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Une brève contre-histoire du “progrès” et de ses effets sur la santé de l’être humain (par Nicolas Casaux)
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A notre époque, et dans nos socié­tés indus­trielles, il est diffi­cile de faire entendre la moindre critique de l’idée de progrès. On se retrouve bien souvent immé­dia­te­ment traité de passéiste, de réac­tion­naire, d’obs­cu­ran­tiste, de conser­va­teur, de rétro­grade, de toutes sortes de choses. Et pour­tant, notre santé et notre qualité de vie se dégradent actuel­le­ment en raison d’un grand nombre de problèmes sani­taires qui ont émer­gés à cause de ce soi-disant « progrès » (et de la civi­li­sa­tion), et qui sont désor­mais connus et étudiés par les insti­tu­tions scien­ti­fiques du monde entier (je mentionne cela parce que beau­coup trop de mes contem­po­rains ne jurent que par elles, la Science étant l’au­to­rité moderne). Voyons donc.

Commençons par les pieds. Le progrès nous a apporté (et/ou imposé) la chaus­sure. Le port de chaus­sures, l’ab­sence de contact direct entre l’être humain et le sol, et la Terre, est à l’ori­gine d’un certain nombre de dérè­gle­ments et de problèmes de santé, du stress à l’in­som­nie, en passant par les mala­dies cardio-vascu­laires et l’obé­sité. Marcher pieds nus permet de soula­ger l’in­flam­ma­tion, de réduire le stress, de soula­ger les douleurs, de dimi­nuer les risques de mala­dies cardio­vas­cu­laires, de réduire le risque d’obé­sité, et beau­coup d’autres choses. Voici la conclu­sion d’une étude des effets de la marche pieds nus (et du contact direct avec le sol) :

De nouvelles preuves montrent que le contact avec la Terre — qu’il s’agisse de marcher dehors pieds nus ou à l’in­té­rieur en marchant sur des surfaces connec­tées au sol — peut être une manière simple, natu­relle et très effi­cace de lutter contre le stress chro­nique, les dysfonc­tion­ne­ments du système nerveux, l’in­flam­ma­tion, la douleur, l’in­som­nie, les troubles cardiaques, l’hy­per­coa­gu­la­bi­lité du sang, et de nombreux troubles communs de la santé, dont les mala­dies cardio­vas­cu­laires. Les recherches montrent à ce jour que l’an­crage du corps peut être un élément essen­tiel de l’équa­tion de la santé, aux côtés du soleil, de l’air pur, de l’eau et de la nour­ri­ture nutri­tive, et de l’ac­ti­vité physique.

Pour plus de rensei­gne­ments sur la noci­vité de la chaus­sure, vous pouvez consul­ter l’ex­cellent blog de Sylvain Griot. Vous remarque­rez qu’il expose égale­ment la noci­vité de la posi­tion moderne de défé­ca­tion, ainsi que du système de toilette moderne, dans un très bon billet inti­tulé « Comment chier ». En outre, il dénonce la tyran­nie — pareille­ment nocive — de la chaise, et la perte de la posture accrou­pie chez les civi­li­sés :

L’ac­croupi est pour­tant la station de repos la plus natu­relle qui soit, celle qui nous est offerte par Mère Nature. Tous les jeunes enfants la pratiquent instinc­ti­ve­ment, et on la retrouve chez les adultes aux quatre coins de la planète, là où la chaise ne s’est pas encore impo­sée cultu­rel­le­ment. Les béné­fices de cette posture sont nombreux. Dit autre­ment, la perte de cette faculté natu­relle peut entraî­ner de nombreuses compli­ca­tions : diffi­cul­tés à accou­cher, hémor­roïdes, cancer du côlon, consti­pa­tion, douleurs lombaires, la liste est longue.

Sa critique de la chaise a d’ailleurs été publiée sur le site du quoti­dien de l’éco­lo­gie Repor­terre, dans un article inti­tulé « Je vis sans chaise, et ça va beau­coup mieux ».

Autre point. Les effets nocifs de la lumière élec­trique (arti­fi­cielle) sur la santé humaine sont désor­mais avérés. En bref : pertur­ba­tion de l’hor­loge biolo­gique (cycle circa­dien), du sommeil, donc de l’hu­meur, augmen­ta­tion du risque de certains cancers (notam­ment le cancer du sein).

