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Résistance et activisme : comprendre la dépression grâce à l’écopsychologie (par Will Falk)
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Will Falk est un écrivain, avocat et activiste états-unien, membre de l'organisation d'écologie radicale Deep Green Resistance. Cet article a initialement été publié (en anglais) le 6 juillet 2017, à cette adresse.

Je suis un activiste écologiste. Je souffre de dépression. Être un activiste tout en souffrant de dépression me place directement face à un dilemme sans issue : la destruction du monde naturel engendre un stress qui exacerbe la dépression. Mettre un terme à la destruction du monde naturel soulagerait le stress que je ressens, et, dès lors, apaiserait cette dépression. Cependant, agir pour mettre fin à la destruction du monde naturel m’expose à une grande quantité de stress, ce qui alimente à nouveau ma dépression.

Soit les destructions continuent, je suis exposé au stress, et je reste dépressif, soit je rejoins ceux qui résistent contre la destruction, je suis exposé au stress, et je reste dépressif.

Dépressif si je ne fais rien, dépressif si j’agis. Je choisis de lutter.

Je me battrai toujours contre la dépression. Je sais que cela peut sonner comme la parole fataliste typique d’un esprit déprimé, mais le fait d’accepter cette réalité me soulage du faux espoir de vivre un jour totalement libéré de la culpabilité, du désespoir, et de la vacuité qui constituent la dépression. Accepter cette réalité libère l’énergie émotionnelle que je dépenserais en m’agrippant à ce faux espoir. Au lieu d’utiliser cette énergie à la recherche d’un traitement qui n’a jamais existé, je peux la consacrer à l’activisme et à une gestion réaliste de ma dépression.

Comprendre cela n’a pas été chose aisée. Il m’a fallu cinq ans, après mon premier diagnostic d’un trouble dépressif majeur, après la confirmation de ce diagnostic par trois médecins différents dans trois villes différentes, deux tentatives de suicide, et d’innombrables effondrements émotionnels, pour finalement accepter ma situation.

Récemment, la traversée des champs pétrolifères du Bassin de Uintah dans l’Utah m’a rappelé pourquoi la dépression me hantera toute ma vie.

Exploitation pétrolière dans le bassin d’Uintah en Utah

L’autoroute 40, vers l’est, de Park City, en Utah, à Vernal, ne m’offre aucun endroit où me cacher. Dans le rétroviseur, la neige fondante scintille le long des épaules des Monts Wasatch. Le changement climatique menace les chutes de neige en Utah, et Park City sera probablement dépourvue de neige de mon vivant. À travers mon pare-brise, j’aperçois de gigantesques derricks s’élever des plateformes de forage et transpercer le ciel, après avoir transpercé la terre. Près de ces plateformes, les pompes des puits se balancent de manière léthargique, de haut en bas, inlassablement. Les puits sont des vampires mécaniques qui sucent le sang de la terre, lentement et inexorablement.

Tandis que les foreuses injectent le poison et que les pompes extraient le pétrole, il est difficile de ne pas penser aux seringues d’un junkie. Des cicatrices se forment sur le sol du bassin où des forêts autrefois denses de pins, de genévriers et de buissons d’armoise argentée ondulant dans le vent s’entassent désormais à la périphérie des opérations de fracturation. Les marques de la destruction trahissent aussi bien l’addiction que les sillons des engins.

Je passe devant d’innombrables camions-citernes stationnés auprès de réservoirs de pétrole ronds et trapus. Les camions s’emplissent de pétrole brut avant de l’acheminer vers les raffineries de Salt Lake. De là, il sera distribué par bateau partout dans l’Ouest pour y être brûlé. Chaque plateforme pétrolière, chaque foreuse, chaque puits que je dépasse bouscule la paix de mon esprit. La combustion du contenu de chaque citerne pousse davantage la planète en direction d’un emballement climatique et d’un effondrement total.

Mon ressenti est gangréné par une terreur familière. Autour de moi, je ne perçois que des traumatismes. Alors je me tourne vers l’avenir. Je vois le niveau des eaux monter, les villes être submergées, et les réfugiés s’enfuir. Je vois les océans devenir acides, les récifs coralliens blanchir, et la vie aquatique s’effondrer. Je vois les forêts brûler, les espèces disparaître, et le sol arable être emporté par le vent.

