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Le problème de la collapsologie (par Nicolas Casaux)
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« Qualifier la société de thermo-industrielle permet aussi de négliger tout ce qui d’ores et déjà s’y produit en matière de coercitions et d’embrigadement, sans contribuer, ou si peu, à l’épuisement des ressources énergétiques. On passe d’autant plus volontiers là-dessus qu’on y trempe soi-même, à l’Éducation nationale ou ailleurs. Attribuer tous nos maux au caractère « thermo-industriel » de cette société est donc assez confortable, en même temps qu’assez simpliste pour combler les appétits critiques des niais et des crétins arrivistes, déchets ultimes de l’écologisme […]. »

— René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances (2008).

France Culture, Le Monde, Le Point, Les Echos, Libération, Mediapart, LCI, L’Obs, sont quelques-uns des médias grand public qui ont choisi de faire la promotion du courant relativement récent de la « collapsologie ».

La « collapsologie » — néologisme issu du latin lapsus qui signifie « chute », inventé (« avec une certaine autodérision ») par les chercheurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil) — désigne, toujours selon eux : « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus. »

Derrière cette définition un peu nébuleuse, la collapsologie se caractérise — dans les publications qui lui sont associées, comme le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les conférences qu’ils tiennent ou que d’autres personnes proposent sur ce sujet, etc. — par des perspectives et des analyses parfois contradictoires, ou bien trop limitées.

Dans l’ensemble, elle correspond à une réflexion qui admet l’inéluctabilité de l’effondrement de la civilisation « thermo-industrielle », qui le considère comme un drame, comme une « catastrophe » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre précité), et qui implique de « faire le deuil de notre civilisation industrielle » (ibid). La réalisation de ce que la civilisation industrielle n’est pas viable, de ce qu’elle est vouée à s’auto-détruire, constitue, à leurs yeux, « un énorme choc qui dézingue les rêves » (ibid), une « mauvaise nouvelle » (ibid). Ils citent même, à ce propos, cette phrase de Jean-Pierre Dupuy : « C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. »

***

Mais avant de continuer à examiner cet aspect de la collapsologie, un rappel : au-delà du fameux Rapport Meadows de 1972 sur « les limites à la croissance », de nombreux courants, collectifs et individuels ont réalisé et dénoncé l’insoutenabilité de la civilisation industrielle il y a bien longtemps, et bien souvent sans avoir eu besoin, pour cela, d’une avalanche de « chiffres », de « données » et « d’études scientifiques ». Le seul bon sens leur aura suffi.

Citons, pour exemple, Aldous Huxley dans un essai de 1928 intitulé « Progress: How the Achievements of Civilization Will Eventually Bankrupt the Entire World » (en français : « Le progrès : comment les accomplissements de la civilisation vont ruiner le monde entier ») publié dans un vieux numéro du magazine Vanity Fair, pour lequel il écrivait à l’époque :

« La colossale expansion matérielle de ces dernières années a pour destin, selon toute probabilité, d’être un phénomène temporaire et transitoire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capital. Le charbon, le pétrole, les phosphates que nous utilisons de façon si intensive ne seront jamais remplacés. Lorsque les réserves seront épuisées, les hommes devront faire sans… Cela sera ressenti comme une catastrophe sans pareille. »

En France des anarchistes naturiens de la fin du 19ème siècle à de nombreux écologistes du 20ème siècle (on peut penser à tous ceux du journal La Gueule Ouverte), en passant par les situationnistes, les auteurs de l’Encyclopédie des Nuisances, et bien d’autres (Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, etc.), beaucoup nous ont averti et nous avertissent depuis longtemps de l’insoutenabilité de la civilisation industrielle.

Ainsi Pierre Fournier écrivait dans le journal Hara-Kiri Hebdo du 28 avril 1969 :

« Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. »

Tandis qu’aux États-Unis, l’historien et sociologue états-unien Lewis Mumford écrivait, dans un article publié en 1972 :

« Malgré toutes ses inventions variées, les dimensions nécessaires à une économie de vie font défaut à notre économie technocratique actuelle, et c’est l’une des raisons pour lesquelles apparaissent des signes alarmants de son effondrement. »

Il ajoutait également qu’il « devrait être évident que cette société d’abondance est condamnée à périr étouffée sous ses déchets […] ».

Toute l’œuvre littéraire de l’écologiste états-unien Derrick Jensen (et des écologistes des courants anti-industriel et anti-civ en France, aux USA et ailleurs), depuis son premier livre publié en 1995, se base sur la compréhension de ce que la civilisation industrielle est fondamentalement destructrice et qu’elle est ultimement vouée à s’auto-détruire.

Tout cela pour dire que cette réalisation n’est pas nouvelle, que de nombreux individus se sont efforcés de l’exposer et s’efforcent de l’exposer depuis déjà longtemps. Seulement, la manière dont ils le faisaient et dont ils le font n’est pas médiatiquement recevable (politiquement correcte), contrairement à la manière dont les collapsologues discutent de ce sujet, comme nous allons le voir.

***

Reprenons l’examen de la collapsologie. Une des raisons pour lesquelles les médias grand public s’autorisent à la promouvoir, c’est qu’elle considère l’effondrement de la civilisation industrielle comme une « catastrophe », un drame, une terrible nouvelle. Du point de vue de la culture dominante, qui détruit les biomes et les espèces du monde entier pour satisfaire sa frénésie de croissance et de progrès, cette perspective est logique. Mais pour tous ceux qui se sont défaits de l’aliénation qu’elle impose, pour les peuples autochtones du monde entier, menacés de destruction (et non pas d’extinction) à l’instar de toutes les espèces vivantes, pour les rivières, les saumons, les ours, les lynx, les loups, les bisons, pour les forêts, pour les coraux, et ainsi de suite, la catastrophe est la civilisation industrielle, et son effondrement, lui, constitue la fin d’un désastre destructeur qui accable la planète depuis bien trop longtemps.

Considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite. Si la culture dominante, la civilisation industrielle, se dirige vers son effondrement, si elle détruit les écosystèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne considère pas le monde naturel et ses équilibres et ses dynamiques comme primordial. Au contraire, ce qu’elle considère comme primordial, c’est elle-même, son propre fonctionnement, sa croissance, son développement, ses industries, etc.

C’est précisément parce que la civilisation industrielle est profondément et fondamentalement narcissique, qu’elle ne se soucie que d’elle-même, qu’elle est amenée à détruire tous les autres (les autres espèces et les autres cultures), tout ce qui n’est pas elle.

Ainsi, considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite, c’est perpétuer le narcissisme qui est au cœur de ses pulsions destructrices.

L’effondrement de la civilisation industrielle est une solution, pas un problème. La santé de la biosphère est ce qu’il y a de plus important. Au-delà de l’aspect empathique élémentaire qui devrait nous pousser à nous soucier des autres, il s’agit également d’une réalité écologique élémentaire. Nous ne pouvons pas vivre sans une biosphère saine.

