Quelques éléments de réflexion sur la civi­li­sa­tion, la déme­sure, l’igno­rance systé­mique et la destruc­tion du monde natu­rel (l’éco­cide) :

Une des choses qui m’ont toujours semblé choquante, comme si elle témoi­gnait de l’im­passe dans laquelle s’en­lise la civi­li­sa­tion, c’est qu’au sein du panel exces­si­ve­ment diver­si­fié de ses « programmes » éduca­tifs, la biolo­gie (« Science de la vie, étude des êtres vivants ») ne soit qu’une option parmi tant d’autres. Bien sûr, elle incor­pore les SVT (Sciences de la vie et de la Terre) dans son ensei­gne­ment primaire et secon­daire, mais il s’agit unique­ment de rudi­ments assez sommaires, bien souvent anthro­po­cen­trés, témoi­gnant de bien peu de respect du vivant (vivi­sec­tion indus­trielle) et vite oubliés. Cette absence d’en­sei­gne­ment se double d’une absence d’ex­pé­rience person­nelle, puisque la rela­tion du cita­din — qui évolue dans un envi­ron­ne­ment entiè­re­ment arti­fi­ciel — au monde natu­rel est extrê­me­ment appau­vrie, et détraquée (phéno­mène d’alié­na­tion).

« Aujourd’­hui, nous vivons pour la plupart dans des villes. Cela signi­fie que nous vivons pour la plupart dans ces cellules isolées, complè­te­ment coupées de tout type d’in­for­ma­tion ou d’ex­pé­rience senso­rielle qui ne soit pas de fabri­ca­tion humaine. Tout ce que l’on voit, tout ce que l’on entend, tout ce que l’on sent, tout ce que l’on touche, est produit par l’hu­main. Toutes les infor­ma­tions senso­rielles que l’on reçoit sont fabriquées, et bien souvent véhi­cu­lées par l’in­ter­mé­diaire de machines. Je pense que la seule chose qui rende cela suppor­table est le fait que nos capa­ci­tés senso­rielles soient si terri­ble­ment atro­phiées — comme elles le sont chez ce qui est domes­tiqué — afin que nous ne nous rendions pas compte de ce qui nous manque. L’ani­mal sauvage reçoit des infor­ma­tions pour tous les sens, d’une quan­tité innom­brable de sources diffé­rentes, à chaque moment de la vie. Nous n’en rece­vons que d’une seule source — nous-mêmes. Cela s’ap­pa­rente à une déten­tion en soli­taire dans une chambre d’écho. Les indi­vi­dus qui sont confi­nés en soli­taire font des choses étranges. Et l’ex­pé­rience commune des victimes de priva­tions senso­rielles est l’hal­lu­ci­na­tion. Je pense que le patri­moine cultu­rel que l’on reçoit, nos croyances et idéo­lo­gies anthro­po­cen­trées, peuvent aisé­ment être perçues comme des hallu­ci­na­tions insti­tu­tion­na­li­sées. »

— John Living­ston, natu­ra­liste cana­dien.

Ce qui signi­fie et ce qui fait que, concrè­te­ment, la plupart des gens ne savent que très peu de choses sur la vie et sur le vivant en géné­ral, sur ses équi­libres, ses imbri­ca­tions, ses inter­dé­pen­dances, ses symbioses, et ses condi­tions. Sur la rela­tion et la dépen­dance de l’hu­main au monde natu­rel. La plupart des gens ne savent pas comment vivent les plantes, les fleurs, les arbres (et le planc­ton) qui font l’air qu’ils respirent, et qui font, avec les animaux, les insectes et d’in­nom­brables autres orga­nismes, le sol dont ils dépendent.

Et pour­tant, quoi de plus impor­tant, de plus fonda­men­tal, pour celui qui vit sur Terre, que d’en connaître l’éco­lo­gie (du grec oikos : maison et logos : discours ou science). Celui qui ne connaît pas la science de sa maison, qui ne connaît pas sa maison, comment peut-il y vivre ?

Malheu­reu­se­ment, il n’y a pas que dans le domaine de l’éco­lo­gie que l’igno­rance pose problème. La société indus­trielle dans laquelle nous vivons repose sur un nombre toujours crois­sant de tech­no­lo­gies et de struc­tures poli­tico-écono­miques de plus en plus complexes, élabo­rées (et donc comprises, au moins un mini­mum) par un nombre d’in­di­vi­dus toujours plus restreint.

Arrive ce qui devait arri­ver dans une telle confi­gu­ra­tion : plus personne n’est en mesure d’ap­pré­hen­der les tenants et les abou­tis­sants de la société dont nous parti­ci­pons tous. Au mieux, certains peuvent deve­nir des spécia­listes d’un de ses innom­brables aspects. C’est ainsi que quelques « experts » règnent chacun sur leur domaine d’ex­per­tise, tandis que la plupart des gens ne comprennent du monde que ce que les médias de masse en relatent (c’est-à-dire bien peu de choses, souvent erro­nées, mais désor­mais en haute défi­ni­tion).

Cette situa­tion grotesque et dange­reuse peut être illus­trée par le soutien aveugle de masses d’in­di­vi­dus envers telle ou telle poli­tique gouver­ne­men­tale, dont ils ne savent presque rien, ou par la foi reli­gieuse qui carac­té­rise le compor­te­ment de l’homo consom­ma­tus (cet « animal dépen­sant, c’est-à-dire qui cesse de penser »). En effet, lorsque ce dernier achète un produit, quel qu’il soit, dans un super­mar­ché ou sur inter­net (un sham­pooing, un ordi­na­teur portable, un couteau, un sirop de fram­boise, une fenêtre en double-vitrage, une table en bois…), il ignore presque tout de sa prove­nance, des matières premières néces­saires à sa fabri­ca­tion, de leur prove­nance, des êtres humains exploi­tés au cours de sa concep­tion, etc. Beau­coup ne cherchent même pas à savoir, ratio­na­lisent leur achat et n’y voient aucun problème.

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Dans une société haute­ment tech­no­lo­gique et de taille déme­su­rée, inhu­maine, dont l’am­pleur dépasse l’en­ten­de­ment d’un homme, par défi­ni­tion, rien ne peut résoudre ce problème de l’igno­rance géné­ra­li­sée, qui ne peut être résolu que dans une société à taille humaine.

« Parce que dans la réalité, la taille n’est pas un para­mètre que l’on pour­rait fixer à volonté : chaque être vivant n’est viable qu’à l’échelle qui est la sienne. En deçà ou au-delà, il meurt, à moins qu’il ne parvienne à se méta­mor­pho­ser. Il en va de même pour les socié­tés et les cultures. »

— Olivier Rey, Une ques­tion de taille, 4ème de couver­ture (2014)

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Les tech­no­lo­gies dites « vertes » ou « propres », ou « renou­ve­lables » (pour prendre en exemple la prin­ci­pale solu­tion mise en avant par les médias de masse pour résoudre tous nos problèmes écolo­giques), en tant que produits de l’éco­no­mie indus­trielle mondia­li­sée, se déve­loppent égale­ment sur le substrat infer­tile de l’igno­rance systé­mique. Quelques exemples :

La plupart des gens ignorent tout de la biolo­gie des rivières, des fleuves, ou de tel ou tel rivière ou fleuve en parti­cu­lier, ils ne savent pas quelles espèces de pois­sons ou d’oi­seaux y vivent, quelles espèces végé­tales en dépendent, etc., et pour­tant beau­coup pensent (croient) de manière assez vague que les barrages produisent une hydro­élec­tri­cité « renou­ve­lable » sans endom­ma­ger les cours d’eau où ils sont implan­tés.

Mais les barrages consti­tuent toujours d’im­por­tantes nuisances écolo­giques, et parfois sociales (pour plus de détails, je vous renvoie à un autre article, inti­tulé « Comment les barrages détruisent le monde natu­rel »).

