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A propos des médias “indépendants/alternatifs/libres”, de l’écologie d’État et de l’insoumission docile

Basta Mag, Repor­terre, Kaizen, les Coli­bris, Demain le film, Jean-Luc Mélen­chon… : si ceux-là ne sont pas tous direc­te­ment liés, sauf par le progres­sisme poli­tique­ment correct dont ils font montre, aux yeux de beau­coup, ils repré­sentent le poten­tiel de chan­ge­ment en vue d’un monde meilleur. Ceux qui suivent nos publi­ca­tions comprennent sans doute pourquoi nous sommes loin de parta­ger ce point de vue, qui relève des profondes illu­sions et de la confu­sion distil­lées par la société du spec­tacle. Bien que ce sujet soit plutôt secon­daire au vu de la catas­trophe écolo­gique et sociale en cours, il nous paraît néan­moins impor­tant de l’ex­po­ser le plus clai­re­ment possible. Nous ne pensons pas peigner la girafe en lui consa­crant quelques articles, sur les centaines que nous avons publiés.

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Nous partons de la prémisse selon laquelle l’ordre établi est un désastre, autant sociale qu’é­co­lo­gique, et qu’il est néces­saire de le renver­ser. Cet ordre pour­rait être décrit comme une corpo­ra­to­cra­tie — “un conglo­mé­rat de marchés finan­ciers et de corpo­ra­tions, qui domine le monde”, selon la formule de Charles Derber (profes­seur de socio­lo­gie à l’Uni­ver­sité de Boston) — qui “unit les pouvoirs écono­miques, poli­tiques et idéo­lo­giques”.

La culture qui engendre cette corpo­ra­to­cra­tie n’est pas nouvelle, ses racines remontent aux origines de la civi­li­sa­tion. Par souci de conci­sion, nous nous conten­te­rons de rappe­ler que les groupes d’in­té­rêts finan­ciers les plus puis­sants de notre temps régnaient déjà au début du XXème siècle (cf. la famille Rocke­fel­ler et la Stan­dard Oil Company, BP et la Anglo-Persian Oil Company, la Royal Dutch Shell Company, la famille Roth­schild, etc.) ; qu’ils ont façonné, tout au long de son histoire, et qu’ils façonnent encore la société indus­trielle mondia­li­sée que nous connais­sons aujourd’­hui.

Nous parlons donc du renver­se­ment d’un ordre sécu­laire, au mini­mum — Napo­léon Bona­parte créa la Préfec­ture de police de Paris en 1800, la police était alors un instru­ment au service de l’Em­pire français ; aujourd’­hui, elle est l’ins­tru­ment de l’Em­pire corpo­ra­tiste. Ce qui implique de perce­voir pour ce qu’elle est toute la culture qu’il a produite entre temps.

Nous partons de la prémisse selon laquelle cette corpo­ra­to­cra­tie influence ou contrôle tout, des paro­dies de démo­cra­tie™ à la nour­ri­tu­re™ que l’on mange ; de la musique™ radio­dif­fu­sée aux émis­sions télé­vi­sées ; de la pres­se™ grand public aux programmes univer­si­taires ; de la nature des diffé­rents métiers au fait qu’il soit consi­déré comme normal de devoir travailler (cf. l’idéo­lo­gie du travail).

Nous partons égale­ment de la prémisse selon laquelle l’idée de progrès est une mysti­fi­ca­tion consti­tu­tive de la culture domi­nante — la corpo­ra­to­cra­tie. Ainsi que le formule Kirk­pa­trick Sale : “Le progrès est le mythe qui nous assure que ‘en avant toute’ n’a jamais tort. L’éco­lo­gie est la disci­pline qui nous enseigne que c’est un désastre”. Appa­rue lors de la révo­lu­tion scien­ti­fique méca­niste du XVIIème siècle, “l’idée de Progrès” est peu à peu deve­nue la seule philo­so­phie de l’his­toire de la moder­nité. Elle se carac­té­rise par une croyance aveugle et contre toute évidence selon laquelle le concept d’his­toire serait natu­rel, et consis­te­rait en une progres­sion linéaire vers plus d’éga­lité, de justice et de bonheur — à l’aide d’un progrès tech­no­lo­gique, égale­ment linéaire, qui tendrait à amélio­rer indé­fi­ni­ment la condi­tion humaine.

Ceux que la culture offi­cielle n’a pas harna­chés de ses œillères hypno­tiques comprennent que ce progrès est une illu­sion. Les hautes tech­no­lo­gies, pour prendre un exemple, en plus de dépendre de la divi­sion du travail et du savoir, d’une gestion anti­dé­mo­cra­tique des “ressources natu­relles” mondiales, n’ont rien à voir avec le bonheur et tout à voir avec le désastre écolo­gique et social en cours. Des pratiques extrac­ti­vistes haute­ment destruc­trices de l’en­vi­ron­ne­ment à l’alié­na­tion dans le virtuel, de la complexité inhu­maine (qui dépasse l’en­ten­de­ment) de la société indus­trielle aux montagnes de déchets élec­tro­niques toxiques qui polluent la Terre, leur déve­lop­pe­ment implique toutes sortes de terribles nuisances.

