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La technique, la technologie et la machine (par Jean-Marc Mandosio)

Un texte tiré du livre de Jean-Marc Mandosio intitulé "Après l'effondrement - Notes sur l'utopie néotechnologique".

Avant d’abor­der le condi­tion­ne­ment néotech­no­lo­gique propre­ment dit, nous allons préci­ser ce que nous enten­dons par tech­nique et tech­no­lo­gie. L’une des carac­té­ris­tiques les plus frap­pantes de l’abon­dante litté­ra­ture consa­crée à “la tech­nique” est que la notion même de tech­nique n’y est presque jamais défi­nie, comme si elle allait de soi ; or c’est loin d’être le cas, et il règne souvent dans ce domaine un certain flou, propice aux malen­ten­dus. Il nous faut donc procé­der à quelques mises au point indis­pen­sables, qui vont rapi­de­ment nous amener au cœur du sujet.

Le terme de tech­nique, dans son accep­tion la plus géné­rale, désigne tout procédé (par quoi nous enten­dons un proces­sus réglé) permet­tant de mettre en œuvre des moyens en vue d’une fin. L’ou­ver­ture d’une bouteille à l’aide d’un tire-bouchon est une opéra­tion tech­nique, de même que la vidange des cuves d’un pétro­lier géant, le passage des vitesses d’une auto­mo­bile ou la réso­lu­tion d’une équa­tion du troi­sième degré. Il y a des tech­niques simples et des tech­niques complexes. Ces dernières “néces­sitent […] des tech­niques affluentes […] dont la combi­nai­son concourt à un acte tech­nique bien défini” (Bertrand Gille, Histoire des tech­niques, Galli­mard, 1978). On parle alors d’ensemble tech­nique, dans lequel “chaque partie est indis­pen­sable au résul­tat”. Gille donne l’exemple de la fabri­ca­tion de la fonte, qui suppose la prise en compte d’un grand nombre de facteurs pour être menée à bien : “problèmes d’éner­gie, problème des compo­sants, mine­rai, combus­tible, vent, problème de l’ins­tru­ment lui-même, le haut-four­neau et ses propres compo­sants, arma­ture, réfrac­taires, formes”. À un niveau plus global, on désigne par système tech­nique (toujours selon la défi­ni­tion de Gille) “toutes les tech­niques [qui] sont, à des degrés divers, dépen­dantes les unes des autres et [qui présentent] entre elles une certaine cohé­rence”. Pour se repré­sen­ter une tech­nique, quelle qu’elle soit, dans sa complexité réelle, il faut prendre en consi­dé­ra­tion le système tech­nique dans lequel elle s’ins­crit et qui la rend possible. Et un système tech­nique n’est jamais exclu­si­ve­ment tech­nique, mais égale­ment écono­mique, social et poli­tique, puisqu’il va de soi que l’in­ter­dé­pen­dance des tech­niques au sein d’un système donné s’ins­crit elle-même dans un ensemble de rela­tions écono­miques, sociales et poli­tiques. (Nous lais­sons de côté la ques­tion – que nous pouvons consi­dé­rer comme analogue à celle de la poule et de l’œuf – de savoir si l’une de ces instances est déter­mi­nante par rapport aux autres.)

Un système tech­nique, évidem­ment, n’est jamais neutre, dès lors qu’il est indis­so­ciable d’un ensemble écono­mique. social et poli­tique. Il est exact de dire, comme le faisait Anders dans L’Ob­so­les­cence de l’homme (Die Antiquier­theit des Menschen, 1956), que

chaque instru­ment n’est, pour sa part, qu’une partie d’ins­tru­ment, n’est qu’une vis, une pièce du système des instru­ments ; une pièce qui, en partie, répond aux besoins d’autres instru­ments et, en partie, impose à son tour, par son exis­tence même, aux autres instru­ments le besoin de nouveaux instru­ments. Cela n’au­rait abso­lu­ment aucun sens d’af­fir­mer que ce système d’ins­tru­ments, ce macro-instru­ment, est un “moyen” qui est à notre dispo­si­tion pour que nous puis­sions libre­ment choi­sir nos fins. Le système des instru­ments est notre “monde”. Et un “monde”, ce n’est pas la même chose qu’un “moyen”.