Je n’insinue pas par là que le sort des milliards d’humains piégés dans la civilisation industrielle m’indiffère profondément, non, seulement que considérer les choses d’abord et avant tout de leur point de vue me semble à la fois indécent et peu judicieux.

Pourtant, à côté de cette tendance majeure qui consiste à percevoir l’effondrement comme une catastrophe, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens nous rappellent que :

« Dans un texte publié en décembre 2013, le cocréateur du concept de permaculture, David Holmgren, plus pessimiste que jamais, s’inquiétait des récentes découvertes sur les conséquences du réchauffement climatique. Selon lui, la seule issue pour éviter de trop graves dommages sur la biosphère serait désormais de provoquer un effondrement rapide et radical du système économique global.

La proposition a généré une grande controverse chez les collapsologues du monde entier, qui est loin d’être terminée… »

David Holmgren semble avoir les pieds sur Terre.

***

Le principal problème de la collapsologie relève donc du narcissisme qu’elle perpétue (l’effondrement comme la catastrophe plutôt que la civilisation industrielle comme la catastrophe).

Ce narcissisme s’observe également dans les questions souvent posées par les collapsologues vis-à-vis de l’effondrement :

« Comment fait-on pour “vivre avec” ? » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens)

« Comment vivre avec toutes ces nouvelles tristes sans sombrer ou rester dans la dépression ? » (Clément Montfort dans un billet publié sur Reporterre[1])

« Qu’est ce qui nous attend concrètement ? Comment s’y préparer ? » (ibid)

Beaucoup de leurs questions tournent autour d’un « nous » ou d’un « on » qui désignent quelques habitants des pays riches qui redoutent la fin de leur mode de vie destructeur, basé sur l’exploitation systématique de tout une myriade d’autres, d’autres êtres humains et d’autres espèces.

Une autre citation tirée du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui rend particulièrement flagrant le narcissisme de la collapsologie :

« Au fond, la vraie question que pose l’effondrement de la civilisation industrielle, au-delà de sa datation précise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est surtout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souffrir ou mourir de manière anticipée. Projetée à l’échelle des sociétés, c’est la question de la pérennité de notre descendance, et même de notre “culture”. » (L’emphase est mienne).

Là encore, plutôt que de se soucier du sort de ces autres, actuellement exploités, torturés ou tués par le fonctionnement normal de la civilisation industrielle, c’est du futur du leur que ces privilégiés du monde se soucient avant tout.

Rien d’étonnant. La plupart de ceux qui promeuvent la collapsologie (et dans une autre mesure, de ceux qui s’y intéressent) ne sont pas issus des milieux militants, des luttes contre les injustices sociales, ils ne sont pas de ceux que le fonctionnement normal, quotidien – diaboliquement et fondamentalement inique – de la civilisation industrielle révulse.

D’où la citation introductive de René Riesel et Jaime Semprun.

Et pourtant, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens expliquent que les inégalités sont un des facteurs dont découle la destructivité de la civilisation industrielle. Malheureusement, dans l’ensemble, et notamment dans les médias grand public, ne reste de leur réflexion qu’une « critique écologique expurgée de toute considération liée à la critique sociale » (Jaime Semprun et René Riesel).

L’objet de ce billet n’étant pas d’examiner toutes les exploitations, toutes les coercitions, toutes les aliénations, toutes les acculturations, tous les embrigadements, tous les conditionnements, qui constituent la civilisation industrielle (et la civilisation tout court), et dont elle dépend, fondamentalement, je me contenterai de rappeler que les quelques objets que monsieur tout le monde utilise au quotidien le lient à l’exploitation d’une multitude d’individus et d’endroits du monde (endroits constitués d’autres individus non-humains, végétaux, animaux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette ignorance des conséquences réelles de son mode de vie découlent les horreurs les plus diverses et les plus insoupçonnées[2]. Il nous suffirait d’examiner la fabrication d’un téléphone portable, d’une télévision, d’un t-shirt Nike, ou d’une simple brosse à dent, ou encore d’un ballon de foot, d’une voiture, ou de n’importe quel objet produit en masse, de n’importe quelle infrastructure industrielle, pour trouver d’innombrables destructions environnementales et asservissements sociaux.

***

La collapsologie, en s’appuyant uniquement « sur des travaux scientifiques reconnus » (considérés comme tels par l’autorité dominante de la Science institutionnelle moderne), et d’ailleurs en le vantant, sert également à renforcer le règne de l’expertise officielle, du « fétichisme de la connaissance quantitative » (Jaime Semprun et René Riesel).

Ce règne de la Science institutionnelle et de la connaissance quantitative a été (et est) une des raisons pour lesquelles ceux qui dénonçaient (et dénoncent) l’insoutenabilité et la destructivité de la civilisation industrielle simplement sur la base du bon sens et de l’observation sont souvent moqués, ignorés ou dénigrés.

Ainsi que Jaime Semprun et René Riesel l’écrivent dans Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable :

« Le fétichisme de la connaissance quantitative nous a rendus si sots et si bornés qu’on passera pour un dilettante si l’on affirme qu’il suffisait d’un peu de sens esthétique – mais pas celui qui s’acquiert dans les écoles d’art – pour juger sur pièces. »

Ils ajoutent, à propos de la soumission à l’autorité Expertise-chiffrée-et-approuvée-par-les-institutions-scientifiques :

« Telle est en effet la rigueur de l’incarcération industrielle, l’ampleur du délabrement unifié des mentalités à quoi elle est parvenue, que ceux qui ont encore le ressort de ne pas vouloir se sentir entièrement emportés par le courant et disent songer à y résister échappent rarement, quelque condamnation qu’ils profèrent contre le progrès ou la technoscience, au besoin de justifier leurs dénonciations, ou même leur espoir d’une catastrophe salvatrice, à l’aide des données fournies par l’expertise bureaucratique et des représentations déterministes qu’elles permettent d’étayer. »

Car « accepter de “penser” avec les catégories et dans les termes qu’a imposés la vie administrée » (Jaime Semprun et René Riesel, encore), c’est effectivement se soumettre aux limites, aux contraintes et aux risques que cela implique. Dont le risque de donner l’impression que puisque les choses sont mesurées et mesurables, alors elles sont d’une certaine manière maîtrisées et maîtrisables.

