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Ce que signifie le socialisme (Chris Hedges)
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chris_hedgesArticle original publié en anglais sur le site de truthdig.com, le 20 septembre 2015.
Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur américain. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il est éditorialiste du lundi pour le site Truthdig.com.


Nous vivons une époque révolutionnaire. L’expérience politique et économique qui a tenté d’organiser le comportement humain autour des diktats du marché mondial a échoué. La prospérité promise qui devait élever les niveaux de vie des travailleurs grâce aux retombées économiques, s’avère être un mensonge. Une toute petite poignée d’oligarques disséminés à travers la planète ont amassé une fortune obscène, tandis que la machine d’un capitalisme corporatif débridé pille les ressources, exploite une main-d’œuvre désorganisée et bon marché et crée des gouvernements corrompus et malléables qui abandonnent le bien commun au nom du profit corporatiste. L’implacable course au profit de l’industrie des énergies fossiles détruit l’écosystème, menaçant la viabilité de l’espèce humaine. Et il n’existe plus au sein des structures de pouvoir aucun mécanisme pouvant enclencher une véritable réforme ou mettre un terme à l’attaque corporatiste. Ces structures ont capitulé devant le contrôle corporatiste. Les citoyens ont perdu leur raison d’être. Ils ou elles peuvent participer à des élections lourdement mises en scène, mais les exigences des corporations et des banques sont prépondérantes.

L’histoire a prouvé dans une large mesure que la prise de pouvoir par une toute petite cabale, qu’il s’agisse d’un parti politique ou d’une clique oligarchique, mène au despotisme. Les gouvernements qui servent exclusivement un groupe d’intérêt restreint et poussent l’appareil étatique à favoriser les intérêts de ce groupe ne sont plus en mesure de réagir de façon rationnelle en temps de crise. Servant aveuglément leurs maîtres, ils approuvent le pillage des trésors de l’état servant à renflouer des sociétés financières et des banques corrompues tout en ignorant le chômage et le sous-emploi chroniques, ainsi que la stagnation ou la baisse des salaires, la servitude écrasante des dettes, l’effondrement des infrastructures, et les millions de personnes qui se retrouvent démunies et souvent sans-abri, victimes de saisies et d’emprunts immobiliers illusoires.

Une classe libérale décadente, prônant des valeurs qu’elle ne fait rien pour défendre, se discrédite elle-même ainsi que les prétendues valeurs libérales d’une démocratie citoyenne en se voyant rejetée avec ces mêmes valeurs. A ce moment-là, une catastrophe politique, économique ou naturelle — en un mot une crise — déclenchera des troubles, mènera à l’instabilité et verra l’état mettre en place des formes de répression draconiennes pour maintenir « l’ordre ». Voilà ce qui nous attend.

Comme l’a écrit Friedrich Engels, nous nous dirigerons soit vers le socialisme soit vers la barbarie. Si nous ne démantelons pas le capitalisme nous tomberons dans le chaos hobbesien des états défaillants, des migrations de masse — auxquelles nous assistons déjà — et de guerre sans fin. Les populations, particulièrement dans les pays du Sud, subiront la misère et un taux de mortalité élevé dû à l’effondrement des écosystèmes et des infrastructures, à une échelle qui n’a pas été atteinte depuis peut-être la peste noire. Aucun arrangement n’est possible avec le capitalisme mondial. Si nous ne renversons pas ce système il nous broiera. Et en ces temps de crise nous devons nous souvenir de ce que signifie être socialiste et de ce que cela ne signifie pas.

En tout premier lieu, tous les socialistes sont sans équivoque antimilitaristes et anti impérialistes. Ils savent qu’aucune réforme sociale, politique, économique ou culturelle n’est possible tant que les militaristes et leurs alliés corporatistes de l’industrie de guerre continueront de piller le budget de l’état, provoquant la faim chez les pauvres, la détresse des travailleurs, l’effondrement des infrastructures, le sabrage des services sociaux au nom de l’austérité. La psychose de la guerre permanente, qui a corrompu la classe politique après la première guerre mondiale avec la guerre interne et externe contre le communisme, et qui s’est muée aujourd’hui en guerre contre le terrorisme, est utilisée par l’état pour nous dépouiller de nos libertés civiques, réorienter nos ressources vers la machine de guerre et criminaliser la contestation démocratique. Nous avons dilapidé des billions de dollars et de ressources en guerres futiles et interminables, du Vietnam au Moyen-Orient, à une époque de crise écologique et financière. La folie de la guerre sans fin est un des signes d’une civilisation mourante. Un avion de combat F-22 Raptor coûte 350 millions de dollars. Nous en possédons 187. Un missile de croisière Tomahawk coûte 1,41 millions de dollars. Nous en avons lancé 161 lorsque nous avons attaqué la Libye. Cette seule attaque de la Libye nous a coûté un quart de milliard de dollars. Nous dépensons un total estimé à 1,7 billions de dollars par an pour l’effort de guerre, bien plus que les 54% officiels de dépenses discrétionnaires, soit environ 600 milliards de dollars. Aucun profond changement n’est possible sans démanteler la machine de guerre.

