Le 21 février 2017, le site web Repor­terre a publié une tribune qu’Hervé Kempf (le fonda­teur du site, ancien jour­na­liste du Monde) m’avait proposé d’écrire, qui trai­tait de la promo­tion et du déve­lop­pe­ment des éner­gies soi-disant « renou­ve­lables ». J’y présen­tais, en 6 points prin­ci­paux, et plus ou moins détaillés — en une version large­ment tronquée, d’en­vi­ron 5000 signes, ainsi qu’ils l’exi­geaient, tandis que la version complète était publiée sur notre site — en quoi leur déploie­ment pose problème, et ne résout pas la crise écolo­gique qu’il contri­bue à aggra­ver.

Cyril Dion, fonda­teur des Coli­bris, et réali­sa­teur du film docu­men­taire Demain, était censé me répondre dans une tribune publiée le lende­main.

Malheu­reu­se­ment, son texte ne répon­dait pas au mien, ni aux 6 points que je soule­vais — à l’ex­cep­tion d’un seul, loin d’être le plus impor­tant. Déce­vant mais pas éton­nant.

J’ai demandé un droit de réponse, qui m’a été accordé. Seule­ment, parce que ma réponse ne tient pas en 5000 signes et parce que je crois qu’il est absurde d’obéir aux restric­tions qui se basent sur la présomp­tion selon laquelle les gens ne lisent pas les articles trop longs, et parce que la problé­ma­tique mérite plus de profon­deur qu’un argu­men­taire super­fi­ciel (façon ONU, avec son guide « à l’at­ten­tion des pares­seux qui veulent sauver la planète »), et parce que je voulais être libre d’écrire ce que je pense, je préfère la publier ici, sur le site de notre collec­tif.

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Avant d’en venir au contenu, un mot sur le titre de sa tribune (formulé par Repor­terre, mais qui est tiré du texte de Cyril Dion) : « Pour chan­ger la société, nous devons être des millions, pas une poignée de radi­caux. »

Mettons de côté l’objec­tif flou de vouloir « chan­ger la société ». Consi­dé­rons plutôt comment ce titre dénigre ouver­te­ment une caté­go­rie d’in­di­vi­dus qu’il quali­fie de « radi­caux » ; et pourquoi ce déni­gre­ment s’avère nuisible, pour plusieurs raisons.

Et d’abord parce que radi­cal signi­fie « Rela­tif à la racine, à l’es­sence de quelque chose », et qu’être radi­cal « n’est rien d’autre que d’em­poi­gner les problèmes à la racine », comme le rappe­lait Howard Zinn, et que faire autre chose qu’em­poi­gner les problèmes à la racine semble rela­ti­ve­ment absurde (comme si empoi­gner les problèmes de manière super­fi­cielle était une tactique sensée). Ce qu’un tel titre laisse entendre est domma­geable pour le débat écolo­gique. Quelle personne sensée affir­me­rait que ne pas s’at­taquer à la racine des problèmes est la solu­tion ?

(Cyril Dion a d’ailleurs écrit, en réac­tion à certains articles publiés sur notre site, et à propos du point de vue de ceux qu’il appelle les « radi­caux » que : « Ce qu’ils veulent est avoir raison dans leur coin et faire les malins. » Insi­nue-t-il par là qu’il vaille mieux avoir tort en groupe que raison tout seul ? Le doute est légi­time.)

Le titre, dans son ensemble, traite de la ques­tion des moyens, en vue de parve­nir à une certaine fin (« chan­ger la société »). Cette fin est un peu plus détaillée dans la suite de son texte. Avant de l’exa­mi­ner, rappe­lons simple­ment que comp­ter sur « des millions » pour « chan­ger » quoi que ce soit, relève du fantasme. L’His­toire de la société de masse, puisque c’est de cela qu’il s’agit, nous enseigne que des masses, il n’y a jamais rien eu à attendre, sinon l’obéis­sance aux élites diri­geantes, et une tendance à vouloir poli­cer ceux qui ne pensent pas comme elles (ce que l’ar­ticle de Cyril Dion illustre brillam­ment).

A l’ins­tar de René Riesel et de Jaime Semprun,

Nous n’at­ten­dons rien d’une préten­due ‘volonté géné­ra­le’ (que ceux qui l’in­voquent supposent bonne, ou suscep­tible de le rede­ve­nir pour peu qu’on la mori­gène avec assez de sévé­rité pour corri­ger ses coupables penchants), ni d’une ‘cons­cience collec­tive des inté­rêts univer­sels de l’hu­ma­ni­té’ qui n’a à l’heure actuelle aucun moyen de se former, sans parler de se mettre en pratique. Nous nous adres­sons donc à des indi­vi­dus d’ores et déjà réfrac­taires au collec­ti­visme crois­sant de la société de masse, et qui n’ex­clu­raient pas par prin­cipe de s’as­so­cier pour lutter contre cette surso­cia­li­sa­tion.

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Venons-en au contenu de sa tribune.

Cyril Dion ne répond qu’à un seul des points problé­ma­tiques que je souli­gnais vis-à-vis du déve­lop­pe­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables », celui qui concerne la fabri­ca­tion des tech­no­lo­gies néces­saires à la produc­tion de cette éner­gie. Bien qu’il feigne de recon­naître qu’il y a effec­ti­ve­ment un problème à ce niveau-là, il balaie rapi­de­ment cette idée en un tour de passe-passe empreint de foi reli­gieuse en l’idée de progrès : « Nous avons donc besoin d’in­no­ver et d’y consa­crer du temps, de l’argent et de l’éner­gie ». Le tour est joué. La fabri­ca­tion des tech­no­lo­gies qui produisent les éner­gies « vertes » est effec­ti­ve­ment destruc­trice, mais ça ira mieux Demain (progrès oblige). Quant aux 5 autres points souli­gnés dans ma tribune, rien.

Au passage, dans le fouillis de son gali­ma­tias, il tente de justi­fier son appel aux masses et son soutien exclu­sif de la « non-violence » en citant Srdja Popo­vic (ancien diri­geant d’OTPOR et co-fonda­teur du mouve­ment CANVAS), qu’il présente comme le « leader du mouve­ment qui a chassé Milo­se­vic en ex-Yougo­sla­vie ». Cet exemple très mal choisi témoigne d’une certaine mécom­pré­hen­sion de la géopo­li­tique. D’abord parce que la Fonda­tion Soros, l’USAID et la NED (cette « respec­table fonda­tion » qui « prend le relais de la CIA », ainsi que le titre le monde diplo­ma­tique) finan­cèrent toutes trois l’or­ga­ni­sa­tion OTPOR, cet « acteur majeur » du renver­se­ment de Milo­se­vic. Mais aussi parce qu’on sait, depuis certaines divul­ga­tions de Wiki­leaks, que Srdja Popo­vic a colla­boré avec la firme améri­caine Strat­for, une agence de rensei­gne­ments souvent quali­fiée de « CIA privée ». Le livre de Srdja Popo­vic (origi­nel­le­ment : « Comment faire tomber un dicta­teur quand on est seul, tout petit et sans arme ») s’il avait été honnête, aurait été inti­tulé : « Comment faire tomber un dicta­teur quand on a le soutien des USA, de la CIA, et d’au moins un des prin­ci­paux multi­mil­liar­daires et diri­geants corpo­ra­tistes du monde. »

