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COP21 : le mot “décroissance” fait très peur au Figaro (par Thierry Sallantin)

Préface au texte: COP 21: le mot “décroissance” fait très peur au Figaro.

Cette femme se nomme : Karmen Ramirez Boscàn

Elle est déléguée de l’association des femmes de l’ethnie Wayuu, groupe amérindien de Colombie confronté à la plus grosse mine à ciel ouvert du monde : du charbon destiné à alimenter des usines destinées à produire de l’électricité.

Elle a clamé haut et fort :

“Nous ne voulons pas d’électricité, nous n’en avons pas besoin” !

C’était le samedi 10 octobre 2015 lors de la Table-Ronde de 16h30 à l’occasion de la traditionnelle journée annuelle de solidarité avec les peuples amérindiens des Amériques qu’organise toujours l’association C.S.I.A.-Nitassinan, au moment du triste anniversaire annuel de la prétendue “découverte” des Amériques par Christophe Colomb. Il était arrivé le 12 octobre 1492 dans une île des Bahamas, une de ces multiples îles des Grandes et Petites Antilles peuplées de groupes amérindiens de langue “Arawak” : ce n’est qu’en 1930 qu’un linguiste découvrira qu’on n’a jamais parlé le “caraïbe” aux îles “caraïbes”, donc mal nommées.

On ne parlait que l’Arawak, le Caraïbe n’étant parlé que sur le littoral vénézuélien, pour ce qui est le secteur le plus proche de ce chapelet d’îles dont les peuples commerçaient d’ailleurs avec ces parties caraïbophones du continent sud-américain.

En rééditant le dictionnaire du Père Breton “Français-caraïbe”, les éditions Karthala ont dû prendre la précaution de publier en introduction 60 pages de plusieurs linguistes et historiens, pour mettre en garde le lecteur :

“Attention ! Nous avons conservé le titre original que portait cet ouvrage à la fin du XVIIème siècle, mais il s’avère que ce dictionnaire ne comporte en réalité que des mots de la langue arawak. Il n’y avait pas de “caraïbes” aux îles donc mal nommées “caraïbes” : il n’y avait que des personnes s’exprimant dans les diverses langues de la famille linguistique arawak, une des 4 grandes familles linguistiques des langues d’Amérique du Sud, avec le Tupi, le Gé et le Karib ou “Caraïbe”.”

Imaginons un dictionnaire “Russe-français” qui préciserait en introduction :

“Attention, ce dictionnaire “Russe-français” ne contient aucun mot de Russe ! Il s’agit en réalité d’un dictionnaire “Hollandais-français” !

C’est pourtant ce qui est arrivé avec la langue arawak !

Et l’erreur n’a jamais été corrigée. On continue à parler des îles “caraïbes”, au lieu de dire les Iles arawak.

Pire, des groupes politiques issus de peuples arrivés là avec la colonisation, et donc au détriment des habitants de ces îles dont ils étaient les autochtones, groupes proches de tendance indépendantistes se targuent de “caraïbité”. Mais que signifie ce mot “indépendance” ? Il faudrait préciser : “au sens “colon” du terme”, comme l’explique l’historien Marc Ferro, puisqu’il n’y a jamais eu d’indépendance aux Amériques, il n’y a eu que des disputes entre européens restés en Europe et européens partis coloniser, jamais rapatriés, et coupant les liens administratifs avec leur métropole européenne d’origine, souvent dans le but d’avoir les mains encore plus libres pour mieux massacrer en désobéissant par exemple aux ordres royaux venus de Londres; pour ce qui est de cette colonie exterminatrice qui se nommera “États-Unis d’Amérique”, type d’indépendance-colon qui sera imitée par beaucoup d’autres colons par la suite, avec des situations encore plus compliquées lorsque ces colons seront des descendants d’Africains installés aux Amériques contre leur gré, puis décidant de rester sur la terre de leur exil même une fois leur libération du statut d’esclave obtenue de force (Haïti) ou par fuite en forêt (Marronnage surtout au Surinam, et aussi au Brésil où se créeront des républiques noires autonomes sous le nom de “Quilombos” : celle de Palomares gardera son indépendance pendant un siècle, avant d’être envahie et vaincue par les Portuguais colons du Brésil…

Seul le mouvement organisé par Marcus Garvey avec sa “Black Star Line” incitera les Noirs à revenir sur leur continent d’origine, en profitant de l’abolition de l’esclavage. On sait aussi que deux pays d’Afrique seront les fruits de ces “retours” : La Sierra Léone et le Libéria, avec le paradoxe de l’inassimilabilité des Noirs une fois victimes de l’ethnocide, donc une fois séduits par l’occidentalisation avec au passage la religion des Blancs, le christianisme, censé être au service du seul vrai et unique Dieu !

