Pourquoi les ONG sont un problème (par Stephanie McMillan)

Le collectif de féministes radicales INCITE! (Femmes de couleur contre la violence) a publié cet excellent livre (uniquement disponible en anglais pour l'instant, malheureusement) sur le "complexe industriel du non-lucratif", "La révolution ne sera pas subventionnée"Le collectif de féministes radicales INCITE! (Femmes de couleur contre la violence) a publié cet excellent livre (uniquement disponible en anglais pour l'instant, malheureusement) sur le "complexe industriel du non-lucratif", "La révolution ne sera pas subventionnée"

Stephanie McMillan (née en 1965) est une dessinatrice politique US, éditorialiste, et activiste du Sud de la Floride. Petite-fille du réalisateur de films d’animation allemand Hans Fischerkösen, elle voulait devenir dessinatrice depuis l’âge de 10 ans. Durant ses années de lycée, elle a commencé à organiser des manifestations contre le capitalisme et l’impérialisme. Elle continue.

Il y a une vingtaine d’années, lors d’une conversation avec un organisateur bangladais, nous avons abordé le sujet des ONG*. Il a craché avec dégoût : « Je déteste les ONG ». À l’époque, je n’ai pas vraiment compris pourquoi il était si véhément sur le sujet. Je savais que les ONG avaient des aspects négatifs, comme le fait qu’elles détournent une partie de l’énergie révolutionnaire des masses, mais je croyais encore à moitié leurs affirmations selon lesquelles leur travail était plus utile que nuisible. Ne fallait-il pas être une espèce de crétin dogmatique pour dénoncer les soins gratuit et les programmes de lutte contre la pauvreté ? Je ne comprenais pas encore à quel point elles sont en réalité une catastrophe.

Depuis cette conversation, les ONG ont proliféré comme des champignons dans le monde entier. D’abord déployées dans les formations sociales dominées par l’impérialisme, elles occupent aujourd’hui aussi la scène politique des pays qui sont la base du capitalisme. Elles sont devenues la nouvelle forme à la mode d’accumulation du capital, avec une portée mondiale et des milliards de revenus. Tout se prétendant « à but non-lucratif », elles servent de source de revenus importants pour ceux d’en haut, tout en gavant de larges couches de la petite bourgeoisie, leur permettant de s’étaler sur la classe ouvrière comme une couverture chauffante humide, mettant ainsi en sourdine ses revendications.

Après beaucoup d’observations et d’expériences directes et indirectes, je comprends aujourd’hui et partage la haine de cet organisateur d’autrefois envers les ONG. Quel est leur degré de nuisance ? Permettez-moi d’énumérer quelques réponses :

I. Les ONG sont une des nombreuses armes de domination impérialiste

Aux côtés des invasions militaires et des missionnaires, les ONG aident à ouvrir les pays comme on craque des noix, en préparant le terrain pour des vagues d’exploitation et d’extraction plus intenses, comme l’agrobusiness pour l’exportation, les ateliers de misère, les ressources minières et les sites touristiques.

Haïti en est l’exemple le plus extrême. Appelé par nombre d’Haïtiens eux-mêmes « la république des ONG », le pays avait déjà été infesté par 10 000 ONG avant le tremblement de terre de 2010, le nombre d’ONG par habitant le plus élevé du monde. 99% des aides d’après le tremblement de terre ont été acheminées par des ONG et autres agences, qui ont gagné des sommes colossales, en volant la majeure partie de l’argent que les gens avaient donné de bonne foi en pensant qu’il aiderait réellement les masses affectées par la catastrophe.

[Une vidéo très importante sur le rôle des ONG dans le pillage du continent Africain]:

Cette merde n’est pas récente. Il y a des décennies, l’USAID et la Banque mondiale imposaient déjà des économies orientées vers l’exportation et les programmes d’ajustement structurel concomitants en Haïti et ailleurs. Il y a 20 ans, 80% de l’argent de l’USAID finissaient par revenir dans les poches des entreprises US et des « experts ». Au fil de la maturation de ce processus, les ONG sont devenues l’entité préférée de cette forme parasitaire d’accumulation, en capitalisant et alimentant la misère créée par « l’aide » au départ.