Les écrans omni­pré­sents de la société indus­trielle (télé­vi­sions, ordi­na­teurs, télé­phones portables, tablettes, etc.), qui émettent donc une lumière arti­fi­cielle nuisible pour la santé humaine, se doublent d’ef­fets très pertur­bants pour le cerveau, ce qui explique pourquoi le Dr Peter Whybrow, direc­teur du programme de neuros­cience à l’Uni­ver­sité de Cali­for­nie de Los Angeles, quali­fie les écrans de « cocaïne élec­tro­nique » et pourquoi les cher­cheurs chinois parlent « d’hé­roïne numé­rique » (pour plus de préci­sions à ce sujet, lire cet article inti­tulé « « L’hé­roïne élec­tro­nique » : comment les écrans trans­forment les enfants en drogués psycho­tiques »). Ainsi que l’ex­pliquent Michel Desmur­get (direc­teur de recherche en neuros­ciences à l’In­serm), Laurent Bègue (profes­seur de psycho­lo­gie sociale) et Bruno Harlé (pédo­psy­chiatre) dans un article publié sur le site du jour­nal Le Monde :

Des milliers de recherches scien­ti­fiques signalent des influences délé­tères impor­tantes de la télé­vi­sion, d’In­ter­net ou des jeux vidéo sur le déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel, la socia­bi­lité et la santé, bien au-delà des premiers âges de la vie et pour des consom­ma­tions large­ment infé­rieures à deux heures quoti­diennes. […]

Éton­nam­ment, les effets massifs et recon­nus des écrans sur plusieurs grands problèmes de santé publique sont, eux aussi, presque tota­le­ment oubliés des acadé­mi­ciens. Rien sur la séden­ta­rité et ses effets sur l’es­pé­rance de vie, rien sur l’al­coo­li­sa­tion et le taba­gisme (la télé­vi­sion est le premier facteur d’en­trée dans le taba­gisme des adoles­cents), rien sur les troubles du compor­te­ment alimen­taire, rien sur la violence scolaire, etc.

Concer­nant ce dernier sujet, les influences des images et jeux vidéo violents sur les compor­te­ments agres­sifs sont mini­mi­sées avec un aplomb désar­mant par les auteurs de l’avis, qui n’y voient “qu’un facteur parmi des centaines d’autres”.

Des milliers d’études, de revues de la litté­ra­ture et de méta-analyses (impliquant jusqu’à 130 000 indi­vi­dus) confirment cette influence, dont l’am­pleur est compa­rable à celle qui asso­cie cancer du poumon et taba­gisme.

La méde­cine moderne, haute­ment tech­no­lo­gique, permet de se défaire des lois de la sélec­tion natu­relle, en main­te­nant en vie une huma­nité de plus en plus dépen­dante du système tech­no­lo­gique mondia­lisé, au patri­moine géné­tique de plus en plus défaillant. Des gènes problé­ma­tiques, peu effi­cients (adap­tés), qui auraient été évin­cés par la sélec­tion natu­relle, se multi­plient grâce aux tech­no­lo­gies de repro­duc­tion arti­fi­cielle modernes. De plus, ainsi que l’ex­plique le chirur­gien et obsté­tri­cien français Michel Odent (cf. L’Hu­ma­nité survi­vra-t-elle à la méde­cine ?, Editions Myria­dis), les prin­ci­pales méthodes d’ac­cou­che­ment modernes s’avèrent parti­cu­liè­re­ment nuisibles pour le déve­lop­pe­ment et l’évo­lu­tion de l’être humain.

L’agri­cul­ture indus­trielle, avec ses innom­brables produits chimiques toxiques, ainsi que la malbouffe indus­trielle, consti­tuent une des prin­ci­pales sources de problèmes pour la santé humaine. Parmi ses consé­quences, on retrouve : l’obé­sité, le surpoids, le stress, l’in­flam­ma­tion, le cancer, des troubles psycho­lo­giques divers, etc. Jeff Leach — un cher­cheur britan­nique qui étudie les chan­ge­ments dans les régimes alimen­taires humains — expose briè­ve­ment la catas­trophe que repré­sente l’ali­men­ta­tion moderne dans un récent article inti­tulé « Le micro­biome des Occi­den­taux est une catas­trophe écolo­gique comparé à celui de chas­seurs-cueilleurs ».

La vie en ville à respi­rer un air cancé­ri­gène (dixit l’OMS), le travail dans un envi­ron­ne­ment urbain, souvent en inté­rieur, l’ali­men­ta­tion indus­trielle, le manque d’ac­ti­vité physique — en bref, le mode de vie que l’on asso­cie au progrès et à la civi­li­sa­tion — engendrent égale­ment tout un éven­tail de mala­die dites, juste­ment, de civi­li­sa­tion : diabète, asthme, aller­gies, mala­dies cardio-vascu­laires, cancer, dépres­sion, obésité, stress, angoisse, schi­zo­phré­nie et autres troubles mentaux, etc.