J’ai discuté de ça avec un ami jour­na­liste qui vit en Tuni­sie, Fausto Giudice, qui est aussi écri­vain et traduc­teur. Sa réac­tion fut à peu près la même que la mienne, à savoir :

Cyril Dion cite, entre autres réfé­rences, le livre de Srdja Popo­vic au joli titre : Comment faire tomber un dicta­teur quand on est seul, tout petit et sans arme. Malheu­reu­se­ment, ce joli titre est un condensé du mensonge construit par Popo­vic. Ce n’est pas le « petit » mouve­ment OTPOR, « seul, tout petit et sans arme » qui a fait tomber Milo­se­vic, mais les bomba­diers de l’OTAN, dont OTPOR n’a été qu’une force d’ap­pui au sol. Prendre Popo­vic, OTPOR et l’en­tre­prise qui lui a succédé, CANVAS, comme modèle de lutte pour « renver­ser le consu­mé­risme triom­phant, le capi­ta­lisme préda­teur, [en repre­nant] le pouvoir aux quelques multi­na­tio­nales, milliar­daires et leaders poli­tiques qui concentrent la puis­sance », est en soi une contra­dic­tion : Cyril Dion sait-il ce qu’a fait Srdja Popo­vic depuis presque 20 ans ? Avec qui ? Avec quel argent ? A-t-il entendu parler d’un certain George Soros, de Gold­man Sachs, de Strat­for, la « CIA de l’ombre », tous parrains de Popo­vic ? Et où donc ce modèle invoqué par Cyril Dion a-t-il « renversé le capi­ta­lisme préda­teur » ? En Géor­gie en 2003 ? En Russie en 2005 ? Au Vene­zuela en 2007 ? En Syrie en 2011 ?

Cette contra­dic­tion illustre son analyse, ou sa compré­hen­sion, des réali­tés poli­tiques et géopo­li­tiques. Analyse qu’il déclare bien évidem­ment « réaliste » (sic) par la suite. Quoi qu’il en soit, comme Fausto le souligne, la ques­tion des moyens est subor­don­née à celle de la fin.

Et en ce qui concerne la fin, pour Cyril Dion, la voici : « L’idée est de tenter de conser­ver le meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per (la chirur­gie, la recherche scien­ti­fique, la mobi­lité, la capa­cité de commu­niquer avec l’en­semble de la planète, une certaine sécu­rité) et de préser­ver au mieux le monde natu­rel ». Malheu­reu­se­ment pour lui, cette fin est incom­pa­tible avec le fait de « renver­ser le consu­mé­risme triom­phant, le capi­ta­lisme préda­teur, et de reprendre le pouvoir aux quelques multi­na­tio­nales, milliar­daires et leaders poli­tiques qui concentrent la puis­sance finan­cière, média­tique et légis­la­tive. »

Il s’agit d’un autre aspect de l’ir­réa­lisme de son discours, et d’une bonne partie du discours de la gauche. Ainsi que Lewis Mumford le faisait remarquer il y a plus de 40 ans, « les insti­tu­tions poli­tiques, sociales et écono­miques actuelles sont l’iné­vi­table réponse à la produc­tion et à la distri­bu­tion de masse ».

Sachant que « la civi­li­sa­tion » corres­pond au « consu­mé­risme triom­phant », au « capi­ta­lisme préda­teur », au règne de « quelques multi­na­tio­nales, milliar­daires et leaders poli­tiques qui concentrent la puis­sance finan­cière, média­tique et légis­la­tive », si votre objec­tif est de « conser­ver le meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per » alors vous ne vous défe­rez jamais du « consu­mé­risme triom­phant », du « capi­ta­lisme préda­teur » ; vous ne repren­drez pas « le pouvoir aux quelques multi­na­tio­nales, milliar­daires et leaders poli­tiques qui concentrent la puis­sance finan­cière, média­tique et légis­la­tive ». Parce que « le meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per » corres­pond au « meilleur » de ce qu’un système qui concentre le pouvoir entre les mains de « quelques multi­na­tio­nales, milliar­daires et leaders poli­tiques » a déve­loppé. « La chirur­gie, la recherche scien­ti­fique, la mobi­lité, la capa­cité de commu­niquer avec l’en­semble de la planète » sont les produits des « insti­tu­tions poli­tiques, sociales et écono­miques actuelles. »

Conser­ver le « meilleur » de la société indus­trielle de masse, le meilleur de « la produc­tion » et de « la distri­bu­tion de masse », c’est donc conser­ver ces « insti­tu­tions poli­tiques, sociales et écono­miques actuelles » qui sont leur « inévi­table réponse ».

Clari­fions encore ; il est absurde et tout sauf « réaliste » de souhai­ter conser­ver le « meilleur » de la civi­li­sa­tion indus­trielle tout en affir­mant vouloir « renver­ser » tout ce à quoi elle corres­pond. Cette vue de l’es­prit est une illu­mi­na­tion qui repose unique­ment sur la foi — sur le mythe du progrès, cette « erreur fort à la mode », ce « fanal obscur » qui a « fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne », ainsi que le formu­lait déjà Charles Baude­laire en son temps. Peu importe que dans la réalité des méca­nismes très réels et très concrets tendent à prou­ver le contraire. On ne peut pas débattre avec ceux qui pensent que tout est possible, si seule­ment [mettre plus ou moins n’im­porte quoi ici]. On ne peut pas débattre avec des si. On ne peut pas débattre avec les fana­tiques du « progrès », qui argu­mentent sur la base de décla­ra­tions fantai­sistes, comme le « Yes we can » d’Obama. C’est enfan­tin et irres­pon­sable de penser que tout est possible, de croire en la magie, pendant que le monde est détruit.

Ce « meilleur » de la civi­li­sa­tion — « la chirur­gie, la recherche scien­ti­fique, la mobi­lité, la capa­cité de commu­niquer avec l’en­semble de la planète, une certaine sécu­rité » — qu’il souhaite « conser­ver », est préci­sé­ment ce qui détruit la planète. Puisque, encore une fois, le monde unifié moderne, indus­tria­lisé et high-tech, s’est bâti sur et dépend de toutes les destruc­tions envi­ron­ne­men­tales que nous consta­tons. Derrick Jensen discute de ce faux espoir chimé­rique et dange­reux dans son excellent livre Endgame, cela mérite d’être longue­ment cité :

