Thierry Sallantin, un ami ethnologue, m’a envoyé ce billet le 29 avril 2018, par e-mail. Je me permets, avec son accord, de le publier.


J’ai écouté l’émission, l’interview de Catherine Larrère et Rémi Beau, les coordinateurs du colloque des 5 et 6 novembre 2015, « Penser l’Anthropocène », actes parus aux Presses de Sciences-Po en janvier 2018.

Peu avant ce colloque, j’avais dit à Catherine Larrère, rencontrée à Dauphine au séminaire de Dominique Méda : « Il aurait fallu intituler ce colloque : « Comment ne pas penser grâce au mot Anthropocène » »… elle s’est décomposée, furieuse !

Encore constaté ce samedi 28 en écoutant France Culture que le mot « Anthropocène » n’est contesté qu’à travers le constat de l’inégalité du point de vue des sociologues, et jamais du point de vue des ethnologues.

Les sociologues ne voient qu’une masse d’humains homogénéisés — résultat de la liquéfaction des sociétés, suite au rouleau compresseur de l’occidentalisation. Une société « liquide » (Zygmunt Baumann), car on a liquidé les différences culturelles suite au génocide culturel appelé « ethnocide » depuis Condominas et Jaulin. But : suite au « devoir des races supérieures, le devoir d’apporter la civilisation aux races inférieures » (Jules Ferry 1885, et Léon Blum, 1925), transformer tous les peuples traditionnels en peuples modernes, enclencher partout l’exode rural (lire de Bitoun et Dupont : Le sacrifice des paysans, une catastrophe sociale et anthropologique), et l’exode hors des forêts, des zones semi-arides, des steppes, des toundras, des peuples nomades, des peuples chasseurs-cueilleurs, ou des peuples pratiquant aussi une agriculture discrète en milieux tropicaux, autant de peuples que les « civilisés » nomment avec condescendance : « sauvages » ; exode hors des campagnes ou hors des forêts menant à l’entassement actuel de plus de 50% des humains en ville…  — et de cette masse d’humains homogénéisés, résultat de l’ethnocide, résultat en forme de jus insipide, ce liquide nauséeux qui s’écoule suite à des siècles de colonisation, ces sociologues souvent d’inspiration marxiste ne critiquent que l’inégalité entre riches et pauvres, ce qui les mène à critiquer le terme « Anthropocène », comme si tous les humains avaient une même responsabilité face à une biosphère de plus en plus abîmée.

Exact : ce sont les riches qui détruisent la planète (Cf. le livre d’Hervé Kempf), ce sont eux qui ont un mode de vie à forte empreinte écologique et qui, donc, sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, ces oligarques et autres « propriétaires des moyens de production », dont les nouveaux milliardaires qui se mettent à pulluler en Chine et autres pays qui sombrent (et non « émergent ») dans la stupide copie du mode de vie (suicidaire) des vieux pays industriels.

D’où le succès du terme alternatif de « capitalocène », qu’Armel Campagne, l’élève de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, a choisi pour son livre (éd. Divergences, décembre 2017), et dont traite le livre d’Andreas Malm, L’anthropocène contre l’histoire : le réchauffement climatique à l’ère du capital (éd. La Fabrique, mars 2017).

Cette homogénéisation n’a qu’un but : faciliter la circulation de la Marchandise, tout doit être « liquide » pour fluidifier le commerce et l’inextinguible soif d’enrichissement des riches, car le pouvoir, c’est la puissance, un tropisme qui semble irrésistible depuis ses débuts dans les premières cités-états en Mésopotamie, il y a 6 000 ans.

Le point de vue des ethnologues est différent :

Il y a une autre inégalité : pas que l’inégalité sociale dans une société globalisée, entièrement occidentalisée, encore que même là, il faudrait souligner la responsabilité des classes moyennes, complices des multinationales en obéissant avec complaisance aux ordres des publicitaires en consommant avec enthousiasme les produits des supermarchés, donc pas seulement la responsabilité des « 1% » !

