folder Filed in Antiprogressisme, Désastre technocratique, Environnement / Écologie, Le mythe du progrès
La dissimulation de l'écocide : le triomphe du mensonge et de la propagande (par Nicolas Casaux)
comment 6 Comments

La manière dont nous nous compor­tons est profon­dé­ment influen­cée par notre expé­rience du monde, qui est profon­dé­ment influen­cée par la manière dont nous perce­vons le monde, qui est profon­dé­ment influen­cée par ce que nous croyons à son sujet.

— Derrick Jensen, « The Myth of Human Supre­macy » (Le mythe de la supré­ma­tie humaine)

Le regard que l’on choi­sit de porter sur le monde qui nous entoure découle de notre éduca­tion — de notre condi­tion­ne­ment, de nos connais­sances. Ce qui explique pourquoi, malgré le dérou­le­ment actuel d’un véri­table drame socio-écolo­gique, celui-ci soit si peu discuté, à peine aperçu, et à peine dénoncé. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi ce drame peut se produire en premier lieu.

Les tenan­ciers du désastre de notre époque, ses acteurs les plus influents, les grands patrons de multi­na­tio­nales, de banques, de fonds d’in­ves­tis­se­ment, les diri­geants des super­puis­sances étatiques, ceux qui ont beau­coup investi, qui misent gros, et qui ont donc beau­coup à perdre, propagent, à travers leurs nombreux outils d’ac­cul­tu­ra­tion et d’en­cul­tu­ra­tion (programmes natio­naux d’édu­ca­tion, médias, insti­tu­tions cultu­relles, etc.), une certaine vision de notre situa­tion globale. Et ce depuis des siècles.

L’école a en effet été conçue comme un outil de contrôle et de forma­tage au service d’oli­gar­chies ou d’au­to­crates et certai­ne­ment pas comme un outil d’éman­ci­pa­tion popu­laire — exemple parmi tant d’autres, Napo­léon Bona­parte : « Mon but prin­ci­pal, dans l’éta­blis­se­ment d’un corps ensei­gnant, est d’avoir un moyen de diri­ger les opinions poli­tiques et morales ». Véri­table usine d’alié­na­tion insti­tu­tion­na­li­sée (au « programme » fixé par l’état), elle inculque des valeurs toutes plus nocives les unes que les autres (l’obéis­sance aveugle, le travail, la compé­ti­tion, etc.) et enseigne l’His­toire selon l’angle des vainqueur (à propos de l’école, il faut lire l’ar­ticle de Carol Black sur la scola­ri­sa­tion du monde, que nous avons traduit). Le concept d’His­toire est d’ailleurs un vecteur de l’idéo­lo­gie des classes domi­nantes. Il marque une sépa­ra­tion entre la préhis­toire (la majeure partie de l’exis­tence humaine), peu étudiée, proba­ble­ment parce que consi­dé­rée comme peu inté­res­sante (des hommes qui grognaient dans des caves, tout au plus), et l’His­toire (la vraie, l’im­por­tante, celle qui compte vrai­ment, celle dans laquelle on se doit d’en­trer, façon Sarkozy).

Dans son excellent livre « Zomia ou l’art de ne pas être gouverné », le profes­seur James C. Scott écrit que :

Les termes tradi­tion­nels utili­sés en birman et en thaï pour le mot ‘his­toi­re’, respec­ti­ve­ment ‘yaza­win’ et ‘pho­ne­sa­va­dan’, signi­fient litté­ra­le­ment tous deux ‘his­toire des vainqueurs’ ou ‘chro­nique des rois’. […]

Dans la même veine, Philip Slater, critique social états-unien, écri­vait que :

L’his­toire […] est en très grande majo­rité, même aujourd’­hui, un récit des vicis­si­tudes, des rela­tions et des déséqui­libres créés par ceux qui sont avides de richesse, de pouvoir, et de célé­brité.

Quant à la presse, sa diffu­sion et son contenu ont toujours été contrô­lés par les pouvoirs en place, par les possé­dants, depuis l’An­cien Régime et son « Privi­lège du Roi » jusqu’à aujourd’­hui où dix milliar­daires contrôlent une grande partie des médias français. Et si la presse est désor­mais insi­dieu­se­ment quali­fiée de « libre » c’est simple­ment parce que la classe des domi­nants s’est rendue compte que le mensonge et l’hy­po­cri­sie étaient de meilleurs outils de contrôle que la (menace de) violence physique (bien que la menace de violence physique et la violence elle-même soient encore très utili­sées aujourd’­hui). La même raison fait que notre régime gouver­ne­men­tal actuel est quali­fié de « démo­cra­tie », que le système d’échange finan­cier est quali­fié de « libre marché », et que les pays où tout ça a été décidé s’auto-quali­fient de « monde libre ». La liberté, à mesure qu’elle dispa­rais­sait dans les faits, était placar­dée et plas­tron­née partout.

Quand je vois une gigan­tesque statue de la liberté à l’en­trée du port d’un grand pays, je n’ai pas besoin qu’on m’ex­plique ce qu’il y a derrière. Si on se sent obligé de hurler : « Nous sommes un peuple d’hommes libres ! », c’est unique­ment pour dissi­mu­ler le fait que la liberté est déjà fichue ou qu’elle a été telle­ment rognée par des centaines de milliers de lois, décrets, ordon­nances, direc­tives, règle­ments et coups de matraque qu’il ne reste plus, pour la reven­diquer, que les voci­fé­ra­tions, les fanfares et les déesses qui la repré­sentent.

— B. Traven, « Le vais­seau des morts »

La culture, au sens large, produit d’une ingé­nie­rie cultu­relle sécu­laire, élabo­rée par les élites et pour les élites (et pour ceux qui n’en sont pas mais sont éduqués à vouloir en être), condi­tionne les masses de façon à obte­nir une main d’œuvre docile et soumise, en véhi­cu­lant ces mêmes valeurs, en glori­fiant l’idéo­lo­gie de la classe domi­nante — le mythe du progrès. Par un grotesque méca­nisme de dres­sage systé­ma­tique récom­pen­sant les compor­te­ments conformes aux volon­tés des élites, et par la fabri­ca­tion du consen­te­ment qui en découle, toutes les insti­tu­tions et toutes les popu­la­tions se mettent au diapa­son — c’est ainsi qu’on dresse les chiens.

Et c’est ainsi que partout on vante les mérites du « déve­lop­pe­ment », du « progrès », et de la « civi­li­sa­tion » triom­phante.

***

Un des prin­ci­paux travers de l’idéo­lo­gie domi­nante — de l’idéo­lo­gie des élites, qui, par un ruis­sel­le­ment cultu­rel, devient l’idéo­lo­gie de leurs sujets, les masses —, est sa profonde alié­na­tion vis-à-vis de la nature. Cette perte du lien avec le monde natu­rel semble aussi ancienne que la civi­li­sa­tion (en tant que culture, que type d’or­ga­ni­sa­tion sociale et que mode de vie spéci­fique), dont elle est une carac­té­ris­tique essen­tielle — avec son corol­laire : le mythe de la supré­ma­tie humaine, cette idée selon laquelle l’être humain serait une créa­ture supé­rieure, toute-puis­sante, aux préro­ga­tives d’es­sence quasi-divine. Ainsi que Derrick Jensen le rappelle :

Les humains civi­li­sés détruisent les terres, et ce depuis l’aube de la civi­li­sa­tion. L’un des premiers mythes écrits de cette culture décrit Gilga­mesh, défo­res­tant ce que nous appe­lons aujourd’­hui l’Irak — rasant des forêts de cèdres si épaisses que la lumière du soleil ne pouvait atteindre le sol, tout cela pour construire une grande cité, ou, plus exac­te­ment, pour que l’on retienne son nom.

