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COP 21 : trop peu, trop tard ? (par Dahr Jamail)
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Article origi­nal publié en anglais sur le site de Dahr Jamail, le 23 novembre 2015.
Dahr Jamail est un jour­na­liste indé­pen­dant qui couvre les événe­ments du Moyen Orient depuis plus de cinq ans, et qui a passé un certain temps en Irak. Il écrit actuel­le­ment pour des rares jour­naux encore indé­pen­dants ce qui lui a valu de nombreuses distinc­tions, dont le prix de jour­na­lisme Martha Gelhorn en 2008, la bourse décer­née par la Fonda­tion Lannan (Lannan Foun­da­tion Writing Resi­dency Fellow­ship), le Prix de jour­na­lisme pour la justice sociale James Aron­son, le Prix au courage civique Joe A. Calla­way et quatre prix Projet censuré. Il est l’au­teur de Beyond the Green Zone : Dispatches from an Inde­pendent Jour­na­list in Occu­pied Iraq, et Mili­tary Resis­ters : Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afgha­nis­tan.


« Mais c’est ici, à la source de la rivière, au pied des cimes ennei­gées, et de la chute d’eau qui gronde sur le lac magique, que je passe­rai d’un monde à l’autre »

Peter Matthies­sen

Dans le livre « La panthère des neiges », le voyage de Peter Matthies­sen dans l’Hi­ma­laya népa­lais dans le but d’ob­ser­ver une panthère des neiges n’est que la partie émer­gée de son voyage inté­rieur. La nature, et nos expé­riences en et avec elle, sont, selon moi, le reflet de nous-mêmes le plus clair que nous pour­rions souhai­ter.

J’ai dit à mon père que je reli­sais ce livre, et il m’a répondu: « J’ai adoré ce livre. C’était une époque, à cet endroit du monde, où les choses étaient encore intactes, avant que le tourisme n’ap­porte le genre de gens qui n’au­raient jamais dû polluer cet envi­ron­ne­ment sacré. »

Tout en étant d’ac­cord avec lui, je lui racon­tais ce en quoi j’avais toujours cru, ou ce en quoi j’avais toujours voulu croire: qu’il y a toujours de tels endroits intacts à trou­ver — c’est juste qu’il nous faut voya­ger plus loin, jusqu’aux « marges » pour les trou­ver.

J’ado­re­rais que cela soit possible, mais je sais que ça ne l’est plus. Plus main­te­nant, étant donné ce qu’a fait et ce que fait la société de crois­sance indus­trielle à la planète. Il n’y a plus un seul endroit sur terre ou dans l’at­mo­sphère ou dans les profon­deurs océa­niques où l’em­preinte toxique de l’in­dus­trie n’ait laissé sa marque indé­lé­bile.

Durant la première semaine de décembre, des délé­ga­tions de presque 200 pays conver­ge­ront à Paris pour la 21ème Confé­rence des Parties (COP21) sur le climat. On dit d’elle, comme des dernières, qu’elle est la plus impor­tante confé­rence clima­tique de tous les temps. Le but, qui était le même lors des précé­dentes COP, est de parve­nir à un accord entre gouver­ne­ments, visant à faire bais­ser les émis­sions de dioxyde de carbone, afin de limi­ter le réchauf­fe­ment clima­tique à 2 degrés Celsius au-dessus de la tempé­ra­ture de réfé­rence, préin­dus­trielle.

Mais cette limite résulte d’un accord poli­tique, elle ne se base pas sur la science.

Le célèbre clima­to­logue James Hansen, et nombre d’autres scien­ti­fiques ont d’ores et déjà démon­tré qu’un réchauf­fe­ment clima­tique d’1 degré Celsius de plus que la tempé­ra­ture de réfé­rence préin­dus­trielle était suffi­sant pour entrai­ner des boucles d’em­bal­le­ment clima­tique, des évène­ments météo­ro­lo­giques extrêmes et une montée désas­treuse du niveau des océans.

De plus, le bureau météo­ro­lo­gique britan­nique a expliqué que la tempé­ra­ture moyenne de cette année avait déjà dépassé cette limite d’1 degré Celsius.

