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À propos de ces youtubeurs qui font la promotion de l’écologie capitaliste (par Nicolas Casaux)
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Précision liminaire : À chaque critique formulée envers une personnalité médiatique de l’écologie, un certain type de commentaires — assez déconcertants — paraît immanquablement pour enjoindre les écologistes radicaux à respecter (c’est-à-dire ne pas critiquer) les plus modérés. Comme une sorte d’injonction à ne pas trop réfléchir, à ne pas trop penser.

Que les personnes se définissant comme écologistes le reconnaissent ou non, les multiples collectifs, associations et organisations que l’on associe à cette mouvance sont loin de partager les mêmes objectifs. Certains d’entre eux, réformistes, pensent qu’il faut travailler au verdissement du capitalisme (promotion des énergies renouvelables, etc.), et le rendre plus humain (avec l’économie sociale et solidaire, etc.) et ce, en respectant les modes d’action qu’il propose (consommation, vote, manifestation non violente, recours en justice). D’autres, plus radicaux, considèrent que la société industrielle forme un tout irréformable, que le problème réside dans les institutions, les structures de pouvoir et d’oppression, qu’il s’agit de combattre par des actions politiques (grève, blocage, sabotage, etc.).

Chaque jour, l’état de la planète empire. Or, nous n’avons pas le temps, ou plutôt, nous n’avons plus le temps, il faut dès à présent préparer la contre-attaque (car il s’agit bien d’une guerre contre le vivant). Et celle-ci se mène d’abord sur le terrain des idées, dans nos théories et dans le constat que nous faisons de la situation, dont découlent les objectifs que nous concevons et la stratégie que nous envisageons[1]. Il semblerait que la majorité des militants ne se sont pas véritablement posés la question des objectifs, et de la stratégie à adopter pour les atteindre.

Considérer qu’un mouvement de défense du monde naturel pourrait être composé d’une branche capitalo-compatible et d’une autre anticapitaliste, cela revient à croire qu’un mouvement pour l’émancipation des femmes pourrait se construire avec des hommes masculinistes, ou qu’un mouvement pour l’émancipation des Noirs pourrait se construire avec des membres du Ku Klux Klan, ou qu’un mouvement pour l’émancipation des travailleurs pourrait se construire avec le Medef. C’est simplement absurde.

Un rapprochement entre modérés et radicaux n’est possible qu’en fonction d’objectifs communs.

***

Le 12 septembre 2018, plusieurs youtubeurs écolos relativement à la mode se sont associés pour organiser la diffusion en direct d’une vidéo sur internet, la première édition de ce qu’ils ont décidé d’appelé un JTerre, en référence au journal télévisé (JT). Ainsi, le JTerre est « un projet indépendant franco-belgo-suisse, porté par François Legrand (Permavenir) et Félicien Bogaerts (Le Biais Vert), avec la participation de Mr Mondialisation, La Relève et la Peste, Les Parasites, Partager c’est Sympa, PositivR, Professeur Feuillage, En Vert et Contre Tout, La Barbe, Sortez tout vert et Edeni ».

Cette première édition de leur JTerre était centrée sur « la destruction de la biodiversité et la justice climatique ». S’il est tout à fait louable de se soucier de la situation socioécologique et de vouloir participer au débat visant à la résoudre, leur approche présente plusieurs sérieux problèmes, à commencer par un manque de sérieux frappant.

S’il est possible et certainement souhaitable d’insuffler un humour fin et intelligent dans la discussion des problèmes socioécologiques de notre temps, les traiter entièrement sur le ton de la rigolade, de la blague, s’acharner à rendre fun tout ce qui s’y rapporte, c’est verser dans un excès où la dérision relève de l’indécence. La destruction du monde n’est pas drôle. La destruction des habitats des nombreuses espèces vivantes non plus. La pauvreté et les inégalités sociales, idem. Le ton et la forme employés au cours du JTerre laissent souvent à désirer. Il n’est ni nécessaire ni souhaitable de discuter de ces sujets à la manière d’une mauvaise émission de télé-réalité américaine. Mais si la forme laisse à désirer, le contenu n’est pas en reste.