Bien sûr, les parti­sans du progrès assu­re­ront que tout ceci peut être réparé grâce à plus de tech­no­lo­gie, et à des amélio­ra­tions tech­niques. Ce refrain sécu­laire a toujours accom­pa­gné et accom­pagne toujours les dégâts engen­drés par le progrès. Des siècles d’amé­lio­ra­tions tech­no­lo­giques plus tard, nous en sommes rendus à aujourd’­hui, où l’on apprend, dans une étude publiée ce lundi 13 février 2017 dans la revue scien­ti­fique Nature Ecology & Evolu­tion, que “l’un des habi­tats les plus inac­ces­sibles au monde […], les fosses marines, sont parmi les lieux les plus conta­mi­nés au monde par les polluants orga­niques persis­tants” ; où l’on a appris, l’an dernier, dans une autre étude, que “les humains ont produit assez de plas­tique depuis la Seconde Guerre mondiale pour recou­vrir toute la Terre de film alimen­taire” ; et dans une autre étude encore que “la produc­tion mondiale de maté­riaux plas­tiques a été multi­pliée par 20 au cours des dernières 50 années, dépas­sant 300 millions de tonnes en 2015. La demande croit expo­nen­tiel­le­ment et la produc­tion devrait quadru­pler d’ici 2050 et “qu’en consé­quence, 275 millions de tonnes de déchets plas­tiques ont été géné­rées par les pays côtiers du monde, dont entre 4.7 et 12.7 millions de tonnes finissent dans les océans, un scéna­rio censé augmen­ter de l’ordre d’une magni­tude d’ici 2025” — cette dernière étude nous révé­lait égale­ment que “les ‘plas­tiques biodé­gra­da­bles’ ne se dégradent pas d’eux-mêmes dans des condi­tions natu­relles, et ne repré­sentent donc à priori pas une solu­tion pour la réduc­tion des déchets marins”.

Aujourd’­hui où les “ressources” de la planète, renou­ve­lables comme non-renou­ve­lables, sont impi­toya­ble­ment surex­ploi­tées ; où les forêts du monde, dont il n’en reste­rait que deux, sont dans un état cala­mi­teux (les vraies forêts, pas les plan­ta­tions ou mono­cul­tures modernes), et qui ne cesse d’em­pi­rer. Où la plupart des écosys­tèmes origi­nels ont été modi­fiés (détruits, ou détraqués), d’une façon ou d’une autre (25% des fleuves n’at­teignent plus l’océan ; depuis moins de 60 ans, 90% des grands pois­sons, 70% des oiseaux marins et, plus géné­ra­le­ment, 52% des animaux sauvages, ont disparu ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’ani­maux marins, dans l’en­semble, a été divisé par deux). Où les scien­ti­fiques estiment que nous vivons la sixième extinc­tion de masse sachant que les déclins en popu­la­tions animales et végé­tales ne datent pas d’hier, et qu’une dimi­nu­tion par rapport à il y a 60 ou 70 ans masque en réalité des pertes bien pires encore, cf. l’amné­sie écolo­gique. Où on estime que d’ici 2048 les océans n’abri­te­ront plus aucun pois­son. Où d’autres projec­tions estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans. Où on estime égale­ment que d’ici à 2050, la quasi-tota­lité des oiseaux marins auront ingéré du plas­tique. Où tous les biomes de la planète ont été conta­mi­nés par diffé­rents produits chimiques toxiques de synthèse (cf. l’em­poi­son­ne­ment univer­sel que décrit Fabrice Nico­lino). Où l’air que nous respi­rons est désor­mais classé cancé­ri­gène par l’OMS. Où les espèces animales et végé­tales dispa­raissent (sont tuées) au rythme de 200 par jour (esti­ma­tion de l’ONU). Et où les dérè­gle­ments clima­tiques auxquels la planète est d’ores et déjà condam­née promettent d’ef­froyables consé­quences.

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L’illu­sion la plus cruciale et la plus média­ti­sée du progres­sisme de notre temps est évidem­ment le mythe des éner­gies renou­ve­lables censées four­nir une nouvelle source d’éner­gie propre-verte-et-durable à injec­ter dans le réseau mondial de la société indus­trielle, dont toutes les indus­tries sont par ailleurs polluantes, mais qui n’in­siste pas là-dessus, étran­ge­ment que nous analy­sons dans un récent article : L’éco­lo­gie™ du spec­tacle et ses illu­sions vertes (espoir, “progrès” & éner­gies “renou­ve­lables”).

Dans une des nombreuses traduc­tions publiées sur notre site, inti­tu­lée “Notre manie d’es­pé­rer est une malé­dic­tion”, Chris Hedges écrit, à propos de l’idéo­lo­gie du progrès, que :

“La croyance naïve selon laquelle l’his­toire est linéaire, et le progrès tech­nique toujours accom­pa­gné d’un progrès moral, est une forme d’aveu­gle­ment collec­tif. Cette croyance compro­met notre capa­cité d’ac­tion radi­cale et nous berce d’une illu­sion de sécu­rité. Ceux qui s’ac­crochent au mythe du progrès humain, qui pensent que le monde se dirige inévi­ta­ble­ment vers un état mora­le­ment et maté­riel­le­ment supé­rieur, sont les captifs du pouvoir. Seuls ceux qui acceptent la possi­bi­lité tout à fait réelle d’une dysto­pie, de la montée impi­toyable d’un tota­li­ta­risme insti­tu­tion­nel, renforcé par le plus terri­fiant des dispo­si­tifs de sécu­rité et de surveillance de l’his­toire de l’hu­ma­nité, sont suscep­tibles d’ef­fec­tuer les sacri­fices néces­saires à la révolte.

L’as­pi­ra­tion au posi­ti­visme, omni­pré­sente dans notre culture capi­ta­liste, ignore la nature humaine et son histoire. Cepen­dant, tenter de s’y oppo­ser, énon­cer l’évi­dence, à savoir que les choses empirent, et empi­re­ront peut-être bien plus encore prochai­ne­ment, c’est se voir exclure du cercle de la pensée magique qui carac­té­rise la culture états-unienne et la grande majo­rité de la culture occi­den­tale. La gauche est tout aussi infec­tée par cette manie d’es­pé­rer que la droite. Cette manie obscur­cit la réalité, au moment même où le capi­ta­lisme mondial se désin­tègre, et avec lui l’en­semble des écosys­tèmes, nous condam­nant poten­tiel­le­ment tous.