Aris­tote, en son temps, écri­vait que :

Les plantes existent pour les animaux, et les autres animaux pour l’homme, les animaux domes­tiques pour son usage et sa nour­ri­ture, les animaux sauvages, sinon tous du moins la plupart, pour sa nour­ri­ture et d’autres secours puisqu’il en tire vête­ments et autres instru­ments. Si donc la nature ne fait rien d’ina­chevé ni rien en vain, il est néces­saire que ce soit pour les hommes que la nature ait fait tout cela. C’est pourquoi, en un sens, l’art de la guerre est un art natu­rel d’ac­qui­si­tion (car l’art de la chasse est une partie de cet art) auquel nous devons avoir recours contre les bêtes et les hommes qui sont nés pour être comman­dés mais n’y consentent pas : cette guerre-là est juste par nature.

& Cicé­ron :

Ce que la nature a fait de plus impé­tueux, la mer et les vents, nous seuls avons la faculté de les domp­ter, possé­dant l’art de la navi­ga­tion ; aussi profi­tons-nous et jouis­sons-nous de beau­coup de choses qu’offre la mer. Nous sommes égale­ment les maîtres abso­lus de celles que présente la Terre. Nous jouis­sons des plaines, nous jouis­sons des montagnes ; c’est à nous que sont les rivières, à nous les lacs ; c’est nous qui semons les blés, nous qui plan­tons les arbres ; c’est nous qui condui­sons l’eau dans les terres pour leur donner la fécon­dité : nous arrê­tons les fleuves, nous les guidons, nous les détour­nons ; nos mains enfin essaient, pour ainsi dire, de faire dans la nature une nature nouvelle.

Enfin, citons Saint-Simon, qui, en 1820, écrit ce qui pour­rait tout à fait résu­mer la pensée des classes diri­geantes de notre époque indus­trielle :

L’objet de l’in­dus­trie est l’ex­ploi­ta­tion du globe, c’est-à-dire l’ap­pro­pria­tion de ses produits aux besoins de l’homme, et comme, en accom­plis­sant cette tâche, elle modi­fie le globe, le trans­forme, change graduel­le­ment les condi­tions de son exis­tence, il en résulte que par elle, l’homme parti­cipe, en dehors de lui-même en quelque sorte, aux mani­fes­ta­tions succes­sives de la divi­nité, et conti­nue ainsi l’œuvre de la créa­tion. De ce point de vue, l’In­dus­trie devient le culte.

L’an­ti­dote à ce poison du mythe de la supré­ma­tie humaine, qui passe souvent pour un huma­nisme, a été brillam­ment formulé par Claude Lévi-Strauss dans une inter­view donnée au jour­nal le Monde en 1979 :

On m’a souvent repro­ché d’être anti-huma­niste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profon­dé­ment la noci­vité, c’est cette espèce d’hu­ma­nisme déver­gondé issu, d’une part, de la tradi­tion judéo-chré­tienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renais­sance et du carté­sia­nisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la créa­tion.

J’ai le senti­ment que toutes les tragé­dies que nous avons vécues, d’abord avec le colo­nia­lisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’ex­ter­mi­na­tion, cela s’ins­crit non en oppo­si­tion ou en contra­dic­tion avec le prétendu huma­nisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolon­ge­ment natu­rel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la fron­tière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à repor­ter cette fron­tière au sein de l’es­pèce humaine, sépa­rant certaines caté­go­ries recon­nues seules véri­ta­ble­ment humaines d’autres caté­go­ries qui subissent alors une dégra­da­tion conçue sur le même modèle qui servait à discri­mi­ner espèces vivantes humaines et non humaines. Véri­table péché origi­nel qui pousse l’hu­ma­nité à l’au­to­des­truc­tion.

Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trou­ver son fonde­ment dans certaines digni­tés parti­cu­lières que l’hu­ma­nité s’at­tri­bue­rait en propre, car, alors, une frac­tion de l’hu­ma­nité pourra toujours déci­der qu’elle incarne ces digni­tés de manière plus éminente que d’autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’hu­mi­lité prin­ci­pielle ; l’homme, commençant par respec­ter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l’abri du risque de ne pas respec­ter toutes les formes de vie au sein de l’hu­ma­nité même.

Malheu­reu­se­ment, il n’a été que formulé. Les classes diri­geantes n’ayant que faire de ces conseils, prin­ci­pa­le­ment parce qu’elles souhaitent conser­ver leurs pouvoirs et leurs privi­lèges, mais aussi parce qu’elles restent persua­dées de la justesse de leur croyances (qu’elles ratio­na­lisent toujours, de quelque manière que ce soit), à travers les prin­ci­paux hauts-parleurs cultu­rels, c’est géné­ra­le­ment le mythe de la supré­ma­tie humaine qui est véhi­culé. Et dans le monde réel, dans ses actes de tous les jours, le compor­te­ment de l’huma­nité civi­li­sée reflète les délires d’Aris­tote, de Cicé­ron et de Saint-Simon, bien plus que les conseils de Lévi-Strauss.

***

Parmi les mensonges offi­ciels sur lesquels se fonde l’idée de « progrès » qui est au cœur du discours domi­nant, il faut souli­gner l’en­tre­prise de diabo­li­sa­tion du passé et d’exal­ta­tion du futur. Le passé est présenté comme infé­rieur au présent, lui-même infé­rieur au futur, selon un prin­cipe tempo­rel d’amé­lio­ra­tion linéaire. Cons­truc­tion idéo­lo­gique mani­fes­te­ment fausse, ce qu’il est facile de comprendre pour peu que l’on porte un regard un tant soit peu lucide sur notre réalité, ce noir­cis­se­ment du passé repose sur de multiples falsi­fi­ca­tions histo­riques, sur ces clichés — engram­més dans l’in­cons­cient des masses à grands renforts de propa­gandes cultu­relles — selon lesquels plus on remonte dans le temps, plus on plonge dans la barba­rie, plus la vie humaine était courte, brutale, injuste, dure, malheu­reuse et sombre — on mourait d’un simple rhume, ou de vieillesse à 20 ans, ou de carences alimen­taires, ou de violences omni­pré­sentes, etc.

Autant d’ab­sur­di­tés fabriquées de toutes pièces. Ainsi que Robert Sapolsky, cher­cheur en neuro­bio­lo­gie à l’uni­ver­sité de Stand­ford, le formule dans son livre « Pourquoi les zèbres n’ont pas d’ul­cères ? », la réalité est bien diffé­rente, puisqu’une grande partie de nos problèmes actuels ont vu le jour avec l’avè­ne­ment de l’agri­cul­ture, ce qui témoigne d’une dégé­né­res­cence plutôt que d’un progrès :

« L’agri­cul­ture est une inven­tion humaine assez récente, et à bien des égards, ce fut l’une des idées les plus stupides de tous les temps. Les chas­seurs-cueilleurs pouvaient subsis­ter grâce à des milliers d’ali­ments sauvages. L’agri­cul­ture a changé tout cela, créant une dépen­dance acca­blante à quelques dizaines d’ali­ments domes­tiqués, nous rendant vulné­rable aux famines, aux inva­sions de saute­relles et aux épidé­mies de mildiou. L’agri­cul­ture a permis l’ac­cu­mu­la­tion de ressources produites en surabon­dance et, inévi­ta­ble­ment, à l’ac­cu­mu­la­tion inéqui­table ; ainsi la société fut stra­ti­fiée et divi­sée en classes, et la pauvreté fina­le­ment inven­tée ».

