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“Avant le déluge” : la confirmation de la catastrophe & l’apologie des illusions vertes

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L’extinction finale vers laquelle nous entraîne la perpétuation de la société industrielle est devenue en très peu d’années notre avenir officiel. Qu’elle soit considérée sous l’angle de la pénurie énergétique, du dérèglement climatique, de la démographie, des mouvements de populations, de l’empoisonnement ou de la stérilisation du milieu, de l’artificialisation des êtres vivants, sous tous ceux-là à la fois ou sous d’autres encore, car les rubriques du catastrophisme ne manquent pas, la réalité du désastre en cours, ou du moins des risques et des dangers que comporte le cours des choses, n’est plus seulement admise du bout des lèvres, elle est désormais détaillée en permanence par les propagandes étatiques et médiatiques. Quant à nous, qu’on a souvent taxés de complaisance apocalyptique pour avoir pris ces phénomènes au sérieux ou de “passéisme” pour avoir dit l’impossibilité de trier parmi les réalisations et les promesses de la société industrielle de masse, prévenons tout de suite que nous n’entendons rien ajouter ici aux épouvantables tableaux d’une crise écologique totale que brossent sous les angles les plus variés tant d’experts informés, dans tant de rapports, d’articles, d’émissions, de films et d’ouvrages dont les données chiffrées sont diligemment mises à jour par les agences gouvernementales ou internationales et les ONG compétentes. Ces éloquentes mises en garde, quand elles en arrivent au chapitre des réponses à apporter devant des menaces aussi pressantes, s’adressent en général à “l’humanité” pour la conjurer de “changer radicalement ses aspirations et son mode de vie” avant qu’il ne soit trop tard. On aura remarqué que ces injonctions s’adressent en fait, si l’on veut bien traduire leur pathos moralisant en un langage un peu moins éthéré, aux dirigeants des États, aux institutions internationales, ou encore à un hypothétique “gouvernement mondial” qu’imposeraient les circonstances. Car la société de masse (c’est-à-dire ceux qu’elle a intégralement formés, quelles que soient leurs illusions là-dessus) ne pose jamais les problèmes qu’elle prétend “gérer” que dans les termes qui font de son maintien une condition sine qua non. On n’y peut donc, dans le cours de l’effondrement, qu’envisager de retarder aussi longtemps que possible la dislocation de l’agrégat de désespoirs et de folies qu’elle est devenue ; et on n’imagine y parvenir, quoi qu’on en dise, qu’en renforçant toutes les coercitions et en asservissant plus profondément les individus à la collectivité. Tel est le sens véritable de tous ces appels à une “humanité” abstraite, vieux déguisement de l’idole sociale, même si ceux qui les lancent, forts de leur expérience dans l’Université, l’industrie ou l’expertise (c’est, comme on s’en félicite, la même chose), sont pour la plupart mus par des ambitions moins élevées et rêvent seulement d’être nommés à la tête d’institutions ad hoc ; tandis que des fractions significatives des populations se découvrent toutes disposées à s’atteler bénévolement aux basses œuvres de la dépollution ou de la sécurisation des personnes et des biens.”

— Jaime Semprun & René Riesel, “Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable” (Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008)

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AVANT LE DÉLUGE

Du brainwashing au greenwashing

Leonardo DiCaprio, star internationale, icône de mode et idole intergénérationnelle, vient de produire un documentaire (“Avant le déluge”) mondialement relayé, sur le réchauffement climatique et ses conséquences pour la société industrielle, ses membres, et, accessoirement, pour la planète et ce qui reste de ses autres habitants.

Comme son titre nous l’indique, ce film a pour ambition de préparer les populations du monde qui s’industrialise — et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin — aux contrecoups du réchauffement climatique, désormais présenté comme inéluctable, induit par les colossales émissions de gaz à effet de serre qu’engendrent les diverses activités de l’humanité civilisée.

Pour comprendre le message diffusé à travers ce documentaire, il convient de rappeler que le mardi 16 septembre 2014, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a nommé Messager de la Paix sur la question des changements climatiques l’acteur américain Leonardo DiCaprio, et que ce choix n’était pas fortuit.

“M. DiCaprio est une voix crédible du mouvement environnementaliste et il dispose d’une plateforme considérable pour se faire entendre. Je suis heureux qu’il ait choisi de mettre sa voix au service des efforts de l’ONU pour plaider en faveur de mesures urgentes de lutte contre les changements climatiques”, a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies dans un communiqué de presse.

Précisons également que parmi les producteurs du film figure James Packer, septième fortune de l’Australie (première il y a quelques temps), qui possède de nombreux médias, et l’une des plus grandes entreprises de jeux et de divertissement du pays (“Crown Resorts”, de nombreux hôtels et casinos dans le monde entier).

