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Quelques remarques sur « L'affaire du siècle » (par Kevin Amara et Nicolas Casaux)
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En cette fin d’année 2018, une coalition de quatre ONG — Greenpeace, Oxfam, la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) et Notre affaire à tous — s’est formée pour poursuivre l’État français en justice[1], afin de le contraindre à respecter la limite de 1,5° C de réchauffement climatique. Pour le lancement de cette procédure, elles ont organisé une campagne médiatique d’envergure, notamment sur les réseaux sociaux, où un clip vidéo tourné pour l’occasion est rapidement devenu viral. Clip vidéo dans lequel nos plus célèbres écolos, youtubeurs, et quelques célébrités ayant accepté de se prêter au jeu — profitant ainsi d’une belle occasion de verdir leur image — expliquent le comment et le pourquoi de ce procès, et tentent de recueillir un maximum de signatures.

Nous voyons deux raisons pour lesquelles ce projet pourrait servir à quelque chose. La première, assez discutable, c’est qu’il permet de parler des problèmes écologiques actuels, et donc, d’une certaine manière, de sensibiliser — assez superficiellement, comme nous allons le voir. La seconde, c’est qu’il va échouer. Et qu’alors ceux qui l’auront porté seront peut-être — espérons-le ! — amenés à se poser des questions plus sérieuses et à évaluer plus honnêtement notre situation. À minima, il est possible d’espérer que ceux qui auront placé leurs espoirs dans cette action et dans ceux qui l’auront portée s’en détourneront afin de tendre vers des solutions plus réalistes et pertinentes au vu de la gravité de la situation actuelle.

On l’a vu, au terme d’une bataille qui aura pris la vie d’au moins une personne (Zineb Redouane), arraché au moins 3 mains, crevé au moins 6 yeux, et fait d’innombrables blessés (plus de 1 600)[2], tout ce que les gilets jaunes ont réussi à obtenir de la part de ceux qui organisent la ruine du monde et le désastre social que l’on appelle civilisation, ce sont des miettes. « Il ne faut pas désespérer Billancourt », mais il faut savoir être réaliste.

Et voilà que nos chères ONG coalisées intentent un procès à l’État dans le but d’endiguer le réchauffement climatique. Leur naïveté est à la hauteur de celui qui affirme, dans leur clip vidéo, que « l’État a la responsabilité de nous protéger ». Le principal problème de leur projet, c’est qu’il n’a techniquement aucune chance de générer quelque chose d’utile, ni pour nous, la civilisation (ce qui les intéresse eux, semble-t-il), ni pour le monde naturel. Eux prétendent évidemment le contraire[3] :

« Et ça marche ! Aux Pays-Bas, la justice a ordonné au gouvernement néerlandais de revoir à la hausse ses objectifs sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, au nom de la protection des droits de ses citoyens. Au Pakistan, grâce à l’action en justice d’un fils d’agriculteurs, les juges ont mis en place un Conseil climatique chargé de veiller à la mise en œuvre des objectifs climatiques. En Colombie, 25 jeunes ont fait reconnaître par la Cour suprême la nécessité d’agir contre la déforestation et pour la protection du climat. »

Le bio, une autre illusion verte.

En vérité, aucun de ces événements n’a eu le moindre effet. Les Pays-Bas font partie des pires émetteurs de gaz à effet de serre d’Europe. Les États ne parviennent jamais à atteindre leurs objectifs. D’abord parce qu’ils ne font rien pour, mais aussi et surtout parce qu’ils ne le peuvent pas. Croire que l’État pourrait mettre un terme au réchauffement climatique, à la destruction des écosystèmes et au massacre des autres espèces, c’est croire qu’un marteau pourrait faire office de télescope. Ça ne fonctionne pas, peu importe à quel point on le souhaite, on ne voit rien. Ce n’est pas dans ses cordes, ce n’est tout simplement pas sa fonction. L’État moderne organise le système capitaliste mondialisé (la civilisation industrielle), fondé sur l’exploitation et la destruction perpétuelles de la nature. En Colombie, la déforestation s’accélère (« la forêt a perdu une surface de l’équivalent du Luxembourg en 2017 »). Et si, afin de donner le change, d’alimenter l’espoir qui fait avancer les foules, de plus en plus de pays inscrivent de belles choses dans leurs constitutions, les faits témoignent clairement de ce qu’ils n’en ont rien à faire, ou de ce qu’ils ne peuvent rien faire. Et en Bolivie aussi, la déforestation continue, inexorablement, malgré l’inscription, depuis 2012, de droits de la nature dans la constitution du pays. « On peut violer les lois sans qu’elles crient », écrivait Talleyrand dans ses Mémoires. On le constate un peu partout et depuis longtemps.