En effet, la liberté dont l’être humain jouis­sait par le passé a dimi­nué à mesure de l’ex­pan­sion des premières formes d’état, à l’ins­tar de l’au­then­ti­cité, de l’ori­gi­na­lité, de l’in­dé­pen­dance, de l’au­to­no­mie, et de la richesse, qui carac­té­ri­saient la diver­sité des vies et des cultures humaines ayant existé, et qui carac­té­risent celles des quelques peuples non-civi­li­sés qui subsistent encore. L’in­sis­tance sur l’aug­men­ta­tion de l’es­pé­rance de vie, dont il faut rappe­ler qu’elle ne saurait être un but en elle-même, et dont la plupart des gens se font une idée fausse, fait aussi partie de cette entre­prise de déni­gre­ment du passé. Par ailleurs, il est grotesque, présomp­tueux et mépri­sant (à l’égard des temps passés) de prétendre que la moder­nité et son « progrès » apportent le bonheur, ce qui, au vu du mal-être mondia­lisé, de l’ex­plo­sion du stress, des burnouts, des dépres­sions, des angoisses et des troubles mentaux, des taux de suicides et des pres­crip­tions d’an­ti­dé­pres­seurs, est aisé­ment contes­table.

Et pour­tant la civi­li­sa­tion indus­trielle — désor­mais plané­taire, s’étant impo­sée partout à grands renforts de colo­ni­sa­tions et d’im­pé­ria­lisme, basée sur l’es­cla­vage sala­rial obli­ga­toire, sur un extrac­ti­visme perma­nent, où les richesses et les béné­fices se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus restreint d’in­di­vi­dus, qui a rendu l’air cancé­ri­gène, qui a conta­miné les sols, les eaux et l’at­mo­sphère de millions de produits de synthèse parfois extrê­me­ment toxiques, qui détruit les forêts du monde entier et rempli les océans de plas­tiques, dont l’ex­pan­sion­nisme préda­teur engendre actuel­le­ment la 6ème extinc­tion de masse de l’his­toire de la planète et un dérè­gle­ment clima­tique aux consé­quences poten­tiel­le­ment drama­tiques — est consi­dé­rée, idéo­lo­gie du « progrès » oblige, comme le pinacle de l’exis­tence humaine.

Cette inver­sion des réali­tés est dénon­cée depuis long­temps. Pour prendre un exemple, voici un passage tiré du livre « Les temps futurs » d’Al­dous Huxley :

Dès le début de la révo­lu­tion indus­trielle, il avait prévu que les hommes seraient grati­fiés d’une présomp­tion telle­ment outre­cui­dante pour les miracles de leur propre tech­no­lo­gie qu’ils ne tarde­raient pas à perdre le sens des réali­tés. Et c’est préci­sé­ment ce qui est arrivé. Ces misé­rables esclaves des rouages et des registres se mirent à se féli­ci­ter d’être les Vainqueurs de la Nature, vrai­ment ! En fait, bien entendu, ils avaient simple­ment renversé l’équi­libre de la Nature et étaient sur le point d’en subir les consé­quences. Songez donc à quoi ils se sont occu­pés au cours du siècle et demi qui a précédé la Chose. A polluer les rivières, à tuer tous les animaux sauvages, au point de les faire dispa­raître, à détruire les forêts, à déla­ver la couche super­fi­cielle du sol et à la déver­ser dans la mer, à consu­mer un océan de pétrole, à gaspiller les miné­raux qu’il avait fallu la tota­lité des époques géolo­giques pour dépo­ser. Une orgie d’im­bé­cil­lité crimi­nelle. Et ils ont appelé cela le Progrès. Le Progrès ! Je vous le dis, c’était une inven­tion trop fantas­tique pour qu’elle ait été le produit d’un simple esprit humain — trop démo­niaque­ment ironique ! Il a fallu pour cela une Aide exté­rieure. Il a fallu la Grâce de Bélial, qui, bien entendu, est toujours offerte — du moins, à quiconque est prêt à coopé­rer avec elle.

& bien entendu, le discours des médias et des insti­tu­tions cultu­relles domi­nantes ignore volon­tiers le désastre en cours, d’où la proli­fé­ra­tion de sujets de diver­tis­se­ment, d’où une véri­table culture de la distrac­tion perma­nente et fréné­tique (tout plutôt que parler de l’élé­phant dans la pièce, ce qui risque­rait de pertur­ber le busi­ness-as-usual, et qui mena­ce­rait donc les inté­rêts des classes diri­geantes). Il n’in­siste pas sur la myriade d’exac­tions sociales et écolo­giques engen­drées par la civi­li­sa­tion indus­trielle, dont le réseau d’ex­ploi­ta­tion sexuelle et d’es­cla­vage sala­rial qui sévit actuel­le­ment dans l’agri­cul­ture sici­lienne, au sein duquel des milliers de femmes sont violées et battues ; le réseau d’es­cla­vage moderne qui exploite près de 40 000 femmes en Italie conti­nen­tale, des italiennes et des migrantes, dans des exploi­ta­tions viti­coles ; les épidé­mies de suicides et la pollu­tion massive qui frappent actuel­le­ment la région de Banga­lore (quali­fiée de capi­tale mondiale du suicide) en Inde, où le « déve­lop­pe­ment » détruit les liens fami­liaux et le monde natu­rel ; l’ex­ploi­ta­tion de burki­na­bés de tous âges dans les camps d’or­paillage du Burkina Faso, où ils vivent et meurent dans des condi­tions drama­tiques, entre mala­ria et mala­dies liées à l’uti­li­sa­tion du mercure, au béné­fice des riches et puis­santes multi­na­tio­nales des pays dits « déve­lop­pés » ; le sort des pakis­ta­nais qui se retrouvent à trier les déchets élec­tro­niques cancé­ri­gènes des citoyens du monde libre en échange d’un salaire de misère (et de quelques mala­dies) ; l’ex­ploi­ta­tion de nica­ra­guayens sous-payés (la main d’oeuvre la moins chère d’Amé­rique centrale) dans des maqui­la­do­ras, où ils confec­tionnent toutes sortes de vête­ments pour des entre­prises souvent nord-améri­caines, coréennes ou taïwa­naises ; les épidé­mies de mala­dies de civi­li­sa­tion liées à la malbouffe indus­trielle, qui ravagent les popu­la­tions du monde entier, dont les commu­nau­tés du Mexique (deuxième pays au monde en termes de taux d’obé­sité et de surpoids, après les USA), qui connait une épidé­mie de mala­dies liées au gras et au sucre, où 7 adultes sur 10 sont en surpoids ou obèses, ainsi qu’1 enfant sur 3 – d’après l’Or­ga­ni­sa­tion Mondiale de la Santé (OMS), les mexi­cains sont les premiers consom­ma­teurs de soda (163 litres par an, et par personne), et la popu­la­tion la plus touchée par la morta­lité liée au diabète de toute l’Amé­rique latine ; l’ex­ploi­ta­tion d’en­fants et d’adultes au Malawi dans des plan­ta­tions de tabac (où ils contractent la « mala­die du tabac vert » par intoxi­ca­tion à la nico­tine) destiné à l’ex­por­ta­tion, au béné­fice des groupes indus­triels comme British Ameri­can Tobacco (Lucky Strike, Pal Mal, Gauloises, …) ou Philip Morris Inter­na­tio­nal (Malboro, L&M, Philip Morris…) ; la trans­for­ma­tion de l’Al­ba­nie en poubelle géante (où l’on importe des déchets d’un peu partout pour les trai­ter, ce qui consti­tue un secteur très impor­tant de l’éco­no­mie du pays, des milliers de gens vivent de ça, et vivent dans des décharges, ou plutôt meurent de ça, et meurent dans des décharges) ; dans la même veine, la trans­for­ma­tion de la ville de Guiyu en Chine, en poubelle géante de déchets élec­tro­niques (en prove­nance du monde entier), où des centaines de milliers de chinois, enfants et adultes, travaillent à les trier, et donc en contact direct avec des centaines de milliers de tonnes de produits haute­ment toxiques (les toxi­co­logues s’in­té­ressent aux records mondiaux de toxi­cité de Guiyu en termes de taux de cancer, de pollu­tions des sols, de l’eau, etc.) ; la trans­for­ma­tion de la zone d’Ag­bog­blo­shie, au Ghana, en poubelle géante de déchets élec­tro­niques (en prove­nance du monde entier, de France, des USA, du Royaume-Uni, etc.), où des milliers de ghanéens, enfants (dès 5 ans) et adultes, travaillent, en échange d’un misé­rable salaire, à trier les centaines de milliers de tonnes de produits haute­ment toxiques qui vont ruiner leur santé et conta­mi­ner les sols, l’air et les cours d’eau ; la trans­for­ma­tion de bien d’autres endroits, toujours dans des pays pauvres (Inde, Égypte, Bangla­desh, Philip­pines, etc.) en poubelles géantes de déchets (élec­tro­niques, plas­tiques, etc.) ; les pollu­tions massives de la mer Médi­ter­ra­née, qui font d’elle la mer la plus polluée du monde, et sa surex­ploi­ta­tion, qui fait d’elle un désert bleu ; la pollu­tion massive des océans et des mers du monde entier, qui se remplissent de plas­tiques et d’autres polluants, au point que l’île d’Hen­der­son, un atoll coral­lien qui figure parmi les endroits les plus isolés du monde, à mi-chemin entre l’Aus­tra­lie et l’Amé­rique du Sud, croule sous 38 millions de débris plas­tique, soit près de 18 tonnes de plas­tique et au point que d’ici 2050, il est estimé qu’il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans et que la quasi-tota­lité des oiseaux marins auront ingéré du plas­tique ; les pollu­tions envi­ron­ne­men­tales en Mongo­lie (liées au « déve­lop­pe­ment » du pays et à son indus­trie minière), où des villes parmi les plus polluées au monde suffoquent dans ce que certains décrivent comme « un enfer » ; les destruc­tions des récifs coral­liens, des fonds marins et des forêts des îles de Bangka et Beli­tung en Indo­né­sie, où des mineurs d’étain légaux et illé­gaux risquent leur vie et perdent leur santé pour obte­nir ce compo­sant crucial des appa­reils élec­tro­niques, embourbé dans une vase radio­ac­tive ; la destruc­tion en cours de la grande barrière corail, en Austra­lie, à cause du réchauf­fe­ment clima­tique ; la conta­mi­na­tion des sols et des cours d’eau de plusieurs régions tuni­siennes, où du cadmium et de l’ura­nium sont reje­tés, entre autres, par le raffi­nage du phos­phate qui y est extrait, avant d’être envoyé en Europe comme engrais agri­cole (raffi­nage qui surcon­somme l’eau de nappes phréa­tiques et qui génère une épidé­mie de mala­dies plus ou moins graves sur place) ; les défo­res­ta­tions massives en Afrique, en Amazo­nie, en Indo­né­sie, et un peu partout sur le globe, qui permettent l’ex­pan­sion des mono­cul­tures de palmiers à huile, d’hé­véa, d’eu­ca­lyp­tus et d’autres arbres (parfois géné­tique­ment modi­fiés) utili­sés par diffé­rentes indus­tries, l’ex­pan­sion des plan­ta­tions de soja, et l’ex­pan­sion des surfaces desti­nées à l’éle­vage indus­triel ; l’ex­ter­mi­na­tion plané­taire des popu­la­tions d’in­ver­té­brés, dont les effec­tifs ont décliné de 45% au cours des quatre dernières décen­nies, des grands pois­sons, dont les popu­la­tions ont décliné de 90% au cours des 60 dernières années, des oiseaux marins, dont les popu­la­tions ont décliné de 70% au cours des 60 dernières années, et, plus géné­ra­le­ment, des animaux sauvages, dont les popu­la­tions ont décliné de 52% en moins de 50 ans ; comme vous le compre­nez peut-être, cette liste est infi­nie, ou presque. Et chaque jour le bilan s’alour­dit.

