistance. De fait, l’avenir de la solidarité humaine dépend aujourd’hui du refus militant qu’opposent les urbains pauvres à leur marginalité mortelle dans le capitalisme mondial.

Ce refus peut prendre des formes archaïques aussi bien qu’avant-gardistes : un rejet de la modernité ou une tentative pour en ranimer les promesses étouffées. Nul ne devrait s’étonner que certains jeunes pauvres des banlieues d’Istanbul, du Caire, de Casablanca ou de Paris adoptent le nihilisme religieux du salafisme djihadiste et applaudissent au spectacle de la destruction des symboles les plus ostentatoires d’une modernité qui leur est étrangère. Ou que des millions d’autres s’adonnent aux économies urbaines de subsistance des gangs de rues, narcotraficantes, milices et autres organisations politiques sectaires. Les rhétoriques de diabolisation des diverses « guerres » internationales — contre le terrorisme, la drogue, la criminalité — ne font que créer un apartheid sémantique : elles dressent des remparts épistémologiques autour des gecekondus, favelas et autres chawls, qui minent toute possibilité de débat honnête sur la question de la violence quotidienne de l’exclusion économique. Et, comme à l’époque victorienne, la criminalisation radicale des urbains pauvres est une prophétie qui porte en elle-même les germes de son accomplissement, qui prépare de manière certaine un avenir de guerre urbaine incessante. À mesure que les classes moyennes du tiers monde se bunkérisent dans leurs parcs à thème électrifiés et autres « villages sécurisés » suburbains, elles perdent progressivement toute compréhension culturelle des marais urbains qu’elles ont laissés derrière elles.

Une « Gated Community » (« village sécurisé ») au Mexique. Un paradis pour que les riches puissent être en sécurité, à l’écart.

L’imagination des dirigeants semble par ailleurs faillir devant les conséquences évidentes d’une planète de villes dépourvues d’emplois. Certes, l’optimisme néolibéral est en général bridé par une certaine dose de pessimisme malthusien, dont le meilleur exemple nous est sans doute donné par les textes apocalyptiques de l’écrivain-voyageur Robert D. Kaplan (The Ends of the World et The Corning Anarchy). Mais la plupart des grands penseurs des principaux think tanks et instituts de relations internationales américains et européens n’ont toujours pas intégré les implications géopolitiques de la montée en puissance d’une « planète de bidonvilles ». D’autres les ont mieux comprises — peut- être parce qu’ils n’ont pas à se soucier de réconcilier le dogme néolibéral avec la réalité néolibérale : ce sont les stratèges et experts en planification tactique de l’Air Force Academy, du Centre Arroyo de Rand (Research And Development) de l’Armée de terre, et du Warfighting Laboratory des Marines à Quantico (Virginie). De fait, en l’absence de tout autre paradigme fonctionnel, le Pentagone a développé sa propre perspective sur la pauvreté urbaine mondiale.

La débâcle de Mogadiscio de 1993, où les milices des bidonvilles infligèrent 60 % de pertes (morts et blessés) aux troupes d’élite des Army Rangers, força les théoriciens militaires à repenser ce qu’ils appellent, dans le jargon du Pentagone, les MOUT : « Military Operations on Urbanized Terrains » (opérations militaires en milieu urbain). En décembre 1997, une commission d’enquête de la Défense nationale fustigea le manque de préparation de l’armée pour des combats durables dans les ruelles labyrinthiques des villes pauvres du tiers monde. Tous les corps d’armée se lancèrent alors, sous la coordination du Joint Urban Operations Training Working Group (groupe de travail interarmées sur l’entraînement aux opérations en milieu urbain), dans des stages d’entraînement intensif pour maîtriser les techniques du combat de rue dans des conditions proches de celles des bidonvilles. « La guerre du futur, peut-on lire dans la revue de l’Army War College, se jouera dans les rues, dans les égouts, dans les gratte-ciel et dans les zones de logement tentaculaires et anarchiques qui constituent les villes cassées de la planète. […] Notre histoire militaire récente est ponctuée de noms de villes — Tuzla, Mogadisdo, Los Angeles [!], Beyrouth, Panama, Hué, Saigon, Saint-Domingue — mais tous ces combats n’auront été qu’un prologue ; le vrai drame est à venir. »