Par ailleurs, ces ONG, ces youtubeurs, tous ces gens animés à n’en pas douter de la meilleure volonté du monde, ignorent-ils que les États ne disposent plus que d’une latitude très limitée en ce qui concerne la création et l’édiction des lois qui gouvernent nos sociétés ? Le transfert de souveraineté des États vers des entités supra-étatiques, plus importantes commercialement parlant, a longtemps été un secret de polichinelle : il a récemment été débattu publiquement, dans les médias, discuté à l’Assemblée… Le TAFTA (pour ne citer qu’un exemple) ne leur évoque-t-il donc rien ?

L’Uruguay a été poursuivi par le géant du tabac Philip Morris International devant le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI), un tribunal arbitral. Le pays avait mis en place une politique anti-tabac conséquente, que la marque n’a pas appréciée. En 2006, une loi interdisait de fumer dans les lieux publics. En 2010, une importante campagne de sensibilisation est mise en place à l’aide de spots de pubs et de messages chocs sur les paquets. On estime ainsi qu’entre 2006 et 2010, le taux de fumeurs dans le pays a chuté de près de 20%, passant de 50 à 31%. Philip Morris a commencé à grincer des dents. En 2010, l’industriel a fini par tout simplement intenter un procès contre l’Uruguay. Le 8 juillet 2016, le tribunal a rendu une décision favorable en faveur de l’Uruguay, et a condamné Philip Morris à payer 7 millions de dollars au pays, tout en s’acquittant de la totalité des frais de justice.

Des cas de ce genre, il en existe pas loin de 500, à en croire ce papier[4] du Monde Diplomatique. Ce que l’on appelle l’arbitrage international est de plus en plus utilisé par les sociétés. Peu importe, finalement, que dans le cas évoqué plus haut l’État ait eu gain de cause sur l’industriel. Ce qui importe ici est de comprendre la portée de l’événement : une multinationale est tout à fait en mesure d’attaquer un État « souverain ». Que faudra-t-il faire, alors, pour interdire le dernier produit phare de Bayer lorsque la France aura émis une loi l’interdisant mais que la multinationale aura eu gain de cause et aura contraint le pays à revenir sur sa décision ? Qui attaquera-t-on en justice, à ce moment-là ? Cet oubli est révélateur de l’ignorance totale des rapports de force de la part de ces ONG et autres personnalités publiques.

Ceux qui intentent ce procès ne comprennent pas la situation. (Par courtoisie, laissons-leur le bénéfice du doute et supposons qu’ils ne se soucient pas que du climat, ainsi que le suggère leur projet, mais aussi de la nature, du monde vivant, des espèces vivantes). Ils imaginent, selon les croyances de l’écologisme grand public, qu’il est possible (et souhaitable) de continuer à faire fonctionner la civilisation moderne et ses conforts technologiques en passant au « 100% renouvelables ». Ils ne comprennent pas que la civilisation industrielle ravage le monde non seulement au travers de son mode de production d’énergie, mais aussi et surtout à travers son utilisation de cette énergie. C’est-à-dire que même si les énergies dites « vertes » l’étaient vraiment (ce qu’elles ne sont pas), et même si elles pouvaient remplacer les énergies explicitement pas vertes (ce qu’elles ne peuvent pas[5]), notre problème resterait quasiment inchangé[6].

Les industries des énergies dites « vertes » sont autant d’entreprises capitalistes qui servent à perpétuer la civilisation industrielle. Le monde naturel, lui, comme toujours, en paie le prix — rappelons, pour exemple, le cas de la centrale solaire de Cestas, en France, près de Bordeaux, la plus grande d’Europe, qui a nécessité l’abattage de 250 hectares de pinède ; un projet du consortium Eiffage, Schneider Electric, Krinner (l’occasion aussi de rappeler que les industries des énergies dites « vertes » sont, très logiquement, dominées par d’immenses entreprises multinationales, et que toutes sortes de multinationales, de Vinci à Total, y investissent afin de faire du profit).

