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L'appel des éco-charlatans et la promotion du capitalisme "vert" (à propos des Colibris)
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N.B. : Dans l'article qui suit, lorsque nous parlons des "Colibris", nous faisons référence aux figures médiatisées, à ceux qui sont mis en avant dans l'appel, pas aux militant-e-s, évidemment. La distinction est importante.

Le 31 janvier 2017, le jour­nal Le Monde, le prin­ci­pal quoti­dien français, appar­te­nant au trio capi­ta­liste Bergé-Niel-Pigasse, relayait « l’ap­pel du monde de demain ». Un appel rédigé par les prin­ci­pales éco-célé­bri­tés françaises, à la mode dans les cercles bour­geois de la capi­tale, car poli­tique­ment correctes et ne menaçant pas le moins du monde l’ordre établi (Nico­las Hulot, Pierre Rabhi, Cyril Dion, Tryo, Zaz, Marion Cotillard, Matthieu Chedid, Alain Souchon, etc.). Exami­nons-le.

Pas la peine de reve­nir sur le premier para­graphe, qui est de loin le plus honnête. La situa­tion écolo­gique relève effec­ti­ve­ment de la catas­trophe. En cours.

Le deuxième para­graphe présente briè­ve­ment, et de manière subrep­tice, un des points les plus impor­tants de l’ap­pel, en à peine quelques mots : leur soutien au déploie­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables ». La produc­tion d’éner­gie étant le socle sur lequel repose la société dont ils font la promo­tion, et le socle sur lequel nos socié­tés indus­trielles reposent. Mais le déve­lop­pe­ment massif de centrales solaires, de parcs éoliens, de centrales à biomasse, de barrages hydro­élec­triques, afin de « produire de l’éner­gie renou­ve­lable en abon­dance » est une nuisance de plus pour les « animaux sauvages », « les forêts », et les « milliers d’es­pèces » dont ils s’inquiètent dans le premier para­graphe.

Bien évidem­ment, les éner­gies sales (par oppo­si­tion aux soi-disant éner­gies « propres ») que sont les combus­tibles fossiles et le nucléaire sont autant de catas­trophes écolo­giques. Cepen­dant, les éner­gies soi-disant « renou­ve­lables » en étant dépen­dantes, et ce pour encore un certain temps, et ne les remplaçant pas, mais s’y ajou­tant, nous ne faisons ici que souli­gner l’ab­sur­dité qui consiste à les présen­ter comme une solu­tion. Parce qu’en fin de compte, ce qui peut être observé par tout un chacun à l’aide d’une connexion inter­net et d’un moteur de recherche, ou simple­ment en obser­vant ce qui se passe dehors, c’est qu’a­près des années de déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables (les premières instal­la­tions de centrales solaires indus­trielles datent des années 1970) rien n’a changé. Que celles-ci ne viennent pas du tout rempla­cer le pétrole, le char­bon et le nucléaire, qui conti­nuent à se déve­lop­per. (Pour une critique plus détaillée de ces nouvelles illu­sions vertes, suivez ce lien.)

Contrai­re­ment à la confu­sion volon­taire ou invo­lon­taire des auteurs de « l’ap­pel du monde de demain », qui nient ouver­te­ment la réalité de la lutte des classes, les acti­vistes en première ligne des conflits écolo­giques comprennent les enjeux de l’époque et le fonc­tion­ne­ment de l’échiquier poli­tico-écono­mique. Ils comprennent que nos socié­tés indus­trielles sont frag­men­tées en diffé­rentes classes aux inté­rêts contra­dic­toires. Ils comprennent qu’il est absurde et dange­reux de faire croire au peuple qu’il lutte main dans la main avec ses diri­geants, avec les élites qui le gouvernent, et qui l’ex­ploitent. Ce travers est un premier indice de ce que nous avons affaire à des idéo­logues du capi­ta­lisme vert.

Voici l’agri­cul­ture « écolo­gique » / « symbio­tique » promue par Isabelle Delan­noy, « spécia­liste du déve­lop­pe­ment durable » et amie de Cyril Dion, avec qui elle écrit actuel­le­ment un livre sur « l’éco­no­mie symbio­tique ». Cette plan­ta­tion est certi­fiée bio™. Donc, c’est bon pour la planète, n’est-ce pas ? Et n’est-ce pas merveilleux ? Quelle superbe commu­nauté biotique…

Les vrais héros du mouve­ment écolo­giste, dont on parle peu, parce que les médias de masse les ignorent volon­tiers, ceux qui risquent gros, en pertur­bant l’ac­ti­vité des corpo­ra­tions multi­na­tio­nales qui détruisent la planète et asser­vissent les êtres humains, et qui, par-là même, les dési­gnent et les exposent à juste titre pour les enne­mis qu’elles sont, ont un autre appel à diffu­ser. Contrai­re­ment aux auteurs de « l’ap­pel du monde de demain », ils ne s’ex­priment pas depuis le piédes­tal du privi­lège et de la célé­brité. Ils nous disent que les actions directes orien­tées contre les pratiques nuisibles pour le monde natu­rel, comme le sabo­tage ou l’ar­rêt de pipe­lines, comme les occu­pa­tions, les blocages et les grèves, font partie de nos dernières et de nos meilleures armes.