Nous faisons tous face à des choix. Nous pouvons avoir des calottes glaciaires et des ours polaires, ou nous pouvons avoir des auto­mo­biles. Nous pouvons avoir des barrages ou nous pouvons avoir des saumons. Nous pouvons avoir des vignes irri­guées dans les comtés de Mendo­cino et Sonoma, ou nous pouvons avoir la rivière Eel et la rivière Russian. Nous pouvons avoir le pétrole du fond des océans, ou nous pouvons avoir des baleines. Nous pouvons avoir des boîtes en carton ou nous pouvons avoir des forêts vivantes. Nous pouvons avoir des ordi­na­teurs et la myriade de cancers qui accom­pagne leur fabri­ca­tion, ou nous pouvons n’avoir aucun des deux. Nous pouvons avoir l’élec­tri­cité et un monde dévasté par l’ex­ploi­ta­tion minière, ou nous pouvons n’avoir aucun des deux (et ne venez pas me racon­ter de sottises à propos du solaire : vous aurez besoin de cuivre pour le câblage, de sili­cone pour le photo­vol­taïque, de métaux et de plas­tiques pour les dispo­si­tifs, qui ont besoin d’être fabriqués et puis trans­por­tés chez vous, et ainsi de suite. Même l’éner­gie élec­trique solaire n’est pas soute­nable parce que l’élec­tri­cité et tous ses attri­buts requièrent une infra­struc­ture indus­trielle). Nous pouvons avoir des fruits, des légumes, et du café impor­tés aux États-Unis depuis l’Amé­rique latine, ou nous pouvons avoir au moins quelques commu­nau­tés humaines et non-humaines à peu près intactes à travers la région. […] Nous pouvons avoir du commerce inter­na­tio­nal, inévi­ta­ble­ment et par défi­ni­tion ainsi que par fonc­tion dominé par d’im­menses et distantes enti­tés écono­miques/gouver­ne­men­tales qui n’agissent pas (et ne peuvent pas agir) dans l’in­té­rêt des commu­nau­tés, ou nous pouvons avoir un contrôle local d’éco­no­mies locales, ce qui ne peut adve­nir tant que des villes requièrent l’im­por­ta­tion (lire : le vol) de ressources toujours plus distantes. Nous pouvons avoir la civi­li­sa­tion — trop souvent consi­dé­rée comme la plus haute forme d’or­ga­ni­sa­tion sociale — qui se propage (qui méta­stase, dirais-je) sur toute la planète, ou nous pouvons avoir une multi­pli­cité de cultures auto­nomes uniques car spéci­fique­ment adap­tées au terri­toire d’où elles émergent. Nous pouvons avoir des villes et tout ce qu’elles impliquent, ou nous pouvons avoir une planète habi­table. Nous pouvons avoir le « progrès » et l’his­toire, ou nous pouvons avoir la soute­na­bi­lité. Nous pouvons avoir la civi­li­sa­tion, ou nous pouvons au moins avoir la possi­bi­lité d’un mode de vie qui ne soit pas basé sur le vol violent de ressources.

Tout cela n’est abso­lu­ment pas abstrait. C’est physique. Dans un monde fini, l’im­por­ta­tion forcée et quoti­dienne de ressources est insou­te­nable. Hum.

Montrez-moi comment la culture de la voiture peut coexis­ter avec la nature sauvage, et plus parti­cu­liè­re­ment, comment le réchauf­fe­ment plané­taire anthro­pique peut coexis­ter avec les calottes glaciaires et les ours polaires. N’im­porte laquelle des soi-disant solu­tions du genre des voitures élec­triques solaires présen­te­rait des problèmes au moins aussi sévères. L’élec­tri­cité, par exemple, a toujours besoin d’être géné­rée, les batte­ries sont extra­or­di­nai­re­ment toxiques, et, quoi qu’il en soit, la conduite n’est pas le prin­ci­pal facteur de pollu­tion de la voiture : bien plus de pollu­tion est émise au cours de sa fabri­ca­tion qu’à travers son pot d’échap­pe­ment. La même chose est vraie de tous les produits de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Nous ne pouvons pas tout avoir. Cette croyance selon laquelle nous le pouvons est une des choses qui nous ont préci­pi­tés dans cet horrible endroit. Si la folie pouvait être défi­nie comme la perte de connexion fonc­tion­nelle avec la réalité physique, croire que nous pouvons tout avoir — croire que nous pouvons simul­ta­né­ment déman­te­ler une planète et y vivre ; croire que nous pouvons perpé­tuel­le­ment utili­ser plus d’éner­gie que ce que nous four­nit le soleil ; croire que nous pouvons piller du monde plus que ce qu’il ne donne volon­tai­re­ment ; croire qu’un monde fini peut soute­nir une crois­sance infi­nie, qui plus est une crois­sance écono­mique infi­nie, qui consiste à conver­tir toujours plus d’êtres vivants en objets inertes (la produc­tion indus­trielle, en son cœur, est la conver­sion du vivant — des arbres ou des montagnes — en inerte — planches de bois et canettes de bière) — est incroya­ble­ment cinglé. Cette folie se mani­feste en partie par un puis­sant irres­pect pour les limites et la justice. Elle se mani­feste au travers de la préten­tion selon laquelle il n’existe ni limites, ni justice. Prétendre que la civi­li­sa­tion peut exis­ter sans détruire son propre terri­toire, ainsi que celui des autres et leurs cultures, c’est être complè­te­ment igno­rant de l’his­toire, de la biolo­gie, de la ther­mo­dy­na­mique, de la morale, et de l’ins­tinct de conser­va­tion. & c’est n’avoir prêté abso­lu­ment aucune atten­tion aux six derniers millé­naires.

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La ques­tion de la soute­na­bi­lité est au cœur de tout ce débat écolo­gique — ou devrait l’être. Les agents du progrès prétendent, sur la base d’une techno-foi, qu’il est possible de le « conser­ver » et de ne pas détruire la planète. Un rapide coup d’œil à ce qu’il se passe dehors, ainsi qu’une pers­pec­tive histo­rique, devraient ample­ment suffire à nous faire comprendre que ce n’est pas le cas. La quasi-tota­lité des actions jour­na­lières de l’in­di­vidu moderne sont écolo­gique­ment destruc­trices. Pour mesu­rer la soute­na­bi­lité — ou plutôt l’in­sou­te­na­bi­lité — du mode de vie proposé par la culture domi­nante, il suffit de se deman­der, pour chaque chose que l’on fait, si celle-ci béné­fi­cie ou nuit à l’éco­sys­tème plané­taire. Cepen­dant, nous sommes, pour beau­coup, telle­ment décon­nec­tés des réali­tés biolo­giques, et en savons si peu sur les équi­libres écolo­giques, que nous n’avons aucune idée de ce qu’est la soute­na­bi­lité. Que nous ne savons pas du tout ce qui est soute­nable et ce qui ne l’est pas. Et avant tout parce que nous n’avons aucune idée de ce que requiert l’in­son­dable complexité tech­nique de la société indus­trielle mondia­li­sée, dont nous igno­rons presque tout en termes d’im­pacts envi­ron­ne­men­taux (quelles pratiques envi­ron­ne­men­tales, quelles acti­vi­tés extrac­ti­vistes, et dans quels endroits, avec quelles consé­quences, quelles toxi­ci­tés des matières premières trai­tées, avec quels sous-produits, etc.).

Cette incon­ce­va­bi­lité du monde moderne — dont les intri­ca­tions dépassent l’en­ten­de­ment pour l’es­prit humain —, inhé­rente à toute société de masse, par défi­ni­tion, nous signale, en elle-même, un redou­table danger. Celui dont parlait Bernard Char­bon­neau quand il écri­vait que « le plus grave n’est pas ce que nous savons, mais ce que nous igno­rons », et que « nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est que nous n’en savons rien ; et qu’il est fou de conti­nuer à foncer ainsi dans le noir ».

De manière assez prévi­sible, cette incon­ce­va­bi­lité du fonc­tion­ne­ment de la société indus­trielle mondia­li­sée se double d’une incon­ce­va­bi­lité de son degré d’in­sou­te­na­bi­lité.

