folder Filed in Activisme, Environnement / Écologie
La nation Wampis met en place le premier gouvernement indigène autonome du Pérou
comment 2 Comments

Article initia­le­ment publié (en anglais) sur le site d’in­for­ma­tion indi­gène Inter­con­ti­nen­tal Cry, le 4 décembre 2015.


Pour la plupart des péru­viens, c’était un dimanche comme un autre; mais dans la commu­nauté Wampis de Sole­dad, c’était un jour histo­rique. Le 29 novembre, la nation Wampis a déclaré la créa­tion du premier gouver­ne­ment indi­gène auto­nome du Pérou.

Sur une surface d’1.3 millions d’hec­tare — une région de la taille de l’état du Connec­ti­cut — le gouver­ne­ment nouvel­le­ment élu rassemble 100 commu­nau­tés Wampis, repré­sen­tant envi­ron 10 613 personnes qui conti­nuent de vivre une vie de subsis­tance tradi­tion­nelle basée sur la chasse, la pêche et l’hor­ti­cul­ture.

Bien que ce gouver­ne­ment nouvel­le­ment formé ne cherche pas à obte­nir l’in­dé­pen­dance vis-à-vis du Pérou, son prin­ci­pal rôle est de proté­ger le terri­toire Wampis ances­trale et de faire la promo­tion d’un mode de vie qui privi­lé­gie le bien-être, la sécu­rité alimen­taire et l’exis­tence en harmo­nie avec le monde natu­rel.

Dans le monde d’aujourd’­hui, ça n’est pas une mince affaire; mais c’en est une néces­saire, comme Andres Noningo Sesen, Waimaku (Visio­naire Wampis), l’ex­plique dans un e-mail récem­ment envoyé à « the New Inter­na­tio­na­list ». En raison de la progres­sion des compa­gnies minières et pétro­lières, de la défo­res­ta­tion illé­gale et des plan­ta­tions de palmiers à huile, les Wampis voient leur subsis­tance de plus en plus mena­cée.

Nous serons toujours des citoyens péru­viens, mais nous aurons notre propre gouver­ne­ment, respon­sable pour notre propre terri­toire. Cela nous permet­tra de défendre nos forêts contre les menaces de défo­res­ta­tion, d’ex­trac­tion, de forage pétro­lier et gazier, et de grands barrages. Ces menaces sont de plus en plus impor­tantes au fil des ans.

Cette unité nous offrira la force poli­tique dont nous avons besoin pour expliquer notre vision au monde, aux gouver­ne­ments et aux compa­gnies qui ne voient que l’or et le pétrole de nos rivières et de nos forêts. Pour eux, nous ne sommes trop souvent qu’un petit insecte qu’ils veulent écra­ser. Toute acti­vité plani­fiée sur notre terri­toire, et risquant donc de nous affec­ter, devra être déci­dée par notre propre gouver­ne­ment, qui repré­sente toutes nos commu­nau­tés.

Le nouveau gouver­ne­ment est composé d’un président, d’un vice-président et d’un parle­ment de 80 membres, élus par chaque commu­nauté Wampis à travers leurs propres assem­blées locales. Au final, il y aura 102 membres. La base de la gouver­nance c’est ce statut de gouver­ne­ment de terri­toire auto­nome de la nation Wampis, résul­tat d’un long proces­sus, sur plusieurs années, avec plus de 50 rencontres commu­nau­taires, 15 assem­blées géné­rales, pour déve­lop­per et débattre des statuts qui établissent leur vision du futur, dans tous les domaines, y compris la reli­gion, la spiri­tua­lité, l’édu­ca­tion, le langage, et la redé­cou­verte des noms ances­traux des lieux.

Les statuts mettent l’ac­cent spécia­le­ment sur les droits des femmes, en décla­rant:

La nation Wampis œuvrera afin de parve­nir à la véri­table égalité des genres. Le gouver­ne­ment travaillera à tous les niveaux pour faire la promo­tion d’une campagne visant à mettre fin à la violence contre les femmes Wampis… le respect des femmes et l’unité l’em­porte sur les pratiques cultu­relles, en parti­cu­lier la poly­ga­mie, qui a pris place dans d’autres contextes histo­riques et qui aujourd’­hui peut entrai­ner des conflits sociaux… Le gouver­ne­ment Wampis privi­lé­giera l’ac­cès au troi­sième niveau d’édu­ca­tion pour les femmes, dans diverses univer­si­tés du pays.