À ce propos, un autre extrait de l’excellent Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable de Riesel et Semprun :

« Le culte de l’objectivité scientifique impersonnelle, de la connaissance sans sujet, est la religion de la bureaucratie. Et parmi ses pratiques de dévotion favorites figure bien évidemment la statistique, par excellence science de l’État, effectivement devenue telle dans la Prusse militariste et absolutiste du XVIIIe siècle, qui fut aussi la première, comme l’a remarqué Mumford, à appliquer à grande échelle à l’éducation l’uniformité et l’impersonnalité du système moderne d’école publique. De même qu’à Los Alamos le laboratoire était devenu caserne, ce qu’annonce le monde-laboratoire, tel que se le représentent les experts, c’est un écologisme de caserne. Le fétichisme des mesures, le respect enfantin de tout ce qui se présente sous la forme d’un calcul, tout cela n’a rien à voir avec la crainte de l’erreur mais plutôt avec celle de la vérité, telle que pourrait se risquer à la formuler le non-expert, sans avoir besoin de chiffres. C’est pourquoi il faut l’éduquer, l’informer, pour qu’il se soumette par avance à l’autorité scientifique-écologique qui édictera les nouvelles normes, nécessaires au bon fonctionnement de la machine sociale. Dans la voix de ceux qui répètent avec zèle les statistiques diffusées par la propagande catastrophiste, ce n’est pas la révolte qu’on entend, mais la soumission anticipée aux états d’exception, l’acceptation des disciplines à venir, l’adhésion à la puissance bureaucratique qui prétend, par la contrainte, assurer la survie collective. »

***

Enfin, un autre problème de la collapsologie, en partie lié à tout ce qui précède, concerne la naïveté de son discours.

Mais pour le comprendre, récapitulons. En quoi tout cela pose-t-il problème ?

Eh bien, si la collapsologie passe à la télévision et est promue dans les journaux, c’est parce qu’elle ne dérange pas plus que ça l’idéologie dominante : comme elle, elle considère que l’effondrement de la société industrielle est une catastrophe. En outre, la diffusion d’un tel message dans les médias ne fait que renforcer le climat d’insécurité et de peur qui garantit une population toujours plus docile et apathique. Du pain béni pour l’hyperclasse mondiale qui ne cesse de s’enrichir sur notre dos à tous (à ce sujet, le dernier rapport d’Oxfam[3] est effarant, comme ceux d’avant).

En effet, pour prendre un exemple, l’intervention de Pablo Servigne sur LCI s’est résumée à la prédiction d’un effondrement de la civilisation industrielle par manque de ressources (principalement). Aucune suggestion de ce que la civilisation industrielle constitue une catastrophe mortifère qui détruit, exploite, torture et asservit au quotidien humains et non-humains.

Tout ce que cela a dû instiller dans l’esprit du téléspectateur de LCI, c’est qu’il va falloir que les gouvernements et les experts se retroussent les manches pour trouver des moyens de faire continuer cette magnifique aventure de Progrès et de Bonheur™ qu’est la civilisation industrielle.

Je crois savoir que Pablo Servigne a des penchants anarchistes.

Paradoxalement, en l’état des choses, le discours extrêmement modéré et anthropocentré (narcissique) de la collapsologie risque d’appuyer à la fois le narcissisme des habitants des pays riches qui vont principalement s’inquiéter de leur propre sort, de leur propre survie, ainsi que la soumission aux mesures gouvernementales et étatiques dont le discours dominant affirme et affirmera de plus en plus qu’elles permettent et permettront si ce n’est d’éviter l’effondrement, au moins de le repousser.

Les initiatives comme celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes n’émanent pas, ou du moins pas uniquement et pas principalement, d’une inquiétude narcissique, elles émanent d’un désir de faire cesser le désastre industrialiste, de défendre le monde naturel et tous ces autres que la civilisation ignore et méprise. Elles s’inscrivent dans une logique conflictuelle, d’opposition à l’État (et à la civilisation industrielle en général).

Actuellement (et dans les années à venir), le développement des technologies dites « renouvelables » (solaire, éolien, barrages, biomasse, etc.) et des hautes-technologies en général engendre (et va engendrer) une intensification[4], un accroissement, des pratiques extractivistes et de l’exploitation des « ressources naturelles » en général (au nom donc, de la « croissance verte[5] » et/ou du « développement durable »), qui correspondent à une aggravation significative de l’impact environnemental de la civilisation industrielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien industriels requièrent des métaux et minerais rares que l’on trouve en quantité limitée et en certains endroits du globe uniquement. L’extraction, le traitement et l’exploitation de ces matières premières génèrent d’ores et déjà une catastrophe écologique[6].

Les États du monde et leurs dirigeants (PDG et politiciens) connaissent ces problèmes écologiques et s’en moquent éperdument – c’était attendu. Les dirigeants étatiques savent que cela risque de créer de nouveaux conflits internationaux. Ils se disent prêts à affronter cette éventualité, ainsi qu’on peut le voir dans un rapport d’office parlementaire publié sur le site du sénat[7] et intitulé « Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques ».

De manière globale, la militarisation du monde va croissante, également à cause des prévisions concernant les migrations humaines massives que les changements climatiques vont engendrer, et des pénuries ou épuisements à venir ou de différentes ressources stratégiques (dont la terre elle-même, dont l’eau, etc.).

Les injustices massives vont perdurer et s’accentuer.

Plus que jamais, si nous voulons défendre le monde naturel contre les assauts qu’il subit et qu’il subira au cours des décennies à venir, nous avons besoin d’une résistance organisée, qui assume une conflictualité délibérée vis-à-vis de l’État, ainsi que Notre-Dame-des-Landes nous l’a montré.

Les initiatives d’individus du monde riche cherchant à augmenter la résilience de leurs communautés (façon villes en Transition) à l’aide de panneaux solaires et d’éoliennes industriels ne feront qu’appuyer l’extractivisme des États et des corporations et l’exploitation d’esclaves modernes à travers le globe et surtout dans les pays pauvres.

Nous ne savons pas quand un effondrement se produira. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont mal et qu’elles vont empirer, pendant un certain temps.

Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui compose la civilisation industrielle, la perspective de son effondrement n’est qu’un espoir distant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des destructions écologiques qui la compose. Pour eux, l’effondrement constitue un évènement attendu avec impatience.

Plus haut, j’ai dit comment les collapsologues ont tendance à considérer l’effondrement à venir comme une catastrophe. C’est majoritairement et le plus souvent le cas. Mais pas toujours. Dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, en plus de la timide référence à la position de David Holmgren, suggèrent de temps à autre que l’effondrement de la société industrielle sera une sorte de délivrance.

Cette ambivalence, cette incapacité à savoir ce qui constitue une catastrophe, de la civilisation industrielle ou de son effondrement, se double d’une incapacité à tenir un discours clair et cohérent sur ce qui est à entreprendre.

La web-série NEXT produite par Clément Montfort sur le thème de la collapsologie s’inquiète, à l’instar de la plupart des collapsologues, à la fois des désastres écologiques que la civilisation industrielle génère (les « anéantissements biologiques des écosystèmes ») ET de l’effondrement de cette civilisation (« les risques d’effondrement de notre civilisation »). L’épisode où Yves Cochet est interviewé, par exemple, ne fait que discuter de la perspective d’effondrement pour les humains qui vivent au sein de la civilisation industrielle, il y parle d’« évènements dramatiques », d’un « certain type d’effondrement quand même assez atroce », du fait que « quelque chose d’aussi atroce que l’effondrement puisse arriver », d’une « réalité catastrophique qui nous attend », et de choses du genre. Après quoi on a le privilège de découvrir comment M. Cochet fait pour vivre avec cette idée d’effondrement (« Comment vous faites, vous personnellement au quotidien pour vivre avec cette idée d’effondrement ? »).