Je ne vois pas de futur viable.

Mes mains s’agrippent au volant, les muscles de mon visage se crispent, et je me sens nauséeux. Mon pied gauche est nerveux. Mon pied droit, bien qu’occupé par l’accélérateur, s’agite lui aussi. J’accélère. Mon corps est troublé. Il n’a aucune référence évolutive correspondant au fait d’être enfermé dans la cabine d’une voiture qui roule à vive allure sur l’autoroute.

Si vous pouviez voir à travers ma chair et mes os les organes qui constituent mon système de réaction au stress, que verriez-vous ? Vous verriez mes glandes surrénales diffuser les hormones du stress. Vous verriez les hormones du stress préparer mon corps et mon cerveau à combattre ou à fuir. Après quelques minutes, vous verriez mon hippocampe racorni, endommagé, essayer de signaler à mes glandes surrénales que la menace est passée et qu’il faut arrêter d’inonder d’hormones du stress mon cortex frontal. Vous verriez mon hippocampe échouer, mes glandes surrénales continuer à diffuser les hormones, et le risque de plonger dans un épisode de dépression sévère s’accroître.

La recherche neurobiologique révèle que le caractère hautement récurrent de la dépression est en partie lié à la manière dont les hormones engendrent des lésions cérébrales. Les avancées en neurosciences dévoilent un schéma de la dépression correspondant à un cercle vicieux dans le système de réaction au stress du corps. Dans un système sain, les surrénales produisent des hormones en réponse au stress. Le stress passe et l’hippocampe signale aux surrénales d’arrêter la production d’hormones.

Lorsque le cortex frontal — en particulier l’hippocampe et l’amygdale — est exposé à une dose trop élevée d’hormones du stress, pendant une durée trop longue, le cortex frontal commence à se racornir. Un hippocampe endommagé ne parvient pas à interrompre les surrénales, qui continuent de fabriquer les hormones du stress, qui continuent à endommager l’hippocampe. L’humeur, la mémoire, l’attention et la concentration sont toutes affectées. Les problèmes d’humeur, de mémoire, d’attention et de concentration créent leurs propres stress, ce qui intensifie le cycle.

Des découvertes récentes en psychiatrie brossent un sombre tableau. L’Association américaine de psychiatrie décrit la dépression comme étant « hautement récurrente », avec, chez les rescapés d’un premier épisode de dépression, un minimum de 50% de risques de récidiver une fois ou plus au cours de leur vie, et d’environ 80% pour les rescapés de deux épisodes. Les victimes de trois épisodes ou plus ont 90% de risque de récidive. En moyenne, une personne avec des antécédents de dépression subira entre cinq et neuf épisodes dépressifs distincts au cours de sa vie.

J’ai vécu quatre périodes de dépression qui me garantissent que la dépression continuera de reparaître. Je traverse des périodes de rémission, durant lesquelles je me sens relativement libéré de ses symptômes. Cependant, même au cours de ces périodes, la dépression reste tapie dans l’ombre, me contraignant à une vigilance permanente, véritable lutte contre la récidive. La dépression peut s’estomper, mais pas le souvenir de sa douleur. Je vis dans la peur, quotidienne, d’un nouvel épisode.

La psychologie conventionnelle met un terme à cette discussion ; elle préconise d’éviter les endroits qui stimulent la dépression, comme le Bassin de Uintah, et conclut que la clé de la guérison réside à la fois dans l’amélioration de la capacité de l’hippocampe à interrompre la diffusion des hormones du stress, dans la suppression, autant que possible, du stress dans la vie du dépressif, et dans l’adaptation au stress ne pouvant être éliminé.

En d’autres temps, ou dans un autre monde, je n’aurais aucune raison de ne pas croire en l’efficacité de cette méthode. Mais la planète a presque entièrement été transformée en des lieux comme le Bassin de Uintah. Rares et précieux sont les territoires préservés de la violence de la civilisation. Tandis que nos habitats sont au bord de la destruction, que l’horreur empoisse notre expérience quotidienne, que la protection de la vie exige que l’on affronte ces horreurs, l’élimination du stress est-elle possible ? Est-il honnête de s’adapter ?