La plupart des gens pensent (croient) que les panneaux solaires sont une inven­tion merveilleuse permet­tant de produire de l’élec­tri­cité sans endom­ma­ger le monde natu­rel. Et pour­tant la plupart des gens ignorent tout des maté­riaux néces­saires à leur fabri­ca­tion, de leur prove­nance, de leur toxi­cité, de la main d’œuvre requise, de son salaire, de ses condi­tions de travail, etc.

La plupart des gens pensent (croient) la même chose des éoliennes.

Mais les panneaux solaires requièrent d’im­por­tantes extrac­tions minières de matières premières, dont : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’alu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photo­vol­taïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photo­vol­taïques), le gallium, l’in­dium (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tellure et le titane. Les éoliennes dépendent égale­ment des extrac­tions d’un certain nombre de matières premières, dont le néodyme, et de la fabri­ca­tion de tonnes de ciment, d’acier, etc.

Rien de tout cela n’est anodin pour le monde natu­rel. Où sont extraits ces maté­riaux, dans quels biotopes ? Avec quels impacts, quelles consé­quences sur le court et le long terme ? Que néces­site leur extrac­tion en termes de machines, de main d’œuvre, d’éner­gie, de trans­port ?

En y regar­dant de plus près, on s’aperçoit rapi­de­ment que le déve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies dites « vertes » s’ins­crit lui aussi dans une logique d’ex­trac­ti­visme, d’uti­li­sa­tion de ressources non-renou­ve­lables, de surex­ploi­ta­tion de ressources renou­ve­lables, de pertur­ba­tions et de pollu­tions de nombreux écosys­tèmes. Autant de pratiques écolo­gique­ment insou­te­nables.

Et pour quoi ?

Pour alimen­ter en élec­tri­cité une myriade d’ap­pa­reils élec­triques (futurs « e-déchets », ce que nous allons voir) dont les humains ont été rendus dépen­dants au cours, seule­ment, des dernières décen­nies. Pour alimen­ter en élec­tri­cité ces innom­brables appa­reils super­flus (mani­fes­te­ment, puisque l’hu­ma­nité s’en est passée durant la quasi-tota­lité de son exis­tence), produits en masses.

S’ils venaient à se pencher sur ces ques­tions (comme sur tant d’autres), la plupart des gens compren­draient rapi­de­ment de quoi il retourne (pour plus de détails sur le problème des éner­gies dites renou­ve­lables, vous pouvez consul­ter cet article : « L’étrange logique derrière la quête d’éner­gies ‘renou­ve­la­bles’ »).

Malheu­reu­se­ment, la plupart n’en ont ni le temps ni l’en­vie ; l’as­ser­vis­se­ment sala­rial, épui­sant, écra­sant, léthar­gi­sant, et la culture du diver­tis­se­ment, son corol­laire tout aussi toxique, s’en assurent.

« Pas éton­nant que nous ne défen­dions pas la terre où nous vivons. Nous n’y vivons pas. Nous vivons dans des séries télé­vi­sées, ou dans des films, des livres, ou aux côtés de célé­bri­tés, ou au para­dis, selon des règles, des lois et toutes sortes d’abs­trac­tions inven­tées par des gens que nous ne connais­sons pas. Nous vivons à la fois nulle part et un peu partout, sauf dans nos propres corps, sur ce terri­toire parti­cu­lier, à ce moment précis, et dans ces circons­tances spéci­fiques. Nous ne connais­sons même pas l’en­droit où nous vivons. Avant de pouvoir accom­plir quoi que ce soit, nous devons remé­dier à cela. »

— Derrick Jensen, Endgame Vol. 2

Si tu ne comprends pas ce qui est en jeu, abstiens-toi, devrait être un prin­cipe de précau­tion élémen­taire, respecté en tous lieux et en tous temps.

Para­doxa­le­ment, étant donné les innom­brables crises écolo­giques et sociales auxquelles la planète et les humains sont confron­tés, il devrait être clair que nos diri­geants sont soit des inca­pables, soit des fous dange­reux, soit les deux. Et pour­tant, la plupart des gens conti­nuent à leur faire confiance, ou du moins à espé­rer qu’un meilleur diri­geant advienne, sans comprendre la nature systé­mique de l’ar­ri­vée au pouvoir d’in­ca­pables et/ou de fous dange­reux.

Un des premiers gestes sociaux et écolo­giques que l’on peut faire, ce n’est donc pas de soute­nir aveu­glé­ment les « solu­tions » qu’ils nous présentent, comme le déploie­ment des tech­no­lo­gies « vertes », mais de se rensei­gner sur leur réalité. Sur ce qu’est un barrage, par exemple, sur les maté­riaux néces­saires à sa construc­tion, leur prove­nance, leur quan­tité, leur renou­ve­la­bi­lité, sur les espèces qui vivent dans, sur, ou aux envi­rons du cours d’eau concerné (les pois­sons, les amphi­biens, les reptiles, les oiseaux, la macro­faune en géné­ral, la micro­faune, les espèces végé­tales), et qui en dépendent, sur l’im­por­tance de l’eau et des sédi­ments char­riés pour l’en­semble des zones que le cours d’eau traverse, et ainsi de suite.

Un des premiers gestes sociaux et écolo­giques que l’on peut faire, c’est donc d’ap­prendre, d’étu­dier le monde de manière proac­tive (au contraire de la manière scolaire, coer­ci­tive, impo­sée, et, dans une société profon­dé­ment inéga­li­taire, néces­sai­re­ment biai­sée, cf. « Scola­ri­ser le monde », un excellent docu­men­taire de Carol Black).

Le monde natu­rel est infi­ni­ment complexe, et consti­tué d’un enche­vê­tre­ment consi­dé­rable de rela­tions. Et de la bonne santé des biotopes dépend la bonne santé des socié­tés humaines : une rivière où le pois­son abonde et dont l’eau est propre consti­tue une source de subsis­tance soute­nable pour les humains prêts à respec­ter ses équi­libres biolo­giques. Au contraire, une rivière où le pois­son se fait rare, dont le char­riage des sédi­ments est entravé, et où l’eau est polluée n’est plus en mesure de soute­nir la pros­pé­rité des espèces vivantes, ainsi que les cycles natu­rels desquels elle parti­ci­pait ; elle s’en­lise alors dans un cercle vicieux de dégra­da­tions, qui, du fait des nombreuses intri­ca­tions de la biosphère, dépasse son seul terri­toire géogra­phique.

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Les mêmes remarques pour­raient être formu­lées à propos de la plupart des acti­vi­tés, des pratiques et des construc­tions de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui altèrent le monde natu­rel. Quels équi­libres boule­versent-elles ? Avec quels impacts, quelles consé­quences sur le court et le long terme ?

Le fait que la plupart d’entre nous sommes inca­pables de répondre préci­sé­ment à ces ques­tions témoigne de l’ir­res­pon­sa­bi­lité qui sous-tend toute la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Les innu­mé­rables pertur­ba­tions, destruc­tions et surex­ploi­ta­tions de la biosphère qu’im­pliquent les produc­tions indus­trielles de tout — des réfri­gé­ra­teurs aux stylos BIC, en passant par les fours, rasoirs élec­triques, rasoirs jetables, télé­vi­seurs, télé­phones portables, 4×4, briquets BIC, ordi­na­teurs portables, vélos élec­triques, voitures élec­triques, avions de ligne, sous-marins, missiles, mitraillettes, bombes en tous genres, tablettes, skate-boards, sèche-cheveux, etc. — , auxquelles s’ajoutent l’In­ter­net, les infra­struc­tures de trans­ports, de commu­ni­ca­tions, et fina­le­ment la plupart des acti­vi­tés et des construc­tions humaines qui consti­tuent la civi­li­sa­tion indus­trielle, sont autant de consé­quences de son igno­rance et de son mépris des réali­tés de la biosphère.

