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Les proxénètes du yoga et de la pleine conscience & le Complexe Industriel de la Spiritualité
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Article original (en anglais) : cliquez ici.

Les tradi­tions de sagesse et les pratiques corpo-spiri­tuelles comme le yoga, les approches inté­grées du leader­ship et la médi­ta­tion ont été coop­tées au service de la classe corpo­ra­tiste domi­nante. Une alter­na­tive radi­cale à ce qui est devenu un Complexe Indus­triel de la Spiri­tua­lité (CIS) est aujourd’­hui néces­saire. Cet article est un cri de guerre pour les ensei­gnants guérille­ros de l’in­dus­trie de la conscience qui ne souhaitent plus se pros­ti­tuer pour le 1%.

Les fonc­tions du Complexe Indus­triel de la Spiri­tua­lité (CIS)

Les tradi­tions de sagesse dévoyées et les pratiques de conscience corpo­relle remplissent aujourd’­hui un certain nombre de fonc­tions nuisibles. Cette lecture peut s’avé­rer diffi­cile si, comme moi, vous leur avez dédié une bonne partie de votre vie, mais s’il-vous-plait, tenez bon, la seconde partie de cet article explique comment nous pouvons deve­nir des guer­riers spiri­tuels véri­ta­ble­ment perti­nents. En bref, le CIS peut entraî­ner et entraîne souvent ce qui suit:

  • Faire de nous des pigeons qui acceptent de se faire pigeon­ner
  • Nous faire pigeon­ner davan­tage
  • Aider unique­ment le 1% à se gaver
  • Aider le 1% à rendre nos vies plus merdiques
Yoga à Wall Street: des banquiers impor­tants cherchent à amélio­rer leur effi­ca­cité grâce au Yoga
  1. Faire de nous des pigeons qui acceptent de se faire pigeon­ner

Les tradi­tions de sagesse dévoyées et les pratiques de conscience corpo­relle, dans un monde psycho­lo­gique­ment et émotion­nel­le­ment destruc­teur, préju­di­ciable à l’en­vi­ron­ne­ment, et dans lequel règnent l’injus­tice sociale et la soli­tude, peuvent rendre la vie suppor­table. Tout en étant bien inten­tion­nées, elles peuvent perpé­tuer un système qui doit être changé et non toléré. Les pratiques corpo-spiri­tuelles, surtout lorsqu’elles sont défor­mées et embal­lées pour la grande consom­ma­tion, ne menacent pas le statu quo mais le soutiennent incons­ciem­ment en léni­fiant ceux qu’il détruit. Si nous souf­frons de l’état dans lequel se trouve le monde, nous pouvons soit y remé­dier soit faire en sorte de se sentir mieux quoi qu’il arrive. La reli­gion a toujours été l’opium du peuple mais de nos jours, l’opium des classes moyennes n’est plus reli­gieux mais spiri­tuel. La « McMé­di­ta­tion® » de pleine conscience, le « (K-)Hatha » Yoga® et d’autres pratiques corpo-spiri­tuelles « Lite® », sont du prozac bio.

En élar­gis­sant le contexte des pratiques corpo-spiri­tuelles du consom­ma­teur occi­den­tal, on trouve le mouve­ment de la Psycho­lo­gie Posi­tive enra­ciné chez les culs-bénis états-uniens, et dont le prin­cipe de base est de se montrer opti­miste quelle que soit la gravité des choses — exprimé de façon éloquente par le slogan « sourire ou mourir ! ». A la tête de ce mouve­ment, Martin Selig­man, président de l’Ame­ri­can Psycho­lo­gi­cal Society a remporté un contrat mili­taire fara­mi­neux incon­testé après avoir inspiré les stra­té­gies de torture de « l’im­puis­sance acquise » à la CIA.