Bien avant les négo­cia­tions pari­siennes, l’ONU avait annoncé que la quan­tité de dioxyde de carbone déjà émise dans l’at­mo­sphère garan­tis­sait un réchauf­fe­ment d’au moins 2.7 degrés Celsius, et cela, même si les pays mettaient en place leurs promesses de réduc­tions d’émis­sions. Par consé­quent, la limite de 2 degrés Celsius est d’ores-et-déjà inat­tei­gnable. Cepen­dant, tout comme les élec­tions natio­nales aux USA conti­nuent à main­te­nir l’illu­sion de la démo­cra­tie, et de la légi­ti­mité de la repré­sen­ta­tion de « Nous, le peuple » à Washing­ton D.C., les illu­sions doivent être préser­vées lors de la COP21.

D’où l’objec­tif bidon de 2 degrés Celsius qui conti­nue à être discuté. Pendant ce temps-là, la planète brûle.

Le bureau météo­ro­lo­gique du Japon a annoncé que le mois de septembre dernier était, de loin, le plus chaud des mois de septembre jamais enre­gis­trés, et les archives montrent actuel­le­ment que le mois d’oc­tobre dernier est aussi le plus chaud des mois d’oc­tobre enre­gis­trés. Dans l’en­semble, 2015 est très bien partie pour être l’an­née la plus chaude jamais enre­gis­trée.

Comme pour placer un point d’ex­cla­ma­tion sur toute ces infor­ma­tions, les niveaux atmo­sphé­riques de dioxyde de carbone ont dépassé un nouveau record, en attei­gnant les 400 parties par million, début 2015 — une augmen­ta­tion de 45% par rapport aux niveaux préin­dus­triels.

Les évène­ments météo­ro­lo­giques extrêmes engen­drés par la pertur­ba­tion anthro­pique du climat (PAC) abondent ces derniers mois.

L’ou­ra­gan Patri­cia a saccagé la côte Ouest du Mexique, deve­nant l’ou­ra­gan le plus puis­sant jamais enre­gis­tré, avec des vents soute­nus attei­gnant les 320 km/h.

Le Yémen a été frappé, pour la première fois de son histoire, par un oura­gan, qui a au passage déversé  la quan­tité d’une  décen­nie de pluies en à peine deux jours. Comme si cela ne suffi­sait pas pour faire comprendre l’im­por­tance de la PAC dans la multi­pli­ca­tion des évène­ments météo­ro­lo­giques mondiaux, moins d’une semaine après, le second oura­gan de l’his­toire du Yémen a frappé ses côtes, appor­tant des vents de force oura­gan, des pluies torren­tielles, des inon­da­tions- éclair et des morts.

Le phéno­mène clima­tique El Niño, boosté par la PAC, a apporté des tempêtes, qui, en octobre, ont ravagé le sud de la Cali­for­nie. Ces tempêtes record dans le Désert des Mojaves et les montagnes du Sud de cet État, ont entrainé des coulées de boues massives sur les auto­routes prin­ci­pales, qui ont recou­vert des centaines de véhi­cules, avec une hauteur de boue attei­gnant les 6 mètres; des auto­mo­bi­listes y ont passé la nuit. Les pluies de ces tempêtes, qui, en certains endroits, ont déversé plus de 4,59 cm d’eau en à peine 30 minutes, ont été décrites par le service météo­ro­lo­gique natio­nal comme « un évène­ment qui se produit tous les 1000 ans ».

Entre­temps, un rapport récent démontre que les chaines alimen­taires marines sont au bord de l’ef­fon­dre­ment en raison des impacts de la PAC, la surpêche et la pollu­tion. La PAC anéan­tit litté­ra­le­ment des espèces dans les récifs coral­liens, en pleine mer, dans les eaux de l’Arc­tique et de l’An­tar­c­tique, et dans les tropiques.

En plus de cela, un nouveau rapport révèle que le blan­chi­ment et les mala­dies se combinent, et détruisent le plus impor­tant des récifs coral­liens des USA, un récif de 240 km, au large des côtes de la Floride. Selon l’Ad­mi­nis­tra­tion natio­nale des affaires océa­niques et atmo­sphé­riques, il s’agit du troi­sième récif coral­lien le plus impor­tant de la planète.