Partout, le monde natu­rel est réduit en char­pie. Partout, les espèces non-humaines sont exter­mi­nées. Partout, ce sont les plus pauvres qui souffrent le plus — dont les peuples tribaux qui existent et résistent encore, mais qui subissent une violence inouïe et meur­trière, comme au Brésil (et en Papoua­sie, et en Indo­né­sie, et à travers le conti­nent afri­cain, et partout où ils subsistent encore). Partout, le « déve­lop­pe­ment » détruit, à grande vitesse.

***

Indi­vi­duel­le­ment, il nous est impos­sible de suivre. La plupart des gens n’ont ni le temps, ni l’en­vie, ni la curio­sité néces­saire pour évaluer et appré­hen­der tout cela. Le travail et le diver­tis­se­ment sont de puis­sants outils de contrôle social, et puisque les médias de masse et les prin­ci­pales insti­tu­tions cultu­relles n’en parlent pas, ou si peu — en bons chiens de garde d’un système qui les récom­pense pour cela —, tout ceci est méconnu.

***

Le monde entier se moder­nise, s’in­dus­tria­lise, de plus en plus de ressources sont néces­saires pour satis­faire toujours plus de nouveaux besoins arti­fi­ciels (d’où l’ex­plo­sion des ventes de smart­phones en Asie, en Afrique, et ailleurs, des ventes de télé­vi­seurs, etc.).

Des entre­prises minières qui convoitent depuis long­temps les terres rares et autres mine­rais (comme l’ura­nium) des sous-sols groen­lan­dais — récem­ment rendus acces­sibles, par chance, grâce au réchauf­fe­ment clima­tique qui ouvre la voie à l’in­dus­tria­li­sa­tion de ce pays autre­fois isolé et qui, acces­soi­re­ment, a entiè­re­ment détruit leur mode de vie tradi­tion­nel ainsi que les popu­la­tions de pois­sons et des autres animaux marins de la région — se préparent main­te­nant à commen­cer à les extraire. Une compa­gnie australo-chinoise a d’ores et déjà obtenu un permis. Les locaux semblent divi­sés vis-à-vis de ces exploi­ta­tions. Certains sont préoc­cu­pés par les risques écolo­giques que cela pose. D’autres s’en foutent. Quoi qu’il en soit, les compa­gnies assurent que leurs extrac­tions seront respec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment (ne riez pas) ; qui plus est, ces terres rares et autres mine­rais tout aussi géniaux (comme l’ura­nium) sont extraits afin d’ali­men­ter « l’éco­no­mie verte » (pour fabriquer éoliennes, voitures hybrides, etc.)

Ce qui nous amène à un nouveau mythe inventé il y a plus de 40 ans afin de désa­mor­cer le doute et la contes­ta­tion qui germaient à l’égard du « déve­lop­pe­ment » et du « progrès », afin de rassu­rer et d’en­dor­mir les popu­la­tions qui commençaient à se préoc­cu­per du sort réservé au monde natu­rel : le mythe du « déve­lop­pe­ment durable ».

A propos de l’inu­ti­lité et de l’inep­tie des alter­na­tives soi-disant vertes : http://partage-le.com/2015/03/les-illu­sions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-ques­tions/

Car si l’on se chamaille parfois en France, et ailleurs, entre parti­sans de la gauche, de l’ex­trême-gauche, de la droite et de l’ex­trême-droite, on s’ac­corde tous en ce qui concerne des choses comme l’élec­tri­fi­ca­tion, unani­me­ment consi­dé­rée comme un « progrès » — évidem­ment ! On pense tous que le « déve­lop­pe­ment » des ressources natu­relles est une bonne chose — cela va de soi ! Le monde qu’ils appellent de leurs vœux, bien que diffé­rant sur des détails, est grosso modo le même : dans tous les cas, le soi-disant « progrès » tech­no­lo­gique est à garder (télé­vi­seurs, auto­mo­biles, grille-pains, réfri­gé­ra­teurs, micro-ondes, smart­phones, ordi­na­teurs, tablettes, infra­struc­tures indus­trielles, dont l’élec­tri­cité, etc.). De l’ex­trême-gauche à l’ex­trême-droite, on est d’ac­cord sur l’es­sen­tiel. Si l’on entend parfois tel ou tel parti­san d’un parti de gauche affir­mer qu’il porte un projet radi­ca­le­ment diffé­rent de celui de tel ou tel parti­san d’un parti de droite, ou inver­se­ment, c’est simple­ment parce qu’à leurs yeux, le débat poli­tique est encap­sulé dans un cadre droite-gauche (ou extrême-droite  extrême-gauche), auquel il se limite. Tous ceux qui s’ex­priment au sein de ce cadre s’ac­cordent sur un grand nombre de prémisses, qu’ils soient de droite ou de gauche ; tous sont les apôtres d’une même idéo­lo­gie. D’une certaine manière, il n’y a qu’un seul parti qui règne en maître dans la quasi-tota­lité des pays du globe : le parti du progrès et du déve­lop­pe­ment. Un parti unique, à peine critiqué sur la forme de ses accom­plis­se­ments.

