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La fin de la nuit : comment la lumière artificielle nocturne détraque le monde
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« En nous déro­bant les mystères de la voûte céleste, l’élec­tri­cité publique chasse du monde les inquié­tudes remuantes et les bizar­re­ries, les silences extra­lu­cides et les médi­ta­tions de la nuit, en même temps que lanuit elle-même ; nous privant donc aussi de savoir ce qu’est le jour. C’est une dimi­nu­tion de la vie terrestre qui n’est pas négli­geable, pour rester inaperçue ; et si avec les progrès du confort les amants prennent des douches, bavardent au télé­phone et ont un tourne-disque, ils ont égaré ce charme puis­sant qui était de mêler leurs urines nocturnes dans un même vase, et c’est la froide lumière élec­trique qui dégrise leur nudité, au lieu qu’en s’épui­sant la lampe à mèche, toujours inquiète, recueillait le témoi­gnage des heures passées avec leurs ombres vivantes ; et c’est le radio-réveil qui les prévient du jour, etc. J’en suis donc venu à consi­dé­rer qu’il faudrait exami­ner sous ce rapport toutes les faci­li­tés modernes, toutes les amélio­ra­tions : de quoi se prive-t-on en prenant l’as­cen­seur, est-ce le même homme qui rentre chez lui par l’es­ca­lier et celui qui appuie sur le bouton du douzième, arrivent-ils au même endroit ? La réponse en est parfois évidente : le télé­phone, qui contraint d’être toujours alerte et dispo­nible, inter­dit de se reti­rer chez soi et nous dépos­sède de l’in­ti­mité avec le temps ; en outre il accou­tume de se parler les uns aux autres sans se regar­der, et rend ainsi fonc­tion­nelles jusqu’aux conver­sa­tions intimes, etc. Mais dans la plupart des cas nous en reste­rons igno­rants, pour ne l’avoir jamais su.  »

— Baudouin de Bodi­nat, La vie sur terre (tome 1)

Tout d’abord, une défi­ni­tion. Celle de la pollu­tion lumi­neuse, formu­lée par Thomas Le Tallec (profes­seur agrégé, Muséum natio­nal d’His­toire natu­relle, Paris) dans un article inti­tulé « Quel est l’im­pact écolo­gique de la pollu­tion lumi­neuse ? », publié sur le site de l’En­cy­clo­pé­die de l’en­vi­ron­ne­ment :

La pollu­tion lumi­neuse est un phéno­mène d’ori­gine anthro­pique asso­cié au déve­lop­pe­ment de l’ur­ba­ni­sa­tion et des acti­vi­tés humaines et qui implique la lumière arti­fi­cielle. Du point de vue de l’as­tro­nome et selon une approche quali­ta­tive, la pollu­tion lumi­neuse désigne la lumière arti­fi­cielle qui dégrade la qualité du ciel nocturne, masque la lumière des étoiles et des autres corps célestes et limite leur étude. L’as­tro­nome parle de « pollu­tion lumi­neuse astro­no­mique ». Selon une approche quan­ti­ta­tive, l’Union Astro­no­mique Inter­na­tio­nale indique que, pour une région géogra­phique clai­re­ment déli­mi­tée, il y a pollu­tion lumi­neuse lorsque la lumière arti­fi­cielle propa­gée dans le ciel nocturne est supé­rieure à 10% de sa lumi­no­sité natu­relle la nuit. Du point de vue de l’éco­logue, la pollu­tion lumi­neuse désigne la lumière arti­fi­cielle qui dégrade les cycles de la lumière natu­relle (cycle jour/nuit et saisons), modi­fie la compo­sante nocturne de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est-à-dire l’illu­mi­na­tion du milieu, et qui, en consé­quence, impacte les compor­te­ments, les rythmes biolo­giques et les fonc­tions physio­lo­giques des orga­nismes vivants, ainsi que les écosys­tèmes. Les écologues parlent de « pollu­tion lumi­neuse écolo­gique ».