Pour élaborer un cadre conceptuel plus large à l’usage des MOUT, les stratèges militaires sont allés chercher de l’aide, dans les années 1990, du côté de la vieille aima mater du Dr Folamour : la Rand Corporation basée à Santa Monica. Club de réflexion à but non lucratif fondé par l’US Air Force en 1948, le Rand était célèbre pour ses simulations de l’apocalypse nucléaire façon wargames dans les années 1950 et pour son aide à l’élaboration de la stratégie mise en œuvre lors de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, le Rand fait plutôt dans les villes : ses chercheurs analysent les statistiques de criminalité urbaine, les problèmes de santé publique dans les quartiers déshérités des centres- villes, et la privatisation de l’éducation publique. Ils gèrent également le Centre Arroyo de l’Armée de terre, qui a publié toute une petite bibliothèque d’études sur les contextes sociaux et les schémas tactiques de la guerre en milieu urbain.

L’un des plus importants projets de la Rand Corporation, lancé au début des années 1990, a été une étude très importante sur « la manière dont les évolutions démographiques affecteront la nature des conflits à venir ». La conclusion, selon les experts du Rand, est que l’urbanisation de la pauvreté mondiale a produit l’« urbanisation de l’insurrection » (titre de leur rapport). « Les insurgés suivent leurs troupes dans les villes, prévient le Rand, et créent des « zones libérées » dans les bidonvilles. Ni la doctrine, ni l’entraînement, ni le matériel de l’armée américaine ne sont conçus pour y mener des opérations de combats contre-insurrectionnels. » Les chercheurs du Rand étudient en détail l’exemple du Salvador dans les années 1980, où, malgré un soutien massif de Washington, les militaires locaux se montrèrent incapables d’empêcher les guérilleros du FMLN d’ouvrir un front urbain. En effet, « si les rebelles du Front Farabundo Marti de libération nationale avaient pensé plus tôt à porter le combat dans les rues, les États-Unis n’auraient peut-être même pas pu maintenir ne fût-ce que le statu quo entre les forces gouvernementales et les insurgés ». Les chercheurs du Rand ne sauraient sous-entendre plus clairement que l’hyperbidonville est aujourd’hui le maillon faible du nouvel ordre mondial.

Un grand théoricien de l’Armée de l’air a récemment avancé des thèses similaires dans l’AerospacePower Journal : « L’urbanisation rapide des pays en voie de développement, écrit le capitaine Troy Thomas dans le numéro d’avril 2002, donne naissance à des champs de bataille à la topographie de moins en moins accessible à la connaissance car de plus en plus anarchique. » Thomas met en regard les centres urbains modernes hiérarchisés, dont les infrastructures centralisées peuvent aisément être mises hors d’usage par des frappes aériennes (Belgrade) ou des attaques terroristes (Manhattan), et les bidonvilles périphériques tentaculaires du tiers monde, organisés en « sous-systèmes décentralisés et informels » pour lesquels il n’existe aucun plan et où « il est difficile d’identifier des points stratégiques vulnérables ». S’appuyant essentiellement sur l’exemple de « l’océan de misère humaine » qui entoure Karachi, Thomas décrit le défi que représente un « combat asymétrique » dans un contexte urbain « non nodal, non hiérarchisé » contre des milices « à structure clanique » animées par « le désespoir et la colère ». Il cite également les périphéries sordides de Kaboul, Lagos, Douchanbé (Tadjikistan) et Kinshasa comme autant de champs de bataille cauchemardesques potentiels — auxquels un certain nombre d’autres stratèges ajoutent Port-au-Prince. Thomas, comme d’autres penseurs des MOUT, voit la solution dans le matériel high-tech et un entraînement effectué dans des conditions réalistes, de préférence dans « nos propres quartiers déshérités », où « d’immenses programmes de logement sont devenus inhabitables et où l’on trouve de nombreuses friches industrielles. Ces lieux seraient presque idéaux pour l’entraînement au combat de rue ».