Nous sommes en guerre de manière quasi ininterrompue depuis la première guerre du Golfe en 1991, suivie par la Somalie en 1992, Haïti en 1994, la Bosnie en 1995, la Serbie et le Kosovo en 1999, l’Afghanistan en 2001, où nous nous battons depuis 14 ans, et l’Irak en 2003.  Et nous pouvons y rajouter le Yémen, la Libye, le Pakistan et la Syrie, ainsi que la guerre par procuration menée par Israël contre le peuple palestinien.

Le coût humain est épouvantable. Plus d’un million de morts en Irak. Sans compter les millions de déplacés ou de réfugiés. L’Irak ne sera plus jamais un état unifié. Et c’est notre industrie militaire qui a créé cette pagaille. Nous avons attaqué un pays qui ne nous avait pas menacés, et n’avait nullement l’intention de menacer ses voisins, et nous avons détruit une des infrastructures les plus modernes du Moyen-Orient. Nous y avons amené non seulement la terreur et la mort — dont les escadrons de la mort Shiite que nous avons armés et entraînés — mais aussi des pannes de courant, des pénuries alimentaires et l’effondrement des services les plus élémentaires, du ramassage des ordures jusqu’au traitement de l’eau et des eaux usées. Nous avons démantelé les institutions irakiennes, dissous leurs forces de sécurité, provoqué la crise de leur service de santé et généré une pauvreté et un chômage massifs. Et de ce chaos ont surgi des rebelles, des gangsters, des réseaux de kidnapping, des djihadistes et des groupes paramilitaires voyous — dont les mercenaires que nous avons engagés, comme l’actuelle armée en Irak. Gary Leupp dans un article de Counterpunch titrant « Comment George Bush a détruit le temple de Baal » ne s’est pas trompé en écrivant :

« Bush a détruit la loi et l’ordre qui avaient permis aux filles de se rendre à l’école, tête nue et vêtues à la mode occidentale. Il a détruit la liberté des médecins et autres professionnels de faire leur travail et a poussé un nombre considérable d’entre eux à quitter leur pays. Il a détruit des quartiers entiers obligeant les habitants à fuir pour sauver leur vie. Il a détruit la communauté chrétienne, qui est tombée de 1,5 millions en 2001 à peut-être 200 000 dix ans plus tard. Il a détruit le sécularisme, idéologie qui était largement répandue, inaugurant une ère de sectarisme âprement contesté. Il a détruit le droit de diffuser du rock’n’ roll ou de vendre de l’alcool et des DVD.

Il a détruit la stabilité de la province d’Anbar en semant le chaos qui a permis à Abou Moussab al-Zarqawi d’établir — pour la première fois — une branche d’Al-Qaïda en Irak.

Il a détruit la stabilité de la Syrie lorsque  » Al-Qaïda en Mésopotamie » (que nous appelons maintenant ISIS) s’est repliée dans ce pays voisin au cours du « soulèvement » de 2007. En créant des vacances de pouvoir et en générant de nouvelles branches d’al-Qaïda, il a détruit la communauté Yazidi qui avait jusque-là échappé au génocide et à l’esclavage. En facilitant l’apparition de ISIS, il a détruit la perspective d’un « printemps arabe » paisible en Syrie, trois ans après la fin de son mandat.

L’ouvrage le plus complet de ce joyau splendide dans un site antique et préservé, mélangeant des influences artistiques romaine, syrienne et égyptienne, n’est plus qu’un tas de ruines. »

Les champs de bataille à l’étranger servent de laboratoires aux architectes du massacre industriel. Ils perfectionnent les instruments du contrôle et de l’annihilation sur les stigmatisés et les indigents. Mais ces instruments finissent par regagner le cœur de l’empire. Alors que les corporatistes et les militaristes étripent la nation, transformant nos sites industriels en déserts et abandonnant nos citoyens à la pauvreté et au désespoir, les méthodes d’assujettissement familières à ceux qui se trouvent à l’autre bout du monde reviennent vers nous — surveillance généralisée, usage inconsidéré de la force meurtrière dans les rues de nos villes contre des citoyens non armés, privation de libertés civiques, dysfonctionnement du système judiciaire, drones, arrestations arbitraires, détentions et incarcérations de masse. L’empire finit par s’imposer à lui-même la tyrannie qu’il impose aux autres, nous rappelle Thucydide. Ceux qui tuent en notre nom à l’étranger tuent bientôt en notre nom sur le sol national. La démocratie est anéantie. Comme le déclarait le socialiste allemand Karl Liebknecht lors de la première guerre mondiale : « L’ennemi principal est dans notre pays ». Si nous ne détruisons pas les machines de la guerre sans fin et ne neutralisons pas ceux qui en tirent profit, nous en serons les prochaines victimes ; de fait, nombre de ceux qui appartiennent à nos communautés marginales le sont déjà.