Matthieu Ricard en train d’en­sei­gner la médi­ta­tion et la pleine conscience à l’élite de Manhat­tan (traders de Wall Street et capi­ta­listes philan­thropes).
  1. Nous faire pigeon­ner davan­tage

De nombreuses adap­ta­tions modernes des systèmes corpo-spiri­tuels mettent l’ac­cent sur l’in­di­vidu et sur l’in­té­rêt person­nel par l’in­ter­mé­diaire de la super­sti­tion. Cela provient de la prédo­mi­nance cultu­relle dans le domaine du déve­lop­pe­ment person­nel de la côte ouest des États-Unis. La place occu­pée par ce nouveau produit de consom­ma­tion signi­fie que les pratiques corpo-spiri­tuelles véhi­culent de plus en plus le narcis­sisme, l’égoïsme et la vanité. Ce qui a été initia­le­ment iden­ti­fié et nommé « maté­ria­lisme spiri­tuel » — l’usage de pratiques spiri­tuelles au service de l’ego — est main­te­nant devenu la norme. Voir égale­ment cet article sur les mala­dies spiri­tuel­le­ment trans­mis­sibles. Le message qui appa­raît sur presque tous les pros­pec­tus et les sites que je vois est : « Le yoga vous fait maigrir et vous rend sexy ». Le CIS crée acti­ve­ment la culture consu­mé­riste malsaine qu’il prétend guérir.

L’hy­per-indi­vi­dua­lisme du CIS détourne l’éner­gie des indi­vi­dus curieux du chan­ge­ment social externe vers le chan­ge­ment inté­rieur. Cela s’est produit à la fin des années 60 et au début des années 70 lorsque le mouve­ment « du poten­tiel humain » de la côte ouest des États-Unis a détourné une jeunesse poli­ti­sée en l’en­voyant s’oc­cu­per de ses propres fesses. Si les pratiques corpo-spiri­tuelles allaient de pair avec le chan­ge­ment exté­rieur ou le soute­naient, elles seraient admi­rables. Malheu­reu­se­ment, elles sont souvent propo­sées en tant que pallia­tifs. L’idée géné­rale consiste à penser que si suffi­sam­ment de personnes se détendent et obtiennent des jambes galbées, le monde en sera trans­formé indé­pen­dam­ment des systèmes et des struc­tures de domi­na­tion. La phrase tronquée « soyez le chan­ge­ment » est inutile en tant que stra­té­gie pour l’ob­ten­tion d’une justice sociale ou d’une soute­na­bi­lité écolo­gique : à aucun moment de l’his­toire de l’hu­ma­nité, un exemple person­nel n’a suffi à contraindre ceux qui abusent du pouvoir à y renon­cer. Gandhi a aussi foutu un bazar mons­trueux — en pertur­bant terri­ble­ment les fonde­ments écono­miques de l’Em­pire Britan­nique. La sagesse dévoyée du CIS peut appa­raître comme une « deuxième matrice » — une soupape de sécu­rité pour le courant domi­nant.

A propos de Gandhi, de l’in­dé­pen­dance de l’Inde et de la non-violence:

Un autre problème, d’ordre poli­tique, lié aux pratiques corpo-spiri­tuelles, réside dans le fait que leur struc­ture évoque celle des dicta­tures asia­tiques médié­vales. « Confor­mez-vous et obéis­sez à une auto­rité qui vous est exté­rieure » est le message impli­cite qui se dégage d’un grand nombre de cours. Quand, la dernière fois, avez-vous fait part de vos remarques à votre profes­seur des Cinq Rythmes, ou fait du yoga de façon démo­cra­tique?

Ces pratiques qui s’ap­pa­rentent à une contre-culture n’en sont pas une, mais font partie du problème.