Les indi­vi­dus qui coexistent, dans une société donnée, ne se trouvent jamais dans une situa­tion de choix ouvert, mais sont déter­mi­nés dans une mesure plus ou moins grande. L’auto­no­mie abso­lue n’existe pas, que ce soit à l’égard de la tech­nique ou de n’im­porte quoi d’autre ; c’est une vue de l’es­prit. Il existe en revanche des systèmes tech­niques (et donc, indis­so­cia­ble­ment, écono­miques, sociaux, poli­tiques) qui laissent davan­tage d’au­to­no­mie aux indi­vi­dus que d’autres systèmes. La perte d’au­to­no­mie qu’a repré­senté l’avè­ne­ment du machi­nisme, par exemple, est incon­tes­table :

“Il suffit de penser aux diffi­cul­tés psycho­lo­giques et physio­lo­giques que les proces­sus de la grande indus­trie ont entraî­nées : plier la main-d’œuvre à la régu­la­rité des horaires et des rythmes, au respect de l’ordre et de la hiérar­chie, à l’éco­no­mie de gestes et de paroles, c’était opérer un véri­table dres­sage indus­triel par la disci­pline. Et la divi­sion du travail, large­ment anté­rieure à l’in­dus­tria­li­sa­tion, va s’ac­cen­tuer, simpli­fiant et morce­lant les tâches, chan­geant le contenu même du travail, de plus en plus parcel­la­risé, répé­ti­tif, géné­ra­teur de désin­té­rêt, source d’une fatigue nouvelle moins muscu­laire que nerveuse.”

(Jean-Jacques Salo­mon, Promé­thée empê­tré : la résis­tance au chan­ge­ment tech­nique [1981], Anthro­pos, 1984.)

L’ex­pres­sion de “milieu tech­nique”, souvent employée pour dési­gner le système tech­nique de l’âge indus­triel, est trom­peuse, car elle tend à assi­mi­ler tech­nique et machi­nisme. Le monde préin­dus­triel n’était pas moins un “milieu tech­nique” que le monde indus­triel (on a ainsi pu sérieu­se­ment parler de “la révo­lu­tion indus­trielle du Moyen Âge”) ; mais c’était un “milieu tech­nique” diffé­rent, qui était certes – pour reprendre l’ex­pres­sion d’An­ders – un “monde”, mais ne pouvait encore prétendre être le monde, abso­lu­ment parlant. Le système des arte­facts ne s’était pas encore imposé comme une seconde nature : il exis­tait encore un monde exté­rieur au “milieu tech­nique”, l’exis­tence même de la nature était une évidence, un fait. C’est le propre du machi­nisme de s’être progres­si­ve­ment substi­tué au monde, d’avoir en quelque sorte programmé la dispa­ri­tion de la nature et son rempla­ce­ment par un monde arti­fi­ciel, avec pour hori­zon le rempla­ce­ment de l’hu­ma­nité (espèce regret­ta­ble­ment “natu­relle”) par une nouvelle espèce, elle-même semi-arti­fi­cielle.

C’est sans doute cette confu­sion entre machi­nisme et tech­nique qui entraîne parfois ceux qui sont en réalité – comme Anders ou Ellul – hostiles au machi­nisme à se décla­rer hostiles à “la tech­nique”. Dire que l’on est “contre la tech­nique” n’a aucun sens ; ce serait comme de dire que l’on est “contre l’ali­men­ta­tion” ou “contre le sommeil”. Le rêve “radi­cal” d’un indi­vidu entiè­re­ment auto­nome et débar­rassé de la tech­nique est un non-sens. Sans tech­nique, l’hu­ma­nité dispa­raît ; ce qui ne signi­fie pas que toutes les tech­niques se valent, ni que la tech­nique soit l’es­sence du genre humain. Elle est simple­ment un élément consti­tu­tif, parmi d’autres, de l’hu­ma­nité. La critique du machi­nisme en vue de la désa­lié­na­tion de l’hu­ma­nité post-indus­trielle ne saurait donc avoir pour fin la suppres­sion de “la tech­nique” en géné­ral, mais le rempla­ce­ment d’un système tech­nique parti­cu­lier – le nôtre – par un autre système tech­nique moins alié­nant (étant donné que l’ab­sence totale d’alié­na­tion, c’est-à-dire l’au­to­no­mie pure, est impos­sible). Cela est-il actuel­le­ment possible ou non, c’est une autre ques­tion, mais il faut avant tout ne pas se trom­per sur ce qui est en jeu et ne pas se payer de mots.

