L’article qui suit est une traduction d’un texte qui a initialement été publié en anglais à l’adresse suivante : https://dgrnewsservice.org/civilization/against-efficiency-how-a-more-efficient-economy-hurts-the-planet-part-one/


Dans notre culture, et dans le mouvement écologiste en particulier, le mot d’ordre est de promouvoir et de développer ce qu’on appelle « l’efficacité énergétique », ou les « bonnes pratiques énergétiques » dans tous les domaines de la vie humaine sur la planète, du commerce à l’agriculture, des corporations aux maisons individuelles, de l’arène économique au domaine législatif, du secteur universitaire à la sphère militante.

Dans de nombreux cas, l’efficacité énergétique est considérée et présentée comme la seule solution à tous nos problèmes, notamment parce qu’elle sert effectivement de moyen de perpétuer la société industrielle dont nous participons. Dans certains cas, notre obsession pour l’efficacité est motivée par un désir sincère de stopper le réchauffement climatique et la destruction de la planète. Et pourtant, au mieux, les pratiques visant l’efficacité énergétique confondent, à l’instar de leurs promoteurs, efficacité et soutenabilité.

Au pire, le mouvement pro-efficacité participe à la dissimulation des véritables causes et des impacts du réchauffement climatique d’origine anthropique, afin de perpétuer le capitalisme et les hiérarchies sociopolitiques dont il dépend. D’un point de vue corporatiste et économique, l’efficacité est généralement présentée comme la seule solution nous permettant de faire face à des ressources de plus en plus rares, à la croissance démographique et aux problèmes sanitaires. Les objectifs et les motivations de la plupart des argumentaires en faveur de l’efficacité énergétique sont anthropocentrés, explicitement élaborés dans le but de préserver et de perpétuer la civilisation, l’économie mondialisée et l’existence humaine industrialisée.

En tant qu’activistes, et en tant qu’êtres humains préoccupés par la santé de la planète, nous observons de profondes dissonances idéologiques et matérielles entre les réalités du changement climatique et l’idée selon laquelle les mesures promouvant l’efficacité énergétique nous mèneront vers un monde plus soutenable.

L’idée selon laquelle l’efficacité nous permettra de sauver la planète est un mythe. En réalité, cette efficacité promeut et perpétue le capitalisme parce que son but est de rendre plus d’énergie disponible pour d’autres usages. L’efficacité énergétique finit par augmenter le total de la quantité d’énergie utilisée, augmentant ainsi les dommages écologiques planétaires. Or, pour peu que l’on se souvienne d’une évidence qui semble de moins en moins l’être, la santé de la planète est primordiale.

Le mot efficacité est défini de différentes manières selon le dictionnaire que l’on consulte, mais nous nous concentrerons sur les deux suivantes, qui correspondent à ce dont nous discutons :

  1. La capacité d’obtenir une productivité maximale avec le minimum d’effort, de dépense.
  2. La prévention du gaspillage d’une ressource donnée.

Prenez un moment pour penser à ce que ces définitions impliquent à la lumière de la citation suivante de Vandana Shiva : « À travers l’économie verte, on observe une tentative de technologiser, financiariser, privatiser et marchandiser toutes les ressources et processus vitaux de la planète. »

Le but d’une chaîne de production correspond à la première définition de l’efficacité [qui est parfois associé au mot efficience, NdT] : « La capacité de produire le maximum de résultats avec le minimum d’effort, de dépense. » Frederick Winslow Taylor, le créateur de ce qu’on appelle la « gestion scientifique du travail », a hautement influencé le développement de la civilisation industrielle. Il a réalisé que les artisans étaient très inefficaces, et qu’il pouvait rendre la production plus efficace en rationalisant ses processus, de sorte qu’à chaque individu incombe une seule tâche précise, et ainsi de suite, le long d’une chaîne de fabrication.

Cela a changé le monde, pour toujours.