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De récentes études démontrent l’im­pact rava­geur de la lumière arti­fi­cielle sur les insectes. Un commu­niqué du CNRS explique :

Pour la première fois, une équipe euro­péenne, compre­nant un cher­cheur du Centre d’éco­lo­gie et des sciences de la conser­va­tion (CNRS/MNHN/UPMC), montre que la pollu­tion lumi­neuse perturbe les polli­ni­sa­teurs nocturnes avec des consé­quences néga­tives pour la repro­duc­tion des plantes.

Les cher­cheurs démontrent que les effets en cascade de la pollu­tion lumi­neuse ne s’ar­rêtent pas aux plantes et à leur repro­duc­tion mais peuvent aussi se propa­ger aux polli­ni­sa­teurs de jour. La pollu­tion lumi­neuse rédui­sant le succès repro­duc­teur de plantes sur lesquelles des polli­ni­sa­teurs diurnes viennent se nour­rir, cela pour­rait entrai­ner à terme une baisse des ressources alimen­taires dispo­nibles pour les polli­ni­sa­teurs diurnes.

Ces résul­tats proposent de nouvelles pers­pec­tives sur le fonc­tion­ne­ment des commu­nau­tés plantes-polli­ni­sa­teurs et sur la complé­men­ta­rité entre polli­ni­sa­teurs diurnes et nocturnes. Dans tous les pays déve­lop­pés, ces insectes polli­ni­sa­teurs sont en régres­sion, notam­ment en milieu rural. Leur raré­fac­tion pour­rait bien avoir des impacts consi­dé­rables sur tous les écosys­tèmes. Une coha­bi­ta­tion sérieu­se­ment mena­cée par les chan­ge­ments globaux, et, désor­mais, par la pollu­tion lumi­neuse.

Mais l’im­pact de la pollu­tion lumi­neuse est bien plus vaste encore. Une publi­ca­tion du NCBI (Natio­nal Center for Biotech­no­logy Infor­ma­tion, en français : « Centre améri­cain pour les infor­ma­tions biotech­no­lo­giques », une des insti­tu­tions gouver­ne­men­tales des États-Unis qui s’oc­cupent de la recherche médi­cale et biomé­di­cale), inti­tu­lée « Missing the Dark: Health Effects of Light Pollu­tion » (en français : À la recherche de l’obs­cu­rité : les effets sani­taires de la pollu­tion lumi­neuse) et rédi­gée par Ron Chepe­siuk, rappelle que :

Beau­coup d’éco­lo­gistes, de natu­ra­listes et de cher­cheurs consi­dèrent la pollu­tion lumi­neuse comme une des formes de pollu­tion envi­ron­ne­men­tale les plus enva­his­santes et les plus crois­santes. De plus en plus de travaux scien­ti­fiques suggèrent que la pollu­tion lumi­neuse peut avoir des effets durables à la fois sur la santé humaine et sur la santé du monde natu­rel.

Parmi les nombreux problèmes asso­ciés à la pollu­tion lumi­neuse, on retrouve le fait que la pollu­tion lumi­neuse affecte à la fois la flore et la faune. Par exemple, une expo­si­tion prolon­gée à des lumières arti­fi­cielles empêche beau­coup d’arbres de s’ajus­ter aux varia­tions saison­nières, ce qui, en retour, impacte la faune sauvage dont les arbres sont l’ha­bi­tat (insectes, tortues, oiseaux, pois­sons, reptiles, etc.), au niveau de son compor­te­ment, de son aire d’ali­men­ta­tion, de ses cycles de repro­duc­tion — non seule­ment en zone urbaine, mais aussi dans les espaces ruraux.