En ce qui concerne le fond, le premier problème, c’est que nos youtubeurs ne formulent pas d’analyse claire de la situation. Ils embrayent directement sur divers problèmes plus ou moins spécifiques et se demandent comment les résoudre. Mais sans poser de diagnostic, sans déterminer la cause des problèmes, sans cibler le système économique dominant — le capitalisme[2] —, ou l’organisation sociale planétaire dans laquelle il s’inscrit et qu’il perpétue — la civilisation industrielle —, sans dénoncer le caractère intrinsèquement nuisible et insoutenable de l’industrialisme, sans constater le caractère antidémocratique de la modernité[3], sans souligner que le système judiciaire sert avant tout les corporations et les entreprises, difficile de proposer des solutions judicieuses.

C’est peut-être pour ça que tout au long du JTerre, tout ce qui est suggéré, ou presque, relève du changement individuel par une meilleure consommation, plus éthique, plus soutenable, plus bio — une fausse solution, que même ses anciens promoteurs, comme Cyril Dion, patron des Colibris et champion de l’écocapitalisme, commencent à désavouer (voir son livre Petit manuel de résistance contemporaine). Hélène de Vestele, une des youtubeuses du JTerre, est d’ailleurs à la tête d’une entreprise appelée Edeni, qui propose différentes formules de « bootcamps » (des stages) payants, visant à « apprendre quels sont les bons et les mauvais réflexes de consommation ». La première formule, le « Bootcamp online », coûte 299€, et comprend « 6 soirées de formation complète », « le programme de mails et d’exercices quotidiens », « l’accès à vie au drive avec les workbooks et toute la base documentaire » et « l’accès privilégié à la communauté des edeniens ». La seconde formule, plus complète, le « Bootcamp intégral », coûte 499€. Et la troisième, encore plus complète, coûte 1699€, mais vous donne droit à « la co-construction idividuelle [individuelle] avec Hélène De Vestele de [votre] projet de vie », et à « un accompagnement personnel par un coach pour le mettre en œuvre ». Formidable. La même Hélène de Vestele nous explique que ce qu’il faudrait faire, c’est « acheter mieux, mais moins, pour s’y retrouver en termes de budget », etc.

Un autre type de solution est également suggéré, en plus de la consommation meilleure et bio : les poursuites en justice. Si cette « solution » est un peu plus sérieuse que le changement par la consommation, son efficacité demeure hautement douteuse, et il vaudrait mieux ne pas trop compter dessus. Cependant, comme on pouvait s’y attendre de la part d’un collectif qui cherche à être positif, enjoué et optimiste, la juriste Marie Toussaint, invitée du JTerre et Présidente de l’association Notre Affaire à Tous, présente ce type d’action comme un véritable moyen d’avoir un impact et de changer les choses. Au passage, elle mentionne par exemple le procès très médiatisé que la ville de New York a intenté contre l’industrie pétrolière début 2018, en oubliant de mentionner qu’il s’est soldé par un échec complet[4] (de nombreux médias en quête d’informations positives — ça marche bien, ça fait du clic — ont relayé l’initiative du procès mais pas son échec). Un exemple, oui, mais significatif de ce que ce genre d’initiative a accompli jusqu’ici : rien, ou si peu. Ce qui est tout sauf étonnant. Ward Churchill, un auteur et militant états-unien d’origine amérindienne, l’exprime bien (en faisant ici référence au contexte de la lutte des Amérindiens contre le génocide initié par les premiers colons européens, et qui est encore en cours, mais son propos est généralisable à toutes les autres luttes contre la civilisation industrielle) :

« Aucune campagne de pétition ne dissoudra le statu quo. Aucun procès non plus ; vous ne pouvez pas vous rendre dans le tribunal du conquérant et faire en sorte que celui-ci annonce l’illégitimité de sa conquête et son abrogation ; vous ne pourrez faire en sorte qu’une alternative soit votée, aucune veillée de prière ne fera l’affaire, aucune bougie parfumée lors de cette veillée, aucune chanson de folk, aucun accessoire à la mode, aucun régime alimentaire, aucune nouvelle piste cyclable. Vous devez le dire franchement : le fait est que cette puissance, cette force, cette entité, cette monstruosité appelée État, se maintient par la force physique, et ne peut être contrée qu’à l’aide de ce qu’elle utilise, car c’est la seule chose qu’elle comprenne[5]. »

Le recours juridique peut être utile, très utile dans certains cas spécifiques, mais il est naïf de le considérer comme une « solution » aux problèmes socioécologiques actuels.

