folder Filed in Antiprogressisme, Désastre technocratique, Fabrique du consentement, Le mythe du progrès, Non classé
La nuisance progressiste : l'exemple d'Idriss Aberkane (par Kevin Amara)
comment 30 Comments

Les vidéos d’Idriss Aber­kane circulent beau­coup, en ce moment, sur le web ; sorti de l’ombre depuis quelques mois, ce « cher­cheur en neuros­ciences cogni­tives » écume à présent les amphis des facul­tés, a été adoubé par TedX, labo­ra­toire du mondia­lisme, voit ses idées reprises par une majo­rité toujours crois­sante de la popu­la­tion, et son nom diffusé sur tous les réseaux sociaux.

Il accom­pagne un discours pate­lin ce que nous nous propo­sons de mettre en lumière ici — de grands gestes de ses mains baguées et n’hé­site pas à sourire à propos, afin de séduire son public. Jamais avare d’un bon mot et d’une formule choc, amateur d’an­gli­cismes high-tech, il sait trou­ver l’oreille des moins atten­tifs.

Son credo : l’hu­ma­nité se trompe et son modèle civi­li­sa­tion­nel est rela­ti­ve­ment défec­tueux. On ne peut qu’a­bon­der dans son sens. C’est lorsqu’il propose le médi­ca­ment que nous regret­tons aussi­tôt d’avoir peu ou prou le même diagnos­tic. Selon Idriss Aber­kane, notre problème ne relève pas d’un excès de science et de tech­no­lo­gisme (la prédo­mi­nance de la tech­no­lo­gie sur le stra­té­gique et le poli­tique), mais d’une carence en la matière. Selon lui, il ne nous faut pas rompre avec le système qui nous a mené à l’im­passe où nous sommes, mais simple­ment opérer une tran­si­tion amphi­gou­rique qui nous condui­rait vers des lende­mains qui chantent. Grâce à ce même système tech­nique. Voyez-vous ça.

Une nouvelle Renais­sance

Ce qu’A­ber­kane met en exergue, et se propose de démon­trer, c’est la réalité tangible d’une nouvelle Renais­sance à l’œuvre sur le conti­nent Terre.

Rappel des faits. La décou­verte – ou plutôt la redé­cou­verte, les asia­tiques ayant été les premiers à en appré­hen­der la tech­nique – de l’im­pri­me­rie, a permis au conti­nent euro­péen une redé­cou­verte de son héri­tage et une expan­sion formi­dable du savoir. Voilà ce qui est écrit dans les livres d’His­toire. L’his­toire avec une grande hache.

En réalité, elle a agrandi les lignes de démar­ca­tion entre un peuple qui ne dispo­sait pas des moyens néces­saires d’ac­cé­der à ce savoir, et les élites intel­lec­tuelles, alors rassem­blées en diffé­rents réseaux, en struc­tures ordon­nées. Jusque-là, les univer­si­tés dispo­saient d’un quasi-mono­pole dans le domaine du savoir offi­ciel et de la diffu­sion de l’in­for­ma­tion, mono­pole qui s’est effrité suite à l’ap­pa­ri­tion de l’im­pri­me­rie et qui a donné nais­sance coup sur coup au monde bour­geois et à la société tech­ni­cienne. Le point de départ du capi­ta­lisme étant, selon Lewis Mumford, l’in­ven­tion du pendule et la frag­men­ta­tion des jour­nées en heures. La cris­tal­li­sa­tion du savoir qui s’est vue accen­tuée grâce à l’im­pri­me­rie et la coupe systé­ma­tique des huma­ni­tés en divers petits ensembles dispa­rates ont altéré le savoir, jusqu’à en modi­fier les fonc­tions mêmes.

Ainsi, Simone Weil écri­vait, dans L’en­ra­ci­ne­ment, et ce dès 1949 :

« De nos jours, un homme peut appar­te­nir aux milieux dits culti­vés, d’une part sans avoir aucune concep­tion concer­nant la desti­née humaine, d’autre part sans savoir, par exemple, que toutes les constel­la­tions ne sont pas visibles en toutes saisons. On croit couram­ment qu’un petit paysan d’aujourd’­hui, élève de l’école primaire, en sait plus que Pytha­gore, parce qu’il répète doci­le­ment que la terre tourne autour du soleil. Mais en fait il ne regarde plus les étoiles. Ce soleil dont on lui parle en classe n’a pour lui aucun rapport avec celui qu’il voit. On l’ar­rache à l’uni­vers qui l’en­toure, comme on arrache les petits Poly­né­siens à leur passé en les forçant à répé­ter : « Nos ancêtres les Gaulois avaient les cheveux blonds ».

Ce qu’on appelle aujourd’­hui instruire les masses, c’est prendre cette culture moderne, élabo­rée dans un milieu telle­ment fermé, telle­ment taré, telle­ment indif­fé­rent à la vérité, en ôter tout ce qu’elle peut encore conte­nir d’or pur, opéra­tion qu’on nomme vulga­ri­sa­tion, et enfour­ner le résidu tel quel dans la mémoire des malheu­reux qui dési­rent apprendre, comme on donne la becquée à des oiseaux. D’ailleurs le désir d’ap­prendre pour apprendre, le désir de vérité est devenu très rare. Le pres­tige de la culture est devenu presque exclu­si­ve­ment social, aussi bien chez le paysan qui rêve d’avoir un fils insti­tu­teur ou l’ins­ti­tu­teur qui rêve d’avoir un fils norma­lien, que chez les gens du monde qui flagornent les savants et les écri­vains répu­tés ».

Ce qui est vrai concer­nant l’im­pri­me­rie l’est tout autant au sujet du tout numé­rique. 88% des utili­sa­teurs de l’in­ter­net vivent dans les pays indus­tria­li­sés, contre 0,3% dans les pays pauvres. A quoi il faut bien évidem­ment ajou­ter le fait que si l’écart existe entre diffé­rents pays, il existe à plus forte raison entre habi­tants riches et pauvres d’un même pays. Il existe deux Inter­net, celui des classes popu­laires, et celui de la bour­geoi­sie.

De l’info gratuite, sur inter­net, on ne trouve que ça. Réseaux sociaux et jour­naux dits citoyens ou alter­na­tifs pullulent, et il est rela­ti­ve­ment aisé de rece­voir une infor­ma­tion en temps réel (c’est bien de s’en prému­nir qui pose véri­ta­ble­ment problème). En revanche, des conte­nus gratuits qui aident à comprendre en substance, d’un point de vue biocen­triste et non anthro­po­cen­triste, avec un travail de fond, ce que signi­fie telle ou telle infor­ma­tion, dispa­raissent progres­si­ve­ment. Le jour­na­lisme sera payant, il l’est déjà, ne nous leur­rons pas.

De plus, les sites qui se proposent d’of­frir une infor­ma­tion gratuite ne peuvent fonc­tion­ner que grâce à la publi­cité : ainsi, l’écart est encore signi­fi­ca­tif entre une popu­la­tion qui dispose des moyens finan­ciers de se proté­ger contre les diffé­rents virus et les diffé­rentes attaques numé­riques, et une popu­la­tion soumise à ces dangers et qui ne peut simple­ment pas ache­ter les moyens de sa protec­tion.

La frac­ture numé­rique est d’au­tant plus palpable qu’elle ne concerne pas unique­ment ceux qui ont – ou qui n’ont pas – accès à Inter­net : elle concerne d’abord et avant tout l’uti­li­sa­tion même qui en est faite par ceux qui disposent d’un accès à cet outil.

Aber­kane insiste féro­ce­ment sur un point : la décou­verte récente du super-amas de galaxies appelé Lania­kea est compa­rable à la décou­verte de l’hé­lio­cen­trisme et aux grandes décou­vertes géogra­phiques de la Renais­sance. Or, cet argu­ment n’a aucun sens. En effet, nous parlons là d’un lieu tota­le­ment inat­tei­gnable dans l’im­mé­diat, et qui de fait, limite donc l’im­pact de sa décou­verte. Les trou­vailles succes­sives du monde scien­ti­fique ne peuvent pas amener de révo­lu­tion artis­tique, cultu­relle, ou philo­so­phique, dans la mesure où elles dépeignent des mondes si petits (on pense à la physique quan­tique) ou si éloi­gnés (à l’ins­tar de Lania­kea) qu’il n’est tout simple­ment pas possible pour tout un chacun d’avoir prise sur ces dernières. De plus, compa­rer cela avec la décou­verte de l’hé­lio­cen­trisme de Coper­nic se révèle tota­le­ment abusif : l’as­tro­no­mie moderne n’en est pas ressor­tie trans­for­mée, jusque-là.