Autre exemple, dans le Lot-et-Garonne, où « la plus grande centrale électrique solaire est en voie de finalisation ». Pour cela « 1 300 hectares de terres agricoles et 700 hectares de forêt » vont être sacrifiés. Formidable. La planète et le climat nous remercient. L’électricité que cette centrale produira servira à alimenter en énergie d’innombrables appareils qui, à l’instar des panneaux solaires photovoltaïques, sont autant de futurs déchets, et dont la fabrication aura impliqué toutes sortes de nuisances environnementales et sociales.

En outre, il faut savoir que le calcul de la quantité de CO2 émise par un État est une arnaque comptable[7] (ne prenant pas en compte tout un tas d’émissions dites « cachées » peut-être plus importantes que les émissions nationales) qui, en plus, s’avère d’une imprécision grossière[8]. Une double arnaque en somme. Au bout du compte, seules une aberration comptable et une mauvaise foi colossale permettent d’affirmer que les énergies dites « vertes » (ou « renouvelables ») sont « neutres en carbone », ou qu’elles s’inscrivent dans une dynamique de préservation et de protection du monde naturel.

« Développement des énergies renouvelables » et « amélioration de l’efficacité énergétique[9] ». Voilà pourtant ce que nos plaignants exigent de l’État. Comme tous les aveugles de l’écologisme médiatique, ils ne comprennent pas que le développement durable est un oxymore, une contradiction dans les termes[10], un mythe. Que l’efficacité énergétique croît depuis des décennies et avec elle la destruction du monde naturel[11]. Ce qui nous ramène à l’impossibilité pour le système technocapitaliste que l’État administre (avec une latitude très limitée) de faire autre chose que ce qu’il fait actuellement, qu’il faisait déjà hier. C’est-à-dire que même si l’État était contraint d’obéir aux injonctions des quatre ONG, s’il mettait concrètement en place les mesures qu’elles exigent, le désastre socioécologique en cours n’en serait pas le moins du monde entravé. C’est-à-dire que si l’on émettait l’hypothèse extrêmement improbable selon laquelle le système technocapitaliste pourrait parvenir, grâce au déploiement des énergies dites « vertes », aux technologies de CCS (captage et stockage du dioxyde de carbone), et à d’autres techniques de géoingénierie, à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, nos chères ONG seraient satisfaites. Et le désastre socioécologique de la destruction du monde vivant et de l’accroissement des inégalités sociales et de la misère humaine que produit la civilisation industrielle continuerait imperturbablement.

Dans le combat contre le biocide et le désastre social que la civilisation industrielle perpétue sur toute la planète, la voie juridique est un moyen d’action parmi d’autres. Dans certains contextes, comme pour faire annuler ou retarder la bétonisation d’une zone humide, la construction d’un barrage, etc., il peut être tout à fait défendable et même stratégique d’intenter des procès contre différents acteurs de la destruction de la nature ou de l’exploitation sociale. Le problème, ici, c’est que nos coalisés exigent n’importe quoi.

Nous pouvons sauver la civilisation industrielle (prolonger, pour un temps limité, son existence, grâce aux énergies et technologies dites « vertes » et à la géoingénierie), ou nous pouvons sauver le monde vivant qu’elle détruit (et nous sauver par la même occasion). Il faut choisir. Il n’est pas possible de sauver les deux ensemble.

Au moment où ces lignes sont écrites, le site web international d’informations écologistes Mongabay publie un article intitulé « Les protections internationales ne stoppent pas la surexploitation des pangolins au Cameroun », dans lequel on apprend qu’un « rapport récent montre que l’inscription en 2016 des pangolins à l’annexe I de la CITES qui interdit leur commerce international, n’a pas d’effet au niveau local sur la protection de cet animal en Afrique centrale. » Les cas comme celui-ci, on ne les compte plus. Car le recours juridique, s’il peut parfois servir dans la lutte contre le fléau socioécologique qu’est la civilisation industrielle, ne sera jamais suffisant. Et c’est un autre problème que pose la campagne médiatique de leur « affaire du siècle », qui risque de promouvoir l’idée qu’il est possible d’obtenir un changement significatif au travers du système juridique d’État.