Vous ne pouvez pas être socialiste et impérialiste. Vous ne pouvez pas, ainsi que Bernie Sanders l’a fait, soutenir les guerres de l’administration Obama en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Pakistan, en Somalie et au Yémen et être socialiste. Vous ne pouvez pas, ainsi que Sanders l’a fait, voter pour tous les budgets alloués à la défense, y compris des projets de loi et des résolutions habilitant et autorisant Israël à se livrer au lent génocide du peuple palestinien, et être socialiste. Et vous ne pouvez pas glorifier les entrepreneurs militaires, ainsi que Sanders l’a fait, sous prétexte qu’ils génèrent des emplois dans votre État. Il est possible que Sanders possède parfaitement la rhétorique de l’inégalité, mais il est membre à part entière du Caucus démocrate, qui s’agenouille devant l’industrie de guerre et ses lobbyistes. Et aucun mouvement populaire authentique ne naîtra jamais dans les entrailles du Parti démocrate qui tente actuellement de faire taire Sanders afin de s’assurer que son favori accède à l’investiture. Aucun élu n’ose défier aucun système d’armement même s’il est coûteux et superflu. Et Sanders qui vote avec les démocrates à 98 %, évite de se confronter au maître de la guerre.

Sanders, bien entendu, comme tous les élus, profite de ce pacte faustien. La direction du Parti démocrate du Vermont, en échange de sa soumission, n’a appuyé la candidature d’aucun candidat contre Sanders depuis 1990. Sanders soutient des candidats démocrates quelle que soit la dose de néolibéralisme qu’ils tentent de nous imposer, y compris Bill Clinton et Barack Obama. Et Sanders, de mèche avec les démocrates, est le premier obstacle à l’édification d’un troisième parti dans le Vermont.

Il existe une raison pour laquelle aucun membre de la classe politique dominante, Sanders inclus, n’ose dire un mot contre l’industrie de la guerre. Si vous le faites, vous finissez comme Ralph Nader, rejeté dans un désert politique. Nader n’avait pas peur de dire la vérité. Et je crains que ce ne soit dans le désert que résident en ce moment les vrais socialistes. Les socialistes comprennent que si nous ne démantelons pas l’industrie de la guerre, rien, absolument rien, ne changera ; en effet, les choses ne feront qu’empirer.

La guerre n’est qu’un business. Les guerres impérialistes s’emparent des ressources naturelles pour le compte des corporations et garantissent les profits de l’industrie des armes. Ceci est aussi vrai pour l’Irak que ce le fut lors de nos campagnes de génocide contre les Indiens. Et, ainsi que l’avait déclaré A. Philip Randolph, c’est seulement lorsqu’il est impossible de tirer profit de la guerre que les guerres sont considérablement écourtées, lorsqu’elles ne sont pas complètement arrêtées. Aucun de ceux qui siègent au conseil d’administration de General Dynamics n’espère la paix au Moyen-Orient. Personne au Pentagone, particulièrement les généraux qui construisent leurs carrières en livrant et en dirigeant des guerres, ne prie pour une cessation des hostilités.

La guerre, camouflée par le langage hypocrite du nationalisme et par l’euphorie qui accompagne la célébration fanatique de la puissance et de la violence, est utilisée par les élites au pouvoir pour contrecarrer et détruire les aspirations des hommes et des femmes qui travaillent et pour détourner notre attention de notre aliénation.

« A travers l’histoire, les guerres ont toujours été menées pour la conquête et le pillage… Voilà en quoi consiste la guerre, en un mot », déclarait pendant la première guerre mondiale le socialiste Eugene V. Debs (cinq fois candidat à l’élection présidentielle). Les maîtres ont toujours déclaré les guerres ; les classes asservies les ont toujours menées.« 

Debs, qui avait obtenu un million de voix en 1912, a été condamné à 10 ans de prison pour cette déclaration. Le juge qui le condamna dénonça « ceux qui tentent d’arracher l’épée des mains de leur nation alors qu’elle est en train de se défendre contre une puissance étrangère et brutale. »

« J’ai été accusé de faire obstruction à la guerre », déclara Debs au tribunal. « Je le reconnais. J’abhorre la guerre. Je m’opposerais à la guerre même si je devais être le seul à le faire ».

