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L’ONU découvre que les humains dégradent l’environnement plus vite qu’il ne se régénère (par Fiona Harvey)

Plus de 522 000 hectares de forêts ont récemment brûlé (en date du 22 mai 2016) dans l'incendie de Fort McMurray au Canada, encore en cours.

Article initialement publié (en anglais) sur le site du Guardian le 19 mai 2016, que nous avons voulu commenter afin de mettre en lumière les incohérences et les sophismes qui constituent les ornières destructrices mais rassurantes de l’impasse civilisationnelle.


Selon une étude, une action radicale est nécessaire pour combattre le taux croissant des dégradations environnementales infligées aux sources d’eau, à la terre, à la biodiversité et à la vie marine.

Jusqu’ici, nous sommes d’accord.

La dégradation des ressources du monde naturel par les humains dépasse de beaucoup la capacité de la planète à encaisser ces dommages, ce qui signifie que le taux de détérioration augmente mondialement, selon la plus exhaustive des études jamais entreprises par l’ONU.

L’ONU s’aperçoit de l’état catastrophique de la planète, alors que 90% des grands poissons ont déjà disparu des océans, que “la Terre a perdu la moitié de ses populations d’espèces sauvages en 40 ans”, que l’air est désormais considéré par l’OMS comme étant cancérigène, que l’on sait qu’en “2050, les océans compteront plus de plastique que de poisson”, etc…

Il était temps.

L’étude, ayant impliqué 1 203 scientifiques, des centaines d’institutions scientifiques, et plus de 160 gouvernements réunis par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement), conclut que sans une action radicale, le niveau de prospérité dont bénéficient des millions de gens dans le monde développé ne pourra ni être assuré ni être propagé aux pays pauvres.

Il aura fallu mobiliser autant de scientifiques pour qu’ils en arrivent au constat que l’état de la planète se dégrade à une vitesse folle ; mais pire encore, ce qui semble les inquiéter n’est ni la destruction des écosystèmes, ni l’irréversibilité de la perte de biodiversité, ni l’empoisonnement universel, mais l’impossibilité du maintien et de l’expansion du “niveau de prospérité dont bénéficient des millions de gens dans le monde développé”, c’est-à-dire de la société de consommation et de son projet impérialiste de standardisation culturelle et d’administration planétaire.

Le manque d’eau est la plaie de régions parmi les plus pauvres de la Terre, selon l’étude, ce qui fait que les pays en développement sont de moins en moins en capacité de se nourrir eux-mêmes, et fait souffrir des millions de gens. Il semble y avoir peu d’espoir de résoudre cette situation, selon l’ONU, sans qu’une action radicale soit entreprise.

La nécessité d’une action radicale n’est pas à discuter. Mais encore faudrait-il être capable de la définir clairement.

Les sources d’eau sont de plus en plus menacées par la croissance de la population, par le changement climatique, l’urbanisation rapide, les niveaux de consommation croissants, et la dégradation des terres qui fournissaient autrefois un remplissage naturel des ressources en eau.

L’ONU comprend donc bien que le niveau de consommation élevé des habitants des pays occidentaux est insoutenable et entraine les multiples problèmes cités ci-dessus…

Cette étude se veut une aide aux efforts mondiaux du combat contre le changement climatique et les autres menaces environnementales, en ce qu’il souligne les difficultés de l’amélioration des vies des gens des pays en développement et de l’affrontement du réchauffement climatique, alors que les ressources alimentaires sont de plus en plus sous pression.

…mais reste persuadée que le progrès serait d’étendre ce même niveau de consommation insoutenable et destructeur à l’ensemble de la planète.

Voilà l’aporie Shadokienne que ces brillants scientifiques essaient de résoudre.

On voit que ce n’est pas un combat pour la survie de l’humanité, encore moins pour la préservation de la planète, de ses écosystèmes et de ses habitants non-humains, mais un combat pour que tous les êtres humains puissent consommer comme le font les occidentaux dont le niveau de consommation est si élevé qu’il rend impossible la propagation de ce même niveau de consommation aux autres êtres humains.

Ce qui n’a précisément aucun sens.

Le mode de vie occidentale, en une image.

Le PNUE a déterminé que le taux de dommages contre l’environnement naturel augmentait mondialement, malgré les efforts concertés visant à persuader les gouvernements de prendre des mesures d’amélioration du traitement des ressources naturelles vitales, comme l’eau, la terre, et les mers.

La méthode Coué a donc ses limites.

“Si les tendances actuelles se prolongent, et que le monde échoue à mettre en place des solutions améliorant les schémas de production et de consommation, si nous échouons à utiliser les ressources naturelles de manière soutenable, alors l’état de l’environnement mondial continuera à décliner”, a averti Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE.

Si nous continuons de dégrader la planète, la planète sera dégradée, CQFD.

Il explique que les outils d’amélioration de l’environnement pour des millions de gens existent dans les pays développés mais courent le risque de ne pas être utilisés.