  1. Aider unique­ment le 1% à se gaver

Tandis que les pratiques corpo-spiri­tuelles New-Age édul­co­rées du CIS visant à subju­guer les masses ont proli­féré, d’autres pratiques de conscien­ti­sa­tion sont essen­tiel­le­ment acces­sibles à l’élite, des barrières finan­cières et cultu­relles en empê­chant la démo­cra­ti­sa­tion. J’ai pu en avoir un aperçu récem­ment dans une autre de ces salles de sports où se bous­cu­laient une foule d’en­traî­neurs blancs corpo­ra­tistes, d’âge moyen et issus de la classe moyenne, avec les femmes du 1%. Les bons ensei­gnants de corpo-spiri­tua­lisme pros­ti­tuent de plus en plus leurs services auprès de ceux qui dété­riorent le monde, en les rendant acces­sibles seule­ment au plus offrant. S’ils accom­plis­saient un véri­table travail de trans­fi­gu­ra­tion, ce serait une bonne chose (après tout, ce sont les malades qui ont besoin d’un méde­cin) mais la plupart du temps il ne s’agit que de mettre des couteaux entre les mains d’en­fants dange­reux (voir 4). Dans un monde où tout a un prix, la sagesse n’est qu’une marchan­dise de plus mise sur le marché, et ceux qui ont l’argent auront la meilleure part.

Extrait d’un autre article, publié sur le site Salon.com: Les ensei­gne­ments boud­dhistes sur l’éveil à la réalité de l’im­per­ma­nence « telle qu’elle est » est renver­sée dans la pleine conscience corpo­ra­tiste. Au lieu de culti­ver la conscience des contin­gences de la réalité présente causant des souf­frances, et en cela déve­lop­pant la capa­cité à inter­ve­nir sur ces condi­tions de souf­france, la pleine conscience corpo­ra­tiste ne va pas plus loin que l’en­cou­ra­ge­ment des indi­vi­dus à gérer leur stress afin d’op­ti­mi­ser leur perfor­mance, au sein des condi­tions exis­tantes de préca­rité — qui, curieu­se­ment, sont dépeintes comme inévi­tables tandis qu’elles exigent la flexi­bi­lité des indi­vi­dus. Comme le dit Gelles dans son inter­view pour The Atlan­tic : « Nous vivons dans une écono­mie capi­ta­liste, et la pleine conscience ne peut chan­ger ça ». Mais cela n’ap­puie-t-il pas ce que Bikkhu Bodhi, un moine boud­dhiste occi­den­tal, nous dit en nous aver­tis­sant : « sans une critique sociale poin­tue, les pratiques boud­dhistes peuvent faci­le­ment être utili­sées pour justi­fier et stabi­li­ser le statu quo, et servir à renfor­cer le capi­ta­lisme consu­mé­riste » ?

Ses parti­sans [à la pleine conscience corpo­ra­tiste], comme Jeremy Hunter, cepen­dant, nous assurent que la pleine conscience peut servir de « tech­no­lo­gie disrup­tive », réfor­mant jusqu’aux compa­gnies les plus dysfonc­tion­nelles en orga­ni­sa­tions plus gentilles, compas­sion­nelles et soute­nables. Les profes­seurs de pleine conscience corpo­ra­tiste qui prétendent que les programmes indi­vi­dua­li­sés de pleine conscience sont subver­sifs évoquent souvent la méta­phore du « cheval de Troie ». Ils émettent l’hy­po­thèse selon laquelle, avec le temps, les leaders, les diri­geants et les employés entrai­nés à la pleine conscience pour­ront se réveiller et mettre en place des chan­ge­ments majeurs dans les pratiques et poli­tiques corpo­ra­tistes. Selon leur affir­ma­tion, Gold­man Sachs, Monsanto et Gene­ral Mills, des compa­gnies ayant rendu leurs programmes de pleine conscience publics, devien­dront bien­tôt des corpo­ra­tions modèles de respon­sa­bi­lité sociale et écolo­gique [SIC!].