Dans de nombreux pays dominés, les directeurs d’ONG sont devenus un segment de la bourgeoisie bureaucratique, utilisant l’État comme leur source première d’accumulation de capital. Sur les dernières 20 années, environ, en Haïti, nombre de ceux qui avaient créé et dirigé des ONG ont fini aussi par occuper des postes politiques, de président à premier ministre ou membre du parlement, comme Aristide, Préval, et Michèle Pierre-Louis.

Maintenant que le capitalisme est dans une crise structurelle mondiale croissante, l’ajustement structurel est également imposé à ses formations sociales centrales. Comme des canetons conditionnés, les ONG suivent dans le sillage. 30 nouvelles ONG sont créées chaque jour au Royaume-Uni, et 1,5 million d’ONG infestent les USA. Elles sont devenues l’option de survie du jour pour les diplômés au chômage navigant à travers une crise économique mondiale.

II. Les ONG sabotent, détournent et remplacent l’organisation autonome de masse

“Ce à quoi vous résistez, va persister” : ce cliché est loin d’être inutile stratégiquement. Par conséquent, au lieu de combattre la gauche de front comme ils le faisaient auparavant, les capitalistes l’ont étouffée dans leurs bras bienveillants.

En abandonnant la lutte des classes, la gauche s’est déjà rendue impuissante : elle donne des coups d’épée dans l’eau et ne peut frapper l’ennemi. Cet état d’atrophie la rend vulnérable, susceptible d’accepter que la Fondation Rockefeller ou autre entité capitaliste lui propose un chèque pour « combattre pour l’émancipation et la justice sociale contre la rapacité des entreprises ». Boum : les capitalistes ont neutralisé leur pire menace. Ils l’ont achetée, rendue inoffensive, lui ont arraché ses griffes.

gauche

Ils l’ont remplacée par un phénomène social qui semble être (et qui parfois affirme directement être) une force d’opposition, mais qui n’est plus qu’un animal domestique loyal et utile. Au lieu d’attaquer le capital à la gorge, elle (quoiqu’il en soit, il ne faudrait plus l’appeler « la gauche ») lèche gaiement les bottes de ses nouveaux maitres.

Voyons à quoi ça ressemble sur le terrain.

Vous êtes en manifestation. Comment pouvez-vous ne serait-ce que savoir si tout ça est authentique? Il y a une poignée d’activistes payés portant des pancartes pré-imprimées. Ils scandent des slogans — mais comment pouvons-nous être sûrs qu’ils pensent ce qu’ils disent, alors qu’ils suivent un script prédéterminé ? Comment être certain que si leur financement était coupé, ils seraient tout de même ici, qu’ils seraient toujours concernés et impliqués ?

Les gens sincères pensent souvent qu’ils pourront être « payés pour faire le bien », mais ça ne fonctionne pas ainsi. Les capitalistes ne se sont pas emparés du monde en étant complètement cons. Ils ne vont pas nous payer pour leur nuire.

Combien de fois avez-vous observé un tel scénario? Une atrocité se produit, des gens indignés inondent les rues, et une fois réunis, quelqu’un annonce un meeting pour poursuivre et continuer la lutte. Lors de ce meeting, plusieurs organisateurs expérimentés semblent être responsables. Ils disent des choses radicales, un peu dures qui semblent relativement impressionnantes. Ils proposent de fournir une formation et un lieu de rencontres régulières. Ils semblent déjà avoir un plan, bien que personne d’autre n’ait eu le temps d’y penser. Ils semblent compétents, expliquent (à l’aide de diagrammes) comment repérer nos alliés potentiels, et sortent une liste de politiciens spécifiques à cibler lors des manifestations. Ils formulent des « demandes » simplistes pour « construire la confiance avec un gain rapide ».