Il y a bien un moment, au milieu de la vidéo, où Hélène de Vestele se demande si, quelque part, le problème, ce ne serait pas ce système qu’on appelle capitalisme. Questionnement rapidement évacué par Amandine Lebreton, de la Fondation pour la Nature et l’Homme (ex-Fondation Nicolas Hulot), qui répond que clairement ce modèle de « j’achète, je consomme et je jette » (qui constitue, selon elle, le « fondement du capitalisme » [sic]) est un problème, mais qu’on y travaille.

***

De la part de Mathieu Duméry (alias « Professeur Feuillage ») on n’attendait pas autre chose que la promotion des petits gestes de l’écocitoyen modèle et du changement par la consommation. Sa vidéo intitulée « La vie de bureau » — financée par The Shift Project, un think tank lui-même financé par EDF, Bouygues, la SNCF et Vinci Autoroutes (entre autres), et présidé par Jean-Marc Jancovici — constituait déjà un plaidoyer pour que l’esclave de bureau modèle optimise son empreinte écologique afin de sauver le monde. À la vue d’une telle menace envers le statu quo, la corporatocratie, l’industrialisme, le capitalisme, l’esclavage salarial, l’imposture démocratique, etc., la planète jubile et les puissants tremblent.

Manifestement, l’écologie selon Mathieu Duméry (« Professeur Feuillage »), c’est avant tout l’optimisation de son empreinte écologique dans le cadre de la société industrielle capitaliste. Cela peut servir à apaiser sa conscience, à économiser quelques sous, à avoir une meilleure santé, mais cela ne nous aide pas à comprendre les tenants et les aboutissants de l’écocide et du désastre social en cours, et à élaborer une stratégie pour y mettre fin.

Idem pour Vincent Verzat, qui a tendance, avec sa chaîne Partager c’est sympa, à promouvoir toutes sortes de mesures naïves relevant du réformisme de la société industrielle, comme le bio dans les cantines, le fait d’aller à vélo au travail, etc., qui non seulement n’ont aucune chance de rendre la civilisation industrielle écologique, ou de mettre un terme à sa destructivité, mais qui, en outre, occultent les mécanismes d’oppression et de coercition qui la structurent. Pour prendre un seul exemple, rappelons que l’institution scolaire est un des premiers outils d’endoctrinement à la solde de l’État-entreprise. Qu’elle serve des repas bios ferait peut-être une différence pour la santé physique des élèves, mais cela ne changerait strictement rien à sa nature, à sa fonction au sein de la civilisation industrielle, et ultimement, cela ne changerait rien au caractère profondément insoutenable de la civilisation — le bio n’est pas synonyme de respect du monde naturel, de pratiques soutenables. Ce n’est pas pour rien que ce genre de mesures est promu par l’État.

L’analyse socioécologique de ces youtubeurs est assez proche de celle des grandes ONG écolos (WWF, Greenpeace, etc.). Comme elles, ils ne remettent pas en question l’État, le mode de vie industriel, le capitalisme (même s’ils prétendent parfois autrement). Ils semblent croire que l’on pourrait rendre écologique et démocratique la société industrielle en l’aménageant ci et là. Ils n’ont conscience ni de l’impasse écologique dans laquelle elle s’est enfermée, ni de l’impasse antisociale qu’elle constitue.