On entend rare­ment leurs noms, citons Ken Ward aux Etats-Unis, qui risque 30 ans de prison pour avoir fermé une valve d’un pipe­line pétro­lier, à l’ins­tar d’Emily Johns­ton, et qui a récem­ment déclaré qu’il « ne restait plus que l’ac­tion radi­cale pour défendre la planète » ; Jean Léger, au Canada, qui fermé une valve et s’est cade­nassé au pipe­line 9B d’En­bridge, et des milliers d’autres, au Canada et aux États-Unis, en Amérique centrale, en Amérique latine, en Europe, en Afrique, en Asie, et ailleurs. Comme ces villa­geois en Thaï­lande qui sont parve­nus, à coup d’oc­cu­pa­tions et de blocages, à faire annu­ler la construc­tion de centrales à char­bon et de voies ferrées qui menaçait de détruire l’en­vi­ron­ne­ment. Leurs noms importent fina­le­ment peu, eux se fichent de la stari­fi­ca­tion et de la culture de la célé­brité. Ils militent en défense de la planète et sont en première ligne de l’ac­tion directe écolo­gique, une méthode de lutte risquée mais effi­cace. Ces actions directes (violentes ou non-violentes) sont en effet les outils les plus effec­tifs pour s’op­po­ser à l’in­dus­tria­lisme imposé par les corpo­ra­tions multi­na­tio­nales. En France, les diffé­rentes ZAD en sont un bon exemple.

Bien sûr, celles-ci n’ex­cluent pas les mani­fes­ta­tions, les recours en justice, les péti­tions ou même le vote. Elles n’ex­cluent pas non plus, les actions commu­nau­taires locales, l’édu­ca­tion popu­laire, et ainsi de suite. Elles s’y ajoutent. Étant donné la gravité et l’ur­gence de la situa­tion, nous avons besoin de tout ce qui va dans la bonne direc­tion.

Tandis que l’ap­pel des éco-capi­ta­listes a pour effet de désa­mor­cer les luttes sociales. En insi­nuant que nous avons tous ou devrions avoir les mêmes inté­rêts, il est toxique. Bien sûr, tech­nique­ment, les êtres humains devraient se regrou­per derrière l’in­té­rêt commun de la préser­va­tion de la planète. Mais dans les faits, ce n’est pas le cas. Les classes diri­geantes sont imper­méables à ces bons senti­ments et elles conti­nuent aujourd’­hui plus que jamais à exploi­ter les êtres vivants et le monde natu­rel. Dissoudre ces réali­tés dans un discours miel­leux qui n’in­cite abso­lu­ment pas à entre­prendre quoi que ce soit à leur encontre — qui ne soit auto­risé ou encou­ragé par les insti­tu­tions offi­cielles de pouvoir — revient à se ranger du côté du pouvoir.

Même Fabrice Nico­lino, qui défend pour­tant régu­liè­re­ment ses amis Coli­bris, Cyril Dion, Pierre Rabhi, etc., le recon­nais­sait dans son livre « Qui a tué l’éco­lo­gie ? », publié en 2011, sachant que ses consi­dé­ra­tions se basaient sur l’état des choses d’alors, et que depuis, tout a empiré :

« Sauver la planète, cela va bien si l’on mène le combat depuis les confor­tables arènes pari­siennes. Mais affron­ter le système indus­triel, mené par une oligar­chie plus inso­lente de ses privi­lèges qu’au­cune autre du passé, c’est une autre affaire. Il faudrait nommer l’ad­ver­saire, qui est souvent un ennemi. Rappe­ler cette évidence que la société mondiale est stra­ti­fiée en classes sociales aux inté­rêts évidem­ment contra­dic­toires. Assu­mer la pers­pec­tive de l’af­fron­te­ment. Admettre qu’au­cun chan­ge­ment radi­cal n’a jamais réussi par la discus­sion et la persua­sion. Recon­naître la néces­sité de combats immé­diats et sans rete­nue. Par exemple, et pour ne prendre que notre petit pays, empê­cher à toute force la construc­tion de l’aé­ro­port nantais de Notre-Dame-des-Landes, pour­chas­ser sans relâche les promo­teurs crimi­nels des dits biocar­bu­rants, dénon­cer dès main­te­nant la pers­pec­tive d’une exploi­ta­tion massive des gaz de schistes, qui sera proba­ble­ment la grande bataille des prochaines années.

