L’écologie™ du spectacle

« Contre le dessèchement de la pensée par la répétition paresseuse de sempiternels lieux communs ou par une frénésie conceptualisatrice faisant souvent fi de toute rigueur, l’exercice scrupuleux de l’esprit critique mérite, me semble-t-il, d’être instamment réhabilité. […] J’entends par esprit critique l’attitude consistant à ne porter des jugements que sur ce que l’on s’est d’abord efforcé de comprendre ; à recourir autant que faire se peut à des sources d’information de première main plutôt qu’à des synthèses toutes faites ; à ne rien tenir pour définitivement acquis et à refuser par principe tout argument d’autorité ; à se méfier de l’admiration stérilisante comme des aspirations puériles à l’originalité ; à toujours se demander si ce dont on parle existe réellement, pourquoi certains discours paraissent séduisants alors qu’ils ne résistent pas à un examen approfondi, et comment faire en sorte qu’une pensée soit à la fois logiquement cohérente et empiriquement vérifiable, rigoureusement argumentée et ouverte à la discussion, même lorsque celle-ci prend une tournure polémique. »

— Jean-Marc Mandosio, D’or et de sable (2008)

En cette époque d’accélération incontrôlée d’à peu près tous les aspects de la civilisation industrielle, de désinformation médiatique organisée par divers intérêts financiers et de pouvoir, de crises en tous genres qui n’en finissent pas d’empirer, avec comme corollaire une soif angoissée, frénétique et grandissante de solutionnisme et de bonnes nouvelles, un complexe de Cassandre délimite le cadre autorisé du débat politique (et écologique). Pensée magique et aspiration au positivisme viennent occulter les réalités derrière les « solutions » présentées par les médias de masse, par les politiciens, par les corporations, par les gouvernements, et même par certains médias dits « alternatifs » ou « indépendants ».

Cet aveuglement plus ou moins volontaire est dénoncé par une poignée de voix bien trop peu relayées, sauf par quelques médias de second plan, et quelques collectifs largement inconnus du grand public. En France, citons, pour exemple, les éditions de l’Encyclopédie des Nuisances de Jaime Semprun, René Riesel, Jean-Marc Mandosio, etc., le collectif grenoblois Pièces et Main d’Oeuvre (PMO), le mensuel La Décroissance, divers auteurs, anciens et actuels, comme Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Guy Debord, Pierre Fournier, Armand Farrachi, François Jarrige et Olivier Rey.

Si nous nous inspirons en partie des excellentes critiques qu’ils proposent, nous puisons également dans celles que formulent plusieurs auteurs anglophones, parfois jamais traduits en français, comme Lewis Mumford (qui a été traduit), Derrick Jensen (qui commence à l’être), Lierre Keith, Will Falk, Cory Morningstar, Arundhati Roy et bien d’autres. Nous essayons de diffuser, en France, les analyses de l’organisation écologique Deep Green Resistance (en français : Résistance écologique profonde) créée aux États-Unis, à travers, par exemple, un livre que nous venons de publier : Écologie en résistance : Stratégies pour une terre en péril (Vol. 1), qui présente des textes et discours de Vandana Shiva, Derrick Jensen, Stephanie McMillan, Lierre Keith et Aric McBay. Si je cite tous ces collectifs et tous ces auteurs, c’est pour vous encourager à découvrir leurs œuvres, qui sont cruciales et plus que jamais d’actualité, si ce n’est pas déjà fait.

L’article qui suit vise à brièvement exposer un des nombreux et des principaux problèmes liés à cette aspiration au positivisme : le mythe des énergies « renouvelables ».

En effet, l’écologie, dans le discours politique dominant aussi bien que dans celui des médias « alternatifs » ou « indépendants » et des principales ONG, tourne désormais, le plus souvent, autour du déploiement des sources d’énergie dites renouvelables, présentées comme des innovations pouvant nous permettre de concilier le maintien d’un certain confort industriel moderne et le respect de l’environnement ; les principales autorités, gouvernementales et scientifiques, de la civilisation industrielle ayant admis, in fine, que les énergies issues de combustibles fossiles et du nucléaire, étaient polluantes, écologiquement destructrices, outre qu’elles dépendaient de ressources finies.

Du gouvernement des États-Unis à celui de la Chine, en passant par celui de la France, de l’armée des USA à Jean-Luc Mélenchon, du Réseau Sortir du nucléaire à l’association negaWatt, de Greenpeace au WWF, des Colibris à Vinci Energies, d’Alternatiba au ministère de la Transition écologique et solidaire, tous en font désormais la promotion. Bien sûr, les motivations diffèrent, du moins en apparence.

Dans les faits, le déploiement de ces technologies s’avère aussi anti-écologique et antidémocratique que tout ce qui constitue la civilisation industrielle. Voici donc les principales raisons pour lesquelles lesdites énergies « renouvelables » sont une illusion marketing de plus — s’inscrivant dans la longue lignée d’illusions promues par les idéologues du progrès — qui nous mène, et la planète avec nous, droit au mur :