***

On nous rétorquera qu’il s’agit toujours de quelque chose, et que ce quelque chose vaut toujours mieux que rien. Affirmation douteuse. Primum non nocere : d’abord, ne pas nuire. La multiplication frénétique de ces initiatives citoyennistes (le mois dernier a vu naître l’initiative « On est prêt », et juste avant elle l’initiative « Il est encore temps », et voilà maintenant « L’affaire du siècle ») semble remplir un vide. Semble. En réalité, la prolifération de ce type d’initiatives est incroyablement nuisible, en ce qu’elle fait naître, qu’elle encourage ou qu’elle renforce un espoir naïf et absurde, une illusion. À grand renfort de moyens techniques stimulants, à l’image des vidéos des youtubeurs écolos, et du clip de promotion de cette « Affaire du siècle » : le format est « cool », le montage dynamique, la propagande réussie. Seulement, la lutte écologique n’a pas vocation à être « cool ». Notre mode de vie — la civilisation industrielle — constitue une menace pour l’ensemble des espèces et de la toile du vivant. Une extermination (les scientifiques parlent, plus insidieusement, d’extinction) de masse est en cours. Il faut se rendre à l’évidence : le combat nécessaire pour sortir de cette civilisation qui porte la mort comme la nuée porte l’orage sera long et douloureux.

Étant donné tout ce qui précède, force est de constater que les initiatives de ces ONG, de ces youtubeurs et de ces figures de l’écologie médiatique, loin de sensibiliser l’opinion publique aux problématiques socioécologiques, ne servent qu’à alimenter les illusions et les faux espoirs dominants, notamment en promouvant les idées suivantes :

  1. L’idée selon laquelle notre problème se résumerait au réchauffement climatique, à un taux de CO2 atmosphérique qu’il nous faudrait contrôler.
  2. L’idée selon laquelle le « développement durable » (les énergies dites « renouvelables », l’efficacité énergétique, etc., en bref : un ajustement technologique de la société industrielle) pourrait nous tirer d’affaire, endiguer le réchauffement climatique — et faire en sorte, accessoirement, même si cela a de plus en plus tendance à être éclipsé par la focalisation sur le climat, que la société industrielle devienne soutenable, respectueuse du monde naturel.
  3. L’idée selon laquelle à l’aide d’un ajustement économique (qu’on appellerait économie sociale et solidaire, économie du partage, économie collaborative, économie contributive, ou quelque jolie expression que les experts du marketing auraient inventée), la société industrielle pourrait devenir socialement juste, en plus de soutenable.
  4. L’idée selon laquelle, bien que récalcitrant, l’État serait techniquement en mesure de réaliser les fantasmes précités, et qu’il nous faudrait seulement l’y contraindre.

L’efficacité énergétique et de nouvelles industries de production d’énergie ne rendront jamais soutenable la civilisation industrielle. Au contraire, elles contribuent à perpétuer son caractère intrinsèquement délétère. La société de masse capitaliste ne sera jamais socialement juste. Nous avons besoin de rien de moins que du démantèlement complet de la société industrielle mondialisée, de l’État, du capitalisme. Nous avons besoin d’une décroissance radicale, d’une dissolution de la société de masse au profit d’une multitude de sociétés véritablement démocratiques — fondées, donc, sur des technologies démocratiques. Ce que ni l’État ni son système judiciaire ne permettront ni n’encourageront jamais. Il va falloir se battre.

Kevin Amara & Nicolas Casaux


  1. https://laffairedusiecle.net/laffaire/
  2. Pour une liste non-exhaustive, un recensement provisoire des victimes de la répression d’État de ces dernières semaines : https://desarmons.net/index.php/2018/12/11/recensement-provisoire-des-blesses-graves-des-manifestations-du-mois-de-decembre-2018/
  3. https://www.oxfamfrance.org/a-la-une/un-recours-historique-pour-proteger-le-climat-et-notre-avenir/
  4. https://www.monde-diplomatique.fr/2014/06/BREVILLE/50487
  5. http://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/
  6. http://partage-le.com/2018/10/de-paul-hawken-a-isabelle-delannoy-les-nouveaux-promoteurs-de-la-destruction-durable-par-nicolas-casaux/
  7. Voir ici : https://www.actu-environnement.com/ae/news/empreinte-carbone-france-hausse-emissions-co2–25628.php4 et là: http://partage-le.com/2015/11/limpossible-developpement-durable-par-george-monbiot/
  8. http://www.leparisien.fr/environnement/initiatives-environnement/comment-mesure-t-on-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-07–02–2018–7545936.php
  9. https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2018/12/2018–12–17-Demande-pr%C3%A9alable.pdf
  10. Voir : http://partage-le.com/2017/02/des-dangers-du-developpement-durable-ou-capitalisme-vert-par-derrick-jensen/ et : http://partage-le.com/2016/02/cet-insoutenable-mot-de-developpement-par-fabrice-nicolino/ et : http://partage-le.com/2015/12/le-developpement-durable-est-un-mensonge-par-derrick-jensen/
  11. À propos de l’efficacité énergétique, il faut lire cet article de Max Wilbert : http://partage-le.com/2018/06/pourquoi-lefficacite-energetique-ne-resout-rien-bien-au-contraire-par-max-wilbert/