De tels Noirs ethnocidés, évangélisés, se comporteront en orgueilleux colons lors de leur retour en Afrique et auront une attitude pleine de mépris pour leurs frères noirs restés en Afrique, avec les valeurs africaines…

De tels Noirs ethnocidés sévissent en maints endroits des Amériques et se comportent hélas souvent en alliés des Blancs contre les Peuples Autochtones, c’est à dire selon la définition de l’O.N.U., les peuples qui vivaient là avant l’arrivée des colons européens, lesquels amèneront plus tard en guise de main-d’œuvre sous divers statut (esclaves, engagés, libres) des travailleurs que les Européens transporteront de multiples contrées : Blancs de l’Irlande en cours de conquête par les Anglais, Africains, “coolies” d’Asie, issus là-bas des zones occupées par les Anglais ou les Hollandais. On doit à ces derniers le fait qu’aujourd’hui le Surinam soit le premier pays musulman d’Amérique du Sud, puisque la main-d’œuvre amenée de Java et Sumatra était de confession musulmane. Leurs descendants ont le pouvoir aujourd’hui, avec de vifs conflits avec les descendants du marronnage, en langue créole française : “Nèg-Marrons”, et en créole anglo-hollandais : “Bushi-nengués” (“marron” = mot qui vient de l’espagnol “cimarron” = fuir vers le sommet des montagnes, “a cima”, pour les esclaves fuyant les plantations du littoral, même mot utilisé déjà avant pour désigner le bétail qui s’échappe et devient autonome et sauvage, par exemple en forêt (chèvres, porcs, bovins, chevaux…)). Une guerre civile a eu lieu au Surinam de 1988 à 1992 à ce sujet. Le ministre des Armées de cette époque, Dési Boutersé, est un narco-trafiquant (réception de la cocaïne de Colombie, pistes d’aviations clandestines en forêt, je les ai visitées, et exportation de cette drogue vers l’Europe par les ports néerlandais), tellement riche qu’il a pu payer ses électeurs et être élu président de la république du Surinam ! Il vend la forêt tropicale et réprime les habitants traditionnels amérindiens ou “Marrons” : surtout les Saramaka (livres de Richard et Sally Price sur eux, mais leur livre excellent sur la Guyane française, à la vie politique tout aussi glauque, “Equatoria”, n’a jamais été traduit !).

Pour mieux s’enrichir par l’exportation du bois tropical, ce dictateur a autorisé les Chinois a ouvrir des bagnes en pleine forêt : des prisonniers chinois coupent la forêt sans être payés ! Un journaliste de RFI que j’ai alerté, Arnaud Jouve, a tourné au prix d’énormes risques un documentaire sur ces bagnes, mais Greenpeace-France, qui en a une copie refuse de signaler ce scandale : même étrange politique pour ce qui concerne la Guyane française, juste à côté. Greenpeace International a donné l’ordre de ne parler que du Brésil, car ce serait plus médiatique…

Après lecture des 60 pages d’introduction au dictionnaire du Père Breton, pour en savoir plus on lira le volume dirigé par Neil Whitehead : “Wolf of the Sea”, édité par l’université de Leiden…

N.B.

Ne jamais écrire “Amérique latine”, sauf si vous êtes un adepte du génocide des Amérindiens et un partisan de la continuation du plus grand génocide de tous les temps, puisqu’en 1500, sur les 400 millions d’humains de la planète à cette époque, ce sont 100 millions d’Amérindiens qui disparaîtront, soit le quart de l’humanité (chiffres de l’École de démographie de Berkeley).

