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Convergence des luttes : Frapper où ça fait mal (par Theodore Kaczynski)

http://partage-le.com/2016/08/lincoherence-du-socialisme-le-mythe-du-progres-le-culte-de-la-machine-par-georges-orwell/
Nous republions ici la traduction en français d'un article écrit par Theodore Kaczynski. Traduction trouvée sur le site de Sniadecki.

1/ Pourquoi cet article ?

Le propos de cet article est de signa­ler un prin­cipe très simple des conflits humains que les oppo­sants au système techno-indus­triel paraissent négli­ger. Ce prin­cipe réside en ceci que, quelle que soit la nature du conflit, si vous voulez l’em­por­ter vous devez frap­per votre adver­saire où ça fait mal.

Je m’ex­plique. Lorsque je parle de « frap­per où ça fait mal » je ne fais pas néces­sai­re­ment allu­sion à des coups ou à une autre forme de violence physique. Dans un débat, par exemple, « frap­per où ça fait mal” ce serait mettre en avant les argu­ments face auxquels la posi­tion de vos contra­dic­teurs est la plus vulné­rable. Dans une élec­tion prési­den­tielle « frap­per où ça fait mal » revien­drait à l’em­por­ter sur votre rival dans les États où il y a le plus de votants. Je n’uti­li­se­rai donc l’ana­lo­gie avec un combat physique que parce qu’elle est claire et frap­pante.

Si quelqu’un vous frappe, vous ne pouvez vous défendre en frap­pant sur ses poings : vous ne lui ferez pas mal de cette façon. Pour l’em­por­ter dans la bagarre, vous devez le frap­per où ça fait mal. Ce qui veut dire atteindre, derrière ses poings, les parties sensibles et vulné­rables du corps de l’ad­ver­saire.

Imagi­nez que le bull­do­zer d’une compa­gnie fores­tière arrache des arbres à côté de votre maison. C’est bien la lame du bull­do­zer qui pousse la terre et couche les arbres au sol. Mais ce serait une perte de temps que de frap­per dessus à coups de masse. Consa­cre­riez-vous une longue et pénible jour­née à vous achar­ner sur la lame à coups de masse que vous réus­si­riez sûre­ment à l’en­dom­ma­ger assez pour la rendre inuti­li­sable. Mais, par rapport au reste de l’en­gin, la lame est rela­ti­ve­ment bon marché et facile à rempla­cer. Elle n’est, en somme, que les poings au moyen desquels ce bull­do­zer frappe la terre. Pour vaincre la machine, il faut attaquer ses parties vitales en allant les cher­cher derrière les poings. Un tel engin, par exemple, peut fort bien être réduit à néant, de façon très expé­di­tive, en fort peu de temps et sans efforts, par toutes sortes de moyens bien connus de nombreux radi­caux.

A ce stade il me faut être clair sur le fait que je n’in­cite personne à démo­lir un bull­do­zer (à moins d’en être soi-même proprié­taire). Pas davan­tage on ne trou­vera dans cet article quoi que ce soit qui puisse s’in­ter­pré­ter comme une inci­ta­tion à aucune sorte d’ac­ti­vité illé­gale.

Je suis en prison et si j’en étais à encou­ra­ger des acti­vi­tés illé­gales cet article n’ob­tien­drait pas même l’au­to­ri­sa­tion de sortir de l’éta­blis­se­ment. J’uti­lise l’image du bull­do­zer parce qu’elle est claire et frap­pante et qu’elle sera appré­ciée par les radi­caux.

2/ C’est la tech­no­lo­gie qui est la cible.

Il est géné­ra­le­ment admis que la variable fonda­men­tale qui déter­mine le proces­sus histo­rique contem­po­rain repose sur le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique (Celso Furtado). Plus que tout, c’est la tech­no­lo­gie qui est respon­sable de l’état actuel du monde et qui contrô­lera son déve­lop­pe­ment ulté­rieur. De sorte que le bull­do­zer qu’il nous faut détruire est la tech­no­lo­gie moderne elle-même.