L’écopsychologie explique que l’élimination du stress n’est pas possible en cette période écologique. La psychologie étant l’étude de l’esprit, et l’écologie l’étude des relations naturelles créant la vie, l’écopsychologie insiste sur l’impossibilité d’étudier l’esprit en dehors de ces relations naturelles, et nous encourage à examiner les types de relations nécessaires à l’esprit pour qu’il soit vraiment sain. En observant la dépression au travers du prisme de l’écopsychologie, on peut l’expliquer comme le résultat de problèmes dans nos relations avec le monde naturel. La dépression ne peut être soignée tant que ces relations ne sont pas réparées.

Cette explication commence avec le stress et la relation que le corps entretient avec lui. Le stress est écologique par essence en ce qu’il résulte de la relation entre un animal et son habitat. L’exemple classique de la nature écologique d’un système animal de réaction au stress est illustré par la relation entre proie et prédateur. Lorsqu’un élan est menacé par des loups, son système de réaction au stress produit des hormones qui l’aident à fuir ou à combattre les loups.

La relation formée par le loup, l’élan, les hormones du stress de l’élan, et son système de réaction au stress est l’une des innombrables relations nécessaires à la survie de l’élan. Même chose pour chacun de nous. Les autres relations dont dépendent les animaux comprennent l’air, l’eau, et l’espace, les animaux d’autres espèces, les membres de leur propre espèce, les champignons, les fleurs, et les arbres, les cellules formant leur chair, les bactéries de leurs intestins, et les levures de leurs épidermes. Des relations donnent vie à l’animal, et à la fin, des relations entraînent sa mort. La mort d’un animal offre la vie à d’autre êtres. L’histoire de la Vie est l’histoire de ces relations aux bénéfices mutuels.

Les humains civilisés empoisonnent l’air et l’eau, modifient l’espace, assassinent les espèces, détruisent les champignons, les fleurs, et les arbres, contaminent les cellules, font muter les bactéries, et condamnent les levures. Bref, ils menacent la capacité de la planète à accueillir la Vie. Les civilisés détruisent non seulement ceux dont nous dépendons, avec qui nous avons besoin d’être en relation, mais ils détruisent également la possibilité que ces relations existent dans le futur. Chaque langue autochtone perdue, chaque espèce précipitée vers l’extinction, chaque hectare de forêt rasé est une relation condamnée aujourd’hui et à jamais.

En vivant de manière honnête dans cette réalité, nous nous ouvrons à la dépression. La perte de ces relations, et la perception d’un futur dépourvu des relations dont nous avons besoin, engendrent un stress ineffable. Vivre avec ce stress jour après jour peut inonder le cortex frontal d’hormones du stress, racornir l’hippocampe, et entraîner le système de réaction au stress au-delà sa capacité de régénération.

Si cela advient, vous pourriez être hanté par la dépression pour le restant de vos jours.

Faire l’expérience d’une dépression majeure, c’est apprendre que la conscience est une fonction involontaire du corps. Tout comme le battement de votre cœur, vous ne pouvez pas éteindre votre conscience avec des médicaments, un coup à la tête, ni aucune autre méthode violente envers le corps et l’esprit. La conscience est un muscle, et la perception des phénomènes est la façon dont travaille ce muscle. La dépression est une douleur permanente accompagnant la perception. Dans le monde civilisé, la douleur et le traumatisme sont le reflet d’innombrables phénomènes. La destruction est devenue si totale que la conscience ne trouve nulle part où s’apaiser, nul lieu préservé des stigmates de la violence.

Je sais que la réalité que j’ai décrite est âpre pour ceux d’entre nous qui vivent avec la dépression. Néanmoins, c’est la réalité. Pour nombre d’entre nous, la dépression est une maladie à perpétuité. Sur le long terme, il est toujours préférable d’accepter une dure réalité plutôt que de se maintenir dans un état de déni. J’ai compris que le fait d’accepter cette réalité m’aidait à gérer ma dépression au quotidien et me permettait d’être plus efficace en tant qu’activiste.