Une étude cruciale de cher­cheurs austra­liens récem­ment publiée dans la revue scien­ti­fique Procee­dings of the Natio­nal Academy of Sciences (PNAS), inti­tu­lée « Alté­ra­tion mondiale du fonc­tion­ne­ment de l’éco­sys­tème océan en raison de l’aug­men­ta­tion des émis­sions de CO2 par l’être humain », nous aver­tit : « la simpli­fi­ca­tion [= recul marqué de la biodi­ver­sité, NdE] future de nos océans a des consé­quences très profondes sur notre mode de vie actuel, parti­cu­liè­re­ment pour les popu­la­tions côtières, et celles qui dépendent de l’océan pour la nour­ri­ture et le commerce ».

C’est un rapport scien­ti­fique de plus qui montre que la PAC est, litté­ra­le­ment, en train d’anéan­tir la vie océa­nique de la planète.

À propos de cela, une étude récem­ment publiée dans la revue The Anthro­po­cene Review nous rappelle un fait peu réjouis­sant, que d’autres études, exami­nées par des pairs, ont confirmé: nous vivons bien à l’ère de la sixième extinc­tion de masse, que nous avons nous-mêmes déclen­chée.

Et lorsque nous obser­vons les rapports sur ce qui s’est passé ce dernier moi, sur la planète, tous les signes semblent l’in­diquer.

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Progres­sion de la fonte de la glace arctique


La Terre

Les signes de la PAC dans ce secteur de la planète conti­nuent à être flagrants.

Dans la région du Paci­fique Sud, plus d’un tiers de la popu­la­tion totale de Papoua­sie Nouvelle-Guinée souffre de la pire séche­resse de ce siècle. Près de 2.5 millions de personnes doivent, dans ce pays, faire avec un manque d’eau et de nour­ri­ture critique, et la séche­resse durera appa­rem­ment jusqu’à mars 2016.

Dans le Sud-Est de l’Alaska, des commu­nau­tés natives luttent pour conti­nuer à récol­ter leur nour­ri­ture tradi­tion­nelle en raison des impacts de la PAC dans cette région. Du hareng aux myrtilles, en passant par les crus­ta­cés, nombre de plantes et d’ani­maux origi­nels de la région dispa­raissent.

Au Canada, non loin de là, ainsi qu’à travers l’Alaska, une bonne partie du Nord des USA, la Scan­di­na­vie et l’Eu­ra­sie, les immenses forêts boréales, qui repré­sentent plus d’un tiers du couvert fores­tier de la planète, connaissent un grave déclin en raison de la PAC. Cela s’ex­plique par la fonte du perma­frost qui entraine des feux de forêts, par les assauts d’in­sectes qui ravagent les arbres, et par le dépla­ce­ment des zones clima­tiques qui est 10 fois plus rapide que la vitesse de migra­tion des forêts. Ces forêts sont égale­ment déci­mées par la défo­res­ta­tion, et les forages pétro­liers et gaziers.

Une récente étude suggère qu’aux USA, nous devrions déve­lop­per de nouveaux modèles de conser­va­tion et de préser­va­tion de nos parcs natio­naux. L’ap­proche tradi­tion­nelle visant à isoler des terres pour proté­ger la biodi­ver­sité ne suffit plus, étant donné que les impacts de la PAC comme les séche­resses, les infes­ta­tions d’in­sectes et les incen­dies ne respectent pas les limites des parcs.

Dans la même veine, la très rare panthère des neiges du fameux livre de Matthies­sen est main­te­nant encore plus en danger d’ex­tinc­tion en raison de la PAC, à mesure que l’élé­va­tion des tempé­ra­tures conti­nue à faire rétré­cir son habi­tat.

A travers la planète, la PAC fait égale­ment rétré­cir l’ha­bi­tat d’oi­seaux parmi les plus rares d’Ha­wai’i, dont le Tangara jaune, selon un rapport récent. On s’at­tend à ce que l’ha­bi­tat de cet oiseau ait entiè­re­ment disparu d’ici la fin du siècle.

Plus au Sud, dans les climats plus froids, le manchot royal a connu un déclin de popu­la­tion de 34% en raison des tempé­ra­tures extrê­me­ment chaudes des eaux norma­le­ment froides de cet envi­ron­ne­ment du Sud océa­nique, sur la dernière année. Le climat chan­geant les force à nager plus loin pour de la nour­ri­ture, et nombre d’entre eux finissent par mourir de faim.

La séche­resse conti­nue à tour­men­ter d’im­menses pans de la planète à mesure des progrès de la PAC.