Revenons-en au film. Nous sommes d’accord avec une de ses observations, sa reconnaissance de la réalité du réchauffement climatique d’origine anthropique. Ainsi qu’avec un constat rapidement mentionné, lorsque DiCaprio explique qu’il avait compris, grâce au documentaire d’Al Gore, Une vérité qui dérange, que “Tous nos moyens de transport : bateaux, trains, avions, voitures, l’agro-alimentaire, les constructions… Tout relâchait du dioxyde de carbone”. Voilà pour ce qu’on lui accorde.

Venons-en aux mensonges et aux omissions attendus que se devait de présenter un tel documentaire, et qui sont en liens avec l’attribution à Leonardo DiCaprio du rôle de Messager de la paix onusien.

L’ONU est une institution agissant au nom de —  et créée par — la coalition des intérêts des états-nations modernes, autrement dit, de ceux qui dirigent et encouragent l’industrialisation encore en cours (et de ceux qui la veulent infinie, sans limites) du monde, ou pour le dire encore autrement, des élites dirigeant l’humanité civilisée, la civilisation industrielle. Nous devrions tous être à peu près d’accord sur ce point. L’ONU ne représente pas les intérêts des peuples indigènes, pas non plus ceux des innombrables autres espèces animales et végétales disparues, ni ceux de celles qui sont actuellement menacées, surexploitées, et/ou tuées à travers le globe, par le développement de la civilisation industrielle. L’ONU, par définition, structurellement, ne pourra jamais ni concevoir ni encourager son propre démantèlement, pas plus que celui de la culture mondialisée qui lui a donné naissance. Et puisque c’est elle qui, à travers la voix et l’image d’une des célébrités les plus appréciées par les habitants des états-nations modernes, propose des solutions pour que l’humanité industrielle puisse encaisser le choc du réchauffement climatique, “qui s’opposerait au maintien de l’organisation sociale qui permettra de sauver l’humanité […] ?” (Jaime Semprun & René Riesel, ibid). Peu importe que ce problème (et bien d’autres, très peu mentionnés, voire pas du tout, dans ce documentaire) ait été directement causé par cette même organisation sociale. Ainsi, la manière de présenter et de discuter du (seul) problème grave dont traite ce documentaire, y est directement biaisée par le cadre structurel limité dont parlent Jaime Semprun et René Riesel dans la citation introductive de ce texte :

Car la société de masse (c’est-à-dire ceux qu’elle a intégralement formés, quelles que soient leurs illusions là-dessus) ne pose jamais les problèmes qu’elle prétend “gérer” que dans les termes qui font de son maintien une condition sine qua non”.

Nous comprenons que, pour beaucoup — et surtout pour ceux qui vivent dans le meilleur des mondes, où leur pays est une démocratie, leur président le représentant légitime du peuple (obéissant à sa stricte volonté éclairée), où le progrès technologique est une réalisation merveilleuse et un but inestimable, où le passé est inférieur au présent, lui-même inférieur au futur (comme le sauvage est inférieur au civilisé, ou en retard par rapport à lui, puisque la civilisation est de toute évidence une bonne chose et un progrès humain en elle-même) — cela puisse paraître obscure. Développons.

Il y a 10 ans, en 2006, sortait le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, qui traitait du même sujet que le nouveau documentaire de Leonard DiCaprio. Il prenait fin en indiquant que si des mesures appropriées étaient prises rapidement, le réchauffement climatique pourrait être inversé. 10 ans plus tard, l’échec est probant, ce qui n’a rien d’étonnant. Pourquoi ?

Parce que toutes les soi-disant solutions prônées dans le film documentaire d’Al Gore (ou dans celui de DiCaprio) ne sont absolument pas en mesure de stopper quoi que ce soit, encore moins d’inverser les tendances catastrophiques que nous connaissons. Pourquoi ?

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Parce qu’elles sont autant de mensonges technologiques. Les soi-disant énergies renouvelables (solaire et éolien, mais pas seulement, puisque l’hydroélectrique est à lui seul plus important que les deux premiers réunis) ne pourront jamais remplacer les combustibles fossiles et le nucléaire, et d’abord parce qu’elles en dépendent largement, pour plusieurs étapes de leur production, mais aussi parce qu’elles ne pourront jamais fournir assez d’énergie pour répondre aux besoins présents de la société industrielle (et donc, encore moins à ceux du futur, croissance oblige), même si, oui, l’ADEME a publié un rapport, ou Stanford, ou n’importe quel agence d’Etat ou corporatiste (si tant est qu’il y ait une différence), qui nous assure un futur 100% renouvelable, tout droit sorti de raisonnements fantaisistes et déjà déconstruits par plusieurs esprits relativement plus pragmatiques, même au sein des médias grand public ; également parce que leur utilisation demeure polluante et destructrice des milieux naturels, quoi qu’il en soit (avez-vous remarqué l’énorme socle en béton nécessaire à chaque éolienne industrielle ? Le mat de l’éolienne nécessite également toutes sortes de ressources, et toutes nécessitent un acheminement complexe. Les surfaces sur lesquelles elles sont installées sont autant de parcelles de la planète que l’on sacrifie, pour ne faire que quelques remarques, bien d’autres existent, qui ne sont simplement pas prises en compte, volontairement ou pas). Mais il y a pire, et plus ridicule encore ; ces soi-disant énergies renouvelables serviraient à fournir de l’électricité aux smartphones, aux ordinateurs portables, etc., et finalement aux usines qui fabriquent tous les objets polluants et consommateurs de ressources non-renouvelables qui définissent la civilisation industrielle ; elles serviraient à maintenir en vie l’organisation sociale non-seulement destructrice du vivant (à l’origine du réchauffement climatique), mais aussi inique, aliénante et déprimante dans laquelle la majorité des humains s’entassent désormais.

