& : Les médias alter­na­tifs sont-ils vrai­ment alter­na­tifs ?

La scène média­tique fran­co­pho­ne— il en va de même dans beau­coup d’autres langues— s’est alour­die, au cours des dernières années, avec l’avè­ne­ment d’une multi­tude de médias se procla­mant « alter­na­tifs », « indé­pen­dants », ou « libres ». Leur créa­tion relève le plus souvent d’une volonté de four­nir aux popu­la­tions des infor­ma­tions suppo­sé­ment diffé­rentes, plus justes, concer­nant le monde dans lequel nous vivons.

Basta !, pour prendre un exemple, se présente comme « un média indé­pen­dant centré sur l’ac­tua­lité écono­mique, sociale et envi­ron­ne­men­tale » qui « contri­bue à donner une visi­bi­lité aux enjeux écolo­giques, aux actions citoyennes, aux reven­di­ca­tions sociales, aux mouve­ments de soli­da­rité et aux alter­na­tives mises en œuvre ». « Basta ! est un appel qui suscite une résis­tance. Une résis­tance qui doit se traduire par un enga­ge­ment en faveur d’une autre société ».

Le problème, c’est que, bien souvent, s’il est vrai que les pers­pec­tives qu’ils présentent sont un peu plus ouvertes que celles des médias de masse, entre autres, parce qu’ils ne sont pas (entiè­re­ment) contrô­lés par et dépen­dants des inté­rêts finan­ciers domi­nants (qu’ils n’ap­par­tiennent pas direc­te­ment à tel ou tel riche capi­ta­liste), elles en demeurent fina­le­ment assez proches. Et ce, parce que le contrôle du contenu des médias ne s’exerce pas seule­ment par les finances mais qu’il dépend aussi du moule cultu­rel dans lequel ont été formés les indi­vi­dus qui créent ces médias indé­pen­dants/alter­na­tifs/libres. En d’autres termes, il ne suffit pas de ne pas appar­te­nir aux inté­rêts finan­ciers domi­nants pour propo­ser une pers­pec­tive qui diffère des leurs. La colo­ni­sa­tion cultu­relle — le condi­tion­ne­ment — est bien plus insi­dieuse que cela. Pour le comprendre, il suffit de consi­dé­rer la manière dont les médias soi-disant indé­pen­dants/alter­na­tifs/libres traitent le sujet des éner­gies dites « renou­ve­lables » (la produc­tion d’élec­tri­cité), un sujet crucial pour la société dans laquelle nous vivons.

Les médias de masse soutiennent entiè­re­ment le déploie­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables ». Ils ont embrassé le mythe du « déve­lop­pe­ment durable » dès sa créa­tion. Ils encensent la moindre inno­va­tion « verte » (qui ne l’est presque jamais en vérité) et diffusent triom­pha­le­ment et fréné­tique­ment le mythe du salut écolo­gique par la tech­no­lo­gie. À les croire, Las Vegas est « une ville propre » (BFM), le Costa Rica est un « para­dis vert » (France TV), la Scan­di­na­vie est un « modèle d’éco­lo­gie » (Le Monde), San Fran­cisco est une « ville multi-écolo­gique » (France TV Info), etc. Du côté des médias soi-disant indé­pen­dants/alter­na­tifs/libres, à quelques insi­gni­fiantes nuances près, on retrouve les mêmes affir­ma­tions (d’où l’in­té­rêt plus que discu­table de ces médias). Deux possi­bi­li­tés : soit ces affir­ma­tions sont justes, soit les employés et les diri­geants de ces deux types de médias sont aussi condi­tion­nés les uns que les autres par une même culture qui ne comprend rien aux réali­tés écolo­giques de la planète. Je penche pour la deuxième propo­si­tion.

Illus­trons. Basta ! a récem­ment publié un article inti­tulé « Des petits barrages hydro­élec­triques, écolos et rentables, pour produire une élec­tri­cité de proxi­mité » (rédigé par Sonia du maga­zine Luto­pik).