Le théo­ri­cien du XIXe siècle Louis-Auguste Blanqui, contrai­re­ment à presque tous ses contem­po­rains, écarta la croyance, chère à Karl Marx, selon laquelle l’his­toire est une progres­sion linéaire vers l’éga­lité et une meilleure mora­lité. Il nous avait averti du fait que ce posi­ti­visme absurde était un mensonge colporté par les oppres­seurs : “Toutes les atro­ci­tés du vainqueur, la longue série de ses atten­tats sont froi­de­ment trans­for­mées en évolu­tion régu­lière, inéluc­table, comme celle de la nature.[….] Mais l’en­gre­nage des choses humaines n’est point fatal comme celui de l’uni­vers. Il est modi­fiable à toute minute”. Il avait pres­senti que les avan­cées scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, plutôt que d’être les présages du progrès, pouvaient être “une arme terrible entre les mains du Capi­tal contre le Travail et la Pensée”. Et à une époque où bien peu le faisaient, il dénonçait le saccage du monde natu­rel. “La hache abat, personne ne replante. On se soucie peu que l’ave­nir ait la fièvre”.”

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Qui dit renver­se­ment dit subver­sion : Qui est de nature à trou­bler ou à renver­ser l’ordre social ou poli­tique”.

Alors en quoi des médias comme Basta Mag et Repor­terre qui font bien souvent l’apo­lo­gie d’un simple verdis­se­ment de la société indus­trielle, qui encou­ragent le déve­lop­pe­ment des illu­sions vertes (même s’il est arrivé à Repor­terre d’en émettre une timide critique, ce qui n’est pas sans expo­ser une certaine inco­hé­rence au niveau de l’ana­lyse) ; qui se présentent comme “indé­pen­dants” bien qu’ils soient, entre autres, partiel­le­ment finan­cés par la “réserve parle­men­taire” seraient-ils subver­sifs ?

Repor­terre qui a récem­ment relayé un article du maga­zine Kaizen (fondé, entre autres, par Cyril Dion, co-fonda­teur du Mouve­ment Coli­bris, et “inspiré par la philo­so­phie de Pierre Rabhi”) inti­tulé “Petit manuel des bonnes pratiques écolos sur Inter­net”, qui va jusqu’à nous expliquer que pour adop­ter un compor­te­ment modèle, il faut “Faire le choix d’une police [de carac­tères] écolo”, et “Opter pour une signa­ture sobre”. Repor­terre (“le quoti­dien de l’éco­lo­gie”) qui vient égale­ment de publier un article inti­tulé “Au Bhou­tan, le bonheur brut est serein malgré les nuages”, chan­tant les louanges de ce petit pays qui aurait “un bilan carbone néga­tif”, sans mention­ner une seule fois les nombreux barrages (qui lui servent à s’ali­men­ter en hydro­élec­tri­cité “verte” et à gagner de l’argent en en vendant une bonne partie à l’Inde) et leurs consé­quences écolo­giques désas­treuses (ce qui est le lot de tous les barrages), à propos desquels Yeshei Dorji, photo­graphe et blogueur, nous rapporte, dans un article publié sur le site de Global Voices, que :

“La plupart de nos rivières, foison­nantes de vie, sont empri­son­nées dans des barrages qui déplacent humains et animaux ainsi que des formes de vie aqua­tiques rares et même incon­nues.

Certains barrages plani­fiés et en construc­tion sont desti­nés à créer d’énormes rete­nues d’eau qui modi­fie­ront les condi­tions météo­ro­lo­giques et cause­ront des trem­ble­ments de terre, parce qu’ils sont situés dans des zones sismique­ment actives.

Il y a un danger clair et présent qu’un désastre envi­ron­ne­men­tal se produise à un moment.

Des condi­tions d’exé­cu­tion défa­vo­rables et inéqui­tables des projets ont causé la faillite de nombreuses entre­prises bhou­ta­naises. Même la vente de légumes a été usur­pée par les sous-trai­tants indiens, ce qui prive les Bhou­ta­nais de monter leurs petites entre­prises.

Des centaines d’en­fants nés hors mariage de mères bhou­ta­naises mais de pères indiens, ouvriers sur les centrales, vaga­bondent dans les rues, sans inscrip­tion a l’état civil et sans droit à l’édu­ca­tion. Comme nos lois sexistes ne recon­naissent pas les mères bhou­ta­naises comme des citoyennes dignes de ce nom, leurs enfants ne sont pas recon­nus comme des citoyens natu­rels du Bhou­tan”.

Repor­terre qui publie pour la Saint-Valen­tin un article encou­ra­geant ses lecteurs à ache­ter des fleurs bio™, plutôt que des fleurs indus­trielles. Une très bonne illus­tra­tion du cosmé­tisme la foi en ce que des ajus­te­ments rela­ti­ve­ment super­fi­ciels de nos acti­vi­tés vont assu­rer la main­te­nance du Nouveau Monde et perpé­tuer l’âge de l’exu­bé­rance” dont parle William Catton. La publi­ca­tion de cet article expose bien le côté gestion des nuisances plutôt que suppres­sion des problèmes dont relève leur ligne édito­riale. Au lieu de dire clai­re­ment que la Saint-Valen­tin est une escroque­rie qui pousse à la consom­ma­tion, ils conseillent d’ache­ter des fleurs bio. Nous n’avons pas besoin d’une indus­trie florale biolo­gique, nous n’avons pas besoin d’une indus­trie florale tout court. Le bio en tant que label inventé par et pour la société indus­trielle n’est d’au­cune aide dans la lutte contre la corpo­ra­to­cra­tie ; il ne corres­pond pas du tout à des pratiques réel­le­ment respec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment.