Ceux qui ont une vision écologique assez honnête et assez globale du monde dans lequel nous vivons doivent comprendre que la survie de la civilisation industrielle n’est pas souhaitable. Pour les autres, continuons à développer.

Dans “Avant le déluge”, lorsqu’Elon Musk prétend que 100 de ses Gigafactory pourraient suffire à couvrir tous les besoins énergétiques de la civilisation industrielle, il s’agit d’un mensonge colossal, appuyé par rien du tout, une assertion gratuite qu’il se permet — qu’il se doit — d’avancer, en tant que PDG d’une entreprise à but lucratif, qui cherche à vendre ses produits et à faire du profit ; lorsque Johan Rockstrom affirme : “Une fois qu’on investit dans le solaire et l’éolien, on a de l’énergie infinie pour toujours”, c’en est un autre, mais plus grotesque encore, qui s’adresse aux plus naïfs parmi les naïfs. Des ingénieurs mandatés par Google concluaient en 2007 que les énergies renouvelables n’entraineraient aucune réduction d’émissions de gaz à effet de serre — sachant que leur étude comportait de nombreux angles morts, d’aspects problématiques qu’ils ne prennent pas en compte, au niveau écologique comme au niveau de l’éthique, suprémacisme humain oblige. Pablo Servigne et Raphael Stevens parviennent à cette même conclusion dans leur livre “Comment tout peut s’effondrer”, publié en 2015 aux éditions du Seuil :

“En résumé, les énergies renouvelables n’ont pas assez de puissance pour compenser le déclin des énergies fossiles, et il n’y a pas assez d’énergies fossiles (et de minerais) pour développer massivement les énergies renouvelables de façon à compenser le déclin annoncé des énergies fossiles. Comme le résume Gail Tverberg, actuaire et spécialiste de l’économie de l’énergie, “on nous dit que les renouvelables vont nous sauver, mais c’est un mensonge. L’éolien et le solaire photovoltaïque font autant partie de notre système basé sur les énergies fossiles que n’importe quelle autre source d’électricité”.”

 A l’instar de Philippe Bihouix, qui a publié “L’Âge des low tech”, également aux éditions du Seuil, en 2014 :

“En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la “croissance verte”, qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.”

&, aux États-Unis, du chercheur Ozzie Zehner, qui a publié en 2012 un excellent livre, dans lequel il critique la manière dont les énergies renouvelables sont discutées, intitulé Green Illusions: The Dirty Secrets of Clean Energy and the Future of Environmentalism (en français : « Les illusions vertes : les sales secrets de l’énergie propre et le futur de l’environnementalisme ») :

“Il y a cette impression de choix entre combustibles fossiles et technologies énergétiques propres comme les panneaux solaires et les éoliennes. Ce choix est une illusion. Ces technologies alternatives reposent, à tous leurs stades de production, sur les combustibles fossiles. Les technologies alternatives dépendent des combustibles fossiles lors des opérations d’extractions, dans les usines de fabrications, pour l’installation, la maintenance, et le démantèlement. En plus, à cause de l’irrégularité de production du solaire et de l’éolien, ces technologies requièrent des centrales à combustibles fossiles opérationnelles en parallèle et en permanence. Et, plus significatif encore, le financement des énergies alternatives dépend du type de croissance soutenu par les combustibles fossiles.”

Présenter le fait de manger du poulet plutôt que du bœuf comme une solution à la catastrophe qui se profile relève également du mensonge, à la différence près que celui-ci permet de rire un coup.