développement durable écologisme grand public illusions vertes youtubeurs

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  1. Salut Nicolas,
    Je te copie/colle mon commentaire à propos de cet non-événement sur la page facebook – De l’effondrement à la résilience Groupe Haut-Rhin 68 -.

    « Bravo, merci à eux de mettre la pression sur l’État français sur son inaction face aux enjeux climatiques et environnementaux, même si je reste quand même (très) sceptique sur la naïveté du discours.
    Nous sommes face à un 5 nœuds gordien : l’augmentation de la population, l’augmentation de la consommation (niveau de vie), l’efficience des flux, les agencements socio-écologiques (répartition des impacts) et le référentiel des besoins.

    La lutte contre le dérèglement climatique (et tous les effets de bord et les effets de rebond qui vont de pair) à + 2 °C revient à diviser (quasiment) par deux notre PIB d’ici 2030, et par 10 — si on veut éviter les +4 °C d’ici la fin du siècle (quasiment impossible, voir article Nature décembre 2017, on est déjà sur des scénarios à + 5 °C) – relève tout simplement de l’utopie sociale et économique. Pourquoi ? Avouer publiquement et politiquement que la lutte contre le dérèglement climatique revient à diminuer puis à diviser notre système économique (entendre PIB dans le schéma actuel) n’est politiquement, socialement et économiquement pas recevable aujourd’hui, même si c’est structurellement inévitable à terme.
    À l’heure de la fronde nationale pour un meilleur pouvoir d’achat et contre le mépris de la caste politique, il est de toute évidence impensable de démontrer à la population et aux « élites » que le maintien de notre système-Terre passera par (qqls exemples) : la fin des pensions de retraite, la fin des 35 h, la fin de notre modèle économique qui nous assure un des meilleurs IDH de la planète, la fin de l’abondance énergétique, ou encore la fin de notre confort de vie. La sobriété heureuse qu’on vous annonce demain est celle où il va falloir transpirer. C’est surtout celle où il va falloir faire des choix vitaux pour assurer les besoins fondamentaux (alimentaire, énergétique, sécurité, production), les besoins de paix publique (protection, défense) et les différents équilibres (identité, cohésion, coopération) pour la population, leur famille et leur territoire (commune, département, région).

    Qui veut l’entendre aujourd’hui et qui peut le porter politiquement ?

    Je n’ai ni le temps de vous montrer la corrélation entre l’énergie, l’économie, les ressources et notre niveau de vie (Cf voir mes conférences), ni le temps de vous expliquer la résilience territoriale (Cf ma thèse), mais il me semble important de bien comprendre la logique suivante : porter plainte contre l’État pour inaction contre la lutte contre le climat revient, in fine, à lui demander un niveau de vie comparable aux français des années 1900 en plus de devoir résoudre en même temps les 5 nœuds gordiens pour maintenir notre système-Terre.
    Autrement dit, je ne sais pas si ces bobos parisiens ont réellement saisi ce que signifie de vivre comme grand-papa d’avant la Grande Guerre avec l’héritage actuel — dérèglements majeurs (complexes, internes et externes) de tout ordre (climatique, énergétique, environnemental, matières premières, biogéologique) —.

    Dans tous les cas, il s’agit clairement d’un débat de société qui doit absolument être porté par la société civile, à l’échelle mondiale, européenne, nationale, départementale, communale ? Je ne sais pas. Pouvons-nous le faire ? Je ne sais pas.