Repor­terre qui, en cette période élec­to­rale, couvre l’éco­lo­gie poli­ti­cienne du parti “vert” (EELV), du parti socia­liste, et de Jean-Luc Mélen­chon, comme si la poli­tique insti­tu­tion­nelle avait d’autres objec­tifs que de faire diver­sion et de désa­mor­cer des colères légi­times et utiles. Comme si les insti­tu­tions créées par et pour la corpo­ra­to­cra­tie pouvaient faire autre chose que ce pour quoi elles furent conçues.

Ce qui nous amène à l’illu­sion du réfor­misme, et à la meilleure illus­tra­tion de son absur­dité et de son échec : le déve­lop­pe­ment durable. Il s’agit de la préten­tion, vieille de plus de 40 ans, selon laquelle tout le système indus­triel pour­rait être rendu écolo­gique (dans le sens de  respec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment) à l’aide d’amé­lio­ra­tions tech­no­lo­giques ou tech­niques. Des millions d’am­poules basse consom­ma­tion et de sacs en bioplas­tique après, nous pouvons consta­ter ce qui était couru d’avance, à savoir que rien n’a changé, que tout a empiré, et que tout empire.

Conduire une prius, ache­ter bio, équi­table ou respon­sable n’amé­liore pas l’état écolo­gique du monde, au contraire. Cela ne fait que donner bonne conscience.

Il suffit d’y réflé­chir quelques instants pour comprendre. Toutes les indus­tries sont haute­ment destruc­trices. L’in­dus­trie de la pêche ? Une catas­trophe. L’in­dus­trie de la high-tech ? Un désastre (d’Ag­bog­blo­shie, dans la banlieue d’Ac­cra, au Ghana, à la colline fumeuse de Manilles, aux Philip­pines, en passant par Guyiu en Chine, on en sait quelque chose). L’in­dus­trie du textile ? Même chose. L’in­dus­trie de l’au­to­mo­bile ? L’in­dus­trie de l’ar­me­ment ? Pour­riez-vous citer une seule indus­trie qui ne soit pas une cala­mité écolo­gique ?

Évidem­ment, certains socia­listes ou commu­nistes de souche, qui ne perçoivent pas que capi­ta­lisme, socia­lisme et commu­nisme sont “les enfants de la civi­li­sa­tion”, imaginent, à l’aide d’une bonne dose de pensée magique, que des mines socia­listes seraient écolo­giques, qu’une indus­trie de la pêche socia­liste serait respec­tueuse des pois­sons, qu’il pour­rait y avoir un bon extrac­ti­visme, que la fumée des usines commu­nistes ne serait pas mauvaise, et que la pollu­tion socia­liste serait sûre­ment moins toxique que la pollu­tion capi­ta­liste.

Ce qui explique peut-être pourquoi Jean-Luc Mélen­chon a autant de succès.

Lorsque l’on constate à quel point il embrasse le mythe du progrès, et les hautes tech­no­lo­gies (cf. son récent double discours avec un “holo­gramme”), on comprend qu’il n’est lui aussi qu’une distrac­tion de plus. Comme pour beau­coup de poli­ti­ciens, ses meetings présentent un carac­tère messia­nique non négli­geable, comme lorsqu’A­lexis Corbière, porte-parole de la “France insou­mise” (mais appa­rem­ment soumise au progres­sisme et au tech­no­lo­gisme), intro­duit le discours de Mélen­chon du 5 février 2017 en expliquant (plus ou moins) humo­ris­tique­ment que Le monde est entré dans un nouveau millé­naire” et qu’il est venu le temps des holo­grammes”.

Durant ce discours, il se moque ensuite des “pisses-bougons” (ça, c’est nous, entre autres) qui trouvent que son holo­gramme fait “trop show­bizz”, et justi­fie cela parce qu’il faut, selon lui “s’ap­puyer sur des tech­niques de notre temps, qui fassent rêver, qui fassent sourire”. Une belle apolo­gie de la société du spec­tacle, et une descrip­tion très juste d’une des prin­ci­pales méthodes de contrôle social employées par la corpo­ra­to­cra­tie : faire rêver, pendant que le monde brûle. Il arti­cule égale­ment quelques tirades biscor­nues et pro-déve­lop­pe­ment comme : “Et puis c’est le défi d’un partage des richesses abso­lu­ment inouï, qui est non seule­ment scan­da­leux mora­le­ment, pour nous autres qui sont du camp de l’éman­ci­pa­tion humaine, mais qui est une entrave à tout déve­lop­pe­ment coor­donné de la planète et des êtres humains qui y pullulent” ; et de nombreuses harangues en forme de décla­ra­tions d’amour à la France (des droits de l’homme, de l’école ce merveilleux outil d’ac­cul­tu­ra­tion et de propa­gande d’abord monar­chiste, puis impé­ria­liste, et enfin étatiste  laïque, et d’autres poncifs qui sont autant de mensonges grotesques, qui passent sous silence la France impé­ria­liste, colo­niale et néoco­lo­niale, une sorte de révi­sion­nisme histo­rique posi­ti­viste qui ne garde que les préten­tions les plus insi­dieuses). Quelle subver­sion ?

Mélen­chon qui fait l’apo­lo­gie de l’in­dus­trie du jeu vidéo (“Il faut que cela devienne une indus­trie de pointe de la patrie”), et de cette catas­trophe program­mée qu’est l’école numé­rique (“Il faut que nos jeunes à l’école apprennent le voca­bu­laire de la tech­nique du numé­rique comme on a appris la gram­maire hier, parce que c’est la langue de demain. Il faut qu’ils apprennent les tech­niques qui permettent au numé­rique de fonc­tion­ner”.), ce qui est crimi­nel au vu des ravages de l’in­dus­tria­lisme, des impacts des nouvelles et des hautes tech­no­lo­gies, tant écolo­giques que psycho­lo­giques.