[…] Il faudrait enfin savoir ce que nous sommes prêts à risquer person­nel­le­ment pour enrayer la machine infer­nale. Et poser sans frémir la ques­tion du danger, de la prison, du sacri­fice. Car nous en sommes là, n’en déplaise aux Bisou­nours qui voudraient telle­ment que tout le monde s’em­brasse à la manière de Folle­ville.

Au lieu de quoi la gran­diose pers­pec­tive de remettre le monde sur ses pieds se limite à trier ses ordures et éteindre la lumière derrière soi. Les plus coura­geux iront jusqu’à envoyer un message élec­tro­nique de protes­ta­tion et faire du vélo trois fois par semaine, se nour­ris­sant bien entendu de produits bio. J’ai l’air de me moquer, mais pas de ceux qui croient agir pour le bien public. J’at­taque en fait cette immense coali­tion du « déve­lop­pe­ment durable » qui a inté­rêt à faire croire à des fadaises. Car ce ne sont que de terribles illu­sions. Il est grave, il est même crimi­nel d’en­traî­ner des millions de citoyens inquiets dans des voies sans issue.

Non, il n’est pas vrai qu’a­che­ter des lampes à basse consom­ma­tion chan­gera quoi que ce soit à l’état écolo­gique du monde. La machine broie et digère tous ces gestes hélas déri­soires, et conti­nue sa route. Pis, cela donne bonne conscience. Les plus roublards, comme au temps des indul­gences catho­liques, voyagent en avion d’un bout à l’autre de la terre autant qu’ils le souhaitent, mais compensent leur émis­sion de carbone en payant trois francs six sous censés servir à plan­ter quelques arbres ailleurs, loin des yeux. On ne fait pas de barrage contre l’océan Paci­fique, non plus qu’on ne videra jamais la mer avec une cuiller à café. Les dimen­sions du drame exigent de tout autres mesures. Et il y a pire que de ne rien faire, qui est de faire semblant. Qui est de s’es­ti­mer quitte, d’at­teindre à la bonne conscience, et de croire qu’on est sur la bonne voie, alors qu’on avance en aveugle vers le mur du fond de l’im­passe. […] »

Tout au long de l’ap­pel, ses auteurs exposent une analyse erro­née, ou plutôt une absence d’ana­lyse, du constat qu’ils dénoncent. L’idéo­lo­gie qui est à l’ori­gine des dégâts écolo­giques et sociaux énon­cés n’est pas remise en ques­tion, elle est perpé­tuée. Ainsi les auteurs conti­nuent à promou­voir grosso modo une société indus­trielle (même s’ils la fantasment basée sur des indus­tries « vertes »), où avoir un « emploi » demeure primor­dial, et ainsi de suite.

Une autre vision du monde écolo­gique pour lequel Isabelle Delan­noy milite. Elle parle de cette forme d’agri­cul­ture (indus­trielle) urbaine comme d’une merveilleuse symbiose réus­sie entre l’être humain et la « nature », et présente cette « ferme » comme un modèle à repro­dui­re…

Le langage utilisé est égale­ment assez révé­la­teur. Les termes utili­sés corres­pondent à un langage corpo­ra­tiste, qui plaît aux écono­mistes et aux capi­ta­listes (verts ou pas), aux puis­sants et aux riches : inves­tis­se­ment, entre­prendre, déve­lop­pe­ment, élus, entre­pre­neurs, sala­riés, fonc­tion­naires, projets, tran­si­tion, ressources. Une novlangue dont Franck Lepage, pour prendre un exemple actuel, propose une excel­lente critique.

Ainsi, l’ap­pel prétend se soucier des animaux non-humains et du monde natu­rel, mais encou­rage le déve­lop­pe­ment des nouvelles indus­tries vertes, qui sont autant de nouvelles nuisances pour la santé des écosys­tèmes dont elles requièrent la destruc­tion (en raison des extrac­tions liées aux matières premières néces­saires à leur fabri­ca­tion, et à leur fonc­tion­ne­ment / main­te­nance / rempla­ce­ment, comme en raison de leurs implan­ta­tions sur site). Ces indus­tries vertes qui servent à main­te­nir un certain niveau de confort pour les humains unique­ment. Et plus large­ment à perpé­tuer la société indus­trielle dans son ensemble, et son déve­lop­pe­ment, ce qui implique la conti­nua­tion du saccage écolo­gique.

On peut y lire les conseils les plus creux et les plus éculés, dans le condensé de niai­se­ries du dernier para­graphe (réflé­chir, limi­ter son impact écolo­gique indi­vi­duel, soute­nir des candi­dats poli­tiques, voter, mani­fes­ter et rêver).