    Par contre, je sais qu’il est encore possible d’infléchir les trajectoires en Sud Alsace en développant urgemment la résilience territoriale, cette capacité des êtres et des systèmes socio-écologiques à absorber les chocs et à se transformer.
    Loin de prôner le repli sur soi, les stratégies de résilience encouragent le partage, la coopération, l’autonomie créatrice de tous les acteurs locaux et peuvent se manifester sous différentes formes (économique, démocratique, alimentaire, sanitaire, mobilité, démocratique, etc.).
    Ceci est peu coûteux à mettre en place, règle en partie les problèmes socioéconomiques du territoire et permet de préparer des futurs beaucoup plus souhaitables que ceux vers lesquels nous convergeons.
    Il n’y a à ce jour aucun village sud alsacien résilient, AUCUN. C’est maintenant de notre responsabilité éthique, personnelle et collective d’y parvenir pour les générations d’aujourd’hui et de demain. »

  2. Quand bien même les justifications invoquées sont justes et intéressantes, la posture du « moi j’ai raison tous les autres ont tort » et à taper sur tout ce qui essaie de bouger dans l’écologie grand public et médiatique (comme vous dites) dans chaque papier devient lassante, pour ne pas dire exaspérante. OK vous avez raison sur le fond, mais personne ne vous suit, personne n’est prêt à ne serait-ce que commencer le début d’une révolution décroissante. Personnellement quand j’essaie d’aborder ce sujet autour de moi c’est un flop complet, et ça me fatigue. Donc on peut rester seul dans son coin à critiquer tout le monde, drapé dans ses certitudes, et que rien ne change, ou essayer de comprendre les blocages, biais, idéologies de chacun pour avancer. Quand bien même vous avez, je le répète, raison sur le fond, en fait ça ne sert à rien de le dire. J’en viens à penser que la critique du développement durable ou des autres fumisteries écolo-productives est aussi contre-productive que les causes dénoncées. En dénonçant les impasses politiques, épistémologiques ou psychologiques de l’écologie « grand public », on donne aussi du grain à moudre aux partisans du productivisme pur et dur, encore plus nocifs quoiqu’on en dise, et qui se disent « vous voyez bien, c’est trop compliqué et contradictoire l’écologie, autant faire comme on fait ».

    1. Je pense au contraire que c’est bien de le dire. Quand on nous enfume médiatiquement en permanence, heureusement qu’il y a un contre pouvoir, sinon c’est pensée unique et abrutissement généralisé; là où on en est en fait.

      Je constate la même chose que vous sur le sentiment de solitude quand on porte de tels discours, mais je crois que c’est justement en en parlant, que d’ici quelque temps on sera plus nombreux à porter l’idée. Par exemple, Etienne Chouard était peu entendu jusque là et le mouvement des gilets jaunes a participé à diffuser son idée de vrai démocratie. Son idée circule. La preuve en est que le pouvoir commence à craindre cette idée (tirage au sort, le peuple décide etc) et décide d’attaquer le Monsieur en le traitant de facho:
      http://chouard.org/blog/2018/12/20/ric-pour-les-gilets-jaunes-et-les-autres-les-moeurs-des-journalistes-en-france-en-2018-avec-les-vrais-opposants-cest-2-qui-tiennent-et-3-qui-cognent-et-un-baillon-pour-quil-se-taise/

      Continuons à parler des problèmes, sans tabou!

      1. Merci pour le droit de réponse de Chouard que je n’avais pas encore vu.
        J’ai été moi aussi scandalisé du traitement que les médias lui ont réservé. Ça fait maintenant 5 ans qu’il a dénoncé les dérives de Soral mais on entend sur tous les plateaux télés que Chouard = Soral = fasciste = on parle pas du RIC.
        Affligeant.

  3. Merci pour cet article très, très intéressant, qui met des mots précis sur le malaise que je ressens face à ce genre de mobilisation.

    Ceci dit, à la fin de ma lecture, je suis très embêtée : se battre ? Ça veut dire quoi ? Quelles actions recommandez-vous ?

    1. Se battre, ces jours-ci, cela veut dire prendre la rue, aller aux frontières, bloquer les flux, bref mettre son gilet jaune. Parce qu’au-delà des miettes obtenues qui ne trompent personne (et qui constituent cependant une victoire historique vu l’échec de tous les mouvements sociaux depuis une ou deux décennies), le principal bénéfice de ce mouvement est de ralentir significativement la course folle de la société de consommation et par corollaire la destruction de notre milieu.
      Et puis si l’on veut avoir une chance d’arrêter le désastre, il ne faut pas écrire des pétitions, faire des procès, ou participer aux carnavals urbains du type « Marche pour le climat », mais agir pour destituer l’oligarchie qui tient le pied appuyé sur la pédale de l’accélérateur. C’est ce que font les gilets jaunes, ici et maintenant, sans doute sans en avoir conscience, sans prétention théorique, simplement parce qu’ils ont une conscience aiguë des choses « qui ne se font pas ». Orwell appelait ça la décence commune.