Quiconque suggère une approche différente est passivement-agressivement ignoré.

Sous leur commandement, vous occupez telle institution ou tel bureau de politicien, ou organisez une manifestation ou un rassemblement. Votre protestation est bruyante et passionnée, et a l’air assez militante.

Avant même de vous en rendre compte, vous vous retrouvez à frapper à la porte d’un inconnu, une planchette à pince à la main, espérant le convaincre de voter lors de la prochaine élection.

ong2(2)Les ONG servent à saper, à détourner et à remplacer les luttes de masse. En cela, elles sont très efficaces. J’ai récemment discuté avec une radicale du New Jersey, qui m’expliquait qu’une manifestation où elle s’était rendue était en fait le projet d’un étudiant diplômé, sans aucun doute un futur directeur d’ONG. L’air assez choquée et énervée, elle me dit que depuis, elle n’a même plus envie d’aller manifester parce qu’elle ne croit plus en leur authenticité. Une victoire éclatante pour le capital.

A Miami, j’ai assisté à des manifestations de l’organisation “Fight for $15” [Combattez pour un salaire horaire minimal de 15 $, NdE] dans lesquelles la vaste majorité des participants étaient des activistes payés, des employés d’ONG, de CBOs (Organisations basées sur les communautés), et des personnels de syndicats à la recherche de membres potentiels. Les manifestations de Black Lives Matter [Les vies noires, ça compte] à Miami ont également été menées de cette façon, avec des activistes payés, qui devaient montrer qu’ils « organisaient la communauté », afin de recevoir la prochaine subvention.

Lors de ce genre de mobilisations, lorsqu’une personne auparavant inorganisée est repérée, elle se retrouve encerclée comme de la viande fraiche par une bande de hyènes, instantanément dévorée par des activistes cherchant à atteindre leur quota de recrutement. La prochaine fois que vous verrez ces nouveaux conscrits, ils porteront le t-shirt violet, rouge, orange ou vert citron de la marque d’organisation à laquelle ils ont été vendus.

Ces organisations à but non-lucratif choisissent et abandonnent leurs thèmes de campagne non pas en raison de convictions ou de stratégie sur le long-terme, mais strictement en fonction du financement qu’elles reçoivent, et se limitent aux paramètres dictés par les fondations. En profitant du travail fastidieux de bénévoles confiants espérant « faire une différence positive », nombre d’organisateurs réalisent des carrières lucratives dans la bureaucratie non-lucrative, ou utilisent cette expérience comme base de lancement pour grimper dans la politique bourgeoise de haut niveau.

L’activisme a été minutieusement capitalisé et professionnalisé. Au lieu d’organiser les masses pour qu’elles combattent pour leurs propres intérêts, ces institutions les utilisent à leur propre bénéfice. Au lieu de construire un mouvement de masse, elles font dans la gestion de l’indignation publique. Au lieu d’engendrer des militants radicaux ou révolutionnaires, elles développent des activistes-travailleurs-sociaux et des assistés passifs.

Je ne voudrais pas avoir l’air d’une vieille grincheuse, mais dans le temps — croyez-le ou pas ! — il était normal pour les organisateurs de ne pas être payé. Les révolutionnaires luttaient contre Le Système en adoptant la perspective des intérêts de la classe ouvrière internationale, en toute conscience, et avec un désir ardent d’écraser l’ennemi et de changer le monde. Nous comprenions que cela serait extrêmement difficile et que cela impliquait l’adversité et la répression, mais nous n’étions pas découragés. Un-e militant-e révolutionnaire consacre volontiers sa vie à cette grande cause.