Debs, qui devait passer 32 mois en prison, jusqu’en 1921, a aussi prononcé un credo socialiste au moment de sa condamnation après avoir été reconnu coupable de violation de l’ « Espionage Act. »

« Votre honneur, il y a des années de cela, j’ai reconnu mon affinité avec tous les êtres vivants, et je fus convaincu que je n’étais pas meilleur d’un iota du plus misérable sur Terre. Je dis alors, et je le dis maintenant, que tant qu’il y aura une classe inférieure, j’en suis, et tant qu’il y aura un élément criminel, j’en suis, et tant qu’il y aura une âme en prison, je ne serai pas libre ».

La classe capitaliste et ses semblables dans l’establishment militaire a réalisé ce que John Ralston Saul nomme un coup d’état au ralenti. Les élites utilisent la guerre, ainsi qu’elles l’ont toujours fait, comme soupape de sécurité en cas de lutte de classes. La guerre, d’après W.E.B Du Bois, crée entre les oligarques et les pauvres une communauté artificielle d’intérêt qui détourne ces derniers de leurs centres d’intérêts naturels. La réorientation des émotions et des frustrations d’ordre national vers la lutte contre un ennemi commun, le jargon du patriotisme, le racisme endémique qui alimente toutes les idéologies qui soutiennent la guerre, les liens fallacieux noués par le sens de la camaraderie, tout cela séduit ceux qui se situent en marge de la société. En temps de guerre, ils éprouvent un sentiment d’appartenance. Ils ont l’impression de posséder un endroit à eux. On leur offre la possibilité de devenir des héros. Et les voilà partis, comme des moutons menés à l’abattoir. Le temps qu’ils comprennent, il est trop tard.

« Le totalitarisme moderne peut intégrer les masses dans la structure politique d’une manière si complète, à travers la terreur et la propagande, qu’elles deviennent les architectes de leur propre asservissement », écrivait Dwight Macdonald. « Cela n’amoindrit pas l’esclavage mais l’accentue bien au contraire — un paradoxe qu’il serait trop long de développer ici. Le collectivisme bureaucratique, et non le capitalisme, est l’ennemi futur le plus dangereux du socialisme. »

« La guerre », ainsi que l’écrivait Randolph Bourne, « est la santé de l’état ». Elle autorise l’état à s’arroger un pouvoir et des ressources qu’une population ne permettrait jamais en temps de paix. C’est la raison pour laquelle l’état de guerre doit s’assurer que nous ayons toujours peur. Seule la violence constante produite par la machine de guerre, nous affirme-t-on, peut assurer notre sécurité. La moindre tentative de mettre un frein aux dépenses et à l’extension du pouvoir profitera à l’ennemi.

Ce sont les militaristes et les capitalistes qui, à la fin de la deuxième guerre mondiale, ont comploté pour réduire les acquis de la population active sous le New Deal. Ils ont recouru à la rhétorique de la guerre froide pour mettre en place une économie axée sur la guerre totale, même en temps de paix. Cela a permis à l’industrie de l’armement de continuer à fabriquer des armes, avec des profits garantis par l’état, et cela a permis aux généraux de continuer à régner sur leurs fiefs. Grâce aux relations incestueuses entre les corporatistes et les militaristes, des généraux et des officiers à la retraite se sont vus proposer des postes lucratifs dans l’industrie de guerre.

Aujourd’hui, la principale activité de l’état consiste à fabriquer des systèmes d’armement et à livrer des guerres. Cette activité n’est plus un moyen parmi d’autres de promouvoir l’intérêt national, comme l’a souligné Simone Weil, mais est devenue le seul et unique intérêt national.

Ces corporatistes et ces militaristes sont les ennemis des socialistes. Ils ont financé et mis sur pied des mouvements, au début du XXe siècle, qui exigeaient la mise en œuvre de réformes au sein même de ces structures capitalistes — et qui s’exprimaient avec le langage de la « politique du productivisme » en éludant le langage de la lutte des classes et en ne parlant que de croissance économique et de partenariat avec la classe capitaliste. La NAACP, par exemple, a été créée pour éloigner les Afro-Américains du parti communiste, la seule organisation radicale au début du XXe siècle qui ne pratiquait pas de discrimination. L’AFL-CIO (American Federation of Labour and Congress of Industrial Organizations) [ le principal regroupement syndical des Etats-unis] a été achetée (plus tard) par la CIA pour pousser à écraser et à supplanter les syndicats radicaux au plan national et international. L’AFL-CIO est aujourd’hui, comme la NAACP, victime de sa propre corruption et de sa sénilité bureaucratique. Ses leaders touchent des salaires mirobolants tandis que sa base qui s’amenuise est dépouillée de ses avantages et de toute protection. Les capitalistes n’ont plus besoin de ce qu’on qualifiait autrefois de syndicalisme « responsable » —  ce qui revenait à dire syndicalisme malléable. Et après que les capitalistes et les militaristes aient éliminé les mouvements radicaux et les syndicats, ils ont achevé ceux qui les avaient naïvement aidés à le faire. C’est pour cette raison que moins de 12 % de la population active de notre pays sont syndiqués et que nous avons des disparités de revenu si considérables et une situation de chômage et de sous-emploi chroniques. L’excédent de main-d’œuvre cherchant désespérément du travail et peu disposée à s’opposer aux patrons pour conserver un emploi est le rempart du capitalisme.