En effet, beau­coup d’in­di­vi­dus plus ou moins conscients d’une partie des problèmes qu’en­gendrent ce progrès et ce déve­lop­pe­ment ne souhaitent pas pour autant y renon­cer, car encore trop alié­nés et hypno­ti­sés par leurs promesses mira­cu­leuses. Ils adhèrent alors volon­tiers au mythe du « déve­lop­pe­ment durable », à l’idée rela­ti­ve­ment absurde et mani­fes­te­ment fausse selon laquelle il est possible de tout avoir : le déve­lop­pe­ment ET l’éco­lo­gie, de tout conci­lier : un système mondia­lisé haute­ment tech­no­lo­gique ET le respect de l’en­vi­ron­ne­ment, une société high-tech ultra­com­plexe plané­taire ET une véri­table démo­cra­tie. Ce mythe sert à proté­ger le statu quo. Les éner­gies soi-disant renou­ve­lables sont une opéra­tion marke­ting. Elles reposent sur l’ex­trac­ti­visme, sur des pratiques anti-écolo­giques et sur des infra­struc­tures indus­trielles entiè­re­ment insou­te­nables. D’ailleurs, la foca­li­sa­tion de la ques­tion écolo­gique sur la seule problé­ma­tique de la produc­tion éner­gé­tique permet de dissi­mu­ler l’am­pleur de ce qui pose réel­le­ment problème : toutes les produc­tions indus­trielles sont polluantes, toutes sont toxiques, toutes sont insou­te­nables (de l’in­dus­trie chimique, à l’in­dus­trie textile, en passant par les indus­tries agri­cole, auto­mo­bile, élec­tro-infor­ma­tique, du jouet, de l’ar­me­ment, cosmé­tique, etc.). En d’autres termes, même si la produc­tion éner­gé­tique soi-disant « verte » (les « renou­ve­lables ») était réel­le­ment écolo­gique (ce qu’elle n’est abso­lu­ment pas et ce qu’elle ne peut pas être), seule une infime partie d’un problème colos­sal et gran­dis­sant serait réso­lue. Les hautes tech­no­lo­gies reposent toutes sur des proces­sus simi­laires et anti-écolo­giques ; leur gestion requiert une spécia­li­sa­tion pous­sée, une divi­sion du travail, et donc une orga­ni­sa­tion sociale très hiérar­chi­sée (anti-démo­cra­tique).

***

C’est donc au nom du « déve­lop­pe­ment », du « déve­lop­pe­ment durable » et des « éner­gies vertes » que les sous-sols du Groen­land vont être pillés, et son envi­ron­ne­ment saccagé. C’est en leurs noms qu’on « commen­cera bien­tôt à dyna­mi­ter les flancs de collines et à déver­ser des millions de tonnes de béton pour construire deux barrages hydro­élec­triques géants qui submer­ge­ront une région de la taille de Buenos Aires », en Pata­go­nie argen­tine (construc­tion qui a été suspen­due par la cour suprême du pays en décembre 2016, en raison de l’ab­sence d’études d’im­pacts sérieuses, et de ses consé­quences écolo­giques poten­tiel­le­ment désas­treuses pour les cours d’eaux et les espaces natu­rels de la région). C’est aussi en leurs noms qu’un méga-barrage est en cours de construc­tion en Éthio­pie : le barrage de la Renais­sance (le 8ème plus grand du monde), large­ment dénoncé par l’ONG Inter­na­tio­nal Rivers, en raison des nombreux impacts écolo­giques et sociaux désas­treux que sa construc­tion et son fonc­tion­ne­ment vont engen­drer. Entre autres : détraque­ment complet de l’éco­sys­tème du Nil Bleu sur lequel il est situé (pertur­ba­tion de ses cycles hydro­lo­giques) et donc de l’écou­le­ment du Nil, au point qu’en Égypte, des membres du gouver­ne­ment aient discuté de la possi­bi­lité d’un bombar­de­ment aérien ou de l’or­ga­ni­sa­tion d’une mission commando visant à faire sauter le barrage, ainsi que l’a rapporté Wiki­leaks, et au point que des agri­cul­teurs égyp­tiens affirment que la construc­tion de ce barrage signera leur arrêt de mort ; destruc­tion de forêts entières (d’une des dernières zones boisées du pays) et expul­sion de dizaines de milliers d’ha­bi­tants des terres sur lesquelles ils vivaient, en raison de l’inon­da­tion d’une zone de près de 2000 km².

C’est régu­liè­re­ment en leurs noms que sont élabo­rés d’in­nom­brables projets destruc­teurs — dont tous les projets de barrages précé­dem­ment mention­nés, auxquels on pour­rait ajou­ter ceux de Belo Monte en Amazo­nie, et d’Inga 3, en Répu­blique démo­cra­tique du Congo, qui sont tout parti­cu­liè­re­ment dévas­ta­teurs, mais qui ne sont que quelques exemples parmi tous les barrages qui ont été construits et que l’on construit actuel­le­ment. Si le lac de Baotou, dans la province chinoise de la Mongo­lie inté­rieure, a été rendu haute­ment toxique par le trai­te­ment des terres rares (essen­tielles à bon nombre de hautes tech­no­lo­gies, dont celles soi-disant « vertes »), et si l’on y exploite des travailleurs qui y laissent leurs santés et leurs vies, c’est encore en leurs noms. Même chose lorsqu’on abat 250 hectares de pinède en France, pour l’im­plan­ta­tion de la centrale solaire de Cestas (1 million de panneaux made in China), près de Bordeaux, la plus grande d’Eu­rope (un projet du consor­tium Eiffage, Schnei­der Elec­tric, Krin­ner).

Dernier exemple, l’ex­trac­tion du lithium — métal extrê­me­ment utilisé dans le domaine des éner­gies « renou­ve­lables », pour les batte­ries, prin­ci­pa­le­ment —, qui ravage l’en­vi­ron­ne­ment en polluant les sols et en épui­sant les ressources en eau, et qui alimente toutes sortes de conflits sociaux.

Le monde natu­rel est aussi sûre­ment détruit par le « déve­lop­pe­ment durable » et le déploie­ment des éner­gies soi-disant « vertes » que par toutes les autres formes que revêt le soi-disant « déve­lop­pe­ment ».

