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L'espèce humaine va-t-elle s'éteindre? (par Dahr Jamail & Guy McPherson)
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Traduc­tion d’une inter­view de Guy McPher­son par le jour­na­liste indé­pen­dant Dahr Jamail, publiée le 1er décembre 2014, sur le site de Truthout


Certains scien­ti­fiques, dont Guy McPher­son, craignent que la pertur­ba­tion clima­tique ne soit si grave, et qu’elle ne comporte telle­ment de boucles de rétro­ac­tions déjà enclen­chées, que les humains ne soient actuel­le­ment en train de provoquer leur propre extinc­tion.

Août, Septembre et Octobre ont été les mois les plus chauds jamais enre­gis­trés, respec­ti­ve­ment. Tout comme cette année, en bonne voie pour deve­nir l’an­née la plus chaude jamais enre­gis­trée, 13 des 16 dernières années ont été les plus chaudes jamais enre­gis­trées.

Le char­bon dépas­sera proba­ble­ment le pétrole comme source d’éner­gie domi­nante d’ici 2017, et sans virage majeur lais­sant de côté le char­bon, les tempé­ra­tures mondiales moyennes pour­raient augmen­ter de 6°C d’ici 2050, entraî­nant un chan­ge­ment clima­tique dévas­ta­teur.

Il s’agit d’un pronos­tic bien pire que la pire des prévi­sions du Groupe inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du climat (GIEC), qui prédit une augmen­ta­tion d’au moins 5 degrés Celsius d’ici 2100 dans son pire scéna­rio, si le commerce conti­nue comme d’ha­bi­tude, sans efforts majeurs de réduc­tion.

Et pour­tant les choses conti­nuent d’em­pi­rer telle­ment rapi­de­ment que le GIEC ne peut suivre.

Le maga­zine Scien­ti­fic Ameri­can a dit du GIEC: « à travers deux décen­nies et des milliers de pages de rapports, la prin­ci­pale auto­rité du monde en termes de clima­to­lo­gie a conti­nuel­le­ment sous-estimé le taux et l’in­ten­sité du chan­ge­ment clima­tique et le danger que ces impacts repré­sentent ».

Et rien n’in­dique, dans le monde poli­tique ou corpo­ra­tiste, qu’un chan­ge­ment majeur, ou quoi que ce soit s’en rappro­chant, visant à réduire dras­tique­ment la pertur­ba­tion anthro­pique du climat (PAC), ne voie le jour.

Guy McPher­son est un profes­seur émérite en ressources natu­relles, en écolo­gie et en biolo­gie de l’évo­lu­tion, de l’uni­ver­sité d’Ari­zona, qui étudie la PAC depuis près de 30 ans.

Guy McPher­son

Son blog, Nature Bats Last [« la nature aura le dernier mot », à peu près, en français] attire un nombre crois­sant de lecteurs, et depuis 6 ans, McPher­son voyage à travers la planète en présen­tant des confé­rences sur un sujet qui, même pour les initiés, est à la fois choquant et contro­versé : la possi­bi­lité de l’ex­tinc­tion de l’hu­ma­nité à court terme, à cause de l’em­bal­le­ment de la PAC.

Comme McPher­son l’a expliqué à Truthout : « Nous n’avons jamais connu cela en tant qu’es­pèce, et les impli­ca­tions sont vrai­ment extrêmes et profondes pour notre espèce et le reste de la planète vivante. » Il a égale­ment expliqué à Truthout qu’il pensait que l’ex­tinc­tion de l’hu­ma­nité à court terme pour­rait éven­tuel­le­ment résul­ter de la perte de la glace de la mer Arctique, ce qui consti­tue l’une des 40 boucles de rétro­ac­tions qui s’auto-renforcent de la PAC. « Un monde sans glace Arctique sera une chose entiè­re­ment nouvelle pour les humains », explique-t-il.

Au moment de notre inter­view, il y a moins d’un an, McPher­son avait iden­ti­fié 24 boucles de rétro­ac­tions renfor­cées posi­tives. Aujourd’­hui leur nombre s’élève à 40.

