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Ce qu’Obama lègue à l’Afrique : terrorisme, guerre civile & expansion militaire (par Eric Draitser)
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Traduction d'un article d'Eric Draitser, analyste géopolitique indépendant, basé à New-York, initialement publié (en anglais), le 18 janvier 2017, sur le site de MintPress.

New York Comme prévu, les médias capi­ta­listes débitent leurs rétros­pec­tives vomi­tives de la prési­dence d’Obama, hypno­ti­sant ainsi les US-Améri­cains à l’aide de contes de fées sur les exploits progres­sistes du Président de l’Es­poir et du Chan­ge­ment.

Mais au milieu de la mémoire sélec­tive et de la double­pen­sée qui se font passer pour une exper­tise sophis­tiquée au sein de la matrice des médias contrô­lés, n’ou­blions pas qu’en Afrique, le nom de Barack Obama est désor­mais syno­nyme de désta­bi­li­sa­tion, de mort et de destruc­tion.

Les lamen­ta­tions collec­tives des libé­raux se changent en un rugis­se­ment assour­dis­sant à la moindre évoca­tion du fait qu’O­bama est plus un pécheur qu’un saint, mais peut-être serait-il utile de revoir les faits et les archives plutôt que la mytho­lo­gie soigneu­se­ment construite et que l’on commence désor­mais à impri­mer dans les livres d’his­toire sous l’ap­pel­la­tion d’héri­tage.

Le futur de l’Afrique est entre les mains des Afri­cains

11 juin 2009 : Barack Obama en compa­gnie du président du Ghana, John Atta Mills.

Durant l’été 2009, à peine six mois après son inves­ti­ture, le président Obama a prononcé un discours devant le parle­ment du Ghana, visant à donner le ton de la poli­tique afri­caine de son admi­nis­tra­tion. S’adres­sant à une foule de centaines de personnes, dans la capi­tale ghanéenne, il parlait en fait à des millions d’Afri­cains du conti­nent et de la diaspora. Si Obama repré­sen­tait l’es­poir et le chan­ge­ment pour les habi­tants des USA, c’était double­ment vrai pour les Afri­cains.

Lors de ce discours large­ment oubliable, Obama déclara :

« Nous devons partir de la simple prémisse selon laquelle le futur de l’Afrique est entre les mains des afri­cains… l’Oc­ci­dent n’est pas respon­sable de la destruc­tion de l’éco­no­mie du Zimbabwe de la dernière décen­nie, ni des guerres dans lesquelles des enfants sont enga­gés comme combat­tants ».

La pros­pé­rité, la fin de la corrup­tion et de la tyran­nie, de la pauvreté et des mala­dies, a-t-il dit, « ne peuvent être atteintes que si vous prenez la respon­sa­bi­lité de votre futur. Et ce ne sera pas facile. Cela pren­dra du temps et des efforts. Il y aura des souf­frances et des revers. Mais je peux vous promettre que l’Amé­rique sera avec vous tout au long du chemin, en tant que parte­naire, en tant qu’ami ».

Bien qu’il était le Premier Président Noir™, les mots et les actes d’Obama vis-à-vis de l’Afrique incar­naient parfai­te­ment « le fardeau de l’homme blanc » — le désir d’ai­der ces pauvres gens, dont la pauvreté, la corrup­tion, la mala­die et la violence doivent être le fruit d’une sorte de défi­cience natu­relle. Bien entendu, cinq siècles de colo­nia­lisme, combi­nés à l’ar­ro­gance impé­riale d’Obama n’y étaient pour rien.

Des femmes portant des robes tradi­tion­nelles affu­blées de l’ef­fi­gie d’Obama, chan­tant son nom, après son discours à Accra, au parle­ment du Ghana, le 11 juin 2009.

Mais prenons pour argent comp­tant les mots d’Obama afin d’éva­luer s’il a respecté ou non ces objec­tifs gran­dioses et idéa­listes durant ses deux mandats.