Dans ce domaine, les derniers arrivés au banquet de la société de consommation sont souvent les plus acharnés à en acheter les produits à la mode, ce qui explose la vieille partition en « classes sociales » des marxistes, comme l’avait vu Marcuse dès les années 1960 : la révolution ne peut plus venir des prolétaires, puisqu’ils admirent (lire Veblen !) le mode de vie des bourgeois, ne faisant que les jalouser. Donc le contraire de ces fils de bourgeois qui auront l’audace de renoncer au désir d’enrichissement en épousant la subversion hippie ou les courants écolos menant au désir de vie simple. Preuve : l’extrême faiblesse du mouvement hippie en Chine et en Inde !

Oui, il y a une autre inégalité, bien plus fondamentale, observée par les ethnologues au point de vue bien plus Deep History, plus profond, plus clairvoyant sur la longue durée.

Les humains sont membres de cultures très diverses, « Anthropos », ce n’est pas que l’Occident avec les 5% des langues parlées dans le monde, des langues qui véhiculent des visions du monde anthropocentriques, soit à partir des croyances monothéistes, soit à partir de la religion de la croyance à cette mythologie qui résume l’histoire du monde à celle d’un progrès inéluctable, progrès à atteindre grâce au développement économique.

Croire cela, c’est être raciste, car c’est mépriser les peuples qui parlent 95% des langues du monde et qui transmettent par ces langues des philosophies, des sagesses biocentriques. C’est mépriser les Pygmées, les Sans du Kalahari, les centaines de peuples papous et mélanésiens, les Aborigènes d’Australie, les Touaregs, les Inuits de l’Arctique, les Nenets et les Evenks et autres peuples de l’immense Sibérie et les centaines de peuples autochtones des Amériques.

« Anthropos », c’est donc une incroyable diversité culturelle, et faire croire depuis l’invention du terme « Anthropocène » par le chimiste Paul Crutzen dans son article de la Newsletter n° 41 de Global Change, IGPB parue en 2000, que tout ce qui va mal sur Terre, c’est de-la-faute-à-« L’homme », c’est oublier que les êtres humains sont de cultures extrêmement diverses.

Non ! Ce n’est pas de la faute des Aborigènes d’Australie ! Ce n’est pas de la faute des Pygmées, ni des Yanomamis d’Amazonie ! Faire le mauvais diagnostic en se trompant sur la cause du mal qui détruit la biosphère, c’est ne pas se donner les moyens de guérir la maladie. Le mal, ce n’est pas « l’Homme », « Anthropos » !

Il ne faut pas en vouloir à ce chimiste, jamais sorti de son laboratoire : il ignore que les hommes ne sont pas tous des Occidentaux courant comme lui les congrès scientifiques. Il ignore tout des sciences humaines, et depuis son petit monde d’adorateurs de la technique, il ne voit comme solution à la catastrophe écologique qui pointe, qu’encore plus de technique pour résoudre les problèmes engendrés par la technique : c’est un adepte de la géo-ingénierie, ainsi que le dénonce Clive Hamilton dans ses deux livres traduits en français.

Le mal, ce n’est pas le « capitalisme », ce qui laisserait supposer que si la société industrielle était gérée autrement, c’est-à-dire par les anticapitalistes que sont les communistes, les usines cesseraient soudain de polluer, de produire des gaz à effet de serre !

Non ! Le mal est plus profond : c’est l’industrialisme de Marx, Saint-Simon et Keynes ou Hayek qu’il faut remettre en cause. Ce sont tous les auteurs de l’anti-industrialisme qu’il faut relire, comme Thoreau, Tolstoï ou Gandhi, [et les auteurs de l’Encyclopédie des Nuisances, et Bernard Charbonneau, et Jacques Ellul, et tous les autres, NdE] et aujourd’hui Derrick Jensen (Écologie en résistance, stratégies pour une terre en péril : 2 volumes, 2016 et 2017, www.editionslibre.org).