Mélen­chon qui célèbre égale­ment la conquête spatiale (“Si nous voulons conti­nuer à occu­per les orbites basses autour de la Terre…”), qui n’est que pollu­tion de l’es­pace et désastre écolo­gique.

Soumis à l’iner­tie de son époque et à la puis­sance irré­sis­tible de la culture tech­no­lo­gique, des forces qui animent la civi­li­sa­tion indus­trielle et saccagent le monde, son plai­doyer est une célé­bra­tion de tout ce que la Science a de plus irré­flé­chie et de plus dange­reux. La ques­tion de Carlos Ruiz Rafon, “enfin de compte, quel est le sens d’une science capable d’en­voyer un homme sur la lune, mais inca­pable de mettre un morceau de pain sur la table de chaque être humain ?”, plus que jamais d’ac­tua­lité, demeure indis­cu­tée.

Mélen­chon qui s’adresse, tout au long de sa présen­ta­tion fanto­ma­tique, à l’hu­bris et à l’or­gueil toxiques de ceux qu’une culture supré­ma­ciste a formés, jusqu’à s’ex­cla­mer que : “Nous sommes le deuxième terri­toire mari­time du monde. Est-ce que ça n’est pas extra­or­di­naire ?” ou encore : “Est-ce que vous savez que vous être le 2e peuple au monde pour ce qui est de la contri­bu­tion indi­vi­duelle pat vos impôts à l’éco­no­mie de l’es­pace ? C’est vous, les français” (quelle fierté, n’est-ce pas ?!).

Mélen­chon qui, dans son discours, encense la marche de l’his­toire et toutes les illu­sions les plus conven­tion­nelles de la société du spec­tacle, sur lesquelles s’ap­puie l’idée de progrès  cette “erreur fort à la mode”, ce “fanal obscur” qui a “fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne”, ainsi que le formu­lait déjà Charles Baude­laire en son temps. L’édu­ca­tion natio­nale est glori­fiée (“le savoir est un inves­tis­se­ment”), ainsi que les proces­sus d’em­bri­ga­de­ment systé­ma­tique dont parlait Lewis Mumford, qui sont l’es­sence du tota­li­ta­risme de la civi­li­sa­tion (“eh bien moi, je vous propose de recom­men­cer le système du pré-recru­te­ment, nous pré-recru­te­rons des jeunes à 16/17 ans, nous leur verse­rons un salaire, et ils devront 10 ans de service à la patrie dans les écoles qui leur seront dési­gnées ensuite”), dont la fina­lité est une terrible stan­dar­di­sa­tion, elle aussi glori­fiée (“alors ils auront la même couleur et la même allure que le peuple tout entier”).

Mélen­chon, ce chantre du progrès, qui en est encore à procla­mer qu’il “n’y a pas d’autre limite que notre capa­cité à inves­tir, à inven­ter, à instal­ler des machines”, est un “con de tech­no­crate” ordi­naire, comme aurait dit Pierre Four­nier, qui nous promet, comme tous “ces cons de tech­no­crates”, un “para­dis concen­tra­tion­naire qui […] ne verra jamais le jour parce que leur igno­rance et leur mépris des contin­gences biolo­giques le tueront dans l’œuf. La seule vraie ques­tion qui se pose n’est pas de savoir s’il sera suppor­table une fois né mais si, oui ou non, son avor­te­ment provoquera notre mort”.

Mélen­chon qui nous a d’ailleurs grati­fié d’une belle rhéto­rique de la pomme pour­rie après l’af­faire Théo (du nom du jeune qui s’est fait violer par des poli­ciers), en affir­mant qu’il était pour “purger la police de ses éléments malsains”, se disant “persuadé que la masse des poli­ciers répu­bli­cains est révul­sée par ce type de pratiques”. Et qui a aussi affirmé que “la police française a un fonde­ment répu­bli­cain très profond” (encore une fois, la police a un fonde­ment féodal, monar­chique, impé­riale, ou dicta­to­riale, et aujourd’­hui corpo­ra­tiste ; elle a un fonde­ment répu­bli­cain dans la mesure où répu­blique n’est pas néces­sai­re­ment syno­nyme de démo­cra­tie). Ceux qui souhaitent lutter contre l’ordre établi ne doivent pas se leur­rer quant au rôle de la police, qui est loin d’être un mystère. La police est une insti­tu­tion d’État, qui défend l’ordre établi et ses lois. Le système judi­ciaire tout entier protège les privi­lèges des riches et des puis­sants. L’obéis­sance aux lois n’im­plique pas la mora­lité — cela peut d’ailleurs impliquer l’im­mo­ra­lité. Le rôle de la police est et a toujours été de servir les inté­rêts de la classe domi­nante.