Dans l’ar­ticle, on peut lire que : « Erci­sol, une société à statuts coopé­ra­tifs, a décidé d’in­ves­tir dans ces éner­gies renou­ve­lables de proxi­mité et de réha­bi­li­ter plusieurs barrages dans les Vosges, tout en limi­tant au maxi­mum les contraintes pesant sur l’en­vi­ron­ne­ment des rivières. Un seul de ces barrages peut alimen­ter en élec­tri­cité un village de quelques centaines d’ha­bi­tants. »

Le premier bémol, qui est de taille, c’est que l’im­pact d’un barrage sur une rivière ou un cours d’eau n’est jamais négli­geable. Deman­dez aux pêcheurs, la plupart le savent bien. Étudiez n’im­porte lequel des barrages d’Er­ci­sol (ou d’Ener­coop), et vous décou­vri­rez tout un panel d’im­pacts signi­fi­ca­tifs sur les cours d’eau : des pertur­ba­tions de la vie aqua­tique, des pertur­ba­tions du char­riage des sédi­ments, des pertur­ba­tions du débit, des pertur­ba­tions de la biodi­ver­sité, etc. (bien que les construc­teurs de barrages affirment toujours que leurs systèmes de passes permettent aux pois­sons de vivre comme si de rien n’était, ce qui est évidem­ment faux). Sachant que les cours d’eau de France ont été vidés de la vie foison­nante qu’ils abri­taient aupa­ra­vant (où sont les millions de saumons qui les peuplaient ? Les estur­geons d’Eu­rope ? Les anguilles communes ?) et que leurs débits ont d’ores et déjà été alté­rés par les milliers de barrages construits, par divers cana­li­sa­tions, endi­gue­ments, et autres arti­fi­cia­li­sa­tions. En d’autres termes, étant donné l’état lamen­table des cours d’eau, l’idée de les pertur­ber davan­tage (ne serait-ce qu’un petit peu) est tout sauf judi­cieuse.

Le deuxième bémol, encore plus grave, relève de l’uti­li­sa­tion de l’élec­tri­cité produite. Avant d’y venir, rappe­lons que la produc­tion en masse de panneaux solaires, tout comme la produc­tion en masse d’éo­liennes, d’hy­dro­liennes, et autres appa­reils à produire de l’éner­gie soi-disant « verte », génèrent des destruc­tions écolo­giques encore plus impor­tantes, qu’elles sont autant de catas­trophes supplé­men­taires pour la planète, qui s’ajoutent aux (et dépendent des) catas­trophes que sont la produc­tion d’éner­gie à partir des combus­tibles fossiles et à partir du nucléaire (Cf. : « L’étrange logique derrière la quête d’éner­gies ‘renou­ve­la­bles’ »).

Que les usines Nike se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des milliers de travailleurs et qu’elles utilisent massi­ve­ment des « ressources natu­relles » de manière insou­te­nable, afin de produire des vête­ments hors de prix (vendus dans des centres commer­ciaux qui, même recou­verts de panneaux solaires, demeurent de très bons exemples du carac­tère anti-écolo­gique et inéga­li­taire de l’en­semble de la civi­li­sa­tion indus­trielle). Que les usines où sont fabriqués les iPhones d’Apple se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des milliers de travailleurs, qu’elles utilisent massi­ve­ment des « ressources natu­relles » (dont les extrac­tions détruisent le monde natu­rel et néces­sitent égale­ment l’ex­ploi­ta­tion de milliers de travailleurs dont des enfants, comme au Congo où sont extraits, entre autres, le cobalt et le coltan) de manière insou­te­nable. Que vous rouliez dans une voiture élec­trique avec batte­rie au lithium, et donc très certai­ne­ment au cobalt, ne change en rien le fait que votre voiture a dû être fabriquée dans une usine, qui utilise massi­ve­ment des « ressources natu­relles » de manière insou­te­nable, qui exploite un certain nombre de travailleurs, et relève d’un modèle de société inéga­li­taire et insou­te­nable. Que la toiture d’une usine de camions Ford (comme de celle Wayne, dans le Michi­gan, aux USA) se recouvre de panneaux solaires ne change pas le fait que cette usine produit des camions (et tout écolo­giste qui se respecte devrait savoir que les camions sont tout sauf essen­tiels à la santé des écosys­tèmes), en exploi­tant travailleurs et matières premières (de manière insou­te­nable dans les deux cas). Que six usines de Renault ou que l’usine espa­gnole de Gene­ral Motors, à Sara­gosse se recouvrent de panneaux solaires ne change en rien le fait que Renault et Gene­ral Motors parti­cipent, avec Ford, du secteur parti­cu­liè­re­ment nuisible qu’est l’in­dus­trie auto­mo­bile.