En 2014, l’en­semble de l’in­dus­trie mari­time mondiale a trans­porté 10 milliards de tonnes de marchan­dises. En tout, 90% des volumes trans­por­tés et 80% des valeurs tran­sitent par la voie mari­time, la prin­ci­pale route étant celle qui relie la Chine à l’Eu­rope via le canal de Suez (derniè­re­ment agrandi). En compa­rai­son, le fret aérien trans­porte à peine 2 millions de tonnes de marchan­dises. Aujourd’­hui 50 000 navires sillonnent les mers : des porte-conte­neurs, des vraquiers ou encore des pétro­liers. « Gour­mands en éner­gie, chacun de ces monstres flot­tants génère autant de pollu­tion aux parti­cules ultra­fines qu’un million de voitures », explique l’ONG France Nature Envi­ron­ne­ment dans un article consa­cré à « L’in­sou­te­nable pollu­tion de l’air du trans­port mari­time ». On y apprend égale­ment que : « La raison majeure pour laquelle les navires polluent autant est l’uti­li­sa­tion du fuel lourd comme carbu­rant. Même à quai, le trans­port mari­time brûle ce déchet non raffiné, parti­cu­liè­re­ment polluant, afin d’ali­men­ter en éner­gie les navires. » Le trans­port mari­time compte pour 10% de la consom­ma­tion éner­gé­tique mondiale. Dans un rapport publié par l’OCDE ( l’Or­ga­ni­sa­tion de Coopé­ra­tion et de Déve­lop­pe­ment Écono­miques) en 2010, on apprend que : « Les projec­tions jusqu’à l’an­née 2020 indiquent une crois­sance de la consom­ma­tion de combus­tibles fossiles du secteur mari­time d’en­vi­ron 30%. […] D’ici 2050, les émis­sions de CO2 du trans­port mari­time pour­rait atteindre deux ou trois fois leur niveau actuel. » Ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet peuvent regar­der le docu­men­taire d’Arte, « Cargos, la face cachée du fret », ci-après :

Les tech­no­lo­gies « vertes » (pour reprendre en exemple la prin­ci­pale solu­tion mise en avant par les médias de masse pour résoudre tous nos problèmes), impliquent davan­tage de dégra­da­tion et d’ex­ploi­ta­tion, et ne sont d’au­cun recours contre la surex­ploi­ta­tion des ressources qui ravage actuel­le­ment la planète (et, puisqu’elle en dépend, qui menace la civi­li­sa­tion indus­trielle). Elles ne sont d’au­cun recours contre la surex­ploi­ta­tion et l’épui­se­ment en cours des nappes phréa­tiques et des aqui­fères (ainsi qu’un rapport de la NASA le souli­gnait en 2015 : 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont passés en-dessous du seuil de dura­bi­lité — ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent). Elles ne sont d’au­cun recours contre la défo­res­ta­tion ; ou contre l’em­poi­son­ne­ment de l’air, des eaux et des sols, lié aux émis­sions de polluants indus­triels, aux épan­dages et à la produc­tion de produits chimiques toxiques. Elles ne sont d’au­cun recours contre la destruc­tion des sols arables par l’ur­ba­ni­sa­tion, ou par l’agri­cul­ture indus­trielle. Elles ne sont d’au­cun recours contre la sixième extinc­tion de masse, prin­ci­pa­le­ment liée à la destruc­tion des habi­tats natu­rels des espèces non-humaines, c’est-à-dire à l’ur­ba­ni­sa­tion, à l’agri­cul­ture indus­trielle, et à tous les maux précé­dem­ment cités.

La liste des désastres écolo­giques engen­drés par la civi­li­sa­tion — qui s’en­tre­mêlent et s’en­ve­niment mutuel­le­ment — s’al­longe effec­ti­ve­ment d’an­née en année.

Avez-vous entendu parler de la « guerre du sable » ? Cet élément essen­tiel dans la protec­tion des côtes et vital pour l’équi­libre des écosys­tèmes marins, dont le pillage s’ac­cé­lère pour les besoins de la construc­tion en béton, avec pour consé­quence prin­ci­pale l’éro­sion des litto­raux et la destruc­tion d’un grand nombre de biotopes. Alors que le sable des déserts est impropre à la construc­tion, les groupes du bâti­ment ont long­temps exploité les rivières et les carrières. Puis ils se sont tour­nés vers la mer, provoquant ce qui est en train de deve­nir une véri­table catas­trophe écolo­gique. Les besoins en sable sont énormes, et crois­sants. Il en faut 200 tonnes pour construire une maison, 30 000 tonnes pour faire un km d’au­to­route, et 12 millions de tonnes pour construire une centrale nucléaire. Cette pratique menace entre 75 et 90 % des plages du monde (en Floride, 9 plages sur 10 sont en voie de dispa­ri­tion) et a englouti des îles entières, en Indo­né­sie et aux Maldives, tandis que Singa­pour ou Dubaï ne cessent d’étendre leur terri­toire en impor­tant, parfois frau­du­leu­se­ment, du sable. Un autre docu­men­taire d’Arte, inti­tulé « Le sable : enquête sur une dispa­ri­tion », met en lumière cette problé­ma­tique :

Parmi les pires problèmes engen­drés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, on retrouve aussi celui des déchets. Entre 5 et 13 millions de tonnes de plas­tique finissent chaque année dans les océans, où il est estimé qu’il y aura plus de plas­tique que de pois­sons d’ici 2050. Dans le monde, chaque minute, 1 million de bouteilles en plas­tique sont ache­tées, un chiffre qui ne va faire qu’aug­men­ter (de 20%, au moins, d’ici 2021). En 2020, il est ainsi estimé que plus de 500 milliards de bouteilles seront vendues (en 2016, 480 milliards de bouteilles ont été vendues). La produc­tion globale de plas­tique devrait doubler au cours des 20 prochaines années, et quadru­pler d’ici 2050 (pour les sources et plus de détails, suivez ce lien). Au Liban, un accord conclu entre le gouver­ne­ment et une compa­gnie privée permet à celle-ci de déver­ser ses déchets en pleine Médi­ter­ra­née (désor­mais la mer la plus polluée du monde); ainsi, chaque jour, des poids lourds en va-et-vient perma­nent, qui trans­portent des déchets reti­rés à la tonne, les jettent en pleine mer. Les pays du monde, pris ensemble, produisent actuel­le­ment envi­ron 50 millions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) par an, dont l’im­mense majo­rité (90%) ne sont pas recy­clées. Ces déchets non-recy­clés sont expor­tés vers des pays pauvres, où ils s’en­tassent dans des « cime­tières élec­tro­niques » et autres « e-décharges », où ils polluent grave­ment les sols, l’air et les cours d’eaux (comme à Agbog­blo­shie au Ghana, ce que vous pouvez consta­ter dans le docu­men­taire ToxiCité, ci-après, ou comme à Guiyu en Chine, à Sher­shah au Pakis­tan, à Dhaka au Bangla­desh, et en Inde, et en Thaï­lande, et aux Philip­pines, et ailleurs), où ils détruisent la santé des humains qui travaillent à les trier (c’est-à-dire qui les brûlent n’im­porte où et n’im­porte comment, sans protec­tion, à l’air libre afin d’en sortir du cuivre et d’autres métaux qu’ils revendent ensuite pour une bouchée de pain), et la santé des animaux non-humains qui vivent sur place. Un récent article de France Info, publié le 24 juillet 2017, rapporte que :

« Des millions de télé­phones usagés, des télé­vi­seurs, des ordi­na­teurs et appa­reils élec­tro­mé­na­gers… le monde entier conti­nue de déver­ser en Afrique, en toute illé­ga­lité, de grandes quan­ti­tés d’équi­pe­ments désaf­fec­tés. Ces appa­reils, dont les compo­sants peuvent se révé­ler très toxiques, finissent souvent dans des décharges clan­des­tines des grands centres urbains.

Les experts sont unanimes, l’Afrique est en passe de deve­nir le conti­nent-poubelle des ordures toxiques du monde déve­loppé. Ils devraient atteindre 67 millions de tonnes en 2017, soit une hausse d’un tiers par rapport à 2014.