Obama a insisté à plusieurs reprises sur la pres­sion pesant sur  l’Afrique, affir­mant que les USA et l’Oc­ci­dent ne pouvaient pas régler ses problèmes à sa place. Au lieu de cela, affirma-t-il, les USA seraient un « parte­naire » et un « ami ». Et pour­tant, moins de deux ans après avoir juré de lais­ser les Afri­cains résoudre leurs problèmes, des avions de l’US/OTAN larguaient des bombes sur la Libye afin de soute­nir des terro­ristes affi­liés à Al-Qaïda qui se char­ge­raient par la suite de renver­ser et d’as­sas­si­ner bruta­le­ment Mouam­mar Kadhafi, qui était peut-être le plus impor­tant défen­seur de l’in­dé­pen­dance et de l’au­to­suf­fi­sance de l’Afrique.

Étant donné les dizaines de milliers de morts et la destruc­tion et la disso­lu­tion totales de la Libye en milices tribales belliqueuses et multiples gouver­ne­ments frag­men­tés que l’on a du mal à quali­fier de légi­times, il est parti­cu­liè­re­ment exas­pé­rant qu’O­bama se soit exprimé à l’ONU, décla­rant que la guerre des USA et de l’OTAN contre la Libye avait été un succès. Un mois avant la torture abjecte et l’as­sas­si­nat de Kadhafi, Obama déclara de manière arro­gante, le 20 septembre 2011 :

« Voilà comment la commu­nauté inter­na­tio­nale doit travailler au 21ème siècle — plus de nations portant la respon­sa­bi­lité et les coûts de la réponse à des défis mondiaux. D’ailleurs, il s’agit là de la raison d’être même des Nations Unies. Chaque nation repré­sen­tée ici aujourd’­hui peut être fière des vies inno­centes que nous avons sauvées en aidant les Libyens à se réap­pro­prier leurs pays. C’était la bonne chose à faire ».

Oui, le même président qui deux années aupa­ra­vant procla­mait que « le futur de l’Afrique est entre les mains des Afri­cains » se fit le cham­pion des forces mili­taires française, britan­nique, italienne et US et de l’im­po­si­tion de leur volonté sur un État d’Afrique indé­pen­dant et pros­père, le trans­for­mant en un État chao­tique, sanglant et en faillite. Voilà pour l’Es­poir et le Chan­ge­ment.

Mais, bien sûr, l’his­toire tragique de la Libye ne s’ar­rête pas à la destruc­tion de la Jama­hi­riya arabe libyenne et à l’as­sas­si­nat de Kadhafi. Au lieu de cela, la guerre contre la Libye ouvrit les vannes du trafic d’ar­me­ment, du terro­risme et de la désta­bi­li­sa­tion de tout le conti­nent afri­cain. Selon un rapport de 2013 du groupe d’ex­perts du Conseil de sécu­rité de l’ONU :

« Les affaires, avérées et en cours d’in­ves­ti­ga­tion, de trans­ferts illi­cites d’armes depuis la Libye, en viola­tion de l’em­bargo, concernent plus de 12 pays et comprennent de l’ar­me­ment lourd et léger, dont des systèmes portables de défense aérienne, des petites armes et muni­tions, des explo­sifs et des mines ».

Le rapport conti­nuait, aver­tis­sant que « des flux illi­cites depuis le pays alimentent [sic] des conflits exis­tants en Afrique et au Levant, et enri­chissent les arse­naux d’un éven­tail d’ac­teurs non-étatiques, dont des groupes terro­ristes ».

Une photo de 2011 expo­sant les dommages infli­gés à la ville de Sirte, en Libye.

« La proli­fé­ra­tion d’armes prove­nant de Libye conti­nue à un taux alar­mant ».

