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Le problème des énergies soi-disant « renouvelables » (par Kim Hill)

Article initialement publié (en anglais) le 25 juin 2014 à l'adresse suivante.

10 choses que les écolo­gistes devraient savoir sur les éner­gies renou­ve­lables :

1. Les panneaux solaires et les éoliennes ne sont pas faits à partir de rien. Ils sont faits de métaux, de plas­tiques, de produits chimiques. Ces produits ont été extraits du sol, trans­por­tés, trai­tés, mani­pu­lés. Chacun de ces proces­sus laisse derrière lui une trai­née dévas­ta­trice : destruc­tion d’ha­bi­tat, conta­mi­na­tion de l’eau, colo­ni­sa­tion [ou néo-colo­ni­sa­tion, aussi appe­lée mondia­li­sa­tion, etc. NdT], déchets toxiques, travail forcé [escla­vage ou servi­tude moderne, NdT], émis­sions de gaz à effet de serre, guerres et profits corpo­ra­tistes. Les « renou­ve­lables » ne pour­ront jamais rempla­cer l’in­fra­struc­ture fossile, dans la mesure où elles en sont entiè­re­ment dépen­dantes.

NdT : 1. L’industrie des panneaux solaires, pour prendre en exemple l’industrie perçue comme la plus « propre », requiert, entre autres, les matériaux suivants, dont certains correspondent aux fameuses terres rares, listés en avril 2016 par le site Resource Investor : l’arsenic (semi-conducteur), l’aluminium, le bore (semi-conducteur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photovoltaïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photovoltaïques), le gallium, l’indium (utilisé dans les cellules photovoltaïques), le minerai de fer (acier), le molybdène (utilisé dans les cellules photovoltaïques), le phosphore, le sélénium, le silicium, l’argent, le tellure et le titane.

2. A propos des conséquences des extractions de terres rares, nous vous conseillons de lire cet article du Monde, intitulé « En Chine, les terres rares tuent des villages ». Vous pouvez aussi visionner les images d'un photoreportage de terrain effectué par Veronique de Viguerie.

2. La majeure partie de l’élec­tri­cité géné­rée par les « renou­ve­lables » est utili­sée pour la fabri­ca­tion en usine, l’ex­trac­ti­visme, et d’autres indus­tries qui détruisent la planète. Même si la géné­ra­tion de l’élec­tri­cité était inof­fen­sive, sa consom­ma­tion, elle, ne l’est certai­ne­ment pas. Chaque appa­reil élec­trique, lors du proces­sus de produc­tion, laisse derrière lui cette même traî­née de destruc­tions. Les commu­nau­tés vivantes — forêts, rivières, océans — se changent en marchan­dises inertes.

NdT : De l’énergie pour charger des smartphones, des ordinateurs portables, des fours micro-ondes, des consoles de jeux vidéo, et tout l’appareillage moderne toxique et antiécologique, ça n’a rien de souhaitable. Jusqu'à preuve du contraire, la production industrielle d'énergie à partir des technologies soi-disant vertes (barrages, biomasse, hydrolien, éolien, solaire) ne sert qu'à injecter plus d'électricité dans une économie dont tous les aspects sont anti-écologiques, dont les produits industriels et high-tech (dont la production, l'utilisation et la maintenance sont autant de nuisances environnementales) requièrent toujours plus d'extractions minières, de pillages des ressources planétaires et donc de détraquements d'écosystèmes. En d'autres termes, la focalisation de la question écologique sur la seule problématique de la production énergétique permet de dissimuler l’ampleur de ce qui pose réellement problème : toutes les productions industrielles sont polluantes, toutes sont toxiques, toutes sont insoutenables (de l’industrie chimique, à l’industrie textile, en passant par les industries agricole, automobile, électro-informatique, du jouet, de l’armement, cosmétique, etc.). C'est-à-dire que même si la production énergétique soi-disant « verte » (les « renouvelables ») était réellement écologique (ce qu’elle n’est absolument pas et ce qu’elle ne peut pas être), seule une infime partie d’un problème colossal et grandissant serait résolue.

3. La conver­sion d’une géné­ra­tion conven­tion­nelle de courant vers les renou­ve­lables vise à main­te­nir le système qui est actuel­le­ment en train d’anéan­tir le monde vivant, nous tuant tous avec, au rythme de 200 espèces par jour. Ôter les émis­sions de carbone de l’équa­tion ne revient pas à le rendre soute­nable [la civi­li­sa­tion indus­trielle présente une liste quasi infi­nie et toujours en expan­sion de problèmes écolo­giques, la simple géné­ra­tion de son élec­tri­cité n’en est qu’un parmi eux, NdT]. Ce système ne doit pas être soutenu, il doit être arrêté.