Beau­coup de radi­caux en sont conscients et réalisent par consé­quent que leur tâche est d’éli­mi­ner la tota­lité du système techno-indus­triel. Mais ils n’ac­cordent malheu­reu­se­ment que peu d’at­ten­tion à la néces­sité de frap­per le système où ça fait mal. Démo­lir des McDo­nald’s ou des Star­bu­ck’s est absurde. Non que j’aie quoi que ce soit à faire de McDo­nald’s ou de Star­bu­ck’s. Je me moque qu’on les détruise ou pas. Mais ce n’est pas une acti­vité révo­lu­tion­naire. Même si toutes les chaînes d’ali­men­ta­tion rapide du monde étaient anéan­ties, ce ne serait qu’un mal bien minime pour le système techno-indus­triel qui peut évidem­ment se passer aisé­ment de chaînes de fast-food pour survivre. S’en prendre à McDo­nald’s ou à Star­bu­ck’s n’est vrai­ment pas « frap­per où ça fait mal ».

Il y a quelques mois j’ai reçu une lettre d’un jeune danois qui était persuadé que le système techno-indus­triel devait être éliminé parce que, disait-il, « qu’ar­ri­vera-t-il si nous conti­nuons dans cette voie ? » Il semble pour­tant que son genre d’ac­ti­vité « révo­lu­tion­naire » consiste à orga­ni­ser des attaques contre des élevages d’ani­maux à four­rure. En tant que moyen d’af­fai­blir le système techno-indus­triel, voilà une acti­vité propre­ment inutile. Même si les mouve­ments de libé­ra­tion animale réus­sis­saient à élimi­ner tota­le­ment l’in­dus­trie de la four­rure, ils ne nuiraient nulle­ment au système parce que le système peut parfai­te­ment se perpé­tuer sans four­rures.

J’ad­mets que mettre en cage des animaux sauvages soit into­lé­rable et que mettre un terme à ces pratiques soit une noble cause. Mais il y a beau­coup de nobles causes : préve­nir les acci­dents de la route, donner un toit aux sans-abri, recy­cler les déchets ou aider les vieilles personnes à traver­ser la rue. Pour­tant personne ne serait assez stupide pour y voir des acti­vi­tés révo­lu­tion­naires ou imagi­ner que cela puisse en quelque façon affai­blir le système.

Pour lire cet excellent dossier d’Us­bek & Rica, cliquez sur l’image.

3/ L’in­dus­trie fores­tière est une ques­tion margi­nale.

Pour prendre un autre exemple, personne non plus, en son for inté­rieur, ne croit que rien qui ressemble, de près ou de loin, à la nature sauvage (wilder­ness) puisse survivre bien long­temps si le système techno-indus­triel se perpé­tue. Bon nombre d’en­vi­ron­ne­men­ta­listes radi­caux l’ad­mettent et souhaitent l’ef­fon­dre­ment du système. Mais pratique­ment ils ne font que s’en prendre à l’in­dus­trie fores­tière.

Je n’ai certes rien à objec­ter à leurs attaques. C’est un sujet qui me tient à cœur et je me réjouis de chaque succès des radi­caux contre ce secteur d’ac­ti­vi­tés. Et même, pour des raisons que je dois expliquer ici, je suis persuadé que l’op­po­si­tion à l’in­dus­trie fores­tière pour­rait s’ins­crire parmi les initia­tives desti­nées à renver­ser le système.

Mais, en tant que tel, ce combat n’est pas une manière effi­cace de travailler contre le système car, dans l’hy­po­thèse bien impro­bable où les radi­caux parvien­draient à inter­rompre toute exploi­ta­tion fores­tière à travers le monde, on serait quand même loin d’en avoir fini avec le système. Et ce n’est pas là ce qui sauve­rait la nature sauvage de façon défi­ni­tive. Tôt ou tard le climat poli­tique chan­ge­rait et l’in­dus­trie fores­tière repren­drait. Même si elle devait ne jamais reprendre, il y aurait inévi­ta­ble­ment d’autres domaines où la nature sauvage serait détruite, ou du moins appri­voi­sée et domes­tiquée. La recherche et l’ex­ploi­ta­tion minières, les pluies acides, les modi­fi­ca­tions clima­tiques, la destruc­tion des espèces détruisent la nature sauvage ; mais la nature sauvage est aussi appri­voi­sée et domes­tiquée par les loisirs, la recherche scien­ti­fique ou l’ex­ploi­ta­tion des ressources dispo­nibles, que ce soit par le pistage élec­tro­nique des animaux, les barrages néces­saires aux usines de pois­sons d’éle­vage ou par la plan­ta­tion d’arbres géné­tique­ment modi­fiés. La nature sauvage ne peut être sauvée de façon perma­nente qu’en élimi­nant le système techno-indus­triel, ce qui ne peut se réduire au combat contre l’in­dus­trie fores­tière. Le système survi­vrait aisé­ment à sa suppres­sion parce que les produits du bois, bien qu’ils lui soient fort utiles, pour­raient être rempla­cés par d’autres maté­riaux s’il le fallait.