Cette confusion quant à ce qui compte vraiment, cette consternante propension à considérer qu’il est en quelque sorte aussi problématique et aussi triste de voir le monde naturel partir en lambeaux que de concevoir l’effondrement de la monoculture mondialisée qui le détruit, est typique de la confusion culturelle et idéologique sur laquelle la civilisation industrielle s’est bâtie et qu’elle entretient toujours.

Pire, en réalité, cette série penche largement du côté du narcissisme des civilisés et se concentre principalement sur la catastrophe que l’effondrement va représenter pour les habitants des pays riches et pour les membres de la civilisation industrielle plus globalement.

D’ailleurs, dans l’épisode 4, intitulé « Bercy invite les collapsologues », nous suivons Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui se rendent au Ministère de l’Économie et des Finances, en octobre 2016, pour participer à une réunion du Conseil Général de l’Économie organisée par une certaine Dominique Dron, qui y travaille et qui a apparemment beaucoup apprécié leur livre. Et l’on apprend que « lors de cette réunion, une vingtaine d’experts de l’État assiste à leur présentation » et que « le ‘Conseil Général’ du Ministère de l’Économie rédige des avis et expertises à destination des ministres demandeurs ». Si Dominique Dron a apprécié leur livre, c’est parce que son contenu « était très intéressant pour notre activité portant sur les risques », pour « le travail de la section ‘sécurité-risque’ » qui s’occupe de « cyber-résilience » (qui vise à garantir des « systèmes numériques résilients »), mais aussi des « risques d’approvisionnement sur l’énergie », et d’autres choses dans « le domaine de l’énergie, le domaine de l’industrie, le domaine Télécom numérique, le domaine services financiers ». Nous avons là à la fois une collaboration avec les services de l’État, qui confirme l’absence d’esprit critique de ces collapsologues, leur sympathie pour l’État (ce qui infirme probablement ma remarque concernant les penchants anarchistes de Pablo Servigne), et une illustration de ce que la collapsologie peut servir au renforcement de l’État face aux multiples risques qu’il encourt et qu’il encourra davantage à l’avenir.

Et pourtant dans l’épisode 5, Yves Cochet parle des zadistes et de ceux qui luttent contre divers projets étatico-corporatistes comme de « précurseurs ». Aider l’État ou lutter contre ? On ne sait pas trop. Les deux apparemment.

L’article du journal Le Monde sur la collapsologie publié au début de cette année 2018 présente — évidemment — l’effondrement de la civilisation industrielle comme une catastrophe, tout en promouvant, à travers Jared Diamond, le mensonge raciste du pessimisme anthropologique, qui consiste en une affirmation grossière selon laquelle « l’homme s’est toujours comporté de façon dévastatrice dans ses relations avec tout ce qui vit ». Et passent aux oubliettes de l’histoire — rédigée par les vainqueurs — tous ces peuples qui vivaient d’une manière si ce n’est entièrement soutenable, au moins infiniment plus soutenable que les civilisés qui les ont massacrés. Sans parler de ceux qui subsistent encore aujourd’hui, en Inde, en Amazonie, en Océanie, en Afrique et ailleurs (des Jarawas aux Penan, en passant par les Pygmées), et que la civilisation industrielle détruit actuellement à petit feu. Une manière de justifier et de rationaliser l’abominable au prétexte que c’est simplement la nature humaine (cette nature humaine qui n’est, en réalité, qu’une illusion occidentale, ainsi que Marshall Sahlins le rappelle très justement).

C’est dire qu’en l’état des choses, la collapsologie renforce l’identification toxique de la plupart des gens qui vivent au sein de la civilisation industrielle à cette culture mortifère, au lieu d’encourager leur identification au monde naturel. Ainsi, elle sert les desseins destructeurs de l’État et des médias grand public, de leur propagande, de la culture dominante, bien plus qu’elle ne sert la planète et toutes les espèces vivantes.

On ne peut que souhaiter que ses promoteurs éclaircissent leur perspective, qu’ils s’affranchissent des relents toxiques de la culture dominante qui les empêchent de prendre position de manière plus déterminée, qu’ils intègrent la critique sociale à leur analyse, qu’ils adoptent une perspective plus compréhensive, biocentrée ou écocentrée, rejoignant ainsi, sans équivoque, le camp de ceux qui luttent contre la « guerre contre le monde vivant » que mène la civilisation industrielle, selon l’expression de George Monbiot.

Nicolas Casaux

 


  1. https://reporterre.net/La-web-serie-qui-raconte-l-effondrement-de-notre-civilisation
  2. http://partage-le.com/2017/12/8414/
  3. https://reporterre.net/Le-nombre-de-milliardaires-a-connu-en-2017-sa-plus-forte-hausse-de-l-histoire
  4. Voir cet article que j’ai récemment publié, « La transition anti-écologique : comment l’écologie capitaliste aggrave la situation » : http://partage-le.com/2017/09/7654/
  5. Pour en savoir plus sur la nuisance de la croissance verte, vous pouvez lire ce texte de Philippe Bihouix, « Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance » : http://partage-le.com/2017/09/du-mythe-de-la-croissance-verte-a-un-monde-post-croissance-par-philippe-bihouix/
  6. Voir le nouveau livre de Guillaume Pitron du Monde diplo dont parle ici le magazine les Inrockuptibles : https://www.lesinrocks.com/2018/01/06/livres/un-livre-revele-la-plus-fantastique-operation-de-greenwashing-de-lhistoire-111026872/
  7. http://www.senat.fr/rap/r15–617–1/r15–617–1.html

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  1. il est très bien rédigé ton article Nicolas et très sérieusement documenté .. bien plus que ce qu’écrit pablo et son collègue .. j’ai parcouru son livre et je l’ai trouvé assez simpliste .. bien évidemment l’idéologie de l’effondrement ne fait qu’accroitre le sentiment de disruption et d’abandon dans la tête des gens .. afin d’y mettre du passionnel à la place d’une réelle démarche d’émancipation.. une nouvelle forme de millénarisme à la mode anthroposophique ..

  2. Je suis d’accord en grande partie avec votre critique, notamment le problème d’absence de critique sociale au sein de la collapsologie, concept lui-même souvent flou.

    Cependant, il est quand même compréhensible que les gens soient effrayés à l’idée d’un effondrement du monde qu’ils connaissent. Même si je vous rejoins pour le trouver souhaitable, pour les même raisons que vous défendez, j’en ai moi aussi peur. Réduire cela à du narcissisme me semble être un raccourci.

    Aussi, à la fin du texte, quand vous dîtes:
     » C’est dire qu’en l’état des choses, la collapsologie renforce […] au lieu d’encourager leur identification au monde naturel », l’idée d' »identification au monde naturel » me semble être aussi un concept très flou.

    Bien à vous,

    1. Bonjour et merci pour cet article, encore un fois, très argumenté.

      En étant aux premières loges de l’effondrement de la biodiversité de par mes études de terrain, je ne suis pas surpris que les notions de « nature » et de « naturel » soient aussi perverties : les urbains qui pensent et qui décident, les raisonneurs comme les décideurs, n’ont aucune idée de ce quoi il est question réellement derrière ces termes.