Aujourd’hui, l’organisation sans compensation financière semble être un concept étranger à beaucoup, voire une idée saugrenue. Quand je sors pour tracter (oui, nous distribuons encore des tracts), les gens demandent souvent : « Comment puis-je dégoter un job me faisant faire ça ? ». Lorsque j’explique que je ne suis pas payée pour ça, mais que je le fais par conviction, leurs visages traduisent l’incrédulité.

Sigh.

Pas étonnant que nous soyons si faibles et éparpillés. La classe capitaliste, qui a en permanence 5 coups d’avance, a bien réussi à dévorer vivante la gauche. Tant que nous ne brisons pas la malédiction de l’ONGisme, nous restons condamnés à errer comme des squelettes dans le purgatoire du militantisme.

L’information à emporter (pour utiliser le jargon non-lucratif, en levant les yeux au ciel) est la suivante : si les capitalistes parviennent à nous garder trop occupés et fatigués pour que nous nous organisions nous-mêmes, si nous sommes condamnés à n’être que des fantassins au service de leur programme et pas du nôtre, alors nous ne gagnerons pas la révolution.

III. Les ONG supplantent l’État, en faisant ce qu’il devrait faire

Les soi-disant agences “d’aide” financées par les gouvernements capitalistes et impérialistes ont récupéré les fonctions des États dans les pays dominés, qui ont été forcés à couper les prestations sociales comme condition des crédits de la part de ces États impérialistes. Conflit d’intérêt, un peu, non ?

Au cœur de l’empire comme en sa périphérie, les ONG prennent en charge les responsabilités de l’État pour répondre aux besoins sociaux. La « déliquescence » des programmes sociaux d’État ne signifie pas que les états capitalistes s’affaiblissent (désolé, chers anarchistes et libertaires). Cela signifie simplement qu’ils peuvent allouer une part plus importante de leurs ressources à la conquête, à la répression et à l’accumulation, et moins à la prévention et gestion de la populace pour éviter les soulèvements de masse liés au mécontentement.

Nous sommes désormais conditionnés afin que nos besoins soient comblés par des cliniques bon marché, des banques alimentaires et une myriade d’autres agences de la « société civile ». Les soins médicaux, la nourriture, l’eau, le logement, les soins aux enfants et une activité ayant du sens sont les nécessités fondamentales de la vie humaine. Toute société décente devrait prodiguer tout cela, mais on nous fait nous sentir comme des mendiants humiliés tandis que nous pataugeons à travers la paperasse bureaucratique et que nous nous disputons avec des fonctionnaires. C’est foutrement n’importe quoi. Nous avons droit à des vies décentes. Nous devons nous organiser et lutter pour ça, ensemble.

IV. Les ONG soutiennent le capitalisme en gommant la lutte des classes

Le placement structurel des organisations non-lucratives dans l’économie (en tant que vecteurs d’accumulation) les empêche de défier le capitalisme. Elles offrent une échappatoire à la petite bourgeoisie en lutte (la soi-disant « classe moyenne »), une alternative à la prolétarisation, en lui donnant des boulots. Elles sont le plus grand employeur d’Haïti. Partout où elles opèrent, elles font enfler la petite bourgeoisie pour servir de tampon masquant et se substituant elles-mêmes, avec leurs aspirations, aux luttes de la classe ouvrière. Les ONG cherchent à atténuer les conséquences les plus flagrantes du capitalisme, jamais à les éliminer.

fondaLa petite bourgeoisie, sous-payée dans la circulation du capital plutôt qu’exploitée par la production (comme le sont les ouvriers), est dominée par le capital, mais n’est pas en relation antagoniste avec lui (comme le sont les ouvriers). D’où la tendance naturelle pour la petite bourgeoisie, lorsqu’elle affirme ses intérêts de classe, à lutter pour l’égalité au sein de la structure capitaliste. La classe capitaliste dépend d’elle pour la modération de la lutte de la classe ouvrière, son détournement et sa dilution dans le réformisme, pour l’enfouissement de sa lutte au sein des partis politiques établis et des syndicats collaborateurs.