C’est dire à quel point on ne frappe pas le système où ça fait mal lorsqu’on combat l’in­dus­trie fores­tière. On ne s’en prend qu’aux poings (ou à l’un des poings) que le système utilise pour détruire la nature ; et, comme dans une bagarre, ce n’est pas comme ça qu’on gagne. Il faut, derrière les poings, viser les organes vitaux les plus sensibles. Par des moyens légaux, bien sûr, comme des mani­fes­ta­tions paci­fiques.

4/ Pourquoi le système est coriace.

Le système techno-indus­triel est extra­or­di­nai­re­ment coriace du fait de sa struc­ture préten­du­ment « démo­cra­tique » et de la souplesse qu’elle lui auto­rise. Parce que les systèmes dicta­to­riaux tendent à la rigi­dité, les tensions et la résis­tance sociales peuvent s’y déve­lop­per jusqu’à porter atteinte au système, à l’af­fai­blir, à s’ache­ver en révo­lu­tion. Mais dans un système « démo­cra­tique », lorsque la tension et la résis­tance sociales s’ac­croissent dange­reu­se­ment, le système recule et tran­sige suffi­sam­ment pour rame­ner les tensions au seuil de sécu­rité.

Dans les années 1960, les gens ont commencé à s’avi­ser que la pollu­tion de l’en­vi­ron­ne­ment était un problème sérieux, en premier lieu parce que la crasse visible et respi­rable de l’at­mo­sphère de nos plus grandes villes commençait à les rendre physique­ment mal à l’aise. Le mouve­ment de protes­ta­tion fut suffi­sant pour que soit insti­tuée une agence de protec­tion envi­ron­ne­men­tale ; d’autres mesures furent prises pour réduire le problème. Bien sûr, nous savons tous que les problèmes de pollu­tion sont très loin d’avoir été réso­lus. Mais ce qui fut fait suffit pour que les récla­ma­tions du public s’apaisent et que la pres­sion sur le système se relâche pour de nombreuses années. Car s’en prendre au système c’est comme frap­per sur un morceau de caou­tchouc. Un coup de marteau peut briser de la fonte, qui est rigide et cassante. Mais on peut frap­per à loisir sur un morceau de caou­tchouc sans l’abî­mer parce que le caou­tchouc est souple. Le système se dérobe juste assez devant les protes­ta­tions pour qu’elles perdent leur force et leur élan ; juste assez pour rebon­dir à nouveau.

C’est pourquoi, pour frap­per le système où ça fait mal, il faut choi­sir les angles d’at­taque qui l’em­pê­che­ront de rebon­dir, qui le porte­ront à se battre jusqu’au bout. Parce que c’est une lutte à mort et non des accom­mo­de­ments avec le système qu’il nous faut.

5/ Il est inutile d’at­taquer le système sur le terrain de ses propres valeurs.

Il est abso­lu­ment essen­tiel d’at­taquer le système non sur le terrain de ses valeurs, tech­no­lo­gique­ment orien­tées, mais sur celui de valeurs incom­pa­tibles avec les siennes. Tant qu’on l’at­taque sur le terrain de ses propres valeurs on ne le frappe pas où ça fait mal, et on lui permet de battre en retraite, de se déro­ber pour faire s’éva­nouir la contes­ta­tion. Si on attaque, par exemple, l’in­dus­trie fores­tière surtout parce qu’on a besoin des forêts pour ména­ger les ressources en eau ou le poten­tiel d’ac­ti­vi­tés récréa­tives, le système peut céder du terrain afin de désa­mor­cer la protes­ta­tion sans remettre en cause ses propres valeurs : les ressources en eau et les acti­vi­tés de loisirs sont plei­ne­ment en phase avec les valeurs du système, et s’il recule, s’il restreint l’ac­ti­vité fores­tière au nom des ressources en eau et des acti­vi­tés de loisirs, il n’opère en vérité rien d’autre qu’une retraite tactique et n’en­dure nulle­ment une défaite stra­té­gique selon sa propre échelle de valeurs.