Selon un rapport du programme des Nations Unies pour l’en­vi­ron­ne­ment, la France, l’Al­le­magne et la Grande Bretagne sont les prin­ci­paux pays expor­ta­teurs de déchets élec­tro­niques en Afrique où ils atter­rissent sur le marché de l’oc­ca­sion. »

Et avez-vous entendu parler des « déchets dange­reux » (parmi lesquels on retrouve les « déchets ultimes ») ? 355 millions de tonnes de déchets ont été produites sur le terri­toire français en 2010. Une partie de ces déchets, clas­sés comme non-dange­reux, est enfouie : en 2010, 244 ISDND (Instal­la­tions de stockage de déchets non dange­reux) ont reçu un peu moins de 20 millions de tonnes de déchets dont 36 % d’or­dures ména­gères rési­duelles. L’im­pact de cet enfouis­se­ment pose déjà un certain nombre de problèmes sur le court terme ; sur le long terme, il est tout à fait inconnu. La même année, près de 14 millions de tonnes de déchets ont été inci­né­rées (l’in­ci­né­ra­tion des déchets est une catas­trophe écolo­gique en elle-même, puisqu’elle émet énor­mé­ment de CO2 et parti­cipe donc du réchauf­fe­ment clima­tique). Les solvants, les restes de pein­ture, les vieilles piles et les « déchets ultimes », scories des usines d’in­ci­né­ra­tion de déchets, comptent parmi les rebuts les plus toxiques du secteur indus­triel. Produits en masse, ils contiennent des métaux lourds, comme le cadmium, le plomb, le zinc ou le cuivre, à des concen­tra­tions dange­reu­se­ment élevées. Chaque année, des millions de tonnes de ces « déchets dange­reux » sont produites, en France, puis répar­ties et tout simple­ment stockées dans les 13 « instal­la­tions de stockage de déchets dange­reux » (ISDD) que compte le pays — les autres États du globe font face aux mêmes problèmes. Rien de tout cela n’est soute­nable. Tout cela est dément. Litté­ra­le­ment. Et terri­ble­ment nocif pour le monde natu­rel et donc pour les humains, qui en parti­cipent et en dépendent, sur le court terme et/ou sur le long terme. Un docu­men­taire, d’Arte encore, inti­tulé « Toxique ! : que faire des déchets ultimes ? » traite de ce sujet (plus ou moins bien ; on retrouve, à la fin de celui-ci comme à la fin de chaque docu­men­taire diffusé par un média grand public, une conclu­sion dange­reu­se­ment naïve, basée sur une espé­rance/foi inébran­lable en la toute-puis­sance de notre civi­li­sa­tion, qui parvien­dra, soyons en sûrs, à gérer tous les problèmes qu’elle crée ; tout va très bien madame la marquise) :

À cause, entre autres, de la surpêche, des tech­niques destruc­trices de pêche, du tourisme, de la pollu­tion, et du chan­ge­ment clima­tique, la civi­li­sa­tion indus­trielle a détruit 50% des récifs coral­liens en moins de 30 ans :

Le chan­ge­ment clima­tique, lié, prin­ci­pa­le­ment, à l’uti­li­sa­tion de combus­tibles fossiles, mais aussi à de nombreuses acti­vi­tés indus­trielles, comme l’agri­cul­ture, l’ur­ba­ni­sa­tion, la défo­res­ta­tion, etc., menace l’en­semble des espèces vivantes.

Nous pour­rions conti­nuer presque indé­fi­ni­ment à décrire la myriade des problèmes engen­drés par la civi­li­sa­tion indus­trielle (qui sont de plus en plus nombreux et qui s’ag­gravent souvent mutuel­le­ment). Nous aurions pu détailler le problème de l’aci­di­fi­ca­tion des océans, ou celui de la baisse du taux de dioxy­gène dans l’air, de la pertur­ba­tion de la circu­la­tion océa­nique (liée au réchauf­fe­ment clima­tique), de la lumière arti­fi­cielle nocturne qui perturbe la polli­ni­sa­tion, de l’ef­fon­dre­ment global des popu­la­tions d’in­sectes (et donc des polli­ni­sa­teurs) à cause des pesti­cides (et des destruc­tions d’ha­bi­tat, et des pollu­tions atmo­sphé­riques, et d’autres choses encore), du « chan­ge­ment impré­vi­sible dans la distri­bu­tion spatiale, la saison­na­lité, l’in­ci­dence et parfois la gravité des mala­dies sensibles aux aléas du climat », de la frag­men­ta­tion des habi­tats natu­rels terrestres de milliers d’es­pèces par un réseau routier en expan­sion perma­nente (sachant que « d’ici 2050 la longueur du réseau routier mondial aura augmenté de 40 à 65 millions de kilo­mètres »), des déchets nucléaires, de la surpêche et de son impact sur la vie marine et la santé des océans, de l’im­pact du chan­ge­ment clima­tique sur l’agri­cul­ture, des pénu­ries de métaux à venir, des ravages envi­ron­ne­men­taux liés à l’ex­trac­tion d’étain en Chine et en Indo­né­sie (qui en sont les prin­ci­paux four­nis­seurs mondiaux), de l’im­pact dévas­ta­teur des opéra­tions de dragage (« Le dragage et le rejet de boues et sédi­ments pollués, opéra­tions qui consistent à extraire des sédi­ments situés sur le fond d’un plan d’eau pour permettre notam­ment la navi­ga­tion dans les ports, conduisent à disper­ser des substances polluées accu­mu­lées durant des années et/ou à reje­ter des blocs vaseux qui étouffent des habi­tats et espèces sous-marines et perturbent la trans­pa­rence des eaux. Ces opéra­tions sont donc néfastes pour l’en­vi­ron­ne­ment. […] Chaque année, en France, 50.000.000 m3 de sédi­ment sont dragués et 90% de ces dragages ont lieu dans des ports estua­riens, quant au deve­nir de ces sédi­ments dragués : 95% sont immer­gés et 5% sont gérés à terre »), ou encore celui du phéno­mène de la « nouvelle Pangée » créé par la mondia­li­sa­tion et le « progrès tech­nique » (à cause des nouveaux moyens de trans­port rapides qui quadrillent désor­mais la planète, les barrières spatio-tempo­relles qui proté­geaient autre­fois ses diffé­rents biomes de la conta­mi­na­tion et de toute pertur­ba­tion ont essen­tiel­le­ment été supprimé : les mala­dies, les cham­pi­gnons, les mammi­fères, les amphi­biens, les oiseaux et les plantes sont tous essai­més n’im­porte comment sur toute la planète par les navires, les avions, les voitures, les trains, les bagages, les souve­nirs, les chaus­sures, les vête­ments, etc., avec en consé­quences des dépla­ce­ments massifs et intem­pes­tifs d’es­pèces, qui deviennent parfois inva­sives et déciment les espèces natives, donc des extinc­tions, des dépla­ce­ments des virus, des bacté­ries, et toute une gamme de pertur­ba­tions écolo­giques sans précé­dent dans l’his­toire de la Terre), et ainsi de suite, ad infi­ni­tum.

Mani­fes­te­ment, la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui a pris la planète entière pour son labo­ra­toire de savant fou, est en train de la détruire. Et mani­fes­te­ment, elle se comporte de manière tota­le­ment démente, tota­le­ment irres­pon­sable, et tota­le­ment irres­pec­tueuse.

***

La civi­li­sa­tion indus­trielle est écolo­gique­ment non-viable, donc, et non pas pour une seule raison, mais pour une multi­tude de raisons. Il est presque impos­sible, aujourd’­hui, de trou­ver une pratique ou une acti­vité soute­nable, viable, parmi toutes celles qui la consti­tuent. Vous pouvez essayer. Y a-t-il une seule indus­trie qui ne soit pas polluante ? La grande majo­rité de nos actions quoti­diennes, qui parti­cipent d’un système insou­te­nable, sont ainsi des nuisances écolo­giques. Réali­sa­tion doulou­reuse mais préa­lable essen­tiel à l’éta­blis­se­ment d’un diagnos­tic sans illu­sion.