Historiquement, à chaque fois que la classe ouvrière proclame sa volonté de révolution, l’oreiller moelleux de la petite bourgeoisie se porte volontaire pour suffoquer sa voix. Les capitalistes façonnent toujours la petite bourgeoisie de façon à faire d’elle un agent d’exécution de la domination capitaliste sur la classe ouvrière. Le challenge, pour le progressiste sérieux, le militant radical ou révolutionnaire qui se trouve être membre de la petite bourgeoisie est de sortir de cette imposée, de rejeter consciemment ce rôle, et d’éviter d’être utilisé (par inadvertance ou autre) pour des objectifs réactionnaires.

Les conséquences horribles du capitalisme — l’oppression, l’écocide, les guerres de conquête, l’exploitation, la pauvreté — ne peuvent pas éliminées sans élimination de leur cause. Si nous voulons vraiment faire advenir les changements auxquels nous prétendons, nous devons intégralement nous débarrasser du moindre résidu de loyauté petite-bourgeoise envers le capitalisme, et combattre sous l’égide de l’ennemi fondamental du capitalisme : la classe ouvrière.

Note aux employés d’ONG

Je ne remets pas en question votre sincérité. Beaucoup de jeunes sincères veulent faire une différence. Les emplois sont rares, et il vous faut vivre. Il est extrêmement tentant de penser que ces deux impératifs peuvent se combiner en un joli paquet, ce qui vous permettrait de servir l’humanité tout en assurant votre propre survie.

C’est une belle idée. Mais fausse. Une structure bien établie vous changera avant que vous l’ayez changée. « L’union du poulet et du cafard à lieu dans le ventre de la poule ».

Abandonner n’est pas une réponse. Nous sommes tous pris au piège dans l’économie de l’ennemi. Ils ont créé ces conditions, nous obligeant à travailler pour leur secteur industriel, leur secteur des services, ou leur secteur non-lucratif. Tout cela pour extraire de nous de la plus-value, et pour maintenir leur domination. Nous ne pouvons pas simplement décider de fuir individuellement. La seule issue est l’organisation, ensemble, dans le but d’un soulèvement révolutionnaire, et d’une rupture de la structure tout entière. Nous serons tous libres, ou personne ne le sera.

Ce que nous devons éviter, en attendant, c’est de confondre le travail pour une ONG (ou un syndicat collaborationniste) avec la véritable organisation autonome. Comprendre sa nature : votre travail dans une ONG n’est pas d’organiser les masses, mais de les désorganiser, de les pacifier, de les mener vers une impasse politique. Faites donc votre véritable travail d’organisation ailleurs.

Le capitalisme ne nous assiste pas dans sa propre destruction. Si nous parvenions à devenir efficaces dans notre construction d’un mouvement anticapitaliste de masse, ils ne nous enverraient pas de chèque. Au lieu de cela, ils feraient tout leur possible pour nous discréditer, nous neutraliser, nous emprisonner et nous tuer.

Les vrais organisateurs révolutionnaires ne sont pas payés.

*ONG: organisations non-gouvernementales, ou “sans but lucratif”, de fait habituellement financées par les gouvernements ou les fondations capitalistes.

Stephanie McMillan

Et toujours, à voir absolument, l’excellent discours d’Arundhati Roy à ce sujet:


Traduction: Nicolas Casaux

Édition & Révision: Fausto Giudice & Héléna Delaunay

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15 Comments on "Pourquoi les ONG sont un problème (par Stephanie McMillan)"

  1. je dois avouer que mes yeux se sont dessillés à la lecture de l’article . je ne verrai plus jamais les ONG du même oeil, avec la même bienveillance;je suis tombé de haut, ( du haut de ma naïveté, sans doute ).

  2. il y a tellement longtemps que j’affirme que les pays pauvres le restent grâce « à l’aide » des pays riches qui se servent selon leurs besoins et les maintiennent sous le joug de leurs desseins criminels.
    La pauvreté n’existe aujourd’hui que pour mieux enrichir les riches.