(Cette étude parue en septembre 2014 dans le jour­nal Nature est citée une quaran­taine de fois, ce qui la place dans les études qui ont eu un certain reten­tis­se­ment, mais n’en fait pas une « révo­lu­tion », en effet le jour­nal Nature ayant un Impact factor [1] de 38, un article publié dans ce jour­nal est en moyenne cité 38 fois deux ans après sa paru­tion). Source

Le para­digme défendu par Aber­kane s’ef­fondre alors devant les faits : rien ne laisse présup­po­ser qu’une nouvelle Renais­sance soit à l’œuvre, et si nouvelle Renais­sance il devait y avoir, gageons que ce ne serait pas une époque marquée une fois encore par le dieu progrès.

Écono­mie de la connais­sance

« L’ave­nir écono­mique mondial appar­tien­dra à ceux qui sauront faire circu­ler la connais­sance à la fois beau­coup mieux et beau­coup plus vite ».

Ces quelques mots d’Idriss Aber­kane contiennent en germe une bonne partie de ce qu’il faut combattre dans son discours, discours qui s’em­boite parfai­te­ment dans notre époque : le capi­ta­lisme se retrouve en effet confronté à une nouvelle crise de surpro­duc­tion majeure, et il lui est néces­saire de prendre une autre forme afin de conti­nuer son expan­sion.

Or, Aber­kane a trouvé là une pierre philo­so­phale : il s’agit de trans­for­mer un produit A en produit B, et pour ce faire, les illu­sions du marke­ting n’y suffi­ront pas. Il convient alors de mettre en place un nouveau para­digme, qui fonc­tion­ne­rait en utili­sant les mêmes moda­li­tés que l’an­cien, in fine, mais s’ajus­te­rait sur un nouveau modèle, dont Aber­kane trace ici les contours.

Si l’ave­nir appar­tient à ceux qui sauront faire circu­ler la connais­sance, se pose la ques­tion de savoir à qui appar­tiennent les moyens de circu­la­tion de la connais­sance, dès à présent.

Alain Maul­din, le direc­teur de la recherche de TeleGeo­gra­phy répond à cette ques­tion : « Pour les commu­ni­ca­tions inter­na­tio­nales, plus de 99% du trafic passe par les câbles sous-marins ». « Les satel­lites sont utiles pour les commu­nau­tés rurales et les lieux très isolés. Le prin­ci­pal avan­tage du câble, c’est que c’est beau­coup moins cher ».

Ainsi, ce sont donc 300 câbles qui supportent la quasi-tota­lité du trafic Inter­net mondial, et ces câbles appar­tiennent bien évidem­ment aux entre­prises privées. Le plus long câble sous-marin en fibre optique actuel­le­ment en service, le SEA-ME-WE 3, mesure 40.000 kilo­mètres de long, soit presque la circon­fé­rence de la Terre. Il avait été mis en service en 1999 au terme d’un projet commun reliant 92 opéra­teurs inter­na­tio­naux, dont France Télé­com. Ce câble relie 33 pays sur quatre conti­nents (l’Eu­rope, l’Afrique, l’Asie et l’Aus­tra­lie) et compte 39 points d’at­ter­ris­se­ment. Le câble sous-marin SEA-ME-WE 5, fruit d’un accord entre Orange et une douzaine d’autres parte­naires du secteur, sera mis en service fin 2016: long d’en­vi­ron 20.000 kilo­mètres, il reliera Singa­pour et la France. Face­book et Google ont annoncé derniè­re­ment leur projet de créa­tion d’un câble sous-marin à travers l’océan Paci­fique: ce câble long de 12.800 kilo­mètres, dont la construc­tion va démar­rer fin 2017, devrait être mis en service à l’été 2018.

Carte des câbles sous-marins à l’échelle mondiale

Si les câbles appar­tiennent aux indus­triels, il est aisé d’en conclure que le contenu qu’ils propagent leur appar­tient tout autant. On peut me couper mon accès Inter­net du jour au lende­main, on ne peut pas me reti­rer du crâne la connais­sance que j’y ai mise.

Selon Aber­kane, l’un des avan­tages de l’éco­no­mie de la connais­sance serait tout simple­ment le fait que nous serions aux prises avec une écono­mie qui ne serait plus figée en un endroit géogra­phique. Ainsi, un puits de pétrole se trouve au Canada ou en Sibé­rie, et il est néces­saire de se fixer X temps à cet endroit pour en extraire le pétrole susmen­tionné. Or la connais­sance peut pour sa part se trans­mettre n’im­porte où, via n’im­porte quel biais – confé­rence ou appel Skype, qu’im­porte – et c’est ce qui en ferait sa richesse. Il intro­duit là son « système moné­taire » (si Aber­kane propose une révo­lu­tion, il ne va pas jusqu’à propo­ser l’abo­li­tion de l’argent en tant qu’u­nité de stockage ou moda­lité d’échan­ge…) : les atts. Att, pour atten­tion. L’at­ten­tion portée à tel ou tel orateur, à telle ou telle personne qui se propo­se­rait de trans­mettre son savoir. « Lorsque je partage du maté­riel, je le divise, lorsque je partage de l’im­ma­té­riel, je le multi­plie » : faisant sienne la cita­tion de Soudo­pla­toff, il essaye tant bien que mal de démon­trer que les atts seraient en soi révo­lu­tion­naires, et qu’ainsi, un chômeur serait plus riche que n’im­porte quel patron du CAC 40.

La démons­tra­tion est alam­biquée mais mérite que l’on s’y arrête : le chômeur dispo­sant de plusieurs heures quoti­diennes d’at­ten­tion (soit un volume consé­quent d’atts), il aurait ainsi plus de richesse que Serge Dassault, ce dernier étant bien trop occupé pour passer plusieurs heures hebdo­ma­daires à apprendre le piano ou mémo­ri­ser la loca­li­sa­tion des diffé­rentes galaxies. Or, l’homme ne se nour­rit pas encore de connais­sance, et il lui est néces­saire – c’est trivial, conve­nons-en – de se nour­rir d’ali­ments pour simple­ment vivre. Le propos est au mieux grotesque, au pire, volon­tai­re­ment clivant.

Quant à la volonté de « délo­ca­li­ser la connais­sance », de la rendre tota­le­ment indé­pen­dante d’une quel­conque loca­li­sa­tion géogra­phique, il appa­rait évident que la volonté de sortir l’homme de son envi­ron­ne­ment est appliquée ici au grand jour. Plus d’at­taches, plus d’en­ra­ci­ne­ment : un homme unique­ment mû par sa soif de connais­sances jugée inex­tin­guible, et qui bour­lin­gue­rait sur la planète à l’af­fut de telle ou telle nouvelle connais­sance, de tel ou tel nouveau savoir. On rappel­lera à Aber­kane que nous avons tota­le­ment oublié les proprié­tés, et pire encore, l’uti­li­sa­tion qui était encore quoti­dienne quelques décen­nies aupa­ra­vant des plantes et herbes médi­ci­nales que l’on trouve sous nos contrées. Nous avons Wiki­pé­dia, qui est une somme de connais­sances, mais le cerveau collec­tif a oublié jusqu’à la distinc­tion qu’il convient de faire entre la châtaigne et le marron. Notre époque est riche d’in­for­ma­tions mais bien pauvre d’ex­pé­riences.

Que valent trois kilos de connais­sance ?

Idriss Aber­kane pour­suit alors en affir­mant qu’un « kilo de connais­sance plus un kilo de connais­sance égalent trois kilos de connais­sance », et se féli­cite de savoir que Bill Gates, l’une des fortunes les plus colos­sales au monde, ne vend pas du maté­riel mais de l’im­ma­té­riel : du logi­ciel.

Une fois de plus, Aber­kane prouve là sa mécon­nais­sance des réali­tés concrè­tes… ou choi­sit volon­tai­re­ment de les occul­ter.

Les compo­sants néces­saires à la fabri­ca­tion d’un ordi­na­teur, lui-même néces­saire à la créa­tion de tel ou tel logi­ciel, néces­sitent un lent travail d’ex­trac­tion, d’ou­vrir sempi­ter­nel­le­ment de nouvelles mines, et/ou d’élar­gir les anciennes, et nous enferment toujours plus dans la société indus­trielle. Rien n’est imma­té­riel, en soi. Même la moindre note de musique reste le produit d’un instru­ment…

Or, si la connais­sance est le nouveau pétrole, les éner­gies vertes sont le nouvel inves­tis­se­ment.

Aber­kane prend en exemple la guerre civile améri­caine et se propose d’en expliquer les facteurs et la fina­lité. Selon lui, la cause profonde de cette guerre aurait été l’in­croyable bond de produc­ti­vité des pays du Nord après que ces derniers soient passés à l’in­dus­trie, et à la machine à vapeur. Une machine à vapeur produi­sant nette­ment plus, et dans un temps bien plus court, qu’un groupe d’es­claves, le Sud n’au­rait plus été en mesure de riva­li­ser, et aurait ainsi fini par décla­rer la guerre à son voisin. Cepen­dant, il oublie – à nouveau – une chose : le moteur de l’in­dus­tria­li­sa­tion n’est pas simple­ment la connais­sance ayant permis de créer les machines et de les agen­cer entre elles pour les rendre produc­tives, c’est aussi et surtout l’ex­ploi­ta­tion des ressources éner­gé­tiques comme le char­bon et le pétrole. Le chan­ge­ment de para­digme ne vint pas d’une quel­conque indus­tria­li­sa­tion pour ainsi dire méta­phy­sique, ce furent tout simple­ment les ressources éner­gé­tiques ponc­tion­nées à la terre qui permirent de produire une éner­gie incom­men­su­rable par rapport au travail des esclaves.