  1. Permettre au 1% de rendre la vie encore plus merdique

Les pratiques corpo-spiri­tuelles sont de plus en plus utili­sées dans l’op­tique d’amé­lio­rer l’ef­fi­ca­cité des psycho­pathes qui sont au pouvoir sans modi­fier ni leurs atti­tudes et compor­te­ments fonda­men­taux, ni les struc­tures et les systèmes dont ils profitent. Ensei­gner la médi­ta­tion à des connards ne peut qu’en faire des connards encore plus effi­caces (ou des tireurs d’élite). Il faut être naïf pour croire que de puis­sants outils ne peuvent avoir qu’un impact posi­tif. J’ai aussi appris, en travaillant dans le milieu des affaires, que beau­coup de personnes occu­pant des postes à respon­sa­bi­lité ne sont pas des psycho­pathes (je dirais envi­ron 50 % du 1 %). Mais ils sont piégés dans une sorte de double-pensée, terri­ble­ment stres­sés, accros à la richesse et aussi victimes du système, d’une certaine façon. Infli­ger des souf­frances trouble tout le monde sauf les psycho­pathes, soula­ger ces souf­frances est ardu. Même dans la pers­pec­tive d’ai­der des gens trau­ma­ti­sés et déshu­ma­ni­sés à rega­gner de la sensi­bi­lité, cela n’est guère plus que de la cruauté lorsqu’ils conti­nuent à faire fonc­tion­ner une machine qui les trau­ma­tise et les déshu­ma­nise de nouveau, eux et les autres. Notez que même si la sagesse tradi­tion­nelle pouvait les rendre heureux, la machine qu’ils font fonc­tion­ner ne s’ar­rête pas. Bien que l’hu­ma­ni­sa­tion de ceux qui sont au pouvoir puisse bien sûr s’avé­rer béné­fique — en fait je pense pouvoir affir­mer que le fait d’ai­der ceux qui sont au pouvoir à éprou­ver quelque chose pour eux-mêmes et donc pour les autres et pour la planète consti­tue un élément vital de la solu­tion — il en faut beau­coup plus pour qu’un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif inter­vienne. Ensei­gner le yoga à des banquiers ne peut être quali­fié de révo­lu­tion­naire.

Excuses non rece­vables

J’ai moi-même avancé les excuses suivantes et je conti­nue de les entendre sur le terrain pour justi­fier le main­tien du soutien apporté à un système néfaste, injuste et destruc­teur de l’en­vi­ron­ne­ment. Je nour­ris depuis peu une certaine into­lé­rance à l’égard de ces conne­ries profé­rées par moi-même et par mes semblables. Je demande donc votre indul­gence pour le ton agres­sif employé ci-dessous :

  • « Je ne fais qu’ai­der les gens »
    Non, vous aidez des gens qui nuisent à d’autres gens
  • « J’aide tout le monde »
    Non vous aidez surtout ceux qui ont du fric
  • « Le travail que je four­nis a toujours une influence posi­tive »
    Ne soyez pas si naïfs. Lisez « Le Zen en Guerre »
  • « Je change les choses de l’in­té­rieur »
    Vrai­ment ? Il est possible que vous aidiez des gens à être plus heureux mais est-ce que cela change les systèmes et les struc­tures ?
  • « Je n’en ai pas les moyens »
    Vous voulez dire : « Je ne suis pas disposé à sacri­fier quoique ce soit dans mon style de vie pour vivre en accord avec mes prin­cipes. » C’est une ques­tion d’avi­dité et non de néces­sité. A très peu d’ex­cep­tions près, la majo­rité d’entre nous ne nage pas dans la mouise. Rédui­sez les voyages en Inde et profi­tez-en pour écono­mi­ser quelques émis­sions de carbone.

Actions de guérilla à l’usage des profs de pratiques corpo-spiri­tuelles :

Alors qu’est-ce que je peux faire ? Pouvons-nous nous battre pour quelque chose plutôt que se conten­ter d’être contre ce qui se passe actuel­le­ment ?