La tech­nique en géné­ral est souvent confon­due avec la tech­no­lo­gie. Ce terme dési­gnait au départ la disci­pline ayant pour objet l’étude de la tech­nique. Mais il en est venu à dési­gner ce que l’on nomme égale­ment la tech­nos­cience, c’est-à-dire un stade du déve­lop­pe­ment de la tech­nique où celle-ci finit par se confondre avec la science – ce qui est un phéno­mène récent dans l’his­toire – et où science et tech­nique se légi­ti­ment mutuel­le­ment. Jean-Pierre Séris, dans un ouvrage par ailleurs contes­table (La Tech­nique, P.U.F., 1994), a bien décrit la contra­dic­tion inhé­rente à l’usage de ce terme :

On a recours à tech­no­lo­gie parce que le terme paraît chargé d’une dignité que tech­nique n’a pas. […] ce qu’il y a de plus dans tech­no­lo­gie, c’est le suffixe, dérivé de logos [= raison, discours], c’est la réfé­rence à la dimen­sion logique, discur­sive, ration­nelle, scien­ti­fique […]. […] la tech­no­lo­gie […] en vient non seule­ment à dési­gner la tech­nique en géné­ral, mais passe pour consti­tuer le noyau dur de toute tech­nique, le modèle essen­tiel et la forme complète, ache­vée et enfin plei­ne­ment intel­li­gible du phéno­mène tech­nique. […] Mais l’om­ni­pré­sence des objets tech­niques, des réseaux denses de liai­sons tech­niques, ne signi­fie pas que nous ayons des opéra­tions tech­niques déli­cates, ajus­tées et diffi­ciles à accom­plir pour en user. […] Nous vivons dans un monde où le “capi­tal” de savoir tech­nique accu­mulé est colos­sal, et en même temps, nous sommes bien plus que nos ancêtres dispen­sés de tout savoir-faire tech­nique. […] Tout se passe comme si le plus écono­mique et le plus effi­cace était de lais­ser la “tech­no­lo­gie” aux tech­ni­ciens ou tech­no­logues. La tech­no­lo­gie, c’est l’af­faire de l’autre. […] L’homo jaber contem­po­rain est tech­no­lo­gique­ment dispensé d’être lui-même, en tant qu’in­di­vidu, tech­ni­cien. […] Tech­no­lo­gie, dans cette optique, c’est le nom de la tech­nique dont nous nous sentons dépos­sé­dés. Elle se fait hors de nous, sans nous.

Le terme “tech­no­lo­gie”, loin de signi­fier une plus grande maîtrise de la ratio­na­lité tech­nique, en vient donc fina­le­ment à dési­gner exac­te­ment l’in­verse : “une tech­nique qui a perdu son logos, […] devenu incom­mu­ni­cable et étran­ger” aux non-spécia­listes, et qui suscite tantôt la véné­ra­tion et “la confiance aveugle [en] l’ef­fi­ca­cité des ressources tech­ni­ciennes”, tantôt le désar­roi qu’en­traîne le “senti­ment de dépos­ses­sion en présence de la “tech­no­cra­tie” ambiante”.