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Voici quelques exemples de l’im­pact de la pollu­tion lumi­neuse sur la faune sauvage tirés de la publi­ca­tion du NCBI :

Les tortues de mer four­nissent un exemple drama­tique de la manière dont la lumière arti­fi­cielle sur des plages peut déran­ger la vie sauvage. De nombreuses espèces de tortues de mer pondent sur des plages, les femelles retournent pendant des décen­nies sur les plages qui les ont vues naître pour donner nais­sance à leur tour. Lorsque ces plages sont éclai­rées la nuit, cela peut dissua­der les femelles de venir y pondre, ou les déso­rien­ter et les faire errer sur des routes envi­ron­nantes, les expo­sant au risque de se faire écra­ser par des véhi­cules.

De plus, les nouveaux-nés des tortues se dirigent norma­le­ment vers la mer en suivant la direc­tion oppo­sée à la silhouette élevée et sombre de l’ho­ri­zon terrestre. […] Mais lorsque des lumières arti­fi­cielles brillent sur les plages, les petites tortues sont déso­rien­tées et se dirigent vers la source de ces lumières, sans jamais trou­ver la mer. […]

Les puis­santes lumières élec­triques peuvent aussi pertur­ber les compor­te­ments des oiseaux. Près de 200 espèces d’oi­seaux survolent l’Amé­rique du Nord la nuit durant leur migra­tion. Et lorsque la couver­ture nuageuse est faible, ils sont souvent déso­rien­tés par le survol de bâti­ments très éclai­rés, de tours de commu­ni­ca­tions et d’autres édifices. […]

Chaque année, à New-York unique­ment, près de 10 000 oiseaux migra­teurs sont bles­sés ou tués lors de colli­sions avec des gratte-ciels ou des immeubles, explique Glenn Phil­lips, direc­teur exécu­tif de la New York City Audu­bon Society. Les esti­ma­tions du nombre d’oi­seaux tués chaque année dans des colli­sions, en Amérique du Nord, varient entre 98 millions et près d’un milliard. Le Service améri­cain de la pêche et de la faune sauvage estime qu’entre 5 et 50 millions d’oi­seaux meurent chaque année dans des colli­sions avec des tours de commu­ni­ca­tion.[…]

Les tortues et les oiseaux ne sont pas les seuls à être affec­tés par la lumière arti­fi­cielle nocturne. Les grenouilles inhibent leurs appels d’ac­cou­ple­ment lorsqu’elles sont expo­sées à trop de lumière la nuit, ce qui réduit leur capa­cité repro­duc­tive. L’ali­men­ta­tion des chauves-souris est égale­ment alté­rée par la lumière arti­fi­cielle. Des cher­cheurs ont déter­miné que la pollu­tion lumi­neuse était respon­sable de déclins dans les popu­la­tions de papillons de nuit nord-améri­cains. […] Presque tous les petits rongeurs et les carni­vores, 80% des marsu­piaux et 20% des primates sont nocturnes. “Nous ne faisons que commen­cer à comprendre la noctur­na­lité de nombreuses créa­tures”, explique Chad Moore, gestion­naire des programmes nocturnes pour le Service des parcs natio­naux. “Ne pas proté­ger la nuit détruira l’ha­bi­tat de nombreux animaux.”

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Dans un très bon article inti­tulé « L’ex­tinc­tion des lucioles », Pauline Brami écrit que :