      L’infantilisation pousse à l’égoïsme et au narcissisme, un aveuglement centré sur soi. Alors, l’esclavage moderne, comme la souffrance des exterminations massives d’espèces vivantes, leur passe très largement au dessus du nombril… Cet engouement pour la collapsologie est aussi l’expression de la peur d’un changement radical que quasiment tous sentent venir : ça ne peut pas durer ! Et ça ne durera pas. J’ai coutume de dire, depuis des décennies maintenant, que le dragon va remuer la queue et que nul ne peut savoir à l’avance de quelle façon.
      D’énormes forces sont actuellement en mouvement dans la biosphère, mises en mouvements accélérés par le cumul des impacts de l’activité humaine… Je pense pour ma part, qu’il est déjà trop tard pour faire autre chose que de l’observer…

      PS qui n’a rien à voir, pourquoi donc vos excellents article ne sont-ils pas datés ?

      1. Je ne peux m’empêcher de réagir en lisant que nous ne pouvons qu’observer. Qu’un seuil critique ait déjà été dépassé, cela me semble une évidence… depuis le Néolithique, voire même avant : l’extinction de la mégafaune du Pléistocène et la transformation radicale des milieux en Amérique du Nord ou en Australie coîncide avec la fin des glaciations mais aussi avec l’arrivée d’Homo Sapiens. Et aujourd’hui ? Ne rien faire ? Laisser faire ? Certes, l’avenir de la plupart des espèces « supérieures » est sévèrement compromis. Mais cela pourrait être encore pire : mort des océans, voire la destruction totale de l’Ecosphère (une petite guerre nucléaire). Pensez donc à ce livre merveilleux de Giono : l’homme qui plantait des arbres. La messe n’est pas encore dite.

  3. Il faut prendre le livre sur la collapsologie pour ce qu’il est. Il n’a pas d’objectif à définir une vérité fondamentale sur les causes ou les conséquences. Il établit un constat et donne les éléments disponibles.
    Oui, il aurait pu appuyer sur la responsabilité de l’homme quant à la destruction de la nature. Il aurait pu insister sur l’incapacité de l’homme à anticiper les conséquences de ses actes (et il l’aborde un peu). Il aurait pu dire que l’homme est profondément bête de scier la branche sur laquelle il est assis.

    Mais ce livre aurait probablement été plus juste mais moins lu. Alors nous pouvons aussi le voir comme un livre de transition, qui amène la ménagère de plus ou moins de 50 ans à prendre conscience de la nature du malaise (extractivisme, consommation), et rien que ça c’est déjà beaucoup.

    Il faut probablement que la masse du peuple – par opposition aux élites – passe par ce type de prise de conscience pour changer ses comportements et commence à changer sa manière de vivre et influencer les choix politiques par leurs choix individuels. Evidemment, il est trop tard et le changement se fera dans la douleur et tant pis.

    Je trouve normal que tout le monde ne soit pas au même niveau de recul ni d’information sur la situation actuelle. Et s’il renforce le côté narcissique, c’est aussi pour être lisible. Une thèse sur la disparition des hippopotames nains du fleuve congo, décimés par la pollution des industriels locaux aurait probablement une audience moindre, de même que les nombreux documentaires disponibles sur la perte de la biodiversité (on a déjà oublié que 80% des insectes ont disparu en Allemagne ?). Il sont pour autant une réalité et montrent effectivement mieux la responsabilité de l’homme dans la destruction de la nature.

    Pour ma part, j’ai trouvé ce livre éclairant, utile, à mettre dans les mains de ceux qui n’avaient pas cet éclairage. Les autres qui avaient déjà conscience de tout ça n’en ont effectivement pas besoin. Ensuite, chacun fera son chemin, et finira irrémédiablement sur le constat que l’homme est à l’origine de sa propre perte.

    Après, on peut aussi discuter du terme de nature. L’homme fait-il partie ou pas de la nature ? C’est une espèce invasive comme une autre après tout, non ?

    Merci pour cette analyse. Oui c’est utile de pointer du doigt que ce livre ne va pas assez loin pour rappeler les enjeux finaux à ceux qui auront le niveau de conscience à même de le comprendre. Pour autant, les autres en bénéficieront pour avancer sur leur chemin de prise de conscience, sujet essentiellement personnel.

    1. Pareil que le camarade : la prise de conscience commence forcément à partir de soi. Elle a précisément pour effet d’aboutir à la conclusion que le soi n’est qu’une partie d’un tout. La biodiversité est aussi humaine. On est tous pareils : différents. La Nature a fait l’Homme a son image. Nous sommes la Nature en train de prendre conscience d’elle-même. A force d’enfiler les perles, j’en ai fait un collier. 😉

      1. Salut ami Marxien-Hegelien.
        Après avoir lu tout ces commentaires, j’aimerais évoquer un auteur, Jerôme Baschet, évoquer un livre, « Adieux au capitalisme ».
        Il est dans le dépassement de la civilisation actuelle, et surtout, il repositionne l’homme là où il n’aurait jamais dû cesser d’être.
        En plus de « Le Capital » de Marx, voici un livre à proposer à toutes les consciences en mouvement.
        Merci d’être là.

    2. Bonjour à tous,

      http://partage-le.com/2015/04/comment-tout-peut-seffondrer-la-fin-des-energies-industrielles-et-le-mythe-des-renouvelables/

      Je n’ai pas grand chose à ajouter en dehors qu’effectivement, la principale qualité de leur livre (qui à l’origine et d’après les auteurs, ne devait pas être ‘comment tout peut’ mais ‘comment tout va’ – un choix de l’éditeur … donc quoi qu’il soit entrepris, tout est plié) utilise le langage et des matériaux [récents] de la science, des élites, celui qui imprègne encore beaucoup de personnes qui n’écoutent, ne jurent, ou ont été éduqué comme tel, que par les chiffres et les études détaillées (même au détour de nébuleuses infréquentables) voire le « vu à la tv ». Ici donc est la preuve, réelle, objective, la seule que la toute puissance est en mesure d’accepter ou ne peut plus ignorer au final, car réalisée avec ses propres outils/armes, l’ultime plan stratégique de sa future défaite en quelques coups qu’elle pensait être, de son point de vue tronqué et trop optimiste pour son appétit trop vorace : une victoire sur elle-même.

      Mais oui, je suis également pour en finir avec cette civilisation industrielle la précipiter ou bien la voir arriver à grand fracas sans mon concours, recroquevillé même au fond de mon canapé suédois, je l’avoue honteusement. Même si tout (ou presque ?) mon confort matériel est mis à la benne par la suite, ça me fera bouger enfin le cul que pour des raisons, des causes plus essentielles, plus proches des besoins humains et de ses relations; la simplicité de vie à y retirer semble à mes yeux une véritable délivrance de ce capharnaüm et ces mensonges au quotidien que tous ces cons de technocrates nous ont effectivement empilé depuis des décennies sur notre gueule à coup de messages hypnotiques « le progrès te simplifiera la vie ».