Admettre que je devrai toujours me battre contre la dépression n’implique pas d’abandonner. Au contraire, accepter cette lutte requiert une discipline quotidienne. Plusieurs de mes médecins ont comparé la dépression avec le diabète. A l’instar de nombreux diabétiques, qui doivent vérifier le sucre dans leur sang, éviter certains aliments, et pratiquer une activité physique régulière, les dépressifs doivent mettre en place dans leur vie une routine quotidienne. En ce qui me concerne, cela consiste à m’adonner régulièrement à des exercices cardiovasculaires qui aident mon corps à gérer ses hormones du stress, à dormir huit heures chaque nuit, à boire de l’alcool de façon modérée, à limiter les situations dans lesquelles je suis tenté de broyer du noir, et à m’investir de manière constante dans mes relations sociales, tant humaines que non-humaines.

Accepter la nature immuable de la dépression m’a aussi donné la force de combattre la culpabilité permanente qui l’accompagne. La culpabilité liée à la dépression peut devenir envahissante car elle s’auto-alimente. Je me sens coupable lorsque je suis fatigué, par exemple, ou lorsque je n’arrive pas à me concentrer pour écrire, ou lorsque je ne trouve pas la force mentale pour terminer les tâches que je me suis promis d’achever. Je me rappelle que le manque d’énergie, et les problèmes de concentration et de motivation sont des symptômes de la dépression. Dès lors, je me sens coupable d’oublier, et coupable de me laisser me sentir coupable.

Admettre que je devrai toujours me battre contre la dépression, c’est accepter que je devrai également toujours me battre contre les symptômes de la dépression tels que la culpabilité. Sachant cela, lorsque je me trouve englué dans des cycles de culpabilité, j’arrête d’essayer d’en sortir par la raison, et laisse simplement la culpabilité dans un coin où il importe peu que je me sente coupable ou non.

Accepter la nature immuable de la dépression me soulage de la recherche d’un traitement. La recherche personnelle d’un traitement est rapidement convertie par la dépression en injonction à aller mieux. Cette injonction se transforme en sentiment d’échec tandis que les symptômes de la dépression s’intensifient. Alors que le monde brûle, le stress à l’origine de la dépression est toujours présent. Je peux me protéger efficacement de cette dépression pendant un moment, mais, la violence est à ce point totale, le traumatisme tellement évident, qu’il y aura des moments où le stress surpassera mes défenses. Ce n’est pas un échec personnel, et ce n’est pas de ma faute. Je me bats avec autant de force que possible, mais je ne gagnerai pas toujours.

Le plus important, c’est que cette acceptation fait de moi un meilleur activiste. Je ne peux séparer mon expérience des innombrables humains et non-humains qui rendent cette expérience possible. Heureusement, l’écopsychologie m’offre un lexique pour parler des relations créant mon expérience. Comprendre que ce stress omniprésent, engendré par la destruction systémique des relations qui font de nous des humains, est à l’origine de ma dépression, me libère de la voix qui me dit que ma dépression est de ma faute.

Pour le comprendre, j’ai dû m’ouvrir à la réalité de ces relations. Ces relations sont notre plus grande vulnérabilité et notre plus grande force. Nous ne pouvons rien y changer. La disparition actuelle de ces relations est incroyablement douloureuse. Si nous voulons un jour mettre un terme à cette douleur, nous devons riposter.

La Vie parle, mais rarement en anglais. Un seul langage humain ne pourra jamais exprimer la richesse des relations qui composent la toile du vivant. Le vent et l’eau, le sol et la pierre, les nageoires, la fourrure et les plumes ne sont que quelques-uns des innumérables dialectes de la Vie.

Les plaques tectoniques annoncent aux montagnes où se former. Le sang dans l’eau signale au requin que la nourriture est probablement proche. Les protéines étrangères à la surface des cellules dangereuses intiment à vos globules blancs d’attaquer. Un simple pépiement, formé dans la gorge d’un chien de prairie, d’un dixième de seconde à peine, signale à une entière colonie l’espèce et les caractéristiques physiques d’un intrus.