Les radicaux, tels que le syndicat « Industrial Workers of the World » (IWW), ou Wobblies, fondé en 1905 par Mother Jones et Big Bill Haywood, ont été détruit par l’état. Des agents mandatés par le ministère de la Justice ont effectué des descentes simultanées à travers le pays sur 48 lieux où se réunissaient des IWW et ont procédé à l’arrestation de 165 leaders syndicaux de l’IWW. Cent un d’entre eux ont été traduits en justice, dont Big Bill Haywood, et ont témoigné pendant trois jours. L’un des leaders s’est adressé à la cour en ces termes :

« Vous me demandez pourquoi l’IWW ne fait pas preuve de patriotisme envers les Etats-unis. Si vous étiez un clochard sans couverture, si vous aviez quitté votre femme et vos gosses pour aller chercher du boulot dans l’Ouest et que vous n’aviez jamais retrouvé leur trace; si votre boulot n’avais jamais duré suffisamment de temps pour que vous soyez habilité à voter; si vous dormiez dans une taudis infecte et peu accueillant, et que vous arriviez à vous en sortir en mangeant la nourriture la plus infâme qui soit;  si des shérifs criblaient de balles vos boîtes de conserves et renversaient votre bouffe par terre; si les patrons baissaient votre salaire à chaque fois qu’ils pensaient vous avoir soumis; si il y avait une loi pour Ford, Suhr et Mooney et une autre pour Harry Thaw; si chaque représentant de la loi, de l’ordre et de la nation vous tabassait, vous expédiait en prison, et que les bons chrétiens applaudissaient et les encourageaient, comment pourriez-vous imaginer qu’un homme subissant tout cela puisse faire preuve de patriotisme?

Cette guerre est une guerre de businessman et nous ne voyons pas pourquoi nous irions nous faire descendre dans le but de sauvegarder la charmante situation dont nous jouissons actuellement. »

Il fut un temps où les Wobblies organisaient des grèves réunissant des centaines de milliers de travailleurs et où ils prêchaient une doctrine de lutte des classes sans compromis. Il ne reste rien de tout cela. En 1912, le parti socialiste comptait 126 000 membres, 1200 postes administratifs dans 340 municipalités, 29 hebdomadaires en anglais et 22 dans d’autres langues ainsi que trois quotidiens en anglais et six dans d’autres langues. Dans ses rangs, on trouvait des métayers, des employés de l’industrie vestimentaire, des cheminots, des mineurs, des personnes travaillant dans l’hôtellerie, des dockers et des bûcherons. Lui aussi a été liquidé par l’état. Les leaders socialistes ont été emprisonnés ou expulsés. Les publications socialistes telles que « The Masses » et « Appeal to reason » furent interdites. L’assaut, renforcé plus tard par le Maccarthysme, nous a dessaisis du vocabulaire dont nous avons besoin pour comprendre cette réalité qui est la nôtre, pour décrire la guerre des classes que mènent contre nous nos oligarques corporatistes.

Nous renouerons avec ce militantisme, cet engagement sans faille envers le socialisme, sinon, le système que le philosophe politique Sheldon Wolin nomme « totalitarisme inversé » établira l’état sécuritaire et de surveillance le plus efficace de l’histoire de l’humanité, une sorte de néo-féodalisme. Nous devons cesser de dépenser notre énergie dans les campagnes de la politique dominante. Le jeu est truqué. Nous reconstruirons nos mouvements radicaux ou nous deviendrons les otages des capitalistes et des industries de guerre. La peur est le seul langage que comprend l’élite au pouvoir. Il en est ainsi de la sombre réalité de la nature humaine. C’est pourquoi Richard Nixon fut notre dernier président libéral. Nixon n’était pas un libéral [personnellement]. Il était dénué d’empathie et dépourvu de conscience. Mais il avait peur des mouvements. On n’effraie pas l’ennemi en se vendant. On effraie l’ennemi en refusant de se soumettre, en se battant pour sa vision et en s’organisant. Il ne nous appartient pas de prendre le pouvoir. Il nous appartient de construire des mouvements pour contrôler l’exercice du pouvoir. Sans ces mouvements, rien n’est possible.

