web analytics

COP 21 : trop peu, trop tard ? (par Dahr Jamail)

Article original publié en anglais sur le site de Dahr Jamail, le 23 novembre 2015.
Dahr Jamail est un journaliste indépendant qui couvre les événements du Moyen Orient depuis plus de cinq ans, et qui a passé un certain temps en Irak. Il écrit actuellement pour des rares journaux encore indépendants ce qui lui a valu de nombreuses distinctions, dont le prix de journalisme Martha Gelhorn en 2008, la bourse décernée par la Fondation Lannan (Lannan Foundation Writing Residency Fellowship), le Prix de journalisme pour la justice sociale James Aronson, le Prix au courage civique Joe A. Callaway et quatre prix Projet censuré. Il est l’auteur de Beyond the Green Zone : Dispatches from an Independent Journalist in Occupied Iraq, et Military Resisters : Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afghanistan.


“Mais c’est ici, à la source de la rivière, au pied des cimes enneigées, et de la chute d’eau qui gronde sur le lac magique, que je passerai d’un monde à l’autre”

Peter Matthiessen

Dans le livre “La panthère des neiges”, le voyage de Peter Matthiessen dans l’Himalaya népalais dans le but d’observer une panthère des neiges n’est que la partie émergée de son voyage intérieur. La nature, et nos expériences en et avec elle, sont, selon moi, le reflet de nous-mêmes le plus clair que nous pourrions souhaiter.

J’ai dit à mon père que je relisais ce livre, et il m’a répondu: “J’ai adoré ce livre. C’était une époque, à cet endroit du monde, où les choses étaient encore intactes, avant que le tourisme n’apporte le genre de gens qui n’auraient jamais dû polluer cet environnement sacré.”

Tout en étant d’accord avec lui, je lui racontais ce en quoi j’avais toujours cru, ou ce en quoi j’avais toujours voulu croire: qu’il y a toujours de tels endroits intacts à trouver — c’est juste qu’il nous faut voyager plus loin, jusqu’aux “marges” pour les trouver.

J’adorerais que cela soit possible, mais je sais que ça ne l’est plus. Plus maintenant, étant donné ce qu’a fait et ce que fait la société de croissance industrielle à la planète. Il n’y a plus un seul endroit sur terre ou dans l’atmosphère ou dans les profondeurs océaniques où l’empreinte toxique de l’industrie n’ait laissé sa marque indélébile.

Durant la première semaine de décembre, des délégations de presque 200 pays convergeront à Paris pour la 21ème Conférence des Parties (COP21) sur le climat. On dit d’elle, comme des dernières, qu’elle est la plus importante conférence climatique de tous les temps. Le but, qui était le même lors des précédentes COP, est de parvenir à un accord entre gouvernements, visant à faire baisser les émissions de dioxyde de carbone, afin de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius au-dessus de la température de référence, préindustrielle.

Mais cette limite résulte d’un accord politique, elle ne se base pas sur la science.

Le célèbre climatologue James Hansen, et nombre d’autres scientifiques ont d’ores et déjà démontré qu’un réchauffement climatique d’1 degré Celsius de plus que la température de référence préindustrielle était suffisant pour entrainer des boucles d’emballement climatique, des évènements météorologiques extrêmes et une montée désastreuse du niveau des océans.

De plus, le bureau météorologique britannique a expliqué que la température moyenne de cette année avait déjà dépassé cette limite d’1 degré Celsius.

Bien avant les négociations parisiennes, l’ONU avait annoncé que la quantité de dioxyde de carbone déjà émise dans l’atmosphère garantissait un réchauffement d’au moins 2.7 degrés Celsius, et cela, même si les pays mettaient en place leurs promesses de réductions d’émissions. Par conséquent, la limite de 2 degrés Celsius est d’ores-et-déjà inatteignable. Cependant, tout comme les élections nationales aux USA continuent à maintenir l’illusion de la démocratie, et de la légitimité de la représentation de “Nous, le peuple” à Washington D.C., les illusions doivent être préservées lors de la COP21.

D’où l’objectif bidon de 2 degrés Celsius qui continue à être discuté. Pendant ce temps-là, la planète brûle.