L’industrialisme n’est finalement qu’un moyen d’accélérer la production pour s’enrichir plus vite : une arme de plus pour les états obsédés depuis le début par la course à la puissance : envahir pour ne pas être envahi. La première arme étant d’enrégimenter des peuples jadis autonomes et de taille modeste pour constituer des structures inégalitaires en vue de l’efficacité militaire, des structures les plus peuplées possibles pour ponctionner les soumis à coups de taxes et d’impôts, signe tangible de l’État : plus l’État soumet des tribus, des peuples, plus l’argent rentre dans ses caisses, et plus il peut armer des troupes puissantes pour agrandir encore son espace de pouvoir. Voir aujourd’hui la mentalité des technocrates de l’Union Européenne, des États-Unis, de l’Inde ou de la Chine : le toujours plus est inextinguible. Le faire, car sinon l’autre état concurrent va le faire : course pour le faire en premier. Pas le temps de réfléchir aux conséquences, par exemple l’épuisement des ressources, les pollutions, l’inhabitabilité à terme de notre biosphère. Courir juste parce que l’autre court, tropisme grégaire aussi stupide que ce troupeau de brebis qui bascule dans le ravin. Juste suivre, s’adapter comme dit Emmanuel Macron, rester dans la course.

Le mal est plus profond.

En amont, il y a la sortie du sens de la mesure, du sens de la limite, sortir de ce sens étant le signe de cette folie nommée « hubris » par les Anciens grecs.

La plupart des peuples, ceux parlant 95% des langues du monde, ont su, grâce aux philosophies biocentriques, garder le sens de l’équilibre tant vis à vis des autres espèces vivantes que vis-à-vis des autres sociétés humaines : grâce à la sagesse de ces visions du monde, ces peuples ont su garder le sens des limites, le sens de la mesure (lire Olivier Rey).

Comprendre cela, c’est comprendre que c’est la faute non de « l’homme » en général, mais d’hommes bien particuliers, et que c’est bien plus grave que la seule faute des « riches ». Les sociologues nous enferment dans le seul spectacle des récentes sociétés urbanisées, alors que notre espèce est morphologiquement stabilisée depuis 300 000 ans.

Les ethnologues ont une vue plus globale, plus profonde, donc sont plus à même de faire le bon diagnostic.

On n’arrêtera pas la Sixième extinction massive des espèces et le réchauffement climatique en se contentant d’une réformette : modifier la gestion du monde industriel en en changeant les propriétaires des moyens de production !

Non ! C’est le fait même de produire à grande échelle qu’il faut remettre en cause. Il faut remettre à l’honneur l’artisanalisme (William Morris ou Gandhi) et abandonner définitivement le rêve industriel.

Le bon diagnostic : accuser non pas « l’homme », mais certains hommes, ceux qui sombrent dans la folie des grandeurs, car ils sortent du cadre défini par les sagesses traditionnelles des 7 000 ou 8 000 peuples épris de biocentrisme. Il faut accuser l’anthropocentrisme des peuples qui se sont donné des visions du monde qui poussent à l’orgueil : l’homme au-dessus de toutes les espèces, l’homme séparé de la « nature » (Lire Descola, et encore mieux : Viveiros de Castro, pour comprendre ce qui fonde les ontologies anti développement comme l’explique Arturo Escobar dans le livre paru en avril 2018 : Sentir-penser avec la Terre). Sortir de cet orgueil, c’est aller encore plus loin que la récente mode accusant le « spécisme » qui ne vise que la moitié animale des espèces vivantes, en oubliant la moitié végétale : les peuples biocentriques savent que les plantes ont une sensibilité, et ils tiennent compte de la souffrance végétale au même titre que la souffrance animale.

Donc le bon diagnostic, c’est accuser cette hérésie apparue au milieu de l’ère géologique post ère des glaciations (= le Pléistocène), nommée « Holocène », hérésie qu’est le brusque virage vers la folie des grandeurs où ont sombré les peuples s’adonnant à cette cruauté que sont les sociétés inégalitaires qui créeront des États, hérésie apparue en plusieurs endroits de la Planète, pas qu’en Mésopotamie.