Nous avons demandé à Fausto Giudice ce qu’il pensait de Jean-Luc Mélen­chon :

“Même en se dédou­blant, Mélen­chon reste ce qu’il est : un homme du passé. Et le spec­tacle qu’il a offert le 5 février dernier était bien celui d’un fantôme (impro­pre­ment quali­fié d’ho­lo­gramme) à deux dimen­sions. Ce n’est pas seule­ment la rhéto­rique de Méluche qui appar­tient au passé (celui de la IIIème Répu­blique), mais les notions qu’ex­priment ses mots : “la France”, “la patrie”, “l’État”, le “déve­lop­pe­ment” [pour ceux qui ne comprennent pas en quoi la notion de déve­lop­pe­ment pose problème, c’est par ici, NdA] et le reste à l’ave­nant. Bref, Méluche a tout faux : quand la seule posi­tion possible est l’ho­ri­zon­ta­lité, il est verti­cal, quand la seule option viable est la décrois­sance, il est pour la crois­sance, quand le seul terrain de lutte possible est le monde, il nous parle de “patrie”. Il a sa place au Musée de cire de Madame Tussaud. Après avoir vu sa pres­ta­tion dédou­blée du 5 février, je me suis dit que Méluche n’est qu’un bolcho-patrio­tard produc­ti­viste, marké­tisé par un Young Team qui fume trop de moquette bio. La ques­tion qui se pose est donc : est-ce que Super-Popeye va mettre du Bon Beurre Bio dans nos Zépi­nards géné­tique­ment modi­fiés ?“.

Ne perdons pas plus de temps à commen­ter l’illu­mi­na­tion d’un adepte parmi tant d’autres de la reli­gion du progrès. La France des insou­mis est tota­le­ment soumise au mythe du progrès, à l’éta­tisme, et à la majeure partie des alié­na­tions civi­li­sées. Une autre remarque que nous aurions pu formu­ler à propos de Mélen­chon l’a été par René Riesel et Jaime Semprun, origi­nel­le­ment à propos du travail d’Hervé Kempf (fonda­teur de Repor­terre) :

Sa tenta­tive critique omet exem­plai­re­ment d’ana­ly­ser ou de seule­ment mention­ner la compo­sante la plus massive et certai­ne­ment la plus appa­rente des “rapports actuels de domi­na­tion”, celle qu’un ving­tième siècle écrasé par les “tota­li­ta­rismes de tran­si­tion”, selon la formule de Mumford, a léguée au suivant : la bureau­cra­tie.

Nous aurions effec­ti­ve­ment pu nous conten­ter de souli­gner que Mélen­chon est un parti­san “d’un état fort” tandis que notre analyse poli­tique est proche de celles de beau­coup d’anar­chistes, et d’anti-indus­triels comme Jaime Semprun, qui compre­nait que :

“Les gémis­se­ments écolo­gistes de cette époque ne sont que des sophismes. Deman­der à l’État aide et protec­tion revient à admettre par avance toutes les avanies que cet État jugera néces­saire d’in­fli­ger, et une telle dépos­ses­sion est déjà la nuisance majeure, celle qui fait tolé­rer toutes les autres”.

Cette écolo­gie d’État, on la retrouve dans le film docu­men­taire “Demain”, réalisé par une star du cinéma inter­na­tio­nal (Méla­nie Laurent) et par une figure de proue de l’écolo­gie™ en France (celle qui est média­ti­sée), Cyril Dion (co-fonda­teur des Coli­bris). En plus d’avoir obtenu près de 440 000€ de finan­ce­ment parti­ci­pa­tif (crowd­fun­ding), ce film a été financé par Akuo Energy, le premier produc­teur indé­pen­dant français d’éner­gie renou­ve­lable, par l’AFD (l’Agence Française du Déve­lop­pe­ment, qui comme son nom l’in­dique promeut le déve­lop­pe­ment d’un peu tout, qui bétonne l’Afrique en y finançant la construc­tion des infra­struc­tures néces­saires au déploie­ment de la société de consom­ma­tion indus­trielle, etc.), et par Bjorg Bonne­terre et Compa­gnie (un groupe agroa­li­men­taire français spécia­lisé dans la prépa­ra­tion de produits biolo­giques, filiale du groupe Royal Wessa­nen, une multi­na­tio­nale dénon­cée par Domi­nique Guillet de Koko­pelli). Souli­gnons égale­ment qu’il a été copro­duit en parte­na­riat avec France Télé­vi­sions. Quelle subver­sion ?

Ce que tout cela nous indique devrait être clair, mais parce que l’époque tend à la confu­sion, préci­sons : ce film a été subven­tionné par une entre­prise du secteur des soi-disant “renou­ve­lables”, par une insti­tu­tion finan­cière qui met en œuvre la poli­tique défi­nie par le gouver­ne­ment français, par l’in­dus­trie de l’agroa­li­men­taire, et par la télé­vi­sion publique. S’il a été financé par un orga­nisme comme l’AFD, c’est bien parce qu’il n’est qu’une vitrine de promo­tion du déve­lop­pe­ment durable et de ses illu­sions vertes. Et s’il y a bien une illu­sion dont il faut que les milieux acti­vistes se libèrent, c’est la croyance selon laquelle la révo­lu­tion sera subven­tion­née et/ou télé­vi­sée.

Par contre, les discours pseudo-poétiques creux qui ne disent rien et le disent mal sont appré­ciés, subven­tion­nés et même diffu­sés dans le plus pres­ti­gieux jour­nal de France, le quoti­dien Le Monde, appar­te­nant au trio capi­ta­liste Bergé-Niel-Pigasse, comme le prouve la publi­ca­tion de ce boni­ment de Cyril Dion (qui oscille entre angé­lisme, hypo­cri­sie et stupi­dité). On peut y lire de belles promesses d’un avenir qui pour­rait être superbe si seule­ment nos diri­geants accep­taient de mettre en place une “écono­mie symbio­tique” qui consiste en un indus­tria­lisme vert, comme vous pouvez le voir ici, et qui s’ins­crit dans l’oxy­more du déve­lop­pe­ment durable. On y trouve égale­ment la confu­sion d’un discours qui essaie de plaire à tout le monde, ne désigne aucun ennemi, aucune cause aux problèmes qu’il énonce, qui parle de “renon­cer au servage du travail moderne, à un certain confor­misme” puis enchaine sur une rhéto­rique de la créa­tion d’em­ploi : “Selon les calculs que nous avons faits pour le film ‘Demain’, nous pour­rions, au bas mot, créer 1,5 million d’em­plois” ; et où l’on trouve aussi “toutes les fausses pistes habi­tuelles (régle­men­ter, taxer, compen­ser, redis­tri­buer, banque éthique…) pour éviter de parler de l’asy­mé­trie racine entre ceux qui créent la monnaie sans rien foutre, et ceux qui creusent”, ainsi que l’ex­prime un ami écono­miste.