En mettant en avant des thèmes liés aux discri­mi­na­tions (racisme, sexisme, homo­pho­bie ou pauvreté) on n’ébranle pas les valeurs du système, on ne le force même pas à recu­ler ou à compo­ser. On l’aide direc­te­ment. Les tenants les plus raison­nables du système recon­naissent que le racisme, le sexisme, la pauvreté lui sont nuisibles et c’est pourquoi il s’em­ploie lui-même à les combattre, de même que toutes les formes voisines de discri­mi­na­tion. Les « sweat­shops » (1) avec leurs bas salaires et leurs épou­van­tables condi­tions de travail ne vont pas sans procu­rer du profit à certaines entre­prises. Les tenants du système les plus raison­nables savent parfai­te­ment que le système dans son ensemble fonc­tionne bien mieux lorsque les travailleurs sont trai­tés décem­ment. En se concen­trant sur les « sweat­shops » on aide le système, on ne l’af­fai­blit pas.

De nombreux radi­caux succombent à la tenta­tion de se foca­li­ser sur des ques­tions ines­sen­tielles comme le racisme, le sexisme et les « sweat­shops » parce que c’est facile. Ils se saisissent d’une ques­tion sur laquelle le système pourra s’of­frir un compro­mis et sur laquelle ils obtien­dront le soutien de gens comme Ralf Nader, Winona La Duke, des syndi­cats et de tous les autres pédés (pink) réfor­ma­teurs. Peut-être le système recu­lera-t-il un peu sous la pres­sion, de sorte que les acti­vistes décèlent quelques résul­tats visibles de leurs efforts et ressentent l’illu­sion grati­fiante d’avoir fait quelque chose. Mais en réalité ils n’ont rien fait du tout en vue d’éli­mi­ner le système techno-indus­triel.

La ques­tion de la globa­li­sa­tion n’est pas tota­le­ment dépour­vue de liens avec le problème de la tech­no­lo­gie. L’em­bal­lage de mesures écono­miques et poli­tiques que désigne la globa­li­sa­tion vise effec­ti­ve­ment la crois­sance écono­mique et, par voie de consé­quence, le progrès tech­no­lo­gique. Néan­moins la globa­li­sa­tion est une ques­tion d’im­por­tance margi­nale et rien moins qu’une cible bien choi­sie pour des révo­lu­tion­naires. Le système peut se permettre de céder du terrain sur la ques­tion de la globa­li­sa­tion. Sans renon­cer à la globa­li­sa­tion en tant que telle, le système peut mettre en œuvre des mesures afin d’at­té­nuer les consé­quences envi­ron­ne­men­tales et écono­miques de la globa­li­sa­tion aussi bien que pour désa­mor­cer la contes­ta­tion. A l’ex­trême, le système pour­rait aller jusqu’à renon­cer complè­te­ment à la globa­li­sa­tion. La crois­sance et le progrès n’en conti­nue­raient pas moins, à une échelle légè­re­ment moins large. Et lorsqu’on combat la globa­li­sa­tion on ne s’at­taque pas aux valeurs fonda­men­tales du système. L’op­po­si­tion à la globa­li­sa­tion repose sur la préoc­cu­pa­tion d’as­su­rer des salaires décents aux travailleurs et de préser­ver l’en­vi­ron­ne­ment, choses qui sont toutes complè­te­ment en phase avec les valeurs du système (le système, pour sa propre survie, ne peut lais­ser la dégra­da­tion de l’en­vi­ron­ne­ment aller trop loin). C’est pourquoi le combat contre la globa­li­sa­tion ne frappe pas le système là où ça fait mal. Ses efforts peuvent conduire à des réformes, mais ils sont inutiles si l’objec­tif est de renver­ser le système techno-indus­triel.