Une zone indus­trielle de Singa­pour, où les toits sont recou­verts de panneaux solaires. L’éco­lo­gie™ ou l’éco­lo­gie selon la civi­li­sa­tion indus­trielle.

L’in­dus­trie auto­mo­bile n’est d’ailleurs pas la seule à surex­ploi­ter des ressources renou­ve­lables et non-renou­ve­lables. Aucune indus­trie n’est écolo­gique­ment soute­nable (nous pour­rions exami­ner le cas de l’in­dus­trie de la pêche, de l’in­dus­trie des cosmé­tiques, de l’in­dus­trie des jeux vidéo, de l’in­dus­trie infor­ma­tique, mais je pense que vous saisis­sez). Toute indus­trie basé sur la surex­ploi­ta­tion de ressources non-renou­ve­lables (ou, d’ailleurs, sur la surex­ploi­ta­tion de ressources renou­ve­lables) est insou­te­nable par défi­ni­tion. Toutes les indus­tries étant basées sur la surex­ploi­ta­tion de ressources non-renou­ve­lables (et, d’ailleurs, sur la surex­ploi­ta­tion de ressources renou­ve­lables), toutes sont insou­te­nables.

Pour la même raison, que la constel­la­tion d’ap­pa­reils élec­triques — produits en masse au détri­ment des écosys­tèmes et de la santé du monde natu­rel (auquel ils nuiront davan­tage une fois mis au rebut), et dont nous avons été rendus dépen­dants par les choix des classes diri­geantes de la civi­li­sa­tion indus­trielle d’ap­puyer un déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique irré­flé­chi et inces­sant — que nous utili­sons, soit alimen­tée par la combus­tion de char­bon ou par la destruc­tion des rivières et des cours d’eau ne change fonda­men­ta­le­ment pas grand-chose. Il faut une certaine dose d’igno­rance ou de mauvaise foi pour affir­mer que son alimen­ta­tion en hydro­élec­tri­cité (même « citoyenne ») relève de la « résis­tance écolo­gique », ainsi que l’af­firme Basta !.

Celui qui accorde plus d’im­por­tance à la vie des rivières et des cours d’eau qu’au rechar­ge­ment d’un télé­phone portable ou qu’à l’ali­men­ta­tion d’ap­pa­reils élec­triques en tous genres devrait mili­ter contre les barrages (ou, mieux encore, les dyna­mi­ter). Cela méri­te­rait véri­ta­ble­ment le quali­fi­ca­tif de « résis­tance écolo­gique ».

Les « renou­ve­lables » se déve­loppent assez rapi­de­ment depuis des décen­nies, sans qu’au­cune des struc­tures fonda­men­ta­le­ment problé­ma­tiques — indus­tria­lisme et expan­sion­nisme anti-écolo­giques, dispo­si­tions inéga­li­taires, etc. — de la société indus­trielle n’en soit pertur­bée. Sans qu’au­cune des prémisses cultu­relles toxiques — idéo­lo­gie du progrès, produc­ti­visme, supré­ma­cisme humain, etc. — de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne soit remise en ques­tion.

La ques­tion du bien-fondé de la produc­tion d’élec­tri­cité, de son impor­tance, de savoir si elle est cruciale ou non à la survie humaine, de savoir si elle est compa­tible ou non (même en étant soi-disant « renou­ve­lable », ou « propre », ou « verte ») avec la bonne santé des écosys­tèmes, n’est presque jamais posée par les médias alter­na­tifs/libres/indé­pen­dants. Au contraire, ceux-là s’en­thou­siasment du déploie­ment des tech­no­lo­gies dites vertes.

D’ailleurs, dans un article inti­tulé « Ils s’as­so­cient pour produire de l’éner­gie renou­ve­lable — et ça marche ! », publié par Repor­terre en février 2017, on retrouve une autre illus­tra­tion du fait que les médias alter­na­tifs/libres/indé­pen­dants ne sont pas si alter­na­tifs/libres/indé­pen­dants que cela : l’apo­lo­gie de la « créa­tion d’em­ploi ». Reprendre cet impé­ra­tif idéo­lo­gique fonda­men­ta­le­ment absurde et toxique, et le repeindre en vert, quelle alter­na­tive, n’est-ce pas.