L’Amérique est amérindienne, et est encore sous le joug colonial, un joug colonial essentiellement anglo-saxon et ibérique. Encore aujourd’hui, c’est 50% de la surface des continents du monde qui est encore occupée par la colonisation européenne commencée au XVI et XVIIème siècle : en plus des Amériques, ne pas oublier toute l’Asie du Nord, envahie à partir des années 1600 par les Russes qui vont franchir l’Oural, puis plus tard même le Behring…

Les Blancs sont encore royalement présents dans leurs colonies de l’Océan Pacifique, parfois en faisant croire que les autochtones n’existent plus : la “solution finale” aurait réglé définitivement le problème ! Mais c’est faux en ce qui concerne par exemple la Tasmanie, et cette légende qui arrange les colons est même véhiculée dans l’actuel “Nouveau Musée de l’Homme”. Or il existe des descendants des Tasmaniens, à partir des groupes que les missionnaires avaient exilés sur les îles juste au nord de la Tasmanie. Ils ont créé un mouvement politique en vue de récupérer leur territoire légitime, la Tasmanie.

Il est préférable de nommer les parties du monde avec des termes géographiques plus neutres : dire Afrique du Sud, et non pas “Afrique anglo-saxonne”, dire “Asie du Sud-est”, et non pas “Asie hispano-saxo-néerlandaise”.

On se gardera donc de dire pour tout ce qui est au sud du Rio Grande : “Amérique ibérique”, terme qui commençait à être utilisé vers 1860, ce qui affolera Napoléon III car il avait des vues sur le Mexique (l’affaire Maximilien), et c’est lui qui inventera l’expression “Amérique latine”, car si la France n’est pas incluse dans l’Ibérie, elle peut se considérer comme “latine” au même titre que l’Espagne et le Portugal, et donc prétendre être chez elle en “Amérique latine”.

La force de la diplomatie française était telle dans la deuxième moitié du XIXe siècle que Napoléon III gagnera la bataille sémantique : il va réussir très vite à substituer à l’expression “Amérique ibérique” l’expression “Amérique latine”.

Pour nous, il convient de ne jamais utiliser l’expression “Amérique latine” et de préférer les expressions plus neutres : Amérique du Nord et Amérique du Sud.

On pourra parfois être plus précis et dire “Amérique centrale”, pour tout ce qui est entre les U.S.A. et la Colombie : tous les petits États et le Mexique, les savants diront “Mésoamérique” !

Cette précaution de langage est hélas le cadet des soucis des gens qui se pensent de gauche et même parfois anticolonialistes. On se rappellera de cette gauche marxiste qui, conformément aux souhaits civilisateurs de Karl Marx lui-même, n’aura que mépris pour les Amérindiens du Nicaragua, lors de la mise en place de leur régime “révolutionnaire” ! L’ethnologue Robert Jaulin se fera incendier par la gauche lorsqu’il aura l’audace de révéler les mesures ethnocidaires prises par les marxistes !

Après tout, Marx saluait la victoire des colons anglo-saxons entrain de refouler les colons d’origine espagnole plus loin au sud, hors de la Californie, de la Floride du Texas et du Nouveau-Mexique, car pour lui, les colons du nord étaient plus aptes à mettre en place l’industrialisme dont il rêvait, que les “primitifs mexicains”. Pour les mêmes raisons il saluait “l’œuvre civilisatrice” des colons anglais aux Indes, un pays pour lui encore au Moyen-Age, que la présence européenne pourrait faire “rentrer dans l’Histoire”, comme dira plus tard Sarkozy dans son discours de Dakar !

A ce sujet voir sur internet mon texte : Le racisme ordinaire de la République de Jules Ferry à Nicolas Sarkozy, et Qu’est-ce que l’écologie radicale, où je montre qu’en 1925 Léon Blum utilisera encore la notion de “races supérieures” pour justifier l’envoi du maréchal Pétain au Maroc pour réprimer militairement le soulèvement de Abd El Krim dans les montagnes du Rif ;  et en 1952 le haut fonctionnaire Félix Gaillard vantera les avantages de l’énergie atomique en arguant que s’y opposer serait en rester au stade des primitifs africains !