Lorsqu’il se déclare, béat comme un nouveau-né, heureux que les coréens se retrouvent à expor­ter plus que la Russie (par le truche­ment de leurs ventes d’écrans, de divers satel­li­tes…), il oublie de spéci­fier quelles sont les condi­tions de produc­tion de ces objets.

C’est bien là l’im­passe de la réflexion magique d’Aber­kane : il prend soin de ne jamais signi­fier que tout cela ne pousse pas sur les arbres, que les mine­rais, métaux, terres rares, et autres matières premières néces­saires à l’in­dus­tria­lisme engagent un proces­sus minier dévas­ta­teur pour les biomes et que la ques­tion qui importe réel­le­ment n’est pas de savoir quoi exploi­ter pour produire de l’éner­gie, mais bien plutôt de savoir comment apprendre à s’en passer.

Ainsi, lorsque l’éco­no­mie bleue nous fait la promesse d’un monde sans déchets, elle oublie simple­ment que c’est l’éco­no­mie même qui nous impose la présence de ces déchets, que les déchets sont inhé­rents à la société indus­trielle. Elle se propose ainsi de régler un problème intrin­sèque aux solu­tions qu’elle préco­nise.

Le biomi­mé­tisme, une solu­tion pour le vivant ?

« Tant que les objets, animés ou inani­més, étaient consi­dé­rés comme la demeure d’un esprit, tant que l’on s’at­ten­dait à voir un arbre ou un bateau se conduire comme une créa­ture vivante, il était quasi impos­sible d’en­vi­sa­ger concrè­te­ment un fonc­tion méca­nique spéci­fique. L’ou­vrier égyp­tien, lorsqu’il réali­sait le pied d’une chaise, le façon­nait pour repré­sen­ter le pied d’un bœuf. De cette manière, le désir naïf de repro­duire le monde vivant, pour conju­rer les géants et les djinns, au lieu de conce­voir leur équi­valent abstrait, retarda le déve­lop­pe­ment de la machine. La nature faci­lite souvent de telles abstrac­tions. Le cygne, en déployant ses ailes, peut suggé­rer la navi­ga­tion à voile ; le nid de frelon peut suggé­rer le papier et le corps est une sorte de micro­cosme de la machine. Les bras sont des leviers ; les poumons, des souf­flets ; les yeux, des lentilles ; le cœur, une pompe ; le poignet est un marteau ; les nerfs sont un système télé­gra­phique connecté avec une station centrale. Dans l’en­semble, les instru­ments méca­niques furent inven­tés avant que les fonc­tions physio­lo­giques aient été exac­te­ment décrites. La machine la moins effi­cace est en cela une imita­tion méca­nique réaliste de l’homme ou de l’ani­mal : la tech­nique a retenu le nom de Vaucan­son pour son métier à tisser plutôt que pour son canard méca­nique, d’as­pect vivant, qui absor­bait de la nour­ri­ture et remplis­sait aussi les fonc­tions de diges­tion et d’ex­cré­tion.

La tech­nique n’a pu progres­ser que lorsqu’il a été possible d’iso­ler un système méca­nique d’un réseau entier de rela­tions. Le premier aéro­plane, comme celui de de Vinci, essayait de repro­duire des ailes d’oi­seaux. En 1897, l’aé­ro­plane de Clément Ader, qui se trouve au Conser­va­toire des arts et métiers à Paris, rappe­lait la forme d’une chauve-souris et ses hélices, comme s’il était néces­saire d’épui­ser toutes les possi­bi­li­tés zoolo­giques, étaient faites de bois mince, fendu, pour imiter les plumes d’oi­seau. On croyait que le mouve­ment réci­proque – comme celui des bras et des jambes – était la forme « natu­relle » du mouve­ment, croyance qui explique l’op­po­si­tion que rencon­tra la première turbine. Au début du XVIIe siècle, dans un plan de machine à vapeur, de Giovanni Branca, la chau­dière avait la forme d’une tête et d’un torse humains. Le mouve­ment circu­laire, l’un des attri­buts les plus fréquents et les plus utiles des machines perfec­tion­nées, est de ceux que l’on rencontre le moins dans la nature. »

Lewis Mumford, « Tech­nique et Civi­li­sa­tion »

L’idée de s’ins­pi­rer de la nature accom­pagne depuis toujours la progres­sion tech­no­lo­gique. Présen­ter le concept du biomi­mé­tisme (« et c’est là que le biomi­mé­tisme est une révo­lu­tion sociale ») comme révo­lu­tion­naire, c’est être entiè­re­ment igno­rant de l’his­toire du déve­lop­pe­ment tech­nique de l’homme.

14793787_1589369541371347_1402697336_n

Parmi les ques­tions que nous devons nous poser est donc la suivante : quelles sont les premières appli­ca­tions de ce biomi­mé­tisme ? Après quelques recherches, on trouve le premier exemple d’un centre commer­cial inspiré par les termites. La carac­té­ris­tique prin­ci­pale de la termi­tière est d’avoir une tempé­ra­ture interne qui ne change jamais, indé­pen­dam­ment des condi­tions météo­ro­lo­giques que l’on trouve à l’ex­té­rieur de celle-ci. Un archi­tecte a donc utilisé ce procédé afin de conce­voir un centre commer­cial qui utilise la venti­la­tion natu­relle : il absorbe la chaleur tout au long de la jour­née, tandis que de l’air, grâce à un système sophis­tiqué d’ou­ver­tures, rentre par le bas du bâti­ment. De grandes chemi­nées évacuent l’air chaud qui remonte alors par convec­tion. Les murs resti­tuent la chaleur la nuit, lorsque l’air est devenu plus froid. Une partie de l’air frais se stocke dans les dalles du bâti­ment, ce qui permet­tra de ralen­tir le réchauf­fe­ment du lende­main. De substan­tielles écono­mies d’éner­gie, et des possi­bi­li­tés de consom­ma­tion amélio­rées dans les grands temples du busi­ness. Merci le biomi­mé­tisme.

On trouve égale­ment un adhé­sif inspiré direc­te­ment par un lézard.
Le gecko est un gros lézard qui a la capa­cité de se dépla­cer sur un plafond, à l’en­vers donc, grâce à sa peau qui utilise une force adhé­sive parti­cu­lière. Ni une ni deux, grâce au biomi­mé­tisme, l’in­dus­trie a pu créer une appli­ca­tion révo­lu­tion­naire qui permet aux utili­sa­teurs de coller leurs smart­phones n’im­porte où, n’im­porte quand, afin de se prendre en photo soi-même, devant son poste de télé­vi­sion. Futé, hein ?

Il serait trop long et trop fasti­dieux de lister là toutes les possi­bi­li­tés offertes par le biomi­mé­tisme, et ce n’est pas l’objet de notre article. Il faudrait égale­ment digres­ser sur le trans­hu­ma­nisme, qui appa­rait déjà et appa­rai­tra forcé­ment de manière expo­nen­tielle, tant il est contenu en germe dans cette idée nocive. A quand les yeux de mouche pour permettre aux aveugles de voir ? Faut-il s’inquié­ter de voir les budgets énormes alloués au dépar­te­ment R&D de Google ?

Exami­nons le double problème posé par le fil de byssus (nom de la colle produite par la moule, sécré­tée par la glande de byssus, voir schéma), qui permet à la moule de se fixer n’im­porte où, dans une eau salée, et qui inté­resse donc gran­de­ment les indus­triels.

D’une part, il faudrait prendre du recul, un recul salu­taire et humble : afin de copier de manière indus­trielle cette colle, il nous est néces­saire d’em­ployer un nombre consé­quent de labo­ra­toires et certains des esprits les plus culti­vés … tout cela afin de repro­duire ce que cette dernière fait natu­rel­le­ment. D’autre part, afin de produire un kilo de cette colle, il faudrait 10.000 moules. Rien que ça. Les indus­triels n’ont donc d’autre choix, afin de produire des molé­cules fonc­tion­nelles, que de s’orien­ter vers le clonage des gènes de moules.

