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COP21 : le mot "décroissance" fait très peur au Figaro (par Thierry Sallantin)
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Préface au texte: COP 21: le mot « décrois­sance » fait très peur au Figaro.

Cette femme se nomme : Karmen Rami­rez Boscàn

Elle est délé­guée de l’as­so­cia­tion des femmes de l’eth­nie Wayuu, groupe amérin­dien de Colom­bie confronté à la plus grosse mine à ciel ouvert du monde : du char­bon destiné à alimen­ter des usines desti­nées à produire de l’élec­tri­cité.

Elle a clamé haut et fort :

« Nous ne voulons pas d’élec­tri­cité, nous n’en avons pas besoin » !

C’était le samedi 10 octobre 2015 lors de la Table-Ronde de 16h30 à l’oc­ca­sion de la tradi­tion­nelle jour­née annuelle de soli­da­rité avec les peuples amérin­diens des Amériques qu’or­ga­nise toujours l’as­so­cia­tion C.S.I.A.-Nitas­si­nan, au moment du triste anni­ver­saire annuel de la préten­due « décou­verte » des Amériques par Chris­tophe Colomb. Il était arrivé le 12 octobre 1492 dans une île des Baha­mas, une de ces multiples îles des Grandes et Petites Antilles peuplées de groupes amérin­diens de langue « Arawak » : ce n’est qu’en 1930 qu’un linguiste décou­vrira qu’on n’a jamais parlé le « caraïbe » aux îles « caraïbes », donc mal nommées.

On ne parlait que l’Ara­wak, le Caraïbe n’étant parlé que sur le litto­ral véné­zué­lien, pour ce qui est le secteur le plus proche de ce chape­let d’îles dont les peuples commerçaient d’ailleurs avec ces parties caraï­bo­phones du conti­nent sud-améri­cain.

En réédi­tant le diction­naire du Père Breton « Français-caraïbe », les éditions Karthala ont dû prendre la précau­tion de publier en intro­duc­tion 60 pages de plusieurs linguistes et histo­riens, pour mettre en garde le lecteur :

« Atten­tion ! Nous avons conservé le titre origi­nal que portait cet ouvrage à la fin du XVIIème siècle, mais il s’avère que ce diction­naire ne comporte en réalité que des mots de la langue arawak. Il n’y avait pas de « caraïbes » aux îles donc mal nommées « caraïbes » : il n’y avait que des personnes s’ex­pri­mant dans les diverses langues de la famille linguis­tique arawak, une des 4 grandes familles linguis­tiques des langues d’Amé­rique du Sud, avec le Tupi, le Gé et le Karib ou « Caraïbe ». »

Imagi­nons un diction­naire « Russe-français » qui préci­se­rait en intro­duc­tion :

« Atten­tion, ce diction­naire « Russe-français » ne contient aucun mot de Russe ! Il s’agit en réalité d’un diction­naire « Hollan­dais-français » !

C’est pour­tant ce qui est arrivé avec la langue arawak !

Et l’er­reur n’a jamais été corri­gée. On conti­nue à parler des îles « caraïbes », au lieu de dire les Iles arawak.

Pire, des groupes poli­tiques issus de peuples arri­vés là avec la colo­ni­sa­tion, et donc au détri­ment des habi­tants de ces îles dont ils étaient les autoch­tones, groupes proches de tendance indé­pen­dan­tistes se targuent de « caraï­bité ». Mais que signi­fie ce mot « indé­pen­dance » ? Il faudrait préci­ser : « au sens « colon » du terme », comme l’ex­plique l’his­to­rien Marc Ferro, puisqu’il n’y a jamais eu d’in­dé­pen­dance aux Amériques, il n’y a eu que des disputes entre euro­péens restés en Europe et euro­péens partis colo­ni­ser, jamais rapa­triés, et coupant les liens admi­nis­tra­tifs avec leur métro­pole euro­péenne d’ori­gine, souvent dans le but d’avoir les mains encore plus libres pour mieux massa­crer en déso­béis­sant par exemple aux ordres royaux venus de Londres; pour ce qui est de cette colo­nie exter­mi­na­trice qui se nommera « États-Unis d’Amé­rique », type d’in­dé­pen­dance-colon qui sera imitée par beau­coup d’autres colons par la suite, avec des situa­tions encore plus compliquées lorsque ces colons seront des descen­dants d’Afri­cains instal­lés aux Amériques contre leur gré, puis déci­dant de rester sur la terre de leur exil même une fois leur libé­ra­tion du statut d’es­clave obte­nue de force (Haïti) ou par fuite en forêt (Marron­nage surtout au Suri­nam, et aussi au Brésil où se crée­ront des répu­bliques noires auto­nomes sous le nom de « Quilom­bos » : celle de Palo­mares gardera son indé­pen­dance pendant un siècle, avant d’être enva­hie et vain­cue par les Portu­guais colons du Brésil…