Pour Marx, le communisme ne peut triompher que dans une société moderne et industrielle, il faut donc au préalable que ce type de société soit en place, pour qu’ensuite la présence de nombreux ouvriers exploités enclenche la révolution de ses rêves !

Voilà en guise de préface quelques mises au point à propos de la présence de cette femme Wayuu, Karmen Ramirez Boscan, amérindienne anti-électricité, à Paris en octobre 2015…

COP 21 : le mot “décroissance” fait très peur au Figaro.

  • Le Figaro 4/11/2015 – Yves de Kerdrel :

“Le danger qui pèse sur cette fameuse COP 21, c’est le mot “décroissance” qui commence à réapparaître dans la bouche des ayatollahs de l’écologie”. Comment vendre ce malthusianisme d’un autre siècle à une Europe où l’on compte actuellement pas moins de 23 millions de chômeurs ?”

  • Le Figaro, éditorial, première page, Lundi 30 novembre 2015 – Gaëtan de Capèle :

“Lignes rouges”

“Le sommet de la COP 21 sur le climat qui s’ouvre aujourd’hui à Paris se veut historique. Il ambitionne, ni plus ni moins, de trouver un accord contraignant pour tous les pays, visant à limiter à 2° C la hausse de la température sur Terre d’ici à la fin du siècle.

Pour dire les choses franchement, cette lointaine perspective n’est pas la première préoccupation des Français. Entre la montée du terrorisme islamique et une crise économique interminable, la lutte contre le réchauffement climatique, si inquiétant soit-il, paraît bien éloignée des priorités du moment. Surtout traitée à travers une de ces grand-messes dont on promet toujours monts et merveilles, pour un bilan concret à ce jour plus que maigrelet. Ces considérations n’enlèvent pour autant rien à la nécessité d’agir vite contre les causes du dérèglement climatique. Derrière ce phénomène, chacun sait que se profilent des catastrophes météorologiques, ainsi que des migrations massives aux conséquences géopolitiques incalculables.

Comment interrompre le cours des évènements? C’est là que les difficultés commencent. Au moment où s’engage le grand marchandage planétaire pour réduire les émissions de CO2, les lignes rouges à ne pas franchir pour la France s’imposent d’elles-mêmes. La première serait de s’aventurer sur le chemin mortifère de la décroissance, où voudraient l’entraîner les voyous qui se sont déchaînés place de la République, mais aussi une partie de la majorité. Lorsque l’activité est déjà réduite à néant et le chômage au zénith, mieux vaut miser sur le développement par l’innovation que sur l’attrition. (1) La deuxième est celle de la fiscalité, où l’imagination de la gauche est sans limite. Même avec une teinte d’écologie, plus aucune taxe nouvelle n’est acceptable dans le pays. La dernière ligne rouge est celle du cavalier seul, cette spécialité française qui consiste à charger notre sac pour l’exemple, en espérant que les autres suivront. Ce qui nous vaut aujourd’hui de payer une “taxe Chirac” sur les billets d’avion et demain une taxe sur les transactions financières.

Lutter contre le réchauffement climatique est sans nul doute une nécessité. Mais sans naïveté !”

(1) = souligné par moi, T.S.

Preuve que l’on vise où cela fait mal en contestant frontalement la notion même de “croissance” !

Ne pas oublier la notion de “développement”, qui bloque toute prise en compte de la lutte pour rétablir les équilibres écologiques depuis au moins 1970, lorsqu’à la suite de la première conférence mondiale sur les dangers pesant sur la biosphère, en septembre 1968, à l’UNESCO (j’y étais!), conférence qui lança le Projet M.A.B. de l’O.N.U. (Man and Biosphère), et suite à l’offres de l’ambassadeur de Suède d’organiser à Stockholm le Premier Sommet de l’O.N.U. sur l’environnement (il se tiendra en juin 1972), avec l’idée de programmer tous les 10 ans ce genre de Sommet, le dernier ayant eu lieu à Rio en 2012, il est alors apparu dès 1970, lorsque Maurice Strong (décédé le 28 novembre dernier, voir à ce sujet le billet de Nicolino sur son site,“Planète sans visa” article sur “Cette funeste conférence climatique…”) prendra les premiers contacts en vue de préparer le Sommet de 1972, que le problème viendra des nouveaux états du Tiers-Monde obsédés par la notion de “développement”.