Vous n’entendrez peut-être pas la Vie prononcer les mots : « Arrêtez la destruction ». Mais les langages de la Vie sont aussi divers que les expériences physiques. La douleur de la dépression est une expérience physique, il s’ensuit que la Vie parle au travers de la dépression. Cette douleur me hantera le restant de mes jours. La vie continue de parler. Elle nous dit : « Résistez ! »

Will Falk


Traduction : Jessica Aubin

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  1. Même si je pense que l’auteur est de bonne foie, je ne peux m’empêcher de réprimer mon envie de dire que c’est du grand n’importe quoi.
    Tout l’article porte sur l’idée que notre époque est dépressante, mais pour que ce soit le cas, il faudrait que les précédentes l’eut été moins. Je ne suis pas convaincu que nous ayons une vie plus stressante que les humains du de l’Antiquité, du Moyen-âge ou de la Renaissance, quand sévissaient les ravages perpétuels de la guerre et des épidémies. Alors faute de preuve, je me dois de considérer cette idée comme dogmatique.
    L’autre idée, c’est que la dépression découle du stress. Or, pas forcément. Les modèles de la dépression sont multiples et pas forcément exclusifs, et certains scientifiques ont proposé, par exemple, que certaines dépressions soient d’origine inflammatoire.
    Quand aux jugements exprimés sur les médicaments et les thérapies, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont dictés avant tout par une volonté politique, mais qui fait fi des faits. Les résultats ne sont pas parfaits, en particulier pour les antidépresseurs, mais bien réels. Pour un point de vue nuancé sur le sujet, voir : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20520282 si vous pouvez y avoir accès (bibli universitaire? pay per view? sci-hub pour ceux qui sont prets à faire du téléchargement pas tout à fait légal?)
    C’est dommage, parce que par contre l’idée de l’activisme contre la dépression n’est à mon avis pas idiote et est partiellement corroborée par le fait qu’en laboratoire, l’action libère les rats du stress. Nuancez donc les idées de cet article si vous ne voulez pas mélanger le bon grain de l’ivraie, et surtout, documentez vous sur ce que dit la littérature scientifique.

    1. Les humains, pendant la majeure partie de leur existence, n’ont pas vécu dans des communautés écocidaires, qui détruisaient leur environnement. La propagation de la civilisation industrielle et urbaine à une majorité de la population humaine est récente. Le Moyen Âge présentait son lot de destructions écologiques, certes, mais non seulement n’est-il pas représentatif de la majeure partie de l’histoire de l’existence humaine, mais en plus les dégradations environnementales qu’on y trouvait n’avaient rien à voir avec celles de notre temps, ni en ampleur, ni en létalité, etc. Nous avons une vie plus stressante que les humains d’avant, pour faire court. C’est même étudié et prouvé par la Science (des expériences et des laboratoires et des tortures de rats) que tu sembles particulièrement révérer : les études des peuples de chasseurs-cueilleurs et de peuples indigènes existant encore aujourd’hui montrent qu’ils sont infiniment moins touchés par les maladies liées au stress, et par le stress. Cf : http://partage-le.com/2016/07/la-depression-est-une-maladie-de-civilisation-stephen-ildari/ & https://www.sciencedaily.com/releases/2012/05/120521163621.htm, etc.

      1. Je ne révère rien ni personne, et c’est pour ça que j’essaye d’épurer mon language de toute mauvaise foi, de tout opportunisme politique et que j’attends des autres qu’ils fassent de même. Un peu comme Bakounine, grand prêtre du massacre de rats s’il en est. Voyez vous un autre moyen d’y parvennir que d’employer la méthode et la logique de la science?

        Par ailleurs vous êtes à côté de la plaque. Encore une fois le modèle de la dépression par le stress est loin de faire l’unanimité, et il est assez probable qu’au moins une partie des cas sorte de son domaine d’explication. Je vous renvoie vers l’édito très incisif que j’ai mis en lien dans mon premier com’.
        Ensuite, je vous ferai remarquer que l’agriculture date maintenant de 7000-8000 ans. Cela fait belle lurette que personne n’est plus chasseur cueuilleur. Or c’est précisément par rapport à eux que nous sommes comparés dans les thès psychoévolutionistes de la dépression. Je vous fait le pari que les habitants des cités grecques ont plus en commun avec nous dans leur mode de vie qu’avec les chasseurs cueuilleurs, et qu’il était probablement tout aussi stressant -pensez-vous qu’il vaille mieux pour votre stress être esclave d’aristocrates grecs que salarié chez Auchan?
        Ces thèses ne disent d’ailleurs absolument rien sur l’importance de l’écologie pour le moral. Je vous renvoie d’ailleurs aux conclusions même de votre article. Manger correctement, dormir suffisament, faire de l’exercice, prendre le soleil, avoir un job intéressant, et du lien social, voilà ce que propose le TedTalk, pas « vivre en slip avec les singes comme des hippies ». Pas un mot sur l’écologie d’ailleurs.