Appelons cette malheureuse ère géologique le « Mégalocène », qui est l’ère où certaines sociétés humaines parviennent à être dotées de moyens techniques si puissants qu’elles mettent en branle des forces comparables aux forces telluriques, comme la capacité à modifier à une vitesse encore jamais vue le climat global et la biodiversité.

Une fois ce diagnostic posé, grâce à la sagacité des ethnologues, leur « regard éloigné » comme disait Lévi-Strauss, leur capacité à embrasser le temps long, la maladie étant déterminée, le remède peut être envisagé, et ce remède est bien plus révolutionnaire que le simple passage du capitalisme au communisme !

Sauf à comprendre « communisme » au sens de « communisme primitif » : ce partage égalitaire pratiqué dans les groupes tribaux.

Le remède est à trouver dans les peuples encore locuteurs des milliers de langues qui échappent aux volontés mono-linguistes des États, ces peuples qui continuent à refuser l’occidentalisation et l’étatisation issues de la colonisation des empires européens ou chinois (la Zomia asiatique définie en 2001 par William van Schendel ou en 2006 par Jean Michaud, que les francophones ont découvert par le livre de James C. Scott traduit en 2013 : Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné, son dernier étant Against the Grain, a Deep History of the Earliest States [excellent livre dont vous pouvez lire un bout de l’introduction ici, qui devrait sortir cette année aux éditions La Découverte, et dont le contenu est également décrit dans cet article, NdE]). Le remède est à trouver dans les milliers de peuples du centre de l’Inde, appelés « Adivasis », qui persistent à vivre traditionnellement dans leurs villages en luttant à la fois contre l’embrigadement maoïste (naxaliste) et l’embrigadement de l’Inde du Premier ministre Modi, obsédé d’ouvertures de chantiers miniers. L’un de ces peuples empêche encore toute colonisation : ceux de l’île de North Sentinele, au sud de l’archipel des Andamans. Arturo Escobar montre comment depuis les peuples autochtones des Andes et des peuples de Colombie émergent des pensées non développementistes[1] qui puisent leur argumentation dans leurs visions du monde millénaires. Rien à voir avec le marxisme des années 1960 qui n’amène qu’une autre forme d’occidentalisation, et donc encore des raisons de continuer l’entêtement à creuser toujours plus de mines : « l’extractivisme » décrit par Yves-Marie Abraham et David Murray (éd. Ecosociété, 2015) ou Anna Bednick (éd. Le Passager Clandestin, 2016). Sur une des îles du Vanuatu, celle de Bunlap, le peuple Saa a décidé lui aussi de sortir du « Mégalocène » en expulsant tous les agents de développement, les enseignants, les missionnaires, et en remettant à l’honneur leur langue natale. Leur but, vivre en totale indépendance économique et culturelle en pratiquant à nouveau le jardinage comme autrefois et la pêche artisanale.

Même si, ici en Europe, nous sommes les descendants des peuples les plus ethnocidés de la Terre : qui se rappelle duquel des 300 peuples gaulois il descend !?, il est encore possible de faire sécession et de sortir de la fuite en avant des technocrates de la Start Up Nation en faisant un « pas de côté » comme le montrait le film L’An 01, pour expérimenter des modes de vie loin de la démesure. Retrouver le sens des limites, retrouver la modestie écologique d’économies qui s’insèrent harmonieusement dans le milieu naturel, c’est par exemple ce qui se pratique sur l’espace bocager miraculeusement protégé par presque 50 années d’aménagement différé (ZAD) car depuis la fin des années 1960, le gouvernement gelait ces terres pour y faire atterrir le Concorde !

