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La production énergétique n’est ni renouvelable ni soutenable (par Steven Smith)

Lago Baotou, China, Mongolia. Un lago artificial tóxico donde las fabricas de tratamiento de tierras raras (necesarias en la producción de eolicas, paneles solares etc.) desechan diariamente toneladas de lodos/restos envenenados.

La pres­sion augmente pour la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre, afin de ralen­tir le chan­ge­ment clima­tique. La plupart des gens suggèrent pour cela de quit­ter les combus­tibles fossiles pour se diri­ger vers des alter­na­tives comme le vent, le solaire, la marée et la géother­mie. De telles sources alter­na­tives d’éner­gie sont souvent décrites comme “renou­ve­lables”, ou “soute­nables”. Cette termi­no­lo­gie implique pour la plupart des gens que de telles alter­na­tives peuvent répondre à notre demande en éner­gie à perpé­tuité, sans polluer l’en­vi­ron­ne­ment. C’est faux, et cela va entrai­ner de graves erreurs dans les prises de déci­sions.

L’éner­gie géné­rée pour l’usage humain ne peut pas être “verte”, “propre”, “renou­ve­lable” ou “soute­nable”. Ces mots font tous partie du voca­bu­laire du Green­wa­shing (écoblan­chi­ment) “édul­co­rant”, utilisé pour servir les inté­rêts poli­tiques ou corpo­ra­tistes, ou simple­ment utili­sés en raison d’une mauvaise compré­hen­sion. Ils n’ont aucun fonde­ment dans le langage ou la pensée scien­ti­fique rigou­reuse.

“Je veux que tu passes à l’éner­gie solaire”

Pour faire simple, la Terre peut être consi­dé­rée comme un système de ther­mo­dy­na­mique ouvert en termes d’éner­gie mais fermé en ce qui concerne la matière. Le soleil conti­nue à envoyer de l’éner­gie à la Terre, et de l’éner­gie est réémise dans l’es­pace, à un taux ne variant plus ou moins pas. Sur une très longue période (plusieurs millions d’an­nées) il y a une augmen­ta­tion progres­sive de l’en­tro­pie et une perte d’éner­gie nette de la Terre vers le reste de l’Uni­vers, mais ce proces­sus natu­rel n’est pas signi­fi­ca­tif à l’échelle de la vie humaine.

Cepen­dant, les êtres humains souhaitent de plus en plus conver­tir les radia­tions solaires en diffé­rentes formes d’éner­gie comme l’élec­tri­cité ou les carbu­rants solaires, qui peuvent accom­plir un travail. Cela ne peut être accom­pli qu’en créant des appa­reils ou des machines capables de conver­tir une forme d’éner­gie en une autre, les matières premières servant à construire ces engins étant extraites de la couche terrestre. Ces dispo­si­tifs ont une durée de vie limi­tée et dépendent à leur tour d’une infra­struc­ture (trans­port, villes, usines, univer­si­tés, police, etc.) pour leur main­te­nance et leur mise en œuvre, qui a, elle aussi, une durée de vie limi­tée. Cela requiert conti­nuel­le­ment raffi­nage, extrac­tion minière et proces­sus de fabri­ca­tion.

Dans une usine de panneaux solaires, en Chine.

La quan­tité d’éner­gie solaire captée par ces dispo­si­tifs ne sera jamais suffi­sante pour restau­rer la Terre dans sa condi­tion initiale. Ceci en raison du second prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique. C’est-à-dire que les proces­sus d’ex­trac­tion minière, de construc­tion et d’as­sem­blage, pour conver­tir et utili­ser l’éner­gie, épuisent et dégradent inexo­ra­ble­ment les ressources miné­rales de la Terre. Irré­ver­si­ble­ment et de manière insou­te­nable. Qu’il s’agisse du solaire, de l’éo­lien, de l’hy­drau­lique, du char­bon, des bio-carbu­rants, du nucléaire ou de la géother­mie. Elles sont toutes insou­te­nables selon les lois de la physique.