Seul le mouve­ment orga­nisé par Marcus Garvey avec sa « Black Star Line » inci­tera les Noirs à reve­nir sur leur conti­nent d’ori­gine, en profi­tant de l’abo­li­tion de l’es­cla­vage. On sait aussi que deux pays d’Afrique seront les fruits de ces « retours » : La Sierra Léone et le Libé­ria, avec le para­doxe de l’inas­si­mi­la­bi­lité des Noirs une fois victimes de l’eth­no­cide, donc une fois séduits par l’oc­ci­den­ta­li­sa­tion avec au passage la reli­gion des Blancs, le chris­tia­nisme, censé être au service du seul vrai et unique Dieu !

De tels Noirs ethno­ci­dés, évan­gé­li­sés, se compor­te­ront en orgueilleux colons lors de leur retour en Afrique et auront une atti­tude pleine de mépris pour leurs frères noirs restés en Afrique, avec les valeurs afri­cai­nes…

De tels Noirs ethno­ci­dés sévissent en maints endroits des Amériques et se comportent hélas souvent en alliés des Blancs contre les Peuples Autoch­tones, c’est à dire selon la défi­ni­tion de l’O.N.U., les peuples qui vivaient là avant l’ar­ri­vée des colons euro­péens, lesquels amène­ront plus tard en guise de main-d’œuvre sous divers statut (esclaves, enga­gés, libres) des travailleurs que les Euro­péens trans­por­te­ront de multiples contrées : Blancs de l’Ir­lande en cours de conquête par les Anglais, Afri­cains, « coolies » d’Asie, issus là-bas des zones occu­pées par les Anglais ou les Hollan­dais. On doit à ces derniers le fait qu’aujourd’­hui le Suri­nam soit le premier pays musul­man d’Amé­rique du Sud, puisque la main-d’œuvre amenée de Java et Suma­tra était de confes­sion musul­mane. Leurs descen­dants ont le pouvoir aujourd’­hui, avec de vifs conflits avec les descen­dants du marron­nage, en langue créole française : « Nèg-Marrons », et en créole anglo-hollan­dais : « Bushi-nengués » (« marron » = mot qui vient de l’es­pa­gnol « cimar­ron » = fuir vers le sommet des montagnes, « a cima », pour les esclaves fuyant les plan­ta­tions du litto­ral, même mot utilisé déjà avant pour dési­gner le bétail qui s’échappe et devient auto­nome et sauvage, par exemple en forêt (chèvres, porcs, bovins, chevaux…)). Une guerre civile a eu lieu au Suri­nam de 1988 à 1992 à ce sujet. Le ministre des Armées de cette époque, Dési Boutersé, est un narco-trafiquant (récep­tion de la cocaïne de Colom­bie, pistes d’avia­tions clan­des­tines en forêt, je les ai visi­tées, et expor­ta­tion de cette drogue vers l’Eu­rope par les ports néer­lan­dais), telle­ment riche qu’il a pu payer ses élec­teurs et être élu président de la répu­blique du Suri­nam ! Il vend la forêt tropi­cale et réprime les habi­tants tradi­tion­nels amérin­diens ou « Marrons » : surtout les Sara­maka (livres de Richard et Sally Price sur eux, mais leur livre excellent sur la Guyane française, à la vie poli­tique tout aussi glauque, « Equa­to­ria », n’a jamais été traduit !).