Il est intéressant de souligner que Taylor était un Quaker très pieux, or les Quakers ont une riche histoire d’activisme en faveur de la justice sociale. Taylor pensait qu’en augmentant la productivité tout le monde deviendrait riche, et que les différences de classe seraient estompées, précipitant l’avènement d’une société utopique. Ce n’est manifestement pas ce qui s’est passé, et cela nous amène au mouvement pro-efficacité de notre temps.

Ces bonnes intentions ont ruisselé jusqu’au mouvement pro-efficacité de l’époque moderne des chaînes de production automatisées. Les robots n’ont ni besoin de pauses, ni de salaires, ils ne tombent pas malades, n’ont pas d’enfants, ne font pas grève et ne se fatiguent pas. En somme, ce sont des travailleurs parfaits.

Au cours de ces 40 dernières années, la mécanisation du travail n’a cessé de s’intensifier et, désormais, nous assistons à l’avènement de l’apprentissage informatisé et de l’intelligence artificielle. Et nous n’en sommes qu’à leurs balbutiements.

Les usines sont de hauts lieux de la destruction de la planète. Elles constituent les moteurs du consumérisme. Dans une usine classique, les matières premières — la chair de la planète vivante, qu’on lui arrache — entrent d’un côté et, de l’autre, des produits flambants neufs ressortent qui, souvent, seront utilisés pendant une courte période puis mis au rebut dans une décharge. Les usines produisent des pesticides, des bombes, des jouets, des voitures, des ordinateurs et ainsi de suite. Dans la société industrielle, par définition, tout sort d’usines [y compris les êtres humains, qui sortent de l’usine appelée « école » ou « système scolaire », NdT].

La nouvelle Gigafactory Tesla, dans l’Ouest du Nevada, près de Reno, est une des plus grandes usines du monde. Elle est alimentée par des panneaux solaires et des éoliennes. Véritable nec-plus-ultra de l’industrie, elle produit des batteries pour véhicules électriques et pour le stockage de l’énergie. Et est très efficace. Beaucoup présentent la construction de cette usine comme une victoire pour la planète. En outre, Tesla et plusieurs multinationales construisent en ce moment même d’autres usines de batteries tout aussi gigantesques à travers la planète.

Des écologistes soutiennent tout cela. Je ne mâcherai pas mes mots. Il s’agit d’une atrocité industrielle qui participe, autant que les autres usines, à la destruction de la planète. Auparavant, j’étais en faveur des « technologies vertes », mais ma perspective a complètement changé.

Jennifer Eisele est une femme Paiute de la réserve de la vallée de Duck dans le Nord du Nevada, qui lutte contre la construction de l’usine Tesla, contre l’extraction du lithium dans son État, et contre les dommages que cela inflige aux territoires autochtones — c’est-à-dire à tous les territoires. Il s’agit de problèmes mondiaux. Le lithium est devenu une ressource stratégique, son prix monte et son extraction va croissant, notamment dans des zones désertiques, parce que c’est là que le lithium se forme. Si je mentionne Tesla, c’est parce qu’il existe une fracture entre certaines idées reçues concernant l’efficacité énergétique et les conséquences observables sur le monde naturel et les sociétés humaines de son augmentation au sein de l’économie mondialisée.

Le port d’Antwerp, en Belgique.

Le port d’Antwerp, en Belgique, est le second plus important d’Europe. Les marchandises qui y transitent comprennent : des jouets, des télévisions, des ordinateurs, du pétrole, des huiles végétales, des céréales, du charbon, des minerais, du ciment, du sucre, du sable, du papier, du bois, de l’acier, des voitures, des levures, des bus, des trains, des tracteurs, du kérosène…

Il s’agit d’un centre névralgique de l’économie extractiviste mondialisée. On en trouve tout autour du monde : il y a les ports gigantesques de Seattle, de Tacoma, celui d’Oakland, l’un des plus grands de la côte Ouest, celui de Los Angeles, etc. Chaque conteneur qui voyage par ces centres est un morceau de planète qui a été arraché pour être expédié à l’autre bout du monde. Ces matériaux transitent généralement des pauvres vers les riches, des non-Blancs vers les Blancs, des colonisés vers les colons.