Les statuts soulignent égale­ment les obli­ga­tions de l’état péru­vien de respec­ter les droits et l’au­to­no­mie des peuples et nations indi­gènes. Parmi d’autres prin­cipes, les statuts requièrent que toute acti­vité pouvant affec­ter le terri­toire Wampis doit d’abord obte­nir le consen­te­ment préa­lable libre et éclairé de la nation Wampis. En parti­cu­lier, cela signi­fie que le gouver­ne­ment du Pérou ne peut faire de conces­sions permet­tant aux compa­gnies minières ou pétro­lières d’en­trer en terri­toire Wampis sans consul­ta­tion préa­lable.

Actuel­le­ment, les Wampis sont en train de s’op­po­ser à une telle conces­sion, qui a été accor­dée à, entre autres, Afro­dita S.A. pour des acti­vi­tés d’ex­trac­tion auri­fère dans une zone bina­tio­nale proté­gée le long de la fron­tière avec l’Equa­teur. Depuis 2001, Afro­dita main­tient une présence dans cette partie de l’Ama­zo­nie Péru­vienne, et en 2010 a vu sa license suspen­due dans la région de la Cordillère du Condor, en raison de la résis­tance indi­gène soute­nue des commu­nau­tés vivant le long des fleuves Cenpea et Marano. Ces deux fleuves ont souf­fert de pollu­tions graves au mercure et au cyanure, en raison des acti­vi­tés minières de la région.

Ceci, selon le Pamuk (premier président) nouvel­le­ment élu, Wrays Pérez Rami­rez, sera le plus grand défi pour le gouver­ne­ment du terri­toire auto­nome de la nation Wampis. Le nouveau président a expliqué à Inter­con­ti­nen­tal Cry, au télé­phone:

Nous savons que cela va être diffi­cile de faire en sorte que le gouver­ne­ment natio­nal nous soutienne et recon­naisse notre terri­toire. Cela va sembler inac­cep­table pour le gouver­ne­ment d’avoir à nous consul­ter pour les acti­vi­tés qui pour­raient affec­ter notre terri­toire. Nous savons que cela va être un travail diffi­cile, mais nous sommes prépa­rés. Nous ne reste­rons pas silen­cieux, surtout lorsque nous savons que nous sommes soute­nus par la légis­la­tion natio­nale et inter­na­tio­nale en ce qui concerne notre droit à l’auto-déter­mi­na­tion, et au consen­te­ment préa­lable, libre et éclairé. Cela va être diffi­cile, mais pas impos­sible.

« L’élec­tion n’a pas eu lieu sans que le gouver­ne­ment soit au courant », ajoute-t-il. « Les gouver­neurs des provinces d’Ama­zo­nas et de Loreto ont été invité au sommet, ainsi que le ministre de l’en­vi­ron­ne­ment, de l’éner­gie et de l’ex­trac­tion minières, et que le ministre de la culture, mais ils ne sont pas venus. Au niveau local, nous avons le soutien de, et travaillons étroi­te­ment avec, entre autres, les maires de Rio Santiago et de Morona qui sont en accord avec notre déci­sion ».

Cette déci­sion histo­rique de la nation Wampis sera une source d’ins­pi­ra­tion pour les nations indi­gènes à travers l’Amé­rique Latine. En tant que modèle de déve­lop­pe­ment soute­nable et de préser­va­tion de certaines des dernières forêts restantes, cela devrait égale­ment inspi­rer les diri­geants mondiaux lors de leurs rencontres au sommet pour le climat de la COP21 à Paris, cette semaine.

« Tandis que le gouver­ne­ment péru­vien et d’autres gouver­ne­ments sont à Paris en train de discu­ter de la protec­tion des forêts tropi­cales et des réduc­tions de conta­mi­na­tions, nous prenons des mesures concrètes sur notre terri­toire pour contri­buer à tout cela », explique le Pamuk nouvel­le­ment élu.


Traduc­tion: Nico­las Casaux

anticapitalisme autonomie écologie indigènes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire