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L’étrange logique derrière la quête d’énergies « renouvelables » (par Nicolas Casaux)

Pour commen­cer, quelques ques­tions, trop rare­ment posées :

La destruc­tion en cours des diffé­rents biomes de la planète, leur conta­mi­na­tion par d’in­nom­brables substances et produits toxiques, et les pollu­tions massives des milieux natu­rels sont-elles les consé­quences de la produc­tion d’éner­gie ou de son utili­sa­tion (ou les deux) ? Et en quelles propor­tions ?

Autre­ment dit, la planète est-elle en train d’être détruite par les consé­quences directes de la produc­tion éner­gé­tique indus­trielle mondiale ou l’est-elle davan­tage par ses consé­quences indi­rectes ?

Le déver­se­ment annuel de millions de tonnes de plas­tique qui asphyxient les océans dépend-il du type d’éner­gie utili­sée par les usines et les zones indus­trielles ?

Les millions de tonnes de déchets toxiques annuel­le­ment géné­rées par les diffé­rentes indus­tries (cosmé­tique, élec­tro­nique, chimique, agri­cole, fores­tière, de la construc­tion navale, de la construc­tion auto­mo­bile, etc.) sont-elles les consé­quences de la manière dont est produite l’éner­gie qu’elles utilisent ?

La destruc­tion d’éco­sys­tèmes, leur pollu­tion, et l’ex­tir­pa­tion de millions de tonnes de ressources non-renou­ve­lables (métaux, mine­rais en tous genres) des entrailles de la planète par l’in­dus­trie des extrac­tions minières sont-elles liées à la manière dont est produite l’éner­gie qu’elle utilise ?

L’abat­tage des dernières forêts d’Afrique (et d’ailleurs) afin de four­nir du bois d’œuvre (ou l’abat­tage des forêts d’Amé­rique du Sud afin de déga­ger de l’es­pace pour l’éle­vage et d’autres acti­vi­tés indus­trielles) est-il lié à la manière dont est produite l’éner­gie utili­sée par les usines de trai­te­ment du bois ?

Le monde est-il en train d’être détruit par manque d’une produc­tion indus­trielle d’éner­gie « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » ?

Inver­se­ment, si toute la produc­tion d’éner­gie indus­trielle était, ou plutôt, pouvait être, « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », l’hu­ma­nité indus­trielle cesse­rait-elle de détruire, polluer, conta­mi­ner, et épui­ser la planète ?

En l’état des choses, les diffé­rentes indus­tries qui consti­tuent nos socié­tés indus­tria­li­sées surex­ploitent et épuisent déjà large­ment les ressources natu­relles (renou­ve­lables et non-renou­ve­lables) de la planète. Qu’en sera-t-il lorsque l’in­dus­tria­li­sa­tion (élec­tri­fi­ca­tion, moder­ni­sa­tion, urba­ni­sa­tion, etc.) de tous les pays dits en déve­lop­pe­ment sera ache­vée ? Lorsque tous les habi­tants de la planète consom­me­ront autant qu’un euro­péen ?

Étant donné que les pays du monde produisent actuel­le­ment envi­ron 50 millions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) par an, dont l’im­mense majo­rité (90%) ne sont pas recy­clées.

Étant donné qu’ils produisent égale­ment plus de 3,5 millions de tonnes de déchets solides par jour (d’après un rapport de la Banque mondiale).

Étant donné que cela suffit à parler de désastre.

Étant donné que c’est loin d’être le seul problème (et que c’est d’ailleurs un problème dont l’am­pleur va augmen­ter expo­nen­tiel­le­ment au cours des prochaines décen­nies, comme nous allons le voir).

Étant donné que les extrac­tions mondiales de ressources en métaux et mine­rais desti­nés aux diffé­rentes indus­tries s’élèvent actuel­le­ment à plus de 40 milliards de tonnes par an.

Étant donné qu’en 1970, d’après un rapport de l’ONU, la quan­tité totale des matières premières extraites à travers la planète par l’hu­ma­nité indus­trielle avoi­si­nait les 22 milliards de tonnes, et qu’en 2010, elle dépas­sait les 70 milliards de tonnes (et qu’il s’agit donc d’un triple­ment en 40 ans).

Étant donné qu’il nous faudra en extraire 180 milliards de tonnes en 2050 si nous conti­nuons à consom­mer comme nous consom­mons aujourd’­hui et si la course au « déve­lop­pe­ment » se pour­suit.

Étant donné que notre consom­ma­tion globale d’eau douce actuelle (imagi­nez donc ce qu’il en sera demain !), pour prendre un exemple, est elle aussi d’ores et déjà large­ment insou­te­nable (c’est-à-dire que nous consom­mons l’eau des nappes phréa­tiques et des aqui­fères plus rapi­de­ment qu’ils ne se remplissent, ainsi qu’un rapport de la NASA le souli­gnait en 2015 : 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont passés en-dessous du seuil de dura­bi­lité — ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent).

 

Étant donné qu’en raison de la course au « déve­lop­pe­ment » (élec­tri­fi­ca­tion, indus­tria­li­sa­tion, moder­ni­sa­tion, « progrès ») des conti­nents qui ne l’étaient pas encore entiè­re­ment (Afrique, Asie, Amérique du Sud, notam­ment), il est prévu que la produc­tion annuelle globale déjà fara­mi­neuse (50 millions de tonnes) de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) croisse de 500%, envi­ron, au cours des décen­nies à venir (en raison d’ex­plo­sions des ventes de télé­phones portables, d’or­di­na­teurs, de télé­vi­sions, de tablettes, etc.). Et étant donné qu’il est aussi prévu que la quan­tité totale des déchets solides produits chaque jour dans le monde triple d’ici 2100, pour atteindre plus de 11 millions de tonnes par jour.

Étant donné que la majo­rité des déchets élec­tro­niques des pays dits « déve­lop­pés » (ces 90% qui ne sont pas recy­clés, mais qui sont char­gés en métaux lourds et autres substances plus toxiques les unes que les autres) sont envoyés dans ces pays dits « en déve­lop­pe­ment », où ils s’en­tassent dans des « cime­tières élec­tro­niques » et autres « e-décharges », où ils polluent grave­ment les sols, l’air et les cours d’eaux (comme à Agbog­blo­shie au Ghana, ce que vous pouvez consta­ter dans le docu­men­taire ToxiCité, ci-après, ou comme à Guiyu en Chine, à Sher­shah au Pakis­tan, à Dhaka au Bangla­desh, et en Inde, et en Thaï­lande, et aux Philip­pines, et ailleurs), où ils détruisent la santé des humains qui travaillent à les trier (c’est-à-dire qui les brûlent n’im­porte où et n’im­porte comment, sans protec­tion, à l’air libre afin d’en sortir du cuivre et d’autres métaux qu’ils revendent ensuite pour une bouchée de pain), et la santé des animaux non-humains qui vivent sur place.

Étant donné que l’uti­li­sa­tion massive de ressources non-renou­ve­lables néces­saire à la fabri­ca­tion de ces produits high-tech est d’ores et déjà large­ment insou­te­nable et qu’elle le sera d’au­tant plus lorsque tous les habi­tants du monde consom­me­ront autant de produits high-tech que les habi­tants des pays riches, ce qui entrai­nera une multi­pli­ca­tion par 5 ou plus de la consom­ma­tion d’ap­pa­reils élec­tro­niques.

Étant donné que l’uti­li­sa­tion de ces produits élec­tro­niques est souvent nocive pour le « consom­ma­teur » (écrans qui abîment les yeux, qui altèrent les capa­ci­tés cogni­tives, qui nuisent au sommeil, télé­phones portables qui génèrent des cancers, des tumeurs, etc.) et qu’elle nuit bien plus aux rela­tions sociales qu’elle ne les enri­chit.

Étant donné que pour subve­nir à ces besoins crois­sants en mine­rais, métaux et autres « ressources natu­relles », la civi­li­sa­tion indus­trielle (l’en­semble de nos socié­tés indus­trielles) va conti­nuer à s’étendre (comme elle le fait depuis son avène­ment, par défi­ni­tion, puisque c’est ce qu’im­pliquent les concepts de « crois­sance » et de « déve­lop­pe­ment »).

Étant donné que cette expan­sion se fera comme toujours au détri­ment du monde natu­rel, des biomes, des derniers peuples tribaux et des espèces non-humaines de la planète.

Étant donné que l’ex­pan­sion de la civi­li­sa­tion indus­trielle se fait égale­ment au nom de ces tech­no­lo­gies soi-disant « vertes », comme au Groen­land, où des terres rares et autres mine­rais (comme l’ura­nium), récem­ment rendus acces­sibles (quelle chance !), grâce au réchauf­fe­ment clima­tique, vont être extraits du sous-sol afin de pour­voir aux besoins de « la nouvelle écono­mie verte mondiale ».

Étant donné, en effet, que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., requièrent égale­ment des extrac­tions minières massives de maté­riaux parfois haute­ment toxiques, et qu’elles impliquent donc égale­ment des déchets miniers en grande quan­tité :

L’in­dus­trie des panneaux solaires, pour prendre l’in­dus­trie perçue comme la plus « propre », requiert, entre autres, les maté­riaux suivants, listés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’alu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photo­vol­taïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photo­vol­taïques), le gallium, l’in­dium (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tellure et le titane.

Étant donné que le déploie­ment des tech­no­lo­gies produc­trices d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » implique une forte crois­sance de ces extrac­tions minières ; pour prendre un seul exemple, souli­gné par Olivier Vidal (le direc­teur de recherches CNRS au labo­ra­toire de l’Ins­ti­tut des sciences de la terre de Grenoble dont les travaux ont fait l’objet d’un article dans la revue Nature Geos­cience), dans une inter­view parue sur le site de l’Uni­ver­sité Joseph-Fourier : « D’ici 2050, il faudra six ou sept fois la produc­tion mondiale d’acier actuelle pour les seuls secteurs des éner­gies renou­ve­lables ».

Étant donné qu‘il s’agit d’une évidence souli­gnée par la Banque mondiale, elle-même, dans un récent commu­niqué de presse (18 juillet 2017), inti­tulé « La tran­si­tion vers les éner­gies propres fera augmen­ter la demande de miné­raux », dont voici un extrait :

Il faut s’at­tendre à une augmen­ta­tion de la demande d’acier, d’alu­mi­nium, d’argent, de cuivre, de plomb, de lithium, de manga­nèse, de nickel et de zinc, ainsi que de certaines terres rares, telles que l’in­dium, le molyb­dène et le néodyme. Cette hausse pour­rait être parti­cu­liè­re­ment marquée sur le segment des accu­mu­la­teurs élec­triques, où l’aug­men­ta­tion de la demande de métaux (alumi­nium, cobalt, fer, plomb, lithium, manga­nèse et nickel) pour­rait être multi­pliée par plus de 1 000 % si les pays prennent les mesures néces­saires pour main­te­nir les tempé­ra­tures à ou en deçà de 2° C.

(Sauf que la Banque mondiale y voit des « oppor­tu­ni­tés » pour les « pays riches en miné­raux » qui auront alors la chance et l’hon­neur de pouvoir et de devoir extraire toujours plus de ressources de leurs sols et de leurs sous-sols — et donc de toujours plus détruire le monde natu­rel, ce que la Banque mondiale ne dit pas, au contraire, puisqu’elle conti­nue, comme elle l’a toujours fait, à prétendre que les extrac­tions minières peuvent êtres respec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment.)

Étant donné que de toutes manières, une étude menée par l’in­gé­nieur Philippe Bihouix évoque trente à soixante ans de réserve pour la plupart des grands métaux indus­triels que sont le zinc, le cuivre, le nickel ou le plomb, et que les réserves acces­sibles d’in­dium, notam­ment utilisé dans les cellules photo­vol­taïques, se limi­te­raient, elles, à vingt ans, et celles de cuivre à trente ans. Cf., la vidéo suivante :

Étant donné, rappe­lons-le encore, que les extrac­tions minières sont des acti­vi­tés parti­cu­liè­re­ment nuisibles pour l’en­vi­ron­ne­ment (avez-vous déjà vu à quoi ressemble et en quoi consiste une zone d’ex­ploi­ta­tion minière ? Prétendre que cette pratique puisse être respec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est prétendre qu’une coupe rase puisse être respec­tueuse d’une forêt), parce qu’elles impliquent en premier lieu de détruire des écosys­tèmes entiers, et parce qu’elles rejettent ensuite d’im­por­tantes quan­ti­tés de déchets (pour exemple, voir cet article du Monde, inti­tulé « En Chine, les terres rares tuent des villages »). & étant donné que le travail dans les mines est un très bon exemple du carac­tère néces­saire et intrin­sèque des inéga­li­tés et de la hiérar­chie dans une société de masse (quel plai­sir d’al­ler travailler à la mine, n’est-ce pas ? Qui n’en rêve pas ? D’ailleurs on se demande pourquoi on n’y trouve pas plus de PDG, de million­naires et de milliar­daires).

Étant donné que, comme le formule Philippe Bihouix, ingé­nieur centra­lien et auteur de « L’Âge des low tech », dans l’ou­vrage collec­tif « Crime clima­tique stop ! » (éd. du Seuil) :

Avec la crois­sance « verte » […] ce qui nous attend à court terme, c’est une accé­lé­ra­tion dévas­ta­trice et morti­fère de la ponc­tion de ressources, de la consom­ma­tion élec­trique, de la produc­tion de déchets ingé­rables, avec le déploie­ment géné­ra­lisé des nano­tech­no­lo­gies, des big data, des objets connec­tés. Le saccage de la planète ne fait que commen­cer.

(L’ar­ticle que Philippe Bihouix a écrit dans l’ou­vrage collec­tif « Crime clima­tique stop ! » est consul­table en ligne, en entier, et vaut le détour !)

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., sont prin­ci­pa­le­ment déployées par des grandes multi­na­tio­nales (Vinci, Total, BP, etc. ; pour plus de détails, lire la Note de Traduc­tion en fin de cet article).

Étant donné qu’une société en mesure de mettre en place tout ce système indus­triel de produc­tion de hautes tech­no­lo­gies est néces­sai­re­ment massive (c’est-à-dire que sa taille est exces­sive, qu’elle en devient inhu­maine), inéga­li­taire, coer­ci­tive, haute­ment hiérar­chi­sée et spécia­li­sée.

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., qui sont des hautes tech­no­lo­gies, requièrent et dépendent donc égale­ment de ce type de société.

Étant donné que la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », issue des barrages, des éoliennes, des panneaux solaires, etc., ne remplace pas du tout l’uti­li­sa­tion des combus­tibles fossiles (on assiste actuel­le­ment au déve­lop­pe­ment de l’ex­ploi­ta­tion indus­trielle des hydrates de méthane, une nouvelle manière d’ex­ploi­ter des combus­tibles fossiles ; des centrales nucléaires sont en construc­tion dans plusieurs pays du monde, ainsi que des centrales au char­bon ; la frac­tu­ra­tion hydrau­lique pour l’ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste se déve­loppe égale­ment, tout comme la produc­tion de pétrole à partir des sables bitu­mi­neux) ; étant donné qu’elle n’est qu’une nouvelle manière, supplé­men­taire, ou complé­men­taire, de produire de l’éner­gie indus­trielle.

Afin d’illus­trer ce dernier point, quelques graphiques tirés d’un article publié le 13 juillet 2017 dans le Natio­nal Obser­ver :

Étant donné que la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », issue des barrages, des éoliennes, des panneaux solaires, etc., dépend de l’uti­li­sa­tion des combus­tibles fossiles (au mini­mum : au niveau des extrac­tions minières, de l’in­fra­struc­ture des trans­ports indus­triels, de la main­te­nance).

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., servent, entre autres, à alimen­ter en élec­tri­cité non seule­ment les proces­sus de fabri­ca­tion mais aussi l’usage des produits high-tech précé­dem­ment mention­nés (ceux dont 90% finissent dans des pays pauvres où ils détruisent l’en­vi­ron­ne­ment et tous ses habi­tants, ceux qui détruisent la santé mentale et physique de leur utili­sa­teur, ceux dont la consom­ma­tion va forte­ment croître mondia­le­ment, etc.), et parti­cipent ainsi de la conti­nua­tion du système écono­mique et tech­no­lo­gique en place (c’est-à-dire de la perpé­tua­tion du désastre écolo­gique et social en cours).

Étant donné qu’ac­tuel­le­ment, d’après le dernier rapport de l’IEA (Inter­na­tio­nal Energy Agency, ou Agence inter­na­tio­nale de l’éner­gie) sur la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » (publié en 2016), celle-ci ne repré­sente qu’en­vi­ron 13.8% de l’éner­gie consom­mée par la civi­li­sa­tion indus­trielle (c’est-à-dire que les 86.2% restants proviennent des combus­tibles fossiles et du nucléaire), et qu’au sein de ces 13.8% d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les deux premières et prin­ci­pales sources de produc­tion sont :

  1. L’in­dus­trie des biocar­bu­rants et de la biomasse, qui désigne d’un côté le fait d’uti­li­ser des terres arables pour faire pous­ser des plantes qui pour­raient servir de nour­ri­ture (maïs, canne à sucre, soja, colza et palmiers à huile) de manière agro-indus­trielle (c’est-à-dire en détrui­sant les sols) afin de faire fonc­tion­ner des machines, et de l’autre, l’in­ci­né­ra­tion massive d’arbres, dont les forêts d’Eu­rope, d’Amé­rique et d’ailleurs (plus de détails par ici), et d’autres soi-disant « déchets » orga­niques (ou leur métha­ni­sa­tion), et qui repré­sente 72.8% de la produc­tion mondiale d’éner­gie quali­fiée de « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable ». (Un récent article de Libé­ra­tion explique d’ailleurs qu’aujourd’­hui, « à travers le monde et en France aussi, le bois est la première des éner­gies renou­ve­lables. Il repré­sente 40% du mix éner­gé­tique renou­ve­lable, loin devant l’hy­drau­lique (20%), l’éo­lien (8%) ou le photo­vol­taïque (3%) »).
  2. L’in­dus­trie des barrages et sa produc­tion d’hy­dro­élec­tri­cité (une autre catas­trophe écolo­gique et sociale, entre destruc­tions d’éco­sys­tèmes et dépla­ce­ments massifs de popu­la­tions, ce qui est détaillé dans cet article) qui compte pour 17.7% de la produc­tion mondiale d’éner­gie quali­fiée de « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable ».

(En effet, toujours d’après les derniers chiffres publiés par l’IEA, le solaire et l’éo­lien repré­sentent envi­ron 1% de la produc­tion d’éner­gie mondiale, l’hy­dro­élec­trique 2.4% et les biocar­bu­rants et la biomasse 10.1%, ce qui signi­fie que lorsque vous enten­dez des poli­ti­ciens ou des patrons parler d’éner­gie « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », ou que vous lisez des articles à ce sujet dans les médias grand public, sauf préci­sion, ne pensez pas panneaux solaires et éoliennes, pensez inci­né­ra­teur, métha­ni­seur, biocar­bu­rants et barrages).

Étant donné que le problème (vous l’au­rez proba­ble­ment compris) des tech­no­lo­gies produc­trices d’éner­gie soi-disant « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » est non seule­ment lié à la faus­seté de ces quali­fi­ca­tifs (puisqu’en effet, toutes les indus­tries de produc­tion d’éner­gie soi-disant « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » sont en réalité nuisibles pour le monde natu­rel, comme toutes les indus­tries qui s’ins­crivent dans le cadre de l’éco­no­mie high-tech mondia­li­sée) mais égale­ment à l’uti­li­sa­tion de l’éner­gie produite.

Étant donné que tout ceci (plus ou moins) est expliqué par quelques personnes et dans quelques ouvrages que l’im­mense majo­rité des habi­tants de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne connaissent pas et n’ont pas lu, et, pour l’im­mense majo­rité de cette majo­rité, dont ils n’ont pas même entendu parler (à ma connais­sance, en français, il existe en tout et pour tout trois livres qui traitent de cela : « L’Âge des low tech » de Philippe Bihouix, « Comment tout peut s’ef­fon­drer : Petit manuel de collap­so­lo­gie à l’usage des géné­ra­tions présentes » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, & « Le soleil en face » de Frédé­ric Gaillard, en anglais, il en existe davan­tage, comme « Green Illu­sions: The Dirty Secrets of Clean Energy and the Future of Envi­ron­men­ta­lism » d’Oz­zie Zehner, les ouvrages de Derrick Jensen, ceux de John Michael Greer, et quelques autres).

Étant donné que l’ano­ny­mat rela­tif de ces ouvrages et de leurs auteurs s’ex­plique par la simple raison que l’ana­lyse et la pers­pec­tive qu’ils exposent ne plaisent pas aux indi­vi­dus les plus fortu­nés (à la classe diri­geante), puisqu’elles repré­sentent une menace pour la péren­nité de leur inté­rêts finan­ciers et de leur pouvoir/puis­sance, et qu’ils n’ont donc aucun inté­rêt à les promou­voir dans les grands médias et au sein de la sphère cultu­relle domi­nante, qu’ils contrôlent.

Pensez-vous que les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., puissent résoudre les innom­brables problèmes extrê­me­ment graves auxquels nous faisons face ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème de la surex­ploi­ta­tion des ressources non-renou­ve­lables (et de la surex­ploi­ta­tion des ressources renou­ve­lables) ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème des inéga­li­tés sociales crois­santes ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème de la sixième extinc­tion de masse, prin­ci­pa­le­ment liée à l’éta­le­ment urbain de la société indus­trielle qui détruit les habi­tats natu­rels des animaux non-humains (et qui détruit tous les biomes et tous les habi­tats sains en géné­ral, donc ceux des humains) ?

Ou pensez-vous que la seule solu­tion cohé­rente au conglo­mé­rat des problèmes que nous connais­sons relève avant tout d’une dimi­nu­tion dras­tique à la fois de la produc­tion (et donc de la consom­ma­tion) de produits indus­triels high-tech, de la produc­tion d’élec­tri­cité, des extrac­tions minières, et des extrac­tions de combus­tibles fossiles ?

(Avec en ligne de mire un aban­don progres­sif de l’uti­li­sa­tion des — et de la dépen­dance aux — produits indus­triels high-tech et de l’élec­tri­cité indus­trielle ; un retour à un mode de vie simple, low-tech, basé sur un arti­sa­nat local, écolo­gique, permet­tant un maxi­mum d’au­to­no­mie, un respect complet des équi­libres biolo­giques, et des espèces vivantes non-humaines).

Nico­las Casaux

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6 Comments on "L’étrange logique derrière la quête d’énergies « renouvelables » (par Nicolas Casaux)"

  1. Une réduction drastique ou un abandon complet !
    Il y aura peut-être des circonstances qui ne nous laisserons même pas le choix – la dépendance à l’énergie [électrique] de certains comme source de pouvoir et tout recommence. La production, la “collectivsation”, même à petite échelle, je n’y crois plus.

  2. Merci ! Je suis ravi que Philippe Bihouix et son “Age des low-tech” soit cité ! Ce bouquin m’a merveilleusement bouleversé et malgré une approche déjà bien orientée de ma part. J’ai milité dans ma micro-sphère pour sa lecture. S’il remplaçait Zola dans les écoles, affaire d’urgence absolue, on ne pourrait pas crier au scandale … Mais n’en ressort-il pas inéluctablement, au fur et à mesure que le constat apparaît, que les aberrations du genre humain s’égrènent, que nos contemporains nous apparaissent dans leurs travers quotidiens plastifiés et carbonés, une profonde désolation poussant à une future misanthropie aïgue ? La vérité fait mal …

  3. “L’home naît bon, la société le corrompt” ! On peut toujours apporter des nuances et des adaptations d’époque mais sur le fond, cela reste vrai. Ne soyons pas misanthropes mais nous pouvons ou nous devons détester, exécrer les rouages de nos sociétés capitalistes industrielles.
    Celles-ci ont comme moteur, la possession, l’individualisation jusqu’à la peur ou la haine de l’autre. Inutile je crois de vouloir opposer le cliché “capitalisme” au cliché “communisme” comme s’il n’existait d’autres routes ; nos sociétés actuelles nous volent notre imagination.

  4. Toutes les élites (écologistes aussi) sont des parasites à éliminer, les énergies alternatives nous proposent de ne rien changer au système, seulement de remplacer l’energie soit disant polluante par une autre énergie soit disant moins polluante, mais de continuer dans notre délire de consommation alors que toutes personnes censées sait que consommer c’est polluer, que consommer c’est detruire la planète et la vie.
    Les élites sont le seul probleme de notre délire collectif, elle ne sont rien sans les travailleurs mais elle nous font croire exactement le contraire.
    Sans votre patron vous n’etes rien ? NON c’est votre patron, votre president, votre chef qui n’est rien sans vous.
    Mais au delà de cette perception il faut voir où ce genre de comportement mène le pouvoir des elites.

    Notre civilisation est fondée sur la haine.
    1984 c’est maintenant.

    Comment assure-t-on le pouvoir sur un autre? En le faisant souffrir. L’obéissance ne suffit pas. Comment, s’il ne souffre pas, peut-on être certain qu’il obéit, non à sa volonté, mais à la nôtre?

    Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l’on a choisies. Commencez-vous à voir quel sorte de monde nous créons? Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d’écraseurs et d’écrasés, un monde qui au fur et à mesure qu’il s’affinera deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. Notre civilisation est fondée sur la haine; il n’y aura pas d’autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l’humiliation. Nous détruirons tout le reste.

    Nous avons coupé les liens entre l’enfant et les parents, entre l’homme et l’homme, entre l’homme et la femme. Mais plus tard, il n’y aura ni femme ni ami. Les enfants seront à leur naissance enlevés aux mères, comme on enlève leurs oeufs aux poules. La procréation sera une formalité annuelle, comme le renouvellement de la carte d’alimentation. Il n’y aura plus de loyauté que pour le pouvoir. Tous les plaisirs de l’émulation seront détruits remplacés par l’ivresse toujours croissante du pouvoir, qui s’affinera de plus en plus. Il y aura à chaque instant, le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant… Autant qu’un monde de triomphe ce sera un monde de terreur… Nous commanderons à la vie à tous ses niveaux.

    Vous imaginez qu’il y a quelque chose qui s’appelle la nature humaine qui sera outragée par ce que nous faisons et se retournera contre nous. Mais nous créons la nature humaine. L’homme est infiniment malléable.

    Tel est le monde que nous préparons. Un monde où les victoires succèderont aux victoires et les triomphes aux triomphes, un monde d’éternelle pression, toujours renouvelée, sur la fibre de la puissance. Vous commencez à réaliser ce que sera ce monde. A la fin vous ferez plus que le comprendre, vous l’accepterez, vous l’accueillerez avec joie, vous en demanderez votre part en idolâtrant vos propres bourreaux.

  5. Assez d’accord avec vous Bill. Néanmoins, il ne faut pas oublier (au contraire) que devant la machine monstrueuse de la surproduction et celle qui glorifie le pouvoir d’achat et donc la surconsommation, il y a des gens, sans élites qui vivent autrement dans le respect de la planète. Sans imposer quoi que ce soit, ils font des disciples non adorateurs, peut-être porteurs d’un vrai changement. Il nous appartient d’en faire partie, sans se faire piéger dans des dogmes, ni être la proie de ceux qui voudraient profiter de notre éventuelle crédulité.

    Notre mère âgée de 4,4 milliards d’années environ est mise à mort par 150 ans d’industrialisation, d’opulence écœurante, de pillage et de gaspillage. Si nous devons tous disparaître, il faut rappeler aux puissants (les génocidaires) qu’ils périront aussi et que la planète s’en remettra sans problème.

    Les représentants de la société deviennent en effet trop souvent des élites avides de pouvoir créant ainsi le désordre social, la division, la peur, le règne…(de la gauche à la droite, des écolos parfois aussi). Quelqu’un disait que : “l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir”. Très vrai s’il n’est pas devenu lui-même une élite.

    A l’inverse de la peur, de la haine, rien ne nous empêche de montrer qu’il existe d’autres choses, ce qui me fait penser à ce message de sagesse amérindienne qu’un ami (que je remercie encore) m’a envoyé lorsque je broyait du noir.

    Le voici donc ce message :

    “UN INDIEN EXPLIQUE A SON PETIT-FILS QUE CHACUN DE NOUS A EN LUI DEUX LOUPS QUI SE LIVRENT BATAILLE.
    LE PREMIER REPRÉSENTE LA VÉRITÉ, L’AMOUR ET LA GENTILLESSE.
    LE SECOND REPRÉSENTE LA PEUR, L’AVIDITÉ ET LA HAINE.
    “LEQUEL DES DEUX GAGNE ?” DEMANDE L’ENFANT.
    “CELUI QUE L’ON NOURRIT” RÉPOND LE GRAND-PÈRE.”

    D’accord qu’il ne faut pas être naïf, mais si nous avons des enfants et petits enfants (les nôtres et ceux des autres, c’est pareil je crois), un autre instinct, un “devoir” nous autorise à désobéir à la haine et au mépris que les puissants portent à l’humanité.

    Nul n’est parfait, à commencer par moi, mais tentons, pourquoi pas, de nourrir le gentil loup.

    • “Si nous devons tous disparaître, il faut rappeler aux puissants (les génocidaires) qu’ils périront aussi et que la planète s’en remettra sans problème.”
      Je crois bien qu’ils s’en foutent et préparent même leur retraite. C’est pour cela qu’un milliardaire mise sur la colonisation de mars et d’autres études poussées sur les voyages spaciaux ou comment ne pas se faire démolir par les rayonnements co[s]miques. Solution de repli comme une autre (et on ouvre ça à tous, comme ça on embarque quand même une petite clique de travailleurs et de cadres supérieurs pour faire le sale boulot sur place comme en 40) au lieu de rester sur place et prendre le risque certains de terminer la tête sur une pique devant des millions enragés.
      En bref, ce que eux voient pour y mettre les moyens et que personne d’autre (hormis une tripotée de scientifiques, des biologistes aux climatologues) ici bas ne veut voir : no way

      Merci, j’aime particulièrement l’allégorie du loup. 🙂

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