La plupart d’entre nous connaissons la formule insidieuse du « libre marché », l’idéal libéral de la liberté, qui se résume à : « Je suis libre de m’enrichir et vous de vous appauvrir ». Peut-être les deux sont-ils liés.

Mais revenons-en à l’efficacité et à sa première définition. Le mouvement écologiste ne devrait pas avoir pour stratégie de viser une productivité maximale. La plupart d’entre nous sommes probablement d’accord sur le fait que le capitalisme industriel produit déjà beaucoup trop. Trop de combustibles fossiles, de biens de consommation, d’individus, de banlieues, de tout.

En tant qu’écologistes nous devrions nous concentrer sur sa deuxième définition, la prévention du gaspillage. Cela dit, le mot « ressource » pose problème parce qu’il insinue que le monde existe pour notre usage, parce qu’il implique une relation utilitariste[1]. Nous parlons des poissons comme d’une ressource. Il s’agit d’une idée que nous avons construite autour de communautés d’êtres vivants qui existent indépendamment de notre conception d’eux en tant que ressources.

Le système économique capitaliste, celui-là même qui détruit la planète, nous présente désormais l’efficacité comme une solution pour résoudre le désastre qu’il engendre. Ainsi, le concept d’efficacité qu’il propose est imprégné du même état d’esprit dont découle la destruction du monde naturel. Il est promu par les mêmes multinationales, les mêmes intérêts économiques et les mêmes gouvernements. La quasi-totalité des schémas d’efficacité énergétique et des technologies soi-disant efficientes qui sont exhibés aujourd’hui ne visent pas, en réalité, à réduire la quantité totale d’énergie que nous utilisons.

Ils visent à dégager plus d’énergie pour d’autres usages, tout en augmentant la productivité. Cela correspond à la première définition de l’efficacité.

Lorsque l’on parle du concept d’efficacité, il est important de mentionner le paradoxe de Jevons, du nom de William Stanley Jevons, un des premiers économistes du 19ème siècle, qui travaillait au Royaume-Uni durant l’apogée de la révolution industrielle, dans les années 1860. Son texte le plus célèbre est une étude de l’économie charbonnière du Royaume-Uni.

L’économie de l’Empire britannique dépendait alors entièrement du charbon. Le charbon broyait les céréales, il extrayait l’eau des mines de charbon, il alimentait les trains et les bateaux qui constituaient la machine de guerre de l’Empire. Au cours des cinquante années précédant son rapport, les machines à vapeur étaient devenues beaucoup plus efficaces. Il s’agissait du nec plus ultra du business de l’époque, et tout le monde s’attendait à ce que cette augmentation de l’efficacité entraîne une réduction de l’utilisation du charbon au niveau national.

Cela n’a pas été le cas. Et la raison en est simple : les machines à vapeur fonctionnant à moindre coût et avec un meilleur rendement, n’ayant plus besoin d’autant de charbon qu’avant, leur commerce devint plus lucratif. Parce que nous vivons dans un système capitaliste dont la production est un des principaux objectifs, ces profits ont été réinvestis dans la croissance. Les machines à vapeur plus efficaces générèrent plus de croissance, ce qui fit grimper, en retour, l’utilisation nationale de charbon.

Jevons comprit que l’efficacité pouvait directement mener à une augmentation de l’utilisation des ressources. Le développement de l’économie mondialisée actuelle fourmille d’exemples de ce genre.