Le non-sens & la nuisance des idées d’Idriss Aber­kane

Le biomi­mé­tisme mis en avant par Idriss Aber­kane est au service de toujours plus d’in­dus­tria­lisme il propose de s’ins­pi­rer de la nature pour le déve­lop­pe­ment de puces intels, pour l’élec­tro­nique en géné­ral, pour le revê­te­ment des avions, pour toutes sortes de hautes-tech­no­lo­gies polluantes, consom­ma­trices et alié­nantes , voire même de mili­ta­risme citons-le, à propos du blin­dage de l’or­meau, un coquillage : « ça peut vous blin­der un char Leclerc […] et c’est moins dange­reux à fabriquer par rapport à une usine AZF ». Il s’ex­ta­sie égale­ment de ce que BASF (sic) s’est inspiré de la peau de requin pour créer une pein­ture « anti­fou­ling » (rappe­lons qu’une pein­ture anti­fou­ling est « une pein­ture conte­nant des biocides » (resic)). Il semble ne se poser aucune ques­tion morale et ne rien comprendre à l’éco­lo­gie plané­taire; en somme, sa compré­hen­sion des problèmes auxquels l’hu­ma­nité et la planète font face est tota­le­ment inepte.

C’est encore plus clair et mani­feste lorsqu’on l’en­tend se lamen­ter de ce que le « cône du paci­fique » (Conus geogra­phus), un coquillage veni­meux que l’on retrouve dans l’océan Indien et l’ouest de l’océan Paci­fique, est « vendu à trois dollars sur les marchés parce qu’il est joli », ce qui, pour lui, est repré­sen­ta­tif de ce que « nous brûlons la nature au lieu de la lire », puisqu’il s’agi­rait « d’une des utili­sa­tions les plus débiles que l’on pouvait faire de ce coquillage ». Pourquoi? Parce que, nous explique-t-il, sa toxine (« très utili­sée dans les neuro­tech­no­lo­gies », qui « permet un niveau de détail incroyable », aussi utili­sée pour des « nano­techs » et « en chirur­gie »), très deman­dée (« sachant que la demande mondiale est supé­rieure au kilo » et qu’il y a une « très grosse demande mondiale qui ne fait qu’aug­men­ter ») se vendrait à « 800 dollars le milli­gramme ». Ce qui fait du « 800 millions de dollars le kilo », s’ex­clame-t-il ensuite, assez fière­ment (« à côté l’or et le platine c’est du terreau de jardin », blague-t-il). Donc, pour Idriss Aber­kane, ce coquillage devrait être exploité, ceci ne posant aucun problème et ne faisant aucun doute, seule­ment, il ne devrait pas être vendu si peu cher et simple­ment pour sa beauté, mais devrait être vendu cher et utilisé par le secteur des hautes-tech­no­lo­gies. L’ex­ploi­ta­tion de la nature, oui, mais pour le déve­lop­pe­ment high-tech et l’in­dus­tria­lisme avant tout.

« Si on exploite la nature comme une source de matière première, on est destiné à la divi­ser et à la détruire ». Là encore, le carac­tère insi­dieux de sa pensée appa­rait nette­ment. Lui qui fait l’apo­lo­gie de toujours plus de déve­lop­pe­ment haute­ment tech­no­lo­gique, de nano­tech­no­lo­gies en tous genres, d’où pense-t-il que proviennent les matières premières néces­saires à tout ceci ?

« Si on l’ex­ploite aussi comme une source de connais­sance, eh bien il n’y a plus de conflit d’in­té­rêt entre crois­sance et nature ». On comprend ici son véri­table objec­tif, qui est de servir l’idéo­lo­gie de la crois­sance. Souli­gnons le « aussi », qui implique que, pour lui, la nature doit bien être exploi­tée comme une source de matières premières, et donc selon ses propres mots, « on est destiné à la divi­ser et à la détruire ».

« La nature, en fait, elle est high-tech ». Fina­le­ment, Idriss Aber­kane n’est qu’un nouvel apolo­giste de toujours plus de la même chose, de toujours plus de déve­lop­pe­ment haute­ment tech­no­lo­gique, de toujours plus d’idéo­lo­gie de crois­sance et de toujours plus d’ex­ploi­ta­tion de la nature. Seule­ment, son apolo­gie de ce qui consti­tue en réalité les maux que nous devrions combattre se dissi­mule derrière une admi­ra­tion (perverse) de la nature (en vue de conti­nuer son exploi­ta­tion).

(C’est là toute la nuisance que consti­tue l’éco­no­mie bleue, qui ne se défend pas de s’ins­crire dans la conti­nuité de ce qui est déjà en place, comme on peut le lire sur le site de la RTBF: « Après l‘éco­no­mie rouge, l’éco­no­mie verte, voici L’ÉCONOMIE BLEUE. Inven­tée après 16 années d’ex­pé­ri­men­ta­tion avant d’être théo­ri­sée et appliquée à de nombreux projets, l’éco­no­mie bleue se présente comme une pour­suite du déve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie verte. » Pour une critique plus détaillée du chan­ge­ment spécieux que propose l’éco­no­mie bleue, vous pouvez lire cet article de John Michael Greer sur les éner­gies renou­ve­lables, ou celui écrit par Kim Hill de Deep Green Resis­tance Austra­lie, ou encore l’in­ter­view d’Oz­zie Zehner, auteur du livre « les illu­sions vertes ».)

Idriss Aber­kane ne souhaite abso­lu­ment pas frei­ner le progrès haute­ment tech­no­lo­gique, alié­nant, destruc­teur et auto­ri­taire, mais au contraire le stimu­ler, tout en imagi­nant le réfor­mer, le faire magique­ment passer de mauvais à bon sans fonda­men­ta­le­ment chan­ger quoi que ce soit ; il ne souhaite pas s’af­fran­chir de l’idéo­lo­gie de crois­sance, mais tente de faire croire qu’elle peut profi­ter à toutes et à tous, à l’hu­ma­nité et au monde (bien qu’il ne s’at­tarde pas sur le bien-être des autres espèces, leur situa­tion, etc.).

Sa popu­la­rité et sa présence média­tique sont extrê­me­ment logiques. Le pouvoir en place, la société indus­trielle de crois­sance, « tech­no­lâtre et marchande » (Elie de Senan­cour), n’a rien à craindre de sa part, bien au contraire. Sa popu­la­rité témoigne aussi (à l’ins­tar de la plupart des buzzs) de l’ab­sence d’es­prit critique de la part du grand public et de sa mauvaise compré­hen­sion de la problé­ma­tique de notre temps — mauvaise compré­hen­sion ordon­nan­cée et admi­nis­trée par tout l’ap­pa­reillage de l’État corpo­ra­tiste.

Il suffit de voir comment nombre de personnes, d’as­so­cia­tions & d’or­ga­ni­sa­tions soi-disant dissi­dentes, qui prétendent s’op­po­ser au système et à l’ordre établis (mais qui ne comprennent souvent pas que c’est à une culture entière qu’ils devraient s’op­po­ser), sont toujours subju­gués et impres­sion­nés par quiconque sort d’une grande école de la société même qu’ils pensent contes­ter ; il suffit de voir la révé­rence avec laquelle ils mentionnent les diplô­més des pres­ti­gieuses écoles ces titres de noblesse modernes — où les élites diri­geantes de nos socié­tés indus­tria­li­sées sont formées. Ainsi, on peut lire d’Idriss Aber­kane qu’il est un « jeune et brillant cher­cheur (Supé­lec, Poly­tech­nique, Stan­ford…) » ou encore, dans Ouest France « à 29 ans, il est titu­laire de trois docto­rats […] Et son titre est long comme le Danube : profes­seur à Centrale-Supé­lec, cher­cheur à Poly­tech­nique, cher­cheur affi­lié à Stan­ford (États-Unis) et ambas­sa­deur de l’Unit­win (un réseau d’uni­ver­si­tés, sous le patro­nage de l’Unesco), section « systèmes complexes ». Le jeune homme est une tête. »

Que ceux qui défendent l’or­ga­ni­sa­tion sociale domi­nante, la civi­li­sa­tion indus­trielle, soient subju­gués et admi­ra­tifs devant ceux qui réus­sissent le mieux au sein de ses plus pres­ti­gieux organes éduca­tifs est compré­hen­sible et logique. Que ceux qui comprennent qu’elle est nuisible et prétendent s’y oppo­ser le soient aussi est absurde et illo­gique. Être diplômé d’une (grande) école de la culture offi­cielle de la civi­li­sa­tion indus­trielle n’a rien de pres­ti­gieux, ni ne confère aucune posi­tion d’au­to­rité, au contraire. Il s’agit en réalité d’un gage de soumis­sion, de la preuve d’un endoc­tri­ne­ment cultu­rel effec­tif, même si, bien sûr, il est possible d’être diplômé par une école de la société à laquelle on s’op­pose par ailleurs. Les diplômes offi­ciels ne devraient rien signi­fier dans les milieux contre-cultu­rels, comme aux yeux de ceux qui cherchent à déco­lo­ni­ser leur imagi­naire, à penser libre­ment, indé­pen­dam­ment des normes cultu­relles domi­nantes. Comme formulé dans le « Discours préli­mi­naire de l’En­cy­clo­pé­die des Nuisances » de 1985:

« Quant à nous, nous pouvons légi­ti­me­ment nous dire des déser­teurs de la culture offi­cielle: étant donné la qualité de son person­nel actuel, il ne paraî­tra sans doute pas trop présomp­tueux d’af­fir­mer que chacun d’entre nous aurait pu réus­sir très faci­le­ment dans n’im­porte laquelle des carrières qu’elle propose. Et l’ef­fi­ca­cité de cette Ency­clo­pé­die se mesu­rera, entre autres, à notre capa­cité de susci­ter dans le camp ennemi d’autres déser­tions, de la part de ceux qui sont suscep­tibles de comprendre que nous leur donnons l’oc­ca­sion d’un meilleur emploi de leurs talents et de leurs connais­sances. Mais nous sommes bien déci­dés à ne lais­ser subsis­ter parmi nous aucune sorte de pres­tige intel­lec­tuel suscep­tible de fonder une auto­rité quel­conque sur la suite du proces­sus. Aussi applique­rons-nous sans excep­tion la règle pratique de l’ano­ny­mat à tous les textes que nous publie­rons. Cette règle permet­tra de sélec­tion­ner parmi les trans­fuges ceux qui sont effec­ti­ve­ment déci­dés à ruiner leur spécia­lité et le système qui les emploie, sans recher­cher un pres­tige subver­sif qui les mettrait en mesure de se vendre ensuite un peu plus cher que leurs collègues. Nous ne pouvons accep­ter parmi nous que ceux qui répugnent égale­ment à deve­nir fameux dans un monde infâme. »

Son buzz, comme beau­coup d’autres, est le résul­tat de l’éta­blis­se­ment d’un climat social qui encou­rage ce phéno­mène, dépourvu de tout carac­tère subver­sif ou révo­lu­tion­naire. Les buzzs comme l’ex­plique Ugo Bardi, se propagent prin­ci­pa­le­ment en raison de leur simpli­cité et de leur carac­tère rassu­rant. Ce qui se véri­fie ici, le discours d’Idriss Aber­kane est simpliste (il suffit de réfor­mer quelques para­mètres de notre déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique) et rassu­rant (pour que nous profi­tions d’une civi­li­sa­tion vrai­ment géniale).

Un autre point impor­tant à souli­gner et qui devrait suffire à lui seule à démon­trer en quoi Idriss Aber­kane est un ennemi des luttes sociales et un bon soldat de la sphère corpo­ra­tiste : parmi ses clients, on retrouve le MEDEF Gironde, GDF Suez, Engie et Eiffage, pour n’en citer que quelques-uns.

L’un des objec­tifs que vise la média­ti­sa­tion d’Aber­kane – n’ayons pas peur de le dire – est à terme de promou­voir le contrôle de l’ADN, c’est-à-dire, ni plus ni moins, le contrôle immé­diat et défi­ni­tif de toute l’hu­ma­nité. Il ne tait pas unique­ment le fait que la plupart de ces brillantes inven­tions appar­tiennent et conti­nue­ront d’ap­par­te­nir aux indus­triels par le truche­ment des brevets, outils de contrôle par excel­lence, il fait l’im­passe, volon­tai­re­ment, sur le fait qu’à terme, tout aura été analysé, contrôlé, et sera devenu propriété privée, et lucra­tive.

Cette renta­bi­li­sa­tion totale du monde ne saurait nous sauver. Pire, elle parti­cipe à creu­ser toujours plus le trou dans lequel nous nous enfonçons. La maté­ria­lité demeu­rera un facteur de première impor­tance, et il faut combattre le para­digme d’Aber­kane, qui n’est autre qu’une tenta­tive de rendre indé­pas­sable la société indus­trielle en l’iden­ti­fiant, dans l’es­prit de tous, à la Nature. Ses produits devront être beaux, comme les produits de la nature le sont. Ses produits devront être dégra­dables ou réuti­li­sables à l’in­fini, comme la moindre feuille de n’im­porte quel arbre… ou la pensée magique, décon­nec­tée des réali­tés de l’in­dus­tria­lisme.

Finis­sons en répé­tant tel un mantra la phrase fétiche d’Aber­kane : « Toute vérité fran­chit trois étapes. D’abord, elle est ridi­cu­li­sée. Ensuite, elle subit une forte oppo­si­tion. Puis, elle est consi­dé­rée comme ayant été une évidence. » Phrase qu’il emprunte sans jamais le citer à Scho­pen­hauer.

Répé­tons-la à l’envi, car nous sommes parfai­te­ment d’ac­cord avec cette asser­tion. La lutte pour en finir avec la société indus­trielle et la civi­li­sa­tion est ridi­cu­li­sée. Vien­dra bien­tôt le temps de l’op­po­si­tion : lorsque les premières digues tombe­ront, que le pétrole sera raré­fié, que les gens compren­dront que ce ne sont pas deux éoliennes qui sauve­ront la planète, et que ce qu’il leur est proposé depuis plusieurs années comme une alter­na­tive n’est en fait qu’une illu­sion : une volonté de repeindre le gris en vert.

Gageons enfin que lorsque nous en aurons terminé avec la société indus­triel­le… la vie nouvelle sera consi­dé­rée comme une évidence limpide.

PS: Il est rela­ti­ve­ment navrant de devoir écrire un billet sur pourquoi un type qui passe à la télé­vi­sion, à la radio, écrit pour un jour­nal comme Le Point, travaille pour le MEDEF Gironde, Engie, Eiffage, le BPCE et des entre­prises de place­ment moné­taire, entre autres, qui est invité par le MEDEF Vendée, dont les héros sont Sergueï Brin (Google), Mark Zuker­berg (Face­book), Elon Musk (Tesla), & qui fait acti­ve­ment la promo­tion de toujours plus de hautes tech­no­lo­gies et d’ex­ploi­ta­tion orga­ni­sée de la nature, n’a rien d’un révo­lu­tion­naire, ni d’un acti­viste d’au­cune sorte, bien au contraire. Aujourd’­hui comme hier, il semble­rait que beau­coup de gens, au sein des masses dépo­li­ti­sées comme au sein des soi-disant mouve­ments d’op­po­si­tion, conti­nuent à oublier que « La révo­lu­tion ne sera pas télé­vi­sée », comme le chan­tait Gil Scott-Heron en 1970, pas plus qu’elle ne consis­tera en un réfor­misme illu­soire, promet­tant de résoudre les problèmes géné­rés par certaines acti­vi­tés et orga­ni­sa­tions sociales humaines à l’aide de ces mêmes acti­vi­tés et orga­ni­sa­tions.

Kevin Amara


Édition: Nico­las Casaux

hautes technologies high-tech industrialisme manipulation d'opinion progressisme

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

  1. Merci pour cette analyse, que je partage tout a fait!
    J’aime l’idée de biomimetisme mais avec lui c’était vraiment tordu.
    Vous avez mis les mots sur ma pensée! 🙂

  2. Bonjour Kevin Amara,

    Je partage votre analyse sur l’usurpation d’idées d’Aberkane (et de positions académiques également) et sa manière de les déformer.
    Par contre vous faites une confusion entre l’outil et usage de l’outil. La technologie, qui n’est pas une fin en soi, peut-être employée à des fins nobles et soutenables comme à des fins purement mercantiles voir destructrices (ex transhumanisme). Rejeter la technologie en soit, c’est se tromper de cible. Il faut plutôt cibler son usage. D’ailleurs vous faites vous-même usage de la technologie !
    Vous faites également, comme Aberkane, la confusion entre bio-inspiration et biomimétisme. Cette dernière approche cherche un développement soutenable à partir des enseignements du vivant et la reconnection avec le fonctionnement de la nature. La bio-inspiration ne propose que de s’inspirer du vivant pour innover, d’où de possibles dérives !

    1. Nous ne sommes pas d’accord quant à ce point-là, et je vous remercie d’avoir pris le temps de formuler une critique posée.