Une boucle de rétro­ac­tion peut se penser comme un cercle vicieux, en ce qu’elle accé­lère les impacts de la PAC. Un exemple, les émis­sions de méthane dans l’Arc­tique. Des quan­ti­tés massives de méthane sont actuel­le­ment enfer­mées dans le perma­frost, qui fond aujourd’­hui rapi­de­ment. A mesure de la fonte du perma­frost, le méthane, un gaz à effet de serre 100 fois plus puis­sant que le dioxyde de carbone sur une courte période de temps, est relâ­ché dans l’at­mo­sphère, la réchauf­fant, ce qui entraîne plus de fonte du perma­frost, etc.

Bien que la pers­pec­tive de McPher­son puisse sembler extra­va­gante et comme droit sortie de la science-fiction, des choses simi­laires se sont déjà produites sur la planète par le passé. Il y a 55 millions d’an­nées, une augmen­ta­tion de 5°C des tempé­ra­tures mondiales moyennes semble avoir eu lieu en l’es­pace de 13 ans, selon une étude publiée en Octobre 2013 dans les comptes rendus de l’Aca­dé­mie améri­caine des sciences. Un rapport dans le numéro d’août 2013 du maga­zine Science a révélé que dans un futur proche, le climat de la Terre allait chan­ger 10 fois plus vite qu’à n’im­porte quel moment de ces dernières 65 millions d’an­nées.

Avant cela, l’ex­tinc­tion de masse du Permien qui avait eu lieu il y a 250 millions d’an­nées, aussi appe­lée « la Grande Mort » (« The Great Dying »), a été déclen­chée par une coulée massive de lave dans une région de la Sibé­rie, qui entraîna une augmen­ta­tion des tempé­ra­tures mondiales de 6°C. Ceci, en retour, a entraîné la fonte de dépôts gelés de méthane sous-marins. Une fois dans l’at­mo­sphère, ces gaz ont entrainé une augmen­ta­tion des tempé­ra­tures encore plus impor­tante. Tout ceci s’est produit sur une période d’en­vi­ron 80 000 ans. Le chan­ge­ment de climat semble être l’élé­ment clé de la plupart des extinc­tions de la planète. Lors de cette extinc­tion, on estime que 95% des espèces furent éradiquées.

Les preuves scien­ti­fiques actuel­le­ment obser­vables suggèrent forte­ment que nous soyons au cœur du même proces­sus — seule­ment cette fois, il serait d’ori­gine anthro­pique, et se dérou­le­rait plus rapi­de­ment que l’ex­tinc­tion de la fin du Permien.

Nous allons proba­ble­ment commen­cer à voir des périodes d’Arc­tique sans aucune glace dès l’été prochain, ou l’été 2016 au plus tard.

Une fois que la glace d’été commen­cera à fondre, les émis­sions de méthane augmen­te­ront forte­ment.

Nous sommes actuel­le­ment au cœur de ce que la plupart des scien­ti­fiques appellent la sixième extinc­tion de masse de l’his­toire de la planète, avec la dispa­ri­tion de 150 à 200 espèces chaque jour — un taux 1000 fois plus élevé que le taux d’ex­tinc­tion « natu­rel » ou « d’ar­rière-plan ». L’ex­tinc­tion actuelle dépasse déjà en vitesse, et dépas­sera peut-être en inten­sité, celle du Permien. La diffé­rence c’est que cette extinc­tion est causée par les humains, qu’elle ne pren­dra pas 80 000 ans, qu’elle n’a duré que quelques siècles et qu’elle prend de la vitesse de façon non-linéaire.

Est-il possible, en plus des vastes quan­ti­tés records de dioxyde de carbone qui conti­nuent à être émises dans l’at­mo­sphère en raison de l’uti­li­sa­tion de combus­tibles fossiles, qu’une émis­sion crois­sante de méthane déclenche le genre de proces­sus ayant mené à la Grande Extinc­tion? Certains scien­ti­fiques, dont Guy McPher­son, craignent que la pertur­ba­tion clima­tique ne soit si grave, et qu’elle ne comporte telle­ment de boucles de rétro­ac­tions déjà enclen­chées, que les humains ne soient actuel­le­ment en train de provoquer leur propre extinc­tion. Pire encore, certains sont convain­cus que cela pour­rait se produire bien plus rapi­de­ment que ce qui est géné­ra­le­ment consi­déré comme possible — même au cours des quelques décen­nies à venir.