1. Ces technologies nécessitent des matières premières non-renouvelables, en grandes quantités, et donc des pratiques extractivistes nuisibles pour l’environnement, comme toutes les activités minières, ce qui n’est jamais discuté par leurs promoteurs. L’industrie des panneaux solaires, pour prendre l’industrie perçue comme la plus « propre », requiert, entre autres, les matériaux suivants, listés en avril 2016 par le site Resource Investor : l’arsenic (semi-conducteur), l’aluminium, le bore (semi-conducteur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photovoltaïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photovoltaïques), le gallium, l’indium (utilisé dans les cellules photovoltaïques), le minerai de fer (acier), le molybdène (utilisé dans les cellules photovoltaïques), le phosphore, le sélénium, le silicium, l’argent, le tellure et le titane. L’industrie de l’éolien requiert elle aussi une longue liste de matériaux dont l’aluminium, l’acier, des métaux stratégiques (terres rares, comme le néodyme), etc., pour la fabrication des 3000 pièces qui composent une éolienne. Même chose en pire pour l’industrie de l’hydrolien. Une partie de ces matériaux pourrait effectivement provenir du recyclage, mais pas la totalité, et de toute manière, le recyclage engendre des pertes, étant limité lui aussi (entre autres en raison de la complexité des alliages métalliques de plus en plus utilisés). En matière de technologies dites « vertes » cela ne semble poser problème à personne d’encourager des pratiques extractivistes — tant que ce sont d’autres gens qui se retrouvent obligés de travailler dans des mines, et que les dégâts environnementaux sont exportés (les habitants des environs du lac de Baotou, en Chine, en savent quelque chose). L’industrie des batteries au lithium qui servent au stockage des soi-disant énergies « vertes » est elle aussi socialement et écologiquement destructrice, ce qu’expose le Washington Post dans une série d’articles sur les pratiques extractivistes qu’elle requiert (dans les montagnes d’Amérique latine, par exemple), et le quotidien français Reporterre, notamment dans cet article intitulé « Corruption, pollution, consommation : les ravages du lithium en Argentine ». On entend désormais parler de nouvelles technologies de panneaux solaires basées sur le graphite, anticipons alors, les conséquences désastreuses de son extraction sont également rapportées par le Washington Post (désolé pour les non-anglophones, nous n’avons malheureusement pas de dossiers en français sur ces sujets). Les technologies dites « renouvelables » impliquent toujours des pratiques extractivistes nuisibles pour l’environnement. D’autant plus en raison de l’échelle colossale (planétaire) à laquelle leur développement est envisagé, ainsi que l’explique Olivier Vidal (directeur de recherches CNRS au laboratoire de l’Institut des sciences de la terre de Grenoble, dont les travaux ont fait l’objet d’un article dans la revue Nature Geoscience), dans une interview parue sur le site de l’Université Joseph-Fourier : « D’ici 2050, il faudra six ou sept fois la production mondiale d’acier actuelle pour les seuls secteurs des énergies renouvelables ». Si l’on prend en compte toute l’énergie grise nécessaire à leur conception et à leur déploiement, leur caractère soutenable et écologique est immédiatement remis en question, tout comme leur caractère démocratique (les industries des renouvelables reposent, comme toutes les industries de la société capitaliste, sur l’exploitation salariale, la servitude imposée que l’on appelle salariat, sur les organisations sociales antidémocratiques que sont les États modernes, etc.). Pour paraphraser Aldo Leopold, si une pratique est écologique lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, ni la fabrication ni l’usage des technologies « renouvelables » ne sont écologiques. Lorsqu’on fait la promotion d’une technologie, quelle qu’elle soit, il faut s’assurer de connaître tout ce qu’elle requiert — bien que ce ne soit pas évident, puisque rien n’est fait pour l’encourager. Il est absurde de promouvoir comme solutions aux problèmes de notre temps des technologies impliquant exploitations sociales et destructions environnementales, même si celles-ci se font à l’autre bout du monde.

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2. Ces pratiques extractivistes sont dépendantes des combustibles fossiles, ainsi que l’explique le chercheur américain Ozzie Zehner — dont nous avons traduit une excellente interview — dans son livre Green Illusions : The Dirty Secrets of Clean Energy and the Future of Environmentalism  (qui n’a malheureusement pas été traduit, et dont le titre français serait : Les illusions vertes: les vilains secrets de l’énergie propre et le futur de l’environnementalisme). Ozzie Zehner explique ainsi que nous devrions parler d’énergies alternatives « dérivés des combustibles fossiles », et pas d’énergies « renouvelables », ou « vertes », ou « propres ». Le site web IEEE Spectrum, un magazine anglophone édité par l’institut des ingénieurs en électricité et électronique (Institute of Electrical and Electronics Engineers IEEE), a d’ailleurs publié, en 2016, un article intitulé « To get wind power you need oil » (en français : « Pour obtenir de l’énergie éolienne, nous avons besoin de pétrole ») dans lequel il expose la dépendance au pétrole de la fabrication des éoliennes, et ce pour encore « très longtemps ». Dans l’interview d’Ozzie Zehner précédemment mentionnée, il ajoute également que les emplois « verts » et les énergies vertes « ne serviront à rien dans la résolution de la crise que nous traversons, qui n’est pas une crise d’énergie mais plutôt de consommation ». Gail Tverberg, analyste et auteure qui étudie les problèmes liés à la question énergétique, vient de publier un article (le 30 janvier 2017) dans lequel elle explique qu’il faudra 860 ans pour que l’utilisation de combustibles fossiles soit totalement abandonnée (en l’an 2877, donc). Dans son dernier rapport sur « Les chiffres clés des énergies renouvelables », en date de 2016, l’Agence internationale de l’énergie (International Energy Agency, IEA) rapporte que le solaire et l’éolien fournissent aujourd’hui moins de 1% de l’énergie totale utilisée par les humains. C’est-à-dire qu’après 30 ou 40 années de déploiement de ces énergies, leur importance reste dérisoire et négligeable au regard de la consommation énergétique de la civilisation industrielle. De la poudre aux yeux.