En Éthio­pie, la pire séche­resse de la décen­nie dévaste le secteur agri­cole du pays, dont dépendent la plupart des gens pour leur subsis­tance.

Ayant pris du recul sur les séche­resses du monde, l’ONU a récem­ment annoncé qu’elle s’at­ten­dait à ce qu’au moins 50 millions de gens deviennent des réfu­giés au cours des 5 prochaines années, puisque leurs terres se chan­ge­ront litté­ra­le­ment en désert.

L’Eau

Comme d’ha­bi­tude, les preuves d’im­pacts de la PAC abondent dans les royaumes aqua­tiques de la planète.

La Cali­for­nie fait face à un futur qui appor­tera deux fois plus de séche­resses et trois fois plus d’inon­da­tions, selon une récente étude publiée dans la revue Nature Commu­ni­ca­tions. Bien sûr, l’État est déjà très occupé par les désas­treuses séche­resses et inon­da­tions actuelles — et à moins que des chan­ge­ments dras­tiques n’aient lieux, ces sché­mas météo­ro­lo­giques ne feront qu’em­pi­rer.

En regar­dant la perte actuelle de glace à travers le globe, une étude réali­sée par des scien­ti­fiques austra­liens et néo-zélan­dais, publiée dans la revue Nature, explique que la planète va être piégée par la montée irré­ver­sible du niveau des mers, pour des millé­naires, en raison de la fonte de l’An­tar­c­tique, dans la mesure où l’élé­va­tion des tempé­ra­tures d’à peine 1.5 ou 2 degrés Celsius fera fondre la glace. Rappe­lez-vous que l’ONU a d’ores et déjà annoncé qu’un réchauf­fe­ment de 2.7 degrés Celsius était déjà garanti, même si les pays tenaient les promesses qu’ils apportent à Paris pour la COP21.

De récentes données de la NASA expliquent que la fonte des glaces dans l’Ouest de l’An­tar­c­tique est un « recul irré­ver­sible ». Cette fonte, à elle seule, est déjà suscep­tible d’en­trai­ner une éléva­tion du niveau des mers de 3 mètres.

L’océan Antar­c­tique qui se réchauffe, ce qui entraine la fonte de l’Ouest de l’An­tar­c­tique, menace main­te­nant le krill d’ex­tinc­tion, cet orga­nisme, véri­table fonda­tion de l’éco­sys­tème antar­c­tique, selon des biolo­gistes de la divi­sion Antar­c­tique du gouver­ne­ment austra­lien.

La fonte conti­nue égale­ment toujours aussi rapi­de­ment au Groen­land, où des données récem­ment publiées révèlent comment un glacier basé sur l’océan commence à nette­ment recu­ler, et ajou­tera 45 centi­mètres au niveau des océans à lui tout seul. De plus, et c’est décon­cer­tant, un autre glacier aux alen­tours fond égale­ment rapi­de­ment, à eux deux ils ajou­te­ront plus de 90 cm au niveau mondial des océans.

D’ici 2050, la côte Arctique, ainsi que la majeure partie l’océan Arctique, sera complè­te­ment dénuée de banquise, au moins un mois ou deux de plus par année, selon une étude publiée dans Nature Climate Change le 4 novembre. Cette absence de glace chan­gera drama­tique­ment à la fois l’Arc­tique et la planète dans son ensemble. L’Arc­tique réflé­chira beau­coup moins de lumière solaire dans l’es­pace, augmen­tant ainsi la vitesse du réchauf­fe­ment plané­taire.

Le problème de la montée du niveau des océans a motivé une coali­tion de petites nations de l’océan Paci­fique, dont les Tuvalu, les Toke­lau, les Kiri­bati et les Fidji, à s’as­so­cier afin d’exi­ger des pays riches qu’ils travaillent à l’as­sis­tance à la migra­tion de leurs habi­tants, et à leur four­nir des emplois, lorsqu’ils fuiront vers des terres plus élevées. Ces pays ont parlé de « défis exis­ten­tiels majeurs » pour leurs popu­la­tions en raison des impacts de la PAC.