Le plus grotesque, c’est que cet appel (et c’est la raison pour laquelle il est relayé par des grands médias capi­ta­listes), qui commence par un constat à peu près lucide de la catas­trophe écolo­gique en cours, qu’il affirme ensuite vouloir résoudre, ne présente stric­te­ment aucune analyse de ce qui pose problème, de ce qui fait que nous en sommes rendus au point de catas­trophe écolo­gique mondial qu’ils recon­naissent pour­tant. Par souci d’évi­ter tout ce qui pour­rait sembler néga­tif, ils font l’im­passe sur la critique. On n’y trouve aucune mention des coer­ci­tions et des exploi­ta­tions qui sont à l’ori­gine de tous nos problèmes. Aucune mention non plus, ni aucune critique, de l’im­pé­ra­tif de crois­sance, qui garan­tit à lui seul le carac­tère complè­te­ment insou­te­nable de la société indus­trielle. Il s’agit litté­ra­le­ment d’un raison­ne­ment insensé. Si l’on consi­dère la Terre comme un orga­nisme vivant, et les pollu­tions écolo­giques comme les symp­tômes d’une mala­die qui l’af­fecte, alors la raison devrait nous amener à établir un diagnos­tic, afin d’en déter­mi­ner l’ori­gine. Une fois le diagnos­tic posé, et les problèmes iden­ti­fiés, il serait alors possible de suppri­mer les causes de la mala­die, comme l’au­rait conseillé Hippo­crate : « Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui deman­der s’il est prêt à suppri­mer les causes de sa mala­die. Alors seule­ment il est possible de l’éli­mi­ner ».

Cette phrase d’Hip­po­crate est cruciale pour le raison­ne­ment qu’elle expose. Le remède consiste à suppri­mer les causes de la mala­die, et non à inves­tir dans le problème, ni à tenter de l’amé­na­ger de diverses manières. La méde­cine que nous proposent les auteurs de l’ap­pel n’est rien d’autre que du char­la­ta­nisme. Sans mention­ner aucun renon­ce­ment à aucune pratique, à aucune indus­trie, ils prétendent que nous pouvons « Nettoyer les océans, replan­ter les forêts, produire une nour­ri­ture saine pour tous, en régé­né­rant les sols et les écosys­tèmes ». Eh bien non. Nous ne pouvons pas. Pas tant qu’un semblant de société indus­trielle perdure. Nous ne répa­re­rons rien tant qu’existe la société de produc­tion d’objets super­flus en tous genres, élec­tro-métallo-plas­tiques, qui trans­forme la planète en une décharge géante. Et étant donné qu’elle en est encore en plein étale­ment et en pleine crois­sance, le début des répa­ra­tions n’est pas pour « demain ».

Il s’agit de la prin­ci­pale inco­hé­rence des Coli­bris et de la raison pour laquelle leur discours corres­pond à celui du capi­ta­lisme vert. Bien qu’ils recon­naissent les innom­brables dommages et destruc­tions écolo­giques que la société indus­trielle inflige à la planète au sens large, ils ne s’in­té­ressent pas aux causes. Ils ne cherchent pas à connaître les éléments, les pratiques, ou les acti­vi­tés qui génèrent ces dommages en premier lieu. Il s’en­suit qu’ils ne cherchent pas non plus à y mettre fin. Et pour­tant, la première chose à faire, lorsqu’on réalise que certaines pratiques nuisent à la planète, c’est de les arrê­ter. La première chose à faire est de « suppri­mer les causes de la mala­die ». Mais critiquer n’est pas perçu comme posi­tif, lutter contre n’est pas perçu comme posi­tif, suppri­mer n’est pas perçu comme posi­tif, le renon­ce­ment n’est pas perçu comme posi­tif, et puisque le posi­ti­visme est leur fonds de commerce (cf. Kaizen, le maga­zine 100% posi­tif), ils font l’im­passe sur la première méde­cine. D’ailleurs Hippo­crate, s’il avait été de notre temps, aurait été jugé trop « néga­tif » et mis au ban du débat social grand public. On lui aurait demandé de refor­mu­ler son discours, et quelque génie du marke­ting lui aurait sûre­ment proposé quelque chose comme : « Si quelqu’un désire la santé, il n’a pas à suppri­mer les causes de sa mala­die, il lui faut d’abord inves­tir dans les remèdes que lui proposent ceux qui le rendent malade ». C’est ainsi que les Coli­bris se contentent de faire la promo­tion des concepts du déve­lop­pe­ment, de l’inves­tis­se­ment, ou de l’inno­va­tion. Ils ne s’op­posent pas aux diffé­rentes indus­tries et corpo­ra­tions respon­sables de la destruc­tion en cours du paysage écolo­gique plané­taire.