Encore une fois, à leurs yeux, la « résis­tance écolo­gique » consiste, pour des citoyens, à exploi­ter eux-mêmes le monde natu­rel à l’aide d’une multi­tude de petits barrages qui nuiront aux cours d’eau, ou de l’ins­tal­la­tion de centrales solaires ou de parcs éoliens « citoyens » (possé­dés par les citoyens, et non pas par une grosse corpo­ra­tion, bien que les panneaux et les éoliennes soient fabriqués par des grosses corpo­ra­tions, bien évidem­ment). C’est-à-dire que la « résis­tance écolo­gique », c’est quand ce n’est plus EDF qui nuit aux cours d’eau en y instal­lant un énorme barrage, mais les citoyens eux-mêmes à l’aide de plein de petites centrales. C’est quand ce n’est plus Total qui installe une grande centrale compo­sée de milliers de panneaux solaires fabriqués en usine grâce à l’ex­trac­tion (tout sauf écolo­gique) de ressources non-renou­ve­lables, mais quand ce sont les citoyens eux-mêmes qui s’en chargent. C’est quand l’élec­tri­cité qui alimente les appa­reils infor­ma­tico-élec­tro­mé­na­gers (dont la produc­tion en masse est, rappe­lons-le encore, une catas­trophe écolo­gique) vendus par les multi­na­tio­nales n’est plus produite par la combus­tion du char­bon, ou par des barrages appar­te­nant à EDF, ou par des centrales solaires appar­te­nant à Total, mais par des « centrales citoyennes ».

Tandis que les médias de masse soutiennent la société indus­trielle telle qu’elle a été créée et telle qu’elle se déve­loppe, la plupart des médias indé­pen­dants/alter­na­tifs/libres soutiennent une société indus­trielle qu’ils imaginent légè­re­ment plus verte, et plus démo­cra­tique, mais qui, en réalité, demeure tout aussi nuisible, écolo­gique­ment non-viable, et qui, fina­le­ment, n’est qu’une chimère.

Ce qui nous amène à un autre problème fonda­men­tal du « mouve­ment écolo­giste » : sa frag­men­ta­tion en groupes contra­dic­toires. Il n’existe pas de « mouve­ment écolo­giste » aux objec­tifs cohé­rents et clai­re­ment défi­nis. La forma­tion d’un tel mouve­ment néces­site un diagnos­tic honnête et une analyse profonde (radi­cale) de la situa­tion. Rien ne chan­gera tant que les médias suppo­sé­ment d’op­po­si­tion (alter­na­tifs/libres/indé­pen­dants) et trai­tant de l’éco­lo­gie refu­se­ront de (re-)poser des ques­tions fonda­men­tales comme :

Qu’est-ce que l’éco­lo­gie ? Quel est son objec­tif ? S’agit-il d’un mouve­ment de défense du monde natu­rel, de ses biomes, de ses biotopes et de ses espèces vivantes, ou d’un mouve­ment mili­tant pour une société indus­trielle un peu moins destruc­trice des équi­libres biolo­giques et des espèces vivantes (si tant est que cela soit possible) ? S’agit-il d’un mouve­ment de défense des biocé­noses ou d’un mouve­ment centré sur le verdis­se­ment d’un mode de vie extrac­ti­viste rela­ti­ve­ment confor­table, maté­riel­le­ment, pour les hommes ? D’un mouve­ment qui lutte pour défendre rivières et cours d’eau ou d’un mouve­ment qui les endigue dans l’objec­tif de géné­rer de l’hy­dro­élec­tri­cité afin d’ali­men­ter les appa­reils élec­triques (et futurs déchets toxiques) fabriqués à la chaîne en usine, produits d’une civi­li­sa­tion par ailleurs entiè­re­ment insou­te­nable ?

Nico­las Casaux

Pour aller plus loin :

Les médias et la fabrique de l’illu­­sion : à propos de quelques mensonges rassu­­rants