      1. Et le livre de Guillaume Pitron est, me semble-t-il, un excellent complément du livre Comment tout peut s’effondrer.
        Il finit d’enfoncer le clou sur « vous croyez encore qu’on pourra sauver le monde par la technologie ? Voilà pourquoi c’est impossible ».
        A déconseiller aux dépressifs, mais à conseiller aux adeptes de pilule rouge.

  4. Tout à fait d’accord avec Laurent Genier, le livre de Pable Servigne et Raphael Stevens permet de (se) situer (dans) l’effondrement au niveau de notre condition humaine. Ensuite, je pense que vous vous êtes arrêtez trop rapidement à ce seul livre. Vous devriez lire le dernier livre de Pablo Servigne, « Entraide, l’autre loi de la jungle », vous y decouvririez que justement, il dépasse cet aspect narcissique et technique que vous critiquez tant. On y trouve les éléments pour dépasser cette culture mortifère de l’identification toxique civilisation industrielle et encourager une identification au monde naturel.
    Et puis, c’est quoi la différence entre des « penchants anarchistes » et le souhait de voir tout s’éffondrer très vite de David Holmgren qui lui, « semble avoir les pieds sur Terre »?

    1. J’ai lu L’Entraide. Je n’ai pas lu la même chose que toi apparemment. Et il me semble que des choses t’échappent dans l’article, manifestement, je doute des penchants anarchistes de Pablo, l’as-tu remarqué ?

  5. Ma démonstration en version courte.
    Thèse :
    Nicolas Cassaux est plus efficace. Grâce à sa plume, il sensibilise. Il fait avancer le schmilblick. Mais pas Servigne & Stevens car quelques (très petits) articles à propos de leur livre sont parus dans les grands médias qui s’accommodent très bien de leur déclinisme.
    Antithèse :
    Le problème de Nicolas Cassaux : Il nous fait croire qu’il défend les autres qu’humains mais en fait il les détruit à travers son activité électronique.
    Synthèse :
    Bravo à Nicolas Cassaux pour cet article plein de bon sens, pas du tout parano et sans aucune citation retirée de son contexte. Il a atteint son objectif. Grâce à lui des milliers de libellules ont pu être sauvées.

    1. Wow. Le sophisme tu quoque comme contre-argument. J’avoue que je ne m’y attendais pas. Enfin, que je ne pensais pas lire des choses aussi nulles. Mais bon, si tout ce que tu as à rétorquer c’est un appel à l’hypocrisie, c’est que je ne dois pas trop m’être trompé.

      1. Oui, mon intervention était volontairement courte et ironique (rien à voir avec de l’hypocrisie). Cela ne te fait pas rire apparemment. Oups… désolé. A bientôt, ailleurs.

  6. Bonjour Nicolas , je lis toujours vos articles avec intérêt , et c’est grâce à vous que j’ai compris que l’effondrement est la seule solution .
    Cependant je trouve normal aussi que cet effondrement fasse extrêmement peur et qu’on l’appréhende comme une catastrophe , je le souhaite et en même temps je me demande comment nous vivrons ou même si nous survivrons .
    Même si on est très critique vis à vis de notre civilisation consumériste , on ne peut pas nier que nous en avons profité et elle nous apporté un confort de vie .
    Et c’est très inquiétant d’imaginer un futur différent de ce que nous connaissons , avec probablement des difficultés pour se nourrir , trouver de l’eau potable etc…Nous n’y sommes pas préparés et cela nous fait peur .
    Il me semble que le mouvement de la décroissance est ce qui va le plus dans le bon sens .

    1. Bonjour,

      Je ne dis pas dans l’article qu’il ne faut rien craindre, n’avoir peur de rien. Du moins si l’on comprend cela, ce n’était pas mon intention. Je dis qu’il ne faut pas le considérer comme un mal. « on ne peut pas nier que nous en avons profité et elle nous apporté un confort de vie », très franchement vous, peut-être, moi je suis bien incapable de dire ça. Cette civilisation m’a trop pris, d’une certaine manière je peux tout à fait dire, à l’instar de beaucoup, qu’elle m’a volé ma vie et en a fait, par certains aspects, un enfer. Mais de la vie de beaucoup, de millions, principalement dans les pays pauvres, elle a fait un enfer bien pire. Qui sait ce à quoi la vie aurait pu ressembler sans elle, la liberté à laquelle on aurait pu goûter, la richesse relationnelle, émotionnelle, la profondeur…
      Je ne considère pas non plus qu’un futur différent de ce que nous connaissons est inquiétant, je m’inquiète bien plus d’un futur qui ressemblerait à la suite de ce que nous connaissons (une longue agonie, un longue torture qui finirait par une mort atroce, pour des millions d’espèces). Les difficultés feront partie du coût, et peut-être que ces difficultés, il nous est possible de les considérer bien autrement.

    2. Bonjour,

      Je partage l’avis de Nathalie : article fort intéressant de par son contrepoint avec la collaspologie, discipline peut-être encore nébuleuse mais que ses « inventeurs » ont le mérite d’avoir su rendre accessible à un grand nombre.

      Pareillement je ne peux que constater que la perspective de l’effondrement me réjouit autant qu’elle m’atterre. Ambivalence, donc. Même si je déplore les méfaits colossaux et tentaculaires du capitalisme, j’avoue que voir s’écrouler le mythe d’un progrès que j’imaginais aller vers je ne sais quel mieux-être généralisé est assez douloureux à accepter.

      Et puis pour le côté égoïste (plutôt que narcissique) je ne cacherai pas que la possible désagrégation des conditions de vie de mes enfants et de mes proches est de nature à m’inquiéter, en toute subjectivité. Il y a, dans cette perspective d’effondrement, des dimensions émotionnelles non négligeables.

      En tout cas merci pour cette réflexion argumentée, qui enrichit la mienne.

  7. Excellent article mon cher Nicolas !
    Merci à toi de diffuser cette évidence : afin d’assurer la pérennité de la vie sur cette planète, un effondrement civilisationnel est plus que souhaitable.
    Qu’on se le dise !
    Afin de vous déculpabiliser, dites-vous que de toute façon il est inéluctable….
    Plus le système perdure, plus désastreux seront les effets de sa destruction, et donc il vaut mieux qu’il s’effondre au plus vite.
    Que le George Hayduke qui sommeille en nous se réveille.
    Que crève le vieux monde !

  8. Jusqu’au bout, on va se déchirer pour des broutilles ?! A lire cet article imbécile je me dis que décidément nous n’avons rien compris. Car lisez bien tout ce qu’écrivent les gens qui gravitent autour de la « collapsologie » et vous verrez que tout le monde partage peu ou prou vos diagnostics. Depuis toujours, à vouloir la pureté absolue en matière d’idées, on se condamne à promouvoir la pérennité du désastre. Car peu importe de savoir que tout a déjà été dit, de manière parfaitement lucide et claire, il y a longtemps, il faut juste tenir compte de la situation où nous sommes aujourd’hui et d’imaginer la suite. En tenant également compte de la crétinisation absolue du monde par le capitalisme. Et en tenant compte aussi, pour finir, que plus vite sera le mieux ce qui n’est une garantie de rien.