D’autres espèces sont dites luci­fuges. A l’in­verse de l’homme, elles ont peur de la lumière qui agit comme une barrière. C’est le cas des zooplanc­tons qui ont l’ha­bi­tude de reve­nir la nuit à la surface des lacs pour se nour­rir des algues. Leur régres­sion est notable au sein des eaux illu­mi­nées par les villes. De même, les tortues de mer peinent à rejoindre la mer lorsque le litto­ral est éclairé. Rejoi­gnant la plaine, elles meurent tuées par des préda­teurs ou par épui­se­ment. Les papillons de nuit sont eux aussi réti­cents à la lumière. Beau­coup plus nombreux que les papillons de jour (4500 espèces de papillons de nuit contre 260 espèces de jour), ils sont indis­pen­sables à l’équi­libre des écosys­tèmes car ils consti­tuent de fervents polli­ni­sa­teurs. Leur régres­sion corré­lée à l’aug­men­ta­tion de la lumière nocturne vient modi­fier indi­rec­te­ment l’état de la flore. Cette dernière souffre égale­ment direc­te­ment de l’éclai­rage arti­fi­ciel. Les phases de repos des plantes sensibles à la lumière se trouvent réduites. Leur photo­syn­thèse normale est pertur­bée. En consé­quence, la chute des feuilles est retar­dée et les récoltes dimi­nuent. Les lucioles ainsi que les vers luisants commu­niquent en période de repro­duc­tion grâce à leur biolu­mi­nes­cence. Les soirs d’été, les mâles ailés volent et émettent des signaux lumi­neux pour que les femelles puissent les repé­rer. L’éclai­rage arti­fi­ciel entrave les possi­bi­li­tés de leur rencontre et met ainsi en péril la survie de ces espèces. Mais elles ne sont pas seules, bien d’autres encore sont affec­tées massi­ve­ment par l’in­va­sion lumi­neuse.

Les lucioles sont en voie de dispa­ri­tion en zone médi­ter­ra­néenne et en voie de régres­sion presque partout dans le monde, proba­ble­ment en raison de la conjonc­tion de plusieurs facteurs (géné­ra­li­sa­tion de l’usage d’in­sec­ti­cides, pollu­tion lumi­neuse et dérè­gle­ment clima­tique).

La civi­li­sa­tion indus­trielle sera-t-elle le tombeau des lucioles ?

Luciole

Dans un dossier sur la pollu­tion lumi­neuse rédigé par Jean-Eudes Arlot de l’Ins­ti­tut de Méca­nique Céleste et de Calcul des Éphé­mé­rides, on apprend que : « La pollu­tion lumi­neuse est la deuxième cause d’ex­tinc­tion des espèces d’in­sectes après les pesti­cides. »

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Le profes­seur Thomas le Tallec explique :

D’un point de vue compor­te­men­tal, la pollu­tion lumi­neuse entraîne des réponses de type attrac­tion/répul­sion et orien­ta­tion/déso­rien­ta­tion. Ainsi, chez les petits mammi­fères nocturnes, l’ex­po­si­tion à une source de lumière arti­fi­cielle entraîne une réponse répul­sive, autre­ment dit les indi­vi­dus s’éloignent de la source de lumière. Ce compor­te­ment, du fait de l’aug­men­ta­tion de l’illu­mi­na­tion du milieu, traduit vrai­sem­bla­ble­ment une percep­tion accrue du risque d’être chassé par un préda­teur. Au contraire, chez les insectes nocturnes et les oiseaux migra­teurs, orga­nismes qui utilisent la lumière des astres pour se dépla­cer dans l’obs­cu­rité, l’ex­po­si­tion à la pollu­tion lumi­neuse entraîne une réponse attrac­tive, autre­ment dit les indi­vi­dus s’ap­prochent de la source de lumière. Or, cette réponse peut être cause de déso­rien­ta­tion pour les indi­vi­dus. Plus problé­ma­tique encore, les indi­vi­dus, en s’ap­pro­chant des éclai­rages arti­fi­ciels, peuvent entrer en colli­sion avec les grandes struc­tures éclai­rées ou se déshy­dra­ter voire se brûler au contact des lampes.

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La publi­ca­tion du NCBI conti­nue en énumé­rant les nombreux problèmes de santé que la pollu­tion lumi­neuse implique chez l’être humain. En bref : pertur­ba­tion de l’hor­loge biolo­gique (cycle circa­dien), du sommeil, donc de l’hu­meur, augmen­ta­tion du risque de certains cancers (notam­ment le cancer du sein).