      « Le pouvoir est logistique, bloquons tout »

      1. mouais. Très démocratique tout ça.
        Bloquer ça n’est pas un programme.
        Quand dans une démocratie on croit faire la révolution, on aboutit qu’à une seule chose, l’arrivée au pouvoir d’un parti populiste et autocratique. Historiquement, c’est automatique.

        La presse critique les Gilets jaunes ? « Bloquons la presse ! »
        Ça donne envie, votre monde.

        1. Ca tombe bien, la France n’est pas une démocratie. Et écrire « historiquement c’est automatique » est historiquement faux.
          Et quand en cas de révolution démocratique arrive effectivement au pouvoir un parti « populiste et autocratique », historiquement c’est bien souvent quand la haute bourgeoisie, l’oligarchie, décide d’unir ses forces à l’extrême droite plutôt que de perdre ses privilèges. C’est ce qui s’est passé en Catalogne justement, avec une alliance bourgeoisie-communistes-franquistes.
          Quand la démocratie réelle, c’est-à-dire la démocratie directe, est en passe de triompher, les dominants tombent vite les masques et on voit ce que le mot « démocratie » signifie pour eux. Ce sont des observations qu’il est aisé de constater ces jours-ci.

          Si vous voulez savoir ce que c’est qu’une vraie démocratie, au-delà du théâtre qu’on nomme ainsi aujourd’hui, lisez ce petit tract d’actualité :
          https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/11/29/gilets-jaunes-gascons-%e2%80%afmacron-demission%e2%80%89-oui-et-apres%e2%80%89%e2%80%af/

  4. Les discours radicaux sont de bonne guerre et je pense qu’ils ont raison d’être : il y a urgence. Marx et sa suite (Rosa Luxembourg, Debord, Cousin et d’autres) entonnaient « à bas l’État, à bas le Capital, à bas la Marchandise ». Si l’analyse est pertinente, si la question du pourquoi tombe sous le sens, c’est toujours la question du comment qui coince. Comment abattre la civilisation thermo-industrielle, comment trucider le Capital. Comment abolir l’Etat. Comment en finir avec la Marchandise et le Spectacle. Pas facile, car avec des mesurettes on n’avance pas. Compter sur ce que Marx appelle la « baisse tendancielle du taux de profit », est un peu illusoire si l’on veut une solution dans un délai relativement bref (car le capital sait se reproduire de manière de plus en plus sophistiquée, il ne veut pas mourir, il résiste comme il peut).
    Donc, c’est quoi la marche à suivre, s’il en est une ? Il y a des ce,tai,es de milliers de gens qui se posent la question. Mais y a-t-il une réponse satisfaisante ? J’ai bien peur que ce soit très compliqué.

  5. C’est bien beau de critiquer mais que proposez vous comme moyen d’actions vu que selon vous porter plainte est illusoire et utopique ? J’ai signé la pétition et pourtant je ne partage pas votre avis sur les points 2 et 3 que vous soulevez.
    Nombre de personnes sensibles à la catastrophe qui s’annonce se sentent impuissantes face cette impossibilité d’agir. Alors oui, un peu d’espoir fait du bien.
    Que pouvons nous faire d’autres ? Proposez des solutions plutôt que de critiquer les actions des autres …

    1. Zel, dans sa rubrique « Livres à découvrir » ou au fil des articles, ce site fait référence à tout un tas d’ouvrages et notamment les 2 volumes de « Ecologie en résistance » ou encore « DGR – Un mouvement pour sauver la planète » etc…
      Ce genre d’ouvrages développent des idées, des stratégies (tu peux appeler ça ‘solution’ si tu le souhaites)