    1. Huh. « tout le monde partage peu ou prou vos diagnostics », c’est étonnant alors tous ces extraits de livres, toute cette série NEXT sur la collapsologie, toutes ces conférences organisées autour de ce thème dans de prestigieuses institutions parisiennes, qui mettent en avant un diagnostic qui peine à sortir de l’ethnocentrisme (au-delà de l’anthropocentrisme), pétri de contradictions, qui n’ose pas présenter la civilisation industrielle comme une calamité dont on aurait dû souhaiter se débarrasser pour une myriade de raisons et pas seulement pour son insoutenabilité écologique, qui ouvre sur des propositions contradictoires (tous ensemble dans le même bateau, alors aidons l’Etat, collaborons tous comme une grande famille VS. la reconnaissance des logiques conflictuelles qui opposent l’Etat aux militants des nombreuses luttes socio-écologiques, ETC). Si vous ne voyez pas les différences, assez flagrantes, entre notre diagnostic et leurs discours, relisez le texte. J’apporte suffisamment d’exemples et d’illustrations de ce que tout le monde ne partage pas peu ou prou le même diagnostic. Je ne devrais pas prendre la peine de répondre à ni même de publier ce commentaire strictement injurieux, cela sera donc l’unique et dernière fois.

      1. L’ethnocentrisme est sans aucun doute regrettable mais il nous est « naturel » (ou culturellement intégré). Il n’est pas étonnant que la plupart des gens, y compris les collapsologues, se sentent hautement concernés par leur propre sort et celui de leurs congénères, avant de voir les bénéfices que pourrait tirer de l’effondrement le reste du vivant. Il n’est pas donné à tout le monde de prendre suffisamment de recul et faire preuve de suffisamment d’abnégation pour se réjouir du déclin d’une civilisation qui, outre toutes ses dérives écocides, apporte un « confort »… aussi aliénant soit-il. La plupart d’entre nous sommes traversés d’ambivalences et bourrés de contradictions, désirant l’impossible, effrayés de perdre les avantages que nous nous sommes octroyés.

  9. Ayant assisté à une conférence de Pablo Servigne lors de la parution de son rapport « Nourrir l’Europe en temps de crise », j’ai pu appréhender la personne derrière l’auteur. A mon sens, Servigne amène un travail de vulgarisation remarquable. Prendre un point de vue anthropocentré est la meilleure manière de toucher un public qui ne manipule pas aisément la pensée systémique, ou tout simplement le langage scientifique et sociologique. A vous lire, c’est peut-être là que le fossé se creuse.
    Par ailleurs, il est on ne peut plus important, et Servigne l’a bien compris, d’amener la composante émotionnelle à l’avant-plan. L’effondrement qui vient est traumatisant. Il agrège notre rapport à la mort, à la douleur, à la perte de nos acquis. Il est vrai aussi que le traumatisme est sans commune mesure avec celui que notre civilisation inflige quotidiennement à Gaïa. Mais c’est de nouveau se trouver dans une pensée dualiste (l’homme d’un côté, la nature de l’autre). Il est temps de sortir de ce moule.
    Il est temps de devenir sensible, empathique. Nous sommes tous, humains ou non-humains, des êtres sensibles. Notre société a bien fait son travail d’annihilation de cette partie de nous.
    La meilleure préparation à ce qui vient est de recontacter, d’accueillir cette part émotionnelle. Servigne l’a compris (ou plutôt ressenti). Et vous?

    1. Pas d’accord sur tous les points. « L’effondrement qui vient est traumatisant. Il agrège notre rapport à la mort, à la douleur, à la perte de nos acquis. « , + « Il est vrai aussi que le traumatisme est sans commune mesure avec celui que notre civilisation inflige quotidiennement à Gaïa. » C’est une belle remarque d’Occidental, notre civilisation inflige aussi à plein d’être humains des traumatismes terribles, elle en exploite des millions, en torture autant et en tue également, et ce depuis des siècles. La posture de l’Occidental qui découvre la mort quand son mode de vie inflige la mort partout dans le monde me paraît particulièrement indécente, et pathétique. Et comme quoi le problème n’est pas qu’un anthropocentrisme. Si tu avais une perspective anthropocentrée tu aurais compris que notre civilisation inflige quotidiennement des horreurs non seulement à Gaïa mais à des millions d’êtres humains, qu’elle est bâti sur des montagnes de cadavres, des génocides et un ethnocide encore en cours. L’effondrement, ce sont uniquement les Occidentaux qui se découvrent mortels, eux aussi, eux qui avaient jusque-là plutôt l’habitude d’infliger la mort aux autres êtres humains et au monde naturel. Bah mince alors. On n’a pas à « se préparer à l’effondrement », ce n’est pas du tout le comportement éthique à adopter, s’il nous reste une once d’éthique, on a surtout à mettre fin aux exactions en cours, celles qui permettent à notre quotidien d’Occidentaux de se maintenir.

      1. Merci pour ta réponse, mais encore une fois, je trouve ta vision dualiste et donc, à mon sens, erronée. Je suis d’accord avec l’état de fait de la mauvaise santé de notre terre.
        Néanmoins, l’humanité entière fait partie de Gaïa, elle-même imbriquée dans des sphères d’influences encore plus vastes, complexes et abstraites; Il n’y a pas de « Nous, méchants occidentaux impérialistes » et eux « Gentils peuples Natifs, autochtones, primitifs,sages ».
        Et tu as encore raison, je fais des remarques d’Occidental car j’en suis un. A moins que je ne me trompe, tu en es un aussi. Alors qu’est-ce qui fait que je suis plus Occidental que toi?

        « Si tu avais une perspective anthropocentrée tu aurais compris que notre civilisation inflige quotidiennement des horreurs non seulement à Gaïa mais à des millions d’êtres humains, qu’elle est bâti sur des montagnes de cadavres, des génocides et un ethnocide encore en cours. »
        C’est un jugement, et je pense que tu te trompes, que je l’ai bien compris. Cela dit j’ai décidé à un moment d’arrêter de chercher les coupables, c’est stérile et ça reproduit exactement ce que tu semble dénoncer. J’essaie plutôt de créer des ponts.

        « L’effondrement, ce sont uniquement les Occidentaux qui se découvrent mortels, eux aussi, eux qui avaient jusque-là plutôt l’habitude d’infliger la mort aux autres êtres humains et au monde naturel. »
        Je ne suis jamais allé en Afrique. Je ne suis jamais allé en Amérique Latine. En fait je n’ai pas eu l’occasion de quitter l’Europe.
        Cela dit je pense que tous les peuples ont eu, dans leur histoire, du sang sur les mains. J’ai l’impression que tu idéalises les « non-occidentaux ».
        Tu sembles voir notre Techno-science comme destructrice et meurtrière. Je pense que c’est vrai, mais ce n’est qu’une partie de la réalité. Accepte l’autre partie, ça te réconciliera peut être avec « les occidentaux ».