4. Les humains, et tous les êtres vivants, obtiennent leur éner­gie grâce aux plantes et aux animaux. Seul le système indus­triel a besoin d’élec­tri­cité pour survivre, et la nour­ri­ture et l’ha­bi­tat de tous se retrouvent sacri­fiés pour ses besoins. Les terres arables et les forêts sont submer­gées, non seule­ment par l’in­fra­struc­ture elle-même, mais par les mines, les trai­te­ments et les rejets qui les accom­pagnent. Garan­tir la sécu­rité éner­gé­tique de l’in­dus­trie néces­site de saper la sécu­rité éner­gé­tique de tous les êtres vivants (ça, c’est nous).

5. Les éoliennes et les panneaux solaires génèrent peu voire aucune éner­gie nette (retour éner­gé­tique). La quan­tité d’éner­gie utili­sée pour l’ex­trac­tion, la fabri­ca­tion, la recherche et le déve­lop­pe­ment, le trans­port, l’ins­tal­la­tion, la main­te­nance et le trai­te­ment de ces tech­no­lo­gies est quasi­ment égale à — et parfois supé­rieure à — la quan­tité d’éner­gie qu’elles produi­ront. Les « renou­ve­lables » ont été quali­fiées de stra­ta­gème de blan­chi­ment d’argent : de l’éner­gie sale rentre, de l’éner­gie propre en ressort. (Bien que tout cela soit vrai­ment hors-sujet ; en effet, peu importe la quan­tité d’éner­gie qu’elles génèrent, cela ne justi­fie pas la destruc­tion du monde vivant).

6. Les subven­tions des éner­gies « renou­ve­lables » utilisent l’argent du contri­buable et le donnent direc­te­ment aux corpo­ra­tions. L’in­ves­tis­se­ment dans les renou­ve­lables est haute­ment profi­table. Gene­ral Elec­tric, BP, Samsung et Mitsu­bi­shi [et Total, et Vinci, etc., NdT] tirent profit des « renou­ve­lables », et inves­tissent ces profits dans leurs autres acti­vi­tés commer­ciales. Lorsque les écolo­gistes font confiance aux corpo­ra­tions en ce qui concerne ce qui est bon pour l’en­vi­ron­ne­ment, quelque chose a vrai­ment foiré.

7. Plus de « renou­ve­lables » ne signi­fie pas moins d’éner­gie conven­tion­nelle, ou moins d’émis­sions de carbone, cela entraine plutôt un accrois­se­ment de la produc­tion éner­gé­tique totale. Bien peu de centrales à gaz et à char­bon ont été déman­te­lées en raison de la progres­sion des renou­ve­lables.

NdT : Au contraire, toujours plus de centrales à charbon sont en construction, ainsi que des centrales nucléaires. Il n'y a pas de transition énergétique, c'est un mythe, exposé, entre autres, par Jean-Baptiste Fressoz dans son texte « Pour une histoire désorientée de l'énergie », dont voici un extrait :

« La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au 20ème siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative. »

8. 20% seule­ment de l’éner­gie consom­mée mondia­le­ment l’est sous forme d’élec­tri­cité. Le reste corres­pon­dant au pétrole et au gaz. Même si toute l’élec­tri­cité du monde pouvait être produite sans émis­sions de carbone (ce qui n’est pas possible), cela ne rédui­rait les émis­sions totales que de 20%. Cela n’au­rait, de plus, qu’un faible impact, étant donné que la quan­tité d’éner­gie consom­mée mondia­le­ment augmente expo­nen­tiel­le­ment.

9. Les panneaux solaires et les éoliennes ont une durée de vie comprise entre 20 et 30 ans, puis doivent être reti­rés et rempla­cés. Le proces­sus de produc­tion, d’ex­trac­tion, de pollu­tion et d’ex­ploi­ta­tion ne se produit pas qu’une seule fois, mais est continu et en expan­sion.

10. Les réduc­tions d’émis­sions que les éner­gies « renou­ve­lables » sont censées entraî­ner pour­raient faci­le­ment voir le jour en amélio­rant l’ef­fi­ca­cité des centrales à char­bon exis­tantes, et à un coût bien plus bas. Ce qui montre bien que la tota­lité de l’in­dus­trie des « renou­ve­lables » n’est rien de plus qu’un accrois­se­ment de béné­fices ne profi­tant à personne d’autre qu’aux inves­tis­seurs.


Traduc­tion: Nico­las Casaux

Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay

NdT : Pour complé­ter cette mise au point sur les soi-disant éner­gies « renou­ve­lables », en plus de n’avoir rien d’éco­lo­giques, détaillons succinc­te­ment en quoi les grands projets indus­triels d’im­plan­ta­tion de centrales solaires ou de parcs éoliens (ou de barrages ou de centrales à biomasse) sont le fait de grands groupes indus­triels possé­dant parfois, pour ne pas dire très souvent, des parts dans l’in­dus­trie des combus­tibles fossiles, ou du nucléaire, et/ou dans d’autres secteurs indus­triels haute­ment polluants (ce qui relève du pléo­nasme, connais­sez-vous une seule indus­trie qui ne soit pas polluante ?!).