Au cœur de tous les désastres que génère la société indus­trielle, on retrouve la même igno­rance et le même mépris total des équi­libres biolo­giques plané­taires, de l’or­ga­ni­sa­tion des biotopes, et des cycles natu­rels (ou « biogéo­chi­miques ») du vivant.

Si on la conce­vait comme une entre­prise four­nis­sant un certain nombre de services, chacun d’eux se double­rait de consé­quences létales (soit sur le court terme, soit sur le long terme). La seule solu­tion sensée serait qu’elle mette la clé sous la porte.

***

À « l’âge de l’in­for­ma­tion », la planète est en train d’être détruite par l’igno­rance.

***

Je suis né en ville. Au cœur de ce type d’ha­bi­tat humain qui incarne exac­te­ment l’ir­res­pect des équi­libres biolo­giques, en étouf­fant le sol — la terre — , dont ont été extir­pés les maté­riaux néces­saires à sa construc­tion, dont sont et seront extir­pés ceux néces­saires à sa main­te­nance, et à son expan­sion.

J’ai été élevé et éduqué dans cette culture qui se fiche roya­le­ment de l’éco­lo­gie.

Depuis que je m’in­té­resse à l’éco­lo­gie, à la biolo­gie et à la bota­nique, la prin­ci­pale chose que j’ai apprise, c’est que le monde réel, dont nous dépen­dons tous, est incroya­ble­ment complexe, et qu’y vivre saine­ment — de manière soute­nable, durable — exige de connaître et de respec­ter au maxi­mum ses inter­re­la­tions.

Et aussi, qu’il ne tolè­rera pas long­temps ceux qui les ignorent et les méprisent.

« En rendant la prévi­sion diffi­cile sinon impos­sible, le chan­ge­ment explo­sif inter­dit toute consi­dé­ra­tion du long terme, et même du moyen. […] Ceci au moment même où la société prétend se fonder sur la plani­fi­ca­tion et où elle parle de pros­pec­tive et de futu­ro­lo­gie. Mais ses plans ne sont que des plans de produc­tion qui multi­plient des effets écolo­giques et sociaux dont on ne sait rien. Quant à la pros­pec­tive ou futu­ro­lo­gie qui avec ses scéna­rios s’est mise en retard à prévoir l’ave­nir, comment peut-elle le faire puisque ses prévi­sions sont établies en fonc­tion de condi­tions qui, vingt ans après, ne seront plus du tout les mêmes ? La prévi­sion n’est possible qu’à partir de condi­tions rela­ti­ve­ment stables. Bien plus qu’un progrès dans la maîtrise du temps, la pros­pec­tive et la futu­ro­lo­gie sont le signe d’une angoisse devant l’im­pos­si­bi­lité de la prévi­sion, et leur fonc­tion est d’en donner l’illu­sion. »

Bernard Char­bon­neau, Le chan­ge­ment (1990)

Aldo Leopold, un des écolo­gistes états-uniens les plus connus de la fin du XIXème, début du XXème siècle, écri­vait très juste­ment que :

« Nous abusons de la terre parce que nous la consi­dé­rons comme une marchan­dise qui nous appar­tient. Lorsque nous la perce­vrons comme une commu­nauté à laquelle nous appar­te­nons, nous pour­rons alors commen­cer à inter­agir avec elle en faisant preuve d’amour et de respect. »

La civi­li­sa­tion, en tant que culture, qu’i­déo­lo­gie, consi­dère le vivant comme une marchan­dise, en igno­rant et en mépri­sant ses harmo­nies fonda­men­tales. Les solu­tions tech­no­lo­giques — éner­gies « renou­ve­lables », géo-ingé­nie­rie, voitures élec­triques, bioplas­tique, etc. — avec lesquelles elle se propose de régler les problèmes créés par tout son système tech­no­lo­gique et son arti­fi­cia­li­sa­tion du monde, sont, elles aussi, inté­gra­le­ment issues de cet état d’es­prit qui consi­dère le vivant comme une marchan­dise, qui ignore et qui méprise les équi­libres biolo­giques et les espèces non-humaines ; elles sont égale­ment issues de l’idéo­lo­gie du « progrès », cette obses­sion hallu­ci­née pour toujours plus de déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique, pour toujours plus de nouvelles tech­no­lo­gies, qui consi­dère unique­ment le vivant comme une ressource à utili­ser. Pour ces raisons, nous pouvons être certains qu’elles ne règle­ront rien, bien au contraire.

Beau­coup de choses pour­raient et devraient être discu­tées concer­nant l’idéo­lo­gie du « progrès », deve­nue, au fil des siècles, celle des insti­tu­tions et de la classe domi­nantes, puis, par ruis­sel­le­ment cultu­rel (à défaut d’écono­mique), celle des masses. Omni­pré­sente — distil­lée à la télé­vi­sion, dans les radios, jour­naux, maga­zines, livres, sur inter­net, par les intel­lec­tuels, les expertset les spécia­listesen tous genres — , elle dissi­mule la catas­trophe socio-écolo­gique en cours, à l’aide d’omis­sions, de distor­sions (voire de diabo­li­sa­tions) histo­riques, de mensonges, et de rassu­rances basées sur le busi­ness de l’es­poir menson­ger (dont les tech­no­lo­gies dites « vertes » et le mythe du « déve­lop­pe­ment durable »), ce mauvais numéro d’illu­sion­niste. Pour appro­fon­dir ce sujet, on pourra consul­ter, par exemple, l’ou­vrage du collec­tif greno­blois Pièces et Main d’Oeuvre (PMO), du mensuel La Décrois­sance, des collap­so­logues Pablo Servigne et Raphael Stevens, de divers auteurs, anciens et actuels, comme Jacques Ellul, Bernard Char­bon­neau, Guy Debord, Pierre Four­nier, Armand Farra­chi, François Jarrige, Fabrice Nico­lino, ou encore les livres des éditions L’échap­pée (dont « Le progrès m’a tuer : Leur écolo­gie et la nôtre »), etc.

Le terme de civi­li­sa­tion, apparu, en France, au XVIIIème siècle, dans « L’ami des hommes » de Mira­beau, fut initia­le­ment utilisé « pour décrire des gens, qui […] obéis­saient à certaines orga­ni­sa­tions poli­tiques, dont les arts et lettres faisaient montre d’un certain degré de sophis­ti­ca­tion, et dont les manières et la morale étaient consi­dé­rées comme supé­rieures à celles des autres membres de leur propre société ou d’autres socié­tés » (Thomas C. Patter­son, anthro­po­logue de l’uni­ver­sité de Berke­ley, aux États-Unis). C’est-à-dire que la civi­li­sa­tion s’op­po­sait, par exemple, à la sauva­ge­rie, et les civi­li­sés aux sauvages (sauvage étant étymo­lo­gique­ment rela­tif au bois, ou à la forêt). L’idée de civi­li­sa­tion était et est égale­ment liée au concept de gran­deur : on parlait et on parle encore souvent de « grandes civi­li­sa­tions » (par oppo­si­tion aux petits peuples indi­gènes primi­tifs, sauvages), et étymo­lo­gique­ment, au concept d’État, de cité. Concept supré­ma­ciste (plusieurs titres de livres du XIXème siècle, assez clairs, illus­trent bien le racisme de cette notion, comme, par exemple, Progrès de la civi­li­sa­tion en Afrique, de Louis Desgrand, et Plan de colo­ni­sa­tion des posses­sions françaises dans l’Afrique occi­den­tale, au moyen de la civi­li­sa­tion des nègres indi­gènes, de Laurent Basile Haute­feuille ; ou cette affiche du Petit Jour­nal du 19 novembre 1911 qui lit : « La France va pouvoir porter libre­ment au Maroc la civi­li­sa­tion, la richesse et la paix » ; ou citons simple­ment notre cher Jules Ferry : « Il faut dire ouver­te­ment qu’en effet les races supé­rieures ont un droit vis-à-vis des races infé­rieures. (…) Il y a pour les races supé­rieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civi­li­ser les races infé­rieures. »), carac­té­risé par la déme­sure, la civi­li­sa­tion fait partie du problème.