  3. Il en va de toute organisation humaine de produire un système à deux facettes. L’Eglise par exemple ne fait pas que du bien sur Terre. Elle aide les plus pauvres tout en vivant dans l’opulence, au contact direct des hommes de pouvoir de ce monde. Pourquoi le Pape a t il besoin de faire le ménage ? Est ce que là où l’Eglise s’est implantée, les pays se sont développés plus particulièrement ? Elle a envoyé des missionnaires qui devaient éduquer les gens, avec quel résultat ? L’Eglise était et est une grande ONG mais le vecteur religieux doit lui donner plus de caution ? Aucune attaque contre elle.
    Les ONG font du business mais elles font aussi des choses, que les Etats se refusent à prendre en charge ou n’ont pas les moyens de faire. Est ce d’ailleurs leur rôle de ces derniers ? Regardez les restos du coeur chez nous. On a inventé (Kouchner) le droit d’ingérence humanitaire, ce n’etait pas pour aller traiter les conséquences de l’intervention de puissances extérieures. C’était pour aller notamment combattre les conséquences du comportement et de l’incurie de ces gouvernements contre leur population.
    Les ONG sont un mal nécessaire, et leur prêter le pouvoir de nuire, à elles seuls, au développement de tel ou tel pays est bien exagéré. Elles sont vécues comme de l’ingérence, c’est ce qui les rend indésirables. Des révolutionnaires ont de bonnes raisons de leur en vouloir.
    Partant, on peut conclure sur ce qu’on veut sur tel ou tel aspect de leur activité et de leur raison d’être.
    Ces interventions (les deux vidéos), très intéressantes, ainsi que l’article abordent le problème sous l’angle de la révolution et de la lutte des classes (le premier est plutôt orienté sur l’exploitation de ses pays, du cynisme qui l’accompagne et des moyens employés pour y parvenir). C’est un prisme qui en vaut un autre. Mon beau père qui a travaillé pendant plus de vingt ans en Afrique comme chercheur vétérinaire m’avait fait le commentaire suivant : regarde un film tourné dans les années vingt dans de nombreux coins d’Afrique et aujourd’hui, tu verras que les gens vivent de la même manière et que rien n’a changé.
    L’oppression existait déjà à travers une organisation tribale de pays dotés de frontières artificielles. Il n’y avait pas d’ONG à l’époque pour bâillonner des leaders potentiels, issus de la population en souffrance, en leur proposant des emplois rémunérés et en étouffant par la même occasion des velléités de révolution ou de lutte pour le pouvoir. La révolution prolétarienne est un concept de pays en voie de développement et de pays développé. Je ne crois pas que dans la plupart des pays d’Afrique, ce concept soit à l’ordre du jour. L’objectif quotidien est la lutte pour la survie pas contre le patron qui n’existe pas et qui ne leur donne pas du travail. Il s’agirait pour eux de juste se révolter contre leur condition.
    Bref, je pense que l’angle d’attaque ci dessus est partisan même s’il n’est pas exempt d’un certain bon sens. J’écris ça, j’écris rien.

  4. Mukandila Ngalula Raphaël | 23 janvier 2016 at 16 h 36 min | Répondre

    Parfait, un résistant ce fait pas payer pour sa résistance.

  5. Comment expliquez vous alors que les chiffres soient plutôt bons concernant le capitalisme pour réduire la pauvreté ? (article : http://is.gd/I2hzeV)

    Nous ne vivons pas dans un monde parfait, d’accord, mais pour moi la majorité des ONGs font du bon travail.. (même si leurs subventions publiques devraient effectivement être moindre)

    • Les rapports d’OxFam ne décrivent pas forcément la même chose, le capitalisme a créé la pauvreté. Ce concept est sa création. La pauvreté et les inégalités sont indissociables du capitalisme, il en a besoin pour fonctionner; penser qu’il peut les supprimer ou que c’est dans son intérêt, c’est absurde.