La mysti­fi­ca­tion – le bluff, disait Ellul – inhé­rente à l’em­ploi du terme tech­no­lo­gie, son carac­tère idéo­lo­gique, loin d’en disqua­li­fier l’usage, doit au contraire, pensons-nous, le légi­ti­mer ; car c’est cela même que le terme tech­no­lo­gie donne à entendre : la dépos­ses­sion réelle s’ac­com­pagne d’une trans­fi­gu­ra­tion imagi­naire, si bien que l’in­di­vidu moderne, tota­le­ment impuis­sant devant les instru­ments qui consti­tuent l’en­vi­ron­ne­ment de sa vie quoti­dienne (voiture, ordi­na­teur, lave-vais­selle, chaîne stéréo…) et qui sont pour lui autant de boîtes noires, des appa­reils magiques qui fonc­tionnent sans qu’il comprenne comment, puis tombent mysté­rieu­se­ment en panne sans qu’il sache les répa­rer, cet indi­vidu moderne, donc, se croit investi des pouvoirs d’un tout-puis­sant démiurge de la tech­nos­cience dès qu’il tourne la clé de contact de sa voiture clima­ti­sée ou se connecte à Inter­net.

L’am­bi­va­lence des effets de la tech­no­lo­gie sur les indi­vi­dus avait été décrite, dès les années quarante, par Horkhei­mer et Adorno :

“Tandis que l’in­di­vidu dispa­raît devant l’ap­pa­reil qu’il sert, il est pris en charge mieux que jamais par cet appa­reil même. Au stade de l’injus­tice, l’im­puis­sance et la malléa­bi­lité des masses croissent en même temps que les quan­ti­tés de biens qui leur sont assi­gnées. […] La marée de l’in­for­ma­tion précise et d’amu­se­ments domes­tiqués rend les hommes plus ingé­nieux en même temps qu’elle les abêtit.” (La Dialec­tique de la raison. 1944.)

Il y avait beau­coup plus de maîtrise tech­nique dans la vie quoti­dienne ou profes­sion­nelle des indi­vi­dus d’avant l’ère de la tech­no­lo­gie que dans le prétendu “milieu tech­nique” indus­triel, où le trans­fert de compé­tences de l’homme à la machine est patent. Nietzsche faisait obser­ver que la machine de l’âge indus­triel “humi­lie” l’être humain :

« En quoi la machine humi­lie. – La machine est imper­son­nelle, elle enlève au travail sa fierté, ses quali­tés et ses défauts indi­vi­duels qui sont le propre de tout travail qui n’est pas fait à la machine, – donc une parcelle d’hu­ma­nité. Autre­fois tout achat chez des arti­sans était une distinc­tion accor­dée à une personne, des marques de laquelle on s’en­tou­rait : de la sorte les objets usuels et les vête­ments deve­naient des symboles d’es­time réci­proque et d’af­fi­nité person­nelle, tandis qu’aujourd’­hui nous semblons vivre seule­ment au milieu d’un escla­vage anonyme et imper­son­nel. – Il ne faut pas ache­ter trop cher l’al­lé­ge­ment du travail. » (Humain, trop humain.)

Anders évoque à son tour, dans L’Ob­so­les­cence de l’homme, la “honte promé­théenne” de l’in­di­vidu réduit à n’être qu’un rouage inter­chan­geable au sein d’un gigan­tesque appa­reil de produc­tion et de consom­ma­tion. Dans ce rôle, l’être humain se révèle nette­ment infé­rieur aux machines, d’où son complexe d’in­fé­rio­rité : honte de n’être pas assez perfor­mant, d’avoir des états d’âme, de vieillir. Ce n’est plus la machine qui sert l’homme, mais celui-ci qui devient le servant de la machine. Devenu un produit de ses propres produc­tions, il en vient à attri­buer aux machines une toute-puis­sance qu’il n’a pas – mais dont il faut bien se rappe­ler qu’elles ne l’ont pas non plus. D’où l’idée que l’as­ser­vis­se­ment par le machi­nisme est le destin de l’es­pèce humaine ; d’où égale­ment l’idée très répan­due, formu­lée en 1964 par Dennis Gabor dans un ouvrage inti­tulé Inven­ting the future, selon laquelle “tout ce qui est possible sera néces­sai­re­ment réalisé”. Cette formule, prise dans l’ab­solu, est fausse : les tech­ni­ciens ne réalisent pas “tout ce qui est possible”, mais seule­ment ce qu’ils cher­chaient depuis long­temps à réali­ser. Bien des possibles, en matière tech­nique, sont lais­sés de côté, bien des pistes ne sont pas explo­rées plus avant, non pas parce que ce seraient des “impasses” – le cours actuel de l’évo­lu­tion tech­nique n’est-il pas, lui aussi, une impasse ? –, ni même parce que ces voies seraient “non rentables” (le déve­lop­pe­ment de la télé­vi­sion par câble ou de la télé­pho­nie mobile n’est pas, lui non plus, une opéra­tion commer­cia­le­ment rentable), mais parce que ce n’était pas dans cette direc­tion-là que l’on voulait aller.