Le second prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique nous explique égale­ment que nous ne pouvons pas complè­te­ment recy­cler les ressources qui ont été extraites de la Terre et trai­tées pour utili­sa­tion (comme les métaux, l’hé­lium ou l’en­grais phos­phate). Plus le pour­cen­tage de ce que nous souhai­tons recy­cler augmente, plus le coût éner­gé­tique augmente de manière dispro­por­tion­née. Peu importe, donc, que les ressources que nous souhai­tons utili­ser soient toujours dans le sol ou en circu­la­tion à la surface, l’in­dus­trie humaine épui­sera et perdra inévi­ta­ble­ment ces ressources.

Agbog­blo­shie, au Ghana, cime­tière élec­tro­nique. Mais C’est cool, c’est recy­clé, n’est-ce pas.

Plus il y a d’êtres humains sur Terre, plus nous consom­mons d’éner­gie, et plus la dégra­da­tion des ressources de la Terre est rapide et éten­due. L’hu­ma­nité [NdT: la civi­li­sa­tion indus­trielle, plus préci­sé­ment] est comme une immense machine orga­nique, utili­sant de l’éner­gie pour extraire et épui­ser les miné­raux. Plus nous alimen­tons ce système en éner­gie, plus la vitesse de la dégra­da­tion augmente. L’éner­gie issue de la fusion nucléaire, si elle venait à exis­ter, s’avè­re­rait parti­cu­liè­re­ment compé­tente en terme de dégra­da­tion des ressources et de l’en­vi­ron­ne­ment (l’une des consé­quences d’une telle tech­no­lo­gie peut être de conver­tir nos réserves de lithium en hélium qui s’échap­pe­rait de l’at­mo­sphère terrestre et serait perdu pour toujours).

L’éner­gie produite pour l’usage humain est aussi insou­te­nable et aussi non-renou­ve­lable que l’ex­trac­tion minière. Parler d’éner­gie “renou­ve­lable”, ou “soute­nable” est un oxymore, tout comme “l’ex­trac­tion soute­nable” ou le “déve­lop­pe­ment durable/soute­nable”. Plus nous utili­sons d’éner­gie, moins l’hu­ma­nité est soute­nable. Plus vite les gens comprennent ça, plus vite nous pour­rons nous placer sur le chemin de la réduc­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique, au lieu de nous accro­cher aux chimères des sources d’éner­gie alter­na­tives qui perpé­tuent l’in­sou­te­nable.

Dans de futurs articles je montre­rais que les limites seront rencon­trées d’ici quelques décen­nies, et non quelques siècles, et que la lutte pour les ressources augmen­tera la demande en éner­gie issue de combus­tibles fossiles.

Steven Smith


Steven Smith est profes­seur de biolo­gie à l’uni­ver­sité d’Aus­tra­lie-Occi­den­tale.

Source: Article origi­nal.

Traduc­tion : Nico­las Casaux

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4 Comments on "La production énergétique n’est ni renouvelable ni soutenable (par Steven Smith)"

  1. I feel like we could finally reach the real questions.
    Hope to read more soon.
    Thank you for all this

  2. L’auteur de l’article n’a compris qu’une petite partie de la seconde loi de la thermodynamique. Il l’applique à tort et à travers de façon qu’en partant de postulats justes il arrive à une conclusion fausse.

    Par example il ne comprend pas qu’avec de l’énergie on peut réduire l’entropie, donc restaurer des écosystèmes ou recycler des matériaux.

    Tout est donc lié à la disponibilité de l’énergie, la matière ne disparaît pas (sauf sous forme d’énergie nucléaire). Si cette énergie provient du soleil, directement ou indirectement (vent marrées, vagues, bois, céréales, …) elle est renouvelable pour environ 5 milliards d’années. De plus la quantité d’énergie solaire disponible est bien plus importante que les besoins de l’humanité.

    Evidemment cela ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi de cette énergie abondante, et que notamment il serait opportun d’en utiliser plus pour recycler et nettoyer les saloperies des deux derniers siècles.

    Aussi, afin d’accélérer la transition, il est souhaitable et possible de consommer moins d’énergie, et moins de biens inutiles. Le développement durable est donc bien la solution, s’il est vraiment durable. C’est dans la nuance de la détermination de ce qui est durable et de ce qui ne l’est pas que le débat doit porter.

  3. emmerdeur_numero3257 | 24 août 2017 at 19 h 13 min | Répondre

    Un “espoir” : certains matériaux sont abondants et peuvent remplacer les minerais rares (exemple : batterie au sodium au lieu du lithium)

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