Pour mieux s’en­ri­chir par l’ex­por­ta­tion du bois tropi­cal, ce dicta­teur a auto­risé les Chinois a ouvrir des bagnes en pleine forêt : des prison­niers chinois coupent la forêt sans être payés ! Un jour­na­liste de RFI que j’ai alerté, Arnaud Jouve, a tourné au prix d’énormes risques un docu­men­taire sur ces bagnes, mais Green­peace-France, qui en a une copie refuse de signa­ler ce scan­dale : même étrange poli­tique pour ce qui concerne la Guyane française, juste à côté. Green­peace Inter­na­tio­nal a donné l’ordre de ne parler que du Brésil, car ce serait plus média­tique…

Après lecture des 60 pages d’in­tro­duc­tion au diction­naire du Père Breton, pour en savoir plus on lira le volume dirigé par Neil White­head : « Wolf of the Sea », édité par l’uni­ver­sité de Leiden…

N.B.

Ne jamais écrire « Amérique latine », sauf si vous êtes un adepte du géno­cide des Amérin­diens et un parti­san de la conti­nua­tion du plus grand géno­cide de tous les temps, puisqu’en 1500, sur les 400 millions d’hu­mains de la planète à cette époque, ce sont 100 millions d’Amé­rin­diens qui dispa­raî­tront, soit le quart de l’hu­ma­nité (chiffres de l’École de démo­gra­phie de Berke­ley).

L’Amé­rique est amérin­dienne, et est encore sous le joug colo­nial, un joug colo­nial essen­tiel­le­ment anglo-saxon et ibérique. Encore aujourd’­hui, c’est 50% de la surface des conti­nents du monde qui est encore occu­pée par la colo­ni­sa­tion euro­péenne commen­cée au XVI et XVIIème siècle : en plus des Amériques, ne pas oublier toute l’Asie du Nord, enva­hie à partir des années 1600 par les Russes qui vont fran­chir l’Ou­ral, puis plus tard même le Behring…

Les Blancs sont encore roya­le­ment présents dans leurs colo­nies de l’Océan Paci­fique, parfois en faisant croire que les autoch­tones n’existent plus : la « solu­tion finale » aurait réglé défi­ni­ti­ve­ment le problème ! Mais c’est faux en ce qui concerne par exemple la Tasma­nie, et cette légende qui arrange les colons est même véhi­cu­lée dans l’ac­tuel « Nouveau Musée de l’Homme ». Or il existe des descen­dants des Tasma­niens, à partir des groupes que les mission­naires avaient exilés sur les îles juste au nord de la Tasma­nie. Ils ont créé un mouve­ment poli­tique en vue de récu­pé­rer leur terri­toire légi­time, la Tasma­nie.

Il est préfé­rable de nommer les parties du monde avec des termes géogra­phiques plus neutres : dire Afrique du Sud, et non pas « Afrique anglo-saxonne », dire « Asie du Sud-est », et non pas « Asie hispano-saxo-néer­lan­daise ».

On se gardera donc de dire pour tout ce qui est au sud du Rio Grande : « Amérique ibérique », terme qui commençait à être utilisé vers 1860, ce qui affo­lera Napo­léon III car il avait des vues sur le Mexique (l’af­faire Maxi­mi­lien), et c’est lui qui inven­tera l’ex­pres­sion « Amérique latine », car si la France n’est pas incluse dans l’Ibé­rie, elle peut se consi­dé­rer comme « latine » au même titre que l’Es­pagne et le Portu­gal, et donc prétendre être chez elle en « Amérique latine ».

La force de la diplo­ma­tie française était telle dans la deuxième moitié du XIXe siècle que Napo­léon III gagnera la bataille séman­tique : il va réus­sir très vite à substi­tuer à l’ex­pres­sion « Amérique ibérique » l’ex­pres­sion « Amérique latine ».

Pour nous, il convient de ne jamais utili­ser l’ex­pres­sion « Amérique latine » et de préfé­rer les expres­sions plus neutres : Amérique du Nord et Amérique du Sud.

On pourra parfois être plus précis et dire « Amérique centrale », pour tout ce qui est entre les U.S.A. et la Colom­bie : tous les petits États et le Mexique, les savants diront « Mésoa­mé­rique » !