Dans un article inti­tulé « The End of Night » (La fin de la nuit), publié sur le site web du maga­zine Aeon, la jour­na­liste améri­caine Rebecca Boyle étudie les effets scien­ti­fique­ment avérés de la lumière arti­fi­cielle nocturne. Elle écrit :

« Un nombre crois­sant de preuves indique que la pollu­tion lumi­neuse exacerbe et peut direc­te­ment causer le cancer, l’obé­sité et la dépres­sion, qui consti­tuent le trium­vi­rat infer­nal de la société indus­trielle. »

Elle explique alors le lien entre l’ex­po­si­tion à la lumière bleue et l’al­té­ra­tion de la produc­tion de méla­to­nine, qui, en retour, génère toutes sortes de troubles de la santé (dont des cancers).

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Thomas Le Tallec dresse un bilan géogra­phique de la situa­tion :

Pour les années 2013/2014, la pollu­tion lumi­neuse impacte 22,5% des terres émer­gées à travers le monde, 46,9% de la surface des États-Unis, 88,4% de la surface de l’Union Euro­péenne et 100% de la surface du terri­toire français. Par consé­quent, 83,2% de la popu­la­tion mondiale, dont 99,7% de la popu­la­tion des États-Unis, 99,8% de la popu­la­tion de l’Union Euro­péenne et 100% de la popu­la­tion française, sont impac­tés par la pollu­tion lumi­neuse. Enfin, 35,9% de la popu­la­tion mondiale n’est plus en mesure d’ob­ser­ver la Voie Lactée la nuit et 13,9% de la popu­la­tion mondiale sont expo­sés à une pollu­tion lumi­neuse telle que le système visuel ne peut pas s’adap­ter à une vision de nuit. En réalité, le système visuel est en perma­nence en vision de jour.

A l’heure actuelle, les scien­ti­fiques consi­dèrent que la pollu­tion lumi­neuse est l’une des pollu­tions qui croît le plus rapi­de­ment à travers le monde, de 6% par an en moyenne, et de 10% dans les pays euro­péens.

Ainsi, la pollu­tion lumi­neuse n’est pas un phéno­mène local. Son éten­due est globale et ne cesse de progres­ser. Elle impacte d’ores et déjà une partie des aires proté­gées à travers le monde, en parti­cu­lier les parcs natu­rels régio­naux et natio­naux. Une grande partie des écosys­tèmes, c’est-à-dire une grande partie de la faune et de la flore mondiale, est donc impac­tée.

A l’ins­tar de la plupart des « progrès tech­niques » tant vantés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, et qui consti­tuent ses fonde­ments, on voit bien que la lumière arti­fi­cielle génère un certain nombre de consé­quences impré­vues et impré­vi­sibles (du fait de notre igno­rance écolo­gique, qui découle elle-même de l’ir­res­pect total dont nous faisons montre, en tant que culture, vis-à-vis du monde natu­rel). A l’ins­tar de la plupart des « progrès tech­niques » tant vantés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, elle ne semble ni souhai­table, ni viable (durable). Impos­sible de pertur­ber à ce point les cycles natu­rels, les espèces vivantes et les biotopes du monde sans s’ex­po­ser à un retour de bâton des plus dévas­ta­teurs.

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Ainsi que Jean-Eudes Arlot l’écrit :

Le « noir », c’est l’ha­bi­tat néces­saire d’un grand nombre d’es­pèces : c’est pouvoir se nour­rir, c’est la condi­tion de la survie. D’une manière géné­rale, la vie aime le « noir » : beau­coup de mammi­fères sont ou sont deve­nus plus ou moins nocturnes. Ils préfèrent circu­ler dans le noir ou dans l’ombre, de même qu’ils évitent les sols nus et décou­verts. La nuit permet d’évi­ter les préda­teurs et contri­bue à un équi­libre natu­rel. Les rapaces nocturnes, les chauves-souris, les canards sauvages, les lapins, etc., mangent essen­tiel­le­ment la nuit et préfèrent les zones de « noir profond ». Les grands mammi­fères tels que les cerfs et les sangliers se nour­rissent et se déplacent la nuit.