Effec­ti­ve­ment, ces armes en prove­nance de la Libye ont direc­te­ment alimenté la guerre civile au Mali, faci­lité l’as­cen­sion de Boko Haram au Nige­ria, aidé le groupe terro­riste Al Qaïda au Magh­reb isla­mique, et entrainé la créa­tion de gangs terro­ristes et d’es­ca­drons de la mort au Burkina Faso, en Répu­blique Centra­fri­caine, et ailleurs sur le conti­nent. En effet, la guerre d’Obama contre la Libye fut la première salve d’une désta­bi­li­sa­tion à l’échelle conti­nen­tale dont les consé­quences sont toujours ressen­ties aujourd’­hui, et conti­nue­ront à l’être pendant des années, sinon des décen­nies.

Avec ces faits trou­blants en tête, reve­nons au discours d’Obama au Ghana, ou il affirma hautai­ne­ment que l’Oc­ci­dent n’était pas respon­sable des problèmes de l’Afrique. Natu­rel­le­ment, n’im­porte quel étudiant du colo­nia­lisme et de l’his­toire de l’Afrique réfu­te­rait immé­dia­te­ment de telles décla­ra­tions. On se demande si dans des décen­nies, tandis que l’hé­ri­tage de guerres et de terro­risme que les poli­tiques d’Obama auront laissé sera encore ressenti, un autre président se tien­dra devant l’Afrique et la blâmera encore pour ne pas avoir résolu elle-même ses propres problèmes.

Obama : le visage souriant du néoco­lo­nia­lisme

Barack Obama, avec son souri­re™, avant son discours devant le parle­ment du Ghana, le 11 juin 2009.

Si les crimes d’Obama contre la paix en Afrique se limi­taient à la guerre en Libye et à ses consé­quences, nous pour­rions simple­ment les quali­fier de bévue aux propor­tions histo­riques. Mais Obama avait bien plus de sang à verser en Afrique pendant qu’il y éten­dait l’em­preinte mili­taire des USA.

La première de ces initia­tives visant à faire croître la présence mili­taire US en Afrique fut l’ex­pan­sion du Comman­de­ment US en Afrique, appelé AFRICOM. En juin 2013, Ebra­him Shab­bir  Deen du Centre Afro-Moyen-Orient basé à Johan­nes­burg, souli­gnait que :

« [AFRICOM] s’est débrouillé pour s’im­mis­cer subrep­ti­ce­ment au sein des diffé­rentes armées d’Afrique. Cela a prin­ci­pa­le­ment été accom­pli à l’aide de parte­na­riats armée-à-armée que le centre de comman­de­ment a établi avec 51 des 55 États d’Afrique. Dans de nombreux cas, ces parte­na­riats impliquent des mili­taires afri­cains cédant le comman­de­ment opéra­tion­nel à AFRICOM ».

D’ailleurs, si c’est le président George W. Bush qui a été respon­sable de la mise en place de l’AFRICOM, c’est Obama qui en a fait une force mili­taire conti­nen­tale au sein de laquelle les forces mili­taires natio­nales ont été assujet­ties. En effet, Obama a réussi à trans­for­mer les nations afri­caines, et parti­cu­liè­re­ment leurs forces armées, en des filiales inté­gra­le­ment possé­dées par le Penta­gone et par le complexe mili­taro-indus­triel des USA. Mais tout va bien, puisqu’O­bama l’a fait avec le sourire et en usant de la crédi­bi­lité d’en­fant « natif » du conti­nent.

De la même manière, Obama est direc­te­ment respon­sable du bain de sang en cours au Sud-Soudan, où il a encou­ragé le sépa­ra­tisme qui mena à la créa­tion de ce pays et la guerre civile prévi­sible qui s’en­sui­vit. Obama déclara en 2011, à propos de l’in­dé­pen­dance formelle du Sud-Soudan : « Aujourd’­hui est un rappel de ce qu’a­près les ténèbres de la guerre, la lumière d’une nouvelle aube est possible. Un fier drapeau vole au-dessus de Juba, et la carte du monde a été redes­si­née ».  Mais Obama a peut-être parlé trop vite, puisque les ténèbres que la guerre durent encore sur ce pays où une « nouvelle aube » semble aussi probable que l’ad­mis­sion par Obama de son erreur.