La manière dont la société de masse construit son infra­struc­ture n’est pas soute­nable. La densité et la consti­tu­tion de ses réseaux de trans­port, par exemple, ne sont pas soute­nables. Aucune de ses indus­tries n’est soute­nable. Une écono­mie mondia­li­sée de produits indus­triels n’est double­ment pas soute­nable. Le progrès — en tant qu’i­déo­lo­gie qui féti­chise le déve­lop­pe­ment tech­nique — n’est lui-même pas soute­nable.

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Le rôle des marchands de simplismes du monde entier, de Cyril Dion à Leonardo DiCa­prio (lui aussi, mais à un tout autre niveau, une star de l’éco­lo­gie dési­gnée ainsi par les médias et les insti­tu­tions de pouvoir, dont l’ONU) est de promou­voir la mytho­lo­gie du déve­lop­pe­ment durable, l’idée selon laquelle il est possible d’al­lier indus­tria­lisme, déve­lop­pe­ment high-tech, et respect de l’en­vi­ron­ne­ment, selon laquelle le progrès tech­nique nous rapproche de la soute­na­bi­lité.

On le voit lorsque, dans le film Demain, la gestion des déchets de la ville de San Fran­cisco est insi­dieu­se­ment présen­tée comme un modèle écolo­gique.

Contrai­re­ment aux sottises colpor­tées par le film, San Fran­cisco ne recycle pas 80% de ses déchets, en vérité le chiffre serait plus proche de 60%, mais le problème est bien plus profond et bien plus grave qu’une simple erreur de chiffre, puisqu’en réalité ce qu’ils appellent recy­cler n’a rien d’éco­lo­gique. Le trai­te­ment des déchets se fait toujours loin hors de la ville, dans des usines éner­gi­vores (sauf pour le bois/papier qu’ils brûlent en usine de biomasse). Dans le docu­men­taire, on ne voit que la part des déchets qui est compos­tée, et c’est tout. Tandis qu’une grande partie des déchets, unique­ment triée, finit par être expor­tée et dissé­mi­née à travers le globe, jusqu’en Chine, aux Philip­pines et au Viet­nam ; la quan­tité de déchets recy­clés (ou compos­tés) stagne voire régresse ces derniers temps, et la quan­tité totale de déchets que la ville génère augmente chaque année ; envi­ron 1200 tonnes de déchets non-recy­clables et non-compos­tables sont collec­tées et enfouies dans le sol chaque jour (cadeau pour le monde et pour le futur). Exem­plaire, n’est-ce pas. Et telle­ment soute­nable.

Les blocs de déchets sont compres­sés dans une usine de San Fran­cisco, et sont ensuite expor­tés et vendus à travers le globe, à diverses entre­prises, en Chine, aux Philip­pines, au Viet­nam, et ailleurs.

Le même mythe est diffusé par les médias à propos du système de gestion des déchets des « pays nordiques ». Ce qui donne des articles avec des titres comme « La Suède cham­pionne du monde du recy­clage ! », ou « Grâce au recy­clage la Suède n’a plus de déchets ! », ou encore « La Suède manque telle­ment de déchets… qu’elle en importe ». Il s’agit d’au­tant de mensonges.

La Suède exporte des tonnes de déchets illé­gaux. C’est ce qu’on peut apprendre en à peine quelques recherches sur le web, de la part de médias suédois. Lors d’une saisie par les douanes suédoises de 700 tonnes de déchets illé­gaux desti­nés à l’ex­por­ta­tion, celles-ci ont expliqué qu’il ne s’agis­sait que de la « partie émer­gée de l’ice­berg ».

Comme la plupart des pays dits « déve­lop­pés » (UE, Amérique du Nord, Japon, etc.), la Suède exporte une bonne partie de ses déchets les plus gênants (toxiques) vers les pays en voie de déve­lop­pe­ment (les pays pauvres), en plus d’en brûler une bonne partie pour produire de l’élec­tri­cité, ce qui, présenté comme une solu­tion « écolo­gique », est un autre mensonge grotesque, puisque les usines à biomasse émettent plus de CO2 que les centrales à char­bon. Cette inci­né­ra­tion est consi­dé­rée comme « neutre en carbone » au prétexte que la décom­po­si­tion de cette biomasse, si elle n’avait pas été inci­né­rée, aurait émis du carbone au fil des années. Dépendre de l’in­ci­né­ra­tion de déchets pour produire de l’élec­tri­cité pour alimen­ter un réseau élec­trique et des appa­reils élec­tro­niques eux-mêmes polluants, dont les produc­tions sont éner­gi­vores, est une idée démente, un non-sens qui encou­rage un cycle sans fin de pollu­tions.

Mariel Vilella, direc­trice adjointe et char­gée de la campagne clima­tique pour Zero Waste Europe le souligne : « Le dernier rapport sur le climat de Zero Waste Europe démontre que l’in­ci­né­ra­tion contri­bue à aggra­ver le chan­ge­ment clima­tique plutôt qu’à le stop­per. » Dans un article publié en mars 2015, elle explique qu’un « inci­né­ra­teur moyen aux États-Unis émet 2,5 kg de dioxyde de carbone par MWh et 2,8 kg d’oxyde d’azote, deux gaz à effet de serre qui contri­buent au réchauf­fe­ment clima­tique ». Ce qui « signi­fie que les inci­né­ra­teurs émettent plus de CO2 par méga­watt-heure que n’im­porte quelle autre éner­gie d’ori­gine fossile, y compris les centrales à char­bon. »

En plus de cela, la Suède et les autres pays nordiques sont parmi les plus consom­ma­teurs de produits high-tech élec­tro­niques, et donc d’im­por­tants produc­teurs de déchets élec­tro­niques (le suédois moyen produit 466 kg de déchets par an, le français moyen envi­ron 370). On pour­rait aussi rappe­ler que le suédois moyen consomme 13 208 kWh d’éner­gie par an, tandis que le français moyen en consomme 6749, ou que le suédois moyen consomme 5100 Tep, tandis que le français en consomme 3800. Sachant que la produc­tion éner­gé­tique suédoise dépend prin­ci­pa­le­ment de barrages, de centrales nucléaires, et de l’in­ci­né­ra­tion de déchets. Trois catas­trophes écolo­giques.

Ceux qui présentent la Suède (ou n’im­porte quel pays nordique), ou San Fran­cisco, comme des modèles à répliquer, comme autant de preuves que l’on pour­rait conci­lier indus­tria­lisme et respect de l’en­vi­ron­ne­ment, sont les idiots utiles de l’écolo­gie du spec­tacle qui ne servent qu’à instil­ler dans l’opi­nion publique l’idée fausse selon laquelle la société indus­trielle et son déve­lop­pe­ment high-tech peuvent être « verts ».

***

Cyril Dion met lui-même la prio­rité, consciem­ment ou incons­ciem­ment, sur cette volonté de « conser­ver le meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per », en le mention­nant en premier, et en ajou­tant, par la suite, « et de préser­ver au mieux le monde natu­rel ». La préser­va­tion du monde natu­rel est secon­daire (« au mieux ») et subor­don­née à la conser­va­tion de la civi­li­sa­tion qui est primor­diale. Voilà pourquoi son « écolo­gie » n’a rien à voir avec la nôtre. Nous n’avons pas le même objec­tif. Nos objec­tifs sont litté­ra­le­ment oppo­sés. Nous luttons avant tout pour défendre et préser­ver le monde natu­rel que la civi­li­sa­tion détruit. Ainsi nous luttons contre la civi­li­sa­tion.