Tout d’abord, je pense que dans la commu­nauté ensei­gnante il est néces­saire de lever la main honnê­te­ment et d’af­fir­mer : « oui, je m’en­gage ». Je suis loin d’être blanc comme neige et j’écris ceci alors que je n’ai pris conscience du CIS que très récem­ment. Cela m’est parti­cu­liè­re­ment pénible mais pour moi main­te­nant, tout autre choix revien­drait à vivre dans le mensonge. J’en incite d’autres à avoir le courage de se pencher sérieu­se­ment sur la ques­tion et de deve­nir des profs guérille­ros d’aï­kido, de yoga, de médi­ta­tion, etc… Si vous en avez assez de sauver les gens de la noyade et que vous avez envie de savoir qui les pousse dans l’eau, prenez contact. Je rêve d’un monde dans lequel la sagesse tradi­tion­nelle serait utili­sée pour contri­buer à un vrai chan­ge­ment social. Dans lequel nous médi­te­rions pour contri­buer à une action sociale et dans lequel notre action sociale ferait partie de notre pratique spiri­tuelle. Que se passe­rait-il si, en ayant le privi­lège d’ac­cé­der à une tech­no­lo­gie corpo-spiri­tuelle de pointe, on assu­rait l’ac­ces­si­bi­lité à tous, en parti­cu­lier à ceux qui se trouvent en première ligne de l’ac­ti­visme social ? Que se passe­rait-il si on débrayait et si on refu­sait de venir en aide à ceux qui perpé­tuent la violence ?

Voici quelques enga­ge­ments person­nels qui pour­raient s’avé­rer utiles à d’autres. Pour ma part :

  • J’af­fir­me­rai que nous vivons sous une force d’oc­cu­pa­tion qui ne nous veut pas du bien, et que je fais partie de la résis­tance. Mon but ne consiste pas à m’adap­ter ou à soute­nir un système psycho­lo­gique­ment destruc­teur, socia­le­ment injuste et préju­di­ciable à l’en­vi­ron­ne­ment mais à soute­nir ceux qui le détrui­ront de l’in­té­rieur et de l’ex­té­rieur. Le premier chan­ge­ment concerne l’état d’es­prit. J’ai le choix entre colla­bo­rer ou entraî­ner de vrais révo­lu­tion­naires. Non, pas des révo­lu­tion­naires spiri­tuels méta­pho­riques ; de vrais révo­lu­tion­naires à part entière qui se servent de l’in­té­rieur pour amélio­rer l’ex­té­rieur et vice-versa.
  • Je trou­ve­rai des moyens pour que mon travail soit acces­sible finan­ciè­re­ment et socia­le­ment. Pas d’ex­cuses. Il se pour­rait que je sois obligé de réduire les cappuc­ci­nos au soja qui sont très chers. J’ai déjà commencé en créant un programme de déve­lop­pe­ment person­nel démo­cra­tique, colla­bo­ra­tif et open-source basé sur 12 étapes.
  • Je refu­se­rai d’en­sei­gner à toute personne déte­nant un pouvoir quel­conque à moins que je ne décèle une ouver­ture vers un véri­table désir de chan­ge­ment. Ne pas donner de couteaux à des enfants déjà dange­reux.
  • Je recher­che­rai acti­ve­ment les acteurs du chan­ge­ment qui pour­raient béné­fi­cier de ce que je fais.
  • Je crée­rai des cours de jeux de rôles percu­tants pour mettre en lumière des cas d’injus­tice sociale.
  • Je crée­rai un cours de leader­ship destiné parti­cu­liè­re­ment aux groupes radi­caux et je leur en ferai cadeau.
  • Je pour­sui­vrai le travail de rési­lience psycho­lo­gique avec les ONG.
  • Je cesse­rai d’ap­por­ter mon soutien finan­cier en tant que consom­ma­teur au CIS domi­nant.
  • J’in­cor­po­re­rai dans mes cours des éléments pour rendre service et d’autres aspects pour décou­ra­ger le narcis­sisme.
  • J’éta­bli­rai des liens expli­cites entre le travail corpo­rel que j’en­seigne et la poli­tique (voir liens vidéos).
  • L’ex­pres­sion « guer­rier spiri­tuel » peut être prise plus à la lettre que l’ha­bi­tuelle expres­sion cali­for­nienne banca­le… y compris de certaines manières que je n’abor­de­rai pas en public sur le net.