Si les solutions présentées, qui n’en sont pas vraiment, sont autant de mensonges, elles ne sont pas les seuls du documentaire, et découlent des nombreuses omissions qu’on y relève aussi. A commencer par celle qui prétend que tous les humains du monde rêvent de bénéficier du mode de vie de l’américain moyen. Ce qui n’est pas discuté, c’est le pourquoi et le comment. Les milliards d’êtres humains qui peuplent les états modernes ne se sont pas spontanément réveillés un matin avec l’envie pressante de boire du Coca-Cola, de manger chez McDonalds, de posséder un smartphone, un écran plat, une PlayStation et de conduire un 4×4. Un fastidieux travail séculaire de conditionnement, de marketing, de publicité, de colonialisme, de destructions culturelles, d’acculturations, de coercitions étatiques, de matraquage médiatique et de fabrication du consentement, a été nécessaire pour qu’ils en arrivent là. Ce travail, que l’on pourrait imaginer inverser (mais qui ne peut pas l’être, par définition) afin de vendre un rêve de décroissance, n’est évidemment pas mentionné.

« Un cliché rebattu, qui prétend résumer de manière frappante les « impasses du développement », et appeler à la contrition, affirme que pour assurer le mode de vie d’un Américain moyen à l’ensemble de la population mondiale, il nous faudrait disposer de six ou sept planètes comme la nôtre. Le désastre est évidemment bien plutôt qu’un tel « mode de vie » – en réalité une vie parasitaire, honteuse et dégradante dont les stigmates si visibles sur ceux qui la mènent se complètent des corrections de la chirurgie esthétique – semble désirable et soit effectivement désiré par l’immense majorité de la population mondiale. (Et c’est pourquoi la vulgarité des nantis peut s’exhiber avec une telle complaisance, sans plus rien conserver de la retenue et de la discrétion bourgeoises : ils suscitent l’envie – il leur faut tout de même des gardes du corps – mais pas la haine et le mépris qui préparaient les révolutions.) »

— Jaime Semprun & René Riesel, “Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable” (Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008)

Un autre mensonge important (un des plus significatifs du documentaire, et de la propagande médiatique en général) explique peut-être pourquoi rien de tout ça n’est discuté ou à peine mentionné : durant tout le documentaire, une idée répandue mais (ou donc) fausse, est distillée, selon laquelle les états-nations modernes sont des démocraties fonctionnelles. Leonardo DiCaprio qualifie, par exemple — selon une bienséance de mise — le président des Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama, de “leader du monde libre”. Gregory Mankiw, un prestigieux économiste états-unien (Princeton-Harvard-MIT), et ancien conseiller économique de George W. Bush — qui a d’ailleurs publié un article à son sujet, au moment des élections états-unienne de 2000, intitulé “Bush is a Leader The Economy Can Trust”, en français “Bush est un dirigeant auquel l’économie peut faire confiance”, dans lequel il expliquait pourquoi il voterait pour Bush plutôt que pour Al Gore, Ô ironie — interviewé dans le film, nous y explique que les hommes politiques “font ce que le peuple veut qu’ils fassent”, que “Les hommes politiques sont des élus et ils suivent leurs électeurs”. Nous ne pensons pas nécessaire d’expliquer en quoi tout ça est grotesque. Nous ne vivons pas en démocratie. Par manque de place, pour éviter une trop longue digression, nous ne détaillerons pas plus, nous nous contenterons de suggérer à ceux qui ne le comprennent pas, d’arrêter de ronfler et d’ouvrir les yeux.

A souligner également, l’hypocrisie de passer 15 minutes à expliquer en quoi le lobby des industriels des combustibles fossiles organise financièrement la confusion autour du réchauffement climatique et de sa réalité (ce qui est tout à fait exact, le lobby de l’industrie des combustibles fossiles essaie encore aujourd’hui de laisser planer un certain doute), mais de se demander pourquoi, très étrangement, les gouvernements ne font rien contre les industriels de l’huile de palme. Le méchant lobby de l’industrie des combustibles fossiles est fustigé tout au long du documentaire, tandis que tous les autres lobbys inhérents à la civilisation industrielle, dont celui du marketing de la démocratie, ou celui de n’importe quel secteur industriel, ne sont pas même mentionnés.

Nous ne nous attarderons pas sur la soi-disant “solution” consistant à faire en sorte que le grand public ait accès aux relevés des émissions de gaz à effet de serre (ou d’autres types de pollutions, l’idée serait la même) en temps réel — “sur leur téléphone” portable, cette invention formidable — des centrales (ou d’usines, quelles qu’elles soient), afin que “les gens” puissent “exiger que ces usines arrêtent leurs infractions”. On ne va pas vous faire l’insulte de vous rappeler qu’il ne faut pas compter sur les pétitions — les lettres au président, ou au PDG, au sénateur, aux aliens, à Dieu, à qui ou quoi que ce soit — pour “changer le monde”, ou simplement pour démanteler la civilisation industrielle de croissance.