***

Une autre manière de comprendre l’in­sou­te­na­bi­lité totale de la civi­li­sa­tion consiste à consi­dé­rer son fonc­tion­ne­ment (histo­rique), son carac­tère expan­sion­niste, de manière abstraite, afin d’en saisir les tenants et les abou­tis­sants. Il appa­rait clai­re­ment que la civi­li­sa­tion est une orga­ni­sa­tion sociale et tech­no­lo­gique en expan­sion (en crois­sance) depuis près de 6000 ans et la nais­sance de l’ur­ba­ni­sa­tion lors de la période d’Uruk, qui ne cesse d’uni­for­mi­ser et de stan­dar­di­ser l’hu­ma­nité (et le monde) qu’elle tente d’uni­fier en un seul système mondia­lisé — en une seule culture. En cela, la civi­li­sa­tion diffère radi­ca­le­ment des modes de vie non-civi­li­sés, tribaux, des innom­brables cultures sauvages ayant existé et exis­tant encore, qui n’ont pas pour objec­tif une domi­na­tion totale de tout ce qui existe. C’est pourquoi Theo­dore Kaczynski, dans son dernier livre, publié en août 2016, inti­tulé « Anti-Tech Revo­lu­tion : Why and How » (en français : « révo­lu­tion anti-tech : pourquoi et comment »), d’où la longue cita­tion qui suit est tirée, décrit la civi­li­sa­tion comme un ensemble de « systèmes auto­pro­pa­ga­teurs » :

Les prin­ci­paux systèmes auto­pro­pa­ga­teurs humains du monde exploitent chaque oppor­tu­nité, utilisent chaque ressource et enva­hissent tous les endroits où ils peuvent trou­ver quoi que ce soit qui les assiste dans leur inces­sante quête de pouvoir. Au fur et à mesure du déve­lop­pe­ment haute­ment tech­no­lo­gique, de plus en plus de ressources, qui semblaient autre­fois inutiles, s’avèrent ulti­me­ment utiles, et de plus en plus de lieux sont enva­his, et de plus en plus de consé­quences destruc­trices s’en­suivent.

[…] Aussi vrai que l’usage de distil­lats de pétrole dans les moteurs à combus­tion interne demeu­rait insoupçonné avant 1860, au plus tôt, tout comme l’usage de l’ura­nium en tant que combus­tible avant la décou­verte de la fission nucléaire en 1938–39, ainsi que la plupart des usages des terres rares avant les dernières décen­nies, de futures usages d’autres ressources, de nouvelles manières d’ex­ploi­ter l’en­vi­ron­ne­ment, et de nouvelles niches à enva­hir pour le système tech­no­lo­gique, présen­te­ment insoupçon­nées, sont à prévoir. En tentant d’éva­luer les dégra­da­tions futures de notre envi­ron­ne­ment, nous ne pouvons pas nous conten­ter de proje­ter dans le futur les effets des dommages envi­ron­ne­men­taux actuel­le­ment connus ; nous devons suppo­ser que de nouvelles causes de dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales émer­ge­ront, que nous ne pouvons pas encore imagi­ner. De plus, nous devons nous souve­nir que la crois­sance tech­no­lo­gique, et avec elle, l’ag­gra­va­tion des dommages que la tech­no­lo­gie inflige à l’en­vi­ron­ne­ment, pren­dront de l’am­pleur dans les décen­nies à venir. En consi­dé­rant tout cela, nous parve­nons à la conclu­sion selon laquelle, en toute proba­bi­lité, la planète tout entière, ou presque, sera grave­ment endom­ma­gée par le système tech­no­lo­gique.

extraction-globale-ressources

[…] Notre discus­sion des systèmes auto­pro­pa­ga­teurs ne fait que décrire en termes abstraits et géné­raux ce qu’on observe concrè­te­ment autour de nous : des orga­ni­sa­tions, mouve­ments, idéo­lo­gies sont prison­niers d’une inces­sante lutte de pouvoir. Ceux qui ne parviennent pas à être de bons compé­ti­teurs sont élimi­nés ou asser­vis. La lutte concerne le pouvoir sur le court terme, les compé­ti­teurs se soucient peu de leur propre survie sur le long-terme, encore moins du bien-être de l’hu­ma­nité ou de la biosphère. C’est pourquoi les armes nucléaires n’ont pas été bannies, les émis­sions de dioxyde de carbone n’ont pas été rame­nées à un niveau sûr, les ressources de la planète sont exploi­tées de manière tota­le­ment irres­pon­sable, et c’est aussi ce qui explique pourquoi aucune limite n’a été défi­nie pour enca­drer le déve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies puis­santes mais dange­reuses.

Nous avons décrit ce proces­sus en termes abstraits et géné­raux afin de souli­gner que ce qui arrive à notre planète n’est pas acci­den­tel ; que ce n’est pas le résul­tat d’une combi­nai­son de circons­tances histo­riques ou de défauts carac­té­ris­tiques aux êtres humains. Étant donné la nature des systèmes auto­pro­pa­ga­teurs en géné­ral, le proces­sus destruc­teur que nous voyons aujourd’­hui est rendu inévi­table par la combi­nai­son de deux facteurs : le pouvoir colos­sal de la tech­no­lo­gie moderne et la dispo­ni­bi­lité de moyens de trans­port et de commu­ni­ca­tions rapides entre n’im­porte quels endroits du globe.

Recon­naitre cela peut nous aider à éviter de perdre notre temps en de naïfs efforts. Par exemple, dans des efforts pour apprendre aux gens à écono­mi­ser l’éner­gie et les ressources. De tels efforts n’ac­com­plissent rien.

Cela semble incroyable que ceux qui prônent les écono­mies d’éner­gie n’aient pas remarqué ce qui se passe : dès que de l’éner­gie est libé­rée par des écono­mies, le système-monde tech­no­lo­gique l’en­glou­tit puis en rede­mande. Peu importe la quan­tité d’éner­gie four­nie, le système se propage toujours rapi­de­ment jusqu’à ce qu’il ait utilisé toute l’éner­gie dispo­nible, puis il en rede­mande encore. La même chose est vraie des autres ressources. Le système-monde tech­no­lo­gique s’étend immanqua­ble­ment jusqu’à atteindre une limite impo­sée par un manque de ressources, puis il essaie d’al­ler au-delà de cette limite, sans égard pour les consé­quences.

world_energy_consumption_fr-svg

Cela s’ex­plique par la théo­rie des systèmes auto­pro­pa­ga­teurs : les orga­ni­sa­tions (ou autres systèmes auto­pro­pa­ga­teurs) qui permettent le moins au respect de l’en­vi­ron­ne­ment d’in­ter­fé­rer avec leur quête de pouvoir immé­diat tendent à acqué­rir plus de pouvoir que celles qui limitent leur quête de pouvoir par souci des consé­quences envi­ron­ne­men­tales sur le long terme — 10 ans ou 50 ans, par exemple. Ainsi, à travers un proces­sus de sélec­tion natu­relle, le monde subit la domi­na­tion d’or­ga­ni­sa­tions qui utilisent au maxi­mum les ressources dispo­nibles afin d’aug­men­ter leur propre pouvoir, sans se soucier des consé­quences sur le long terme.

[…] Tandis qu’une féroce compé­ti­tion au sein des systèmes auto­pro­pa­ga­teurs aura si ample­ment et si rapi­de­ment dégradé le climat de la Terre, la compo­si­tion de son atmo­sphère, la compo­si­tion de ses océans, et ainsi de suite, l’ef­fet sur la biosphère sera dévas­ta­teur. Dans la partie IV du présent chapitre, nous déve­lop­pe­rons davan­tage ce raison­ne­ment : nous tente­rons de démon­trer que si le déve­lop­pe­ment du système-monde tech­no­lo­gique se pour­suit sans entrave jusqu’à sa conclu­sion logique, selon toute proba­bi­lité, de la Terre il ne restera qu’un caillou désolé — une planète sans vie, à l’ex­cep­tion, peut-être, d’or­ga­nismes parmi les plus simples — certaines bacté­ries, algues, etc. — capables de survivre dans ces condi­tions extrêmes.