      D’abord, il convient de différencier « Technologie » qui est l’étude des techniques, de « Techniques ». Je rejette la Technique, au sens progressiste du terme, pas la technologie en tant que telle. Tout comme je rejette la majorité des outils modernes, sans rejeter la notion même d’outils (quant au fait que je me serve moi-même d’un PC, hélas, trois fois hélas, l’Internet est bel et bien le lieu privilégié pour produire une agit-prop efficace : je vivrais bien en m’occupant simplement d’un bout de terre et des miens, mais se retirer de la vie moderne est une facilité à laquelle je ne souhaite pas céder)

      Je me permets de vous partager deux petits résumés des concepts d’Anders, qui aident à comprendre en quoi la machine (et donc la Technique) est dangereuse en soi, et en son rapport à l’homme, issus du site Technologos :

      Le décalage prométhéen correspond au décalage entre les accomplissements techniques de l’homme et ses capacités (notamment le sens de la mesure et de la responsabilité). Tout au plus est-il capable d’évaluer les risques d’un phénomène particulier et de prendre diverses précautions pour le limiter mais il est foncièrement incapable de considérer le phénomène technicien dans son ensemble. A l’opposé de l’utopiste, qui imagine un monde qu’il ne peut réaliser, l’homo technicus produit un monde qu’il n’est pas capable d’imaginer. Cette incapacité d’appréhender les implications de ce qu’il fait, cet écart entre ses productions (prodigieuses) et ses capacités morales font de lui un « analphabète de la peur ». Son irresponsabilité elle-même ne relève pas de la faute morale (car pour qu’il y ait faute, il faut qu’il y ait conscience ou possibilité de conscience de la faute) mais d’un défaut d’imagination et de sensibilité, dans la mesure où l’ordre technicien impose ses critères (en premier lieu l’efficacité) et se substitue à toutes les valeurs qui avaient cours jusqu’à présent. Elle résulte donc du fait que l’on succombe (que l’on soit général ou sergent, chef d’état ou simple quidam) à la croyance en la capacité de la technique à résoudre les problèmes de l’existence. En d’autres termes, on a beau savoir quelles conséquences entraînerait une guerre atomique, notre savoir équivaut à de qu’on n’en retire aucun enseignement : ce n’est pas à lui que l’on se réfère en dernier ressort mais à sa croyance. Du fait de sa complexité et de son gigantisme, l’univers technicien est devenu proprement incompréhensible : il « dépasse l’entendement ».

      La honte prométhéenne est le sentiment que l’homme éprouve lorsqu’il se compare à ses productions, ne supportant pas au fond l’idée que, contrairement à elles, il ne relève pas du processus de fabrication rationalisé qui leur a donné naissance. Cette honte ne s’exprime pas seulement dans les tentatives d’avant-garde pour remplacer le vieil homme par le nouveau, mais également dans les situations les plus quotidiennes. Elle constitue la honte de son origine, la honte de devoir son être à la nature, à quelque chose qui ne relève pas d’un processus technique. On a « honte d’être devenu plutôt que d’avoir été fabriqué » résume Anders. La honte prométhéenne compense la fierté prométhéenne. Mais, comme elle, elle procède de la revendication à la liberté absolue : la fierté exprime une volonté de s’approprier intégralement les conditions de son existence, la honte relève de la conscience que quelque chose, en définitive, fait obstacle à cette entreprise de maîtrise intégrale. La mutation de l’humanité correspond donc à une volonté inconsciente de supprimer tout obstacle naturel par des moyens techniques, ceci afin de mettre un terme à la honte de se savoir un « produit de la nature ».

  3. Le fait de penser qu’il est un représentant prônant l’industrialisation toujours plus grande aux services de lobby est je crois une interprétation de votre part et même une extrapolation des faits. J’en convient son parcours au sein de multinationale puante est gênante, de même que son discours sur le biomimétisme où ses conclusions ne sont pas clairement affichées. MAIS il reste un orateur inspirant sur des points très positifs très peu abordés alors : – visions de la nature comme un livre et non une buche, dans cette perception Idriss fait clairement appel très consciemment à du respect la concernant, – ouverture à la connaissance infinie, partage de celle ci, – compréhension de nos méthode d’apprentissage grâce aux neurosciences… il y en a d’autres.
    Ce que je souhaite vous dire, c’est que même si son CV semble gonflé, que son acting dans ses conférences commence à ressembler à une performance théatrale (il explique aussi pourquoi, en clair cela passe mieux), qu’il travaille avec des groupes néfastes, et même que ses conclusions sont hasardeuses (à ce sujet il serait souhaitable qu’il s’affirme clairement), même avec tout ceci… ne vous semble-t-il pas évident qu’il nous apprend du positif ? Que c’est à nous lecteur de prendre ce que nous souhaitons prendre de son discours ? Et assurément il y a du bon à prendre. La morale et l’éthique concernant les possibles abus vis à vis de la nature dont il semble prendre parti (je dis bien semble) ne doivent pas nous éloigner de la clareté de sees démonstrations, efficace et compréhensible. En somme votre critique à cela de bien qu’elle nous rappel de ne jamais tout avalé sans réfléchir,ceci afin de conserver notre hygiène mentale

    1. « Le fait de penser qu’il est un représentant prônant l’industrialisation toujours plus grande aux services de lobby est je crois une interprétation de votre part et même une extrapolation des faits. »

      Il le dit lui-même, enfin. 🙂
      Lorsqu’il dit « l’ormeau ça peut vous blinder un char Leclerc » , qu’entendez-vous en creux ? Pensez-vous que les industriels se pousseront gentiment et cesseront leurs ravages occasionnés à la planète, s’il leur est proposé ce genre de trucs, pour travailler à un biomimétisme responsable et éthique (auquel je ne crois pas, mais c’est un autre sujet) ?

      Pablo Servigne a dit quelque chose de très juste en relayant cet article sur son mur FB, phrase que j’aurais voulu trouver moi-même : Le succès du discours d’Aberkane montre clairement le besoin de consolation d’une société qui ne veut pas faire son propre deuil.

      1. Encore une fois c’est une extrapolation, tout comme le fait de n’avoir retenu que le haut de mon message d’introduction, que j’aurais dû omettre car le reste à beaucoup plus de sens.
        Ni tout blanc ni tout noir, son discours à du bon et du flou, mais vous semblez ne retenir que ce qui vous dérange. Quand il parle de l’économie bleue et du 0 déchet ne va-ton pas là vers un monde plus respectueux ? C’est un pas que je souhaite prendre personnellement …
        Dans une société qui se veut en transition écologique, respectueuse et morale il propose des solutions à un large public…Pourquoi le considérer comme le diable ?

  4. A chercher quelques minutes a propos de Idriss Aberkane
    Il est clair pour moi qu il gonfle, voir ment sur certains points de son passe (CV)
    Il tente probablement de se faire une place, une marque, un nom, une image…
    Qu il peut monnayer (regardez ses employeurs et sponsors).
    Neanmoins une partie de son message est, meme si il emprunte les idees et phrases a d autres sans les citer, interessant. Une autre partie me semble par contre contre-productive car ambigue, voir illogique ou mal presentee (et fausse parfois).

    Comme un autre a dit plus haut, certaines parties sont neanmoins interessantes mais il y a du tri a faire, car comme tout bon commercial il donne les arguments pour et omet les arguments contre le « produit » qu il vante, et c est au « consommateur » de faire une analyse.

    Une probleme que souleve tout ceci est – et il le dit plus ou moins lui meme
    le probleme de la verification, validite, pertinence, triage et de la hierarchisation des informations recues… (par des lobbyistes, dont il est lui meme)

  5. Kevin Amara ou l’art du contre-buzz..

    Cet article contient trop d’erreurs de raisonnement que pour tenir la route..

    Exemple: Sans les découvertes et production de machine à vapeur et pétrole, il n’y aurait pas eu de besoin de chercher ces matériaux en énorme quantité. Kevin Amara confond la cause et l’effet.

    Comme par hasard, tous ceux qui monnaient leur connaissance dans les domaines de la permaculture ou du biomimétisme s’offusquent…

    La nostalgie d’un « ravage » de Barjavel les fait peut-être rêver d’une décroissance au point où toute connaissance est connue de tous.

    La connaissance s’étagera toujours comme les moyens de la mettre en œuvre. Je doute même de sa capacité à connaître comment pousse une pomme de terre… Un geek de l’anti-buzz, vivant du médiatique de la critique…

    Kevin Amara devrait lire la méthode d’Edgard Morin, ça lui ferait du bien…

    1. Il devrait vous apparaître que nous n’avons rien à vendre, ici, et ne proposons aucune sorte de formation, aussi, le problème n’est en aucun cas une quelconque rivalité : nous ne monnayons absolument rien.

      « Je doute même de sa capacité à connaître comment pousse une pomme de terre… »

      Alors des poireaux, n’en parlons pas ! 🙂

      « La nostalgie d’un « ravage » de Barjavel les fait peut-être rêver d’une décroissance au point où toute connaissance est connue de tous. »

      Précisément : il me parait préférable que tous soient à même de savoir faire pousser une patate, quitte à ce que personne ne dispose plus des moyens de faire avancer la théorie des états relatifs.

  6. Vous avez remarquez le petit sigle FB-Twitter-Google-Partager en bas d’article ?
    Cela signifie que ces multinationales savent que vous avez cliquer sur cette page, ils ont archivé votre adresse IP, l’heure, la date et le temps que vous avez passez à lire. Ces gens transmettent toutes ces info collectées à volo aux services de renseignements des états qui le demandent.
    Big Brother is watching you les amis.
    Prudence !