NB : le mot pros­ti­tu­tion est utilisé ici comme une analo­gie susci­tée par l’émo­tion pour parler du fait de vendre quelque chose de sacré et ne consti­tue pas une attaque contre les travailleurs du sexe.


Traduc­tion: Héléna Delau­nay & Maria Grandy

appropriations culturelles bonne conscience colonialisme yoga

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  1. Mélanger New Age (qui est de la daube bien fumante), et Spiritualité (au sens introspection de Soi pour Apprendre à Aimer l’Autre) à ce point me fait dire et qualifier cet article de merdique justement ! 🙂

    Et pourtant cela ne m’empêchera pas d’utiliser ce genre d’expression : Aspire à une Rêve-olution Intérieure si tu veux voir dans le Monde une Ré-Evolution Extérieure, puisque vous avez l’air de ne jurer que par la Révolution Sanglante et Destructrice… ;p

    J’ai développé ma réponse, certes à ma facon, mais de manière constructive non ? 😉

    Boris PUYET >>> Boris Teyup sur FB

    1. Le fait est que dans le monde d’aujourd’hui, les deux s’entremêlent, commerce et monde marchand obligeant. La commercialisation, la financiarisation de pratiques spirituelles de sagesses issus de divers cultures et endroits du monde (il faut aussi poser le problème de l’appropriation culturelle) les dénature grandement. Ce n’est pas compliqué à comprendre.

  2. Hey,
    C’est pas étonnant que quelque chose d’aussi puissant que la spiritualité soit repris par le système. Je comprends très bien comment on peut pervertir le truc mais je ne sais pas si ça peut tenir à long terme, même à court terme d’ailleurs. Méditation et spiritualité ne font pas bon ménage avec l’égoïsme nécessaire au système.

  3. bonjour et merci pour votre article! je sors d’un stage de méditation mbsr et l’ai écourté, car j’en avais assez d’entendre qu’on a toujours le choix dans la vie, que c’est à l’individu de trouver une réponse à son stress, c’est aux personnes de s’adapter; une personne parlait de sa souffrance à travailler dans un openspace, et bien elle devait gérer son stress et savoir dire non, s’affirmer; la prof a donné l’exemple des personnels soignants dans les hopitaux qui faisaient un burn out parce qu’ils donnaient trop d’empathie aux patients; je me suis donc agacée à deux reprises du fait qu’on parlait tout le temps de la responsabilité de l’individu, qui avait tout le temps le choix, ce qui a fait partir 3 ou 4 personnes de la salle et provoquer le mépris d’une autre car c’était completement hors contexte et que je leur faisais perdre du temps; la prof a plutôt rectifié ses propos, en disant que bien sûr il y a avait des problèmes de structure mais reste convaincue que le changement du monde viendra du changement de chaque individu, et je lui ai répondu à peu près ce que vous avez écrit « mediter pour une action sociale…avec de vrais révolutionnaires qui se servent de l’intérieur pour modifier l’exterieur ». elle a plutôt acquiescé mais en même temps m’a dit à un autre moment qu’elle n’était pas trop pro militantisme et qu’elle pensait que militer dans des orgas n’avaient jamais apporté grand chose! bref mmerci pour cet article je me sens moins seule au monde!