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3. En plus de ne pas être démocratique, puisqu’elle encourage des exploitations sociales mondialisées, la promotion de ces technologies « vertes » bénéficie avant tout aux grands groupes industriels, et renforce donc le contrôle corporatiste. Quelques exemples de tailles : le conglomérat industriel Adani (qui investit également dans les activités minières, dans le charbon, etc.) possède la plus grande centrale solaire du monde, en Inde ; le groupe Vinci s’occupe du développement de centrales solaires en France, au Sénégal, et ailleurs ; l’armée US est un des plus grands promoteurs des technologies « renouvelables » et en particulier des centrales solaires, qui fleurissent sur ses bases militaires ; la deuxième plus grande centrale solaire du monde (qui a été détrônée par la construction en Inde de celle du groupe Adani) appartient au groupe Berkshire Hathaway, un conglomérat et une société d’investissement US, dirigé par Warren Buffett et Charlie Munger, qui compte Bill Gates à son directoire et qui est, selon le Forbes Global 2000, la quatrième entreprise mondiale (on ne va pas détailler plus, vous comprenez bien qu’elle possède des investissements dans à peu près tout). Pour plus de renseignements, suivez ce lien. Rappelons également qu’Engie (anciennement GDF Suez), Vinci et Areva s’associent pour développer l’éolien en France. Les activistes du mouvement écologique qui font la promotion de ces technologies se changent ainsi en lobbyistes au service de grands groupes industriels, comme l’explique Derrick Jensen.

4. En plus des dommages liés à l’extractivisme et à la dépendance des combustibles fossiles, le développement des énergies dites « vertes » est à l’origine d’autres destructions écologiques. On peut s’en rendre compte en analysant un certain type d’articles mensongers (dont les titres sont de l’ordre de : « Le Costa Rica tourne à 100 % avec des énergies renouvelables »), qui participe à la création d’un mythe qui entoure les sources d’énergie dites « renouvelables ». Confondant très souvent énergie et électricité, ou assimilant les deux (premier mensonge), ces éléments de désinformation encensent une des industries les plus dommageables pour le monde naturel : l’industrie des barrages, qui anéantit la biodiversité des rivières qu’elle ravage, qui participe au réchauffement climatique (le célèbre climatologue James Hansen dit des barrages qu’ils sont des « usines à méthane »), et qui entraîne des expulsions et des déplacements massifs de population (dénoncés, entre autres, par Arundhati Roy dans son magnifique essai publié en France sous le titre Le coût de la vie). Pour plus de détails sur les destructions écologiques et sociales qu’engendrent les barrages, vous pouvez lire notre article : « Les illusions vertes : le cas des barrages (& non, le Costa Rica n’est pas un paradis écologique) ». Soulignons une autre nuisance écologique grave. La principale source d’énergie soi-disant « renouvelable », en Europe, correspond actuellement à la production d’électricité issue de l’incinération de biomasse, dont le Guardian, et d’autres quotidiens de premier plan, ont récemment révélé qu’elle entraîne la destruction des forêts d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs, dont les arbres sont importés pour être brûlés. Pour plus de renseignements sur la catastrophe écologique de cette production d’énergie à partir de biomasse, vous pouvez lire notre article : « Les illusions vertes : brûler des forêts (ou des monocultures d’arbres) pour l’électricité ».

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5. Dernier point. Le plus important. La destructivité de la civilisation industrielle ne relève pas que de la manière dont elle produit l’énergie qu’elle consomme. La civilisation industrielle détruit la planète au travers des activités, des processus et des pratiques qui sont rendus possibles grâce à la production industrielle d’énergie (supposément verte, renouvelable, ou pas). Bien avant le début de l’utilisation des combustibles fossiles, la civilisation, le type de société humaine basé sur la croissance de villes, avait déjà appauvri la biodiversité mondiale, altéré le climat, et massivement déboisé et ravagé la planète. La production industrielle d’électricité (soi-disant verte, renouvelable, ou pas) permet seulement une accélération exponentielle de ces destructions. Et plus on augmente la quantité d’énergie disponible, plus les destructions se multiplient.

Les éner­gies dites « renouve­lables »

Que les usines Nike se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des milliers de travailleurs et qu’elles utilisent massivement des « ressources naturelles » de manière insoutenable, afin de produire des vêtements hors de prix (vendus dans des centres commerciaux qui, même recouverts de panneaux solaires, demeurent de très bons exemples du caractère anti-écologique et inégalitaire de l’ensemble de la civilisation industrielle). Que les usines où sont fabriqués les iPhones d’Apple se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des milliers de travailleurs, qu’elles utilisent massivement des « ressources naturelles » (dont les extractions détruisent le monde naturel et nécessitent également l’exploitation de milliers de travailleurs dont des enfants, comme au Congo où sont extraits, entre autres, le cobalt et le coltan) de manière insoutenable. Que vous rouliez dans une voiture électrique avec batterie au lithium, et donc très certainement au cobalt, ne change en rien le fait que votre voiture a dû être fabriquée dans une usine, qui utilise massivement des « ressources naturelles » de manière insoutenable, qui exploite un certain nombre de travailleurs, et relève d’un modèle de société inégalitaire et insoutenable. Que la toiture d’une usine de camions Ford (comme de celle Wayne, dans le Michigan, aux USA) se recouvre de panneaux solaires ne change pas le fait que cette usine produit des camions (et tout écologiste qui se respecte devrait savoir que les camions sont tout sauf essentiels à la santé des écosystèmes), en exploitant travailleurs et matières premières (de manière insoutenable dans les deux cas). Que six usines de Renault ou que l’usine espagnole de General Motors, à Saragosse, se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait que Renault et General Motors participent, avec Ford, du secteur particulièrement nuisible qu’est l’industrie automobile.

