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Capitalisme et exploitation en Bolivie (Quelques mots de Flores del Kaos)

Quelques mots de Flores del Kaos (Bolivie)

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Le système de domination auquel nous nous affrontons et qui nous réprime est gigantesque et ses tentacules mutent tous les jours. En disant cela, nous ne voulons pas être pessimistes mais plutôt réalistes. Les incessants changements réformistes grimés en révolutionnaires alimentent en grande partie chaque tentacule du système, lui permettant d’étendre son emprise sur nous.

L’avancée est aussi terrifiante qu’elle tend parfois à nous rendre confus au point de ne plus visualiser et identifier l’ennemi, à confondre les pratiques et les stratégies ou simplement à ne pas voir cet œil dévastateur et asphyxiant du big brother. Les avancées ont généralement deux faces, celle qui marque une présence forte et menaçante, démontrant le pouvoir et l’autorité générant la peur en même temps que le rejet total, la colère, la rage etc. Et d’autre part celle subtile, siligiosa, qui vient par en dessous, lentement, cachée entre tous en avançant silencieusement comme une vipère camouflée qui adoucit les lèvres de belles saveurs, enchante les yeux de belles couleurs et s’accompagne de mélodies harmonieuses confondant nos haines.

On peut citer en exemple la forte croissance et l’acceptation de la fibre optique par les habitants des régions des hauts plateaux, à condition bien sûr qu’elle n’altère pas le beau paysage des Andes, qui en est le support économico-touristique. Beaucoup de ces communautés ont totalement perdu leur autonomie, laissant de coté les pratiques et les transmissions de savoirs millénaires pour se contenter de revendre de l’artisanat. Ici le système avance en silence, sous la terre, en installant de grands axes de câbles pour imposer le contrôle et la domination, pour qu’il y ait internet et la communication, mais surtout pour instaurer la surveillance et le contrôle. Bien entendu, sans pour autant perdre son enchantement aux yeux des citoyen-es et de l’industrie du tourisme.

Dans d’autres endroits, des communautés entières sont rasées par la déforestation de leurs territoires, par les expulsions, par la main de fer. Cela provoque certes le rejet de nombreuses personnes qui se “solidarisent”, mais toujours en respectant les règles de la même domination qu’elles prétendent questionner et qui sont les premières à croire aux “améliorations” démocratiques jetées comme des miettes.

Parcelliser les luttes et aller jusqu’à soutenir des “processus de changements” typiques de la gauche autoritaire y compris quand elles se présentent sous le masque de l’autonomie, de la liberté, de la révolution, ainsi que des concepts gauchistes tels que le pouvoir populaire etc. ne fait que nous user tout en alimentant davantage les formes de domination subtiles qui vont être acceptées par la majorité aveugle et soumise.

Nous avons vu que même dans certains mouvements d’opposition et dans des collectivités supposément anti-système, des gens se sont laissés convaincre par des discours et des formes comme ceux présents au Venezuela, au Pérou, en Équateur et en Bolivie, et il y en a tant d’autres qui, ne se visualisant pas et ne se projetant pas dans une perspective anti-autoritaire commettent des erreurs semblables liées à une méconnaissance la réalité conjoncturelle et au fait de se baser uniquement sur des dires, des publications ou des médias d’autre nature.

C’est là que la domination montre son visage le plus hardi, ce bon flic versus le mauvais flic : mais la fin est la même et nous ne devons pas nous laisser guider par ces questions camouflées qui tentent de mettre un beau visage sur la domination. Connaître nos ennemis est un grand pas, pouvoir les distinguer, les cibler et les combattre sont des choses que nous apprenons à partir de la pratique et des expériences, dans lesquelles on court aussi souvent le risque d’être réprimé-e et enfermé-e, mais dans lesquelles on comptera aussi sur la force de la solidarité acrate.

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Nous vivons dans un régime capitaliste

Le modèle capitaliste dans lequel nous vivons développe des projets sous le signe du développement et du progrès pour le plus grand profit de la bourgeoisie et des multinationales. Cela s’opère au travers de megaprojets, dont celui de l’IIRSA qui crée en Amérique du Sud des infrastructures pour le transport rapide et à bas coût de produits issus du Capital et passe par la construction de voies terrestres, fluviales et ferroviaires. La route qui veut mutiler le TIPNIS est à replacer dans ce cadre et fait partie d’un projet destiné à connecter le Brésil à des ports du Pacifique au Pérou et au Chili en traversant la Bolivie, afin d’exporter soja et biocarburants et pour que ces autres pays disposent aussi d’un accès à l’Océan Atlantique pour exporter leurs produits. Cela mêle à la fois des intérêts de diverses multinationales pour exploiter le bois, le pétrole, etc. et des intérêts locaux pour étendre les champs de coca, l’exploitation d’animaux comme les caïmans, les oiseaux, etc.

Marche contre la construction de routes dans le TIPNIS

Il existe beaucoup d’autres projets dont la construction prévue de corridors interocéaniques en Amérique du Sud et la lutte et l’offensive contre le Capital n’est donc pas une exclusivité, c’est une lutte partagée avec d’autres peuples qui ne veulent pas vivre en esclavage comme nous dans les villes. La création de centrales hydroélectriques, de plateformes pétrolières, l’exploitation du fer dans la Montagne de Santa Cruz, le satellite “Tupac Katari” pour nous contrôler et nous sur veiller, le projet de centrale nucléaire, le Paris-Dakar, la production de lithium dans les salines de Uyuni, la production d’OGM dans la région de l’Oriente etc. sont des projets du Capital qui condamnent à mort des millions d’animaux humains et non humains tout comme ils condamnent des dizaines de peuples ancestraux à migrer dans les villes et donc à disparaître.

L’exploitation est synonyme de capitalisme, “Capitalisme Vert”, “durabilité ou soutenabilité”, “Modèle Productif Social et Communautaire” ou “Bien-être”, ces deux derniers clichés sont très utilisés par le Pouvoir local, et pour autant que ce territoire ait Evo Morales pour président, la répression ne s’est pas arrêtée, bien au contraire, elle a augmenté au cours de ces dernières années, c’est un défenseur de plus du Capital et de la bourgeoisie. Il n’y a aucun changement, pour autant que le pouvoir est aux mains de la gauche ou gouverné par un “indigène”, ils continuent à dépenser des fortunes se comptant en millions pour implanter des systèmes de sécurité pour la venue du pape, tandis que la pauvreté et la misère continuent à écraser les strates tout en bas de la société et que l’exploitation de la terre s’accroît tous les jours.

Nous vivons dans un État où le capitalisme financier est l’allié de l’État, avec les grands propriétaires terriens et les grands éleveurs de bétail qui s’approprient de territoires grâce aux normes environnementales et de sécurité juridique accordées par l’État. Des milliers et de milliers d’hectares de forêt sont ainsi rasés chaque année et l’on peut ajouter à cela l’érosion provoquée par les champs de coca, de soja et de maïs transgéniques dans les basses terres, les vallées et à l’est, ainsi que la pollution du lac Titicaca dans la zone occidentale.

La lutte pour la Libération Totale comprend divers aspects tels que la Libération de la Terre, Humaine et Animale, c’est une lutte non exclusive pour l’espèce humaine ou pour les grandes villes, la grande richesse de cette lutte consiste dans son caractère protéiforme et horizontal, dans l’auto-organisation et le passage de la résistance à l’offensive.

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Source : Avalanche 6

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