En outre, tout le documentaire a été réalisé selon une vision du monde absolument anthropocentrée (ce qui, à nouveau, n’a rien d’étonnant). Les humains (civilisés) gèrent la planète, sur laquelle il se trouve que d’autres espèces (et d’autres cultures humaines incivilisées, même si de moins en moins) résident aussi, seulement, celles-ci constituent le décor de la grandiose aventure humaine que l’on appelle civilisation, c’est pourquoi la perspective du changement climatique n’est envisagé que sous l’angle des conséquences pour les humains (civilisés) — “Comment assurer un futur prospère pour l’humanité ?” s’inquiète Johan Rockstrom, ou, plus explicite encore, pour la “préservation de l’ordre mondial existant”, dixit Obama. Le moment du documentaire qui s’attarde le plus sur le sort d’autres animaux nous incite à manger du poulet plutôt que du bœuf. Voilà pour nos esclaves amis les animaux. Peu importe que la surexploitation, ainsi que l’étalement urbain, autrement dit l’accaparement d’une surface de plus en plus importante de la planète, par la civilisation industrielle de croissance, figurent parmi les principaux facteurs précipitant les autres espèces vers l’extinction.

La myriade de problèmes que pose l’existence de la civilisation industrielle pour la continuation, la diversité, et la prospérité de la vie sur Terre, qui devrait être connue de chacun de nous, et que nous rappelons brièvement dans l’à propos de ce site,

“Du côté de la vie non-humaine : les forêts du monde sont dans un état désastreux (en ce qui concerne les vraies forêts, pas les plantations ou monocultures modernes ; il n’en resterait que deux) et qui ne cesse d’empirer. La plupart des écosystèmes originels ont été modifiés (détruits, ou détraqués), d’une façon ou d’une autre (25% des fleuves n’atteignent plus l’océan ; depuis moins de 60 ans, 90% des grands poissons, 70% des oiseaux marins et, plus généralement, 52% des animaux sauvages, ont disparu ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’animaux marins, dans l’ensemble, a été divisé par deux). Les scientifiques estiment que nous vivons aujourd’hui la sixième extinction de masse. Sachant que les déclins en populations animales et végétales ne datent pas d’hier, et qu’une diminution par rapport à il y a 60 ou 70 ans masque en réalité des pertes bien pires encore (cf. l’amnésie écologique). On estime que d’ici 2048 les océans n’abriteront plus aucun poisson. D’autres projections estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans. On estime également que d’ici à 2050, la quasi-totalité des oiseaux marins auront ingéré du plastique. La plupart des biomes de la planète ont été contaminés par différents produits chimiques toxiques de synthèse (cf. l’empoisonnement universel de Nicolino). L’air que nous respirons est désormais classé cancérigène par l’OMS. Les espèces animales et végétales disparaissent (sont tuées) au rythme de 200 par jour (estimation de l’ONU). Les dérèglements climatiques auxquels la planète est d’ores et déjà condamnée promettent d’effroyables conséquences.)”

en est réduite, dans ce documentaire, à la menace que constitue le réchauffement climatique d’origine anthropique (plus précisément, d’origine civilisée), pour la perpétuation de la civilisation industrielle.

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Conformément aux vœux de Jeff Bezos, PDG d’Amazon, qui a récemment déclaré — énonçant ainsi ouvertement ce que pensent tout bas la grande majorité des PDG de corporations et des dirigeants politiques (encore une fois, si tant est qu’il y ait une différence) — que,

“Nous ne voulons pas vivre dans un monde rétrograde. Nous ne voulons pas vivre sur une Terre où nous devrions geler la croissance de la population et réduire l’utilisation d’énergie. Nous profitons d’une civilisation extraordinaire, alimentée par de l’énergie, et par la population. […] Nous voulons que la population continue à croître sur cette planète. Nous voulons continuer à utiliser plus d’énergie par personne.”

le documentaire de Leonardo DiCaprio ne préfigure en rien une décroissance d’aucune sorte, même si certains se débrouilleront certainement pour affirmer le contraire. En revanche, ce qu’il préfigure, ce sont les mesures importantes qui seront prises pour gérer les changements que le réchauffement climatique imposera à la société industrielle, qui devra s’en accommoder, puisqu’elle ne compte plus vraiment l’empêcher, qu’elle le considère désormais comme “inéluctable” (ce sur quoi nous allons revenir).

Ce qui n’est jamais discuté donc, et jamais suggéré comme solution, c’est une désindustrialisation, une véritable décroissance, l’abandon des structures sociales et des infrastructures technologiques qui constituent la civilisation industrielle ; le renoncement à l’électricité industrielle et à tous les gadgets issus de l’industrialisme que l’on associe au “progrès” (des téléphones portables aux iPods, en passant par les 4×4, les ordinateurs portables, les écrans plats, internet, et, oui, les réfrigérateurs, les fours micro-ondes, les rasoirs électriques, les antibiotiques industriels, les vaccins industriels, etc.). Cette désindustrialisation — ce renoncement aux mythes associés au progrès technologique — est cruciale, ainsi que le rappellent le journaliste écologiste Fabrice Nicolino dans un article récemment publié sur son site,

“Quel est le moteur à explosion de la crise climatique ? La production massive d’objets inutiles qu’il faut remplacer au plus vite pour que tourne la machine. Ce qui inclut les télés plasma, les trottinettes électriques, les ordinateurs dernier cri, les bagnoles climatisées avec appareillage électronique de bord permettant de se branler sans ralentir, les vacances à la montagne et à Bali, l’avion pour aller pisser au-dessus de l’Atlantique, les casques pour se tuer l’oreille, la goûteuse nourriture industrielle, etc.