6/ Les radi­caux doivent attaquer le système aux points névral­giques.

Pour travailler effi­ca­ce­ment à l’éli­mi­na­tion du système techno-indus­triel, les révo­lu­tion­naires doivent attaquer le système sur les points où il ne peut s’au­to­ri­ser à céder de terrain. Ils doivent attaquer ses organes vitaux. Bien entendu lorsque je parle d’attaque je ne songe nulle­ment à une attaque maté­rielle, mais exclu­si­ve­ment à des formes légales de contes­ta­tion et de résis­tance.

Les organes vitaux du système sont, entre autres :

  1. L’in­dus­trie élec­trique. Le système est tota­le­ment dépen­dant de son réseau d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en élec­tri­cité.
  2. L’in­dus­trie des commu­ni­ca­tions. Le système est inca­pable de survivre sans moyens de commu­ni­ca­tion rapide tels que le télé­phone, la radio, la télé­vi­sion, le cour­rier élec­tro­nique et ce qui s’en suit.
  3. L’in­dus­trie infor­ma­tique. Nous savons tous que le système s’ef­fon­dre­rait rapi­de­ment sans ses ordi­na­teurs.
  4. L’in­dus­trie de la propa­gande. Elle comprend l’in­dus­trie des loisirs, le système éduca­tif, le jour­na­lisme, la publi­cité, les rela­tions publiques et l’es­sen­tiel de la poli­tique et l’in­dus­trie de la santé mentale. Le système ne peut fonc­tion­ner sans que les gens se montrent suffi­sam­ment dociles et se conforment aux compor­te­ments dont il a besoin. C’est la fonc­tion de l’in­dus­trie de la propa­gande que d’en­sei­gner aux popu­la­tions ce type de pensées et de compor­te­ments.
  5. L’in­dus­trie des biotech­no­lo­gies. Pour autant que je sache, le système n’est pas encore maté­riel­le­ment dépen­dant de la biotech­no­lo­gie. C’est toute­fois un sujet sur lequel il ne peut se permettre de céder car il revêt pour lui une impor­tance critique, comme je vais essayer de le prou­ver à l’ins­tant.

Encore une fois : si on s’en prend aux organes vitaux du système, il est essen­tiel de ne pas le faire en respec­tant ses valeurs mais en se fondant sur des valeurs incom­pa­tibles avec lui. Par exemple, si on s’at­taque à l’in­dus­trie de l’élec­tri­cité au nom du fait qu’elle pollue l’en­vi­ron­ne­ment le système peut désa­mor­cer la contes­ta­tion en déve­lop­pant des méthodes de produc­tion élec­trique plus propres. Et si les choses empi­raient vrai­ment, il pour­rait passer entiè­re­ment à l’éner­gie solaire ou éolienne. Cela pour­rait beau­coup contri­buer à réduire les dommages envi­ron­ne­men­taux mais ne mettrait certes pas fin au système techno-indus­triel. Et cela ne consti­tue­rait pas non plus une défaite de ses valeurs fonda­men­tales. Pour réali­ser quoi que ce soit contre le système il faut s’en prendre à toute la produc­tion d’éner­gie élec­trique en tant qu’il s’agit d’une ques­tion de prin­cipe, pour cela même que la dépen­dance à l’élec­tri­cité rend les gens dépen­dants du système. C’est là un terrain incom­pa­tible avec ses valeurs.

A lire pour aller plus loin dans l’ana­lyse de l’im­passe indus­trielle (cliquez sur l’image).

7/ La biotech­no­lo­gie pour­rait être la meilleure cible pour une attaque poli­tique.

L’in­dus­trie biotech­no­lo­gique est proba­ble­ment la cible la plus promet­teuse sur ce terrain. Bien que les révo­lu­tions soient géné­ra­le­ment portées par des mino­ri­tés, il est fort utile d’avoir un certain degré de soutien, de sympa­thie ou au moins d’ac­quies­ce­ment de l’en­semble de la popu­la­tion. S’as­su­rer de ce genre de soutient ou d’ac­quies­ce­ment est un des enjeux de l’ac­tion poli­tique.