Et contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, sa remise en ques­tion, qui s’est un peu perdue en chemin, ou plutôt, qui a été désa­mor­cée, ne date pas d’hier. Rous­seau en était et en reste une des prin­ci­pales figures, mais il était loin d’être le seul :

« Comme je n’avais de rapport avec nul parti scien­ti­fique, je réso­lus d’ap­pliquer le doute aux opinions des uns et des autres indis­tinc­te­ment, et de suspec­ter jusqu’aux dispo­si­tions qui avaient l’as­sen­ti­ment univer­sel : telle est la civi­li­sa­tion qui est l’idole de tous les partis philo­so­phiques, et dans laquelle on croit voir le terme de la perfec­tion : cepen­dant, quoi de plus impar­fait que cette civi­li­sa­tion qui traîne tous les fléaux à sa suite ? quoi de plus douteux que sa néces­sité et sa perma­nence future ?[…] Il faut donc appliquer le doute à la civi­li­sa­tion, douter de sa néces­sité, de son excel­lence, et de sa perma­nence. Ce sont là des problèmes que les philo­sophes n’osent pas se propo­ser, parce qu’en suspec­tant la civi­li­sa­tion, ils feraient planer le soupçon de nullité sur leurs théo­ries qui toutes se rattachent à la civi­li­sa­tion, et qui tombe­raient avec elle du moment où l’on trou­ve­rait un meilleur ordre social pour la rempla­cer. »

Charles Fourier, Théo­rie des quatre mouve­ments et des desti­nées géné­rales (1808).

Ou citons Lewis Mumford (histo­rien améri­cain, spécia­lisé dans l’his­toire de la tech­no­lo­gie et de la science), dans son excellent ouvrage Les trans­for­ma­tions de l’homme (1956) :

« Car la civi­li­sa­­tion a entraîné l’as­si­mi­la­tion de la vie humaine à la propriété et au pouvoir : en fait, la propriété et le pouvoir ont pris le pas sur la vie. Le travail a cessé d’être une tâche accom­plie en commun ; il s’est dégradé pour deve­nir une marchan­dise ache­tée et vendue sur le marché : même les « services » sexuels ont pu être acquis. Cette subor­di­na­tion systé­ma­tique de la vie à ses agents méca­niques et juri­­diques est aussi vieille que la civi­li­sa­tion et hante encore toute société exis­tante : au fond, les bien­faits de la civi­li­sa­tion ont été pour une large part acquis et préser­vés — et là est la contra­dic­tion suprême — par l’usage de la contrainte et l’em­bri­ga­de­ment métho­­diques, soute­nus par un déchaî­ne­ment de violence. En ce sens, la civi­li­sa­tion n’est qu’un long affront à la dignité humaine. »

***

« Le salut du monde passe par l’état sauvage. »

— Henry David Thoreau.

***

Que savez-vous des rivières, de leurs habi­tants non-humains, insectes, amphi­biens, reptiles, pois­sons, végé­taux, etc. ? Que savez-vous du rôle des cours d’eau dans les cycles natu­rels ? Que savez-vous de l’im­pact d’un barrage ? Que savez-vous du sol ? De sa forma­tion ? Des diffé­rents types de sol exis­tant ? Des roches ? Des cycles géolo­giques ? De l’im­pact de l’ac­ti­vité minière ? Des maté­riaux néces­saires à la construc­tion des engins miniers ? Des maté­riaux néces­saires à la construc­tion du réseau routier autour de chez vous ? Que savez-vous des sols du Congo d’où sont extraits beau­coup des mine­rais dont nous dépen­dons tous au sein de la société indus­trielle ? Que savez-vous de l’his­toire de ce pays ? Que savez-vous du cadmium ? Du sili­cium présent dans beau­coup de panneaux solaires ? Que savez-vous de la Tortue d’Her­mann et du Pélo­bate brun (égale­ment appelé Crapaud à couteaux), deux espèces en voie de dispa­ri­tion en France (en raison des problèmes mention­nés dans cet article) ? Que savez-vous des terres brési­liennes ou colom­biennes où pousse le café que l’on achète en France ? De Mada­gas­car, où pousse la vanille, de l’In­do­né­sie et du Sri Lanka, d’où provient la majeure partie de la cannelle que l’on consomme en France ? Avez-vous une voiture ? Si oui, que savez-vous de sa fabri­ca­tion, des matières premières utili­sées, de leur prove­nance, de l’éner­gie consom­mée pour cela, de sa prove­nance ? Que savez-vous des aliments dont vous vous nour­ris­sez ? Pour les végé­taux, que savez-vous du sol dans lequel ils ont poussé ? Pour les animaux, de l’en­droit où ils ont grandi et vécu ?

Je ne prétends certai­ne­ment pas pouvoir répondre à toutes ces ques­tions. Mais je me rends bien compte de l’im­pos­si­bi­lité d’y parve­nir, ainsi que de l’ir­res­pon­sa­bi­lité et des problèmes graves qui en découlent.

Cette culture en expan­sion perma­nente — la civi­li­sa­tion indus­trielle — dont la complexité, l’im­pact, la consom­ma­tion de ressources et d’éner­gie vont crois­sant, a dépassé, depuis long­temps déjà, la limite du tolé­rable et du contrô­lable, la mesure de l’homme, et, plus grave encore, celle de la Terre.

En tant que carac­té­ris­tique de la civi­li­sa­tion indus­trielle, la déme­sure, qui peut se défi­nir par — qui implique systé­ma­tique­ment — l’igno­rance de l’in­di­vidu vis-à-vis des effets de ce dont il parti­cipe et donc son impuis­sance face aux struc­tures sociales qui déter­minent son exis­tence, consti­tue l’ori­gine de tous les problèmes auxquels nous faisons face.

« Nous avons créé une civi­li­sa­tion mondiale dont les éléments les plus cruciaux dépendent profon­dé­ment de la science et de la tech­no­lo­gie, et dans laquelle presque personne ne comprend la science et la tech­no­lo­gie. Cela garan­tit une catas­trophe. Nous pour­rons peut-être nous en sortir un temps, mais, tôt ou tard, ce mélange instable d’igno­rance et de puis­sance va nous explo­ser au visage. »

— Carl Sagan

L’homo consom­ma­tus ignore quasi­ment tout des objets qu’il utilise et de leurs impacts sur le monde réel. Il est tota­le­ment inca­pable — il n’est pas en mesure — de connaître toutes les lois, tous les trai­tés, les amen­de­ments, les arrê­tés, décrets, ordon­nances, direc­tives, et règle­ments de la société dont il parti­cipe. Il ignore tout, ou presque, de la vie des espèces vivantes et des cycles natu­rels dont il dépend. Incons­cience et irres­pon­sa­bi­lité. En consé­quence, il s’in­tègre très mal dans la toile du vivant — qu’il désin­tègre d’ailleurs plus qu’il ne l’in­tègre.

***

De tout ce qui précède, nous pouvons déduire plusieurs propo­si­tions :

  • D’abord, que la géné­ra­li­sa­tion de l’igno­rance, de l’im­puis­sance, et de l’ir­res­pon­sa­bi­lité indiquent clai­re­ment le carac­tère déme­suré de la société orga­ni­sée à l’échelle plané­taire (règle­ments et trai­tés inter­na­tio­naux, etc.) dans laquelle nous vivons.
  • Ensuite, que les multiples crises écolo­giques et sociales en cours sont les consé­quences inéluc­tables de cette déme­sure.
  • Enfin, que la déme­sure n’est pas viable. Que la réso­lu­tion des multiples crises écolo­giques et sociales ne peut se faire par davan­tage de perfec­tion­ne­ment (de règle­ments, de trai­tés, de régu­la­tions, de lois, de nouvelles tech­no­lo­gies, etc.), ou de sophis­ti­ca­tion, dont l’ajout ne ferait qu’am­pli­fier la déme­sure (sauf si l’on consi­dère, avec Leonard de Vinci, que « la simpli­cité est l’ul­time forme de la sophis­ti­ca­tion »).