[…] Nul n’envisage de remettre en cause un modèle si exaltant, et voici pourquoi tous leurs discours ne sont que daube commerciale.”

et l’auteur états-unien Derrick Jensen,

“Il n’est pas question d’exterminer les iPads, les iPhones, les technologies informatiques, les toits rétractables de stades, les insecticides, les OGMs, l’internet (que diable, la pornographie sur Internet), les véhicules tout-terrains, les armes nucléaires, les drones prédateurs, l’agriculture industrielle, l’électricité industrielle, la production industrielle, les bénéfices de l’impérialisme (humains, états-uniens, ou autre).

Nous n’en parlons pas. Jamais. Pas une seule fois.”

Beaucoup sauteront au plafond en lisant cela — en criant à l’obscurantisme, en dénonçant des velléités autoritaires, etc. — les mêmes qui ignorent volontiers toutes les formes de coercition, d’exploitations humaines et non-humaines, de destructions environnementales, historiques et actuelles, qui furent et qui sont encore nécessaires à l’industrialisme. Rappelons donc que la population humaine croissait et prospérait déjà avant la “révolution industrielle”, tandis qu’après, la population humaine a commencé à exploser de façon incontrôlée et inconsidérée, les populations d’espèces non-humaines ont commencé à décliner massivement de manière incontrôlée et inconsidérée, l’environnement planétaire a commencé à être altéré, pollué, détruit, exploité et contaminé de manière incontrôlée et inconsidérée.

Cependant, que les choses aient pris une très mauvaise tournure avec la “révolution industrielle” n’implique pas que la situation préindustrielle était excellente. Nos problèmes sont plus profonds et plus anciens encore que cette soi-disant “révolution” ; citons, à ce propos, un extrait de ce qu’a récemment écrit Max Wilbert (article complet ici) :

“Bien que les combustibles fossiles ne soient brûlés à grande échelle que depuis 200 ans, le défrichage de terre est une caractéristique propre aux civilisations — ces cultures fondées sur les villes et l’agriculture — depuis leur avènement il y a 8000 ans.

Ce défrichage de terre a un impact sur le climat mondial. Lorsqu’un écosystème forestier est remplacé par de l’agriculture, plus des 2/3 du carbone qu’il stockait sont relâchés, et le carbone contenu dans les sols riches en matières organiques continuera à s’échapper au fur et à mesure de l’érosion qui s’ensuivra.”

Ou ce succinct résumé par Lierre Keith d’une trop ancienne histoire de destruction :

“L’agriculture engendre un mode de vie que l’on appelle civilisation. La civilisation désigne les regroupements humains sous forme de villes. Ce que cela signifie : un niveau de besoin qui excède ce que la terre peut offrir. La nourriture, l’eau, l’énergie doivent venir de quelque part. Peu importe les jolies et pacifiques valeurs que les gens portent en leurs cœurs. La société est dépendante de l’impérialisme et du génocide. Parce que personne n’accepte d’abandonner sa terre, son eau, ses arbres. Et parce que la ville a utilisé les siens jusqu’à épuisement, elle doit s’en procurer ailleurs. Voilà les 10 000 dernières années résumées en quelques lignes.

La fin de la civilisation est inscrite dans son commencement. L’agriculture détruit le monde. Et il ne s’agit pas de l’agriculture lors de ses mauvais jours. C’est simplement ce qu’est l’agriculture. Vous abattez les forêts, vous labourez les prairies, vous drainez les zones humides. Et, plus spécifiquement, vous détruisez le sol. Les civilisations durent entre 800 et peut-être 2000 ans — jusqu’à ce que le sol ne puisse plus suivre.

[…] La civilisation est fondée sur le prélèvement. Celui-ci s’appuie sur l’impérialisme, la prise de pouvoir sur le voisinage et le pillage de ses terres, mais en fin de compte, même les colonies finissent par s’épuiser. Le combustible fossile a été un accélérateur, tout comme le capitalisme, mais le problème sous-jacent est bien plus important que l’un ou l’autre. La civilisation requiert l’agriculture, et l’agriculture est une guerre que l’on mène contre le vivant.”