Si on menait une attaque poli­tique sur l’in­dus­trie élec­trique par exemple, il serait extrê­me­ment diffi­cile de s’as­su­rer quelque soutien que ce soit, en dehors d’une mino­rité de radi­caux, parce que la plupart des gens résistent à tout chan­ge­ment de leur mode de vie, et parti­cu­liè­re­ment aux chan­ge­ments qui pour­raient les gêner person­nel­le­ment. C’est pourquoi peu nombreux sont ceux qui souhai­te­raient renon­cer à l’élec­tri­cité.

Mais les gens ne se sentent pas encore aussi dépen­dants des biotech­no­lo­gies qu’ils le sont de l’élec­tri­cité. Élimi­ner les biotech­no­lo­gies ne modi­fiera pas radi­ca­le­ment leur exis­tence. Au contraire, il pour­rait être possible de leur montrer que le déve­lop­pe­ment continu des biotech­no­lo­gies trans­for­mera leur mode de vie et anéan­tira les plus anciennes valeurs humaines. Aussi, sur ce terrain, les radi­caux pour­raient-ils être à même de mobi­li­ser en leur faveur la résis­tance humaine natu­relle au chan­ge­ment.

Car les biotech­no­lo­gies sont un sujet sur lequel le système ne peut se permettre de perdre. C’est un sujet sur lequel il devra se battre jusqu’au bout, et c’est exac­te­ment ce dont nous avons besoin. Mais, pour le redire encore, il est essen­tiel d’at­taquer les biotech­no­lo­gies non sur le terrain des valeurs du système mais au nom de valeurs incom­pa­tibles avec elles. Par exemple, si on fonde centra­le­ment la lutte contre les biotech­no­lo­gies sur le fait qu’elles peuvent nuire à l’en­vi­ron­ne­ment ou que l’ali­men­ta­tion géné­tique­ment modi­fiée peut être préju­di­ciable à la santé, alors le système ne manquera certai­ne­ment pas de se garan­tir contre une telle attaque en cédant du terrain ou en recher­chant un compro­mis – en insti­tuant, par exemple, un contrôle accru de la recherche géné­tique, un suivi et une régle­men­ta­tion plus rigou­reuses des semences géné­tique­ment modi­fiées. L’inquié­tude des gens s’en trou­vera réduite et la contes­ta­tion s’étio­lera.

8/ Toutes les biotech­no­lo­gies doivent être attaquées sur le plan des prin­cipes.

Aussi, au lieu de contes­ter telle ou telle consé­quence néga­tive des biotech­no­lo­gies, il faut attaquer l’en­semble des biotech­no­lo­gies modernes sur le plan des prin­cipes, sur le fait que :

a) il s’agit d’une insulte à tout ce qui vit ;

b) qu’elles concentrent trop de pouvoir aux mains du système ;

c) qu’elles trans­for­me­ront radi­ca­le­ment des valeurs humaines fonda­men­tales recon­nues depuis des millé­naires ;

Et tous thèmes du même ordre, incom­pa­tibles avec les valeurs du système.

En réponse à ce type d’at­taques le système devra se dres­ser et se battre. Il ne pourra s’en garan­tir en enga­geant une retraite, quelle qu’en soit l’am­pleur, parce que les biotech­no­lo­gies sont bien trop centrales dans l’en­semble de l’en­tre­prise de progrès tech­no­lo­gique et parce que, en cédant du terrain, le système ne se livre­rait pas à une simple retraite tactique mais subi­rait une défaite stra­té­gique majeure du point de vue de son système de valeurs. Ces valeurs seraient sapées et la porte serait ouverte à des attaques poli­tiques ulté­rieures qui ébran­le­raient les fonde­ments du système.

Main­te­nant, c’est vrai, la Chambre des Repré­sen­tants des Etats-Unis a récem­ment voté sur l’in­ter­dic­tion du clonage humain et certains membres du congrès ont même donné quelque chose comme de bonnes raisons de le faire. Ces raisons, à ce que j’en ai lu, repo­saient sur des argu­ments reli­gieux, mais quoi qu’on puisse penser des termes reli­gieux utili­sés, ces raisons n’étaient pas tech­no­lo­gique­ment accep­tables. Et c’est ce qui compte.