Truh­tout s’est entre­tenu avec le profes­seur McPher­son lors de la confé­rence « Earth at Risk«  (« Terre en Danger ») à San Fran­cisco, récem­ment, pour lui poser des ques­tions sur son pronos­tic d’ex­tinc­tion de l’hu­ma­nité, et ce que cela signi­fie­rait pour nos vies aujourd’­hui.

Dahr Jamail (DJ) : Quels sont les signes actuels et les rapports qui vous décon­certent, et qui vous donnent matière à réflexion?

Je voyage depuis quelques temps, donc je n’ai pas suivi ce qu’il s’est passé ces 10 derniers jours. Mais disons, la tempête de neige de Buffalo, état de New York, qui a été la plus impor­tante jamais enre­gis­trée à Buffalo, avec près d’1,90 mètres de neige en moins de 24 heures. C’est la plus impor­tante jamais enre­gis­trée aux USA.

L’Aus­tra­lie, pendant ce temps-là, est en feu. Je reviens de Nouvelle-Zélande, le prin­temps vient d’y commen­cer, puisqu’il s’agit de l’hé­mi­sphère Sud. Durant tout mon séjour là-bas, les gens parlaient de la chaleur qu’il y faisait, et « d’à quel point nous sommes déjà en été », et il ne s’agis­sait que des premiers jours du milieu du prin­temps.

Il y a donc toutes sortes de faits mis en évidence par l’ob­ser­va­tion.

Nous avons mis en route une autre boucle de rétro­ac­tion, la 40ème, il y a à peine 2 semaines ; puis, il y a à peine une semaine, un rapport scien­ti­fique a été publié qui expliquait que pour chaque degré d’aug­men­ta­tion de la tempé­ra­ture, il y a 7% (de risque) d’in­ci­dences d’éclairs en plus. Cela contri­bue au renfor­ce­ment d’une autre boucle de rétro­ac­tion, celle des feux, parti­cu­liè­re­ment dans l’hé­mi­sphère nord, et parti­cu­liè­re­ment dans les forêts boréales. Donc, à mesure que cela se réchauffe et s’as­sèche, il y a plus d’in­cen­dies, et leur inten­sité augmente, et cela émet encore plus de carbone dans l’at­mo­sphère, ce qui, bien évidem­ment, accé­lère la pertur­ba­tion du climat.

Donc, la foudre est un élément de tout ça. Comme il y a plus d’hu­mi­dité dans l’at­mo­sphère et plus de chaleur montant dans l’at­mo­sphère, réchauf­fant la planète, il y a plus d’éclairs. Toute l’at­mo­sphère devient plus dyna­mique. Voilà quelques-unes des choses qui me viennent à l’es­prit.

Dahr Jamail

DJ: D’après vous, combien de temps reste-t-il à l’hu­ma­nité avant son extinc­tion?

C’est une ques­tion très complexe, et nous sommes une espèce si intel­li­gente. Il est clair que le chan­ge­ment clima­tique abrupt est en cours. La concen­tra­tion de méthane dans l’at­mo­sphère augmente expo­nen­tiel­le­ment. Paul Beck­with, un clima­to­logue de l’uni­ver­sité d’Ot­tawa, indique que nous pour­rions connaitre une augmen­ta­tion de 6 degrés Celsius en une décen­nie. Il pense que nous survi­vrons à cela. Je ne vois pas comment. C’est un physi­cien et ingé­nieur spécia­liste du laser, je pense donc qu’il ne comprend pas la biolo­gie et le type d’ha­bi­tat dont nous avons besoin pour survivre.

Il est donc diffi­cile pour moi d’ima­gi­ner un scéna­rio dans lequel nous survi­vrions à une augmen­ta­tion de ne serait-ce que 4 °C [par rapport aux niveaux préin­dus­triels] de la tempé­ra­ture, et nous connaî­trons cela dans un futur très proche, aux envi­rons de 2030, plus ou moins. Il est donc diffi­cile pour moi d’ima­gi­ner que notre espèce soit encore là en 2030.