« Vous obtiendrez la liberté en faisant savoir à votre ennemi que vous feriez tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir votre liberté; ce n’est qu’alors que vous l’obtiendrez », disait Malcom X. « Si vous agissez ainsi, ils vous traiteront de « Negro enragé » ou plutôt de « Noir enragé », car ils ne disent plus « Negro ». Ou bien ils vous qualifieront d’extrémiste ou de révolutionnaire ou de traître ou de rouge ou de radical. Mais si vous êtes suffisamment nombreux et que vous restez radicaux suffisamment longtemps, vous obtiendrez votre liberté. Ne cherchez donc pas à vous faire les amis de ceux qui vous privent de vos droits. Ce ne sont pas vos amis, non, ce sont vos ennemis. Traitez-les comme tels et combattez-les, et vous obtiendrez votre liberté ; et quand vous aurez obtenu votre liberté, votre ennemi vous respectera. Et je dis cela sans haine. Il n’y a pas de haine en moi. Je n’ai pas la moindre haine pour qui que ce soit. Mais j’ai du bon sens. Et je ne laisserai pas un homme qui me hait me dire de l’aimer ».

Le New Deal qui, selon les dires de Franklin Delano Roosevelt, membre fondateur de la classe oligarchique, a sauvé le capitalisme, a été mis en place en raison de la menace sérieuse que représentaient les socialistes qui étaient alors puissants. Les oligarques avaient compris qu’avec la chute du capitalisme — un état de fait que nous connaitrons, je le pense, de notre vivant — une révolution socialiste était vraiment possible. Ils étaient terrifiés à l’idée de perdre leur richesse et leur pouvoir. Roosevelt, dans une lettre à un ami en 1930, avait déclaré qu’il n’y avait « aucun doute pour moi qu’il soit temps que dans ce pays nous devenions plutôt radicaux pour au moins une génération. L’histoire montre que lorsqu’un tel phénomène se produit, les nations échappent aux révolutions ».

En d’autres termes, Roosevelt est allé voir ses amis oligarques et leur a demandé de lui remettre un peu de leur argent s’ils ne voulaient pas perdre tout leur argent dans une révolution. Et ses amis capitalistes se sont exécutés. Et c’est ainsi que le gouvernement a créé 15 millions d’emplois, la sécurité sociale, les allocations chômage et les projets de travaux publics.

George Bernard Shaw l’avait bien compris dans sa pièce « Major Barbara ». Le plus grand des crimes c’est la pauvreté. C’est le crime que tout socialiste est en devoir d’éradiquer. Ainsi qu’écrivait Shaw :

« Tous les autres crimes sont des vertus en comparaison ; tous les autres déshonneurs ne sont que galanterie à côté. La pauvreté ravage toutes les villes, répand de terribles pestilences, foudroie l’âme même de quiconque s’en approche de suffisamment près pour la voir, l’entendre et la sentir. Ce que vous appelez crime n’est rien : un meurtre par ci et un larcin par-là, un coup par ci et une malédiction par là. Quelle importance ont-ils? Ce ne sont là que des accidents et des troubles courants de l’existence ; Il n’y a pas cinquante véritables criminels à Londres. Mais il existe des millions de gens pauvres, de gens pitoyables, de gens sales, mal nourris et mal vêtus. Ils nous empoisonnent moralement et physiquement ; ils tuent le bonheur de la société ; ils nous contraignent à supprimer nos propres libertés et à élaborer des cruautés contre nature de peur qu’ils ne se soulèvent contre nous et qu’ils ne nous entraînent au fond de leur abîme. Seuls les idiots craignent le crime ; nous craignons tous la pauvreté ».

Nous devons cesser de compter pour notre salut sur des dirigeants forts. Les gens forts, comme l’a dit Ella Baker, n’ont pas besoin de dirigeants forts. Les hommes politiques, même les bons, jouent le jeu du compromis et sont trop souvent séduits par les privilèges du pouvoir. Sanders, autant que je sache, a débuté sa vie politique en tant que socialiste dans les années 60, alors que cela constituait à peine une position politique audacieuse, mais s’est rapidement aperçu qu’il n’allait pas bénéficier d’un siège s’il demeurait socialiste. Il veut son ancienneté au Sénat. Il veut sa présidence du comité. Il veut pouvoir conserver son siège sans être contesté. C’était un calcul judicieux sur le plan politique. Mais ce faisant, il nous a sacrifiés.