Au final, cet appel est une aubaine pour les indus­triels, qui doivent se réjouir à la vue de ces éco-célé­bri­tés servant la soupe aux citoyens anxieux de l’état actuel du monde, et de son futur. Nos éco-stars épaulent ainsi une des indus­tries qui croît le plus, et l’en­cou­ragent encore à croitre pour les décen­nies à venir, l’in­dus­trie des « renou­ve­lables », dans laquelle les plus gros groupes et corpo­ra­tions trans­na­tio­nales inves­tissent depuis long­temps, de Vinci Ener­gies (qui finance des centrales solaires en France, en Afrique et ailleurs) à Berk­shire Hatha­way (qui finance des centrales solaires un peu partout dans le monde), Total (et sa filiale Sunpo­wer) et bien d’autres, ainsi que les diverses indus­tries du secteur du déve­lop­pe­ment durable. Une aubaine parce qu’il n’évoque aucun renon­ce­ment, parce qu’il ne s’at­taque pas au prin­cipe le plus nocif de la culture domi­nante, qui est son impé­ra­tif de crois­sance, son carac­tère expan­sion­niste, et parce qu’il prône au contraire de nouveaux déve­lop­pe­ments. Il s’agit ni plus ni moins qu’un mani­feste du capi­ta­lisme vert.

La culpa­bi­li­sa­tion finale et la fausse solu­tion qui consiste à inci­ter les gens à « limi­ter » leur « impact sur la planète et les êtres humains » est éloquente. Auchan n’a pas à s’inquié­ter du déve­lop­pe­ment de son désastre anti­éco­lo­gique qu’est Euro­pa­city. Les 90 corpo­ra­tions respon­sables de la majo­rité des émis­sions de gaz à effet de serre sont-elles mena­cées par cet appel ? Pas le moins du monde. Les riches, dont l’im­pact écolo­gique est incom­pa­ra­ble­ment supé­rieur à celui des pauvres, n’ont pas de souci à se faire. Leurs privi­lèges ne sont pas mena­cés. Ils peuvent conti­nuer à gâcher l’eau du monde en jouant au golf (on en dénombre plus de 700 en France, qui consomment autant d’eau que des millions d’in­di­vi­dus) ; à se pava­ner en yacht et à se rendre en jet privé à Dubaï, puis au Rwanda pour y faire du shop­ping, comme le nouveau gourou offi­ciel de l’éco­lo­gie, Leonardo DiCa­prio (mais tout en prônant la sobriété écolo­gique pour les autres, bien évidem­ment, et en compen­sant ses émis­sions de carbone grâce à des méca­nismes finan­ciers qui permettent aux riches de polluer moyen­nant quelques frais). N’ou­bliez pas de bien fermer le robi­net lorsque vous vous lavez les dents. On compte sur vous. Si vous ne le faites pas, la planète sera détruite. Ce sera de votre faute, et pas de celle de Total, de BP ou d’ExxonMo­bil, ou de DiCa­prio et de ses voyages en jets.

Mais si vous le faites, nous serons tous sauvés. Ou pas :

A l’ins­tar du film « Demain », cet appel sera sûre­ment très bien relayé, comme tout ce qui alimente la soif anxieuse et gran­dis­sante de bonnes nouvelles, de rassu­rances, et d’es­poir. Cet espoir qui sert d’an­xio­ly­tique de masse, et qui permet de main­te­nir l’ordre, et la paix, ou plutôt la léthar­gie sociale, afin que les gens conti­nuent à ache­ter, à travailler, à croire que nous allons collec­ti­ve­ment nous en sortir à l’aide de bouts de ficelles, à croire que les struc­tures sociales qui nous ont menées là où nous en sommes rendus vont égale­ment nous en sortir. A croire que les corpo­ra­tions vont, d’une manière ou d’une autre, faire ce pourquoi elles n’ont pas été conçues ; qu’une culture profon­dé­ment toxique peut, moyen­nant quelques éco-gestes et autres éco-réformes, se chan­ger en une idylle verdoyante.

Plus nous nous rappro­chons de la catas­trophe, plus les choses empirent, et plus le langage des rassu­rances menson­gères diffu­sées par les médias de masse est excen­trique. Ils promettent désor­mais un nouvel âge de « l’abon­dance », tandis que notre situa­tion collec­tive empire chaque jour qui passe. Ils promettent une révo­lu­tion et un avenir génial sur la base de la persua­sion, des demandes, de tout ce qui est auto­risé par le pouvoir en place, tandis que les richesses n’ont jamais été aussi mal répar­ties, concen­trées en si peu de mains, qu’aujourd’­hui, que le système n’a jamais été aussi verrouillé et immuable qu’aujourd’­hui. George Orwell compre­nait égale­ment ce méca­nisme qui permet à nos socié­tés de s’en­fon­cer toujours plus profon­dé­ment dans le déni lorsqu’il écri­vait: « Plus une société s’éloigne de la vérité, plus elle haïra ceux qui disent la vérité ».