Dans un discours de 2004 à propos de l’ONG-isation de la résis­tance, l’au­teure et mili­tante indienne Arund­hati Roy expo­sait en quoi les méca­nismes de finan­ce­ment expliquaient (et impliquaient) l’inef­fi­ca­cité des grandes ONG, et leur inap­ti­tude à engen­drer un véri­table chan­ge­ment. Elle termi­nait en rappe­lant une dure réalité : “La vraie résis­tance a de vrais coûts. Et aucun salaire.”

***

Non, la subver­sion, nous la perce­vons diffi­ci­le­ment chez ces médias — Basta Mag et Repor­terre  qui se proclament “libres”, “indé­pen­dants” ou “alter­na­tifs”, mais qui sont en partie finan­cés par la réserve parle­men­taire, par le minis­tère de la Culture, par la région Ile-de-France, et par le minis­tère de l’Éco­lo­gie (en ce qui concerne Repor­terre). Et dont les publi­ca­tions s’ins­crivent le plus souvent (à quelques excep­tions près) dans une poli­tique presque aussi confor­miste que celle des grands médias, qui consiste à présen­ter les voies insti­tu­tion­nelles comme légi­times, et à même de faire adve­nir un véri­table chan­ge­ment, ainsi qu’à encou­ra­ger le déve­lop­pe­ment durable parfois sous d’autres appel­la­tions.

Nous ne la voyons certai­ne­ment pas chez ces éco-célé­bri­tés qui cherchent à faire bonne figure dans les grands médias et auprès des auto­ri­tés, dont le travail consiste égale­ment à promou­voir les illu­sions vertes du déve­lop­pe­ment durable, et fina­le­ment à encou­ra­ger la conti­nua­tion de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Nous la voyons chez ceux qui osent remettre en ques­tion les mensonges actuels et histo­riques de la culture domi­nante ; ceux qui, comme Howard Zinn comprennent que “réin­ter­ro­ger notre histoire, ce n’est pas seule­ment se pencher sur le passé, mais aussi s’in­té­res­ser au présent et tenter de l’en­vi­sa­ger du point de vue de ceux qui ont été délais­sés par les bien­faits de la soi-disant civi­li­sa­tion”.

Nous la voyons chez de rares jour­na­listes comme John Pilger et Cory Morning­star.

Nous la voyons dans les ZAD, et chez certains groupes peu média­ti­sés comme le collec­tif greno­blois Pièces et Main d’Oeuvre (PMO), l’as­so­cia­tion Tech­no­lo­gos, et le courant anti-indus­triel plus géné­ra­le­ment, qui main­tiennent en vie une critique sociale digne de ce nom, et avec elle des pistes pour parve­nir à des socié­tés démo­cra­tiques et écolo­giques.

Nous la voyons dans certains actes de sabo­tage, dans certains actes de révolte, à l’ins­tar du black bloc, qui n’a rien à voir avec le caillas­sage barbare et insensé que les médias dépeignent. Dans certains ouvrages artis­tiques, dans le rap comme dans la pein­ture.

Nous la voyons dans des actes du quoti­dien qui n’obéissent pas aux diktats de la culture marchande, patriar­cale et supré­ma­ciste. Chez ces indi­vi­dus qui, à leur manière et avec leurs moyens, parti­cipent à une sorte d’al­pha­bé­ti­sa­tion mili­tante — à l’ins­tar des confé­rences gesti­cu­lées de la SCOP Le Pavé —, conçue comme un moyen de lutter contre l’op­pres­sion, et contre la colo­ni­sa­tion.

Collec­tif Le Partage

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6 Comments on "A propos des médias “indépendants/alternatifs/libres”, de l’écologie d’État et de l’insoumission docile"

  1. Quelle analyse foisonnante, percutante et d’une justesse remarquable. Je pense que JLM est un de ces Jacobins bien plus proche de Robespierre que de Roux et Varlet et des sections communales. Et pour conserver le pouvoir et les privilèges des fonctions d’État, JLM écrasera encore les sections, du moins il essaiera. Et comme l’avait analysé Pierre Kropotkine La grande révolution française 1789-93 : (Kropotkine 1909) : Les revendications sociales et l’esprit de commune, l’écrasement des sections populaires… Que j’ai intégré, avec ma propre analyse, dans ce billet de blog ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/08/des-clics-pour-le-declic/ J’avoue, découvrir les liens de Reporterre, ici. Je les ai mis en lien ici, car il avait relayé la contestation contre le DAPL alors que Trump prétendait que personne ne s’en plaignait ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/14/les-nations-primordiales-damerique-ne-sont-pas-des-immigrants/ Alors, j’avoue avoir une vision proche de celle de Landauer et dite “anarcho-indigéniste”. Loin donc du bruit et de la fureur du monde. Votre analyse sur l’avènement du Numérique est très juste et d’ailleurs, le rejoint celle faite par Zénon dans son dernier texte, Tangente : sortir du piège de la toile d’araignée mondiale, que vous pouvez retrouver dans la page de mon tout petit blog ; Les Chroniques de Zénon. Cependant, je ne crois pas que les Français prêts à stopper le bouzin et à boycotter la présidentielle… Qu’importe, nous ne mesurons pas combien la résistance est enclenchée. Voyez que même le mouvement Zapatiste envisage de présenter une femme indigène participer à la Présidentielle de 2018… Nous avons du chemin à faire. Mais beaucoup avons déjà pris la tangente. JBL1960