Jeremy Corbyn, le nouveau chef du parti travailliste [britannique], nous offre exemple différent. Il a été marginalisé au sein de son propre parti pendant trois décennies parce qu’il est resté fidèle aux principes centraux du socialisme. Et tandis que le mensonge du néolibéralisme, défendu par les deux partis dirigeants, devenait apparent, les gens ont su à qui ils pouvaient accorder leur confiance. Corbyn n’a jamais manoeuvré pour faire évoluer sa carrière. Et c’est pourquoi l’establishment a si peur de lui. Ils savent qu’il ne leur est pas possible de suborner Corbyn, pas plus qu’il n’était possible de suborner Mother Jones ou Big Bill Haywood. L’intégrité et le courage sont des armes puissantes. Nous devons apprendre à les utiliser. Nous devons défendre ce en quoi nous croyons. Et nous devons accepter les risques voire le ridicule qui accompagnent cette prise de position. Nous ne nous imposerons d’aucune autre manière.

En tant que socialiste je ne me préoccupe pas de ce qui est opportun et de ce qui est populaire. Je me préoccupe de ce qui est juste. Je me préoccupe de rester fidèle aux idéaux fondamentaux du socialisme, ne serait-ce que pour préserver la pérennité de cette option pour les générations futures. Et ces idéaux sont les seuls qui rendront possible l’avènement d’un monde meilleur.

Si vous n’appelez pas à un embargo sur les armes ainsi qu’au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas le démantèlement de notre establishment militaire, qui orchestre la surveillance systématique par le gouvernement de chaque citoyen et stocke toutes nos données personnelles à perpétuité dans les banques informatiques du gouvernement, et si vous n’abolissez pas l’industrie de l’armement tournée vers le profit, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’appelez pas à la poursuite judiciaire de ces leaders, y compris George W. Bush et Barack Obama, qui s’engagent dans des actes agressifs de guerre préventive, ce qui constitue un acte criminel au regard des lois de Nuremberg, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne vous tenez pas aux côtés des opprimés à travers le monde vous n’êtes pas socialiste. Les socialistes ne trient pas sur le volet qui, parmi les opprimés, il est de bon ton de soutenir. Les socialistes comprennent que vous devez vous tenir aux côtés de tous les opprimés ou d’aucun d’eux, qu’il s’agit là d’un combat à l’échelle mondiale pour la survie contre une tyrannie corporatiste à l’échelle mondiale. Nous vaincrons lorsque nous serons unis, que nous percevrons le combat des travailleurs de Grèce, d’Espagne et d’Égypte comme étant notre propre combat.

Si vous n’exigez pas le plein emploi et la syndicalisation des milieux professionnels vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas un système de transports collectifs peu coûteux, particulièrement dans les quartiers pauvres, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas un système de santé universel à payeur unique et l’interdiction des corporations de soins de santé à but lucratif, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne portez pas le salaire minimum à 15 dollars de l’heure vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas disposé à accorder un revenu hebdomadaire de 600 dollars aux chômeurs, aux handicapés, aux parents au foyer, aux personnes âgées et à ceux qui ne sont pas en mesure de travailler vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’abrogez pas les lois anti-syndicales, comme le « Taft-Hartley Act » (loi de 1947 qui régit les relations entre syndicat et patronat), et les accords de libre-échange internationaux comme le TAFTA, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne garantissez pas une pension de retraite à tous les américains, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’appuyez pas l’octroi d’un congé maternité de deux ans, ainsi que la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire et d’avantages sociaux, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne supprimez pas le « Patriot Act » et la section 1021 du « National Defense Authorization Act » (loi sur l’autorisation de défense nationale) ainsi que l’espionnage des citoyens par le gouvernement et l’incarcération de masse, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne mettez pas en place des lois interdisant toute forme de violence masculine contre les femmes et qui criminaliseraient le proxénétisme et la traite des prostituées sans criminaliser les victimes exploitées, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas pour le droit des femmes de contrôler leur propre corps, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas pour l’égalité totale de notre communauté LGBT, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne déclarez pas que le réchauffement climatique est une urgence nationale et mondiale et que pour sauver la planète, il faudra réinvestir dans les énergies renouvelables à travers des investissements publics et mettre un terme à notre dépendance aux énergies fossiles, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne nationalisez pas les services publics, dont les chemins de fer, les compagnies énergétiques et les banques, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne soutenez pas des aides financières gouvernementales pour les arts et la radiodiffusion publique en vue de créer des lieux où la créativité, l’expression libre et les voix dissidentes puissent être vues et entendues, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’annulez pas notre programme d’armement nucléaire pour construire un monde sans nucléaire, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne démilitarisez pas notre police, c’est-à-dire que la police ne portera plus d’armes lorsqu’elle patrouillera dans nos rues mais dépendra d’unités spéciales armées qui n’interviendront qu’au cas par cas, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne soutenez pas des programmes de formation et de réhabilitation gouvernementaux destinés aux pauvres et aux prisonniers, ainsi que l’abolition de la peine de mort, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’accordez pas la pleine citoyenneté aux travailleurs sans papiers, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne décidez pas un moratoire sur les saisies immobilières, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’offrez pas la gratuité scolaire de la petite enfance à l’université et que vous n’effacez pas toutes la dette étudiante, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne fournissez pas de soins psychiatriques gratuits et gérés par l’état, particulièrement à ceux qui sont enfermés dans nos prisons, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne démantelez pas notre empire et que vous ne rapatriez pas nos soldats et nos Marines, vous n’êtes pas socialiste.