Termi­nons en reve­nant sur un malen­tendu impor­tant. Il n’y a pas de « guerres de chapelles », ainsi que le lais­sait entendre un article récem­ment publié sur Repor­terre. Il y a des parti­sans du capi­ta­lisme vert qui se font passer pour des « écolo­gistes », et il y a l’éco­lo­gie, celle qui consiste à défendre le monde natu­rel, les humains et les non-humains, les forêts, les rivières, les fleuves, les prai­ries, les collines, les montagnes et les îles. Cette écolo­gie ne fait certai­ne­ment pas partie de l’Église du capi­ta­lisme vert. Les nouveaux apôtres de la reli­gion du déve­lop­pe­ment durable parti­cipent, en disant cela, à semer la confu­sion. Clari­fions. Un véri­table mouve­ment de défense du vivant doit être anti­ca­pi­ta­liste et décrois­sant. Pour la simple raison que le capi­ta­lisme et le prin­cipe de crois­sance sont anti­éco­lo­giques. Il doit fonda­men­ta­le­ment s’op­po­ser à toutes les formes d’ex­ploi­ta­tions et de coer­ci­tions, et par consé­quent mili­ter en faveur des low-tech (des basses tech­no­lo­gies). Il ne doit pas les igno­rer et feindre une union tota­le­ment irréelle et contre-produc­tive de toutes et de tous. La pensée magique et la complai­sance envers l’en­nemi n’ont pas leur place dans un mouve­ment de résis­tance sérieux. Le capi­ta­lisme vert n’est pas de l’éco­lo­gie.

P.S. : Pour ceux qui ne comprennent pas bien ou doutent encore du fait que les Coli­bris font la promo­tion du capi­ta­lisme vert, souli­gnons le cas d’Isa­belle Delan­noy, mention­née dans l’ar­ticle ci-dessus dans le cadre des deux premières photos d’illus­tra­tions, amie proche de Cyril Dion dont le travail est au cœur des propo­si­tions qu’il avance. Isabelle Delan­noy est une cham­pionne de longue date de la crois­sance verte et du déve­lop­pe­ment durable. Dans un article inti­tulé « Muni­ci­pales 2008 : l’in­dus­trie envi­ron­ne­men­tale [sic], un plan pour libé­rer la crois­sance », elle écri­vait, usant d’un langage litté­ra­le­ment cinglé, des choses comme « L’en­vi­ron­ne­ment, des taux de crois­sance à deux chiffres », assi­mi­lant l’en­vi­ron­ne­ment à la crois­sance des indus­tries liés au déve­lop­pe­ment durable. L’en­vi­ron­ne­ment, dans le même temps, le vrai, le monde natu­rel, connait inver­se­ment des taux de décrois­sance à deux chiffres (50% de verté­brés sauvages tués en moins de 40 ans, par exemple). Dans une inter­view pour femi­nin­bio (du sérieux, donc), elle se charge d’ailleurs d’at­taquer la décrois­sance (en répon­dant à la ques­tion « Pourquoi la décrois­sance n’est-elle pas la solu­tion ? »), et de rappe­ler que « le problème n’est pas la crois­sance ». Signa­lons égale­ment qu’elle présente l’éco­no­mie symbio­tique dont Cyril Dion compte aussi faire la promo­tion (ils écrivent un livre ensemble sur le sujet) comme une « écono­mie de la crois­sance ». Son « audi­tion » du 13 juin 2013, une présen­ta­tion de l’éco­no­mie symbio­tique devant la commis­sion Inno­va­tion 2030 mise en place par l’Ely­sée, est révé­la­trice. Cyril Dion lui-même, dans une inter­view pour Repor­terre, expliquait que « ça n’a pas de sens de parler de décrois­sance », entre autres parce que « c’est un mot repous­soir pour les gens ». Et qu’il faut plaire aux gens, faute de quoi votre message n’est pas relayé par les médias de masse et pas subven­tionné.