Dans la même veine que la crise à laquelle font face ces pays-îles du Paci­fique Sud, les iles du Delta de Saloum au Séné­gal voient aussi leur mode de vie — et leur exis­tence même — sous le feu des impacts de la PAC. Étant donné que leur subsis­tance dépend de la pêche et de l’agri­cul­ture en zone de faible alti­tude, et que les deux dispa­raissent, en raison des prises de plus en plus maigres et de la montée des eaux, les habi­tants de ces îles se retrouvent sans reve­nus et mena­cés par la famine.

De retour aux USA, les habi­tants de la nation Indienne Quinault, de la pénin­sule Olym­pique de l’État de Washing­ton, font face à une montée des eaux qui menace égale­ment leur mode de vie. Un mur de 60 mètres est en train d’être construit pour proté­ger leurs maisons, mais cela ne leur donne qu’un peu plus de temps; la montée du niveau des océans ne s’ar­rê­tera pas. Cette tribu a déve­loppé un plan de 60 millions de dollars de relo­ca­li­sa­tion de son village entier, vers des zones de plus haute alti­tude.

La montée du niveau des océans est, bien évidem­ment, déjà en train d’im­pac­ter la côte des USA. Une étude récem­ment publiée dans les Procee­dings of the Natio­nal Academy of Sciences montre comment les villes prin­ci­pales comme New York, Jack­son­ville, Sacra­mento, Boston, La Nouvelle-Orléans et Miami font face à un risque exis­ten­tiel étant donné que les efforts d’at­té­nua­tion des émis­sions de dioxyde de carbone ne sont toujours aux abon­nés absents. Rappe­lez-vous que nous sommes déjà dans un cycle de réchauf­fe­ment d’au moins 2.7 degrés Celsius d’ici 2100, même si des efforts dras­tiques d’at­té­nua­tion sont entre­pris immé­dia­te­ment et au niveau mondial. Le futur des villes côtières US semble sombre.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, la montée du niveau des océans va faire dispa­raitre la mangrove, sur d’im­menses parties des côtes austra­liennes, d’ici la fin du siècle, selon une recherche récem­ment publiée. « Sans les forêts de mangrove, les pois­sons déclinent, la protec­tion côtière est réduite, l’ab­sorp­tion du carbone côtier est réduite », explique la cher­cheuse Cathe­rine Love­lock de l’uni­ver­sité du Queens­land, à propos de la situa­tion.

Sur la côte Est des USA, la morue de l’At­lan­tique, un pois­son qui a long­temps été crucial pour l’in­dus­trie halieu­tique de la Nouvelle-Angle­terre, est main­te­nant sur le point de dispa­raitre complè­te­ment. La repro­duc­tion et la survie de ce pois­son sont entra­vées par le réchauf­fe­ment rapide des eaux du Golfe du Maine, large­ment en raison de la PAC.

Plus au Sud, une récente recherche US  explique que nous devrions nous attendre à des chan­ge­ments abrupts et drama­tiques dans la chaine alimen­taire océa­nique de l’océan Austral, au fur et à mesure de son acidi­fi­ca­tion, qui se produit à un rythme drama­tique. Certains des orga­nismes clés de cette chaine alimen­taire auront disparu d’ici 15 ans.

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Les incen­dies en Asie du Sud-est


Le Feu

Bien que la plus intense saison d’in­cen­dies de l’his­toire des USA soit termi­née, 2015 est offi­ciel­le­ment deve­nue la pire saison d’in­cen­dies de l’his­toire de l’In­do­né­sie. A la mi-octobre, ce pays insu­laire avait connu plus de 100 000 incen­dies diffé­rents, les dommages à la fin de ce mois dépas­saient les 30 milliards de dollars, et plus d’un demi-million de personnes étaient malades en raison des fumées.

Cette carto­gra­phie mondiale parlante montre comment les incen­dies liés à la PAC conti­nuent à sacca­ger une bonne partie de l’hé­mi­sphère Sud alors que leur été approche.

L’Air

L’Ad­mi­nis­tra­tion océa­nique et atmo­sphé­rique natio­nale des USA a publié un graphique qui montre, très clai­re­ment, comment les tempé­ra­tures mondiales de l’an­née 2015 dépassent de beau­coup les normes histo­riques.

Les tempé­ra­tures de l’air deviennent si élevées à mesure que progresse la PAC, d’ailleurs, que les pays du Golfe, produc­teurs de pétrole et de gaz, comme le Qatar et les Émirats Arabes Unis, entre autres, seront bien­tôt inha­bi­tables en raison de l’hu­mi­dité et la chaleur extrême, selon un rapport de la revue Nature Climate Change.