***

Ce qui nous ramène au fantasme selon lequel il serait possible de tout avoir, que Derrick Jensen expose brillam­ment dans son livre « Endgame », dont voici un extrait :

Nous faisons tous face à des choix. Nous pouvons avoir des calottes glaciaires et des ours polaires, ou nous pouvons avoir des auto­mo­biles. Nous pouvons avoir des barrages ou nous pouvons avoir des saumons. Nous pouvons avoir des vignes irri­guées dans les comtés de Mendo­cino et Sonoma, ou nous pouvons avoir la rivière Eel et la rivière Russian. Nous pouvons avoir le pétrole du fond des océans, ou nous pouvons avoir des baleines. Nous pouvons avoir des boîtes en carton ou nous pouvons avoir des forêts vivantes. Nous pouvons avoir des ordi­na­teurs et la myriade de cancers qui accom­pagne leur fabri­ca­tion, ou nous pouvons n’avoir aucun des deux. Nous pouvons avoir l’élec­tri­cité et un monde dévasté par l’ex­ploi­ta­tion minière, ou nous pouvons n’avoir aucun des deux (et ne venez pas me racon­ter de sottises à propos du solaire : vous aurez besoin de cuivre pour le câblage, de sili­cone pour le photo­vol­taïque, de métaux et de plas­tiques pour les dispo­si­tifs, qui ont besoin d’être fabriqués et puis trans­por­tés chez vous, et ainsi de suite. Même l’éner­gie élec­trique solaire n’est pas soute­nable parce que l’élec­tri­cité et tous ses attri­buts requièrent une infra­struc­ture indus­trielle). Nous pouvons avoir des fruits, des légumes, et du café impor­tés aux États-Unis depuis l’Amé­rique latine, ou nous pouvons avoir au moins quelques commu­nau­tés humaines et non-humaines à peu près intactes à travers la région. (Je pense que ce n’est pas la peine que je rappelle au lecteur que, pour prendre un exemple – parmi bien trop – qui ne soit pas atypique, le gouver­ne­ment démo­cra­tique­ment élu de Jacobo Arbenz, au Guate­mala, a été renversé par les États-Unis afin d’épau­ler la “United fruit Company”, aujourd’­hui appe­lée Chiquita, ce qui a entraîné par la suite 30 ans de dicta­tures soute­nues par les États-Unis, et d’es­ca­drons de la mort. J’ai d’ailleurs demandé, il y a quelques années, à un membre du mouve­ment révo­lu­tion­naire tupa­ca­ma­rista ce qu’il voulait pour le peuple du Pérou, et il m’a répondu quelque chose qui va droit au cœur de la présente discus­sion [et au cœur de toute lutte qui ait jamais eu lieu contre la civi­li­sa­tion] : “nous devons produire et distri­buer notre propre nour­ri­ture. Nous savons déjà comment le faire. Il faut simple­ment que l’on soit auto­risé à le faire.”). Nous pouvons avoir du commerce inter­na­tio­nal, inévi­ta­ble­ment et par défi­ni­tion ainsi que par fonc­tion dominé par d’im­menses et distantes enti­tés écono­miques/gouver­ne­men­tales qui n’agissent pas (et ne peuvent pas agir) dans l’in­té­rêt des commu­nau­tés, ou nous pouvons avoir un contrôle local d’éco­no­mies locales, ce qui ne peut adve­nir tant que des villes requièrent l’im­por­ta­tion (lire : le vol) de ressources toujours plus distantes. Nous pouvons avoir la civi­li­sa­tion — trop souvent consi­dé­rée comme la plus haute forme d’or­ga­ni­sa­tion sociale — qui se propage (qui méta­stase, dirais-je) sur toute la planète, ou nous pouvons avoir une multi­pli­cité de cultures auto­nomes uniques car spéci­fique­ment adap­tées au terri­toire d’où elles émergent. Nous pouvons avoir des villes et tout ce qu’elles impliquent, ou nous pouvons avoir une planète habi­table. Nous pouvons avoir le “progrès” et l’his­toire, ou nous pouvons avoir la soute­na­bi­lité. Nous pouvons avoir la civi­li­sa­tion, ou nous pouvons au moins avoir la possi­bi­lité d’un mode de vie qui ne soit pas basé sur le vol violent de ressources.

Tout cela n’est abso­lu­ment pas abstrait. C’est physique. Dans un monde fini, l’im­por­ta­tion forcée et quoti­dienne de ressources est insou­te­nable.

Montrez-moi comment la culture de la voiture peut coexis­ter avec la nature sauvage, et plus parti­cu­liè­re­ment, comment le réchauf­fe­ment plané­taire anthro­pique peut coexis­ter avec les calottes glaciaires et les ours polaires. N’im­porte laquelle des soi-disant solu­tions du genre des voitures élec­triques solaires présen­te­rait des problèmes au moins aussi sévères. L’élec­tri­cité, par exemple, a toujours besoin d’être géné­rée, les batte­ries sont extra­or­di­nai­re­ment toxiques, et, quoi qu’il en soit, la conduite n’est pas le prin­ci­pal facteur de pollu­tion de la voiture : bien plus de pollu­tion est émise au cours de sa fabri­ca­tion qu’à travers son pot d’échap­pe­ment. La même chose est vraie de tous les produits de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Nous ne pouvons pas tout avoir. Cette croyance selon laquelle nous le pouvons est une des choses qui nous ont préci­pi­tés dans cet horrible endroit. Si la folie pouvait être défi­nie comme la perte de connexion fonc­tion­nelle avec la réalité physique, croire que nous pouvons tout avoir — croire que nous pouvons simul­ta­né­ment déman­te­ler une planète et y vivre ; croire que nous pouvons perpé­tuel­le­ment utili­ser plus d’éner­gie que ce que nous four­nit le soleil ; croire que nous pouvons piller du monde plus que ce qu’il ne donne volon­tai­re­ment ; croire qu’un monde fini peut soute­nir une crois­sance infi­nie, qui plus est une crois­sance écono­mique infi­nie, qui consiste à conver­tir toujours plus d’êtres vivants en objets inertes (la produc­tion indus­trielle, en son cœur, est la conver­sion du vivant — des arbres ou des montagnes — en inerte — planches de bois et canettes de bière) — est incroya­ble­ment cinglé. Cette folie se mani­feste en partie par un puis­sant irres­pect pour les limites et la justice. Elle se mani­feste au travers de la préten­tion selon laquelle il n’existe ni limites, ni justice. Prétendre que la civi­li­sa­tion peut exis­ter sans détruire son propre terri­toire, ainsi que celui des autres et leurs cultures, c’est être complè­te­ment igno­rant de l’his­toire, de la biolo­gie, de la ther­mo­dy­na­mique, de la morale, et de l’ins­tinct de conser­va­tion. & c’est n’avoir prêté abso­lu­ment aucune atten­tion aux six derniers millé­naires.

Ceux qui choi­sissent de croire en ce qu’il est possible de tout avoir basent leur espé­rance sur une forme de foi (et mani­fes­te­ment pas sur le monde réel, sans quoi ils se seraient aperçus du fait que ce qu’ils fantasment est fonc­tion­nel­le­ment et intrin­sèque­ment irréa­li­sable). Une foi reli­gieuse en la toute-puis­sance de la science et du déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique, en la toute-puis­sance de l’être humain, fina­le­ment ; et l’on retrouve l’hubris de la civi­li­sa­tion.