Et égale­ment :

  • Que la viabi­lité (ou la soute­na­bi­lité) d’une société requiert la mesure (dans le sens de la modé­ra­tion, de la pondé­ra­tion), une connais­sance et un respect des équi­libres écolo­giques du terri­toire dont elle fait partie.
  • Que la mesure, pour une société, implique égale­ment que le cours de la vie de chacun de ses membres soit circons­crit dans un terri­toire écolo­gique pouvant être appré­hendé par un esprit humain, et que ses arran­ge­ments cultu­rels puissent être connus et influen­cés par tous.

Voici ce qu’on peut lire dans un article récem­ment publié sur le site anglo­phone Ars Tech­nica, basé sur une nouvelle publi­ca­tion scien­ti­fique de la revue Nature, à propos du paléo­li­thique :

Il y a aussi des leçons que les cita­dins peuvent apprendre des anciens peuple­ments de l’hé­mi­sphère Sud. Pour faire simple, ces anciens peuple­ments prouvent que les humains peuvent vivre de manière soute­nable pendant des milliers d’an­nées dans des envi­ron­ne­ments fragiles. Au niveau des tropiques, nos ancêtres l’ont fait en vivant en commu­nau­tés de faibles densi­tés, où des fermes locales alimen­taient les familles. Au lieu d’une agri­cul­ture sur brûlis, on trou­vait une mosaïque de clai­rières en lisière des forêts.

Patrick Roberts [archéo­logue de l’ins­ti­tut Max Planck] explique que les problèmes, dans ces endroits, ont vu le jour assez récem­ment, lorsque « les socié­tés colo­niales, indus­trielles » venues d’ailleurs tentèrent « d’y implan­ter mono­cul­ture, pasto­ra­lisme et urba­ni­sa­tion ». Ceci mena « à une alté­ra­tion insou­te­nable du paysage et à la destruc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment », explique-t-il.

Une des premières condi­tions à remplir pour que l’on cesse de détruire serait donc — au contraire de la tendance actuelle, cette course au désastre qui consiste à agglo­mé­rer toujours plus, à entas­ser, à unifier, à stan­dar­di­ser, et à étendre toujours plus — de dissoudre la civi­li­sa­tion indus­trielle en une multi­tude de socié­tés et de cultures à échelle humaine, à la mesure de l’homme, ancrées dans — et adap­tées à — des terri­toires écolo­giques spéci­fiques.

Avec en ligne de mire un aban­don progres­sif de l’uti­li­sa­tion des — et de la dépen­dance aux — produits indus­triels high-tech, de l’élec­tri­cité indus­trielle et de tous les arti­fices anti-écolo­giques de la civi­li­sa­tion indus­trielle ; un retour à un mode de vie simple, low-tech, basé sur un arti­sa­nat local, écolo­gique, permet­tant un maxi­mum d’au­to­no­mie, un respect complet des équi­libres biolo­giques, et des espèces vivantes non-humaines.

Autre­ment, cette fuite en avant ne cessera d’em­pi­rer jusqu’à (très) mal finir.

« Les spécia­listes en discutent et ne sont pas d’ac­cord sur les causes et les risques pour l’at­mo­sphère et la vie. Mais nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est que nous n’en savons rien ; et qu’il est fou de conti­nuer à foncer ainsi dans le noir. Les maux infi­nis dont le chan­ge­ment aveugle nous menace ne se limitent pas à tel ou tel effet repé­rable par la Science et remé­diable par la loi à force d’argent et de contraintes, leur cause première est dans cette apti­tude à déchaî­ner la cause sans se soucier de ses effets. Et le remède n’est pas dans tel ou tel gadget techno-scien­ti­fique, mais dans la volonté de réflé­chir avant d’agir. Une conver­sion, aux deux sens du terme, qui refuse l’im­pré­vi­sible par amour de la terre, de l’homme et de sa liberté. »

Bernard Char­bon­neau, Le chan­ge­ment (1990)

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  1. Salut Nicolas,

    on est bien partis pour l’auto-destruction. Peut-être faudrait-il insister sur ce point ? l’écologie, c’est beau l’été quand l’herbe est verte et les forêts lumineuses, en photographies ou vidéos sur le web, à la télévision bien calé devant un appétissant plateau-repas. Certains semblent même prendre de l’intérêt à la lectures de blogs ou d’articles comme ceux que vous nous commettez régulièrement.
    Hélas, 500,1000 ou 2000 vues tout au plus. Souvent les mêmes d’ailleurs qui reviennent, espoir au ventre, chercher l’argumentaire, la rhétorique qui tue pour la reprendre et la disséminer au vent de la connaissance, ou plutôt de la découverte.
    Tiens ! une gageure : ouvrez un compte sur framasphère, vous savez l’ancien diaspora*, vous verrez. Sur ce réseau décentralisé en développement vous toucherez plus de monde que sur fez-bouch’ en y copiant-collant vos textes.
    Et je ne passerai plus là-bas pour un spammeur 😉

    Je disais donc, l’auto-destruction. Jouer sur l’instinct de conservation. Pas abandonner le côté altruiste puisqu’il s’agit d’aider les autres à décrypter ce qui est enfoui au plus profond leur âme, recouvert par cette morbidité tenace.
    Car ils savent ce qui nous attend. S’ils ne le savent pas ils le sentent, à l’extrême le plus con y pense, parfois…
    Extirpons les clous de nos mains et crucifions à notre tour !
    Effrayons nos monstres, rendons la monnaie de la pièce.

    1. Salut, oui il faut que je prenne le temps de regarder framasphère. Et par contre, je n’aime pas et ne préfère pas mettre en avant l’auto-destruction. Tant que tout tourne autour de nous, nous, nous, ou de moi, moi, moi, du narcissisme toxique qui détruit actuellement la planète, on ne règlera rien. Si les gens sont trop stupides pour ne pas faire le lien entre des océans morts et eux-mêmes, on ne peut pas grand-chose. Le narcissisme ne sera pas combattu par le narcissisme. L’organisme plus grand qui est la Terre, ou la communauté écologique plus grande qui est le biotope, et dont nous faisons partie, doit passer avant, doit être considéré comme primordial. Bien sûr qu’en détruisant tout, on se détruit nous-mêmes, mais ce n’est pas simplement ni avant tout pour ça qu’on ne devrait pas tout détruire, ou qu’on devrait cesser de tout détruire.

      1. Salut
        J’ai découverts ton blogs et tes réflexions il y a peu, et j’y trouve un discours radical et réaliste qui me plais.

        Mais il me semble que sur un point, tu semble optimiste et moi non. Paul Jorion a dit que comment faire comprendre que la vie sur terre se meure, alors que les hommes n’arrivent pas à concevoir la leur? Ils on besoin de religions, qui leur promet la vie après la mort, ou tout autres artifices, mais ne peuvent concevoir que ce qu’ils sont va disparaitre. Et que cela n’est ni grave, ni utile a la terre. Alors faire comprendre que la mer meure, que les animaux disparaissent, mais aussi que l’extraction , la surexploitation , de toutes les matières, y compris humaine est néfaste pour la planète, la vie et logiquement les hommes, est hors de portée de la logique qui nous entoure.

        Cordialement

        Rémi de Nagoya

  2. Le con est un ennemi mortel. Il est l’allié objectif de la vermine mondialiste qui gouverne ce monde de dégénérés. Les uns et les autres forment 80 % de la population mondiale. Ils sont les véritables nuisibles de la Nature. La solution s’impose d’elle-même… Ni pitié. Ni pardon.