Mais lorsque je propose des confé­rences j’es­saie de ne pas me concen­trer sur une date en parti­cu­lier ; j’es­saie juste de rappe­ler aux gens qu’ils sont mortels. Que la nais­sance est létale, et que nous n’avons pas beau­coup de temps à vivre sur cette Terre, même si nous vivions 100 ans, et que nous ferions donc mieux de pour­suivre ce que nous aimons, au lieu de pour­suivre le prochain dollar.

DJ: A un niveau plus micro, que voyez- vous se produire aux USA, si Beck­with et d’autres scien­ti­fiques prédi­sant une augmen­ta­tion rapide des tempé­ra­tures en si peu de temps ont raison?

L’in­té­rieur des conti­nents se réchauffe au moins deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Donc une augmen­ta­tion de 6°C en moyenne signi­fie au moins 12 degrés Celsius d’aug­men­ta­tion à l’in­té­rieur des conti­nents — il n’y a donc aucune chance pour que celui-ci soit viable pour les humains. Donc il faudrait se trou­ver dans un envi­ron­ne­ment mari­time.

Je pense qu’a­vant même d’at­teindre 6 degrés Celsius d’aug­men­ta­tion, nous perdrons tous les habi­tats. Nous perdrons la quasi-tota­lité du phyto­planc­ton des océans, qui est déjà en sérieux déclin en raison de l’aug­men­ta­tion de l’aci­dité des océans. Il est diffi­cile pour moi d’ima­gi­ner une situa­tion dans laquelle les plantes, même les plantes terrestres, survi­vraient, parce qu’elles ne peuvent pas se lever et se dépla­cer. Et sans plantes, pas d’ha­bi­tat.

A 6 degrés Celsius d’aug­men­ta­tion en l’es­pace de quelques décen­nies, l’évo­lu­tion par sélec­tion natu­relle ne pourra pas suivre. Déjà, le chan­ge­ment clima­tique — qui est actuel­le­ment assez lent, assez linéaire — est plus rapide que l’évo­lu­tion par sélec­tion natu­relle par un facteur d’au moins 10 000, je ne vois donc pas comment la planète pour­rait suivre.

Nous sommes intel­li­gents. Nous pour­rons nous dépla­cer. Et si quelqu’un a un peu de nour­ri­ture en stock, il est possible de survivre un temps, mais le chan­ge­ment clima­tique entraine un effon­dre­ment social, ou peut-être que l’ef­fon­dre­ment social entraine encore plus de chan­ge­ment clima­tique… dans tous les cas, si nous arrê­tons d’en­voyer des sulfates dans l’at­mo­sphère, même au niveau des USA, de l’Eu­rope et de la Chine, cela va entrai­ner une forte augmen­ta­tion de la tempé­ra­ture plané­taire. Selon des rapports, une réduc­tion de 35 à 80% des émis­sions de sulfate entraine une augmen­ta­tion de la tempé­ra­ture de 1°C. Et en quelques jours, peut-être quelques semaines. Donc lorsque le système s’ef­fondre, cela signi­fie que nous serons bien au-dessus de la limite poli­tique ridi­cule de 2°C, qui n’a jamais été une cible scien­ti­fique malgré ce que Michael Mann, et d’autres soi-disant scien­ti­fiques de premier plan, prétendent. 1°C est un objec­tif scien­ti­fique depuis que le groupe de l’ONU de mesure des émis­sions de gaz à effet de serre a établi cela en 1990.

Et, plus grave encore, selon David Spratt, lors d’une présen­ta­tion qu’il a récem­ment propo­sée, 1°C était un objec­tif ridi­cule. 0,8 °C semblait une cible plus raison­nable, et selon son esti­ma­tion, 0,5°C était le Rubi­con que nous n’au­rions jamais dû fran­chir. Nous l’avons fran­chi il y a long­temps, il y a un demi-siècle, et il souligne que nous avons passé tous ces points de bascu­le­ment, toutes ces boucles de rétro­ac­tion, et qu’1°C n’est que pur non-sens, que 0,5°C serait plus raison­nable, mais que c’est dans notre rétro­vi­seur, et ce depuis long­temps.

Prochaine centaine d’an­nées: Extinc­tion de masse – Incen­dies – Séche­resses

DJ: Que diriez-vous aux jeunes couples qui ont des enfants aujourd’­hui, ou qui essaient d’en avoir?