Obama est considéré par beaucoup comme un des présidents les plus progressistes de l’histoire des USA. Et pourtant, sa stratégie énergétique avait pour nom « All of the above » [on peut traduire ça par « la stratégie tous azimuts », NdT]. Elle était assez proche de celle que Trump suit actuellement. Cela signifiait simplement qu’il encourageait le développement de toutes les sources d’énergie. Si vous ne vous souciez que du système économique, ou de maintenir le mode de vie états-unien, de préserver l’Empire US, votre objectif est alors d’augmenter sans cesse la production énergétique. Cela a donc du sens. Il vous faut augmenter la production énergétique « tous azimuts ».

Nous savons ce que cette énergie alimente : la construction ; l’étalement urbain de Dubaï des dernières décennies, qui a exploité et qui exploite des esclaves salariés par milliers, en est un exemple. L’étalement urbain de Las Vegas depuis les années 1980 en est un autre.

On estime que les 15 plus gros cargos qui sillonnent les océans génèrent plus de pollution que toutes les voitures du monde. Soit environ 800 millions de véhicules. 15 bateaux. Cette énergie alimente également les hautes technologies comme les data centers.

Et pensez à tous les composants de nos téléphones portables dont les matières premières proviennent de nombreuses mines, à ciel ouvert ou non, disséminées tout autour du globe, ou de ce qu’on appelle parfois des « mines à déplacement de sommet » [traduction peu fidèle de l’expression anglaise originelle, mountaintop removal, qui désigne explicitement la destruction des sommets des montagnes ; la traduction française de cette expression, qui parle de déplacer le sommet d’une montagne, relève de la novlangue moderne, de l’art de mentir ou de dissimuler : le sommet n’est pas déplacé, il est détruit, et la montagne avec ; on ne peut pas plus déplacer le sommet d’une montagne que votre tête, le sommet de votre corps, par exemple ; la montagne est décapitée ; NdT].

Cette énergie sert aussi à alimenter les exploitations agricoles industrielles. En observant les Grandes Plaines depuis l’espace, vous réalisez la destruction biotique qui a pris place. Tout ce qui n’avait pas d’utilité pour les humains a été détruit et remplacé par des plantes qui nourrissent exclusivement les êtres humains. La même chose est vraie de la pêche industrielle.

Depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, tous les secteurs du système économique n’ont eu de cesse de gagner en efficacité. Les transports, les extractions minières, les moteurs à combustion, l’agriculture, l’éclairage, le chauffage, etc., partout, on gagne en efficacité, et pourtant la surconsommation énergétique ne cesse d’empirer, ainsi que l’utilisation de combustibles fossiles, ainsi que la destruction des habitats et des espèces vivantes, ainsi que l’érosion des plages et des sols, et ainsi de suite.

Les choses empirent, et l’efficacité ne résout rien. Dans le cadre de ce système, de cet empire, les surplus d’énergie sont rares. L’énergie est toujours utilisée pour quelque chose. Si cela nous semble confus, c’est parce que nous utilisons un seul mot pour désigner deux choses différentes. Les corporations et les gouvernements utilisent la première des définitions précitées du mot efficacité, tandis que les écologistes font référence à la deuxième.

On peut concevoir une liste de critères déterminant si une augmentation de l’efficacité, dans un domaine donné, pourra être en mesure d’aider la planète :

  • Si elle ne réduit pas les coûts opératoires (ce qui permettrait de dégager plus de profits financiers)
  • Si elle ne génère pas d’augmentation du pouvoir d’achat (dans le cadre d’une société capitaliste)
  • Si elle ne dégage pas de matières premières ou d’énergie pour d’autres usages (ce qui réduirait la rareté ou le prix de ces ressources pour d’autres industries)
  • Si elle n’encourage pas la course au développement des nouvelles et hautes technologies (dont les coûts écologiques ne cessent d’empirer, internet en est un bon exemple Ndt)
  • Si elle n’encourage pas ce modèle de développement dont les conséquences sont imprévisibles, incontrôlables [Cf. la planète-laboratoire, le modèle de développement de la civilisation industrielle qui consiste à jouer à l’apprenti sorcier, ou plutôt au savant fou, avec le vivant, avec tout ce qui vit sur la planète, avec les vies de toutes et de tous, NdT]

Alors ce gain en efficacité aidera véritablement la planète.