Prendre la mesure de l’énorme révolution nécessaire pour éviter l’écocide planétaire, c’est cesser de tourner son regard vers les lubies de Marx, Lénine, Mao ou Castro et Guevara, comme trop d’auto-désignés « révolutionnaires » le faisaient encore en Mai 1968, pour enfin admettre que les petits peuples que nous regardions avec mépris depuis que nous nous étions auto-désignés comme LA Civilisation[2] elle-même (1756), sont ces peuples qui peuvent nous donner les bonnes idées pour sortir de l’impasse où se trouvent les « civilisés ». Une telle subversion est en route par exemple sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, à comprendre désormais comme une Zone pionnière, à l’avant-garde de l’Autonomie Définitive, une ZAD qui a pris la pleine mesure de l’ampleur des bouleversements nécessaires de nos modes de vie pour tourner le dos radicalement, donc au plus profond des racines même, à tout ce qui mène à l’ère géologique mortifère qu’est le Mégalocène.

En multipliant les Zones d’Autonomie Définitives partout, il sera possible d’éviter les raidissements dictatoriaux qui risquent d’accompagner l’effondrement des sociétés industrielles (en cela, Alain Deneault partage les prévisions du collapsologue Pablo Servigne), car comme le dit également Yves Cochet, c’est la géologie qui va vaincre l’industrialisme, dont une des formes est le capitalisme. Les données physiques sont implacables, et c’est de l’ignorer que la modernité va se fracasser sur le mur des limites des ressources naturelles.

Thierry Sallantin

Edition : Nicolas Casaux


  1. Voir : « Le développement est-il colonial ? » : http://www.journaldumauss.net/?Le-developpement-est-il-colonial
  2. Voir : « Et si le problème, c’était la civilisation ? » : http://partage-le.com/2017/10/7993/

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  1. Le problème est si près de nous que nous avons peine à le voir. Regardons nous de près et nous allons voir cette peur qui nous hante et que nos dirigeants (gouvernements, actionnaires d’entreprises (petits et gros actionnaires) et autres groupes qui font la promotion de cette soif de croissance) (dirigeants ou élites commerciales qui existent depuis des milliers d’années) ont fait de nous faire croire que nous allons tous vivre dans des conditions atroces si nous n’adoptons pas ce régime de consommation (par conséquence d’industrialisation et de croissance). La peur est l’arme des dominateurs des puissants. Dès que nous n’avons plus peur (comme le groupe de la ZAD) c’est l’état qui a peur. Ces dominateurs nous ont introduit le désir du mieux vivre. Le mieux vivre brise toutes ces limites écologiques que les peuples sages ont su respecter par le bien vivre. Dégageons-nous de cette peur qui a poussé les hommes à cette colonisation (ancienne et moderne) et à tout dominer (domination de autres peuples et de leur culture et de la nature). Allons vers un bien vivre simple, arrêtons la recherche et le développement, réduisons nos dépendances à la science appliquée. Il est beaucoup plus facile d’enrayer notre peur en groupe. Continuons d’en parler et soyons des acteurs de la décroissance.

  2. Salut Thierry

    Pour ma part je pense que c’est ….La pression demographique qui a conduit un rogaton de singe tropical à sortir d’Afrique, et pululer sur la toute la terre, jusque dans ce froid mordant, sous nos hautes latitudes… Une Sacré pirouette, quand t’y pense, pour cet austral primate dégénéré, ces expéditions boréales, que des complications à foison ! De l’escalade d’adaptation ! Niveau Barda, Tambouille et tout le toutim (il a fallu inventer le feu, les fringues, les luges, les bateaux, …)
    La saisonnalité des distributions végétales virant à la rareté…l’importance de la barbaque, crût à hauteur de sa distance à l’équateur… et ça a pas fait un pli , sapiens a quasi tout mis en l’air, envoyé dinguer, mordre la poussière , boucané la quasi-totalité des grands mammifères de la terre… ad patres les « mégafaunes » croisés, au hasard de ses chasses… (Jusqu’à ses propres cousins homos Néanderthaliens , Denisoviens, hobbit de flores ) …. En Australie par exemple : extinctions des lions Marsupiaux , kangourou ,koalas geants , « diprotodon » , varan géant (Megalonia prisca) ,lezard geant – oiseaux éléphant, émeus, quasi 90% de la megafaune australienne du pleistocene (pas des gentils les ancêtres navigateurs des aborigènes ?!) ….. aux ameriques ….après avoir débaroulé en moufle de la nuit polaire (un singe en hiver ?!) par le corridor de Béringie, des hordes dites de « Clovis  » , dézingue toute les mégafaunes américaines cette fois ….y Demantibule les édentés ,les parresseux géants, eviscére les placentaires… les castors géants de Floride au Nebraska , c’est la fin des Mastodontes, des mammouths de Colomb, chevaux Américains, tigres et lions à dents de sabres…et j’en passe ….Carcasses en monticule par myriades … …Véritable Aria diapré de récitatifs étagés d’entrailles en guirlandes ….de lambeaux sanguinolents de viande… flottant aux quatre vents !