&

L’éco­­lo­­gisme se souciait de préser­­ver le monde natu­­rel — ce n’est plus le cas (par Mark Boyle)

développement durable électrification énergies vertes ENR

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  1. Bonjour Nicolas Casaux
    Celà fait plusieurs articles que je lis de vous, notamment votre « débat » avec cyril Dion sur Reporterre. Je trouve vôtre vision tout a fait nécessaire afin d’être lucide sur la marche actuelle du monde capitaliste. Je lisais dernièrement un exemplaire de la « décroissance », il manque dans tout ça une idée, un projet vers lequel se tourner.
    Comment faire comprendre au plus grand nombre l’impératif de penser consommer moins? Comment faire comprendre au plus grand nombre que l’homme consommateur doit s’affranchir de la marchandise et redevenir l’être générique dont parlent Marx et Hegel?
    Le projet pourrait être celui ci: rendre à l’humain sa place au sein de la nature, sans propriété privée, sans argent, sans état…. c’est bien tout ça! Mais nous sommes dans le concept et actuellement l’homo economicus ne partage pas ce concept.
    Bon,je pourrais continuer des heures durant mais je vais poser ma tablette Samsung, alimentée par l’électricité nucléaire et je vais me promener dans la rue et parler avec les gens!?
    je vous souhaite une longue vie de réflexion et d’action.
    AdaM

    1. Bonjour,
      Oui, il manque une vision commune. La confusion règne. Même si je suis relativement certain que l’écologie radicale ne rassemblera jamais des millions de gens, ni une majorité, comme l’espère notre ennemi l’écologiste grand public Cyril Dion, qui d’ailleurs n’aime pas l’écologie radicale, mais promeut une écologie corporatiste de type développement durable, je pense qu’on aurait besoin de solidifier une vision claire et cohérente pour l’écologie radicale. Ce qu’on essaie de faire, ce que j’essaie de faire, c’est aussi de dialoguer avec Reporterre, Fabrice Nicolino, et d’autres du milieu écolo un minimum radical, afin de les pousser à prendre position clairement. Pas évident. Le temps n’est pas vraiment de notre côté. Quoi qu’il en soit, on essaie. Tant qu’il n’y a pas de bloc commun, de prises de positions claires, on ne pourra pas grand-chose. Enfin, ce que je veux dire, c’est que je ne pense pas qu’il soit possible ni même intéressant de s’époumoner à « faire comprendre au plus grand nombre l’impératif de penser consommer moins ». Il est plus réaliste et il serait plus efficace, il me semble, d’essayer de bâtir un groupe plus restreint mais aux positions claires et définis. La qualité plutôt que la quantité.

  2. On ne pourra jamais faire comprendre au plus grand nombre. Le nombre est la masse indistincte des crétins et des dégénérés qui soutiennent consciemment ou non le Système. Ils sont nos ennemis au même titre que ceux qu’ils servent ! Nous sommes les 20 % (en comptant large…). Le reste est constitué de nuisibles sans importance en soi, mais dont la capacité de nuisance est cependant phénoménale ! La solution radicale existe, mais je ne voudrais pas que les modérateurs du blog aient maille à partir avec la justice. Une autre Justice mettra tout le monde d’accord, de toute manière. Tout est une question de temps

    1. C’est avec ce genre de position qu’il sera difficile de montrer à nos contemporains l’existence d’une pensée qui ne chosifie pas la nature et ne naturalise pas les choses. La contradiction est source de richesse, mais là…on s’égare.

      1. On ne discute pas avec un ennemi mortel, on l’élimine. La masse de crétins exploités et lobotomisés ne sait et ne saura jamais identifier son ennemi. C’est à la charge des autres de le faire à leur place et de faire table rase. DÉFINITIVEMENT. Dans 10-20 ans, si rien n’est fait, ils auront gagné.