L’être humain fait égale­ment partie de ces espèces qui ont besoin du noir, pour lesquelles une vraie nuit est une néces­sité vitale. Durant des milliards d’an­nées, la vie sur Terre s’est déve­lop­pée et a pros­péré en s’adap­tant à une alter­nance nette de jour et de nuit. La lumière arti­fi­cielle nocturne balaie cet équi­libre crucial.

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Les consé­quences de cet aspect de l’uti­li­sa­tion de l’élec­tri­cité (la lumière arti­fi­cielle) consti­tuent à peine quelques-uns des nombreux problèmes liés à sa produc­tion. Si l’on exami­nait les impacts écolo­giques (et sociaux) de la produc­tion en masse d’am­poules, de lampes, de projec­teurs, et d’ap­pa­reils lumi­neux en tous genres, et ceux de la produc­tion massive d’élec­tri­cité (c’est-à-dire ceux des barrages, des centrales nucléaires, des centrales au char­bon, de l’in­ci­né­ra­tion de biomasse, des parcs éoliens, des centrales solaires, etc.) on en remarque­rait bien plus. Pour ceux que ces quelques catas­trophes écolo­giques ne suffisent pas à convaincre de la nuisance que consti­tue la produc­tion indus­trielle d’élec­tri­cité (même soi-disant verte ou renou­ve­lable), voici d’autres articles qui en exposent d’autres, parmi les plus graves : « Ce n’est pas seule­ment la produc­tion d’élec­tri­cité qui pose problème, c’est son utili­sa­tion (et tout le reste) »« L’étrange logique derrière la quête d’éner­gies “renou­ve­lables” », et « L’éco­lo­gie™ du spec­tacle et ses illu­sions vertes (espoir, “progrès” & éner­gies “renou­ve­lables”) ».

Pour en savoir plus sur le problème de la pollu­tion lumi­neuse, vous pouvez consul­ter ces articles :

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Pour finir, un petit texte écrit par un collec­tif anar­chiste de la pénin­sule ibérique :

Le mot « réseau » se construit à travers une longue filia­tion. Dès le 1er siècle avant JC, les rétiaires sont des gladia­teurs à pieds, armés d’un poignard, d’un trident et d’un filet (le reta) dont ils se servaient pour captu­rer leurs adver­saires. Au 12ème siècle, le mot résel désigne un filet utilisé pour captu­rer de petits animaux. Le réseul au 16ème siècle désigne un filet dans lequel les femmes retiennent leurs cheveux. Le réseul est devenu la résille (filet à larges mailles qui retient la cheve­lure, Le petit Larousse, 1996). Au sens figuré, le réseau signi­fie alors : tout ce qui peut empri­son­ner l’homme, entra­ver sa liberté ou mena­cer sa person­na­lité. Le réseau élec­trique n’est pas autre chose : la dépen­dance que le « progrès » et le « déve­lop­pe­ment » nous imposent n’est qu’un escla­vage déguisé, la produc­tion et la consom­ma­tion d’éner­gie ne génèrent que mala­dies, morts et destruc­tions.

Les « néces­si­tés » liées à l’éner­gie élec­trique sont-elles autre chose que des besoins induits par ce système ? Que sont donc ces fameux bien­faits dont nous pouvons jouir grâce à l’éner­gie élec­trique et à son réseau omni­pré­sent ?

Le réveil, qui raccour­cit la nuit et mutile nos rêves, annonçant la sentence d’un autre jour de travail obli­ga­toire ?

La radio, qui condi­tionne notre incons­cient tandis que nous englou­tis­sons en vitesse notre petit-déjeu­ner, pertur­bés à l’idée d’être en retard, ce qui ferait enra­ger — selon notre cas — notre patron ou notre profes­seur ?

Le métro, le tram, les bus élec­triques « écolo­giques » ou les trains, qui nous trim­ballent vers ces prisons où nous opérons, et qui ne sont pour nous que des tapis roulants dans un immense abat­toir ?

Les feux de circu­la­tion, qui régulent et limitent nos dépla­ce­ments, à pied ou en voiture ?