Énergies renouvelables, vraies fausses solutions

Loin d’être mises au service d’une illusoire transition énergétique vers un mode de vie soutenable, les énergies dites « renouvelables » s’ajoutent aux autres, qui continuent de se développer (on construit des centrales à charbon et nucléaires dans le monde entier, en Asie, en Amérique, en Afrique, en Océanie, et en Europe, où plus de 10 pays construisent ou planifient la construction de réacteurs) : toutes alimentent le fonctionnement normal, mais aussi la croissance et l’étalement de la société de consommation industrielle. Ce que rappelle Jean-Baptiste Fressoz dans son texte « Pour une histoire désorientée de l’énergie » :

« Du fait de la crise climatique, l’histoire de l’énergie connaît actuellement un regain d’intérêt. Selon certains historiens, l’examen des ‘transitions énergétiques’ du passé permettrait d’élucider les conditions économiques propices à l’avènement d’un système énergétique renouvelable. Cette histoire de l’énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu’elle étudie sous le nom de ‘transition énergétique’ correspond en fait très précisément à l’inverse du processus qu’il convient de faire advenir de nos jours.

La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au 20ème siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative. »

La bulle autocentrée dans laquelle certains écologistes semblent réfléchir ne reflète pas du tout les aspirations des populations du monde, qui ne se préoccupent majoritairement pas (ou de manière tout à fait secondaire) des problèmes environnementaux — d’où les explosions de ventes de smartphones, de tablettes et d’autres gadgets électroniques en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, d’où le fait qu’1,4 milliards de foyers sur les 1,8 que compte l’humanité possèdent au moins une télévision (!), un nombre qui ne cesse de croître. Elle oublie qu’elle ne concerne qu’une minorité d’individus au sein des pays les plus développés, et ignore les volontés de ceux qui gouvernent et orientent véritablement la société industrielle, comme les dirigeants corporatistes, à l’instar de Jeff Bezos, PDG d’Amazon, qui déclare que :

« Nous ne voulons pas vivre dans un monde rétrograde. Nous ne voulons pas vivre sur une Terre où nous devrions geler la croissance de la population et réduire l’utilisation d’énergie. Nous profitons d’une civilisation extraordinaire, alimentée par de l’énergie, et par la population. […] Nous voulons que la population continue à croître sur cette planète. Nous voulons continuer à utiliser plus d’énergie par personne. »

Ainsi, le pire et le principal problème que pose la promotion des énergies « renouvelables » relève du fait que leur développement se met au service de la société de industrielle, de sa propagation, de sa croissance, du système économique de production et de consommation d’objets plastiques et électroniques tous plus polluants les uns que les autres, et finalement d’une seule culture, au détriment de la pléiade que la planète abritait auparavant. Ce qui apparaît clairement lorsqu’on observe ce qui se passe en Afrique, où le développement des énergies dites « renouvelables » (qui s’opère en parallèle au développement des énergies pas renouvelables du tout), permet et encourage l’achat de télévisions, de réfrigérateurs, de smartphones, d’ordinateurs, etc. Même chose dans le Pacifique, avec l’exemple terriblement significatif de l’archipel des Tokelau. Les énergies renouvelables, à l’instar des énergies non-renouvelables, servent à propager la modernité (la culture occidentale) à travers le globe, puisque l’hérésie de notre temps, c’est de ne pas avoir l’électricité (et l’accès aux possibilités de consommation industrielle), et que les nouveaux messies sont ses promoteurs. Sous couvert de philanthropie, des campagnes de déploiement du réseau électrique mondial et des infrastructures de transport promettent de sortir tous les peuples encore non-industrialisés, non-civilisés, des ténèbres dans lesquelles ils évoluent encore. Ceux qui refusent l’électricité, comme ces peuples de la Sierra Nevada, en Colombie, et qui se battent contre ce « développement », contre ce que l’Occident présente comme « le progrès », ou comme la civilisation (et tous ceux qui refusaient le développement et l’électricité et la civilisation mais qui ont été massacrés) ne sont pas médiatisés, bien que ce soit de leurs modes de vie que nous devrions nous inspirer. Les technologies « vertes » servent donc à diffuser un seul mode de vie, d’être, et surtout d’avoir, une monoculture de consommation industrielle. Sachant que toutes les industries de production de biens en tous genres (électro-métallo-plastiques) sont polluantes et insoutenables (cf. la croissance quasi-exponentielle des déchets électroniques, qui polluent lourdement les sols, les océans et l’atmosphère, sont peu recyclés et recyclables, et sont encore largement déversés dans les pays en développement). En d’autres termes, la focalisation de la question écologique sur la seule problématique de la production énergétique permet de dissimuler l’ampleur de ce qui pose réellement problème : à savoir que toutes les productions industrielles sont polluantes, que toutes sont toxiques, que toutes sont insoutenables (de l’industrie chimique, à l’industrie textile, en passant par les industries agricole, automobile, électro-informatique, du jouet, de l’armement, cosmétique, etc.). En résumé, l’industrie des énergies « renouvelables » se développera de plus en plus mais cela ne règlera aucun des problèmes liés à l’insoutenabilité totale de la civilisation industrielle et de son économie mondialisée. Même si elle parvenait à être entièrement alimentée par ces énergies dites « renouvelables », même si cela était véritablement possible, la civilisation industrielle continuerait d’être un désastre social et écologique.