Il tentera de trouver la parade au séminaire de Founex, en Suisse, en juin 1971. C’est là qu’il sera décidé de séduire les États du Tiers-Monde engagés dans la course à l’imitation du “merveilleux mode de vie occidental”, en utilisant désormais systématiquement dans les textes de l’ONU le mot “développement” toujours immédiatement à côté du mot “environnement”.

Puis en 1983, l’homme d’affaires Maurice Strong va créer la Commission ONU “Environnement et développement”, d’où sortira en 1987 le Rapport Brundtland, lequel réutilisera l’expression inventée par les naturalistes de UICN et WWF en 1980 : “sustainable development”, elle-même imaginée alors pour remplacer celle d’Ignacy Sachs : “écodéveloppement”, au sens de “développement écologique”, qu’il lança en 1972.

Mais en 2015, et toujours venant d’un des pays les plus férocement mimétique, l’Inde,  comme en 1970, la demande, encore,  de ne pas être obligé de lutter contre la pollution, les gaz à effets de serre, etc… tant que “l’American Way of Life” n’est pas généralisée à l’intérieur du pays :

le Premier Ministre Narendra Modi déclare :

“La justice exige qu’avec le peu de carbone que nous pouvons encore brûler en toute sécurité, les pays en développement soient autorisés à croître”

L’Inde, troisième pollueur mondial, défend son droit au développement : en 2015, sa croissance a dépassé celle de la Chine et base sa demande de continuer sur cette lancée au nom de ses “300 millions de pauvres qui n’ont pas accès à l’électricité”.

A ce rythme, ses émissions de gaz à effet de serre devraient doubler d’ici à 2030, mais au nom de la “justice climatique” (étrange notion qui enchante les milieux marxistes), sans jamais expliquer ce que serait la justice ou l’égalité : tous égaux car tous équipés d’une BMW !? Quel mode de vie faut-il généraliser ? Quel mode de vie faut-il imiter ? Ne faudrait-il pas rattraper le mode de vie modeste du sarcleur burkinabé qui vit modestement avec des outils à main fabriqués par l’artisan du village, avec des moyens simples ? En ce cas ce serait l’Afrique qui serait en avance, et les pays occidentaux qui seraient en retard sur le bon mode de vie écologiquement soutenable et partageable équitablement non seulement entre tous les humains, sans piller les ressources de la biosphère, mais aussi entre tous ces humains et toutes les autres espèces animales et végétales, grâce à un mode de vie à faible empreinte écologique, garantissant la pérennité des écosystèmes sauvages nécessaires au confort des animaux libres. Voilà ce qui serait la véritable justice !

Mais ce Premier Ministre clame :

“Les modes de vie de certains ne doivent pas empêcher les opportunités de ceux, nombreux, qui sont encore à la première marche de l’échelle du développement”

Ce sont les propos d’une personne qui a été victime de l’ethnocide, c’est à dire victime de son état de membre de l’élite instruite, donc embourgeoisée, souvent issues d’une formation reçue au cœur de la patrie coloniale, à Oxford ou à Cambridge. Ces citoyens de l’Inde ont été convaincus par cette instruction (à relire comme une déformation, un bourrage de crâne, un effet de la prétendue “œuvre civilisatrice”) de leur état de membres d’un peuple inférieur qui doit rattraper la métropole montrée en modèle. L’ethnocide introduit le complexe  d’infériorité, la honte de provenir de ce que le colon nomme avec mépris la “sauvagerie” et donc la nécessité pour l’infériorisé de se mettre en route vers la vie supérieure, la vie civilisée, donc de s’occidentaliser. Serge Latouche a raison de dire que le développement n’est rien d’autre que l’occidentalisation !

Mais il y a parfois de belles surprises :

Par exemple le 10 octobre 2015 à l’occasion des trois journées de solidarité avec les peuples Amérindiens organisée par http://www.csia-nitassinan.org à Paris, salle Olympe de Gouges 15 rue Merlin 75011, la déléguée des femmes du peuple amérindien Wayuù, venue de Colombie, Karmen Ramirez Boscàn, va déclarer en évoquant leur lutte contre la plus grande mine à ciel ouvert du monde, 69 000 hectares, une mine de charbon destinée à fournir l’énergie à une usine thermo-électrique :

“Mais nous ne voulons pas d’électricité ! nous n’en avons pas besoin !”