Ainsi le vote des congres­sistes sur le clonage humain a été une véri­table défaite pour le système. Mais cela n’a été qu’une petite, très petite, défaite à cause de l’étroi­tesse du champ d’in­ter­dic­tion – qui n’af­fecte qu’une partie tout à fait minime des biotech­no­lo­gies – et parce que le clonage humain n’aura de toute façon qu’un inté­rêt restreint pour le système dans un proche avenir. Mais l’ac­tion de la Chambre des Repré­sen­tants suggère bien qu’il y a là un point sur lequel le système est vulné­rable, et qu’une attaque plus large de l’en­semble des biotech­no­lo­gies pour­rait infli­ger de sévères revers au système et à ses valeurs.

9/ Les radi­caux n’ont pas encore attaqué effi­ca­ce­ment les biotech­no­lo­gies.

Certains radi­caux s’en prennent bien aux biotech­no­lo­gies, que ce soit poli­tique­ment ou maté­riel­le­ment, mais, pour autant que je sache, ils en restent au terrain des valeurs du système pour expliquer leur oppo­si­tion. C’est à dire que leurs prin­ci­pales récla­ma­tions portent sur les risques envi­ron­ne­men­taux ou les menaces pour la santé.

En outre, ils ne frappent pas l’in­dus­trie des biotech­no­lo­gies où ça fait mal. Pour recou­rir une nouvelle fois à une analo­gie avec un combat réel, suppo­sons que vous ayez à vous défendre contre une pieuvre géante. Vous n’y parvien­driez pas effi­ca­ce­ment en coupant l’ex­tré­mité de ses tenta­cules. Il vous faudrait viser la tête.

De ce que j’ai lu sur leurs acti­vi­tés, je conclus que les radi­caux qui s’oc­cupent des biotech­no­lo­gies en sont encore à essayer de décou­per l’ex­tré­mité des tenta­cules. Ils essaient de convaincre le tout venant des agri­cul­teurs, indi­vi­duel­le­ment, de s’abs­te­nir de plan­ter des semences géné­tique­ment modi­fiées. Mais il y a des milliers et des milliers de fermes en Amérique, ce qui fait que cette tenta­tive de persua­sion indi­vi­duelle est extrê­me­ment inef­fi­cace pour combattre le génie géné­tique.

Il serait beau­coup plus fruc­tueux de convaincre des cher­cheurs enga­gés dans les recherches de ce type, ou des cadres de compa­gnies comme Monsanto, d’aban­don­ner l’in­dus­trie biotech­no­lo­gique. Les bons cher­cheurs sont des gens qui ont des talents parti­cu­liers et une forma­tion appro­fon­die, ce qui les rend diffi­ciles à rempla­cer. C’est la même chose pour les cadres supé­rieurs de ces entre­prises. Persua­der ne fût-ce qu’un très petit nombre de ces gens là de renon­cer aux biotech­no­lo­gies cause­rait un préju­dice bien plus consi­dé­rable à l’in­dus­trie des biotech­no­lo­gies que de convaincre mille agri­cul­teurs de ne pas utili­ser de semences géné­tique­ment modi­fiées.

10/ Frap­per là où ça fait mal.

On peut discu­ter pour savoir si j’ai raison de penser que les biotech­no­lo­gies sont le meilleur sujet sur lequel on puisse attaquer poli­tique­ment le système. Mais que les radi­caux gâchent aujourd’­hui le plus clair de leur éner­gie sur des sujets qui ont peu ou pas d’im­por­tance pour la survie du système tech­no­lo­gique ne mérite pas discus­sion. Même lorsqu’ils retiennent de bons sujets, les radi­caux ne frappent pas où ça fait mal.

Aussi, au lieu de trot­ti­ner vers le prochain sommet mondial du commerce pour s’y étran­gler de rage contre la globa­li­sa­tion, les radi­caux feraient mieux de consa­crer un peu de temps à réflé­chir où frap­per le système pour ça lui fasse vrai­ment mal. Par des moyens légaux, bien sûr.

Théo­dore Kaczynski


1. Entre guille­mets dans le texte améri­cain. Litté­ra­le­ment : ateliers à sueur. Ateliers de confec­tion clan­des­tins, ou employant de la main d’œuvre clan­des­tine ou enfan­tine, ou ne respec­tant pas les normes sociales en vigueur.

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