Nous avons des moyens pour empê­cher cela. [McPher­son sourit et s’in­ter­rompt].

J’es­saie d’en­cou­ra­ger les gens à pour­suivre leur passion, à faire ce qu’ils aiment, et appa­rem­ment certaines personnes aiment avoir des enfants.

Mani­fes­te­ment, je pense que c’est une tragé­die terrible, étant donné le peu de temps que nous avons encore sur cette planète en tant qu’es­pèce, mais qui suis-je pour entra­ver le droit à la repro­duc­tion de quelqu’un d’autre?

Donc, si vous aimez avoir des enfants, ayez des enfants et aimez- les, et peu importe la durée de leurs vies, faites en sorte qu’elles soient des années joyeuses. Je crois qu’il en va de même pour nous tous, et si cela vous pousse à mettre au monde des enfants, qui suis-je pour vous empê­cher de faire ce que vous aimez? C’est ce que j’en­cou­rage les gens à faire.

DJ: Étant donné que nous avons déjà dépassé le bord du préci­pice, quelle est notre respon­sa­bi­lité sociale et spiri­tuelle, envers nous-même, envers les autres, et envers la planète, à mesure de l’ap­proche de notre extinc­tion?

Je pense que notre respon­sa­bi­lité sociale c’est de vivre ici, main­te­nant et de contri­buer à la joie des vies de ceux qui nous entourent. Comme dans une situa­tion d’hos­pice. Je crois que nous devrions être les témoins de notre propre sort, ainsi que ceux des nombreuses espèces que nous faisons dispa­raître.

De plus, je pense que nous nous devons de ne pas faire empi­rer les choses pour les autres espèces de la planète. Il semble­rait que nous ayons plongé dans l’abîme, mais nous n’avons pas à empor­ter toutes les autres espèces de la planète dans notre chute.

C’est pour cela que j’ap­pré­cie beau­coup ce qu’il se passe ici, à la confé­rence « Terre en Danger » (« Earth at Risk »), parce qu’on reste concen­tré sur les espèces au-delà de la nôtre propre, et sur les socié­tés et cultures au-delà des nôtres; nous avons tendance à penser que tout tourne autour de « nous », peu importe ce que ce « nous » signi­fie, et d’un point de vue cosmo­lo­gique notre espèce est très récem­ment appa­rue, et pour­tant nous nous pensons le centre de tout.

Donc, peut-être que nous pour­rions, pour chan­ger, penser aux autres, pour commen­cer.

DJ: Pensez-vous que la réalité de la PAC, qui est déjà bien avan­cée, la réalité dont vous parlez depuis des années, commence à entrer dans la conscience mains­tream?

De façon très limi­tée. De temps en temps un article ou repor­tage indique la proxi­mité d’un point de bascu­le­ment. On voit passer des réfé­rences à la barrière de glace de l’Ouest de l’An­tar­c­tique qui s’ef­fon­drera dans l’océan dans un futur pas si loin­tain. Vous voyez un repor­tage sur le Groen­land et sur la glace qui y fond très vite.

Mais notre cycle d’in­for­ma­tion n’est pas de 24h ; il est de 24 secondes. Ces choses vont et viennent rapi­de­ment et puis boum, retour sur les Karda­shians ; retour à la culture des célé­bri­tés.

Il est diffi­cile de faire en sorte que cette culture se concentre de façon signi­fi­ca­tive sur des sujets qui importent, pendant long­temps.

DJ: Pourquoi la discus­sion sur la PAC n’est-elle pas plus vive et répan­due ? Elle devrait être la conver­sa­tion prin­ci­pale pour tout le monde… toute la planète devrait se deman­der, « Qu’al­lons-nous faire? », et agir en réponse à ces ques­tions, mais ce n’est pas le cas. Pourquoi?

Les médias corpo­ra­tistes. Une poignée de corpo­ra­tions contrôle plus de 90% des médias dans ce pays, et à peu de choses près, c’est la même chose dans le reste du monde. Nous avons donc des médias corpo­ra­tistes, et un gouver­ne­ment corpo­ra­tiste, ce que Musso­lini appe­lait le fascisme.