    Sa frénésie surnuméraire (toujours) en suspensoir …Arrivé… dans l’emballement d’une chasse toute en prouesses ( qu’en minait jusqu’à l’utilité ) …de lisière en confins ; au bout de la terre…donc au bout du chemin, tandis qu’il cavalait à embrocher une faune de plus en plus clairsemé !.. À plus pouvoir faire marche arrière et manquer d’aires a gros gibiers. ..Y du s’ravaler à de piètres proies devoir faire la peau…Dévolu par le sort à des prises inutiles (et fort dépréciées) jusque-alors , du pis-aller d’abatis…Sapiens du ,pour ça aussi ,adapter sa panoplie, ses industries « lithiques » (comme on disait à l’époque), passant du pieu à l’arme de jet , au propulseur à sagaie, à l’arc (qui élonge en portée son rayon d’action) pour finir à l’hameçon
    Il a toujours eu le génie de l’escalade, le Sapiens….
    Une certaine prédisposition au retour de manivelle, son propre porte poisse, toujours enclin à se fabriquer pour longtemps des jours plus difficiles…passant du limité au cosmique son élément c’est la connerie..

    Pour finalement devoir se contenter de minuscules graminés , à l’albumen Farineux (qui entraina une modification de son phénotype ancestral, par sélection des individus surproducteur d’amylase salivaire ) .. à devoir se coltiner de les planter … le néolithique est encore un pis-aller … (« la pire erreur de l’humanité »
    http://partage-le.com/2016/09/lagriculture-ou-la-pire-erreur-de-lhistoire-de-lhumanite-par-jared-diamond-clive-dennis/ )

    Sapiens ripe, dans la pesanteur des charniers sur la pente fatale d’une funeste fuite en avant, harcelé qu’il était par l’ardent aiguillon de sa propre démographie …
    à l’instar des conjectures de Malthus et Boserup , le saccage de son espace vitale , conduit invariablement Sapiens à des embardées techniques (industries lithiques, microlithique, chimiques, atomique) , mâtinés de changements culturels (de l’Animisme au Naturalisme) ! Qui produisent en se généralisant un regain systematique d’ bouche à nourrir au km carré, un rebond de population, engrenant par retour de manivelle un nouveau cycle de rétroaction entre sa dépendance à de nouvelles niches écologiques et une nouvelle situation de rareté…. et la boucle est bouclée

    C’est ce que Craig Dilworth Appelle un cercle vicieux , dans son excellent bouquin : Too Smart for our Own Good: The Ecological Predicament of Humankind Cambridge University Press, 2009

    Ca l’a rendu bien Malades l’agriculture Sapiens (caries, arthroses, zoonoses à foison , Diabete ) …sociétés de masse hiérarchique et inégalitaires …..famine, Peste , Epidemie… jusqu’à….. bon poids, la fin du 19 ieme (via une certaine amélioration de l’hygiène) pour une seconde transition demographique liee a l’esperance de vie cette fois ci .
    Car pour la transition démographique au neolithique on est plutôt (confer le ratio d’immatures dans les sepultures) dans une problématique d’augmentation du nombre d’enfant, liée à la sédentarité …plus besoin de se déplacer, necessite de plus de bras pour bosser, aménorrhée post-partum….. perte de l’homéostasie social des chasseurs cueilleurs….