Flûte, alors.

Cette étude, utilisant des décennies de données scientifiques, souligne que les mesures de base de gestion des principales causes des dommages environnementaux n’étaient toujours pas mises en place. Ces mesures comprennent la réduction de la pollution de l’air, notamment par des modifications sur les véhicules ; des dommages sur les écosystèmes marins, ce qui peut avoir un impact immense sur les stocks de poissons desquels dépendent des millions de gens ; et de la dégradation de la terre, étant donné que les méthodes modernes d’agriculture sont encore utilisées, au mépris de leurs conséquences à long terme.

Où l’on apprend que les plus maigres mesures “de base” ne sont même pas mises en place.

Il est tout de même permis de douter de l’impact que pourraient avoir les soi-disant mesures énoncées, puisqu’il ne s’agirait pas d’arrêter de polluer mais de polluer moins tout en continuant de produire des véhicules , ni de préserver la biodiversité, les espèces et les populations animales pour elles-mêmes mais parce qu’elles constituent des stocks pour la consommation humaine.

Le postulat de base, jamais discuté, étant que la planète est la propriété exclusive et inaliénable de l’espèce humaine.

Pêche intensive de thon rouge au Japon

Malgré l’accord mondial sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre signé à Paris en décembre 2015, les émissions mondiales de carbone continuent à augmenter. Le rapport indique que cela va altérer sur le long terme la capacité des économies en développement à nourrir les gens, en raison des perturbations induites telles que l’augmentation des sécheresses et des inondations.

Étonnant. Si nos émissions de gaz à effet de serre continuent à croitre, la situation continuera donc à empirer ?

Le changement climatique est exacerbé par les émissions de gaz à effet de serre issues de l’agriculture, dont celles du protoxyde d’azote un puissant gaz à effet de serre due aux émissions d’effluents et au mauvais stockage du fumier animal.

Ces sources ont connu une augmentation de plus d’un quart entre 2000 et 2010, selon l’étude.

Une des grandes réussites des politiques de “développement durable” de ces dernières années.

Parmi les autres domaines problématiques identifiés par le rapport, on retrouve les glaciers des Andes, qui fournissent l’eau vitale dont dépendent des dizaines de millions de gens, mais qui fondent à mesure que le climat se réchauffe.

Dans les pays riches, ces problèmes se sont accumulés au fil des décennies et des siècles, tandis que la croissance économique se poursuivait au détriment de l’environnement. Des efforts ultérieurs pour restaurer l’environnement ont connu un succès mitigé. Mais dans les pays en développement, il est encore possible de modifier la voie du développement à venir,  ce qui encourage les institutions internationales à envisager des chemins de croissance plus soutenables, censés à la fois remédier à la pauvreté et préserver l’environnement. Les auteurs de l’étude concluent que si ces pays suivent le schéma de croissance des pays déjà développés, alors le risque de dommages environnementaux irréversibles augmentera.

Précisons que le développement durable est une expression qui date des années 70 ; nous pouvons ainsi observer les ravages de 45 années de soi-disant “développement durable”, la planète n’a jamais été dans un état aussi catastrophique, avec en prime la 6ème extinction de masse en cours.

Cependant, l’ONU persiste à penser que le “confort moderne” et la société de consommation, tout en admettant qu’ils sont au cœur de l’ensemble des problèmes environnementaux et sociaux, peuvent, par quelque tour de force imaginaire et insensé, demeurer souhaitables et devenir soutenables.

Une des définitions que l’on donne souvent de la folie est le fait de refaire la même chose encore et encore tout en espérant un résultat différent. Nous vous laissons juger de l’état de santé mentale des membres de cette culture.

En effet, comment qualifier autrement la stupidité de ceux qui comprennent que le développement est en lui-même nuisible mais qui persistent à vouloir l’imposer sur la planète entière ?

Ils recommandent une augmentation de la sensibilisation à l’impact environnemental du développement. Par exemple, l’exploitation des ressources en eau doit être rendue plus soutenable en recyclant l’eau là où c’est possible, et en changeant le type d’agriculture afin que les méthodes d’irrigation gaspilleuses soient remplacées par des méthodes plus efficientes.

Bis repetita.

Les pays en développement devraient également changer leurs méthodes de gestion des déchets, selon l’étude, afin de protéger leurs ressources d’eau propre et d’éviter que les déchets solides ne prennent feu dans les décharges.

Le rapport oublie visiblement de préciser qu’il s’agit dans une certaine mesure de déchets issus des pays développés, et gentiment renvoyés aux pays dont on a extrait les matières premières de ces produits désormais obsolètes.

Enfin, la préconisation : “Les pays en développement devraient également changer leurs méthodes de gestion des déchets” est aussi floue que ce qui est prôné par le reste de l’étude, à savoir une “action radicale”, jamais définie, mais apparemment capable de faire coexister deux réalités contraires : la destruction de la planète et sa préservation.


Traduction & Commentaires: Collectif Le Partage

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