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La civilisation industrielle ou L'asservissement collectif au développement technologique (par Jaime Semprun)
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Ce qui suit est un extrait de l’ex­cellent livre Défense et illus­tra­tion de la novlangue française écrit par Jaime Semprun et publié en 2005 aux éditions de l’En­cy­clo­pé­die des Nuisances.


Les robin­son­nades numé­riques qui nous sont habi­tuel­le­ment propo­sées en guise de descrip­tions de la société de l’in­for­ma­tion nous présentent un indi­vidu isolé faisant face à la luxu­riance de la jungle virtuelle, à l’im­men­sité de ses possibles. Équipé de moteurs de recherche, il se fraye un chemin, grimpe aux arbo­res­cences, surfe sur le réseau de chats en chats. Inutile d’in­sis­ter sur cette idylle inter­ac­tive, que nul ne peut igno­rer.

Décrire les choses ainsi, en adop­tant le point de vue de l‘inter­naute parti­cu­lier, avide de satis­faire tel ou tel besoin ou curio­sité, ou simple­ment de déri­ver, permet aussi peu de comprendre le fonc­tion­ne­ment global du système infor­ma­tique que ne le permet­trait, dans le cas du capi­ta­lisme, une descrip­tion adop­tant le point de vue du consom­ma­teur parti­cu­lier, et partant de son besoin d’ache­ter des chaus­sures ou du jambon. De même que le but premier du système marchand n’est assu­ré­ment pas de satis­faire les besoins des consom­ma­teurs, mais de réali­ser des profits, de même celui du système infor­ma­tique mondial n’est pas d’in­for­mer ou de diver­tir les cyber­ci­toyens de la société program­mée : il est de faire commu­niquer des machines avec d’autres machines, dans un langage de signaux binaires qui leur est propre.

Les machines tendaient en effet depuis long­temps à se relier entre elles direc­te­ment, sans plus passer par le truche­­ment de faillibles humains. Mais elles manquaient pour ce faire d’un langage commun, qui leur permît d’en­re­gis­trer des connais­sances et de se les trans­mettre, d’ac­qué­rir donc une mémoire collec­tive. C’est à ce besoin qu’a répondu l’in­for­ma­ti­sa­tion. Quand, en 1872, Samuel Butler envi­sa­geait l’hy­po­thèse que les machines de son époque fussent à celles de l’ave­nir ce que les premiers sauriens avaient été à l’homme, il ne pouvait encore qu’i­ma­gi­ner très confu­sé­ment ce que serait un jour leur langage. Cepen­dant il voyait bien dans les premiers vagis­se­ments pous­sés par les machines, dans les divers signaux, sonnettes ou sirènes d’alarme, par lesquels elles faisaient connaître leurs besoins à leurs conduc­teurs et méca­ni­ciens, l’em­bryon d’un langage élaboré, exac­te­ment comme le cri, pour mettre en garde ou ordon­ner, a été la, première forme de langage humain. Selon lui il était inévi­table qu’à partir de là le peuple des machines n’en arrive un jour ou l’autre à accé­der à un stade supé­rieur d’évo­lu­tion, jusqu’à former une société orga­ni­sée et, pensait-il même, à décla­rer son indé­pen­dance.

Butler prenait soin de réfu­ter les argu­ments contraires à sa thèse ; argu­ments qui se ramènent à peu près à dire que les machines, quels que soient leurs progrès, n’en restent pas moins à notre service, ne possèdent aucune espèce de libre arbitre et ne peuvent même pas se repro­duire entre elles sans notre concours. A tout cela, il répon­dait à très bon escient que nous en juge­rions plus saine­ment si, plutôt que de raison­ner à partir de l’exis­tence de chaque machine prise sépa­ré­ment, nous les consi­dé­rions toutes ensemble comme une collec­ti­vité déjà orga­ni­sée. Alors nous les verrions colla­­bo­rer pour se repro­duire et se perfec­tion­ner, et nous consta­­te­rions que si elles ont besoin des hommes pour se repro­duire, c’est un peu à la façon dont beau­coup de plantes ont besoin d’in­sectes dans le même but. Mais tandis que les insectes remplissent cette fonc­tion sans en avoir conscience, nous sommes quant à nous plei­ne­ment conscients, et même fiers, de servir ainsi le déve­lop­pe­ment des machines.

Il convient d’ailleurs de noter que l’ar­gu­ment selon lequel les machines ne se repro­duisent pas entre elles sans notre concours peut désor­mais être exac­te­ment retourné : car même lorsque nous n’avons pas recours aux méthodes de fécon­da­­tion in vitro, nous ne nous repro­dui­sons plus que grâce à l’as­sis­tance de diverses machines ou dispo­si­tifs tech­niques, à commen­cer par l’in­dis­pen­sable écho­gra­phie. Et les futu­ro­logues les plus confiants prévoient pour très bien­tôt des nais­sances sécu­ri­sées dans des utérus arti­fi­ciels entiè­re­ment pilo­tés par ordi­na­teur.

Pour appuyer sa thèse, Butler rele­vait en outre deux faits qui sont aujourd’­hui beau­coup plus marquants encore qu’à son époque. Le premier est que notre prétendu libre arbitre est un leurre, puisque nous ne saurions survivre plus de six semaines si nous étions bruta­le­ment privés des machines dont nous sommes deve­nus dépen­dants, tant mora­le­ment que maté­riel­le­ment. Le second, c’est qu’a­lors même qu’elles semblent être exclu­si­ve­ment à notre service, ce sont elles qui nous dictent leurs condi­tions et nous imposent un mode de vie conforme à l’op­ti­mi­sa­tion de leur fonc­tion­ne­ment. Ce qui revient à dire qu’elles nous ont domes­tiqués, que nous les servons bien plus qu’elles ne nous servent. J’ajou­te­rai que cette dernière affir­ma­tion n’est pas du tout infir­mée par le fait que de nos jours les machines aient de moins en moins besoin de servi­teurs humains, comme c’est le cas avec l’au­to­ma­tion. En effet, cela prouve seule­ment qu’elles sont deve­nues plus indé­pen­dantes encore, qu’elles ont moins besoin de notre aide, bref qu’elles sont bel et bien sorties de l’en­fance, comme l’avait annoncé Butler.

Tout cela parut assez osé, et aujourd’­hui encore on se récriera en donnant tel ou tel exemple des services que nous rendent les machines, sans aucune contre­par­tie ; et de citer, qui le lave-vais­selle, qui le télé­phone mobile, etc. Mais c’est chaque fois en répé­tant l’er­reur de juge­ment réfu­tée par Butler : en ne voyant qu’un objet isolé, tel que son utilité ponc­tuelle le fait passer pour bénin et de peu de consé­quences. En revanche, dès qu’on le consi­dère comme partie inté­grante d’un ensemble, tout change. Et ainsi l’au­to­mo­bile, machine on ne peut plus triviale et presque archaïque, que chacun s’ac­corde à trou­ver bien utile et même indis­pen­sable à notre liberté de dépla­ce­ment, devient tout autre chose si on la replace dans la société des machines, dans l’or­ga­ni­sa­tion géné­rale dont elle est un simple élément, un rouage. On voit alors tout un système complexe, un gigan­tesque orga­nisme composé de routes et d’au­to­routes, de champs pétro­li­fères et d’oléo­ducs, de stations-service et de motels, de voyages orga­ni­sés en cars et de grandes surfaces avec leurs parkings, d’échan­geurs et de rocades, de chaînes de montage et de bureaux de « recherche et déve­lop­pe­ment » ; mais aussi de surveillance poli­cière, de signa­li­sa­tion, de codes, de régle­men­ta­tions, de normes, de soins chirur­gi­caux spécia­li­sés, de « lutte contre la pollu­tion », de montagnes de pneus usés, de batte­ries à recy­cler, de tôles à compres­ser. Et dans tout cela, tels des para­sites vivant en symbiose avec l’or­ga­nisme hôte, d’af­fec­tueux aphi­diens chatouilleurs de machines, des hommes s’af­fai­rant pour les soigner, les entre­te­nir, les alimen­ter, et les servant encore quand ils croient circu­ler à leur propre initia­­tive, puisqu’il faut qu’elles soient ainsi usées et détruites au rythme pres­crit pour que ne s’in­ter­rompe pas un instant leur repro­duc­tion, le fonc­tion­ne­ment du système géné­ral des machines.