Il n’y a aucun béné­fice à tirer du fait de rappe­ler aux gens que leurs vies sont courtes. Inver­se­ment, il y a des béné­fices à tirer de la vente de produits dont les gens n’ont pas besoin, qu’ils ne peuvent pas se payer et qui ne servent qu’à remplir les poches des PDG et des corpo­ra­tions. Je pense que le fond du problème ce sont les corpo­ra­tions et le contrôle qu’elles exercent sur les messages que nous rece­vons aujourd’­hui.

DJ: Votre pronos­tic d’une extinc­tion à court terme, est, cela va sans dire, contro­ver­sée. Que diriez-vous aux gens qui vous quali­fient d’ex­trême à cause de cela?

Je ne fais que rappor­ter les décou­vertes d’autres scien­ti­fiques. La quasi-tota­lité de ces résul­tats sont publiés dans des organes recon­nus. Je ne pense pas que les gens aient de problèmes avec la NASA, ou la revue Nature, ou Science, ou l’Aca­dé­mie natio­nale des scien­ces… ce que je rapporte provient de sources légi­times et assez connues comme la NOAA [Natio­nal Ocea­nic and Atmos­phe­ric Admi­nis­tra­tion -Admi­nis­tra­tion Natio­nale Améri­caine des Affaires Océa­niques et Atmo­sphé­riques], d’autres sources de la NASA, etc… Je n’in­vente rien, je connecte des points entre eux, et c’est quelque chose que les gens ont du mal à faire.

DJ : En ce qui vous concerne, qu’al­lez- vous faire main­te­nant, à quoi bon ? Qu’est-ce qui vous fait conti­nuer ?

Je ne peux pas m’en empê­cher. Lorsque j’avais 6 ans je suis rentré chez moi avec un numéro de David et Jeanne, je l’ai montré à ma sœur de 4 ans, j’ai ouvert une page, [et] j’ai demandé « Qu’est-ce que c’est que ça? », « c’est un chien », a-t-elle répondu, et tota­le­ment dégoûté, j’ai répondu, « non, c’est Spot. » J’étais déjà énervé parce qu’elle ne connais­sait pas la réponse. J’ai tourné la page et j’ai demandé « qu’est-ce que c’est que ça? », « c’est un chat », a-t-elle répondu. Sur un ton dégouté j’ai dit, « non, c’est Puff! ». J’en­sei­gnais déjà à 6 ans. Ce n’est pas ce que je fais; c’est qui je suis. Je ne peux pas m’en empê­cher.

Donc, servir de témoin, divul­guer l’in­for­ma­tion, connec­ter des choses que les médias mains­tream semblent avoir aban­don­nées, c’est ce que j’ai en moi.

Et la suite, c’est que je vais dépas­ser le stade de super-geek du cerveau gauche scien­ti­fique présen­tant l’in­for­ma­tion, et je vais rappe­ler aux gens que leurs vies sont courtes, en me diri­geant vers le domaine du cœur, ou ce que certains appellent l’es­pace spiri­tuel, ou sur comment affron­ter cela. Ce qu’on fait main­te­nant ? Comment agir en tant qu’être humain? Quelle part de mon huma­nité sert de rappel du fait que nos vies sont courtes ? Peut-être que nous ne devrions pas nous concen­trer sur le maté­ria­lisme aux dépens de tout le reste.

Voilà pour la suite. Et c’est ce que je fais depuis plusieurs mois, et j’es­saie d’af­fi­ner et d’ai­gui­ser ce message pour qu’il soit plus audible, et de me connec­ter avec d’autres alliés qui le trans­mettent, parce que c’est le plus impor­tant des messages qu’il y ait pour notre espèce.

DJ : Avez-vous vu, à travers votre travail, un chan­ge­ment après que vous ayez présenté les faits et montré aux gens où nous en sommes en tant qu’es­pèce, vers ce que vous décri­vez?

Oui, abso­lu­ment. Et deux choses se produisent. La première, lorsque j’ai commencé à déli­vrer cette infor­ma­tion, j’étais le docteur avec des mauvaises manières.