  3. Bonjour,
    j’ai trouvé votre article très intéressant et la critique qui est faite des médias alternatifs, très juste. Défendre un développement durable, c’est rester dans le mythe de la croissance. Se mettre en coopérative, c’est faire du capitalisme en groupe (avec les mêmes logiques de compétition in fine), comme par le passé il y eut un capitalisme d’État en URSS (parce qu’à l’époque il n’y avait pas l’expérience ni les éléments de critique dont on dispose aujourd’hui, pour ne pas tomber dans ce piège-là justement). Défendre un capitalisme vert, c’est ne rien changer à l’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme et, par suite, à l’exploitation de la nature par l’homme.
    Bref, je crois que vous voyez aussi qu’un mouvement écologiste ne peut se défaire d’une critique fondamentale du capitalisme, et ne peut avancer sans objectifs définis et cohérents (je vous cite parce que c’est tout à fait ça). Là où je ne suis pas d’accord c’est sur le fait qu’un tel mouvement, qu’une telle critique radicale n’existe pas, il y a bel et bien un courant de pensée théorique qui fait cette critique et qui tente de définir clairement les objectifs pour une société écologique, ça s’appelle l’écologie sociale. Je vous invite à vous renseigner à ce sujet car cela répond très exactement aux besoins que vous avez cités. Le principal auteur à ce sujet est Murray Bookchin (sa page Wikipédia est bien), qui a fait son temps chez les communistes puis chez les anarchistes, avant de développer une réflexion basée sur l’écologie qui propose de s’organiser en communautés de communes et en démocratie radicale pour avoir une société écologique. C’est très intéressant, notamment sur l’idée que ce n’est pas seulement en prenant possession des outils de travail qu’on peut transformer la société (comme le proposaient Marx et les syndicalistes) mais bien en se réappropriant le pouvoir politique sur tous les secteurs de la vie en société. Je pense que cela fait beaucoup d’écho avec la situation actuelle où le capital s’attaque à tous les aspects de la vie sociale, voire intime. Il faut donc une alternative qui soit totale d’un point de vue social, une écologie sociale, radicale.
    N’hésitez pas à me contacter si vous voulez que je vous indique peut-être un texte à lire sur le sujet.
    Pour finir, sachez que je suis, et je ne vais pas le cacher, un « militant » pour ça (entre guillemets parce que simplement j’ai commencé à participer à la traduction de textes sur le sujet depuis un an), parce que, sincèrement, je crois que c’est la réflexion la plus cohérente que j’aie trouvée jusque-là (ayant toujours été déçu par le manque de rigueur théorique des médias alternatifs, et ayant fui les logiques trop sectaires chez les cocos et anars). Juste pour dire que, oui je fais de la propagande, mais de bonne foi. Je vous prie de me croire et d’y jeter un coup d’oeil.

  4. Oui mais, Raynmarth, tout ça c’est de l’utopie ? la communauté de communes, c’est un groupe fort, indestructible. Il n’est pas une telle entité actuellement, et ne sera jamais.Et puis c’est certainement aussi une source d’embrouilles. Il y a plus urgent que rêvasser à d’impossibles organisations viables pour une durabilité et un mieux-être.
    Propagande, information, dénonciation… Tout cela sert si peu, tant d’énergie précieuse – et polluante – foutue en l’air.
    Alors que l’individu peut seul modifier son environnement, et de même la perception de cet environnement. Avec discrétion. Sécurité.
    Les individus qui se sentent concernés, qui refusent l’asservissement et la démolition n’ont pas d’autre issue que le self-développement. Laisser les autres faire leur popote, infecte ou parfumée, et foncer tant qu’ils le peuvent vers l’objectif.

  5. Les cisterciens ont construits il y a 1000 ans de très nombreux moulins sur les rivières Seye, Baye et Bonette (en pays Quercy-Rouergue-Gorges de l’Aveyron) : avec les Cisterciens en Rouergue on en a compté plus de 25 sur une trentaine de kilomètres (plus exactement tous les 2 fois 4,50 mètres de dénivellation exactement). Les moulins de La Tour et du Bruel existaient déjà dans les chartres de l’abbaye de Beaulieu en 1183). Les rivières étaient très poissonneuses jusque vers les années 60/70 : les retraités (de 65/70 ans) se souviennent des truites et écrevisses pêchées par seau. Or aujourd’hui, il n’y a plus de poissons : une pêche électrique sur 4 km au-dessus de l’abbaye a permis de récupérer… 8 truitelles ! Que s’est-il passé en 50 ans ? Engrais, insecticides, fongicides, pesticides, désherbants versés à foison par les agriculteurs des coteaux et plateaux alimentant les vallées en zone karstique ont tout tué (poissons, grenouilles, loutres, tritons, salamandres, écrevisses, insectes – et notamment les pollinisateurs – et petits mammifères. Les retenues – les chaussées – et moulins n’y sont pour rien. Reprendre les arguments fallacieux de pseudos-pêcheurs (j’étais pêcheur et je connais les écosystèmes fluviaux) pour le plus grand bénéfice des T.P. (la destruction des chaussées est une manne pour le BTP) n’est guère honnête, et encore moins scientifique. Sous prétexte d' »écologie » de « continuïté hydro-écologique », les critiques des micro-barrages oublient que la nature est un équilibre plus que centenaire, et que ce n’est pas en détruisant cet équilibre que l’écologie gagnera du terrain. Et c’est un des fondateurs – Jean Cohenny – du mouvement Ecologique Rhône-Alpes qui le dit