Quelques exemples : à commen­cer par la toute nouvelle centrale solaire du groupe Adani, la plus grande du monde (648 MW!), située en Inde, à Kamu­thi, dans le Tamil Nadu ; le « Adani Group » est un conglo­mé­rat multi­na­tio­nal indien actif, entre autres, dans la produc­tion d’élec­tri­cité, à partir de char­bon notam­ment, dans les termi­naux portuaires, la logis­tique, et l’agro­bu­si­ness, dirigé par Gautam Adani. En bien­fai­teur de l’hu­ma­nité, Gautam Adani (10ème fortune d’Inde) tente actuel­le­ment (fin 2016 le système juri­dique austra­lien lui donnait raison contre une orga­ni­sa­tion de défense de l’en­vi­ron­ne­ment) de déve­lop­per un projet de méga-mine de char­bon, en Austra­lie (qui risque­rait d’im­pac­ter la Grande Barrière de Corail, en passant). Il possède égale­ment des mines en Inde et en Indo­né­sie.

Le 30 novembre 2016, Le Monde publiait un article inti­tulé « Ouver­tures en série de centrales solaires au Séné­gal », ou l’on apprend que :

Douze jours à peine après avoir lancé, le 22 octobre, Senergy 2, la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest avec 75 000 panneaux photo­vol­taïques produi­sant 20 méga­watts (MW), voilà qu’une nouvelle centrale, riche de 11 000 panneaux supplé­men­taires et produi­sant 22 MW d’éner­gie solaire, voit le jour à l’ouest du pays [à Mali­counda]. […]

Ce qu’il faut savoir, c’est que la centrale Senergy 2 a été construite par Vinci Ener­gies (vous connais­sez sûre­ment le groupe Vinci, pas besoin de détailler), et que la centrale de Mali­counda a été rache­tée par la China Gene­ral Nuclear Power Corpo­ra­tion (CGNPC), une entre­prise majeure de l’in­dus­trie nucléaire en Chine.

Aux États-Unis, en Géor­gie, sur la base mili­taire de Fort Benning, la construc­tion d’une centrale solaire d’une capa­cité de 30MW vient de débu­ter. Un projet élaboré par la compa­gnie Geor­gia Power, une filiale de la Southern Company — une corpo­ra­tion du secteur éner­gé­tique états-unien, dont les prin­ci­pales acti­vi­tés sont la produc­tion, le trans­port et distri­bu­tion de l’élec­tri­cité, prin­ci­pa­le­ment dans le Sud-Est des US, qui possède des centrales hydro­élec­trique, au mazout, au gaz natu­rel, au char­bon ainsi que des centrales nucléaires, qui est notoi­re­ment connue pour son finan­ce­ment des climato-scep­tiques, et qui, selon les esti­ma­tions du Center for Global Deve­lop­ment, est « l’en­tre­prise améri­caine du secteur de l’élec­tri­cité qui émet le plus de gaz à effet de serre » — en asso­cia­tion avec l’US Army, et d’autres orga­nismes fédé­raux ou étatiques.

Aux États-Unis toujours, la deuxième plus grande centrale solaire du monde (qui est passée deuxième avec la construc­tion en Inde de celle du groupe Adani) appar­tient au groupe Berk­shire Hatha­way, un conglo­mé­rat et une société d’in­ves­tis­se­ment états-unienne, diri­gée par Warren Buffett et Char­lie Munger, qui compte Bill Gates à son direc­toire, et qui est, selon le Forbes Global 2000, la quatrième entre­prise mondiale (on ne va pas détailler plus, vous compre­nez bien qu’elle possède des inves­tis­se­ments dans à peu près tout).

En France, coco­rico, un petit exemple : le 9 décembre 2016, Basta Mag nous rappor­tait que « des élus s’ap­prêtent à auto­ri­ser la construc­tion d’un nouvel inci­né­ra­teur géant à Ivry, aux portes de Paris. Coût du projet : 2 milliards d’eu­ros, qui béné­fi­cie­ront prin­ci­pa­le­ment aux multi­na­tio­nales Vinci et Suez ! […] Peu importe ces dépenses et les émis­sions supplé­men­taires de parti­cules fines si elles se font au nom de la “valo­ri­sa­tion éner­gé­tique” des déchets… »

Pour aller plus loin:

Éoliennes, Terres rares et désastre envi­ron­ne­men­tal : une vérité qui dérange (même les ONG)!

Le déve­lop­pe­ment durable est en train de détruire la planète ! (par Kim Hill)

Les « renou­ve­lables » alimentent aussi le désastre écolo­gique et social : l’exemple des Toke­lau

Comment tout peut s’ef­fon­drer – La fin des éner­gies indus­trielles (et le mythe des renou­ve­lables)

Les illu­sions vertes ou L’art de se poser les mauvaises ques­tions (par Ozzie Zehner)

Le mythe des éner­gies renou­ve­lables (par Derrick Jensen)

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