Mais qui, exactement, est l’ennemi que ces futurs technosoldats, entraînés dans les slums (bidonvilles) de Detroit et Los Angeles, traqueront dans les dédales des villes du tiers monde ? Certains experts se contentent de hausser les épaules et de répondre : « Peu importe. » Dans un article influent intitulé « Geopolitics and urban armed conflicts in latin America » (géopolitique et conflits armés urbains en Amérique latine), écrit dans les années 1990, Geoffrey Demarest, chercheur reconnu à Fort Leavenworth, proposa un étrange casting « d’acteurs anti-État », comprenant des « anarchistes psychopathes », des criminels, des opportunistes cyniques, des fous, des révolutionnaires, des dirigeants syndicaux, des membres de groupes ethniques et des spéculateurs immobiliers. Au bout du compte, cependant, il s’en tint aux « dépossédés » en général, et aux « groupes criminels » en particulier. En plus de prôner le recours à des outils de recherche empruntés à l’architecture et à l’urbanisme pour aider à la prévision des futurs soulèvements, Demarest ajouta que « les forces de sécurité devraient s’intéresser au phénomène sociologique des populations exclues ». Il faisait part d’une inquiétude toute particulière pour « la psychologie de l’enfant abandonné », car il pense — à l’instar de nombreux partisans de la théorie de la « poussée démographique » comme l’une des grandes causes de criminalité — que les enfants des bidonvilles sont l’arme secrète des forces anti-État

En résumé, les plus grands esprits du Pentagone ont osé s’aventurer là où la plupart des chercheurs des Nations unies, de la Banque mondiale ou du Département d’État craignent de mettre les pieds : au bout de la rue qui suit logiquement l’abdication de toute réforme urbaine. Comme par le passé, cette rue est une « rue sans joie », et, de fait, les combattants adolescents désœuvrés de « l’Armée du Mehdi » de Sadr City à Bagdad — l’un des plus grands bidonvilles de la planète — narguent les forces d’occupation américaines en baptisant leur axe principal « Vietnam Street ». Mais les stratèges ne flanchent pas. Ils affirment désormais, avec une froide lucidité, que les « villes sauvages, saccagées » du tiers monde — et notamment leurs périphéries de bidonvilles — seront le champ de bataille caractéristique du 21ème siècle. Le Pentagone travaille actuellement à refaçonner sa doctrine de manière à intégrer une guerre mondiale à bas bruit d’une durée indéterminée contre les fractions criminalisées des pauvres urbains. Il est là, le vrai « choc des civilisations ».

D’après Stephen Graham, qui a beaucoup écrit sur la géographie de la guerre urbaine, la doctrine des MOUT est ainsi le stade ultime de l’orientalisme, le point culminant d’une longue histoire de la définition de l’Occident par rapport à un Autre oriental fantasmatique. Pour lui, cette idéologie duelle — aujourd’hui élevée au rang « d’absolutisme moral » par l’administration Bush — « repose sur la séparation entre d’un côté le « monde civilisé » — les villes « de chez nous » qui doivent être « défendues » — et de l’autre les « forces obscures », « l’axe du mal » et les « nids de terroristes » des villes islamiques, supposées entretenir les « malfaiteurs » qui menacent la vie, la prospérité et la démocratie du monde « libre » tout entier ».

Cette dialectique illusoire opposant des espaces urbains sécurisés et des espaces urbains démoniaques dicte à son tour le tempo d’un tout autre ballet, sinistre et incessant : nuit après nuit, des essaims d’hélicoptères de combat traquent leurs ennemis dans les ruelles des bidonvilles et des quartiers de taudis, en déchaînant les flammes de l’enfer contre les baraques ou les voitures en fuite. Chaque matin, les bidonvilles répliquent par de nouveaux attentats suicides et de spectaculaires explosions. Si l’empire a la capacité de déployer des technologies Orwelliennes de répression, ses exclus ont quant à eux les dieux du chaos dans leur camp.

Mike Davis

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