Et tandis qu’O­bama, comme à son habi­tude, parlait poétique­ment de l’in­dé­pen­dance et de la liberté, la réalité est que son soutien du Sud-Soudan rele­vait plus de l’ob­ten­tion d’un avan­tage géopo­li­tique sur la Chine que d’idéaux supé­rieures.

Le ministre de la défense des USA Robert Gates, le vice-président de l’état-major inter­ar­mées Gen. James Cart­wright, le Comman­dant sortant du Comman­de­ment améri­cain en Afrique Gen. William Ward, et le nouveau comman­dant du Comman­de­ment améri­cain en Afrique Gen. Carter Ham, de gauche à droite, lors de la céré­mo­nie de passa­tion du Comman­de­ment améri­cain en Afrique (AFRICOM), à la mairie de Sindel­fin­gen, près de Stutt­gart, en Alle­magne, où se trouve son QG, le 9 mercredi 9 mars 2011.

De la même façon, Obama a fait usage des capa­ci­tés éten­dues de l’ar­mée US et de la CIA en Afrique afin d’aug­men­ter gran­de­ment la présence du Penta­gone et de Langley en Soma­lie. Comme Jeremy Scahill l’a souli­gné dans The Nation, en décembre 2014 :

« La CIA gère un programme d’en­traî­ne­ment au contre­ter­ro­risme pour des agents des rensei­gne­ments et des opéra­teurs en Soma­lie, visant à établir une force de frappe indi­gène capable de mener des opéra­tions de capture et des opéra­tions de ‘com­bat’ ciblé contre des membres d’Al Shabab, un groupe isla­mique mili­tant lié à Al Qaïda.

Dans le cadre de l’ex­pan­sion de son programme de contre­ter­ro­risme en Soma­lie, la CIA utilise aussi une prison secrète implan­tée dans les sous-sols du siège de l’Agence Natio­nale de Sécu­rité (NSA) de Soma­lie… certains des prison­niers ont été captu­rés dans les rues du Kenya et trans­fé­rés en avion à Moga­dis­cio ».

Il faut souli­gner que les poli­tiques — les crimes contre la paix — expo­sées ici ne repré­sentent qu’une frac­tion des 8 années de la poli­tique d’Obama sur ce conti­nent ; un bilan complet des crimes d’Obama contre l’Afrique néces­si­te­rait une analyse volu­mi­neuse. L’objec­tif, ici, était d’illus­trer le fait que l’homme qui s’est présenté en Afrique comme un ami l’était autant que le bour­reau est celui du condamné.

Si cela avait été prononcé par quelqu’un d’autre que le premier président noir des USA, il y aurait peut-être eu un tollé vis-à-vis du viol et du pillage du conti­nent, de la mili­ta­ri­sa­tion et de la désta­bi­li­sa­tion de l’Afrique. Et pour­tant, au cours des 8 dernières années, nous avons pu obser­ver le silence assour­dis­sant des libé­raux dont les idéaux et les valeurs ne vont pas au-delà de ce que leur loyauté au parti auto­rise.

Glen Ford, direc­teur exécu­tif du Black Agenda Report, l’a magni­fique­ment et préci­sé­ment exprimé en expliquant qu’O­bama ne repré­sen­tait pas un moindre mal, mais le mal « le plus effi­cace ». Et en ce qui concerne l’Afrique, ce fut double­ment vrai. Qui d’autre qu’O­bama aurait pu détruire des nations, alimen­ter le terro­risme, piller des richesses, mili­ta­ri­ser et désta­bi­li­ser ce conti­nent entier tout en affi­chant un sourire hypno­tique ?

Mais pour les Afri­cains, les dents parfaites d’Obama et son sourire toxique dissi­mulent une langue four­chue. Quant à l’hé­ri­tage afri­cain d’Obama, on le retrouve dans les char­niers de Libye, du Nige­ria et d’ailleurs.

Eric Drait­ser


Traduc­tion : Nico­las Casaux

Édition : Fausto Giudice

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