Cette précau­tion de langage est hélas le cadet des soucis des gens qui se pensent de gauche et même parfois anti­co­lo­nia­listes. On se rappel­lera de cette gauche marxiste qui, confor­mé­ment aux souhaits civi­li­sa­teurs de Karl Marx lui-même, n’aura que mépris pour les Amérin­diens du Nica­ra­gua, lors de la mise en place de leur régime « révo­lu­tion­naire » ! L’eth­no­logue Robert Jaulin se fera incen­dier par la gauche lorsqu’il aura l’au­dace de révé­ler les mesures ethno­ci­daires prises par les marxistes !

Après tout, Marx saluait la victoire des colons anglo-saxons entrain de refou­ler les colons d’ori­gine espa­gnole plus loin au sud, hors de la Cali­for­nie, de la Floride du Texas et du Nouveau-Mexique, car pour lui, les colons du nord étaient plus aptes à mettre en place l’in­dus­tria­lisme dont il rêvait, que les « primi­tifs mexi­cains ». Pour les mêmes raisons il saluait « l’œuvre civi­li­sa­trice » des colons anglais aux Indes, un pays pour lui encore au Moyen-Age, que la présence euro­péenne pour­rait faire « rentrer dans l’His­toire », comme dira plus tard Sarkozy dans son discours de Dakar !

A ce sujet voir sur inter­net mon texte : Le racisme ordi­naire de la Répu­blique de Jules Ferry à Nico­las Sarkozy, et Qu’est-ce que l’éco­lo­gie radi­cale, où je montre qu’en 1925 Léon Blum utili­sera encore la notion de « races supé­rieures » pour justi­fier l’en­voi du maré­chal Pétain au Maroc pour répri­mer mili­tai­re­ment le soulè­ve­ment de Abd El Krim dans les montagnes du Rif ;  et en 1952 le haut fonc­tion­naire Félix Gaillard vantera les avan­tages de l’éner­gie atomique en arguant que s’y oppo­ser serait en rester au stade des primi­tifs afri­cains !

Pour Marx, le commu­nisme ne peut triom­pher que dans une société moderne et indus­trielle, il faut donc au préa­lable que ce type de société soit en place, pour qu’en­suite la présence de nombreux ouvriers exploi­tés enclenche la révo­lu­tion de ses rêves !

Voilà en guise de préface quelques mises au point à propos de la présence de cette femme Wayuu, Karmen Rami­rez Boscan, amérin­dienne anti-élec­tri­cité, à Paris en octobre 2015…

COP 21 : le mot « décrois­sance » fait très peur au Figaro.

  • Le Figaro 4/11/2015 – Yves de Kerdrel :

« Le danger qui pèse sur cette fameuse COP 21, c’est le mot « décrois­sance » qui commence à réap­pa­raître dans la bouche des ayatol­lahs de l’éco­lo­gie ». Comment vendre ce malthu­sia­nisme d’un autre siècle à une Europe où l’on compte actuel­le­ment pas moins de 23 millions de chômeurs ? »

  • Le Figaro, édito­rial, première page, Lundi 30 novembre 2015 – Gaëtan de Capèle :

« Lignes rouges »

« Le sommet de la COP 21 sur le climat qui s’ouvre aujourd’­hui à Paris se veut histo­rique. Il ambi­tionne, ni plus ni moins, de trou­ver un accord contrai­gnant pour tous les pays, visant à limi­ter à 2° C la hausse de la tempé­ra­ture sur Terre d’ici à la fin du siècle.

Pour dire les choses fran­che­ment, cette loin­taine pers­pec­tive n’est pas la première préoc­cu­pa­tion des Français. Entre la montée du terro­risme isla­mique et une crise écono­mique inter­mi­nable, la lutte contre le réchauf­fe­ment clima­tique, si inquié­tant soit-il, paraît bien éloi­gnée des prio­ri­tés du moment. Surtout trai­tée à travers une de ces grand-messes dont on promet toujours monts et merveilles, pour un bilan concret à ce jour plus que maigre­let. Ces consi­dé­ra­tions n’en­lèvent pour autant rien à la néces­sité d’agir vite contre les causes du dérè­gle­ment clima­tique. Derrière ce phéno­mène, chacun sait que se profilent des catas­trophes météo­ro­lo­giques, ainsi que des migra­tions massives aux consé­quences géopo­li­tiques incal­cu­lables.