Pour illustrer ce point, l’exemple de l’industrie de la construction : Étant donné le niveau de dépendance et d’interdépendance en termes de ressources et de main d’œuvre inhérent à l’économie industrielle, qui est inévitable étant donné la répartition des matières premières nécessaires aux technologies complexes (et donc aux « renouvelables »), les énergies « vertes » sont d’autant plus anti-écologiques qu’elles dépendent des infrastructures de transport et donc du secteur de la construction de la société industrielle, eux-mêmes largement insoutenables. Ainsi que le formule l’entreprise de construction britannique privée Willmott Dixon dans un dossier sur les impacts de la construction (routes, bâtiments, etc.) : « Près de la moitié des ressources non-renouvelables que l’humanité consomme est utilisée par l’industrie de la construction, ce qui en fait l’une des moins soutenables au monde ». Sachant que la longueur du réseau mondial de routes et d’autoroutes, déjà insoutenable, donc, va plus que doubler d’ici 2050 (« D’ici  2050 la longueur des routes bétonnées du monde aura augmenté de 40 à  65 millions de kilomètres », explique William Laurance, professeur à l’université James Cook en Australie, dans un article que nous avons traduit). Sachant également que la surface totale des zones urbaines du monde devrait tripler au cours des quatre prochaines décennies, comme l’a récemment rapporté le Guardian (imaginez donc, « l’industrie de la construction » est « l’une des moins soutenables au monde », et pourtant les constructions ne vont faire que croître au cours des prochaines décennies). Et sachant que la segmentation du monde naturel (des « écosystèmes ») par le réseau routier actuel est d’ores et déjà insoutenable pour la biodiversité planétaire, pour les communautés naturelles que sont les forêts et les prairies, comme l’indiquent de nombreuses études sur l’impact des routes. En quoi le déploiement des technologies dites « renouvelables » va-t-il résoudre ce problème de l’impact insoutenable et croissant de l’industrie de la construction sur la planète ? Selon toute probabilité, il ne va faire que l’aggraver, ce qu’il fait déjà.

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Il est un sujet crucial dont peu de gens discutent, et qui est pourtant au cœur de tout ce que nous venons d’écrire : la démesure, l’échelle et la complexité inhumaines (qui dépassent l’entendement) de nos sociétés industrielles, ou de la société industrielle puisque son fonctionnement est à peu près le même de Paris à Kuala Lumpur. Tant que l’être humain vivait en communautés restreintes, relativement autosuffisantes et autonomes, il était en mesure de comprendre et de maîtriser — individuellement, ou au moins de manière collective, à l’aide des autres membres de sa communauté — les technologies qu’il avait à sa disposition. Aujourd’hui, la majorité d’entre nous ignorons tout des technologies que nous utilisons au quotidien (en quoi, où et par qui votre brosse à dent a-t-elle été fabriquée ? Votre réfrigérateur ? Votre montre ? Votre voiture ? D’où viennent et quels sont les matériaux dont votre logement est construit ? Dont les panneaux solaires sont fabriqués ? Les éoliennes ? Les barrages ? Votre frigo ? Les sondes spatiales envoyées dans l’espace par les institutions qui vous gouvernent, et avec vos impôts ? Les armes dont votre gouvernement fait mondialement commerce ? etc.). De la même manière, la plupart d’entre nous ne connaissons pas les codes législatifs qui régissent nos vies, n’avons pas lu la constitution, ne sommes absolument pas en mesure de suivre au quotidien toutes les décisions des différents échelons gouvernementaux concernant la politique intérieure de notre pays, encore moins concernant la politique étrangère, et encore moins celles des gouvernements étrangers. En bref, la complexité — croissante — de la société industrielle nous dépossède de toute maîtrise sur notre destin individuel autant que collectif. Les dispositions qui la régissent sont l’affaire d’une élite de spécialistes et de dirigeants étatiques et corporatistes. La liberté moderne tant vantée n’est qu’une illusion marketing qui dissimule une soumission au fonctionnement rigide et impitoyable d’un système technologique démesuré, qui n’offre pour seule liberté qu’un choix de consommateur entre différentes marques et différents produits, et qui impose la servitude moderne du salariat. La seule manière de retrouver la vraie liberté, qui relève de l’autonomie et de l’autosuffisance, est de réduire la chaîne de dépendance des techniques utilisées afin qu’elle soit circonscrite dans le champ de l’entendement et de la maitrise communautaires. Ce qui correspond à la distinction entre techniques autoritaires et techniques démocratiques formulée par Lewis Mumford, et mériterait d’être approfondi par la lecture des auteurs technocritiques mentionnés au début de cet article.

Rappelons et précisons que les énergies issues de combustibles fossiles, ainsi que l’énergie nucléaire, sont bien évidemment anti-écologiques, et que si nous critiquons ici les énergies dites « renouvelables », ce n’est pas pour défendre les premières, mais simplement pour exposer en quoi toutes les productions industrielles d’électricité, au même titre que toutes les activités industrielles, devraient être abandonnées (sachant, de toutes manières, qu’elles le seront à terme, et à court terme d’ailleurs, que nous le voulions ou pas, en raison de leur caractère largement insoutenable, ici exposé). Ce qui priverait effectivement la partie la plus privilégiée de l’humanité du confort industriel moderne, et ce qui l’obligerait à réapprendre à vivre de manière autonome, en relation directe avec son environnement. Mais ce qui la libèrerait également d’une existence creuse, automatisée, standardisée, et de sa servitude envers un système machiniste insensé et incontrôlé. Et ce qui mettrait un terme à la destruction de la planète. La peur de souffrir d’un manque en renonçant au confort industriel, ou en en étant privé, est une réaction compréhensible. D’ailleurs, Rex Tillerson, PDG d’ExxonMobil — une des plus importantes sociétés pétrolières et gazières du monde — que Donald Trump a nommé secrétaire d’État des USA, a déclaré en 2013 : « A quoi cela sert-il de sauver la planète si l’humanité souffre ? ». Ce qu’il faut comprendre, et ce dont il faut se rappeler, c’est que jusqu’au début du 20ème siècle, l’humanité avait survécu et prospéré sans le confort industriel moderne et, accrochez-vous, qu’à travers le globe, beaucoup d’existences étaient heureuses, que la vie ne se réduisait pas à la torture sombre et violente dépeinte par la culture dominante. L’humanité n’a pas « souffert » jusqu’à l’invention de l’électricité et de l’économie industrielles. Il est grotesque et très présomptueux de prétendre que la modernité a apporté le bonheur, ce qui, au vu du mal-être mondialisé, de l’explosion du stress, des burnouts, des angoisses et des troubles mentaux, des taux de suicides et des prescriptions d’antidépresseurs, est aisément contestable. (Tout ceci mériterait de bien plus amples discussions sur l’idée de progrès et sa réalité, et sur l’histoire et la façon dont elle est présentée). Mais, bien sûr, ce que Rex Tillerson entendait par sa question était plutôt : « A quoi cela sert-il de sauver la planète si mon compte en banque et mon pouvoir en souffrent ? » ou « A quoi cela sert-il de sauver la planète si nous, les industriels du monde riche, la classe dominante des privilégiés, ne sommes plus en mesure de bénéficier de la souffrance et de l’exploitation du tiers-monde et du monde naturel ? »