Dans le royaume du climat extrême, bien que cela soit une saison rela­ti­ve­ment calme pour les oura­gans de l’At­lan­tique, il y a eu, néan­moins, 21 oura­gans et typhons record, tous, sauf un, se sont produits dans l’océan Paci­fique. Sur le front du méthane, des nouvelles nous sont parve­nues depuis le Centre de recherche Woods Hole, qui a publié un rapport poli­tique concluant que l’IPCC ne prend pas bien en compte la boucle de réchauf­fe­ment qui est à la fois cause et consé­quence des émis­sions de méthane dans l’at­mo­sphère. Le méthane étant, selon l’échelle tempo­relle utili­sée pour mesu­rer son impact, envi­ron 30 fois plus puis­sant que le dioxyde de carbone comme gaz à effet de serre.

Pendant ce temps, une preuve d’émis­sions de méthane supplé­men­taires appa­rait, sous la forme « d’ac­cé­lé­ra­tion » du réchauf­fe­ment du perma­frost sur de vastes portions de l’Alaska. Ce réchauf­fe­ment a été mis en lumière dans un autre rapport récent, qui décrit comment, lorsque le perma­frost fond, le méthane qu’il conte­nait est relâ­ché, ce qui accé­lère encore plus le réchauf­fe­ment. Cela entraine une accé­lé­ra­tion de la fonte du perma­frost, d’où la boucle qui s’au­toa­li­mente.

Avec 2014 déjà enre­gis­trée comme l’an­née la plus chaude pour l’Alaska — et 2015 sur le point de la détrô­ner — l’agri­cul­ture se déve­loppe rapi­de­ment dans cet État, avec l’aug­men­ta­tion des tempé­ra­tures. Pensez-y un moment: l’agri­cul­ture devient un busi­ness floris­sant en Alaska parce que le plus septen­trio­nal des États des USA se réchauffe drama­tique­ment vite. Le monde devient rapi­de­ment  un endroit où vivre diffé­rem­ment.

Déni et Réalité

Étant donné que les candi­dats répu­bli­cains à la prési­den­tielle cherchent à se dispu­ter le titre de « plus retardé », nous ne manquons pas de déni de PAC ce mois-ci.

Le séna­teur texan Ted Cruz a publique­ment déclaré qu’il pensait que la PAC était une « reli­gion ».

« Le chan­ge­ment clima­tique n’est pas scien­ti­fique. C’est une reli­gion », c’est ce que Cruz a dit à Glenn Beck.

Plus d’in­for­ma­tions ont récem­ment été dévoi­lées sur la façon dont Exxon Mobil, en colla­bo­rant étroi­te­ment avec la Maison blanche des Bush et Cheney, avait semé le doute sur la science clima­tique pendant des décen­nies en jouant la carte de « l’in­cer­ti­tude ».

La bonne nouvelle concer­nant ce paquet massif de néga­tion­nisme avida­dol­la­resque, c’est ce message d’une ancienne procu­reur géné­ral du minis­tère de la Justice US, Sharon Eubanks. Elle a à la fois pour­suivi et remporté son affaire de racket contre Big Tobacco (le lobby du tabac), et pense main­te­nant que le minis­tère devrait penser à enquê­ter sur Big Oil (le lobby du pétrole) pour les mêmes affir­ma­tions que celles de Big Tobacco: des affir­ma­tions qui ont déli­bé­ré­ment induit en erreur le grand public sur le risque de leur produit.

Eubanks pense qu’Exxon Mobil, ainsi que les autres entre­prises de combus­tibles fossiles, pour­rait bien être tenue respon­sable de viola­tion de la Loi sur les orga­ni­sa­tions influen­cées par le racket et la corrup­tion (RICO), s’il s’avé­rait que ces compa­gnies ont travaillé ensemble à suppri­mer les infor­ma­tions sur la réalité de la PAC.

À ce propos, le bureau du procu­reur de l’État de New York, en novembre, a ouvert une enquête préli­mi­naire sur Exxon Mobil, et cette enquête pour­rait bien entrai­ner l’ou­ver­ture d’enquêtes judi­ciaires sur les autres prin­ci­pales compa­gnies pétro­lières pour des actions simi­laires. Les enquêtes pour­raient entrai­ner des pour­suites judi­ciaires contre toutes les compa­gnies.