Je rentrais donc dans la pièce, je regar­dais mes graphiques, en regar­dant à peine les patients dans les yeux, en leur disant, « il semble­rait que vous ayez 6 semaines à vivre; n’ou­bliez pas de payer le récep­tion­niste en sortant, j’ai une partie de golf qui m’at­tend, je vous vois la semaine prochaine, si vous êtes encore en vie ». Et puis je partais.

Voilà la façon dont je présen­tais mes confé­rences. Et les gens m’ont fait remarquer que c’était vrai­ment un compor­te­ment inap­pro­prié, et pour le scien­ti­fique que j’étais, c’était assez dur à avaler, mais je le comprends aujourd’­hui.

Et ce qui m’a beau­coup aidé c’est la parti­ci­pa­tion il y a un peu moins d’un an à un atelier d’ac­cep­ta­tion du proces­sus de deuil, et j’ai réalisé que j’étais en deuil, plus spéci­fique­ment en doléance atten­due. L’étape suivante est d’es­sayer d’aug­men­ter l’échelle de la doléance atten­due, afin qu’elle atteigne plus de gens, tout en expliquant ce dont il s’agit. Nous ne pouvons pas rester bloqués sur ce qui « devrait être », nous ne devons pas nous enli­ser dans le « devrait ».

Au lieu de cela, comme Byron Katie le souligne dans son dernier livre, nous devons aimer ce qui « est ». Et ce qui « est », c’est la réalité. Alors accep­tons cela, et aimons cette planète vivante, même si nous sommes en train de la rendre bien moins vivante. Ressen­tons et appor­tons des moments de joie à ceux qui nous entourent.


Traduc­tion: Nico­las Casaux

Édition & Révi­sion: Héléna Delau­nay, Chris­tine Kornog

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  1. Nan mais hé c’est n’importe quoi comme analyse! Autant crever tout de suite ça ira plus vite! Ce fatalisme profond et absolu ça commence à casser les couilles.

    C’est du sensationnalisme pur c’est tout. Dans cet article, un homme sorti du chapeau nous dit qu’on va dépasser les 6°C en moins de 50 ans, dans un autre j’ai lu un homme qui disais une autre prévisions, etc etc. Des articles comme ça y’en à une infinité en ce moment. Et c’est pas en vendant de nouveaux faux prophètes climatiques qu’on va trouver des solutions.

    Où sont les putains de solutions? Pourquoi on perd notre temps à se morfondre dans le fatalisme au lieu de tourner nos esprit vers l’avenir et d’apporter de quoi rebondir?

    J’ai pas d’évangile, j’ai pas les connaissances pour mais je m’informe et je constate. J’aimerai profondément qu’on arrête de pondre des articles si ça n’apporte rien au débat.

    Je pense sincèrement qu’à chaque problème il y a une infinité de solutions, avec leur lot de concessions et de sacrifices, mais les solutions existes. Il y a des centaines de Kickstarter pour nettoyer la planète, préserver les espèces, mais on continue de se mettre les oeillères de la peur sur les yeux, on tourne en rond et la majorité tremble devant le destin. Mais putain non! Faites marcher votre imagination! On est tous capable de faire de grandes choses, de participer à un effort collectif à notre échelle, alors arrêtons de réagir et commençons à agir.

    Merde.

    1. Guy McPherson est loin d’être sorti du chapeau. Si tu as bien lu l’article tu devrais voir que c’est sérieux. C’est dur, oui. Mais même en France, les collapsologues français que sont Pablo Servigne et Raphael Stevens (l’excellent livre « comment tout peut s’effondrer ») rejoignent ces analyses. Partout sur terre des scientifiques et des gens parviennent à ces mêmes conclusions, à peu près.

  2. j AIME PAS L HIVER !!!!!!! vive le réchauffement !!! je vais vous dire un secret , surtout gardez le pour vous : c est moi qui ai le bouton de réglage pour la température !!!!!!!

    Bonne chance à tous !!!!

  3. Que nous allons dans le mur est une chose , faire une métanalyse en liant des donnés à droite et gauche aussi
    dire que nous allons tous disparaitre c’est juste faux comme toute les généralités sauf celle ci 🙂

    oui l avenir est sombre et oui beaucoup vont mourrir
    aprés des solutions existent pour s’adapter et nous ne sommes tous simplement pas assez intelligent pour calculer toute les implications des modifications à venir