Le bureau météorologique du Japon a annoncé que le mois de septembre dernier était, de loin, le plus chaud des mois de septembre jamais enregistrés, et les archives montrent actuellement que le mois d’octobre dernier est aussi le plus chaud des mois d’octobre enregistrés. Dans l’ensemble, 2015 est très bien partie pour être l’année la plus chaude jamais enregistrée.

Comme pour placer un point d’exclamation sur toute ces informations, les niveaux atmosphériques de dioxyde de carbone ont dépassé un nouveau record, en atteignant les 400 parties par million, début 2015 — une augmentation de 45% par rapport aux niveaux préindustriels.

Les évènements météorologiques extrêmes engendrés par la perturbation anthropique du climat (PAC) abondent ces derniers mois.

L’ouragan Patricia a saccagé la côte Ouest du Mexique, devenant l’ouragan le plus puissant jamais enregistré, avec des vents soutenus atteignant les 320 km/h.

Le Yémen a été frappé, pour la première fois de son histoire, par un ouragan, qui a au passage déversé  la quantité d’une  décennie de pluies en à peine deux jours. Comme si cela ne suffisait pas pour faire comprendre l’importance de la PAC dans la multiplication des évènements météorologiques mondiaux, moins d’une semaine après, le second ouragan de l’histoire du Yémen a frappé ses côtes, apportant des vents de force ouragan, des pluies torrentielles, des inondations- éclair et des morts.

Le phénomène climatique El Niño, boosté par la PAC, a apporté des tempêtes, qui, en octobre, ont ravagé le sud de la Californie. Ces tempêtes record dans le Désert des Mojaves et les montagnes du Sud de cet État, ont entrainé des coulées de boues massives sur les autoroutes principales, qui ont recouvert des centaines de véhicules, avec une hauteur de boue atteignant les 6 mètres; des automobilistes y ont passé la nuit. Les pluies de ces tempêtes, qui, en certains endroits, ont déversé plus de 4,59 cm d’eau en à peine 30 minutes, ont été décrites par le service météorologique national comme “un évènement qui se produit tous les 1000 ans”.

Entretemps, un rapport récent démontre que les chaines alimentaires marines sont au bord de l’effondrement en raison des impacts de la PAC, la surpêche et la pollution. La PAC anéantit littéralement des espèces dans les récifs coralliens, en pleine mer, dans les eaux de l’Arctique et de l’Antarctique, et dans les tropiques.

En plus de cela, un nouveau rapport révèle que le blanchiment et les maladies se combinent, et détruisent le plus important des récifs coralliens des USA, un récif de 240 km, au large des côtes de la Floride. Selon l’Administration nationale des affaires océaniques et atmosphériques, il s’agit du troisième récif corallien le plus important de la planète.

Une étude cruciale de chercheurs australiens récemment publiée dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), intitulée “Altération mondiale du fonctionnement de l’écosystème océan en raison de l’augmentation des émissions de CO2 par l’être humain”, nous avertit : “la simplification [= recul marqué de la biodiversité, NdE] future de nos océans a des conséquences très profondes sur notre mode de vie actuel, particulièrement pour les populations côtières, et celles qui dépendent de l’océan pour la nourriture et le commerce”.

C’est un rapport scientifique de plus qui montre que la PAC est, littéralement, en train d’anéantir la vie océanique de la planète.

À propos de cela, une étude récemment publiée dans la revue The Anthropocene Review nous rappelle un fait peu réjouissant, que d’autres études, examinées par des pairs, ont confirmé: nous vivons bien à l’ère de la sixième extinction de masse, que nous avons nous-mêmes déclenchée.

Et lorsque nous observons les rapports sur ce qui s’est passé ce dernier moi, sur la planète, tous les signes semblent l’indiquer.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12326.jpg

Progression de la fonte de la glace arctique


La Terre

Les signes de la PAC dans ce secteur de la planète continuent à être flagrants.

Dans la région du Pacifique Sud, plus d’un tiers de la population totale de Papouasie Nouvelle-Guinée souffre de la pire sécheresse de ce siècle. Près de 2.5 millions de personnes doivent, dans ce pays, faire avec un manque d’eau et de nourriture critique, et la sécheresse durera apparemment jusqu’à mars 2016.

Dans le Sud-Est de l’Alaska, des communautés natives luttent pour continuer à récolter leur nourriture traditionnelle en raison des impacts de la PAC dans cette région. Du hareng aux myrtilles, en passant par les crustacés, nombre de plantes et d’animaux originels de la région disparaissent.

Au Canada, non loin de là, ainsi qu’à travers l’Alaska, une bonne partie du Nord des USA, la Scandinavie et l’Eurasie, les immenses forêts boréales, qui représentent plus d’un tiers du couvert forestier de la planète, connaissent un grave déclin en raison de la PAC. Cela s’explique par la fonte du permafrost qui entraine des feux de forêts, par les assauts d’insectes qui ravagent les arbres, et par le déplacement des zones climatiques qui est 10 fois plus rapide que la vitesse de migration des forêts. Ces forêts sont également décimées par la déforestation, et les forages pétroliers et gaziers.

Une récente étude suggère qu’aux USA, nous devrions développer de nouveaux modèles de conservation et de préservation de nos parcs nationaux. L’approche traditionnelle visant à isoler des terres pour protéger la biodiversité ne suffit plus, étant donné que les impacts de la PAC comme les sécheresses, les infestations d’insectes et les incendies ne respectent pas les limites des parcs.

Dans la même veine, la très rare panthère des neiges du fameux livre de Matthiessen est maintenant encore plus en danger d’extinction en raison de la PAC, à mesure que l’élévation des températures continue à faire rétrécir son habitat.

A travers la planète, la PAC fait également rétrécir l’habitat d’oiseaux parmi les plus rares d’Hawai’i, dont le Tangara jaune, selon un rapport récent. On s’attend à ce que l’habitat de cet oiseau ait entièrement disparu d’ici la fin du siècle.

Plus au Sud, dans les climats plus froids, le manchot royal a connu un déclin de population de 34% en raison des températures extrêmement chaudes des eaux normalement froides de cet environnement du Sud océanique, sur la dernière année. Le climat changeant les force à nager plus loin pour de la nourriture, et nombre d’entre eux finissent par mourir de faim.

La sécheresse continue à tourmenter d’immenses pans de la planète à mesure des progrès de la PAC.

En Éthiopie, la pire sécheresse de la décennie dévaste le secteur agricole du pays, dont dépendent la plupart des gens pour leur subsistance.

Ayant pris du recul sur les sécheresses du monde, l’ONU a récemment annoncé qu’elle s’attendait à ce qu’au moins 50 millions de gens deviennent des réfugiés au cours des 5 prochaines années, puisque leurs terres se changeront littéralement en désert.

L’Eau

Comme d’habitude, les preuves d’impacts de la PAC abondent dans les royaumes aquatiques de la planète.

La Californie fait face à un futur qui apportera deux fois plus de sécheresses et trois fois plus d’inondations, selon une récente étude publiée dans la revue Nature Communications. Bien sûr, l’État est déjà très occupé par les désastreuses sécheresses et inondations actuelles — et à moins que des changements drastiques n’aient lieux, ces schémas météorologiques ne feront qu’empirer.

En regardant la perte actuelle de glace à travers le globe, une étude réalisée par des scientifiques australiens et néo-zélandais, publiée dans la revue Nature, explique que la planète va être piégée par la montée irréversible du niveau des mers, pour des millénaires, en raison de la fonte de l’Antarctique, dans la mesure où l’élévation des températures d’à peine 1.5 ou 2 degrés Celsius fera fondre la glace. Rappelez-vous que l’ONU a d’ores et déjà annoncé qu’un réchauffement de 2.7 degrés Celsius était déjà garanti, même si les pays tenaient les promesses qu’ils apportent à Paris pour la COP21.

De récentes données de la NASA expliquent que la fonte des glaces dans l’Ouest de l’Antarctique est un “recul irréversible”. Cette fonte, à elle seule, est déjà susceptible d’entrainer une élévation du niveau des mers de 3 mètres.