  4. Article intéressant. Il est rare de voire quelqu’un de l’intérieur de ces mouvements exprimer un avis politique qui ne soit pas d’une tiédeur sans nom.
    Mais après ça, ne faut-il pas se poser d’autres questions? Si vous avez réussi à vous berner sur l’usage que font les puissants de vos pratiques, que ne savez-vous si vous-mêmes en abusez? Mon avis : tout est à jeter dans le développement personnel, le leadership ne s’apprend pas dans des cours, entre jeunes branchouilles classes moyennes en mal d’enchantement du monde. Soyons honnêtes, si ces gadgets avaient le moindre éfficace en dehors du renforcement du délire bourgeois de contrôle du corps, les coachs seraient monarques et dictateurs -or ils sont coachs.
    Pour une analyse complémentaire sur le yoga et son insertion dans les structures sociales indiennes, ansi que son rapport avec l’impérialisme et le nationalisme Hindou : http://www.revolutionpermanente.fr/En-Inde-le-yoga-n-est-pas-que-non-violence

  5. Merci pour l’article, que je lis pour la deuxième fois. J’adhère à ce qui y est dit, tant cela devient très agaçant d’entendre un tas de militants actifs (pour le changement réel) se transformer en passifs centrés sur eux. Il y a un parallèle très simple à faire entre développement personnel et libéralisme: c’est la même pensée du chacun pour soi. Soit disant, on peut tous s’en sortir en y croyant… bref.
    Je rajouterais une nuance sur les intéressés -c’est d’ailleurs la même que je fais à Etienne Chouard- qui selon moi ne sont pas que « les 1% ». 1%, c’est consensuel, on est tous d’accord, on parle de gens que personne ne connaît, donc on ne se fâche pas. Mais ce que j’observe, en tout cas en France (même si je pense bien qu’il était question du 1% mondial) c’est que des gens qui profitent de la passivité et de l’absence de changement, il y en a quand même beaucoup. Je n’ai pas les chiffres, mais les gens que j’observe parfois ne sont pas milliardaires. Juste fils à Papa, bobo ou aristo, héritiers de quelques 10aines de milliers d’euros, d’une maison, ce qui suffit à les mettre à l’abri. Eux aussi ont intérêt à ce que ça ne change pas (donc à ce qu’un gourou dise « y a pas de hasard, ta pensée crée le monde »); car si on venait à réellement changer les choses et partager, ils perdraient forcément quelque chose…
    donc réfléchissons aux petits chefs et aux petits intérêts, partout autour de nous, en plus des 1%!

  6. Bonjour !
    Je plussoie : « Méditation et spiritualité ne font pas bon ménage avec l’égoïsme nécessaire au système. »
    Cela peut sembler paradoxal, mais c’est bien depuis que je regarde « en moi » et rien qu’en moi (en suivant un chemin spirituel) que mes relations avec les autres évoluent au quotidien vers plus d’empathie, de bienveillance et de partage.
    Mon exemple : depuis mes 18 ans, j’ai participé, plus ou moins activement, à divers mouvements militants (Attac, soutien aux sans-papiers, défense d’une école « pour tou.te.s », collectif informel de réappropriation des rues, etc.), et cela faisait du bien à mon égo : je défendais mes convictions, forcément les « bonnes », les plus « généreuses », etc. Je me suis même plongé dans le féminisme, et j’affirmais haut et fort ma compassion et mon soutien à la cause…
    Puis, un jour, j’ai prix ce nouveau chemin, et j’ai accepté de regarder, réellement, en moi. Et je me suis vu avec les femmes : manipulateur, cherchant à tromper, contrôler, à diriger, à dominer.
    Depuis lors, il m’est impossible de porter le même regard accusateur : je me suis vu mettre en place les mêmes mécanismes (ou des mécanismes similaires) que tous ceux qu’avant je qualifiais de salopards…

    Bref, je suis convaincu que le changement « global » n’est possible que si chacun.e accepte de se voir tel.le qu’il. est, qui est la première étape pour évoluer et se débarrasser des croyances (dans le « progrès », la « civilisation », etc.) et des attachements (notamment matériels) qui nous enferment et nous coupent des autres êtres (humains, animaux, végétaux, etc.)

    Merci pour cet excellent site !

    Benjamin