  2. Encore un très bon article, merci.

    « les partisans du progrès assureront que tout ceci peut être réparé grâce à plus de technologie, et à des améliorations techniques. »

    Les médias mentent constamment et plus ils sont puissants, plus ils publient, plus ils mentent.
    Par exemple le cas des purificateurs d’air, pour avoir un air pur on produit des purificateurs qui pour être développés, construits, produits, jetés… vont générer plus de pollution que l’air qu’il vont dépolluer.
    Si cette exemple est compréhensible elle s’applique à un bon nombre de choses moins évidentes à discerner au premier abord comme par exemple les véhicules électriques, les panneaux solaires, le végétarisme…la majorité des gens s’attarde à la dernière étape d’un processus pour se forger une opinion, de cette étape, pour eux il n’y a n’y d’avant, n’y d’après, ainsi la voiture électrique ne pollue pas, le végétarisme ne fait pas de mal aux animaux et l’on nourrit plus de monde moins cher, en santé avec des céréales (3 affirmations complètementement fausses) et la dépollution répare et améliore l’environnement (c’est du delire mais ça passe) etc etc ce n’est pas avec ce genre de discours que le peuple avale allègrement et qui devient vérité qu’on va sauver quoique ce soit.

    Le progrès à notre échelle détruit la planete, il y a ceux qui l’ont compris, ceux qui ne le comprennent pas et ceux qui ne veulent pas le savoir et ces derniers forment certainement le groupe le plus dangereux car ils sont souvent puissants et bien informé sur la réelle situation, leurs opinions est simple, jouir des ressources et après moi le déluge.

    Celui qui n’est pas frugale est un irresponsable en plus de n’être pas crédible (profit, consommation, développement… c’est polluer), des médias comme http://partage-le.com/ doivent donc ne pas se développer excessivement, ne doivent pas trop publier pour rester crédible, c’est une arme à double tranchant mais une condition pour éviter les dérives qui arrive inévitablement avec la croissance d’une compagnie.

    • Je partage l’admiration pour cet article qui nous ouvre les yeux sur les manipulations des opinions par des médias distribuant de la bonne conscience.
      Par contre je me permets de réagir à votre commentaire Gus lorsque vous affirmez concernant le végétarisme qu’il est basé sur de fausses idées. D’abord le végétarisme est une pratique qui peut avoir plusieurs motivations selon les personnes. Mais je vais reprendre vos contre-arguments :

      1. le végétarisme ne fait pas de mal aux animaux
      Oui c’est un fait, et vous ne pouvez pas le nier, les animaux éprouvent autant de souffrance que nous, cela a été prouvé par toutes les recherches sur le sujet. Donc tuer moins d’animaux implique forcément moins de souffrances. La mort heureuse n’existe pas. L’humanité a exploité les animaux pendant des dizaines de milliers d’années, il se peut même que cette consommation animale ait participé à l’évolution des hominidés. Mais nous savons que nous pouvons désormais se passer de l’alimentation animale avec quelques précautions. Alors il est peut être temps de les en remercier et laisser vivre en paix sur cette terre qui leur appartient autant qu’elle nous appartient.

      2. on nourrit plus de monde moins cher,
      Certains végétariens utilisent cet argument maladroitement. Il est sûr que si tout le monde devient végétarien sous un régime capitaliste cela ne changera rien au problème. On sait tous qu’on peut déjà nourrir toute l’humanité avec ce que nous produisons. Mais vu la croissance démographique, la croissance de consommation de viande, la pollution que cela engendre, il nous faudra bientôt 3 planètes pour supporter ce rythme. Mais comme le dit l’article, on n’est pas de ceux qui souhaitent coloniser d’autres planètes alors qu’on n’arrive même pas à s’occuper correctement de la notre.

      3. en santé avec des céréales
      Ceci est très réducteur et méprisant pour les centaines de millions d’humain qui n’ont pas autre chose dont riz et le blé constitue l’aliment de base. Certes cela ne suffit pas pour etre en bonne santé mais dans toutes les cultures du monde il y a foison de plats végétariens qui suffisent à être en bonne santé. En occident on peut largement se passer de viande et les substituer par des protéines végétales. Il est évident toutefois qu’on ne peut pas demander cet effort à des population qui survivent et n’ont pas les moyens ni le luxe de choisir ce qu’elle peuvent mettre sur l’assiette.

      J’espère ne pas passer pour un végétarien “extrémiste”, j’essaie juste de rectifier la remarque que vous avez faite sur le sujet.

  3. Un article de salubrité publique de la part du site Le Partage ! Encore un ! je relaie , histoie que ça se sache … j’ai tité la résistance molle sur les brindherbes.

    Oui, la résistance molle, parce qu’ils sont prêts à tout nous faire gober pour maintenir une hiérarchie coûte que coûte et nous maintenir en état servile, et nous faire courir après le premier lièvre qui nous détournera d’une Connaissance profonde de l’état de ce monde. L’espoir est un piège encore plus puissant que la peur. Alors voici un bon moyen de décoder un piège supplémentaire de ce qui se déroule sous nos yeux …. en souhaitant que les gens sachent prendre le temps nécessaire à la lecture sans céder aux sirènes de la boulimie d’informations et de quête de sensationnel. Le sensationnel est déjà là, il faut juste savoir en discerner la subtilité et prendre la patience d’assembler le puzzle.

  4. Ouf…

    Un grand merci, je me sens moins seul tout d’un coup !

  5. Psartek le partage !

    Merci pour l’article qui fait du bien la ou il passe !

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