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Mettre fin à la destruction de la planète par la civilisation industrielle (et mettre fin à cette organisation sociale profondément inégalitaire, démente et aliénante) — que cette destruction revête la forme du réchauffement climatique, de la pollution de l’air, de la pollution des sols, de la pollution des eaux, de la déforestation, de l’anéantissement de l’habitat des autres espèces animales ou végétales, de leur surexploitation, du déclin de leurs populations et de leurs extinctions, ou n’importe quelle autre — exige un changement radical, d’une magnitude colossale et d’une ampleur planétaire, tel qu’il est difficile pour quiconque d’en prendre la mesure. Cela exige, entre autres, un (ré-)approfondissement de nos connaissances de l’écologie de la planète, de l’histoire (et de la préhistoire) de l’humanité (ou des humanités), une meilleure compréhension du fonctionnement et des implications sociales et écologiques de la société industrielle ; pour un tel apprentissage, il est évidemment naïf de compter sur une éducation nationale (étatique), ou, plus généralement, sur les organes officiels de la culture qui pose problème, puisque ceux-ci ont tout intérêt à tronquer, filtrer ou censurer l’information qu’ils distillent, par intérêt (instinct de survie). Nous ne faisons pas tant référence ici à une quelconque théorie du complot qu’à des phénomènes de l’ordre de l’inertie et de la dissonance cognitive, ou au fait que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Ce sujet mériterait de biens plus amples développements ; pour éviter une autre longue digression, nous nous contenterons de citer un extrait de l’excellent livre “L’Etat” (1949), écrit par Bernard Charbonneau :

“Le progrès le plus important accompli par l’État au XIXe siècle, le plus lourd de conséquences pour l’avenir, c’est sa main mise sur l’enseignement. Jusque-là, dans la société occidentale l’enseignement était laissé à l’initiative des individus ou des groupes. Le roi protégeait ou surveillait, mais même quand il fondait le collège de France, il ne lui venait pas à l’idée d’instruire. Aujourd’hui, de cette indépendance de la fonction enseignante, à peu près rien ne reste en France, sauf quelques privilèges désuets dans la discipline intérieure des facultés, par exemple le droit pour les doyens de refuser l’entrée des bâtiments universitaires à la police.”

Ce qui est sûr, c’est que les racines de la dégradation de l’environnement et des injustices sociales sont bien plus anciennes que beaucoup ne l’imaginent, et bien plus complexes ; que les mirages absurdes érigés en solutions et vendus par les élites de la civilisation dominante n’ont pour but que sa perpétuation ; que le coût du soi-disant progrès technologique, de l’industrialisme, dépasse largement ses bénéfices, et d’abord parce qu’il s’agit de concepts fondamentalement destructeurs du monde naturel ; que le mythe des technologies vertes-renouvelables-ou-propres est aussi absurde et irréel que la dématérialisation de l’économie ; qu’aucune civilisation n’a jamais été ni viable écologiquement, ni juste socialement (que les sociétés de masse connaissent inéluctablement toutes sortes de problèmes écologiques et sociaux qui leurs sont inhérents).

Enfin, contrairement à son prédécesseur (Une vérité qui dérange), le documentaire de Leonardo DiCaprio baisse d’un ton au niveau des prétentions optimistes, et tend même à insister sur l’inéluctabilité de catastrophes à venir (ce qui n’est pas nécessairement faux, au contraire ; mais qui relève justement de ce que le film sous-entend finalement la continuation de la civilisation industrielle, à quelques éco-réformes™ et détails durables© près) ; d’où la déclaration de John Kerry, dans le documentaire, à propos de l’accord de la COP 21 : “Cet accord préparera le monde à l’impact des changements climatiques qui se manifestent déjà et de ceux que nous savons désormais inévitables”, et celle d’Elon Musk, selon qui “nous nous dirigeons inéluctablement vers un certain niveau de problèmes”. De leurs parts, de telles vaticinations n’ont rien d’étonnant, étant donné qu’ils participent tous deux à ce que la civilisation industrielle continue son expansion sans fin (et d’ailleurs, jusqu’à la planète Mars, puisque c’est ce que souhaite Elon Musk ; un projet fantaisiste, tout sauf souhaitable, et quoi qu’il en soit absolument pas prioritaire, qui sera certainement par trop énergivore et consommateur en ressources).

“Quand finalement l’officialisation de la crise écologique (en particulier sous l’appellation de “réchauffement climatique”) donne lieu à de prétendus “débats”, ceux-ci restent étroitement circonscrits par les représentations et les catégories platement progressistes que les moins insipides des discours catastrophistes annoncent pourtant vouloir remettre en cause. Personne ne songe à considérer le catastrophisme pour ce qu’il est effectivement, à le saisir dans ce qu’il dit à la fois de la réalité présente, de ses antécédents et des réalités aggravées qu’il souhaite anticiper.”