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  1. Je partage avec vous, cher DGR, l’avis que les « représentants » médiatisés de Colibris, dans cet appel et peut-être dans leur communication en général, n’expriment pas assez clairement que la civilisation industrielle n’est pas soutenable, faisant ainsi, volontairement ou non (je ne suis pas en mesure d’en juger), la promotion du « capitalisme vert » et je regrette le choix de certains de ces représentants et de cette forme de communication (utiliser des gens connus) qui met l’accent sur la volonté d’être entendu et qui ne correspond pas à la réalité du fonctionnement de Colibris, telle que je la vis.
    Je déplore que vous vous contentiez d’opérer la distinction uniquement en début d’article entre ces représentants et les Colibris eux-mêmes car bien évidemment le lecteur qui lira ensuite tout au long de l’article que les Colibris ceci, les Colibris cela ne fera plus cette distinction. C’est humain.
    Je retrouve dans cet article ce qui ne me convient pas dans votre façon d’aborder les choses : une radicalité qui découle de, et qui mène à, la dualité, la binarité. En cela vous perpétuez un mode de fonctionnement qui alimente justement à ce que vous dénoncez. Quand vous mettez l’accent uniquement sur ce qui n’est pas satisfaisant, vous divisez, comme le fait justement remarquer Maud Sampieri (sur fb). Un exemple : concernant Kaizen vous vous focalisez sur l’expression « 100 % positif » alors que l’essentiel est dans le sous-titre « construire un autre monde… pas à pas ».
    Les Colibris sont des êtres humains, en chemin. Ils partagent la croyance que le changement de la société ne peut venir que de la transformation intérieure, car la société c’est chacun d’entre nous. Et cela prend du temps et demande de la bienveillance, envers soi-même et envers les autres, car nous sommes tous reliés.
    « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la graine. » Gandhi

    1. Soyons brefs. Nous vivons une guerre. Littéralement. Dans une guerre il n’y a pas 38 camps. Dans la vie, certaines choses sont de caractère binaire, comme une guerre. Dénigrer une critique parce qu’elle serait binaire ne suffit pas. Les Colibris (la tête), et leurs préconisations principales, leur message médiatisé, selon notre analyse, pèsent du mauvais côté de la balance. La fin n’est pas dans les moyens, c’est encore un simplisme (et nous ne sommes pas particulièrement fans de Gandhi), pour comprendre ce que j’entends par là, je vous invite à lire cet article : http://partage-le.com/2015/12/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/

      1. Merci pour votre brève réponse. J’avais déjà lu l’article que vous mentionnez et j’y avais laissé un commentaire, qui n’est manifestement pas parvenu jusqu’à vous, dans lequel j’exprime pourquoi certains propos qui y figurent me posent question et motivent mon commentaire ainsi que ma divergence avec votre position radicale : je ne suis pas du tout d’accord avec la « Seizième prémisse: Le monde matériel est primordial. ». Je vais re – « poster » mon commentaire sur la page en question.

      2. Après réflexion, j’ai besoin de rajouter quelques remarques.
        L’être humain et l’univers sont complexes, la vie est complexe et réduire ce que nous vivons à une guerre contre le capitalisme est un choix qui construit votre réalité, pas la mienne.
        Il n’y a pas de tête à Colibris, l’association fonctionne selon les principes de la sociocratie et Isabelle Delannoy, à ma connaissance, ne fait pas partie de l’équipe Colibris.
        Quand vous lisez dans l’appel : « produire de l’énergie renouvelable en abondance sans détruire les écosystèmes, réduire drastiquement notre consommation, trouver les moyens de fabriquer les objets de demain avec les déchets d’aujourd’hui, inventer les moyens les plus simples et les plus sains de vivre sur cette petite planète sans en épuiser les ressources ou en perturber les équilibres… Le chemin ne sera ni court ni facile. Nous aurons besoin de remporter des luttes démocratiques,… », vous considérez que c’est soutenir la capitalisme vert ?
        De même dans l’éthique du Colibri, les valeurs énoncées sont sans équivoque même si les mots anticapitaliste et décroissant n’y figurent pas (https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/nos-valeurs/lethique-colibri). Quand on lit ce document, on comprend également que Colibris ne soutient pas le capitalisme vert.
        Voilà pourquoi je me permets de critiquer votre analyse sans nuances et faisant des raccourcis qui conduisent à dénigrer le tout et je trouve ça dommage parce que nous sommes, de mon point de vue, dans le même camp.