        Mais pour finir, mon plus gros reproche, ce n’est pas de proposer des idées vaguement farfelues, c’est de répandre des idées fausses sur le traitement de la dépression, et de prétendre les faire sortir de la bouche des scientifiques. Les psychothérapies comme les médicaments fonctionnent, dans certains cas, et sous certaines conditions et ils pourraient le faire bien mieux si le système de santé des Etats modernes n’était pas pourri et si les médecins étaient compétents en la matière. Si vous aviez lu l’article que j’ai linké, vous n’auriez pas manqué cette critique cinglante et constructive.

      2. Et j’ajoutterai, car j’avais oublié ça. Les comparaisons entre chasseurs cueuilleurs de la préhistoire et chasseurs cueuilleurs modernes est plus que discutable. En particulier pour la dépression, puisqu’il a été démontré que que la génétique jouait un rôle très important dans le développement d’une grande partie des états dépressifs pathologiques. En d’autres termes : qu’est-ce qui me dit que ce n’est pas un simple effet de l’isolation géographique et génétique de ces populations? Sans parler des pressions écologiques qui ont pesé sur elles et le continuent, qui seront probablement venu à bout de bon nombre de variations génétiques négatives. Dans ce cas, est-ce vraiment bien?

    2. Bonjour,
      Merci pour cet article … très descriptif de ce que je vis (du coup, je vis en yourte, je me ressource régulièrement dans la nature, je simplifie mes relations humaines, je diminue le nombre de stimuli que je reçois et surtout je travaille, en permanence, à améliorer la navigation entre ma raison et mes émotions).
      Merci aussi HC pour vos remarques. Dans les comparaisons avec les temps plus anciens, tout de même, j’aimerais bien avoir vos éclaircissements ou un débat. En effet, il me semble qu’il y a une chose que vous ne mentionnez pas : nous sommes à une époque inédite de surabondance de l’information (surcharge cognitive). J’ai, en une journée, plus d’informations stressantes sur mon environnement (global) que n’importe quel esclave d’aristocrate grec en toute une vie (je caricature). Le stress de l’esclave grec.que, des chasseur.e.s cueilleur.e.s, des paysan.ne.S du Moyen-Age, concerne essentiellement ses besoins primaires, son environnement proche, son futur proche. Ces gens n’avaient ni l’éducation ni la technostructure pour avoir accès à toutes les autres informations stressantes. Par essence, vraiment, il me semble. Or, et c’est là que je pose la question, il me semble que la réaction à ce type de stress essentiel et primaire n’est pas la dépression. C’est la colère, ou la peur ou … la répression de la colère ou de la peur, pouvant se traduire par une déprime permanente, mais pas par une dépression.
      Si je prend l’exemple de mes dépressions, de mes crises d’angoisse, c’est bien la surcharge cognitive dans laquelle j’étais qui les a créées. Trop d’informations me parvenaient, impossibilité de les hiérarchiser, d’en faire quelque chose de constructif, de les transformer en actions qui libèrent le stress parce que quoique je fasse, j’étais bloqué. A tous les niveaux.
      Il me semble également que la structure sociale des sociétés plus anciennes, figées, sans ascenseur social (!), tuaient dans l’oeuf un autre type de stress que j’ai pour ma part ressenti : j’ai fait des études, j’ai lu, j’ai forgé une conscience politique, j’ai manifesté, pris la parole en public (pris des lacrymos et coups de matraque), construit des collectifs (etc) pour lutter, pour « améliorer » les choses … et j’ai très souvent perdu, la plupart du temps.
      Un paysan de la Creuse au milieu du XIIIè siècle ne vit pas ce décalage abyssal (source de gros stress) entre des hautes aspirations (sauver la planète, devenir monarque …) et sa vie quotidienne parce que depuis le jour de sa naissance TOUT dans son environnement lui interdit toute haute aspiration. Enfin, je crois, pour la grande majorité des paysans de la Creuse du milieu du XIIIè siècle.
      En ce sens, ma dépression est bien plus profonde que la déprime de l’esclave grec.que ou de la paysanne Creusoise. Ca ne veut pas dire que je vis plus mal. Ca veut dire que son mal-être à lui ou elle n’était pas une dépression, ne pouvait pas être une dépression (je suppose qu’un esclave en dépression aurait une espérance de vie de l’ordre de la semaine avant d’être tué). Son mal-être, c’était la lutte permanente, les conditions de vie dégradantes, l’absence de temps de cerveau disponible pour ses pensées à lui ou elle, éventuellement la lutte contre le système d’esclavage. Probablement aussi le stress de ne pas être séparé.e de sa famille.
      Je ne dis pas (parce que je ne le pense pas !) que ma dépression est pire que ses conditions de vie ! je dis que ce que ces gens vivaient, ce n’était pas des dépressions, pour moi. Qu’en est-il, ou qu’en pensez-vous ?
      Je fais tout pour ne pas utiliser explicitement la pyramide de Maslow parce que bon voilà quoi, mais en gros : avant, les conditions étaient telles que les seuls besoins importants pour les gens étaient le 1er et le 2ème étage de la pyramide, et que quand ces besoins ne sont pas remplis, on ne tombe pas en dépression, on se bat, on se recentre ou on tombe malade et on meurt.