Il y aurait bien plus à ajou­ter concer­nant les multiples façons dont le progrès et la civi­li­sa­tion nuisent à la santé de l’être humain (nous aurions pu évoquer spéci­fique­ment le problème épidé­mique de la dépres­sion — une mala­die de civi­li­sa­tion — qui est désor­mais la première cause d’in­ca­pa­cité dans le monde d’après l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale de la Santé (OMS), et qui touche envi­ron 322 millions de personnes dans le monde, un taux qui a augmenté de plus de 18% depuis 2005 ; ou parler des problèmes dentaires liés à la consom­ma­tion de sucres, de céréales, et plus large­ment au régime adopté depuis la tran­si­tion vers l’agri­cul­ture comme prin­ci­pal mode d’ali­men­ta­tion ; ou souli­gner le fait que ce passage à l’agri­cul­ture a aussi engen­dré des modi­fi­ca­tions et des dysfonc­tion­ne­ments de la mâchoire, sa fragi­li­sa­tion, ainsi que celle des os du sque­lette humain en géné­ral ; ou discu­ter de cette récente étude qui nous appre­nait, ainsi que Le Monde l’a titré, que « Vivre près des axes routiers accroît le risque de démence ») mais tenons-nous en aux quelques para­graphes précé­dents.

Depuis quand une mauvaise manière de marcher, de se tenir, de se nour­rir, de se compor­ter au quoti­dien, consti­tue-t-elle un progrès ?

Les parti­sans de l’idée de progrès ne manque­ront pas de mention­ner ce qui, à leurs yeux, est un argu­ment, voire l’ar­gu­ment prin­ci­pal de sa défense, à savoir l’aug­men­ta­tion de l’es­pé­rance de vie. Bien que plus ou moins exacte (elle est souvent exagé­rée ou mal comprise, voir cet article), elle ne consti­tue­rait un argu­ment valable que si la durée de vie primait sur sa qualité. Ainsi que Sénèque le remarquait déjà en son temps : « Pas un ne se demande s’il vit bien, mais s’il aura long­temps à vivre. Cepen­dant tout le monde est maître de bien vivre ; nul, de vivre long­temps. » C’est pourquoi : « L’es­sen­tiel est une bonne et non une longue vie. »

J’ai eu l’oc­ca­sion, il y a quelques temps, de m’en­tre­te­nir avec Mary­lène Patou-Mathis, une préhis­to­rienne française, vice-prési­dente du conseil scien­ti­fique du Muséum natio­nal d’His­toire natu­relle, qui a passé du temps parmi les Sans, des chas­seurs-cueilleurs vivant (ou survi­vant encore), entre autres, sur le terri­toire du Bots­wana (bien que l’ex­pan­sion de la civi­li­sa­tion indus­trielle soit en train de les détruire à petit feu). Je me souviens toujours de sa descrip­tion de leurs apti­tudes physiques incroyables, de leur dexté­rité, de leur agilité, de leur endu­rance, de leur vita­lité et de leur jovia­lité. Il semblait clair, à ses yeux, que les Sans incar­naient, bien plus en tout cas que les civi­li­sés, le déve­lop­pe­ment du plein poten­tiel de l’être humain. Beau­coup d’an­thro­po­logues, d’eth­no­logues et de scien­ti­fiques ayant étudié (et/ou vécu parmi) un ou des peuples de chas­seurs-cueilleurs partagent cette pers­pec­tive.

Wall-E, en vrai.

De multiples façons, le « progrès » et la civi­li­sa­tion consti­tuent une entre­prise de débi­li­ta­tion de l’être humain. De multiples façons, le « progrès » et la civi­li­sa­tion consti­tuent égale­ment une entre­prise de destruc­tion de tous les équi­libres biolo­giques et de tous les cycles natu­rels de la planète, un véri­table écocide à l’ori­gine d’une sixième extinc­tion de masse. Mais c’est une autre histoi­re…

Nico­las Casaux

Pour aller plus loin :

La déme­­­sure, l’igno­­­rance systé­­­mique, et la destruc­­­tion du monde natu­­­rel (par Nico­­­las Casaux)

civilisation progrès santé

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  1. Cher Nicolas Casaux,
    J’imagine que tu dois passer pas mal de temps à bosser sur tes articles et traductions.
    Ton travail est excellent.
    Merci à toi.
    Salut et accolade.

  2. Bonjour, super article.
    Pour ce qui est de la partie sur le contact avec la terre, c’est dû à la résonance de Schumann, normalement 7,83hz. Notre cerveau est en phase avec ce champ terrestre et toutes nos cellules en sont dépendantes. La déconnexion de l’homme de la terre, comme expliqué dans cet article, fait des hommes hors sol en mauvaise santé.
    Si vous demandez à quelqu’un qui dort très mal, de se promener pieds nus dans son jardin, il vous dira le lendemain qu’il a bien dormi. Les effets sont instantanés et puissant, pas besoin de médicament pour retrouver un bon équilibre, juste besoin de redevenir un terrien !
    Merci à vous de nous permettre de lire des articles intéressants.

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