En ce qui concerne le dernier critère sur les conséquences imprévisibles, le développement urbain dans des régions arides et désertiques nous fournit un excellent exemple. Dans les régions désertiques, comme autour de Las Vegas, le facteur limitant l’étalement urbain est la disponibilité en eau.

Il n’y a pas assez d’eau pour étendre davantage l’urbanisation. Dans une telle situation, en améliorant l’efficacité énergétique de chaque foyer, vous permettez à l’étalement urbain de continuer. Vous dégagez une certaine quantité de la ressource en eau. Certains pensent : « j’économise de l’eau pour la planète, les plantes et pour l’écologie de certains lieux », cependant, le plus souvent, ce n’est pas le cas. [Plus la consommation en eau de chaque foyer est optimisée, réduite, plus il y a d’eau disponible pour d’autres usages, d’autres foyers, ce qui permet donc de construire davantage de logements et d’étendre les zones urbaines ; non seulement l’eau économisée par certains devient l’eau que d’autres utilisent, ce qui fait que la surexploitation et la surconsommation continuent, mais en plus de cela, ces foyers correspondants aux nouveaux logements construits parce que les ressources en eau le permettaient consommeront beaucoup d’autres ressources ; c’est ainsi que cela se passe dans une société de croissance, capitaliste, développementiste, industrielle NdT]

Vos bonnes intentions finissent donc parfois par soutenir le système qui détruit la planète. En ce qui concerne l’efficacité, nous devrions nous attaquer aux principales choses qui ravagent le milieu naturel, comme les projets d’extraction ou de production de combustibles fossiles, les barrages, les mines, l’agriculture industrielle, la pêche industrielle et la déforestation.

Nous devons aussi nous demander, « vis-à-vis de qui voulons nous gagner en efficacité ? » Vis-à-vis des tortues qui pondent sur les plages ? Ou vis-à-vis de l’économie industrielle ? Il s’agit non seulement de questionner l’efficacité en tant que méthode pour sauver la planète, mais aussi de remettre en question l’industrialisme, le capitalisme et la civilisation elle-même.

Oui, les combustibles fossiles détruisent la planète, mais une usine de production de panneaux solaires coûte environ 100 millions d’euros, et produit elle-même ses pollutions et émissions de gaz à effet de serre. Toutes les nouvelles technologies soi-disant « vertes » ou « renouvelables » sont finalement des technologies au service de l’Empire industriel. Elles reposent sur le secteur des extractions minières, sur le travail à la chaîne [sur le système social actuel, mauvaise parodie de démocratie, et tout ce qu’il implique de coercitions, l’esclavage moderne du travail à la chaîne n’en étant qu’une parmi beaucoup, NdT], sur une chaîne de production mondialisée, sur l’économie industrielle mondialisée, et donc sur la situation géopolitique actuelle, faites de guerres et d’exploitations. Elles n’aident pas le milieu naturel, elles n’aident pas les espèces vivantes que la civilisation industrielle détruit en masse. Elles ne sont pas des solutions. [En plus de n’être pas en elles-mêmes « vertes » ou véritablement écologiques, ces industries des technologies dites « renouvelables », panneaux solaires, éoliennes, barrages, centrales à biomasse, etc., produisent une énergie dont l’utilisation n’a rien d’écologique. En quoi cela aide-t-il la planète, ses biomes et ses espèces vivantes que nous rechargions nos téléphones portables, eux-mêmes des désastres écologiques et sociaux, grâce à des panneaux solaires ? Ou que nous alimentions en électricité produite par des éoliennes nos réfrigérateurs, congélateurs, voitures, fours micro-ondes, brosse-à-dents, rasoirs, drones, télévisions, ordinateurs, etc., qui sont autant de futurs déchets dont la production est aussi antisociale qu’antiécologique ? NdT]