      Je précise vraiment : je suis en train de réfléchir en écrivant. Certaines phrases qui ressemblent à des affirmations sont en fait des questionnements. Merci de me le dire pas trop méchamment si j’écris des aneries 🙂

      Une dernière chose HC : vous dites que certaines dépressions sont d’origine inflammatoires. Je n’arrive pas à voir d’antinomie : il me semble que toute inflammation finit par se traduire en un signal de stress pour le cerveau, non ? Une inflammation est un stress provenant de la sphère écologique « mon corps ».

    1. On pourrait. Seulement militant vient de militaire. En outre, activiste implique une notion d’action directe qui correspond plus exactement à ce qu’il veut dire dans ce texte.

  2. Les scientistes sont pénibles : ils croient dur comme fer atteindre le dur de la Vérité avec un grand V (de fer) lorsqu’ils parviennent au mieux par discipline, au pire par routine, à encapsuler les idées neuves de leur cervelle dans des formules mathématiques ou biochimiques, ce qui est un enfermement dans le dogme le plus positiviste que je sache : celui des nombres, du chiffre et de la quantification. Cette quantophrénie aboutit aux discussions les plus bêtes qui soient. Il ne suffit pas de publier une étude dans une revue à comité de lecture pour faire preuve. Bien des preuves passent par d’autres circuits que ces comités, et les travailleurs de la preuve ne sont pas tous des chercheurs (d’emploi, de fonds de commerce, de nice) à la solde de Big Pharma. La querelle précédente sur les facteurs de la dépression, stress ou pas, est une dispute académique. Honte à celui qui la lance, il se comporte comme un chien savant. Le fait est que la sinistrose n’est pas le taedium vitae, ni le stress l’exact contraire de l’ataraxie, mais la dévastation des ressources de notre terre, pour celles et ceux qui ont les pieds dessus, est l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire humaine. L’anthropocène, ou poubellien supérieur, n’est pas un leurre, et l’acidification dont il s’accompagne, du sol, des eaux, du sang, du système nerveux, pourrait être l’un des facteurs déterminant de l’effondrement pandémique des consciences, qu’on observe un peut partout dans le monde. Je recommande pour ma part la lecture de Philippe Pignarre, « Comment la dépression est devenue une épidémie », mais en dépit des psychologies positives, je n’arrive pas à me départir, comme Gramsci et Romain Rolland il y a un siècle, du pessimisme de l’intelligence et de l’optimisme de la volonté. Il est temps de vouloir, malgré tout, de lutter contre l’extension des nuisances humaines sur cette planète.