— Jaime Semprun & René Riesel, “Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable” (Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008)

La discussion entre Sunita Narain (une écologiste indienne, promotrice du développement durable) et Leonardo DiCaprio (37ème minute, environ) est un des moments clés pour comprendre tout ce qui ne va pas dans ce blockbuster documentaire, et dans la façon dont la culture dominante, à travers les médias dominants, discute des problèmes écologiques et sociaux de notre temps. Non seulement Sunita Narain explique-t-elle qu’il est juste et souhaitable que toute l’Inde s’industrialise, que tous les indiens aient accès à l’électricité industrielle (et donc à la consommation industrielle, aux écrans plats, aux commandes sur Amazon, à internet, aux smartphones, aux ordinateurs portables, aux consoles de jeux vidéo, etc. — si vous pensez que ce n’est pas ce qu’engendre le raccordement et l’intégration de communautés non-industrialisées à la société industrielle, voyez vous-mêmes, à travers l’exemple des Tokelau) ; et donc que le monde entier puisse s’intégrer à la société industrielle, ce qui constitue une catastrophe inimaginable, puisque seule une désindustrialisation, une sortie massive et planétaire de la société industrielle, pourrait faire cesser, à terme, les destructions écologiques et les inégalités sociales ; mais il y a pire, Leonardo DiCaprio y admet que “la question du mode de vie et de la consommation doit être au centre des négociations”, que “c’est un argument très difficile à faire entendre aux Américains”, qui devraient “changer leur mode de vie”, mais que, finit-il par affirmer fatalement, “ça n’arrivera jamais” ; il continue alors en expliquant qu’il faut compter sur les énergies renouvelables pour résoudre tous nos problèmes. Le principal problème, avec ce raisonnement, c’est qu’il n’a aucun sens. S’il en a un, c’est un mauvais sens, un sens létal.

Il s’agit là d’un aveu terrible, qui nous dit tout. Le mode de vie hautement consumériste des américains (et, plus généralement, des membres de la société industrielle, en France, en Belgique, en Chine, en Turquie ou au Chili, parfois dans des moindres mesures) ne changera pas. C’est hors de question, impensable, inimaginable. A partir de là, les catastrophes deviennent inéluctables, jusqu’à la catastrophe finale, la destruction de la majeure partie de la vie qu’héberge encore la planète. Les soi-disant renouvelables, comme nous l’expliquions plus haut, n’y feront rien. Au contraire, elles ajouteront à la production énergétique mondiale et permettront la continuation de l’expansion techno-industrielle. Les 1,2 milliards d’humains qui vivent encore en dehors de la société industrielle, sans l’électricité — cette bénédiction, ce saint Graal moderne, qui garantit, n’est-ce pas, une félicité et un contentement suprêmes — ajouteront leurs consommations aux nôtres, pour eux aussi obtenir le privilège de s’aliéner dans les méandres d’un système technologique dont la croissance inertielle, peu importe la manière dont on la présente, qu’elle repose sur les combustibles fossiles ou sur leurs dérivés, les soi-disant renouvelables, ne sera jamais entravée par ceux qui le contrôlent et en bénéficient.

T2

En guise de conclusion, reprenons une partie de l’introduction du livre “Deep Green Resistance” :

“Comment stoppe-t-on un réchauffement climatique global causé en grande partie par la combustion de pétrole et de gaz ? La réponse est une évidence, que n’importe quel enfant de 7 ans, normalement constitué, devrait être en mesure de vous donner. Mais si vous demandez à n’importe quelle personne de 35 ans, normalement constituée, travaillant par exemple dans le développement durable pour une grande multinationale, vous recevrez probablement une réponse plus à même d’aider la multinationale que le monde réel.

Quand la plupart des membres de cette culture se demandent, « comment arrêter le réchauffement climatique ? », ils ne demandent pas vraiment ce qu’ils prétendent demander. Ils demandent en réalité, « comment arrêter le réchauffement climatique sans arrêter de consommer du pétrole et du gaz, sans arrêter le développement industriel, sans arrêter ce système omnicidaire ? ». La réponse est simple : c’est impossible.”

La civilisation industrielle est indubitablement insoutenable, son existence est destructrice, si bien qu’elle finira immanquablement par s’autodétruire. Nous souhaitons que la décomposition inévitable de la civilisation industrielle advienne au plus tôt — pour qu’enfin la planète puisse commencer à recouvrer la santé —, et, si possible, qu’elle ne soit pas patiemment ou fatalement attendue (moins elle sera subie, moins ses membres en souffriront). Il est déjà bien tard, cependant, s’il reste une issue de secours, il s’agit de la désindustrialisation, d’une véritable décroissance, du démantèlement des industries et des infrastructures de nos sociétés technologiques, et certainement pas du mal-nommé “développement durable” et de ses illusions vertes.

Collectif Le Partage

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