Comment inter­rompre le cours des évène­ments? C’est là que les diffi­cul­tés commencent. Au moment où s’en­gage le grand marchan­dage plané­taire pour réduire les émis­sions de CO2, les lignes rouges à ne pas fran­chir pour la France s’im­posent d’elles-mêmes. La première serait de s’aven­tu­rer sur le chemin morti­fère de la décrois­sance, où voudraient l’en­traî­ner les voyous qui se sont déchaî­nés place de la Répu­blique, mais aussi une partie de la majo­rité. Lorsque l’ac­ti­vité est déjà réduite à néant et le chômage au zénith, mieux vaut miser sur le déve­lop­pe­ment par l’in­no­va­tion que sur l’at­tri­tion. (1) La deuxième est celle de la fisca­lité, où l’ima­gi­na­tion de la gauche est sans limite. Même avec une teinte d’éco­lo­gie, plus aucune taxe nouvelle n’est accep­table dans le pays. La dernière ligne rouge est celle du cava­lier seul, cette spécia­lité française qui consiste à char­ger notre sac pour l’exemple, en espé­rant que les autres suivront. Ce qui nous vaut aujourd’­hui de payer une « taxe Chirac » sur les billets d’avion et demain une taxe sur les tran­sac­tions finan­cières.

Lutter contre le réchauf­fe­ment clima­tique est sans nul doute une néces­sité. Mais sans naïveté ! »

(1) = souli­gné par moi, T.S.

Preuve que l’on vise où cela fait mal en contes­tant fron­ta­le­ment la notion même de « crois­sance » !

Ne pas oublier la notion de « déve­lop­pe­ment », qui bloque toute prise en compte de la lutte pour réta­blir les équi­libres écolo­giques depuis au moins 1970, lorsqu’à la suite de la première confé­rence mondiale sur les dangers pesant sur la biosphère, en septembre 1968, à l’UNESCO (j’y étais!), confé­rence qui lança le Projet M.A.B. de l’O.N.U. (Man and Biosphère), et suite à l’offres de l’am­bas­sa­deur de Suède d’or­ga­ni­ser à Stock­holm le Premier Sommet de l’O.N.U. sur l’en­vi­ron­ne­ment (il se tien­dra en juin 1972), avec l’idée de program­mer tous les 10 ans ce genre de Sommet, le dernier ayant eu lieu à Rio en 2012, il est alors apparu dès 1970, lorsque Maurice Strong (décédé le 28 novembre dernier, voir à ce sujet le billet de Nico­lino sur son site,« Planète sans visa » article sur « Cette funeste confé­rence clima­tique… ») pren­dra les premiers contacts en vue de prépa­rer le Sommet de 1972, que le problème vien­dra des nouveaux états du Tiers-Monde obsé­dés par la notion de « déve­lop­pe­ment ».

Il tentera de trou­ver la parade au sémi­naire de Founex, en Suisse, en juin 1971. C’est là qu’il sera décidé de séduire les États du Tiers-Monde enga­gés dans la course à l’imi­ta­tion du « merveilleux mode de vie occi­den­tal », en utili­sant désor­mais systé­ma­tique­ment dans les textes de l’ONU le mot « déve­lop­pe­ment » toujours immé­dia­te­ment à côté du mot « envi­ron­ne­ment ».

Puis en 1983, l’homme d’af­faires Maurice Strong va créer la Commis­sion ONU « Envi­ron­ne­ment et déve­lop­pe­ment », d’où sortira en 1987 le Rapport Brundt­land, lequel réuti­li­sera l’ex­pres­sion inven­tée par les natu­ra­listes de UICN et WWF en 1980 : « sustai­nable deve­lop­ment », elle-même imagi­née alors pour rempla­cer celle d’Ignacy Sachs : « écodé­ve­lop­pe­ment », au sens de « déve­lop­pe­ment écolo­gique », qu’il lança en 1972.