Ceux qui asso­cient à tort la défense de la civi­li­sa­tion et l’hu­ma­nisme, la civi­li­sa­tion et l’hu­ma­nité — qui ne se rendent même plus compte qu’il existe et qu’il a toujours existé des cultures humaines autres que la civi­li­sa­tion, qui n’est qu’une culture spéci­fique, bien que désor­mais éten­due à la planète entière, dont elle a fait son labo­ra­toire —, ceux qui font passer « l’hu­main d’abord », ou la civi­li­sa­tion d’abord, quali­fie­ront peut-être cela d’anti-huma­niste. A l’ins­tar de Cyril Dion, qui insi­nue dans sa tribune que ceux qui veulent préci­pi­ter l’ef­fon­dre­ment — inéluc­table quoi qu’il en dise, insou­te­na­bi­lité oblige — de la culture humaine (la civi­li­sa­tion) à l’ori­gine du désastre écolo­gique en cours, sont prêts à entraî­ner « la mort de centaines de millions de gens, de milliards peut-être ». Tandis que lui non. Lui propose de sauver tout et tous. « Au mieux ». Selon ce que permet la conser­va­tion du « meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per (la chirur­gie, la recherche scien­ti­fique, la mobi­lité, la capa­cité de commu­niquer avec l’en­semble de la planète, une certaine sécu­rité) ». Sachant que toutes les civi­li­sa­tions sont des cultures destruc­trices de leur envi­ron­ne­ment, vouloir « conser­ver » la civi­li­sa­tion revient à garan­tir la mort de tout et de tous.

Qui donc risque « la mort de centaines de millions de gens, de milliards peut-être » : celui qui lutte contre une civi­li­sa­tion morti­fère, ou celui qui lutte pour la conser­ver (pardon, pour n’en conser­ver que « le meilleur ») ?

Claude Lévi-Strauss expose super­be­ment bien en quoi accu­ser d’anti-huma­nisme ceux qui placent la préser­va­tion du monde natu­rel avant tout est absurde, dans cet entre­tien publié dans Le Monde du 21 janvier 1979 :

On m’a souvent repro­ché d’être anti-huma­niste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profon­dé­ment la noci­vité, c’est cette espèce d’hu­ma­nisme déver­gondé issu, d’une part, de la tradi­tion judéo-chré­tienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renais­sance et du carté­sia­nisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la créa­tion.

J’ai le senti­ment que toutes les tragé­dies que nous avons vécues, d’abord avec le colo­nia­lisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’ex­ter­mi­na­tion, cela s’ins­crit non en oppo­si­tion ou en contra­dic­tion avec le prétendu huma­nisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolon­ge­ment natu­rel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la fron­tière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à repor­ter cette fron­tière au sein de l’es­pèce humaine, sépa­rant certaines caté­go­ries recon­nues seules véri­ta­ble­ment humaines d’autres caté­go­ries qui subissent alors une dégra­da­tion conçue sur le même modèle qui servait à discri­mi­ner espèces vivantes humaines et non humaines. Véri­table péché origi­nel qui pousse l’hu­ma­nité à l’au­to­des­truc­tion.

Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trou­ver son fonde­ment dans certaines digni­tés parti­cu­lières que l’hu­ma­nité s’at­tri­bue­rait en propre, car, alors, une frac­tion de l’hu­ma­nité pourra toujours déci­der qu’elle incarne ces digni­tés de manière plus éminente que d’autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’hu­mi­lité prin­ci­pielle ; l’homme, commençant par respec­ter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l’abri du risque de ne pas respec­ter toutes les formes de vie au sein de l’hu­ma­nité même.

***

Cette volonté de préser­ver la civi­li­sa­tion avant tout n’est pas éton­nante. René Riesel et Jaime Semprun le compre­naient parfai­te­ment en écri­vant, dans Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et soumis­sion durable que « la société de masse (c’est-à-dire ceux qu’elle a inté­gra­le­ment formés, quelles que soient leurs illu­sions là-dessus) ne pose jamais les problèmes qu’elle prétend ‘gérer’ que dans les termes qui font de son main­tien une condi­tion sine qua non. »

***

La tribune de Cyril Dion a été illus­trée par une photo d’une petite éolienne de la ZAD, ce que nous soute­nons évidem­ment chez DGR (ce avec quoi la plupart des anti-indus­triels n’ont pas de problème, vu l’im­por­tance maxi­male que cela pour­rait avoir, vu la place que cela occupe dans le système indus­triel) ; et tous ceux qui ont un peu de jugeote l’ont compris, nous critiquons le déploie­ment des éner­gies « renou­ve­lables » indus­trielles, pas les « petites éoliennes comme celles que proposent l’as­so­cia­tion Tripa­lium », ni les « capteurs solaires auto­cons­truits », que Cyril Dion prétend défendre. Ce qui nous amène à son double discours.

Devant les diri­geants et les auto­ri­tés étatiques, lors de la COP21, par exemple, avec notre chère « ministre de l’En­vi­ron­ne­ment, de l’Éner­gie et de la Mer, char­gée des Rela­tions inter­na­tio­nales sur le climat », ce ne sont pas ces quelques appa­reils en DIY qu’il encou­rage, bien évidem­ment, mais le solaire et l’éo­lien quels qu’ils soient.

Chan­ger de discours selon le public. Quoi de plus honnête.

Autre exemple de son double discours. Il prétend, dans sa tribune pour Repor­terre, propo­ser une « nouvelle logique de société : la sobriété heureuse ». Qui consiste à « décroître dras­tique­ment dans nos consom­ma­tions et notre utili­sa­tion de matière », et à « croître dans nos quali­tés humaines : l’em­pa­thie, la connais­sance, l’in­tel­li­gence, le savoir-être, la capa­cité à coopé­rer ». Vu comme ça, avec de jolis mots et de belles idées, c’est très mignon, et très sédui­sant. Et pour­tant, on peut lire ailleurs, dans une « inter­view écolo » que Cyril Dion et Méla­nie Laurent ont accor­dée au site web Konbini, pour parler de leur film docu­men­taire Demain, que : « l’on ne peut pas voya­ger sans avion pour des longues distances. Mais je fais confiance à la tech­no­lo­gie, même si ça me fait peur, pour nous faire des avions solaires. Il est temps que la tech­no­lo­gie nous permette ces inven­tions » (dixit Méla­nie Laurent). (Une inter­view avec d’autres décla­ra­tions foudroyantes comme celle-ci, de Cyril Dion : « L’éco­lo­gie c’est : ‘Il faut que chaque chose soit à sa bonne place pour que le système fonc­tionne bien’. Donc le message le plus écolo du film c’est : ‘Il faut trou­ver sa place, donc trou­ver le truc pour lequel on a le plus de talent, qui nous passionne le plus dans la vie et le faire’. Et comme ça, on peut espé­rer que la société ira mieux »).

La décrois­sance, la sobriété ET les voyages en avions. Bien entendu.

C’est sans doute de cela que parle Cyril Dion lorsqu’il affirme vouloir conser­ver la « mobi­lité », et « la capa­cité de commu­niquer avec l’en­semble de la planète ».

Encore une contra­dic­tion. A moins d’avoir des défi­ni­tions biscor­nues de la « décrois­sance » et de la « sobriété ».