    http://www.evolhum.cnrs.fr/bocquet/cnrsed09.pdf

    en Résumé apres avoir cramé les megafaunes, et pas mal de faune, on s’en est pris aux vegetales (cf: la gueule du triangle fertile ) déforestation , destructions des sols,salinisation …. quand y’a plus eu assez de bois et de terre, à Manchester (on a d’abord dézingué les Amérindiens) et puis on est passé du « charbon de bois » au « charbon de terre » ,la encore un pis-aller, et on a commencé à s’attaquer au sous sols (la révolution industrielle qu’on appelle ça … le fameux anthropocène) les mines , le Pétrole …et on en arrive maintenant au bout … la boucle est bouclé ,on butte sur la finitude de la terre (plus rien dessus plus rien dedans) …et on se retrouve à 8 milliards à gratter les fonds de tiroir (pétrole et gaz de schiste…) pour bien finir le boulot des ethnocides, des écocides en ayant totalement dérèglé le climat .

    Amen

    philippe

  3. Monsieur Sallantin devrait lire (où relire) Marx, car l’associer à Lenine Mao, Castro et Guevara est une faute historique et philosophique.

    1. Marx était productiviste (Vive le travail obligatoire – en fait la seule différence pratique entre marxisme et capitalisme est que les marxistes veulent mettre même les bourgeois au travail obligatoire.) et progressiste (Niquons la planète!). Lénine, Mao, les frères Castro, surtout Raul mais Fidel aussi, Guevera se réclament tous du marxisme. Prétendre le contraire est du révisionnisme. Par exemple à Cuba, c’est même inscrit dans la constitution que l’état cubain est marxiste-léniniste.

      De plus j’ai pu constaté, lors de mes voyages à Cuba, que les cubains n’idéalisent pas plus les sirènes du marxisme que celles du capitalisme. Par contre ils sont tout acquis au consumérisme, comme nous ils veulent pouvoir consommer, ils ont déjà les derniers modèles de smartphones, et ils veulent comme nous avoir des voitures, pouvoir voyager et disposer des dernières consoles de jeu. Exactement comme le décrit cet article: Vive le toujours plus de la société de consommation.

      Wilhelm Reich l’avait très bien compris, lui qui fut viré du parti communiste pour avoir constaté que les prolétaires, avec la révolution industrielle, avait fait leurs la morale bourgeoise ainsi que leurs attentes: Plus! comme dans la pub. Parce que la spécialité des communistes comme de la gauche en général, ce n’est pas la révolution, c’est la division, c’est l’excommunication. Le résultat est qu’aujourd’hui elle est atomisée en une multitude de sectes concurrentes qui pour la plupart ont même renoncé aux valeurs historiques de la gauche comme l’anti-impérialisme et l’anti-colonialisme (… à force d’aller se former dans des kibboutz.).

      Marx avait au moins l’honnêteté intellectuelle de remarquer que ses théories manquait de cohérence. Sa plus profonde contradiction réside dans le fait que dans La question juive, il conclut qu’il faut se débarrasser de l’argent, alors que dans tout le reste de son oeuvre, il a besoin du travail obligatoire (et de son aliénation) ainsi que de l’argent (et ses inégalités) pour construire le progrès industriel qui nique la planète. Il essaie dès lors de nous faire croire que changer la marque du boulier ou de la calculatrice va tout changer. Son progressisme, compréhensible à son époque, l’a aveuglé. Mais aujourd’hui nous savons tous, faits têtus, que comme avec les réfugiés, les frontières de nos états seront incapables d’arrêter la sixième extinction de masse ou d’enrayer l’épuisement des ressources naturelles.

      Enfin, il faut bien comprendre que le capitalisme, comme le marxisme, ne sont que des outils économiques. En tant que tels, ils ne sont pas des causes mais des outils. Prétendre que le capitalisme est une cause, comme le font tant de marxistes auto-proclamés, revient donc à tomber dans le piège, dénoncé par Marx et dans lequel il est lui-même tombé, du fétichisme des moyens. La cause est ce qui rend possible marxisme et capitalisme: notre mode de vie. Donc la seule question aujourd’hui est de savoir si ce mode de vie sera terminé avec ou sans nous, si nous allons le terminer et faire autre chose, ou si nous allons être terminé avec lui.