Mais en 2015, et toujours venant d’un des pays les plus féro­ce­ment mimé­tique, l’Inde,  comme en 1970, la demande, encore,  de ne pas être obligé de lutter contre la pollu­tion, les gaz à effets de serre, etc… tant que « l’Ame­ri­can Way of Life » n’est pas géné­ra­li­sée à l’in­té­rieur du pays :

le Premier Ministre Naren­dra Modi déclare :

« La justice exige qu’a­vec le peu de carbone que nous pouvons encore brûler en toute sécu­rité, les pays en déve­lop­pe­ment soient auto­ri­sés à croître »

L’Inde, troi­sième pollueur mondial, défend son droit au déve­lop­pe­ment : en 2015, sa crois­sance a dépassé celle de la Chine et base sa demande de conti­nuer sur cette lancée au nom de ses « 300 millions de pauvres qui n’ont pas accès à l’élec­tri­cité ».

A ce rythme, ses émis­sions de gaz à effet de serre devraient doubler d’ici à 2030, mais au nom de la « justice clima­tique » (étrange notion qui enchante les milieux marxistes), sans jamais expliquer ce que serait la justice ou l’éga­lité : tous égaux car tous équi­pés d’une BMW !? Quel mode de vie faut-il géné­ra­li­ser ? Quel mode de vie faut-il imiter ? Ne faudrait-il pas rattra­per le mode de vie modeste du sarcleur burki­nabé qui vit modes­te­ment avec des outils à main fabriqués par l’ar­ti­san du village, avec des moyens simples ? En ce cas ce serait l’Afrique qui serait en avance, et les pays occi­den­taux qui seraient en retard sur le bon mode de vie écolo­gique­ment soute­nable et parta­geable équi­ta­ble­ment non seule­ment entre tous les humains, sans piller les ressources de la biosphère, mais aussi entre tous ces humains et toutes les autres espèces animales et végé­tales, grâce à un mode de vie à faible empreinte écolo­gique, garan­tis­sant la péren­nité des écosys­tèmes sauvages néces­saires au confort des animaux libres. Voilà ce qui serait la véri­table justice !

Mais ce Premier Ministre clame :

« Les modes de vie de certains ne doivent pas empê­cher les oppor­tu­ni­tés de ceux, nombreux, qui sont encore à la première marche de l’échelle du déve­lop­pe­ment »

Ce sont les propos d’une personne qui a été victime de l’eth­no­cide, c’est à dire victime de son état de membre de l’élite instruite, donc embour­geoi­sée, souvent issues d’une forma­tion reçue au cœur de la patrie colo­niale, à Oxford ou à Cambridge. Ces citoyens de l’Inde ont été convain­cus par cette instruc­tion (à relire comme une défor­ma­tion, un bour­rage de crâne, un effet de la préten­due « œuvre civi­li­sa­trice ») de leur état de membres d’un peuple infé­rieur qui doit rattra­per la métro­pole montrée en modèle. L’eth­no­cide intro­duit le complexe  d’in­fé­rio­rité, la honte de prove­nir de ce que le colon nomme avec mépris la « sauva­ge­rie » et donc la néces­sité pour l’in­fé­rio­risé de se mettre en route vers la vie supé­rieure, la vie civi­li­sée, donc de s’oc­ci­den­ta­li­ser. Serge Latouche a raison de dire que le déve­lop­pe­ment n’est rien d’autre que l’oc­ci­den­ta­li­sa­tion !

Mais il y a parfois de belles surprises :

Par exemple le 10 octobre 2015 à l’oc­ca­sion des trois jour­nées de soli­da­rité avec les peuples Amérin­diens orga­ni­sée par http://www.csia-nitas­si­nan.org à Paris, salle Olympe de Gouges 15 rue Merlin 75011, la délé­guée des femmes du peuple amérin­dien Wayuù, venue de Colom­bie, Karmen Rami­rez Boscàn, va décla­rer en évoquant leur lutte contre la plus grande mine à ciel ouvert du monde, 69 000 hectares, une mine de char­bon desti­née à four­nir l’éner­gie à une usine thermo-élec­trique :

« Mais nous ne voulons pas d’élec­tri­cité ! nous n’en avons pas besoin ! »

Il faudrait en parler à Jean-Louis Borloo qui pense remarquable et admi­rable ses initia­tives pour donner l’élec­tri­cité à tous les Afri­cains !

Les Occi­den­taux croient toujours que leur mode de vie est supé­rieur, et forcé­ment à géné­ra­li­ser !