L’océan Antarctique qui se réchauffe, ce qui entraine la fonte de l’Ouest de l’Antarctique, menace maintenant le krill d’extinction, cet organisme, véritable fondation de l’écosystème antarctique, selon des biologistes de la division Antarctique du gouvernement australien.

La fonte continue également toujours aussi rapidement au Groenland, où des données récemment publiées révèlent comment un glacier basé sur l’océan commence à nettement reculer, et ajoutera 45 centimètres au niveau des océans à lui tout seul. De plus, et c’est déconcertant, un autre glacier aux alentours fond également rapidement, à eux deux ils ajouteront plus de 90 cm au niveau mondial des océans.

D’ici 2050, la côte Arctique, ainsi que la majeure partie l’océan Arctique, sera complètement dénuée de banquise, au moins un mois ou deux de plus par année, selon une étude publiée dans Nature Climate Change le 4 novembre. Cette absence de glace changera dramatiquement à la fois l’Arctique et la planète dans son ensemble. L’Arctique réfléchira beaucoup moins de lumière solaire dans l’espace, augmentant ainsi la vitesse du réchauffement planétaire.

Le problème de la montée du niveau des océans a motivé une coalition de petites nations de l’océan Pacifique, dont les Tuvalu, les Tokelau, les Kiribati et les Fidji, à s’associer afin d’exiger des pays riches qu’ils travaillent à l’assistance à la migration de leurs habitants, et à leur fournir des emplois, lorsqu’ils fuiront vers des terres plus élevées. Ces pays ont parlé de “défis existentiels majeurs” pour leurs populations en raison des impacts de la PAC.

Dans la même veine que la crise à laquelle font face ces pays-îles du Pacifique Sud, les iles du Delta de Saloum au Sénégal voient aussi leur mode de vie — et leur existence même — sous le feu des impacts de la PAC. Étant donné que leur subsistance dépend de la pêche et de l’agriculture en zone de faible altitude, et que les deux disparaissent, en raison des prises de plus en plus maigres et de la montée des eaux, les habitants de ces îles se retrouvent sans revenus et menacés par la famine.

De retour aux USA, les habitants de la nation Indienne Quinault, de la péninsule Olympique de l’État de Washington, font face à une montée des eaux qui menace également leur mode de vie. Un mur de 60 mètres est en train d’être construit pour protéger leurs maisons, mais cela ne leur donne qu’un peu plus de temps; la montée du niveau des océans ne s’arrêtera pas. Cette tribu a développé un plan de 60 millions de dollars de relocalisation de son village entier, vers des zones de plus haute altitude.

La montée du niveau des océans est, bien évidemment, déjà en train d’impacter la côte des USA. Une étude récemment publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences montre comment les villes principales comme New York, Jacksonville, Sacramento, Boston, La Nouvelle-Orléans et Miami font face à un risque existentiel étant donné que les efforts d’atténuation des émissions de dioxyde de carbone ne sont toujours aux abonnés absents. Rappelez-vous que nous sommes déjà dans un cycle de réchauffement d’au moins 2.7 degrés Celsius d’ici 2100, même si des efforts drastiques d’atténuation sont entrepris immédiatement et au niveau mondial. Le futur des villes côtières US semble sombre.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, la montée du niveau des océans va faire disparaitre la mangrove, sur d’immenses parties des côtes australiennes, d’ici la fin du siècle, selon une recherche récemment publiée. “Sans les forêts de mangrove, les poissons déclinent, la protection côtière est réduite, l’absorption du carbone côtier est réduite”, explique la chercheuse Catherine Lovelock de l’université du Queensland, à propos de la situation.

Sur la côte Est des USA, la morue de l’Atlantique, un poisson qui a longtemps été crucial pour l’industrie halieutique de la Nouvelle-Angleterre, est maintenant sur le point de disparaitre complètement. La reproduction et la survie de ce poisson sont entravées par le réchauffement rapide des eaux du Golfe du Maine, largement en raison de la PAC.