  4. Les communistes parlent de communisme primitif pour désigner le régime politique des sociétés traditionnelles. C’est de l’anthropocentrisme car le communisme en pratique n’est pas un régime politique, c’est juste une façon différente de gérer l’économie d’une société industrielle, une façon différente pour un état de s’allier avec l’industrie contre ses peuples.

    Où alors si nous le considérons comme régime politique, c’est un régime qui occulte son stade normal pour passer directement à son stade dévoyé, celui de la dictature. Dictature du parti des seuls prolétaires (je ne le suis plus car j’ai dépassé le stade mouton, le stade robot du système) au mépris de tous les autres, et encore faut-il qu’ils soient encadrés par l’avant-garde éclairée du parti. Dans le genre foutage de gueule, c’est pas mal le communisme en pratique – à Cuba ils ont au moins réussi à limiter le pouvoir du parti en lui interdisant de nommer les candidats aux élections. L’histoire nous montre aussi (Espagne, Mexique, Russie, …) que les communistes se sont presque toujours alliés avec la droite contre les anarchistes, la seule exception étant peut-être Cuba.

    Ce qui nous amène à considérer l’anarchisme comme système politique et c’est le seul où tous ont le pouvoir. Sa forme dévoyée étant le chaos, chaos qui s’installe dès que certains perdent le pouvoir et qui devient ultime quand plus personne n’a le pouvoir. Vu sous cet angle, les autres régimes politiques ne peuvent que favoriser le chaos:

    Anarchisme: tous ont le pouvoir – chaos
    Démocratie: la majorité à le pouvoir – dictature de la majorité
    Féodalisme: une minorité a le pouvoir – olygarchie
    République: mélange de démocratie et de féodalisme
    Royauté: un seul a le pouvoir – tiranie

    Ce tableau montre que ce que les communistes appellent communisme primitif est en fait de l’anarchisme. Ce qui suffit à démontrer que le fond de commerce des communistes est le même que celui des bourgeois: diviser pour régner. L’histoire le prouve: ils sont toujours ressortis plus divisés qu’avant de leurs internationales.

    1. Excellent commentaire, ce sont des sacrés lièvres qui ont été soulevés. Le communisme pratique est la plus grande abomination du vingtième siècle, il n’y a aucun débat à avoir dessus. Le marxisme est un produit de la civilisation, il doit être vu pour ce qu’il est : un enfumage.

  5. Réflexion intéressante, d’autant qu’elle ‘ose’ mettre en cause le tabou d’une majorité de ceux qui se qualifient de ‘gauche’ mais n’en ont souvent que l’appellation… je veux dire, ‘oser’ dire l’imposture de citer Marx à tout bout de champ (sans parler des qqs autres) comme étant ‘LA’ solution… quand la plupart des pseudo-gauchistes actuels ne l’ont jamais lu et n’en connaissent que la référence, tel un mantra répété à l’envi!

    mais, il y a un mais… je pense que croire que le monde dans son état de délabrement avancé pourrait trouver une ‘solution’ par un retour à une vie des plus simples, par un retour à ‘la nature’ est un leurre…

    je pense qu’il est trop tard et que nous assisterons (peut-être de notre vivant) au délitement puis à l’effondrement de cette pyramide de plus en plus fragile que constitue la civilisation dans son ensemble, étant d’accord avec le constat de l’article, que toutes les sociétés semblent courir derrière le modèle ‘occidental’ pourtant mortifère… à l’échelle de la planète (c’est bien de cela qu’il s’agit) les ‘ZAD’ sont et resteront une exception

    les seuls qui pourront (peut-être) s’en sortir à condition que les ravages de notre extinction ne les atteignent pas, ce sont les sociétés reculées, vivant encore en pleine nature, de plus en plus rares, et qui savent comment se débrouiller sans tous les artifices que de notre côté, nous pensons indispensables pour mener notre vie…