Malheu­reu­se­ment pour toutes les espèces vivantes et pour toute la biosphère, c’est cette vaine techno-utopie — en réalité une dysto­pie — que promet et promeut désor­mais l’éco­lo­gie d’Etat. Dysto­pie parce qu’une des parties les plus impor­tantes de la critique sociale est complè­te­ment occul­tée par le discours spec­ta­cu­laire des Cyril Dion du monde entier. La critique de la machine bureau­cra­tique et de son carac­tère alié­nant et déshu­ma­ni­sant, de la stan­dar­di­sa­tion cultu­relle, et de toutes les coer­ci­tions inhé­rentes à toute orga­ni­sa­tion sociale de masse, à toute civi­li­sa­tion, passent à la trappe.

Encore une fois, le rêve dysto­pique qu’ils promeuvent ne présente que les « bons côtés », le « meilleur » de la civi­li­sa­tion, et proclame, sur la base d’une foi reli­gieuse en l’idée de progrès, à l’aide du bluff tech­no­lo­gique que dénonçait déjà Jacques Ellul il y a presque 30 ans, et contre toute évidence, que nous pouvons tout avoir.

Chaque jour de plus de busi­ness-as-usual augmente les pertes immé­diates et à venir. Chaque jour qui passe où la civi­li­sa­tion suit son cours habi­tuel assom­brit l’ho­ri­zon. Tandis que les boni­ments de ceux qui promettent monts et merveilles ne font qu’al­lé­ger les consciences de ceux qui y croient.

***

Une des prin­ci­pales raisons qui en poussent tant à adop­ter la pers­pec­tive sédui­sante de l’éco­lo­gie d’État, promue par les éco-célé­bri­tés, relève du condi­tion­ne­ment psycho­lo­gique. Élevés et nour­ris par une culture progres­siste, et donc bercés depuis des décen­nies par le mythe du progrès, la plupart des indi­vi­dus modernes sont tota­le­ment réfrac­taires au renon­ce­ment, et tout à fait soumis à l’em­bri­ga­de­ment collec­tif.

J’ai récem­ment discuté avec une univer­si­taire, qui semblait pencher du côté de la rési­gna­tion et du fata­lisme. Durant notre discus­sion, elle soute­nait que si nous (en tant que culture, en tant que civi­li­sa­tion indus­trielle) préci­pi­tions des extinc­tions en masse d’es­pèces vivantes, ce n’était pas si grave, que c’était ainsi. Que la nature allait s’en remettre, d’une manière ou d’une autre. Peu lui impor­tait que la civi­li­sa­tion indus­trielle détruise, torture, et pollue ; qu’elle altère l’évo­lu­tion de la vie sur Terre. La croyance selon laquelle « le progrès » le vaut bien et est en mesure de répa­rer les dégâts qu’il cause lui servait d’ar­gu­ment. Par contre, lorsque j’ai souli­gné le fait que le progrès tech­nique et ses hautes tech­no­lo­gies sont respon­sables des destruc­tions écolo­giques, et suggéré qu’il nous faut peut-être renon­cer à tout cela, elle s’est vive­ment rebif­fée. Impen­sable. Into­lé­rable. Que des espèces non-humaines dispa­raissent est accep­table, tolé­rable, que nous détrui­sions tous les équi­libres écolo­giques plané­taires et arti­fi­cia­li­sions le monde entier aussi, mais renon­cer au confort moderne, à l’idée de progrès et aux hautes tech­no­lo­gies, certai­ne­ment pas.

Quoi qu’il arrive, il est inac­cep­table et même incon­ce­vable de renon­cer. Le « meilleur » de la civi­li­sa­tion doit être « conservé ». Voilà la prio­rité.

Bernard Char­bon­neau expo­sait cette aporie lorsqu’il écri­vait, à la fin de son livre L’État,

Et main­te­nant que propo­sez-vous ? — Car la réac­tion de l’in­di­vidu moderne n’est pas de recher­cher la vérité, il lui faut d’abord une issue ; en fonc­tion de laquelle doit s’éta­blir le système. Et je m’aperçois que ma réflexion m’a conduit là où je suis : au fond d’un abîme d’im­pos­si­bi­li­tés. Alors m’im­pu­tant la situa­tion déses­pé­rante qui tient à un monde tota­li­taire, il me repro­chera de détruire systé­ma­tique­ment l’es­poir. « Votre critique est peut-être juste, dira-t-il, mais quelle solu­tion appor­tez-vous ? — Sous-entendu, s’il n’y a pas d’is­sue à la situa­tion qu’elle dénonce, votre critique doit être fausse. C’est vous qui me déses­pé­rez »… Et effec­ti­ve­ment je suis coupable de faire son malheur, puisque sans moi cette impos­si­bi­lité n’exis­te­rait pas pour sa conscience.

Ceux qui aver­tissent de la néces­sité et de l’ur­gence de mettre fin à certaines pratiques, à certaines acti­vi­tés, à certaines produc­tions, et qui ne proposent pas de substi­tuts, de possi­bi­li­tés de rempla­ce­ment, qui n’ont pas d’alter­na­tives à commer­cia­li­ser, sont exclus du débat. Bien loin de l’humble conseil d’Hip­po­crate, qui rappe­lait que « si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui deman­der s’il est prêt à suppri­mer les causes de sa mala­die. Alors seule­ment il est possible de l’éli­mi­ner ».

Nous connais­sons les causes de la mala­die — l’in­dus­tria­lisme, la quête et le mythe du progrès, et l’or­ga­ni­sa­tion sociale qui les sous-tendent — mais sommes tout sauf prêts à les suppri­mer. Nous choi­sis­sons de les garder, persua­dés qu’elles sont de bonnes choses, et qu’il est possible de les réfor­mer, de les répa­rer, de les boni­fier. Nous allons jusqu’à rajou­ter éco- ou bio- devant les causes de la mala­die, ou à les quali­fier de « durables ».

La solu­tion qui consiste à couper court à l’in­dus­tria­lisme, à renon­cer aux hautes tech­no­lo­gies et au progrès est ainsi bannie. Le fait de lutter contre une pratique destruc­trice, ou de lutter contre, tout court, est déni­gré. Il ne faut qu’en­cou­ra­ger. L’en­cou­ra­ge­ment est posi­tif. Tout ce qui est néga­tif est à occul­ter. Il s’en­suit que l’éco­lo­gie est asso­ciée à un encou­ra­ge­ment du déve­lop­pe­ment des éner­gies « vertes » plutôt qu’à une lutte contre Total, Areva, Vinci, EDF et Engie (ce qui n’au­rait d’ailleurs aucun sens, puisque ceux-là sont parmi les prin­ci­paux promo­teurs des éner­gies « vertes »). Pour, bien, contre, pas bien.

Mais dans un monde qui est en train d’être ravagé par des pratiques, par des corpo­ra­tions, par des acti­vi­tés et par des indi­vi­dus bien réels, cette philo­so­phie ne fait que lais­ser libre cours au saccage. Utah Phil­lips, auteur et compo­si­teur améri­cain, qui rappe­lait que « la terre ne meurt pas, elle est en train d’être tuée. Et ses meur­triers ont des noms et des adresses » serait aujourd’­hui consi­déré comme trop agres­sif, ou trop néga­tif, par la majo­rité des « écolo­gistes ».