Plus au Sud, une récente recherche US  explique que nous devrions nous attendre à des changements abrupts et dramatiques dans la chaine alimentaire océanique de l’océan Austral, au fur et à mesure de son acidification, qui se produit à un rythme dramatique. Certains des organismes clés de cette chaine alimentaire auront disparu d’ici 15 ans.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12328.jpg

Les incendies en Asie du Sud-est


Le Feu

Bien que la plus intense saison d’incendies de l’histoire des USA soit terminée, 2015 est officiellement devenue la pire saison d’incendies de l’histoire de l’Indonésie. A la mi-octobre, ce pays insulaire avait connu plus de 100 000 incendies différents, les dommages à la fin de ce mois dépassaient les 30 milliards de dollars, et plus d’un demi-million de personnes étaient malades en raison des fumées.

Cette cartographie mondiale parlante montre comment les incendies liés à la PAC continuent à saccager une bonne partie de l’hémisphère Sud alors que leur été approche.

L’Air

L’Administration océanique et atmosphérique nationale des USA a publié un graphique qui montre, très clairement, comment les températures mondiales de l’année 2015 dépassent de beaucoup les normes historiques.

Les températures de l’air deviennent si élevées à mesure que progresse la PAC, d’ailleurs, que les pays du Golfe, producteurs de pétrole et de gaz, comme le Qatar et les Émirats Arabes Unis, entre autres, seront bientôt inhabitables en raison de l’humidité et la chaleur extrême, selon un rapport de la revue Nature Climate Change.

Dans le royaume du climat extrême, bien que cela soit une saison relativement calme pour les ouragans de l’Atlantique, il y a eu, néanmoins, 21 ouragans et typhons record, tous, sauf un, se sont produits dans l’océan Pacifique. Sur le front du méthane, des nouvelles nous sont parvenues depuis le Centre de recherche Woods Hole, qui a publié un rapport politique concluant que l’IPCC ne prend pas bien en compte la boucle de réchauffement qui est à la fois cause et conséquence des émissions de méthane dans l’atmosphère. Le méthane étant, selon l’échelle temporelle utilisée pour mesurer son impact, environ 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone comme gaz à effet de serre.

Pendant ce temps, une preuve d’émissions de méthane supplémentaires apparait, sous la forme “d’accélération” du réchauffement du permafrost sur de vastes portions de l’Alaska. Ce réchauffement a été mis en lumière dans un autre rapport récent, qui décrit comment, lorsque le permafrost fond, le méthane qu’il contenait est relâché, ce qui accélère encore plus le réchauffement. Cela entraine une accélération de la fonte du permafrost, d’où la boucle qui s’autoalimente.

Avec 2014 déjà enregistrée comme l’année la plus chaude pour l’Alaska — et 2015 sur le point de la détrôner — l’agriculture se développe rapidement dans cet État, avec l’augmentation des températures. Pensez-y un moment: l’agriculture devient un business florissant en Alaska parce que le plus septentrional des États des USA se réchauffe dramatiquement vite. Le monde devient rapidement  un endroit où vivre différemment.

Déni et Réalité

Étant donné que les candidats républicains à la présidentielle cherchent à se disputer le titre de “plus retardé”, nous ne manquons pas de déni de PAC ce mois-ci.

Le sénateur texan Ted Cruz a publiquement déclaré qu’il pensait que la PAC était une “religion”.

“Le changement climatique n’est pas scientifique. C’est une religion”, c’est ce que Cruz a dit à Glenn Beck.

Plus d’informations ont récemment été dévoilées sur la façon dont Exxon Mobil, en collaborant étroitement avec la Maison blanche des Bush et Cheney, avait semé le doute sur la science climatique pendant des décennies en jouant la carte de “l’incertitude”.

La bonne nouvelle concernant ce paquet massif de négationnisme avidadollaresque, c’est ce message d’une ancienne procureur général du ministère de la Justice US, Sharon Eubanks. Elle a à la fois poursuivi et remporté son affaire de racket contre Big Tobacco (le lobby du tabac), et pense maintenant que le ministère devrait penser à enquêter sur Big Oil (le lobby du pétrole) pour les mêmes affirmations que celles de Big Tobacco: des affirmations qui ont délibérément induit en erreur le grand public sur le risque de leur produit.