Il me paraît inutile d’ap­pliquer main­te­nant la même ana­­lyse à des machines beau­coup plus modernes, dont l’im­bri­­ca­tion est si bien connue qu’elle a reçu le nom d’in­ter­­con­nexion. Ce sont en effet pour la plupart de simples exten­­sions du système nerveux des machines, des organes sensi­tifs, des sortes d’an­tennes ou de termi­naux qui servent à s’as­su­rer que leurs porteurs humains se conforment doci­le­ment aux injonc­tions de la vie méca­nique. Les exemples mêmes que ceux-ci donnent de l’usage qu’ils en ont illus­trent bien cette fonc­tion : on a besoin de chacune de ces machines pour mieux répondre aux exigences de toutes les autres. Et le fait que ce système nerveux, avec ses satel­lites géosta­tion­naires et son réseau infor­ma­tique, connaisse à chaque instant la posi­tion de chacune de ces termi­nai­sons, ce qu’elles enre­gistrent, les infor­ma­tions qu’elles se trans­mettent, qu’il s’agisse de cartes de crédit ou de télé­phones mobiles, suffit à prou­ver qu’il s’agit effec­ti­ve­ment d’un seul et même orga­nisme, même si sa morpho­lo­gie ne corres­pond pas à l’idée que nous nous faisons d’un orga­nisme vivant.

Pour finir de complé­ter la démons­tra­tion de Butler par des exemples contem­po­rains, il me faut encore évoquer deux faits parti­cu­liè­re­ment signi­fi­ca­tifs. Tout d’abord que les hommes ont aujourd’­hui si bien admis être au service des machines, de leur repro­duc­tion et de leur perfec­tion­ne­ment, qu’en toutes circons­tances ils font passer les inté­rêts de celles-ci avant les leurs. Non seule­ment il n’est pas d’in­com­mo­dité qu’ils ne soient prêts à endu­rer si elle se trouve justi­fiée à leurs yeux par des impé­ra­tifs tech­niques, mais c’est jusqu’à leur simple survie qu’ils mettent tranquille­ment en péril pour ne gêner en rien le déve­lop­pe­ment de la société des machines. En ce domaine, rien ne leur fait peur : le boule­­ver­se­ment du climat, la radio­ac­ti­vité, l’ac­tion impré­vi­sible de molé­cules chimiques toujours plus nombreuses, etc., quels qu’en soient les effets recon­nus sur leur santé, étant d’une manière ou d’une autre néces­saires à la bonne marche du monde méca­nisé, sont accep­tés de bonne grâce. Et le pres­tige des machines n’en est pas affecté.

Jaime Semprun

 

 

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  1. la technologie tuera l’homme comme elle l’a déjà fait dans le passé semble t’il .. à des époques lointaines .. mais sans cela les machines que nous avons actuellement pour la plupart sont obsolètes et l’oligarchie actuelle nous empêche de vivre sereinement de ces technologies .. nous avons un monde basé sur le pétrole et des énergies sales comme le nucléaire et le charbon ou les éoliennes qui sont le reflet du miroir du monde limité dans lequel nous vivons .. alors que l’énergie est présente partout autour de nous .. que l’anti gravité est surement maitrisée depuis longtemps .. que nombreux chercheurs ont prouvé que la terre et le soleil suffisent amplement à créer l’énergie suffisante pour chacun sans en passer par des usines polluantes qui exploitent leurs salariés .. des pays sont 100 % énergie solaire pendant que d’autres continuent à persister… voila notre époque d’hypocrisie et de théorie du hasard selon certains ou cela mène .. mais bien sur n’oubliez pas votre petite pupuce sous la peau , comme un bon toutou