    1. Merci de ce rappel salutaire.
      Ceci étant, et comme rappelé plus haut, sur ce site, nous prenons le parti de ne pas fuir la modernité et de combattre avec les armes de l’ennemi. Tant pis s’il connait mes goûts musicaux et la taille de mes slips …

  7. Bonjour et merci.
    Je ne suis pas là pour avoir raison mais pour échanger, me questionner et proposer humblement mon point de vue à un instant T.
    C’est certain qu’il faut rester un minimum méfiants quand à l’utilisation de certaines technologies 1000% d’accord.
    La connaissance qu’il partage, pourrait nous ouvrir à autre chose et ça pourrait nous faire du bien (la planète+nous), si c’est bien utilisé of course (le bon sens).
    Je vois la connaissance (la pensée) comme un outil qui peut permettre de détruire ou d’améliorer notre environnement, c’est à nous de bien l’utiliser (même si nous n’avons pas tous le même bagage neuronal à la base). Lui ne fait que transmettre et chercher des financements (bahouai j’aime pas ça mais je peux comprendre).

    Son discours est rassurant? pkoi pas les gens ont besoin de ça pour avancer, qu’on leur montre qu’il y a encore d’autres solutions, d’autres approches car pour l’instant l’humanité dans son ensemble perd carrément ses repères (mais ya toujours de la lumière heureusement les COPAINNNs).
    Une grande partie de la population des sociétés « développées » est complètement aliénée et déconnectée de la nature, on l’observe tous les jours…..:( (technique émotion) 😉
    Je pense que pour être sauvés l’essence même de notre existence doit être remise en question avec humilité (et de nouveaux concepts/outils) , la clef est là donc Idriss frôle à peine la partie émergée de l’iceberg pour moi. Ego à part, chaque chose en son temps donc.

    Comme on (nous, le restant de l’humanité VS élites de merdes) ne sait pas arrêter l’industrie de façon brutale (jusqu’à preuve du contraire) ça passe par des essais, des propositions, des échanges de connaissances « neuves » ou revisitées. C’est sur qu’on va faire des erreurs (graves) mais c’est comme ça qu’on apprend il me semble. Avant de passer à l’action, nous devons nous harmoniser autour d’un nouveau paradigme/culture qui respecte la vie en général et qui peut s’inspirer de la nature (donc Idriss nous file des pistes c’est pas trop mal pour un début)…

    Ce sont les balbutiements de l’évolution de notre espèce en espérant que ce soit pour le mieux (et là je rajoute, s’il plait à Dieu pour les croyants ou simplement par humilité).
    Alors c’est sur que le top pour nous serait d’arrêter toute l’industrie, l’économie actuelle, le nucléaire et de revenir à la nature ÉVIDEMMENT.
    Mon avis est surtout que nous devons prendre conscience de la mesure dans laquelle nous créons à partir de la pensée, de ce que l’on fixe comme étant réel, développer des outils autour de ça et respecter la vie au sens large, voilà après c’est l’abondance, l’amour, la haine, la dualité la vie, la mort (etc… héhéhé) à nous de composer. On est d’accord, rien est simple mais c’est à nous de rendre les choses plus simples.
    Là il y a encore du monde à convaincre, mais surtout à former car si on a pas le réseau neuronal dispo pour accueillir de nouveaux concepts on ne comprend pas (sur ce sujet Idriss est un super pédagogue, merci).
    Et quand on ne comprend pas on est face à l’inconnu, et quand on est face à l’inconnu on se chie dessus, on est méfiants, on a besoin de rentrer les idées dans des tuperwares car ça nous rassure (aussi),on développe une pensée binaire, on reste conservateurs à l’extreme etc…Voila on fait bugguer la matrice mdr (bons sens chap. 2 pour celui qui sentira la résonnance, héhé). Nos comportements doivent carrément évoluer c’est clair, et pour ça nous devons élever nos consciences (dsl j’ai pas de terme plus précis).

    Mais de là à dire qu’Idriss est un « ennemi des luttes sociales et un bon soldat de la sphère corporatiste » je trouve ça un peu hâtif, binaire et exagéré il a peut être une cuillère dorée dans le cul, un EGO j’avoue, il est carrément imparfait (qui ne l’est pas?).
    Mais jl’aime bien 🙂 (ceci n’est pas un argument lol).

    En tout cas j’attends de voir ce que vous proposez M.Amara.
    Il n’y a pas de conclusion pour moi, je suis très heureux de voir que nous pouvons parler de ces sujets Ô combien complexes et essentiels.
    MERCI.

  8. Excellente analyse, qui rejoint exactement l’impression que j’ai eu en écoutant ses conférences : une indignation à constater qu’il ne remettait aucunement en cause les fondements de notre société périclitante et en perdition à cause du capitalisme. Ce que je n’ai pas manqué de souligner dans les commentaires sous ses vidéos, ce qui m’a valu de passer pour quelqu’un qui voyait les choses par le mauvais côté de la lorgnette…

  9. Analyse éclairante et lucide, me semble t-il, quant au cancer qu’est le capitalisme 3.0 Aberkane est cynique, cela, personne, absolument personne, ne l’a vu. Devenez vous même, libérerez votre cerveau et faites circuler de la connaissance vous serez riches. En attendant achetez donc mon livre à 23e et rappelez vous la connaissance est gratuite mais rend riche:) Sacré Farceur cet Aberkane. Après qu’il falsifie son cv « who cares’. Dans un an on ne parlera plus de lui, dans dix, son bouquin sera en vente à 1e dans les brocantes entre les Dukan et les Pierre Bellemare. Triste.

  10. Bonjour, merci pour cet article intéressant. Comme d’autre « commentants » je trouve que vous ne voyez que les aspects négatifs de ce qu’il est ou propose. J’en veux pour exemple l’omission (que j’imagine volontaire) de ce que Mr. Aberkane dit à propos des déchets. Hélas je trouve que cela ressemble au comportements des scientifiques qui ne prennent que les arguments qui les intéressent pour construire leurs théorie et ne citent pas ceux qui les dérangent. Cela fait perdre du crédit à votre argumentation. Je trouve aussi que vous ne donnez pas non plus de résonance à ses propos sur la « nouvelle renaissance » nonobstant le fait que les découvertes scientifiques majeures puissent provoquer des changements de société, ou du moins en être un des rouages. Pour ma part je suis persuadé que ce sont plusieurs éléments entrant en résonance qui créent ces grands changements de société/paradigmes. Je trouve ça dommage aussi de ne pas parler des néologismes qu’il emplois (même si ce ne sont peut être pas les siens), car pour moi changer le langage peut permettre de changer la pensée. Pour finir, c’est terrible qu’il faille attendre qu’il fasse le « buzz » pour que des articles sortent sur lui alors que cela fait un moment qu’il s’exprime sur le biomimétisme entre autre. De fait, votre article est un article de réaction au « buzz » et donc forcément orienté…
    Courage pour la suite, j’espère avoir été constructif comme vous l’êtes.
    P.S: je suis d’accord avec vous pour les pommes de terre.

    1. Nous suivons mr Aberkane depuis longtemps déjà, seulement, nous avons décidé d’écrire cet article assez récemment.
      Ensuite, « ce que Mr. Aberkane dit à propos des déchets », la valorisation des déchets n’est pas une idée nouvelle. C’est une idée très ancienne, partie intégrante du développement durable, de la blue economy, de la new economy, de la blue growth, et de tous les jolis noms différents que la civilisation industrielle se donne pour faire illusion et continuer sur sa lancée.

      Nous vous conseillons, pour mieux appréhender cela, la lecture de quelques autres articles de notre site, comme http://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/ & http://partage-le.com/2015/10/le-probleme-des-energies-renouvelables-par-kim-hill/ & http://partage-le.com/2015/10/le-developpement-durable-est-en-train-de-detruire-la-planete/ & encore http://partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/.

      Pour les naïfs qui croient au développement durable et aux différents noms du capitalisme vert, Aberkane parait super; évidemment. Nous n’omettons rien, toute sa pensée est nocive. Pour comprendre notre point de vue, cependant, il faut avoir creusé un peu au niveau de la critique technologique, de la critique de la société de masse (http://partage-le.com/2016/08/contre-la-societe-de-masse-par-chris-wilson/), et d’autres choses encore.

  11. Je commence par vous dire que je comprends votre point de vue, j’ai un peu creusé sur la critique de la technologie et la critique du progrès.
    Cependant j’ai plusieurs remarques que j’aimerais mettre en avant.

    Déjà, il est noble de votre part de mettre en avant les conflits d’intérêts d’Idriss Abekane, et donc de ne pas le considérer comme un chercheur indépendant.
    Ensuite, votre analyse est très bien faite et montre les travers et les omissions dans son discours (notamment quant à l’exploitation des ressources matérielles, l’utilisation du biomimétisme qui avait déjà été faite auparavant, etc.).
    Enfin, merci de rendre les différentes citations à leur créateurs.

    J’en viens à mon propos principal.
    Comment pouvez vous, avec une telle lucidité et une telle justesse d’analyse, continuer à vous occulter ainsi quant à l’utilisation des technologies ?