Eubanks pense qu’Exxon Mobil, ainsi que les autres entreprises de combustibles fossiles, pourrait bien être tenue responsable de violation de la Loi sur les organisations influencées par le racket et la corruption (RICO), s’il s’avérait que ces compagnies ont travaillé ensemble à supprimer les informations sur la réalité de la PAC.

À ce propos, le bureau du procureur de l’État de New York, en novembre, a ouvert une enquête préliminaire sur Exxon Mobil, et cette enquête pourrait bien entrainer l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur les autres principales compagnies pétrolières pour des actions similaires. Les enquêtes pourraient entrainer des poursuites judiciaires contre toutes les compagnies.

Des bonnes nouvelles encore sur le front de la réalité: un récent sondage a montré qu’au moins 70% des US-Américains pensent aujourd’hui que la PAC, sur ces 40 dernières années, est réelle et étayée par des preuves scientifiques importantes. Le même sondage révèle une forte baisse du scepticisme des sondés se réclamant des Républicains, concernant la PAC, qui passe de 41% à 26%.

En France, un présentateur météo réputé, Philippe Verdier, a été privé d’antenne après qu’il a écrit un livre remettant en question la réalité de la PAC. Dans son livre, il jette le doute sur les conclusions de climatologues et leaders politiques de premier plan, et dit qu’ils ont “pris le monde en otage”.

“J’ai reçu une lettre me demandant de ne pas venir [travailler]”, a dit Verdier aux médias. “Je n’en sais pas plus que ça, je ne sais pas combien de temps ça va durer. C’est en rapport avec mon livre”.

Pour en finir avec le rapport de ce mois-ci: une récente étude révèle 41 situations dans lesquelles “le changement climatique abrupt” au niveau du permafrost, de la banquise, de la couverture neigeuse, de la biosphère océanique et terrestre, pourrait entrainer des catastrophes naturelles. Le résumé de l’étude, qui a été publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, explique: “18 des 37 situations se produisent à un niveau de réchauffement inférieur à 2 [degrés Celsius], un seuil parfois présenté comme une limite sûre”.

Cela signifie que ces scientifiques ont identifié ces “points de basculement” vers un changement climatique abrupt en raison de la PAC.

Prévoir quand ils se produiront reste difficile, mais les résultats de l’étude montrent que toutes les modélisations climatiques de pointe démontrent que des changements abrupts sont probables. Les deux premiers ouragans enregistrés de l’histoire du Yémen frappant le pays en l’espace de 6 jours et en déversant des décennies de pluies en 48 heures, en sont un exemple.

“Nos résultats montrent qu’aucun seuil sûr n’existe et que de nombreux changements abrupts se produisent déjà à des niveaux de réchauffement bien inférieurs à 2 dégrés”, explique l’auteur principal, le professeur Sybren Drifjhout de la Faculté des Sciences de l’Océan et de la Terre, à l’Université de Southampton.

Malgré l’avertissement aujourd’hui commun sur “l’absence de limite sûre” quant à l’augmentation de la température mondiale, la COP21 aura lieu, avec ses fanfares, couvertures médiatiques et manifestations.

Les dirigeants mondiaux vont donner l’impression de faire quelque chose pour s’attaquer à la plus grave crise que l’humanité n’ait jamais eu à affronter, malgré le fait que les plus respectées et prestigieuses institutions scientifiques du monde ont produit rapport sur rapport expliquant que nous n’avions plus le temps de faire virer de bord le navire, étant donné que l’iceberg en avait perforé la cale depuis longtemps.

Plutôt que de mettre de faux espoirs dans la COP21, peut-être devrions-nous tous prendre le temps de nous asseoir calmement, de ressentir ce qui se passe, et d’écouter la Terre attentivement. Si nous le faisions, nous pourrions savoir au plus profond de nous, ce qui importe le plus, et ce qui nous reste alors à faire.

Dahr Jamail


Retrouvez également Dahr Jamail dans l’épisode d’actus vidéo (ci-dessus)

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12329.jpg
Ici, il y avait de l’humanité

 

Share

Be the first to comment on "COP 21 : trop peu, trop tard ? (par Dahr Jamail)"

Leave a comment

Your email address will not be published.


*