Pour en reve­nir à la psycho­lo­gie, il est plus agréable et plus rassu­rant de ne pas s’at­taquer à la racine des problèmes, de peur d’en réali­ser la profon­deur et la complexité.

Il est plus agréable et plus rassu­rant de croire, contre toute évidence, que tout peut être résolu « au mieux » par le progrès tech­no­lo­gique ; de se persua­der que le progrès, qui ravage encore la planète après des siècles de destruc­tions, d’ex­pan­sion et de stan­dar­di­sa­tion mono-cultu­relles, de renfor­ce­ment d’un appa­reil bureau­cra­tique mondia­lisé et de ses moyens de coer­ci­tions, va, un jour, après que nous aurons suffi­sam­ment investi de « temps », « d’argent » et « d’éner­gie », permettre l’avè­ne­ment d’une société de masse écolo­gique et liber­taire ; fondée sur la « sobriété heureuse », mais avec des avions solaires.

***

Réali­ser la profon­deur des problèmes auxquels nous faisons face, en parve­nant à leur racine, prend du temps. Et plus que 5000 signes.

***

Pour conclure, je voudrais rappe­ler les évidences sur lesquelles les éco-célé­bri­tés font volon­tai­re­ment l’im­passe.

A commen­cer par le fait que nous ne vivons pas en démo­cra­tie. Que la moder­nité est anti­dé­mo­cra­tique, comme le formule Fran­cis Dupuis-Déri. Et que la civi­li­sa­tion indus­trielle pour­rait être décrite comme une corpo­ra­to­cra­tie, « un conglo­mé­rat de marchés finan­ciers et de corpo­ra­tions, qui domine le monde », selon la formule de Charles Derber (profes­seur de socio­lo­gie à l’Uni­ver­sité de Boston) — qui « unit les pouvoirs écono­miques, poli­tiques et idéo­lo­giques ».

Et qu’à chaque jour qui passe, la pieuvre plané­taire anti­éco­lo­gique qu’est la civi­li­sa­tion indus­trielle s’étend un peu plus. Et qu’il est prévu que son étale­ment entraîne un triple­ment des surfaces urbaines du monde au cours des quatre prochaines décen­nies.

Et que sa complexité crois­sante dépos­sède toujours plus les indi­vi­dus, de plus en plus isolés.

Et que les diri­geants corpo­ra­tistes comme poli­tiques (s’il y a encore une diffé­rence), qui orientent réel­le­ment les dispo­si­tions écono­miques de la civi­li­sa­tion indus­trielle, ont à peu près en tête l’in­verse de la sobriété heureuse. A l’ins­tar de Jeff Bezos, PDG d’Ama­zon, qui a récem­ment déclaré :

Nous ne voulons pas vivre dans un monde rétro­grade. Nous ne voulons pas vivre sur une Terre où nous devrions geler la crois­sance de la popu­la­tion et réduire l’uti­li­sa­tion d’éner­gie. Nous profi­tons d’une civi­li­sa­tion extra­or­di­naire, alimen­tée par de l’éner­gie, et par la popu­la­tion. […] Nous voulons que la popu­la­tion conti­nue à croître sur cette planète. Nous voulons conti­nuer à utili­ser plus d’éner­gie par personne.

Enfin rappe­lons que l’idée de progrès est une mysti­fi­ca­tion consti­tu­tive de la culture domi­nante. Que « le progrès est le mythe qui nous assure que ‘en avant toute’ n’a jamais tort », tandis que « l’éco­lo­gie est la disci­pline qui nous enseigne que c’est un désastre », comme l’énonce Kirk­pa­trick Sale.

C’est pourquoi je tiens à rappe­ler que la lutte pour la défense du le monde natu­rel, est une lutte contre. Contre la domi­na­tion et la destruc­tion du monde par la civi­li­sa­tion indus­trielle. Contre les corpo­ra­tions et contre la classe qui dirigent la civi­li­sa­tion indus­trielle. Contre leurs pratiques et leurs infra­struc­tures destruc­trices.

Contre. Parce que, comme le formu­lait Bernard Char­bon­neau :

Plus ou moins clai­re­ment, le mouve­ment écolo­gique tend à consti­tuer ce que l’on appe­lait en Mai 68 une contre-société. Ces deux mots sont aussi impor­tants l’un que l’autre.

Contre. Toute révolte, et parti­cu­liè­re­ment celle-ci, est un non crié contre l’état social, et celui-là est bien plus radi­cal qu’un autre parce qu’il ne l’est pas seule­ment cette fois contre tel souve­rain ou telle Église mais contre un monde qui tend à se cons­­ti­tuer en système scien­ti­fique, tech­nique, écono­mique, et fina­le­ment étatique, bureau­cra­tique, mili­taire et poli­cier, où rien n’échap­pe­rait à l’œil et à la main du Lévia­than. Tota­li­ta­risme cultu­rel dont le tota­li­ta­risme poli­tique n’est que la conclu­sion plus ou moins néces­saire. Si celui-ci ne contrôle pas encore la tota­lité de l’es­pace-temps terrestre, celui-là est en train d’im­po­ser un seul type de culture, de mode vie et de pensée à la quasi-tota­lité de la planète.

Contre. Ainsi que Pierre Four­nier, un autre précur­seur de l’éco­lo­gie en France, le rappe­lait :

L’en­sei­gne­ment de l’en­vi­ron­ne­ment conduit tout droit à la contes­ta­tion, parce qu’il conduit tout droit à cette évidence que l’éco­no­mie de compé­ti­tion est incom­pa­tible avec la survie. Il ne s’agit pas de proté­ger la nature, mais de sauve­gar­der la vie. La vie, c’est nous, pas « produits du social » : êtres vivants. Il faut pas s’em­pa­rer des moyens de produc­tion, il faut pas chan­ger de mode de produc­tion, il faut abolir la produc­tion. La trans­for­ma­tion de matière vivante abou­tit inéluc­ta­ble­ment, volon­tai­re­ment ou non, après produc­tion ou déper­di­tion d’éner­gie à un autre état d’or­ga­ni­sa­tion de la matière vivante. Or, pour la matière vivante, d’autre état d’or­ga­ni­sa­tion y’en a qu’un, c’est le retour au miné­ral, c’est la mort. Quand le guide fait visi­ter la gale­rie des glaces, à Versailles, il ne parle pas des centaines d’ou­vriers étameurs qui sont morts sans savoir pourquoi, intoxiqués par le mercure, afin que le roy se mire. Le problème ne date pas d’aujourd’­hui mais il a pris, aujourd’­hui une dimen­sion nouvelle. Car aujourd’­hui c’est nous tous qui mourons comme les ouvriers de Versailles, d’uti­li­ser la tech­nique en aveugle.

***

Au moment où j’écris ces lignes, j’ap­prends qu’aux États-Unis, les derniers occu­pants venus défendre l’eau de Stan­ding Rock contre la construc­tion d’un pipe­line se font violem­ment expul­ser par les forces de l’ordre. Mes contacts sur place sont fous de rage, et plusieurs maudissent le doyen de la Tribu Sioux de Stan­ding Rock, Dave Archam­bault, pour avoir négo­cié avec les auto­ri­tés et appuyé la demande d’éva­cua­tion forcée des mili­tants.