On le constate dès le début de leur JTerre, lorsque Félicien Bogaerts, le présentateur principal de l’émission, assimile la biodiversité à « notre boîte à outils » et s’inquiète de sa disparition/destruction au motif que cela menacerait « notre avenir ». Cette vision utilitariste du monde vivant est une perspective très banale dans la société industrielle capitaliste. Elle est associée à ce que Satish Kumar appelle l’écologie superficielle, pour la distinguer de l’écologie radicale (ou profonde), qui se soucie des êtres vivants et des communautés naturelles (les écosystèmes) pour eux-mêmes, et pas en fonction de leur utilité pour nous. Amandine Lebreton, de la fondation FNH, ajoute ensuite que la « biodiversité nous apporte des biens et des services » et mentionne les fameux « services écosystémiques ». Ce vocable, inventé dans les années 70 et véhiculé par les promoteurs de la financiarisation de la nature dans le cadre de l’économie libérale et capitaliste, désigne une nouvelle manière d’exploiter et de détruire la nature, très bien étudiée et dénoncée par l’ONG du Mouvement mondial pour les forêts tropicales (WRM en anglais, World Rainforest Movement), qui publie régulièrement de très bonnes analyses à son sujet[6].

Un excellent rapport de Jutta Kill pour le WRM (Mouvement mondial pour les forêts tropicales) sur l’arnaque des services écosystémiques. Cliquez sur l’image pour le lire.

Enfin, leur JTerre finit par une séquence estampillée PositivR (ce site web à but lucratif qui tire profit des angoisses et des peurs des gens en leur proposant une « dose quotidienne d’inspiration positive »), un condensé d’informations supposément géniales mais vraisemblablement insignifiantes.

Restons-en là. Au bout du compte, à travers les idées du changement par la consommation, de la financiarisation de la nature, etc., leur JTerre fait principalement la promotion de la mascarade écologiste élaborée par les institutions dominantes de la société industrielle capitaliste, de l’ONU aux grandes ONG écolos et à l’État. Institutions qui sont les principales responsables du désastre socioécologique en cours et qu’un mouvement écologiste digne de ce nom devrait avoir pour objectif de démanteler.

Nicolas Casaux


  1. Voir le tome 1 d’Écologie en résistance.
  2. http://partage-le.com/2018/09/moins-dhumains-ou-plus-dhumanite-par-yves-marie-abraham/
  3. https://www.youtube.com/watch?v=KVW5ogGDlts
  4. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/new-york-echoue-a-faire-admettre-leur-responsabilite-climatique-aux-geants-du-petrole_126023
  5. Pour aller plus loin : http://partage-le.com/2015/12/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/
  6. Il faut lire, par exemple : https://wrm.org.uy/fr/livres-et-rapports/le-commerce-des-services-ecosystemiques-quand-le-paiement-pour-services-environnementaux-equivaut-a-lautorisation-de-detruire/ & https://wrm.org.uy/fr/les-articles-du-bulletin-wrm/section1/2-dou-est-venue-lidee-des-services-ecologiques/ Au sujet de la financiarisation de la nature, il est également possible de lire le livre de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil intitulé Prédation : Nature, le nouvel eldorado de la finance.

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  1. Je pense que ces Youtubeurs sont sincères dans leur démarche, même si, comme le déplore Casaux, ils sont dans une démarche de joindre l’utile à l’agréable, un IKIGAI ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Ikigai)
    « ce dont le monde a besoin » OK
    « ce que je suis capable de faire » OK
    « ce que j’aime faire » OK
    « Puis-je en vivre » mouai OK ».
    Ils sont pour la plupart issus du milieu de l’Audiovisuel, avec une composante artistique forte + un projet et une véritable préoccupation écologiste. Là où le bas blesse c’est qu’ils sont dans une sorte de course à l’audimat, avec des codes visuels qui n’ont rien à envier aux Cypriens, Norman qui sont pleinement la l’économie Youtube et que l’écologie, l’effondrement deviennent peu à peu des fonds de commerce, ce qui est pour le moins paradoxal.

  2. J’adhère à 100% à l’urgence de démanteler ce système et à la dénonciation de ce spectacle d’accompagnement qui n’est au final qu’un folklore de plus pour nous amuser.

    Mais, je ne pense pas qu’il faille systématiquement opposer choix de vie et activisme. Pour ma part, j’ai très souvent fait les deux!