Peut-être connaissez-vous déjà cette citation : « La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans son poing invisible. McDonald’s ne peut prospérer sans McDonnell Douglas [une entreprise d’armement US, NdT] ; le poing invisible qui permet aux multinationales de la Silicon Valley de s’étendre sur toute la planète s’appelle l’armée des États-Unis d’Amérique, l’U.S. Navy et l’U.S. Marine Corps. » Thomas Friedman, en tant que promoteur de l’expansion capitaliste, n’est évidemment pas ma tasse de thé, mais cette citation a le mérite d’être particulièrement réaliste en ce qui concerne le fonctionnement de l’économie mondialisée.

Ne croyez pas un instant que ces technologies soi-disant « vertes » sont ou seront de quelque utilité dans le combat contre le système politico-économique qui détruit actuellement la planète. Nous devons tous utiliser moins d’énergie, nous devons tous revoir nos modes de vie à la baisse, et ainsi de suite, mais rappelez-vous que l’armée des États-Unis est le premier pollueur sur Terre. Le gros des déchets, de la pollution et de la consommation est le fait de l’industrie.

Nos choix individuels ne vont pas arrêter ce système, à moins qu’ils ne consistent précisément à s’y attaquer.

Nous devons commencer à penser, systématiquement, à la manière dont il est possible d’arrêter l’économie industrielle mondialisée qui ravage la planète. Que penser de tout ce qui précède, du fait que les mesures visant l’efficacité perpétuent les destructions, en promouvant toujours le capitalisme, la consommation, et en permettant d’augmenter l’utilisation totale d’énergie ? En tant qu’écologistes radicaux, notre approche consiste à souligner le fait qu’il est impossible d’arrêter le réchauffement climatique sans arrêter d’utiliser du pétrole et du gaz, sans arrêter la construction des infrastructures industrielles, sans stopper le système omnicidaire que constitue cette culture mondialisée.

Max Wilbert

Traduction : Nicolas Casaux

Correction : Lola Bearzatto


  1. Voir cet article d’Alessandro Pignocchi : https://reporterre.net/La-nature-n-est-pas-utile-elle-est-source-de-liens

Pour étudier plus en détails l’absurdité de l’éco-efficience comme moyen de préserver l’environnement ou de sauver la planète, vous pouvez lire le livre de David Owen intitulé Vert paradoxe, et/ou lire cet excellent texte du mathématicien états-unien Theodore Kaczynski :

Si on ne l’arrête pas, la civilisation industrielle pourrait détruire toute la biosphère (par Theodore Kaczynski)

 

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  1. Bonjour,

    Cette question traduit l’effet rebond que Philippe Bihouix (notamment) utilise comme argument pour dénoncer la fausseté des énergies « vertes ».
    Pour polémiquer un peu, je me demande si les tenants du néo-malthusianisme, qui prétendent que le seul problème de la planète est la démographie, ne suivent pas la même logique. Car au final, réduire la démographie (de préférence dans les pays pauvres colonisés), ne sert qu’à une chose : permettre aux riches (occidentaux) qui ont dévasté le milieu de maintenir un peu plus longtemps leur mode de vie morbide. Et l’on retrouve l’effet rebond : puisqu’il y a moins de monde sur la planète, je peux bien consommer davantage encore. Le malthusianisme « vert », comme les énergies « vertes » ne sont que la traduction de cet état d’esprit : « mon niveau de vie est non négociable ».

  2. L’efficacité énergétique, le progrès, la création de la richesse capitaliste et les sciences appliquées sont tous des armes de destructions massives pour la planète.

  3. « Il reste entendu que tout progrès scientifique accompli dans le cadre d’une structure sociale défectueuse ne fait que travailler contre l’Homme, et ne contribue qu’à aggraver sa condition. »
    (André Breton)

    Ce serait bien de souligner aussi que le problème de fond en vérité c’est la structure et culture économique existante….