Des bonnes nouvelles encore sur le front de la réalité: un récent sondage a montré qu’au moins 70% des US-Améri­cains pensent aujourd’­hui que la PAC, sur ces 40 dernières années, est réelle et étayée par des preuves scien­ti­fiques impor­tantes. Le même sondage révèle une forte baisse du scep­ti­cisme des sondés se récla­mant des Répu­bli­cains, concer­nant la PAC, qui passe de 41% à 26%.

En France, un présen­ta­teur météo réputé, Philippe Verdier, a été privé d’an­tenne après qu’il a écrit un livre remet­tant en ques­tion la réalité de la PAC. Dans son livre, il jette le doute sur les conclu­sions de clima­to­logues et leaders poli­tiques de premier plan, et dit qu’ils ont « pris le monde en otage ».

« J’ai reçu une lettre me deman­dant de ne pas venir [travailler] », a dit Verdier aux médias. « Je n’en sais pas plus que ça, je ne sais pas combien de temps ça va durer. C’est en rapport avec mon livre ».

Pour en finir avec le rapport de ce mois-ci: une récente étude révèle 41 situa­tions dans lesquelles « le chan­ge­ment clima­tique abrupt » au niveau du perma­frost, de la banquise, de la couver­ture neigeuse, de la biosphère océa­nique et terrestre, pour­rait entrai­ner des catas­trophes natu­relles. Le résumé de l’étude, qui a été publié dans les Procee­dings of the Natio­nal Academy of Sciences, explique: « 18 des 37 situa­tions se produisent à un niveau de réchauf­fe­ment infé­rieur à 2 [degrés Celsius], un seuil parfois présenté comme une limite sûre ».

Cela signi­fie que ces scien­ti­fiques ont iden­ti­fié ces « points de bascu­le­ment » vers un chan­ge­ment clima­tique abrupt en raison de la PAC.

Prévoir quand ils se produi­ront reste diffi­cile, mais les résul­tats de l’étude montrent que toutes les modé­li­sa­tions clima­tiques de pointe démontrent que des chan­ge­ments abrupts sont probables. Les deux premiers oura­gans enre­gis­trés de l’his­toire du Yémen frap­pant le pays en l’es­pace de 6 jours et en déver­sant des décen­nies de pluies en 48 heures, en sont un exemple.

« Nos résul­tats montrent qu’au­cun seuil sûr n’existe et que de nombreux chan­ge­ments abrupts se produisent déjà à des niveaux de réchauf­fe­ment bien infé­rieurs à 2 dégrés », explique l’au­teur prin­ci­pal, le profes­seur Sybren Drifj­hout de la Faculté des Sciences de l’Océan et de la Terre, à l’Uni­ver­sité de Southamp­ton.

Malgré l’aver­tis­se­ment aujourd’­hui commun sur « l’ab­sence de limite sûre » quant à l’aug­men­ta­tion de la tempé­ra­ture mondiale, la COP21 aura lieu, avec ses fanfares, couver­tures média­tiques et mani­fes­ta­tions.

Les diri­geants mondiaux vont donner l’im­pres­sion de faire quelque chose pour s’at­taquer à la plus grave crise que l’hu­ma­nité n’ait jamais eu à affron­ter, malgré le fait que les plus respec­tées et pres­ti­gieuses insti­tu­tions scien­ti­fiques du monde ont produit rapport sur rapport expliquant que nous n’avions plus le temps de faire virer de bord le navire, étant donné que l’ice­berg en avait perforé la cale depuis long­temps.

Plutôt que de mettre de faux espoirs dans la COP21, peut-être devrions-nous tous prendre le temps de nous asseoir calme­ment, de ressen­tir ce qui se passe, et d’écou­ter la Terre atten­ti­ve­ment. Si nous le faisions, nous pour­rions savoir au plus profond de nous, ce qui importe le plus, et ce qui nous reste alors à faire.

Dahr Jamail


Retrou­vez égale­ment Dahr Jamail dans l’épi­sode d’ac­tus vidéo (ci-dessus)

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12329.jpg
Ici, il y avait de l’hu­ma­nité

 

changement climatique écologie

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