Il faudrait en parler à Jean-Louis Borloo qui pense remarquable et admirable ses initiatives pour donner l’électricité à tous les Africains !

Les Occidentaux croient toujours que leur mode de vie est supérieur, et forcément à généraliser !

Or on sait que c’est écologiquement impossible, et même pas souhaitable en termes de mode de vie épanouissant et tranquillement agréable ! Le bonheur est dans la vie simple, à taille humaine : rien à voir avec la démesure où mène la course à la compétitivité, ou la folie prométhéenne de faire croire que le progrès consiste à se battre contre la nature et en tirer coûte que coûte le maximum de “richesses”, ce qui est hélas le projet qu’ont en commun les idéologies communistes et capitalistes sous le nom inventé en 1824 par Saint-Simon : “l’industrialisme”. Puis, en 1837, Adolphe Blanqui sera le premier à parler de “révolution industrielle”, comme si on assistait à une phase décisive de la marche du progrès, une sorte de bond en avant !

On sait aujourd’hui qu’il s’agissait en réalité d’un formidable regrès, une baisse considérable du sentiment de bonheur. Les heures de travail abrutissant ne cessèrent par la suite d’augmenter. Au bout de ce parcours, il y aura un tel sentiment de mal-être que les “modernes” deviendront d’énormes consommateurs de substances pharmaceutiques pour “se sentir vaille que vaille “bien”” ou vont se jeter sur toutes les activités qui permettent de fuir le sentiment confus, indicible, que la vie est finalement absurde, en se ruant vers tout ce qui distrait et diverti.

Pour le seul bonheur des commerçants : un être malheureux est plus porté à consommer, acheter n’importe quoi, qu’un être comblé, épanoui, heureux des petits riens qui font la richesse de la vie pauvre, volontairement sobre, car remplie de plénitude spirituelle et de tranquille et lente méditation, ou de conversations détendues au sein d’une vie conviviale pleine de chaleur humaine, de douceur, d’amour, bref, le “temps de vivre”, vraiment, dans une vie villageoise ou tribale où tout le monde se connait et vaque gentiment à ses occupations transmises patiemment au fil des générations comme si le temps immobile apportait la sécurité en se contentant de transmettre des habitudes immémoriales.

Comme nous l’a dit à la Maison de l’Amérique Latine, du Boulevard Saint Germain à Paris, le shaman Yanomami Davi Kopenawa :

“Nous, ce qu’on veut, c’est vivre comme avant et que rien ne change” !

Des propos à faire fulminer de rage les apôtres de “l’Histoire” (mythe que se raconte les occidentaux !), les ethnologues anti-ethnies Jean-Loup Amselle et Nathalie Cuny (revue “Lignes” n° 34 et 35 et livre : “Langues à l’encan” (2009)), dont l’injure favorite est le mot “essentialiste” pour se moquer des “romantiques” qui prétendent aimer la vie “comme avant” ! C’est pour plaire à ce courant que l’État a détruit trois musées nationaux à Paris : le Musée de la Porte dorée des arts africains et océaniens, le musée des arts et coutumes paysannes ou “A.T.P.”, et le musée de l’Homme où l’on présentait les modes de vie immensément variés des peuples traditionnels du monde, en haut de la colline du Trocadéro.

Pour avoir une idée de la mythologie qui suinte de toutes les vitrines du nouveau musée de l’Homme inauguré en octobre 2015, on lira de Wiktor Stoczkowski dans la revue “L’Homme” 1990, n° 116, p. 111-135 : “La préhistoire dans les manuels scolaires, ou notre mythe des origines”.

Thierry Sallantin

20 décembre 2015.


derniers textes sur internet = Le musée de l’Homme ou la mise à mort du passé.

Les racines historiques de la catastrophe climatique qui se précise.

ce dernier texte aussi sous le titre : “Les peuples contre l’État : 6 000 ans d’évolution totalitaire

 

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