  6. Bonjour !

    J’aimerais comprendre ce qui est reproché à Black Lies Matter exactement ?

  7. Je pense qu’il y a du vrai, et d’ailleurs ça fait longtemps que c’est le cas – il suffit de regarder The Constant Gardener ou de s’intéresserde près au développement du génocide rwandais pour voir les limites terribles de l’aide occidentale.

    Cependant, le ton pas très neutre « je détiens La vérité » – qui fait d’ailleurs penser aux vidéos youtube sur la théorie du complot – et le manque de détails sur les chiffres et les preuves quantitatives / qualitatives de la non-crédibilité des ONGs desservent l’objectif initial.

    Il faudrait un reportage vidéo de l’acabit d’Inside job sur ce sujet. Je pense que ce serait un grand succès car il y a bcp à creuser.

  8. Bonjour,

    je chemine dans la même direction depuis quelques années en ayant constaté en France notre incapacité à nous organiser pour faire que les RESTAURANTS DU CoEUR, BANQUES ALIMENTAIRES… ne soient plus nécessaires.

    J’ai proposé à ces associations (oNG) de co-construire un plan d’action via twitter notamment.

    Je n’ai eu aucune réponse…

    Cette page est d’une grande lucidité. Chacun peut réfléchir aux conséquences à en tirer pour sa vie personnelle et ses engagements.

    Avoir dans chaque quartier, chaque village, un lieu pour en parler, y réfléchir, débattre, partager, agir, me semble une priorité car tout ne peut pas se faire en ligne.

    Il y a tout de même une bonne nouvelle en France, c’est que les services d’aide au développement en sont conscient et désireux de ne pas « faire le bonheur des gens malgré eux ».
    Un exemple : dans les années 2000, j’ai été formé en tant que dirigeant d’une association à monter des projets de développement. Le formateur a bien su nous donner des méthodes pour éviter les travers évoqués plus haut.

    Par contre, ce qui manque, c’est un régulateur indépendant, impartial, qui détecte et sanctionne les dérives, défaillances, scandales…

  9. Le Nord considère le Sud comme sa poubelle. Les ONG sont devenues leurs agents d’interposition, elles ne jouent pas franc-jeu. Les gouvernants du Sud sont entraînés dans cette spirale. Il faut une résistance à ce comportement.

  10. Merci beaucoup pour ce travail, cette lumineuse dénonciation du nouveau mode d’exploitation des pays du sud

  11. En 2012 je publiais un texte sur les dangers des ONG structurees , petites ou grandes, le postolonialsimne est certainement plus dangereux que le colonialisme, ajoute a la pense unique de l’ultra-liberalisme et des nouvelles technologies le monde vit sur une poudriere…
    62 personnes detiennent autant que la moitie de la planete….c’est un crime contre l’humanite !
    Engage en Inde sur le terrain dans la lutte contre le Sida depuis plus de 10 ans. ANDRE MAGE

  12. Il faut etre sur le terrain pour voir les degats des ONG petites ou grandes qui servent le post-colonialisme et l’ultra-liberalisme, ce qui est pire que le capitalisme, ainsi que les nouvelles technologies que seule une nebuleuse controle. Le Monde est a inventer,  » L’humanite sera non violente ou ne sera pas « . ANDRE MAGE engage depuis 10 ans en Inde.

  13. Très intéressée par ce sujet qui me touche de près, auriez-vous d’autres sources (articles, documentaires) à faire suivre pour approfondir le débat?

    cet article est très intéressant mais il m’ouvre juste un point de vue et n’apporte pas assez, à mon avis, d’informations concrètes et compréhensibles, d’informations suffisamment solides pour convaincre sans partis pris et avec logique.

    merci beaucoup en tout cas pour votre site !

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