Dave Archam­bault a obtenu des dons (250 000 dollars) pour son orga­ni­sa­tion, la Stan­ding Rock Sioux Tribe (Tribu Sioux de Stan­ding Rock), de la part d’une des plus grandes socié­tés du secteur de l’éner­gie aux États-Unis, en gage de remer­cie­ment pour son aide dans le déploie­ment de parcs éoliens sur les terres de sa tribu, visant, entre autres, à leur four­nir de l’éner­gie soi-disant « verte » (mais surtout à enri­chir la compa­gnie, et à alimen­ter la civi­li­sa­tion indus­trielle en élec­tri­cité).

Durant toute la période d’oc­cu­pa­tion, Dave Archam­bault a tenté de poli­cer le compor­te­ment des mili­tants, sur place, en leur ordon­nant de rester paci­fistes, de se conten­ter de prier, quoi qu’il arrive. Récem­ment, il a appuyé la demande de leur évacua­tion manu mili­tari.

Ceci illustre de manière très concrète en quoi ceux qui préfèrent conser­ver les conforts de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne sont pas du côté de ceux qui luttent pour défendre la planète.

Beau­coup d’ac­ti­vistes appellent désor­mais à chan­ger de méthodes de lutte. Beau­coup de mili­tants amérin­diens dénoncent la trahi­son de Dave Archam­bault, et le consi­dèrent désor­mais comme un ennemi.

***

Le mouve­ment pour la défense de la planète est un échec. Les éner­gies soi-disant renou­ve­lables sont autant d’illu­sions vertes. En France aussi, comme dans le monde entier (du Costa Rica à la Thaï­lande), des commu­nau­tés s’in­surgent désor­mais contre de nouvelles destruc­tions écolo­giques liées au déve­lop­pe­ment des soi-disant renou­ve­lables, ces fausses solu­tions qui « font naître chaque fois des problèmes neufs qui font boule de neige, chaque fois plus énormes, plus inso­lubles, plus impos­sibles, même à poser : indé­fi­nis­sables », comme aurait dit Four­nier.

Il y a 48 ans, Bernard Char­bon­neau, lui encore (un des meilleurs auteurs français, que la culture de masse n’a natu­rel­le­ment pas plébis­cité, à l’ins­tar de plusieurs autres, systé­ma­tique­ment igno­rés), nous aver­tis­sait :

Si nous n’en­vi­sa­geons pas les effets de la civi­li­sa­tion indus­trielle et urbaine, il faut consi­dé­rer comme probable la fin de la nature, avec pour quelques temps une survie confor­table dans l’or­dure : solide, liquide ou sonique. Et si quelque acci­dent détraque la grande machine, ce ne seront plus seule­ment les pois­sons qui pour­ri­ront au grand air, mais les hommes physique­ment et surtout spiri­tuel­le­ment asphyxiés.

Il n’est pas exagéré d’écrire que nous en sommes rendus, depuis déjà quelques décen­nies, à « la survie confor­table dans l’or­dure ». Survie confor­table que les éner­gies dites renou­ve­lables ne font que prolon­ger un peu, tandis qu’elles perpé­tuent la destruc­tion du monde natu­rel, qui en est l’iné­vi­table envers du décor.

***

En 2016, lors de la 15ème session du Forum perma­nent de l’ONU sur les ques­tions autoch­tones, à New York, Ati Quigua, une autoch­tone dont le peuple vit dans les montagnes colom­biennes, résu­mait ainsi leur lutte : « Nous nous battons pour ne pas avoir de routes et d’élec­tri­cité — cette forme d’au­to­des­truc­tion qui est appe­lée ‘déve­lop­pe­ment’ c’est préci­sé­ment ce que nous essayons d’évi­ter ».

Rémi Fraisse, qui a été tué à Sivens en 2014, parti­ci­pait à un groupe de protec­tion du Renon­cule à feuille d’ophio­glosse, une espèce rare en Midi-Pyré­nées, mena­cée par la destruc­tion de son milieu.

Un écolo­giste digne de ce nom est un défen­seur de la nature et des équi­libres biolo­giques, pas un défen­seur du « meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a permis de déve­lop­per ».

Nico­las Casaux

civilisation développement écologie énergies renouvelables

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  1. Très bon article.

    On ne peut pas défendre le vivant en évoluant dans la civilisation, tout ce qu’un civilisé peut faire est de dénoncer, ses actions sont toujours dommageables pour le vivant puisqu’il utilise les outils de la civilisation, un civilisé dépensera toujours plus d’énergie pour sauver quelque chose que le contraire et l’énergie étant une destruction de ressources il se retrouvera en fait avec un bilan plus négatif que s’il n’avait rien fait.

    Sauver le vivant c’est avant tout quitter la civilisation, mais ça qui peut le faire ? Nous n’avons plus vraiment de choix, tout le monde est enchainé par la civilisation de gré ou de force, sans compter que nous ne sommes plus adapter à la nature, mise à part quelques territoires celui qui voudrait y retourner se ferait éjecter rapidement.

    Nous ne changerons pas car notre évolution est en réalité une décadence, c’est la nature qui nous obligera à changer, je ne sais pas comment mais le vivant, la nature, le vent, la pluie… sont en constant changement et tous déséquilibres qui franchit un seuil critique fera basculer l’évolution des forces de la terre et notre destiné.

    L’homme a un problème d’ego, il ne peut imaginer qu’il soit simplement fait pour vivre comme un chasseur cueilleur.

  2. Bonjour
    Il n’y a pas grand chose à ajouter! Un point est enthousiasmant dans ce texte, c’est la rhétorique: nous ne sommes pas en face de quelqu’un qui intellectualise les concepts et rends les idées inintéressantes. Je pense que la démarche que nous partageons, nous oblige à simplifier le discours. Nous souhaitons exister dans la nature sans la détruire? Ca commence par exprimer des concepts simples à des esprits simples. La science, le progrès, la religion rendent les gens « intellectuels » et les détachent du retour a l’être. J’évolue dans un milieu bourgeois et mon discours n’est pas toujours bien perçu, mais je m’efforce en permanence d’impliquer les esprits et pousser la reflexion en profondeur avec des arguments simples. Ce texte devrait être largement diffusé car, outre le fond qui est essentiel, c’est un exemple de clarté et de simplicité.
    Au plaisir de vous lire
    AdaM

  3. Excellent développement, tout est dit. Demeure la question « De l’engagement dans une période obscure », titre du petit livre de Miguel Benasayag & Angélique Frey (ED. le passager clandestin). Après avoir expliqué scientifiquement en quoi le « tout est possible » revendiqué par les idéologues néolibéraux est suicidaire (parcequ’il ne tient pas compte des « invariants »), les auteurs proposent une forme d’engagement-recherche s’éloignant de tout militantisme (refaire le monde…) dans l’action effective et concrète par la « territorialisation » des luttes.

  4. Votre article me paraît tout simplement remarquable, et n’aurait pu être réduit au nombre sacro-saint des 5000 caractères habituels… malgré le fait que vous comme moi utilisions internet, fameuse source de pollution, s’il en est!

    Le problème p-ê encore plus fondamental que cet article soulève sans le verbaliser de manière explicite, est le sens de la vie…
    sujet que je travaille pour le moment à travers un essai que j’espère pouvoir mener à son terme, sans garantie…

    dans tosu les cas, merci pour cette réflexion, et.. je vous mets dans mes sites de références à partir de ce jour, pour venir voir de tp en tp ce qu’il y sera publié