Bien sûr, dans une culture largement contaminée par le culte du progrès, véritable religion moderne, tout ce qui relève du renoncement est hérésie. Dès lors, l’espérance commune consiste à croire qu’il est possible de sauver la planète de la destruction, de faire de nos sociétés industrielles des sociétés démocratiques et écologiques, sans jamais avoir à renoncer à quoi que ce soit, ou presque, et surement pas à l’électricité industrielle. Les sacrifices admis relèvent, au mieux, de l’alternative, de la substitution. Le marketing se charge de faire croire que les énergies « vertes » remplaceront les énergies sales, la nourriture industrielle devient de la nourriture industrielle bio™, ou équitable™, comme les téléphones portables (le fair phone, téléphone équitable), les voitures deviennent des éco-voitures™, la construction de l’éco-construction™, le plastique du bioplastique™, et ainsi de suite. Une illusion de changement qui ne résout rien, comme nous le constatons tous les jours ; l’inverse du si précieux conseil d’Hippocrate : « Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui demander s’il est prêt à supprimer les causes de sa maladie. Alors seulement il est possible de l’éliminer. » L’idée obsessionnelle de progrès (technologique ou social), au centre de la culture dominante, n’a aucun sens et aucun autre but que sa propre perpétuation (que le marketing a brillamment associé au bonheur, avec lequel elle n’a pourtant rien à voir). Elle nous pousse à conserver les causes de notre maladie, à les rendre durable™, à les aménager, mais jamais — Dieu (qui est technologie) nous en garde ! — à les supprimer, à y renoncer. Ainsi, la croyance en un progrès technologique pouvant faire advenir un monde écolo-démocratique parfait perpétue la maladie.

Tandis que sur le terrain, la promotion et le développement des énergies « vertes » ne bénéficient pas au monde naturel, aux plantes et aux animaux non-humains, qui souffrent directement de l’implantation de ces nouvelles machines industrielles, des barrages aux centrales solaires en passant par les usines à biomasse et par les parcs éoliens, et indirectement, en raison des points exposés dans ce texte. (Nous pourrions souligner l’exemple de la centrale solaire de Cestas, en France, près de Bordeaux, la plus grande d’Europe, qui a nécessité l’abattage de 250 hectares de pinède ; un projet du consortium Eiffage, Schneider Electric, Krinner). Elles ne bénéficient pas non plus aux êtres humains que ces nouvelles industries exploitent, ou à ceux que la société industrielle continue et continuera à exploiter, et à tous ceux, humains et non-humains, qui viendront au monde sur une Terre au climat détraqué, à la biodiversité fortement appauvrie, et dont l’air, l’eau et le sol seront contaminés.

Pour toutes ces raisons, il est essentiel que nous comprenions, et que nous nous rappelions, que les besoins du monde naturel sont plus importants que les besoins des économies, et des sociétés humaines, puisque sans un environnement sain, aucune société n’existe, ni aucune économie. Et le monde naturel a besoin que nous démantelions autant d’usines que possible, et qu’au minimum nous cessions d’en construire ; il a besoin que nous mettions fin aux productions en masse de l’industrialisme, et qu’au minimum nous les réduisions de manière drastique, et qu’au strict minimum nous stoppions leur croissance ; il a besoin que nous délaissions une large partie de nos infrastructures de transport et de communication, et qu’au minimum nous cessions de les étendre, et ainsi de suite. Ce à quoi le développement des énergies « renouvelables » ne participe pas.

La magnitude du caractère insoutenable de la civilisation industrielle est largement occultée par les grands médias, qui n’en soulignent presque jamais les différentes problématiques, et qui les relient plus rarement encore. La tête dans le guidon du quotidien, du métro-boulot-dodo, et l’esprit hypnotisé par les informations filtrées et standardisées que diffusent les haut-parleurs culturels de la société de masse, nous évoluons majoritairement dans une réalité fabriquée de toutes pièces, par et pour certains groupes d’intérêts.

C’est pourquoi il est si rare de lire ce genre d’analyse dans les médias grand public, dont le fonctionnement, et les lignes éditoriales (ou plutôt, la ligne éditoriale) impliquent de ne pas communiquer de critiques aussi « radicales » de la civilisation et de son caractère anti-écologique ; de ne pas relayer les perspectives d’un effondrement inéluctable qui emportera ce que tant prennent pour les accomplissements les plus importants de l’humanité, ce sans quoi la plupart ne s’imaginent plus vivre (ayant perdu les savoir-faire qui le permettraient). Faute de quoi ils risqueraient d’ébranler la paix ou, plutôt, la léthargie sociale qui garantit la continuation de la civilisation industrielle sur ses tendances destructrices. Par conséquent, les rares tribunes « écologiques » que les médias de masse se permettent de diffuser sont celles qui promettent des sorties de crise en forme de lendemains qui chantent, à l’aide de pseudo-solutions technologiques n’impliquant presque aucun renoncement, du genre de celles que nous exposons ici, et qui sont autant de nouvelles nuisances pour le monde naturel. Tandis que nous rapportons la nécessité d’une transformation fondamentale et planétaire de tous nos modes de vie, d’un réapprentissage de la vie communautaire locale, indépendante de tout industrialisme et de tout économie mondialisée, d’une lutte contre tous les projets de développement industriel, qu’ils soient présentés comme « verts » ou pas, la nécessité du démantèlement intégral des structures de pouvoir et des infrastructures industrielles existantes, sans quoi les destructions écologiques (dont la 6ème extinction de masse) et les exploitations sociales ne cesseront pas, avec un écroulement global à la clé.