Les camé­ras de vidéo­sur­veillance — cette armée de gargouilles — , qui observent tous nos mouve­ments et essaient d’ins­til­ler la peur afin que nous respec­tions tous le statu quo ?

Le réseau élec­trique a été consa­cré lors du passage de l’uni­vers médié­val chris­tiano-centré à une Renais­sance anthro­po­cen­triste, et jusqu’à ce présent tech­no­cra­tique désor­mais tota­le­ment déshu­ma­ni­sant et omni­ci­daire.

Devons-nous simple­ment renon­cer aux « conforts » liés à l’exis­tence et de l’ex­pan­sion de l’in­dus­trie ?

Nous mourons au travail, toujours esclaves, ou plus tard après une longue agonie liée aux mala­dies « profes­sion­nelles », nos esprits sont anéan­tis par la soumis­sion ou par les cravates, qui séparent la tête du reste du corps, nous asphyxiant mortel­le­ment.

A l’ex­té­rieur de nos lieux de travail : un vaste empoi­son­ne­ment, « démo­cra­tique », géné­reux.

C’est le réseau élec­trique qui permet le fonc­tion­ne­ment des zones indus­trielles, la produc­tion et le trans­port de « biens » de consom­ma­tion et de marchan­dises inutiles, de matières premières souvent en prove­nance d’en­droits soumis à des guerres préda­trices, parfois dissi­mu­lées sous l’ap­pa­rence de conflits reli­gieux, ethniques ou régio­naux.

Tant qu’il opère, c’est ce même réseau qui assure le fonc­tion­ne­ment de l’état et des orga­nismes inter­na­tio­naux, des bureau­cra­ties et de leurs rami­fi­ca­tions, les systèmes de commu­ni­ca­tion, les banques, les usines, les labo­ra­toires, les écoles et autres organes de propa­gan­de…

Cette même éner­gie élec­trique alimente la répres­sion orga­ni­sée depuis les postes de police et leurs systèmes infor­ma­tiques, leurs casiers judi­ciaires, leurs bases de données, etc.

Et les salles des tribu­naux, et les détec­teurs de métaux, et ainsi de suite.

La même éner­gie qui aide à garder les indé­si­rables dans les prisons, dans les centres de déten­tion pour réfu­giés ou dans les hôpi­taux psychia­triques…

Tandis que faire partie des « chan­ceux » vous incar­cère auto­ma­tique­ment dans d’autres mailles du réseau élec­trique : les super­mar­chés, les maga­sins, les salles de gym, les endroits d’art et de « culture », les restau­rants, les bars, les disco­thèques — simi­laires en ce qu’ils servent tous à main­te­nir une illu­sion de « vie », jour et nuit, pendant que beau­coup ressentent toujours au plus profond d’eux-mêmes que quelque chose ne tourne pas rond.

La sensa­tion d’une vie bien vécue ne se retrouve ni dans la chaleur d’une douche élec­trique­ment chauf­fée ni dans l’hyp­nose effer­ves­cente de la télé­vi­sion.

Aucune Plays­ta­tion (et aucune autre drogue) ne soignera notre malaise vis-à-vis de l’exis­tant ; de la même manière, l’in­ven­tion des « vacances » il y a un peu plus d’un siècle, a été, et ne sera jamais autre chose qu’un simple pallia­tif (égale­ment appuyé par l’élec­tri­cité) visant à garder tels qu’ils sont les esclaves paci­fiés et produc­tifs.

Déman­te­ler son réseau élec­trique — d’es­cla­vage et de mort — c’est attaquer les racines de ce système.

L’éner­gie élec­trique est le sang de cette société tech­no­lo­gique.

Nous avons le soleil, nous avons la braise.

Une révo­lu­tion ne sera certai­ne­ment pas indo­lore, mais face à l’im­pos­si­bi­lité d’amé­lio­rer ou de refor­mer un système fondé sur la domi­na­tion et la mort, y a-t-il une autre alter­na­tive ?

Nous voulons voir briller les étoiles. Partout.

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