        A te lire,
        Julien

      2. Vous êtes prompt à critiquer certains d’avoir une vision « d’Occidental ».

        Pourtant la plupart de vos textes me semblent illisibles pour d’autres personnes que le mythifié « Occidental ».
        J’irai même plus loin en disant qu’ils sont illisibles pour le « non-Occidental-issu-des-classes-supérieures-et-déjà-sensibilisé-à-l’écologie » ; autrement dit, ceux-là même qui sont en premières lignes des dégâts causés par le néo-libéralisme.

        N’est-ce pas une stratégie contre-productive lorsqu’il faut justement toucher, réveiller et mettre en mouvement ceux-là, quelque soit leur couleur de peau et la société dans laquelle ils vivent autour du monde ?

        Sur le problème spécifique que vous soulevez de la non dénonciation par Servigne (voir d’une certaine collaboration) des politiques et économies néo-libérales à la base de la destruction du vivant, on peut s’en faire une idée plus juste en allant voir :

        « Ce sont les mains gauche et droite d’une doctrine de philosophie politique appelée libéralisme et dans laquelle nous baignons depuis plus de deux siècles.

        Le problème est que la main droite a pris le pouvoir durant ces dernières décennies et impose ses méthodes. La vague néolibérale des années 80 n’a pas fini de privatiser tous les domaines de la société et de la vie. Cette attaque frontale aux biens communs se passe généralement de manière silencieuse à cause justement de leur invisibilité. Sauf dans certains cas trop scandaleux (l’eau en Bolivie, les gènes dans les laboratoires pharmaceutiques, etc.) où une partie de l’opinion publique réagit ponctuellement (on pense à toutes les luttes autour de l’AMI 4 menées entre autres par l’association ATTAC dans les années 2000). L’idéologie du marché débridé est corrosive pour les biens communs. Malheureusement, elle est bien implantée dans l’imaginaire collectif de nos sociétés, et en particulier dans la tête des élites financière, politique et médiatique, qui imposent leurs méthodes au reste du monde et contribuent à maintenir invisible les biens communs… jusqu’à ce qu’ils soient privatisés et rentables pour l’actionnaire
        ! »
        https://raforum.info/IMG/pdf/2013pablo-penserlesbienscommuns.pdf

        « Nous montrons dans notre livre que les inégalités sociales et économiques sont un facteur très important des effondrements. Plus précisément, plus une société montre d’inégalités de classes, plus elle a de chances de s’effondrer vite et de manière certaine. »
        http://www.cadtm.org/L-effondrement-qui-vient

        « On croit souvent que le progrès est naturel. En fait, ce sont des choix politiques. Des élites au pouvoir ont imposé le pétrole, par exemple. Ça a créé des monopoles et on a détruit les trains, les trams et les autres sources d’énergie. Un régime énergétique fait émerger un régime politique. C’est bien montré dans Petrocratia (Editions Ere, 2011), de Timothy Mitchell. Le charbon a permis l’émergence de la démocratie de masse et des mouvements ouvriers ; l’arrivée du pétrole a détruit ces mouvements par la qualité même de cette énergie et a mis au pouvoir une élite technocratique. Le changement climatique est connu depuis longtemps. Les élites ont décidé de l’ignorer pour faire plus d’argent. »
        http://www.terraeco.net/Pablo-Servigne-Les-plus,64497.html

  10. Bonjour,

    Je vous remercie pour votre article, qui invite à la réflexion. Je vous ai trouvé par par le blog d’Olivier Berruyer
    https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-04022018/

    Cette source vous indiquera que l’écologie n’est pas ma préoccupation principale. J’essaie de me tenir au courant des enjeux principaux du monde, j’ai donc lu ce livre de Servigne, qui m’a laissé plus d’une gêne, mais pas assez pour analyser.

    Depuis votre point de vue, vous avez mis le doigt sur cette gêne, le narcissisme compassionnel.

    Ensuite, je pense que nous aurions plus d’un différend, je me suis formulé sur mon blog

    https://blogs.mediapart.fr/glorieux/blog/110218/catastrophe-est-ce-que-la-therapie-suffit

    Je vais vous lire plus longuement sur ce site, afin de saisir plus précisément les points de ma différence.

    1. Merci à vous. Oui, Olivier partage régulièrement certains de nos articles, c’est tout à son honneur parce que nous n’avons pas les mêmes bases et les mêmes perspectives disons, même si nous partageons certaines analyses concernant les temps présents. Si vous voulez comprendre notre perspective, je vous conseille ces articles :
      http://partage-le.com/2017/10/7993/
      et
      http://partage-le.com/2017/12/8414/

      Notre perspective pourrait être qualifiée de biocentriste (un mot-clé pour en savoir plus rapidement). Nous partageons certaines analyses du courant anti-industriel français, du courant technocritique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Technocritique), et des situationnistes, entre autres.

    1. Vu l’interview, elle confirme précisément tout ce que j’ai écrit ici. Apolitisme complet. Souci avant tout de son propre sort d’Occidental. Aucune discussion des rapports de pouvoir, des structures sociales oppressives. Des réalités atroces du fonctionnement normal de la civilisation. Etc. J’en ai conclu que mon article était plutôt modéré.

  11. Les collapsologues comme Srevigne et consor ne sont pas là pour dénoncer les aberrations du système capitaliste quant aux inégalités qu’elles génèrent. Ce n’est pas leur objet.
    La collapsologie tente de mettre en lumière l’impasse dans laquelle nous nous trouvons et les conséquences du fonctionnement du monde tel qu’il est.
    Ainsi, il va sans dire que nous courons tous à la catastrophe, sans distinction de race ou de quoique soit d’autres. Si certains paient depuis longtemps un lourd tribut quant à Nos (!) choix, Nous (!) sommes une fois pour toutes sur le même bateau. Après tout, c’est un message humaniste non…?

  12. J’ai beaucoup aimé cet article mais les critiques envers Pablo Servigne sont trop stéréotypées. Son livre quo-écrit avec R. Stevens, « Comment tout peut s’effondrer », est innovant et très pédagogique et ne nie pas que l’effondrement est aussi « une bonne chose ». Il a l’avantage d’éveiller un large public à la réalité de l’effondrement inévitable et déjà en cours. Son dernier ouvrage « L’entraide, l’autre loi de la jungle » quo-écrit avec Gauthier Chapelle, est tout à fait enrichissant (n’étant point érudit, j’y ai découvert Kropotkine et bien d’autres auteurs passionnants). C’est aussi grace à Pablo Servigne que je découvre votre article. À nous lecteurs de faire la part des choses.

  13. c’est pas seulement de la chutte de notre civilisation dont il faut avoir peur, c’est surtout de la boucherie dans laquelle ça va se passer.
    Une fois que toutes les bombes nucléaires et toutes les armes chimiques auront été utilisées qu’est-ce qui restera de vivant sur terre ou dans les mers.