  3. Bonsoir a toutes/tous j’ai parcouru ici un tas de bons articles merci et aussi pour quelques coms .
    Pour ma part j’ai pas encore trouvé le temps de faire un site ( un de plus ? ) donc je vais essayer encore une fois quelques traits de plumes vitriolés donc jetté de partout , d’un habitué du lavage de main dans l’acide et d’idées pourtant chrysalidaires … j’aime bien les déclarés impossibles sur ceux qui sont obligés d’aller dans le maquis essayer de manger les dernieres salades incultes : Cela et ceci , il en faut tout de même un paquet et donc d’endroits ou ne pas les piller pour se faire un petit plat de survie ou pour ses chenilles … Si j’ai constaté par moi même est qu’il faut de la surface & que ces non-si-vils ne s’apprivoisent pas c’est seulement car ces rapaces anti-renards n’ont rien compris ni rien vu à ces « belles » cr&atures ni a la beauté ni a la vie :
    Il semble en tant que ramasseur ami de la « Rousse » , qu’on on peut parfaitement resemer des plantes « non domestiques » ,sauf si par mal-entendu on est trop resté « civilisé » surtout diplomocus. C’est donc une question de non Etat ou plutot de l’acceptation de la veulerie si-vile de ce retour a la condition vivante ludique et intuitive de la Déité naturelle qui est dedans de dehors de nous ou l’inverse . C’est ce refus cette assassinat de sa propre naturalité qui déclenche cette contradiction du « lyrique pédant  » ,du dualisme si connement utile qui caractérise cette maladie mortelle et ce genre de confusion fausse si générale et rapporteuse.C’est comme quand les uns et les autres sur leurs bancs aussi mules que tétus parlent aussi bien et mal de sciences occultes ou de science qui sont aussi faussées , tout comme leur vision de Energie libre alors que il n’y a que Cela en infini quantité en réalité Tout le contraire des concepts biaisés qui inventent de la meme maniere l’argent dette comme la scientouille du confus « rentable » de la nouvelle con-fesse des prélats mou-dernes . Par exemple tout est Conscience donc energie mais aussi au commencement non mort mais …VIVANT . Sauf qu’on vit une periode suicidaire pour cette espece plus sale que les pires de parasites . L’espece superieure …bah une espece qui cultive la mort comme credo …Donc ne plus en faire partie pour commmencer ?

    Prise de Conscience /Inconscience contre l’ addiction toxicomane des dominateurs parasités du bulbe qu’on nomme « si-vilyzés » au sein de leur fange pédante  » ceux la se la racontent qu’ils trouveront bien des solutions plus tard/jamais …, et toujours plus du pétro-pédalage a l’envers illimité toujours opposés mais aussi faussement du genre pour ou contre la compagnie des z’éoliennes jamais branchées dont le seul jus rentable est LEUR monnaie de singe comme pour les écoleux de leur arfeuille seulement ou de leur Audi-mat a tiroir : Tous pareils ou presque . C’est donc l’eco-nouillage faussement contre l’anti- nature c’est aussi ça le problème autant que les adorateurs du plutonium en 4X4 a la meme table du moment que petasse-@lecteur partie finance leurs ebats faussement contrat-à-dictoires.

    On change de débat ? ou de tablée ?

    Tous ceux là ne savent que faire du prosélytisme d’officines de leurs addictions suicidaires et de la dialectique du diable-col-blanc/dieubarbu-gilou à la même cêne commes les toquarts polit/buleaux d’un tour de franchouille mondiablisées mais faisant pedaler le moteurs cach-cash pour leur seul chassis. Des boites dans les boites de mafia de la mauvaise foi et de la confusion généralisée, de complotistes ou anti complices des sauveurs de leur bourse d’humamiteuse anti-condition : Tout çà c’est un poeme de bétise crasse !
    C’est ainsi que je voit hélas la plupart des individus qui géneralement dans leur apostolat de leur sacro sainte libertueuse ( tous autant consumateurs brûlant la derniere loufiote du bon sens d’autant plus troublé que diplomocus a voulu exalter sa propre momification collective

    Donc j’ose cette diatribe qui n’est pas faite pour me faire aduler comme pere goulou .

    je me permet d’essayer encore une petite fois ,et le temps qu’il me reste d’essayer d’attirer l’attention sur d’autres manieres de voir ceci avant de crever de faim et d’autres choses puisque ce systeme a decidé de m »éliminer de plusieurs manieres a la fois de croire qu’on peut trouver des moyens de contrecarrer ce qui n’est inéluctable que si on n’ose pas se mettre en travers , n’est pas ?

    Pour ma part c’est fait et est ce que par hasard j’aurai pas touché pas mal de defaut de la cuirasse de ce « systeme » d’abord precisément dans cette maniere de voir et d’essayer de vivre, comme mes petites couleuvres, crapauds , insectes et creatures diverses et variées qui doivent etre assurement la seule famille que je n’ai jamais eue sans le savoir avant …avec ce qu’elles nous apprennent quand on a cessé de savoir …de ces autres qui ont decidé de tout tuer et eux avec …

    Ceci car en ce moment je doit avouer que mon retour a l’ecole buissonniere a donc déclenché une reaction tres virulente non seulement du systeme mais egalement dans les rangs de ceux qui sont sensé le combattre ?

    L’interet du mien-constat que je vous transmet est de voir que ce systeme est bien plus fragile qu’on croit n’est pas deja un petit espoir ?

    1. Cher ami, votre prose poétique est si pleine de sens qu’elle en déborde. Seulement les circonvolutions de votre pensée, comme ces tentations paranoïaques qui affleurent ça et la, évoquent une confusion qui n’est sans me rappeler celle que connut mon frère peu avant son hospitalisation pour délire schyzophrene. Je ne suis pas de ces enfermeurs et autres empêcheurs de penser en rond, mais si par hasard vous ressentiez un sentiment d’isolement croissant, d’hyper-réalité ou de de-réalité, d’enfermement mental et social… pensez à rechercher l’aide d’un professionnel.

  4. Plus grave encore que l’ignorance de leur environnement, dans leur grande majorité les hommes ignorent tout de leur propre condition … et s’en foutent bien souvent, tout en prétendant lutter pour l’améliorer.

    Pour y remédier :
    https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51cUFB12M-L._SX331_BO1,204,203,200_.jpg
    Et pour découvrir cet ouvrage (Papier & Ebook):
    https://www.amazon.fr/dp/1549526200/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1503304992&sr=1-1&keywords=Pr%C3%A9cis+de+pyramidologie+sociale

  5. Toujours aussi pertinent, comme bien d’autres articles sur ce site…
    Pour ma part, je pense que les dés sont joués, et qu’il est trop tard pour espérer quoi que ce soit comme sursaut collectif qui permettrait un retournement de la situation.
    J’ajoute, qu’à la limite, je m’en fiche un peu. Dans la mesure où je n’ai pas choisi de naître. Et sais que mon temps sur la terre est limité. Que je doive disparaître demain ou après-demain ne m’inquiète pas. La mort fait partie de ma condition et je l’ai intégrée depuis longtemps.
    Par ailleurs, j’ai aussi compris depuis longtemps que l’espèce humaine est assurément la plus prédatrice qui soit… et qu’un jour, cela s’arrêtera par sa propre démesure, par sa certitude d’être supérieur à tout ce qui l’entoure et que pourtant il ne connaît pas (comme le démontre très bien cet article), par ses propres conneries, et que ce jour approche à grands pas…
    S’il est une chose à retenir et qui résume parfaitement ce qui précède, ce sont ces mots d’une acuité exemplaire, repris dans l’article :

    « Pas éton­nant que nous ne défen­dions pas la terre où nous vivons. Nous n’y vivons pas. Nous vivons dans des séries télé­vi­sées, ou dans des films, des livres, ou aux côtés de célé­bri­tés, ou au para­dis, selon des règles, des lois et toutes sortes d’abs­trac­tions inven­tées par des gens que nous ne connais­sons pas. Nous vivons à la fois nulle part et un peu partout, sauf dans nos propres corps, sur ce terri­toire parti­cu­lier, à ce moment précis, et dans ces circonstances spécifiques. Nous ne connais­sons même pas l’en­droit où nous vivons. Avant de pouvoir accom­plir quoi que ce soit, nous devons remé­dier à cela. » — Derrick Jensen, Endgame Vol. 2

    … tout est dit !… sauf que je pense que « nous n’y remédierons pas »…