Les socialistes ne sacrifient pas les faibles et les vulnérables, surtout les enfants, sur l’autel du profit.  Et la mesure d’une société prospère pour un socialiste ne se fait pas en fonction du PNB ou des hausses de la Bourse mais du droit de chacun, surtout des enfants, de ne jamais se coucher le ventre vide, de vivre en sécurité, d’être nourri et instruit et de grandir pour s’épanouir.

Le travail n’est pas uniquement une question de salaire. C’est aussi une question de dignité et d’estime de soi.

Je ne fais pas preuve de naïveté quant aux forces déployées contre nous. Je connais la difficulté de notre lutte. Mais nous ne réussirons jamais si nous tentons de composer avec les structures du pouvoir actuelles. Notre force réside dans notre fermeté et notre intégrité. Elle réside dans notre aptitude à nous tenir à nos idéaux ainsi qu’à notre détermination à nous dévouer pour ces idéaux. Nous devons refuser de coopérer. Nous devons marcher au son d’une musique différente. Nous devons nous rebeller. Et nous devons comprendre que la rébellion ne s’effectue pas pour ce qu’elle accomplit mais pour qui elle nous permet de devenir. La rébellion, dans cette sombre époque, nourrit l’espoir et la capacité d’aimer. La rébellion doit devenir notre vocation.

« Vous ne devenez pas « dissident » uniquement parce que vous avez un beau jour décidé de vous engager dans cette voie fort insolite », disait Vaclav Havel quand il combattait le régime communiste en Tchécoslovaquie. Vous y êtes amené par votre sens des responsabilités conjugué à un ensemble complexe de circonstances extérieures. Vous êtes banni des structures existantes et placé dans une position de conflit vis-à-vis de ces mêmes structures. Cela commence par une tentative de faire votre travail correctement et puis vous finissez par être considéré comme un ennemi de la société. …Le dissident ne joue absolument aucun rôle dans le domaine du pouvoir proprement dit. Il ne recherche pas le pouvoir. Il n’a nullement l’intention de briguer un poste et de recueillir des voix. Il ne cherche pas à séduire le public. Il n’offre rien et ne promet rien. Il peut offrir — à tout le moins — sa propre peau et cela uniquement parce qu’il ne dispose pas d’un autre moyen de faire entendre la vérité qu’il défend. Ses actions ne font qu’articuler sa dignité en tant que citoyen, quel que soit le prix à payer. »

Ces forces néolibérales sont en train de détruite la terre à toute vitesse. Les calottes polaires et les glaciers fondent. Les températures et le niveau des mers s’élèvent. Des espèces disparaissent. Des inondations, des ouragans monstrueux, des méga-sécheresses et des incendies de forêts ont commencé à dévorer la planète. Les grandes migrations de masse prévues par les scientifiques ont commencé. Et même si nous mettions fin à toutes les émissions de CO2 aujourd’hui, nous subirions quand même les conséquences catastrophiques du changement climatique. Et surgissant de ce monde en désintégration, apparaît la violence nihiliste caractéristique des sociétés qui s’effondrent — des tueries de masse sur notre sol et des persécutions religieuses, des décapitations et des exécutions commises par des individus que le néolibéralisme et la mondialisation ont diabolisés, attaqués et réduits à l’état de déchets humains.

Je ne peux vous promettre que nous allons gagner. Je ne peux même pas vous promettre que nous allons survivre en tant qu’espèce. Mais je peux vous promettre que défier ouvertement et de manière constante le capitalisme mondial et les marchands de la mort, tout en construisant un mouvement socialiste, constitue notre seul espoir. Je suis parent, comme beaucoup d’entre vous. Nous avons trahi nos enfants. Nous avons gâché leur avenir. Et si nous nous soulevons, même si nous échouons, les générations futures, particulièrement ceux qui nous sont chers, pourront dire que nous avons essayé, que nous nous sommes dressés et que nous nous sommes battus pour leur survie. L’appel à la résistance, qui ne se fera pas sans désobéissance civile et sans emprisonnement, est finalement un appel à la moralité. La résistance ne réside pas dans ce que nous accomplissons mais dans ce qu’elle nous permet de devenir. Finalement, je ne combats pas les fascistes parce que je vais les vaincre. Je combats les fascistes parce que ce sont des fascistes.

Chris Hedges


Traduction: Héléna Delaunay

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