    Un commentaire sur: « le bio n’est pas synonyme de respect du monde naturel ». J’appelle ça une généralité autant que dire l’inverse le serait. On a un cahier des charges -certes très dégradé par l’UE- puis ensuite c’est à la bonne conscience. Soit le bio industriel pour le profit, soit le paysan bio engagé sincèrement (et qui fera souvent mieux que ce que le cahier des charges demande – d’ailleurs il y a plein de paysans faucheurs). Sans parler d’agriculture industrielle (qui est nulle vu qu’elle est industrielle), mais si on s’en tient à une paysanne, de proximité, entre un bio et un non bio, il y aura bien souvent un meilleur impact chez le bio: je l’ai observé. Exemple: entre un éleveur qui met ses brebis uniquement à l’herbe sur ses terrains quand un non-bio s’autorise à acheter de l’aliment composé de soja roundup ready (qui détruit l’Amérique par les pulvérisations de glyphosate), y a pas photo. Mais bien sûr, le label ne fait pas tout.

    Puis, un choix de consommation peut simplement être un choix de boycott. Je décide de ne pas acheter de produits de chez Coca Cola et si on est plein à le faire, on les fait tomber . Ce qui s’apparente à du sabotage par l’absence de soutien et qui n’a rien à voir avec acheter du Max Havelard.

    Bien sûr, tout ça ne répond pas aux problématiques de manières urgente, alors il faudra quand même saboter… et bien sûr dénoncer ce genre de vidéo à la con comme tu le fais.

    1. Bien d’accord. On n’oppose pas les deux (Cf. la vidéo sur les douches courtes). Par contre le boycott, franchement, c’est désormais une tactique assez illusoire surtout en ce qui concerne les immenses multinationales (un petit magasin de quartier pourrait souffrir du boycott d’une communauté déterminée mais compter sur les masses pour boycotter coca cola c’est beaucoup plus douteux).

  3. Merci pour cette critique, elle est nécessaire est utile.

    Cependant, je trouve que ce genre de d’initiative est utile.
    J’ai l’impression qu’il y a un chemin personnel à effectuer pour devenir activiste.
    Ce chemin commence par le changement personnel, en tout cas c’est comme cela que ça a commencé pour moi. Bon, c’est peut-être aussi parce que le système m’a influencé pour commencer par cela.
    Mais est-ce un problème ? C’est une manière douce et accessible de commencer à s’engager. Parce qu’on a du contrôle sur sa vie et aucun (facilement en tout cas) sur les gouvernements, les industries.
    Pour moi ces gens sont la porte d’entrée de l’activisme écologique, certes leur analyse n’est pas profonde et pas centrée sur les racines du mal, mais leur contenu attire.
    Les gens commencent à entendre parler des sujets, des lobbies, de comment nous sommes manipulés grâce à eux.

    Tiens prenons l’exemple de Partage C’est Sympa. Je te trouve malhonnête sur lui. Dans un certain nombre de ses vidéos il montre des actions de désobéissance civile contre les banques. Il appelle à la mobilisation, à l’action collective. Je ne suis pas convaincu qu’il soit un simple réformiste. Il donne la motivation, l’envie de se bouger, il donne de l’espoir.
    Ne penses-tu pas que l’espoir de réussir à changer les choses est important ? Combien de gens sont-ils résignés dans notre société ? D’expérience, en France, beaucoup.

    Pour moi, ces gens font partie des entités en surface dans la stratégie de DGR, celles qui recrutent, qui sont en mesure de mobiliser les gens et de créer une culture de la résistance. Ils parviennent à mettre ces sujets un peu plus au coeur de nos vies en les rendant accessibles. Tu images si d’entrée de jeu ils balançaient : bon il faut détruire le capitalisme et la civilisation industrielle. Peu de gens les écouterai et sûrement encore moins de gens finiraient pas entendre parler de DGR.

    Et oui, ce qu’il font n’est pas suffisant. Je suis d’accord avec toi que le changement individuel ne changera pas le monde et heureusement que tes articles et DGR sont là. Mais pour moi c’est une étape et leur travail n’est pas vain, c’est cela que je regrette dans ton article (et dans d’autres) : soit tu penses sincèrement que ce que font ces gens est inutile voir nuisible pour la lutte, soit tu omets leur utilité.