    Si je re-cite Anders : « La mutation de l’humanité correspond donc à une volonté inconsciente de supprimer tout obstacle naturel par des moyens techniques, ceci afin de mettre un terme à la honte de se savoir un « produit de la nature » ».

    Je suis d’accord avec cette vision, seul dans la nature, nous ne vallons rien, nous serions déchiquetés par le premier animal. Nous sommes d’ailleurs apparemment largement démunis de défense naturelle puisque nous naissons prématurément.
    Notre cerveau, notre capacité d’organisation et nos créations « technologiques » (le feu, les outils, les vêtements, etc…) sont donc nos seuls atouts face à la nature.

    Ensuite, l’humain semble être l’espèce animale la plus destructrice pour les autres espèces (extinction de la quasi totalité de la macrofaune terrestre par exemple).

    Donc oui, le progrès technique, issu de la révolution industrielle et du capitalisme ont été les facteurs déclenchant des maux sociaux les plus intenses, des armes et des guerres les plus dévastatrices, mais la source du problème semble remonter plus loin.
    A l’heure actuelle, quelles solutions nous reste-t-il pour sortir de cette crise humaine, sociale, écologique, etc. ?

    Retourner en -10 000 et empêcher la révolution agricole serait apparemment une bonne chose, nous resterions des groupes de chasseurs-cueilleurs, une espèce déjà dangereuse pour son environnement mais avec un impact négligeable.
    Mais nous n’avons pas cette capacité là, et il nous faut jouer avec le désastre actuel, non pas se gargariser avec les pensées anarchistes du début du 20eme.
    Nous sommes dans la merde technologique, et le progrès est néfaste, d’accord, mais nous y sommes depuis au moins 10 000 ans, dans le progrès.

    Donc aujourd’hui, il semble difficile d’acheter des vêtements ou des technologies qui ne soient pas issus de l’exploitation outrageuse d’humains. J’imagine que vous portez vous mêmes des chaussures made in China/Pakistan/Thaïlande et utilisez un pc/mac dont des matériaux utilisés pour la fabrication ont été extraits en Afrique.

    Quelle solution donc, que les bien pensants états européens se mettent à la décroissance, et plantent des patates ? J’en serais très heureux et je serai certainement comblé de faire ça chez moi, sans second degré.
    Mais vous ne règlerez pas le problème général, la curiosité, l’avidité de savoir, de progrès (et de malheur), et actuellement notre rapport aux technologies.
    Donc, en conclusion, je suis heureux que certains se penchent sur la réflexion de comment pourrait être notre avenir face aux technologies, quitte à ce qu’ils soient dans le faux, le militaire, et que leur discours fasse une référence à l’argent de manière constante.
    Qu’on le veuille ou non, l’utilisation des outils numériques et technologiques, certainement néfaste à notre nature animale, a de grande chances de perdurer un petit moment. Il semble donc vital d’utiliser ces outils d’une manière éthique, quitte à les développer, et à développer la technologie (pourquoi ne pas développer un technologie plus efficace dans la gestion des déchets, en plus bien évidemment de chercher à en produire le moins possible ?).
    Donc, même si la termitière a inspiré un centre commercial, avec un peu d’optimisme, on pourrait penser qu’elle inspirera des maisons collectives ou individuelles.

    Voilà pour mes réflexions, écrites de manière spontanées je n’ai pas pris le temps de me relire davantage, je tenais seulement vous proposer quelques pensées qui étaient miennes et qui, je juge, participent à voir les choses d’un angle constructif.
    Vous qui avez une capacité d’analyse que je respecte et que je trouve bonne, mais certains biais dans votre discours empêchent, à mon sens, de voir les solutions possibles (et louables) à l’utilisation de nos technologies.
    Donc, vous jouez, le rôle d’un contre pouvoir qui forcément s’inscrit dans la tendance, plutôt qu’utiliser cette énergie à critiquer en plus de proposer des solutions innovantes.

    Merci pour cette lecture.

    1. « Qu’on le veuille ou non, l’utilisation des outils numériques et technologiques, certainement néfaste à notre nature animale, a de grande chances de perdurer un petit moment. Il semble donc vital d’utiliser ces outils d’une manière éthique, quitte à les développer, et à développer la technologie (pourquoi ne pas développer un technologie plus efficace dans la gestion des déchets, en plus bien évidemment de chercher à en produire le moins possible ?). »

      Vraiment? On s’accommode des maux et on continue sur le chemin de la destruction, c’est ça ta conclusion ?

    2. Merci d’avoir pris le temps de préciser ta pensée.

      Je me permets de te signaler qu’il y a une confusion dans celle-ci. Il s’agit d’échapper au machinisme, en aucun cas à la « Technique ». Prétendre abolir la Technique n’a pas plus de sens que viser à l’abolition du sommeil ou de l’appétit, en ce sens que la Technique est inhérente à l’homme. Allumer un feu par friction, c’est déjà de la technique.
      En sus, je t’invite à regarder du côté des techniques autoritaires et démocratiques développées par Lewis Mumford, pierre d’achoppement intéressante pour construire une pensée anti-technicienne.

  12. Je ne suis pas dans l’idolâtrie du bonhomme, mais je trouve qu’il s’exprime bien et qu’il met en avant des concepts intéressants.
    Je ne me souviens pas d’une seule de ses interventions où il se presente comme chercheur au CNRS, à Cambridge ou Stanford.
    Beaucoup de mythos viennent de ses diffuseurs (Ted qui est coutumier du fait) qui pour crédibiliser son propos gonflent son CV.
    Bref, c’est pas le Messi, mais on le savait déjà, il est peut être un peu menteur sur les bords, mais son propos est quand même souvent juste.
    Que celui qui n’a jamais ‘amelioré’ son CV lui jette la 1ere pierre…

    Après sur le fond, aberkane est un scientifique qui pense, c’est pas un philosophe

    1. Messie et pas Messi…
      Saloperie de correcteur automatique…
      Sinon, les vulgarisateurs, même si leur propos est discutable, ont l’avantage de pousser le grand public à s’intéresser à des sujets (ici le biomimétisme) dont ils n’auraient jamais entendu parler

      1. Je ne suis pas du tout d’accord. Dire que, au moins il pousse les gens à s’intéresser au biomimétisme ce serait comme dire que les créationnistes ont le mérite de pousser les gens à s’intéresser à la biologie, ou que les astrologues ont le mérite de pousser les gens à s’intéresser aux planètes. L’intérêt est nul quand les idées propagées sont scientifiquement totalement fausses.

  13. ça décortique, ça critique, mais dans cet article aucune alternative n’est proposée à la pensée d’Idriss Aberkane, cette personne est en train de nous lancer dans de nouvelles directions, peut-être maladroitement mais personne n’est parfait et sa démarche dans certains cas n’est peut-être pas adapatée mais il est le SEUL à avoir proposé un semblant de philosophie censée depuis très longtemps, la critique de cet article est intéressante mais n’aboutit à aucune alternative .. Aucune solution n’est proposée, la critique fuse mais ne mène nulle part.

    1. Pas facile pour les non-initiés, ceux qui baignent dans le mainstream, de comprendre la critique anti-industrielle. Pour faire simple, ce que nous prônons, c’est l’exact inverse de ce qu’Aberkane promeut, c’est la décroissance, c’est la désindustrialisation, le démantèlement de la société industrielle, la cessation du soi-disant progrès technologique, etc.

  14. @LePartage
    Avez vous lu le livre « libérez votre cerveau » d’Idriss ? J’imagine que non ne le portant pas dans votre coeur…
    Je reviens sur mes précédents avis, et je vous le dis ici : En fait, vous avez tout faux.
    Lisez son livre et si vous avez toujours les mêmes arguments que celui partagé sur cet article, je ne peux plus rien vous vous j’en ai peur

  15. Bonjour a toi Kevin / autres contributeurs de ce post,

    Merci pour ce point de vue éclairant mais qui dresse un portrait assez vitriolé de cette nouvelle renaissance dont nous serions contemporains.

    Pour ma part je pense qu’Idriss connait son sujet mais va surjouer sa carte d’homme de bonne volonté afin de convaincre le maximum de brebis égarées a se jeter dans la vallée d’ombre d’un bio-mimétisme 2.0 appliqué a une neuro-science vulgarisée.

    Ceci étant, je trouve qu’il aborde des points interessants dans ses prestations thêatrales et qui méritent d’être soulevés.
    je voudrais notamment avoir ton point de vue sur le claim d’Aberkane vs notre système éducatif qui est grosso merdo selon ses termes, resté figé depuis Jule Ferry.

    Penses-tu également que cela fait partie du buzz autour de ce jeune éphèbe trentenaire qui surfe sur la vague de la mondialisaion bleue et de ce fait, considères-tu cette idée seulement consolatrice voire illusoire, au même titre que l’économie de la connaissance ?

    Cheers,