Or on sait que c’est écolo­gique­ment impos­sible, et même pas souhai­table en termes de mode de vie épanouis­sant et tranquille­ment agréable ! Le bonheur est dans la vie simple, à taille humaine : rien à voir avec la déme­sure où mène la course à la compé­ti­ti­vité, ou la folie promé­théenne de faire croire que le progrès consiste à se battre contre la nature et en tirer coûte que coûte le maxi­mum de « richesses », ce qui est hélas le projet qu’ont en commun les idéo­lo­gies commu­nistes et capi­ta­listes sous le nom inventé en 1824 par Saint-Simon : « l’in­dus­tria­lisme ». Puis, en 1837, Adolphe Blanqui sera le premier à parler de « révo­lu­tion indus­trielle », comme si on assis­tait à une phase déci­sive de la marche du progrès, une sorte de bond en avant !

On sait aujourd’­hui qu’il s’agis­sait en réalité d’un formi­dable regrès, une baisse consi­dé­rable du senti­ment de bonheur. Les heures de travail abru­tis­sant ne cessèrent par la suite d’aug­men­ter. Au bout de ce parcours, il y aura un tel senti­ment de mal-être que les « modernes » devien­dront d’énormes consom­ma­teurs de substances phar­ma­ceu­tiques pour « se sentir vaille que vaille « bien » » ou vont se jeter sur toutes les acti­vi­tés qui permettent de fuir le senti­ment confus, indi­cible, que la vie est fina­le­ment absurde, en se ruant vers tout ce qui distrait et diverti.

Pour le seul bonheur des commerçants : un être malheu­reux est plus porté à consom­mer, ache­ter n’im­porte quoi, qu’un être comblé, épanoui, heureux des petits riens qui font la richesse de la vie pauvre, volon­tai­re­ment sobre, car remplie de pléni­tude spiri­tuelle et de tranquille et lente médi­ta­tion, ou de conver­sa­tions déten­dues au sein d’une vie convi­viale pleine de chaleur humaine, de douceur, d’amour, bref, le « temps de vivre », vrai­ment, dans une vie villa­geoise ou tribale où tout le monde se connait et vaque genti­ment à ses occu­pa­tions trans­mises patiem­ment au fil des géné­ra­tions comme si le temps immo­bile appor­tait la sécu­rité en se conten­tant de trans­mettre des habi­tudes immé­mo­riales.

Comme nous l’a dit à la Maison de l’Amé­rique Latine, du Boule­vard Saint Germain à Paris, le shaman Yano­mami Davi Kope­nawa :

« Nous, ce qu’on veut, c’est vivre comme avant et que rien ne change » !

Des propos à faire fulmi­ner de rage les apôtres de « l’His­toire » (mythe que se raconte les occi­den­taux !), les ethno­logues anti-ethnies Jean-Loup Amselle et Natha­lie Cuny (revue « Lignes » n° 34 et 35 et livre : « Langues à l’en­can » (2009)), dont l’injure favo­rite est le mot « essen­tia­liste » pour se moquer des « roman­tiques » qui prétendent aimer la vie « comme avant » ! C’est pour plaire à ce courant que l’État a détruit trois musées natio­naux à Paris : le Musée de la Porte dorée des arts afri­cains et océa­niens, le musée des arts et coutumes paysannes ou « A.T.P. », et le musée de l’Homme où l’on présen­tait les modes de vie immen­sé­ment variés des peuples tradi­tion­nels du monde, en haut de la colline du Troca­déro.

Pour avoir une idée de la mytho­lo­gie qui suinte de toutes les vitrines du nouveau musée de l’Homme inau­guré en octobre 2015, on lira de Wiktor Stocz­kowski dans la revue « L’Homme » 1990, n° 116, p. 111–135 : « La préhis­toire dans les manuels scolaires, ou notre mythe des origines ».

Thierry Sallan­tin

20 décembre 2015.


derniers textes sur inter­net = Le musée de l’Homme ou la mise à mort du passé.

Les racines histo­riques de la catas­trophe clima­tique qui se précise.

ce dernier texte aussi sous le titre : « Les peuples contre l’État : 6 000 ans d’évo­lu­tion tota­li­taire« 

 

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