    1. Je suis d’accord, je n’ai pas nuancé ma remarque sur Vincent Verzat. Ce qu’il exprime est confus. Il y a effectivement des choses intéressantes mélangées à des choses absurdes, inutiles ou contre-productives.

  4. Bonjour,

    Je partage votre argumentaire qui est totalement rationnel et juste d’un point de vue écologique/biologique, logique en fait.

    Cependant je nuancerais mon propos pour plusieurs raisons, je m’explique.
    Malgré la promotion (voulue ou non) d’un capitalisme vert ils ont au moins l’avantage de démocratiser la cause écologique en faisant « des vues ». Même si leur discours n’est pas toujours fondamentalement dans le sens optimal… il va quand même dans un sens qui se veut meilleur(et ça juste parce qu’il informe au moins sur l’état de la planète et sur les dérives du système actuel). Je pense qu’il est essentiel de ne pas négliger le mieux faire au profit du bien faire.
    Je pense que parmi les nombreuses vues (plus de 44 000 en très peu de temps quand même), de nombreuses personnes iront plus loin dans la démarche d’information et iront peut être même jusqu’à dévorer tous les articles de ce site (j’ai eu personnellement une démarche un peu similaire).

    Il y a effectivement du bon et du moins bon dans leur discours mais ne négligeons pas ces potentiels nouveaux écologistes qui viendront s’informer plus tard, plus en profondeur, à la racine du problème qui est beaucoup plus complexe car civilisationnel et systémique.

    Actuellement la majorité des gens préfère une vidéo d’une dizaine de minutes (je ne parle pas du JTerre qui est plus long) qui prémâche le travail de réflexion qu’un article qui fait plus de 140 caractères. Les gens ont besoin de faire leur propre cheminement intellectuel. On ne peut pas les forcer à lire un article qui leur volera 20-30 minutes (voire plus) de leur temps si précieux !

    La question sous-jacente est de savoir s’il vaut mieux être 100% dans le « vrai » (si tant est que le vrai soit de ce monde) et être peu lu ou faire beaucoup d’audience et éveiller des consciences ?

    Quel est le but de ce site si ce n’est pas de partager ?
    Ne négligez pas vos futurs lecteurs qui s’éveillent à leur rythme.

    Pierre

    1. Oui, mais la critique sert à ça, il ne faut pas la prendre pour une répudiation totale, seulement comme une critique, c’est-à-dire une invitation à faire mieux. Et je pense qu’il vaut évidemment toujours mieux dire la vérité telle qu’on la comprend. Quant à l’idée qu’ils permettent de faire prendre conscience de certaines choses, oui et non. Il me semble que cette idée selon laquelle les gens ne seraient pas au courant de ce qui se passe au niveau écologique et social est relativement fausse. Les médias de masse détaillent les crises écologiques et sociales depuis déjà longtemps. Les gens savent que la situation est catastrophique, ils sont plutôt en quête de « solutions ». Et c’est là que ces youtubeurs (pas tous, effectivement, et pas tous autant) les égarent.

      1. Ils sont en quête de « solutions » parce que c’est une démarche mentale saine, il y a un problème, quelles sont les solutions ?

        Bien sûr que les gens savent que la planète se réchauffe, que le plastique c’est pas bien etc etc. seulement ils n’ont pas encore pris conscience du caractère systémique du problème ils n’ont pas mis le doigt sur les vrais responsables. Mais ça c’est une question d’information, d’éducation, de socialisation, et surtout de partage et de communication !
        Tout le monde ne voit pas que la solution est au cœur du problème. Que le problème est la solution.
        Et quand je dis « ils » je parle autant des gens que des youtubeurs.

        Après cela même en ayant pris conscience du vrai problème, combien de courage faut-il encore pour l’appliquer dans sa vie de tous les jours ? Une maison, une voiture, une famille, comment avoir suffisamment de ressources physiques et mentales pour envoyer tout valser.

        Le problème de cette planète est anthropique et certainement pas manichéen.