Quoi qu’il en soit, si l’on met de côté le carac­tère profon­dé­ment anti-écolo­gique des hautes tech­no­lo­gies, ce qui échappe encore large­ment à ceux qui croient au mythe du « déve­lop­pe­ment durable » comme à tous ceux qui croient en l’idéo­lo­gie du « progrès », c’est que l’es­sence même d’une société de masse (qui plus est d’une société de masse haute­ment tech­no­lo­gique), est liber­ti­cide. Ainsi que Traven le souligne dans le passage cité plus haut, plus le fonc­tion­ne­ment d’une société est rigi­di­fié par des lois, des décrets, des règle­ments, des arrê­tés, plus la liberté est érodée. Plus une société regroupe d’in­di­vi­dus, plus son poten­tiel démo­cra­tique dimi­nue (ainsi que Rous­seau le compre­nait, la démo­cra­tie sied à un village ou à une commune, certai­ne­ment pas à une société de la taille de nos états modernes). Et plus le système tech­no­lo­gique de cette société se complexi­fie, moins l’in­di­vidu le contrôle : plus il perd en auto­no­mie, plus il en devient dépen­dant, plus son exis­tence en devient captive (pour appro­fon­dir et mieux saisir ce phéno­mène, lire Jacques Ellul, Bernard Char­bon­neau, Lewis Mumford, ou Ivan Illich). Sans parler du fait que les matières premières néces­saires au déve­lop­pe­ment haute­ment tech­no­lo­gique, ou à la subsis­tance de ceux qui vivent de manière non-auto­nome, doivent bien venir de quelque part, ce qui implique l’im­pé­ria­lisme préda­teur et l’ex­pan­sion­nisme qui carac­té­risent la civi­li­sa­tion depuis des millé­naires.

Si la corrup­tion, la pollu­tion, la destruc­tion, les inéga­li­tés, les injus­tices, et tous les maux qui nous accablent, ne parviennent pas à être endi­gués, c’est parce notre mode de vie, notre société — la civi­li­sa­tion indus­trielle — ne peuvent être réfor­més. C’est parce qu’il n’y a pas de solu­tion qui permette de conser­ver les conforts tech­no­lo­giques modernes, les commo­di­tés (rela­tives) appor­tés par le « progrès » et le « déve­lop­pe­ment », ET de ne pas détruire la planète. C’est parce qu’il est impos­sible de conci­lier l’idéo­lo­gie du progrès et du déve­lop­pe­ment avec l’éco­lo­gie et la démo­cra­tie.

Au contraire de ce que promeuvent les Macron du monde entier (et les Fillon, et les Hamon, et les Mélen­chon), il ne faudrait surtout pas élec­tri­fier/déve­lop­per/indus­tria­li­ser les pays qui ne le sont pas encore, mais urgem­ment dése­lec­tri­fier/dé-déve­lop­per/désin­dus­tria­li­ser ceux qui le sont déjà.

Comp­ter, pour cela, sur les insti­tu­tions domi­nantes, ou sur un éveil des masses, c’est croire au Père Noël.

Aussi diffi­cile à comprendre que ce soit aux yeux de ceux qui sont nés dans ce bour­bier de culture progres­siste et déve­lop­pe­men­tiste qu’est la civi­li­sa­tion, qui sont profon­dé­ment impré­gnés de sa mytho­lo­gie toxique et de ses valeurs malsaines (chez qui on provoque­rait une migraine à tenter de leur expliquer que la télé­vi­sion, l’or­di­na­teur, la voiture, inter­net, l’élec­tri­fi­ca­tion et la civi­li­sa­tion sont mani­fes­te­ment autant de four­voie­ments), la seule manière de mettre fin à l’éco­cide et au suicide en cours, la seule manière de faire en sorte que les géné­ra­tions à venir de non-humains et d’hu­mains connaissent un futur rela­ti­ve­ment suppor­table (ou simple­ment de faire en sorte qu’elles aient un futur), qui ne soit pas rendu abso­lu­ment infer­nal et insup­por­table (par un détraque­ment et une destruc­tion trop pous­sés des écosys­tèmes, par un dérè­gle­ment clima­tique aux consé­quences trop dévas­ta­trices, par une pollu­tion des sols, de l’air et des eaux qui les rendent invi­vables), consiste à préci­pi­ter l’iné­luc­table effon­dre­ment de cette société morti­fère.

Nico­las Casaux

civilisation destruction propagande

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

  1. Pour les interessés du sujet le roman « le scieur du château » de Béatrice Tracol qui a reçu le prix Lucien Newirth pour ce livre, parle entre autre de l’école, des idéologies, « d’un progrès exponentiel fallacieusement confondu avec l’évolution de l’humanité »…

    extrait du dernier livre de Jean Ziegler « les chemins d’espérance »
     » … Il n’est pas question de revenir ici sur les évenements historiques, sur les révolutions technologiques, les luttes et les décisions politiques qui ont conduit les societes humaines à ce point paroxystique du capitalisme financier globalisé. Les oligarchies qui le dirigent détiennent un pouvoir qu’aucun empereur, aucun pape aucun roi n’a jamais détenu dans l’histoire des hommes. Elles échappent à tout contrôle étatique, interétatique,international, parlementaire syndical ou autre. La stratégie n’obéit qu’a un seul principe: La maximalisation du profit dans le temps le plus court… »

  2. D’accord pour ne pas voter, mais il faut en parler avec ceux qui votent. Il est nécessaire d’avoir des leviers pour propager la conscience. En ce moment le vote est l’un de ces leviers: je n’ai jamais eu autant de discussions approfondies avec des interlocuteurs depuis que je me déclare ouvertement opposé à ce vote que l’on nous propose dans la démocratie actuelle. Mais celà ne reste qu’une entrée en matière. Ensuite, il faut montrer à chacun la part qu’il occupe, que nous occupons tous, dans cette organisation. Et là, les esprits s’ouvrent et les vraies questions sont posées. L’article de Claude levi strauss est décisif dans ce qu’il nous met la responsabilité entre nos mains. C’est clair, nous ne verrons pas les choses changer vers un humain conscient et respectueux du monde, mais chaque seconde ou chacun peut apporter au mouvement est une victoire.

  3. Philippe, à l’évidence vous refusez de vous remuer les méninges. Je suis persuadé que vous possédez ce talent de créateur, bien développé chez l’humain.
    Alors je vous en prie, cherchez, cherchez un peu et surtout n’ayez pas peur, ni honte, de tenter quelques trucs même s’ils vous paraissent ridicules. Un jour vous en serez fier !

    Alors bien sûr il y a de grosses ficelles basiques : consommer le moins possible de produits industriels. Et pas que la bouffe, tous les produits industriels. Evitez les doublons : j’ai un ordi/internet mais pas de télé, j’ai un fixe mais pas de mobile.
    Nous sommes deux, nous avons une voiture et un vélo.
    etc.
    Travailler le moins possible, je veux dire entrer dans ce système de production. C’est très important et vous verrez, c’est tellement bon. Evitez le secteur tertiaire qui est le plus féroce parasite.
    Sortez au maximum de l’étau de la finance. Ne prenez jamais de crédit (si vous l’avez fait, collez vous quelques baffes, ça ira mieux après). Oubliez la Bourse et ses gangs de voleurs patentés, n’en devenez pas un !
    Payez en espèce dès que vous le pouvez, laissez le moins de pognon possible chez votre banquier.
    Refusez la dématérialisation des services, refusez les nouvelles normes techniques, ne vous faites pas happer par le système de soins.
    Restez chez vous, ne faites pas d’enfant supplémentaire, trouvez des occupations simples et jouissives… Ecoutez le chant des oiseaux 🙂

  4. La liberté a aussi un fondement très matériel, on l’oublie souvent car les mots en démocratie viennent souvent mystifier la réalité au sujet de la liberté.

    En démocratie la liberté n’existe pas ou peu et elle est assujetti au nombre d’habitant et à leur pouvoir.

    Exemple: 100 personnes dans un 3 pièces, il y a de facto des règles qui remplace toutes les libertés, règles pour le bruit, l’accès au toilette, l’heure du lit, parler, les sujets à éviter etc, c’est le système actuel.

    Le summum de la liberté étant une seul personne dans le même 3 pieces, cette personne peut passer 24 heures au chiotte, écouter de la musique à 3 heures du matin, passer d’une chambre à l’autre sans frapper, ne se signaler à personne etc, c’est le système naturel.

    In fine la vraie liberté est une absence de démocratie couplé à une population très éparpillée, sans élites, peu nombreuse et certainement frugale, c’est le système naturel avant la civilisation.

    J’aime trop la liberté pour croire en la démocratie.