***

En 2016, lors de la 15ème session du Forum permanent de l’ONU sur les questions autochtones, à New York, Ati Quigua, une autochtone dont le peuple vit dans les montagnes colombiennes, résumait ainsi leur lutte : « Nous nous battons pour ne pas avoir de routes et d’électricité — cette forme d’autodestruction qui est appelée ‘développement’ c’est précisément ce que nous essayons d’éviter. »

Il y a plus de bon sens dans cette seule phrase que dans l’ensemble du discours écologiste grand public.

Puissions-nous nous en inspirer.

Nicolas Casaux


En exclusivité, un aperçu en images du magnifique futur vert que nous vendent les promoteurs des « renouvelables »

Des espaces riches en biodiversité :

 

La plus grande centrale solaire du monde, en Inde.
La plus grande centrale solaire d’Italie. Montalto Di Castro.

La planète après avoir été sauvée :

Centrale solaire en Californie

Des panoramas fabuleux :

Des horizons majestueux :

Des processus symbiotiques qui respectent le vivant :

Des paysages grandioses :

Les photomontages qui en font la promotion sont tout aussi effrayants : Une monoculture végétale et une monoculture éolienne

De belles usines capitalistes recouvertes de panneaux solaires :

Et d’autres usines, et d’autres panneaux sur les toits, à Singapour :

Et des stations-services recouvertes de panneaux solaires (merci Total) :

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  1. Merci à vous pour cet, encore une fois, excellent article !
    Et sur ce thème là franchement cela faisait un moment que cela me démangeait de l’écrire mais de votre part cela ne pouvait être que d’une bien meilleure veine, écriture et analyse. Merci à vous d’exister, j’ai proposé à un ami de mettre en forme vos articles en format distribuable pour les distribuer dans la rue (le papier avait de l’importance auparavant et permettait au moins l’échange humain, de toucher des gens qui ne viendraient pas à ce genre d’infos et donnais par la suite la possibilité d’engager des actions collectives). Mais merci d’exister sur ce net où j’ai l’impression que l’analyse n’existe plus, qu’elle se dilue dans un maelstrom d’infos complotistes, superflus, pré-digérées ou consensuelles et où malheureusement de plus en plus de gens passent par là pour s’y informer…

    Je voulais par là même occasion vous demander si il était possible de republier en partie ou en totalité l’article ci-dessus en partie ou en totalité sur mon blog, en mettant bien en avant votre site ?

    Sinon, pour info, les forages de prospections miniers commencent en France (j’ai eu l’info qu’ils ont été menés il y a déjà un an dans le nord du 44, qu’ils commencent tout juste dans le Maine et Loire et qu’ils vont commencer en Bretagne mi-Février).
    J’espère que la mobilisation contre ces projets va faire prendre conscience à suffisamment de personnes que cet appétit exponentiel de notre économie et de la technologie pour les ressources minières et naturelles se déroulent déjà ailleurs dans le monde pour notre petit confort…Confort aujourd’hui menacé par la nécessité des multinationales et Etats des pays riches de trouver jusqu’à la dernière miette de ces ressources quitte à menacer sa paix sociale…
    Comme vous le dites si bien, aujourd’hui nous assistons à un développement de l’écologie occidentale autocentrée sur elle-même qui ne se concentre que sur les initiatives développées localement mais qui ne remet en rien en cause la destruction sociale, écologique et économique que gouvernements et multinationales causent de plus en plus dans le monde entier et particulièrement dans les pays du Tiers-Monde.
    Nous devons à la fois lutter contre ce mythe de la société moderne, être lucide sur la catastrophe à venir et à la fois créer le monde de demain (mais pas celui que nous présente Cyril Dion, désolé Cyril mais j’ai vraiment du mal avec ton film beaucoup trop positiviste, consensuel et annihilant toute envie de résistance à mon goût) pour diminuer l’ampleur de la catastrophe et retrouver le chemin de la simplicité, de la solidarité et des relations étroites et équilibrées avec la nature.

    Permaculture et Révolution en somme ! 😉

    Amicalement,

    Yoann du blog docuclimat
    https://docuclimat.com/

    1.  » (…) mais qui ne remet en rien en cause la destruction sociale, écologique et économique que gouvernements et multinationales causent de plus en plus dans le monde entier et particulièrement dans les pays du Tiers-Monde. »

      Nous avons trop souvent, à mon sens, la facilité de dénoncer des instances informes et lointaines pour avoir le confort intellectuel de se dédouaner de nos propres responsabilités.

      Gouvernements et multinationales existent, en partie, parce que je consomme l’électricité nécessaire à écrire ce commentaire, et que j’utilise en (dés-)ordinateur que j’ai acheté en âme et conscience, en sachant l’exploitation et la pollution que cela impliquait.

      J’ai encore une longue route à parcourir en sens inverse avant de tendre vers un minimum de cohérence, puissiez-vous également vous en rendre compte. Je pourrai critiquer le système avec cohérence (même si je pense que je m’en moquerai bien à ce moment-là), dès lors que je n’en ferai plus du tout partie. Or, si je n’en fait plus partie, mes moyens techniques, de communication et de propagation de ma critique, seront largement limités, si pas inexistants.