        1. « Les vrais responsables », mais c’est eux, c’est nous, et certainement pas seulement le méchant patron de multinationale, ou le méchant président de la république.

          Les responsables, c’est tout autant ceux qui considèrent que leur confort est non négociable et qui vont partir en vacances en Thaïlande ou à la Réunion, qui vont s’acheter le dernier SUV pour aller chercher la baguette au coin de la rue, et qui vont vivre à deux dans un pavillon de 200 m², que le président de l’ONF à qui l’on a demandé d’alimenter la centrale de Gardanne avec les bois du Jura, ou le PDG de Bayer qui corrompra ce qu’il faut de députés et de scientifiques pour s’assurer quelques années de vente supplémentaires pour son glyphosate.

          On nous dira que les premiers ont été endoctrinés par les autres, ce qui est peut-être vrai, mais que je sache nul (à part les luddites) n’a beaucoup résisté à cet endoctrinement, il y a eu consentement. On pourrait donc dire à rebours que les seconds, les technocrates, ne font que prendre en charge l’aspiration des masses au confort et au refus de la liberté. Essayez comme le demande l’astrophysicien à la mode Aurélien Barrau d’imposer de force une réduction drastique de la consommation (une sorte de dictature verte) et vous verrez dans quel sens ira la révolution.

          Bref, il faut rappeler encore ces évidences que Vergniaud avaient condensé en un « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », et que la Boétie avant lui avait ramassé sous cette sentence : soyez résolus de ne plus servir, et vous voila libres ».

          Un mot encore : il faut définitivement tordre le cou à cette idée des permaculteurs : « le problème est la solution ». Parce que cette maxime répétée mécaniquement rend un grand service à tous ceux qui s’en remettent à la technologie pour réparer les destructions de… la technologie.

          1. Nous sommes résolument d’accord.
            Quand je dis « ils », quand je dis les « gens », je nous inclue dedans.

            Qui sommes nous, à échanger et communiquer derrière nos écrans d’ordinateurs et toute la bulle technologique que représente le réseau internet, pour juger ?

            C’est exactement la raison pour laquelle je dis que cette question n’est forcément pas manichéenne !
            Et je ne crois pas qu’il faille tordre le cou à l’idée que le problème est la solution… c’est simplement une question de perception du sens de cette phrase. Comme je l’ai déjà dit le problème est systémique et civilisationnel car il s’attache au fantasme d’une croissance infinie avec la technologie en sacro-sainte entreprise pour y parvenir. La solution est donc d’arrêter de faire fonctionner ce système. La solution est donc bien dans le problème.

            Plus facile à dire qu’à faire. Je m’en vais éteindre mon ordinateur 😉

            Amicalement.

          2. Absolument pas d’accord. « nul (à part les luddites) n’a beaucoup résisté à cet endoctrinement ». C’est faux. Lire Technocritiques de François Jarrige. Ou lire d’autres ouvrages de Jarrige ou Fressoz. L’imposition de tout le système technoindustriel ne s’est pas faite sans heurts. Les résistants n’ont pas du tout été que quelques luddites. De même que la révolution bourgeoise de 1789 a imposé par la force la destruction des langues vernaculaires et des pratiques etc. La grande majorité des étapes de la formation de la société industrielle telle qu’on la connait actuellement sont indissociables de l’usage de la force (répression étatique, etc.) ou de la propagande, ou des deux.

          3. @ Nicolas

            Bien sûr, il y a toujours des résistances dans les marges. Mais il semble assez clair que si la résistance à l’industrialisation avait été majoritaire, il n’aurait pas suffit de répression et d’endoctrinement pour faire plier les hommes. Si les fameux 0,1% étaient seuls, combien de temps resteraient-ils au sommet ? Vous savez bien que « le tyran tyrannise grâce à une cascade de tyranneaux, tyrannisés sans doute, mais tyrannisant à leur tour ». Et cette ramification descend très bas dans l’échelle sociale. On voit bien qu’aujourd’hui encore, lorsque Macron lâche ses chiens sur les ZAD ou sur les cortèges de manif, la majorité des français applaudissent.On veut de l’ordre et de la docilité, et pas qu’en haut de l’échelle.