  2. Attention quand vous parlez de la transformation de la société.
    La société, aujourd’hui, c’est le monde. Le monde veut du progrès, le monde ne veut pas se tenir les mains dans un stade en pensant que si on se transforme intérieurement, ça peut encore passer.
    Il n’y a que les riches qui veulent vivre comme des pauvres. Les pauvres, ils veulent vivre comme nous, les riches. Les pauvres, ils sont bien plus nombreux que nous.
    Pendant que les riches ne font rien, ou font semblant de peindre en vert le monde pour qu’il ait l’air moins déprimant, RIEN ne se fait du côté des coupables. Et ceux qui savent et qui ne disent rien, ou qui ne dénoncent personne, ils sont complices. Je peux comprendre la timidité, et la crainte de représailles. Mais alors quand on ne fait rien par parce qu’on a peur, c’est qu’on sait que c’est binaire. Si on agit, il va y avoir une conséquence. Si on dénonce, il va y avoir une conséquence. Quand les Colibris oseront dénoncer des choses, vous verrez qu’ils perdront tout leur réseau de médias, et seront frustrés, et ils comprendront que soit on est pris pour des cons parce qu’on est gentil, soit on doit se satisfaire des moyens qu’on a. Essayer d’inventer une 3eme voie, qui serait celle du changement du monde sans que personne ne s’en rende compte, c’est d’une naïveté affligeante. Les bourgeois se protégeront, et comme pour toutes les guerres dans lesquels ils ont défendu leurs privilèges, ils useront de la force, du mensonge, de la manipulation, des médias qui leurs appartiennent, etc… Et ceux qui sont encore dans le déni dénonceront ceux qui se battent pour eux. Un bourgeois ne se demande pas si ça va mal ou pas, il regarde son compte en banque et il sait si ça va mieux pour lui depuis hier ou non. Simple soustraction. Le reste, pour eux, ce sont des outils pour canaliser les peurs et la colère de ceux qu’ils exploitent. Quand les Colibris proposent de canaliser tout ça sans qu’on le leur ait demandé, c’est joli, mais c’est un service qu’ils rendent à ceux qui sont le problème, et ça devient le soucis de ceux qui veulent s’occuper du problème.

  3. Certes mais nous sommes dans une phase ou il faut agir vite du fait du changement climatique.
    Le temps qu’un système capitaliste mondial change, n’est-il pas plus judicieux d’en utiliser les rouages et la cupidité de certains pour essayer de diminuer le réchauffement climatique ?
    L’urgence est-elle dans le changement d’un système politique mondial qui peut prendre des siècles et reste aléatoire… On n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature. Orwell… alors même que l’urgence absolument prioritaire est de diminuer les émissions mondiales de CO2 avant 15 ans quitte à ce que ceux qui ont le pouvoir de le faire s’enrichissent ?

  4. Clairement non. La capitalisme s’en fout complètement de ce a quoi il sert, tant qu’il peut se renforcer. Le capitalisme est amoral. Il ne sert à rien, si ce n’est accumuler de la richesse. Pourquoi? Ceux qui en ont plus qu’ils n’en ont besoin ne saurait même pas vous le dire.
    On ne piège pas le capitalisme en l’utilisant. Il n’en ressortira que plus fort.
    Dans le capitalisme, la richesse est créée par l’exploitation. Soit d’une ressource, soit d’autrui.
    Plus on est riche, et plus on a participé directement ou indirectement à cette exploitation. Pour exploiter, il faut de l’énergie (pour faire des machines, des armées, de la science…etc). Celui qui exploite le plus dépense donc plus d’énergie que les autres.
    Ainsi on ne peut pas engraisser le capitalisme sans augmenter son utilisation d’énergie pour s’enrichir. Et donc au final, en pensant la combattre, vous la renforcez, et elle a pollué d’autant plus pour ca.
    On peut tourner autour du pot longtemps, il n’y a pas d’autre solution que la décroissance, et l’acceptation que celle-ci va se faire dans la douleur, et qu’une grande partie de l’humanité va disparaitre dans le processus. On est comme des coyotes coincés parce qu’on avait plein de lapins à manger. Ya moins de lapin, on va décroitre. Sauf que nos lapins, c’est le pétrole, et qu’il n’y en de moins en moins, et sans énergie, on ne peut plus faire perdurer notre société. Donc elle s’écroulera. Les énergies renouvelables étant dépendantes du pétrole, seule la première génération durera, avant de disparaitre. Mettre notre argent dans des solutions qui durent 30 ans… c’est dommage.
    Je ne pense pas qu’on puisse changer de model économique avant que ça s’écroule, cela dit.
    Je crois qu’il faut simplement observer le spectacle, pleurer les pertes, et tenter de survivre, si vous trouvez une raison pour cela.

    Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que si l’homme survit, il est aussi confronté à l’extinction de masse qu’il a démarré, et qui pourrait terminer le travail, si ce n’est le réchauffement lui même. Et si on établit une nouvelle société, n’oubliez pas que tout ce qui peut être extrait sans machine sera désormais inexistant…

    C’est noir, comme tableau, mais c’est le tableau. Même peint en vert, vous savez qu’il est noir.

  5. Colibris ? ? …. le dernier compte  » complet « trouvé … page 9 et 10 … charges , salaires https://www.journal-officiel.gouv.fr/publications/assoccpt/pdf/2014/3112/494678857_31122014.pdf Mathieu Labonne « directeur  » colibris …. s’occupe ferme du plessis / amma … page 9 .. 1M € sur dix comptes différents … chercher ce qu’est  » intenseo  » vous serez surpris ! 🙂 https://www.journal-officiel.gouv.fr/publications/assoccpt/pdf/2014/3112/449752591_31122014.pdf Et les écohameaux oasis , des doutes … sci , travaux par benevoles … capitalisme vert ? ?