      Dès que possible, ne faites rien, cela a plus d’impact de changement, à mon sens, que de tenter de « faire quelque chose ». D’ailleurs j’aurais pu ne pas écrire ce commentaire…encore une longue route à parcourir avant de s’arrêter ! Paradoxe, quand tu nous tiens.

  2. Lecteur de la Décroissance je ne puis qu’être d’accord avec cet article.
    Mais il serait non moins utile de dépolluer AUSSI votre site qui comme actuellement sur la Tour Eiffel dégouline de « globish »(Leave a commentYour email address will not be published.Comment)
    Car c’est d’abord nos têtes qui sont polluées par le style de vie imposé(dont la langue).
    Commençons par nous respecter nous-mêmes si nous voulons être respectés.
    René Ballaguy Citoyen du Monde.

  3. Certes certes René Ballaguy, vous veillerez aussi de votre côté de mieux indiquer votre appartenance à un territoire (qui est toujours plus que seulement cela), comme Français et non « citoyen du monde », expression qui dans son fondement vaut autant que le globish dont vous dénoncer par ailleurs justement l’envahissement. Ne vous assimilez pas à ces citoyens de nulle part, auxquels s’identifient les imbéciles qui défendent les apatrides mondialistes. Eux sont sans racine, tranhsumanistes pour la plupart et ne croient en rien si ce n’est dans leur petit ego matérialiste. De toute manière, nous sommes trop nombreux sur terre et le menage sera fait de manière brutale dans assez peu de temps, je pense. Ce qui n’est finalement que dans l’ordre naturel des choses. La peste mondialiste sera emportée avec tous les idiots utiles qui la servent depuis des décennies. Vivement la Grande Purge !

    1. Je vous lis par hasard, de Corinne M-D à Reporterre, site qui a l’équité de publier un brave homme qui vous cite. Autant je vous suis dans la critique du « packaging renouvelable », autant je ne comprends pas, humainement, comment vous pouvez publier le message ci-dessus…????

  4. Lire et comprendre tout ce qu’il y a dans votre articles et dans le livre « le sens du vent » d’Arnaud Michon, par exemple (un excellent article aussi sur « lundimatin », n’est pas à la portée de tout le monde. Nous sommes ici en direct avec le problème, avec des groupes politiques comme les verts, la gauche et encore des associations de protection de la nature, qui ont fait des énergies renouvelables les sauveuses de leurs programmes et de leur raison d’être. Même le mouvement « Solidarités » a soutenu un projet immense de développement éolien industriel sur un site protégé en Suisse. La confusion est totale. Les jeunes foncent têtes baissées dans ces illusions. Nous témoignons régulièrement avec mon mari (nous sommes parmi les très rares à assumer publiquement notre opposition et on vient souvent nous voir pour des travaux scolaires ou autres) nous leur donnons des liens, leur expliquons les pièges de la communications officielle, etc…. mais soit ils restent tièdes soit ils titrent en faveur de ces énergies. Je suis parfois découragée. Je pense que ce piège-là sera le plus efficace pour anéantir les luttes locales. Dans mon village, ils viennent d’installer des caméras de surveillance sur un parc de deux éoliennes dont le transformateur a été incendié. Nous vivons dans une région magnifique qui était très préservée. Cette surveillance installée en pleine campagne, sur un pâturage communal, s’est faite sans aucune consultation publique. Les propriétaires des éoliennes ne sont pourtant que locataires du site. mais les citoyens n’ont plus rien à dire sur ce qu’il se passe là-haut. Ils font péter les derniers verrous pour s’approprier et industrialiser des espaces naturels jusqu’ici libres ou protégés, sous couvert d’écologie. Et la majorité n’y voit rien. Applaudit même cette colonisation, fière de participer à la transition énergétique. Mes coups de gueules dans la presse régionale sont appréciés par quelques uns, on me félicite de résister même. Mais les énergies renouvelables gardent la quote et les cantons élaborent des plans terrifiants pour « sauver le monde »… C’est une machine immense et très destructrice qui est en route. Notre information doit sortir de nos sites et de nos blogs pour atteindre beaucoup plus large et beaucoup plus souvent.

  5. Un petit commentaire négatif ne fera pas de mal. Moi qui cherchais une critique constructive des énergies renouvelables pour alimenter ma réflexion sur le sujet, je trouve encore une fois un article sensationnaliste type « les énergies renouvelables sont un mensonge » qui jette le bébé avec l’eau du bain. Sans trop m’étendre sur le sujet je souhaiterais simplement rappeler que le termes « énergies renouvelables » inclut également des productions non-électriques telles que le bois-énergie, la géothermie, le solaire thermique domestique et la récupération de chaleur fatale. Je nuancerait également votre point de vue sur la fuite en avant technologique que constituerait les renouvelables en rappelant que les objectifs de la France dans le développement des énergies renouvelables qui proviennent de feu les accords de Kyoto s’inscrivent dans une politique cohérentes (sur le papier nous sommes d’accord) visant en premier lieu la sobriété, la maitrise de l’énergie et le recours aux énergie renouvelables. Il est facile de rejeter toutes les solutions sous prétexte qu’elles ont un impact environnemental (comme toute activité humaine).

    1. Tes arguments me confirment que j’aurais du développer dans cet article des points que je développe dans d’autres, donc, si tu veux bien, lis ceux-ci, et reviens me dire ce que tu penses du sujet :

      1. http://partage-le.com/2017/07/letrange-logique-derriere-la-quete-denergies-renouvelables-par-nicolas-casaux/
      2. http://partage-le.com/2017/08/ce-nest-pas-seulement-la-production-delectricite-qui-pose-probleme-cest-son-utilisation-et-tout-le-reste/

  6. Ok, le constat et le développement sont bien écrits, intéressants et totalement décourageants. Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On va vivre dans une grotte sans chauffage, sans électricité, sans ordinateurs, sans téléphone et on circule à pieds ou à vélo???