L’orien­ta­tion tech­no­lo­gique de notre société n’est pas, contrai­re­ment à ce qu’af­firme Hans Jonas dans Le Prin­cipe respon­sa­bi­lité, “une révo­lu­tion que personne n’a program­mée, tota­le­ment anonyme et irré­sis­tible”. Elle appa­raît comme “irré­sis­tible”, à l’ins­tar de l’avè­ne­ment du nazisme ou du stali­nisme, seule­ment parce que les popu­la­tions concer­nées n’ont pas su, pas pu ou pas voulu y résis­ter. Si la tech­no­lo­gie appa­raît aujourd’­hui comme une force irré­sis­tible, un destin, c’est avant tout parce que ses promo­teurs ont su la rendre en grande partie irré­ver­sible (la nucléa­ri­sa­tion en est l’exemple le plus évident). Et ce proces­sus n’a pas été “anonyme” : ni la bombe atomique, ni les ordi­na­teurs, ni les centrales nucléaires, ni Inter­net, ni le décryp­tage du code géné­tique humain ne sont nés spon­ta­né­ment ; ils sont le résul­tat de programmes étalés sur des décen­nies, le plus souvent à l’ins­ti­ga­tion des États ou avec leur soutien massif, comme nous l’avons rappelé au début de ce chapitre. Ainsi, pour que l’usage d’In­ter­net puisse se géné­ra­li­ser, il a fallu instal­ler – à perte – des infra­struc­tures (réseau de fibres optiques à haut débit), les fameuses “auto­routes de l’in­for­ma­tion”, et ce sont les États qui s’en sont char­gés, préci­sé­ment parce que cette phase d’ins­tal­la­tion du réseau n’était pas rentable. Dans le passé, les réseaux de voies ferrées, les auto­routes, les réseaux élec­triques et télé­pho­niques ne sont pas nés, eux non plus, du hasard ou d’une sorte de travail collec­tif incons­cient. Les villes et les campagnes ne sont deve­nues ce qu’elles sont que parce que leur trans­for­ma­tion a été plani­fiée par des bureaux d’études. Et déjà, la première révo­lu­tion indus­trielle avait contraint un grand nombre de membres des socié­tés rurales à quit­ter la campagne pour aller travailler en ville, dans les nouvelles fabriques. Il faut évidem­ment ajou­ter que ces divers programmes n’ont pas toujours obtenu les effets escomp­tés, que les prévi­sions en la matière sont souvent déjouées, et qu’ils sont – comme tout programme qui se respecte – constam­ment réadap­tés. Il faut égale­ment tenir compte du jeu des rapports de force entre les États, entre les insti­tu­tions et entre les diffé­rents groupes sociaux, pour écar­ter l’idée simpliste de l’exis­tence d’un “méga-programme” qui orien­te­rait à lui seul toute l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique : ce qui existe, ce sont des programmes aux orien­ta­tions diver­gentes et parfois conflic­tuelles. Nous pouvons résu­mer cela par une formule : en matière de tech­no­lo­gie, tout ce qui est programmé n’abou­tit pas, mais tout ce qui abou­tit a été programmé.

Jean-Marc Mando­sio

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1 Comment on "La technique, la technologie et la machine (par Jean-Marc Mandosio)"

  1. Qu’entend Jean-Pierre Seris par “homo jaber” ?

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