            A chaque étape il y a un peu de résistance, oui, mais surtout, au mieux, beaucoup de passivité.

            Je crois que vous sous-estimez beaucoup le pouvoir d’attraction de « l’idéal bourgeois de confort, sécurité, assurance » dont les hommes s’emparent pour renoncer au fardeau de la liberté (Ellul) :  » l’homme n’est pas du tout passionné par la liberté, comme il le prétend. La liberté n’est pas chez lui un besoin inhérent. Beaucoup plus constants et profonds sont les besoins de sécurité, de conformité, d’adaptation, de bonheur, d’économie des efforts… et il est prêt à sacrifier sa liberté pour satisfaire ces besoins.  »

            Si les rares résistants épris de liberté et d’autonomie qui se sont levés à chaque nouvelle étape du processus d’industrialisation, c’est-à-dire de déshumanisation, ont été systématiquement défaits, c’est bien parce la masse trouvait son compte dans le cours des choses. Et si la masse se satisfait de voir les luddites d’hier et d’aujourd’hui réprimés, c’est parce qu’elle ne supporte pas de voir, dans le miroir d’hommes voulant rester libre, l’image de sa servitude volontaire. Il lui faut « confort, sécurité et assurance », mais avec l’illusion de la liberté, qui n’est permise que si la liberté réelle est réprimée.

          4. Non, non je comprends bien et je suis d’accord, l’idéologie des dominants est graduellement devenue l’idéologie des dominés. Évidemment. Mais simplifier l’histoire pour en faire un long fleuve tranquille, non, ce serait mentir. Freud (que je n’apprécie pas plus que ça), le disait bien, « la civilisation est quelque chose d’imposée à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition ». Mais sur le résultat aujourd’hui, je suis d’accord avec vous. (La citation d’Ellul est un peu vague, il faudrait préciser de quel homme il parle, dans quel contexte, à quel époque).

  5. Bonjour,
    Pour rebondir à ce qui a été dit ci dessous :
    Il y a encore peu de temps, j’étais un colibri croyant dure comme fer qu’en devenant maraîcher j’allais changer le monde. Depuis, j’ai réalisé que cela ne suffisait pas, mais que c’était pour autant nécessaire, comme une première étape.
    Basculer du « citoyen » au « militant » se fera, je pense, graduellement pour la majorité des gens. Vous me direz, on ne dispose pas de ce temps, soit.
    Par exemple, bon nombre d’amis me demande des sources d’infos « alternatives ». Et bien aujourd’hui, je ne partage pas tout de suite « partage-le » (un comble !!). Cela peut venir par la suite, suivant le niveau des discussions que l’on aura. Mais le fond est à ce point poussé et sans concession (et c’est ce qui le rend si riche), qu’il pourrait effrayer des personnes de bonne volonté.
    Rien qu’au niveau des termes employés : il faut avoir fait ZAD+4 ou DGR+4 ou je ne sais quel autre « école », pour comprendre ce qui se dit (et c’est tant mieux car le débat en est enrichi !).

    Même si toutes les initiatives des youtubeurs, colibris & co ne changeront pas le monde, elles sont le lieu accessible d’un éveil qui peut déboucher sur quelque chose de plus organisé. A nous de créer ce quelque chose.

    Pour moi, un des objectifs des militants actuels est de permettre « l’accueil » des milliers de personnes qui découvre le compost & co aujourd’hui sur youtube.

    Un grand merci pour ce travail de partage et de critiques argumentées.

    1. Et merci à vous. Ces critiques visent justement à les amener, si c’est possible, à améliorer leur critique socioécologique. Seulement, certains d’entre eux semblent se complaire dans un petit business qui leur rapporte un salaire décent de même qu’une notoriété relative. Du coup, ils risquent de ne jamais changer de position. Ce qui serait dommage. Par ailleurs, ça peut les amener à, et ça en amène certains à dénigrer la critique radicale telle que celle que nous proposons, pour diverses raisons fort absurdes, que j’essaierai d’exposer dans un prochain article.