  6. Par honnêteté et curiosité intellectuelles, j’ai bien voulu suivre le très long argumentaire détaillé et plaidoyer contre « L’Affaire du siècle » (dont j’ai signé et soutenu la pétition) qui mérite en effet d’être considéré. Tout au long et plus j’approchais de la fin du texte, je me disais : « So, what? », « alors quoi? », « quelles solution et méthode? »… Il faut attendre le dernier petit paragraphe de 10 lignes pour y trouver 2 phrases définissant l’objectif prétendument alternatif à se fixer : « Nous avons besoin de rien de moins que du démantèlement complet de la société industrielle mondialisée, de l’Etat, du capitalisme. » & « Nous avons besoin d’une décroissance radicale, d’une dissolution de la société de masse au profit d’une multitude de sociétés véritablement démocratiques – fondées, donc sur des technologies démocratiques. » OK pour moi (je ne serais pas étonné que les protagonistes de « L’Affaire du siècle » partagent aussi cette visée finale). Bon, et on fait quoi pour prendre ce chemin ? Les 5 derniers mots du pamphlet nous donnent la solution miracle : « Il va falloir se battre ». Nous voilà bien avancés ! 🙂 « L’Affaire du siècle » aurait tout faux… mais la formule magique du combat (comment, quels outils, quelles étapes, … ?) nous ramène… où ? Flop du siècle ou fumisterie intellectuelle du siècle ???

    1. « Par honnêteté et curiosité intellectuelles ».
      A la lecture de votre prose, votre honnêteté intellectuelle est de pure forme.
      On ne peut que vous renvoyer vers les nombreux ouvrages et travaux d’auteurs dont la lecture devrait vous éclairer.
      Que voulez içi ? Un article de 3000 pages ?
      En fait, je ne sais même pas pourquoi je prends 2 minutes pour répondre à ce genre de réaction méprisante autant qu’arrogante, sans doute parcqu’elles truffent les commentaires des articles du site ?
      .
      Pour faire simple :
      1/Postulat : Nous sommes conditionnés par un système à vivre et entretenir le dit système qui même la planète vivante à sa perte (ref. innombrables).
      2/Le problème est systémique. Par définition déshumanisée et intransformable fondamentalement (ref. innombrables). Certains Souhaitent donc la mort la plus rapide possible du système en question.
      3/Solution proposée par le DGR : le pourrir au plus tôt par l’activisme et par tout les moyens possibles (ref. innombrables).
      .
      Maintenant, si vous ne voulez passer que 3 minutes pour comprendre le fond, libre à vous (tous). Mais ne la ramenez pas en débutant votre commentaire par : « Par honnêteté et curiosité intellectuelles, j’ai bien voulu suivre le très long argumentaire… »
      .
      Argumentaire qui est d’ailleurs particulièrement court cette fois ci, déjà développé dans de nombreux articles postérieurs.
      .
      Bonne journée.

      1. On peut rajouter un point 4… Histoire de ne pas tendre le bâton….Quoique.
        .
        4/ Proposition de système alternatif qui pourrait remplacer le grand n’importe quoi. Décroissant, local, humain, simple, fraternelle, modéré, bienveillant….
        .
        Oh ! mais que voila des mots qui ne peuvent que faire ricaner ! Et qui nécessiteraient des heures de négociations et perspectives pour être recevables. Mais après tout, au diable ces billevesées n’est il pas ? Le marché va bien finir par s’autoreguler,les enfants de moins de 10 ans cesser de fouiller les décharges de notre « monde » et la terre s’arrêter toute seule de se transformer en astéroïde.
        .
        Mode colère [off]

  7. Pourquoi n’est-il jamais question de l’activité militaire mondiale dont la pollution est évaluée à 20% des activités polluantes ? Pour ne citer que certaines terres ne peuvent plus être utilisées à cause des mines antipersonnel, ou des bombes à uranium. D’autre part la fabrication des armes et les essais consomment énormément d’eau potable et libèrent des gaz nocifs et radioactifs. Or les dépenses militaires mondiales n’ont jamais été aussi élevées 1850 milliards de dollars en 2017 et à la demande de l’OTAN les pays membres sont obligés d’augmenter leurs dépenses militaires à 2% de leur PIB. Un traité d’interdiction des armes nucléaires a été signé en juillet 2017 : agissons pour que 50 pays le ratifient pour qu’il s’applique (20 l’ont déjà ratifié) et mobilisons nous pour abolir la guerre.

  8. Ok, ok. Mais en ce qui me concerne, je ne crois pas une seconde que cela aboutira à quelque chose de concret sur le plan de l’état mais j’ai quand même signé. Parce qu’il faut atteindre « le centième singe ». Même si ce n’est qu’une métaphore, tous les moyens sont bons pour atteindre le point de rupture où même le plus nombrilocentré des Amazon-addicts aura entendu parler de la catastrophe écologique qui s’annonce. Après il y aura toujours des collabos, des résistants, et des jemenfoutistes, c’est ainsi. Votre article est très bien documenté et aussi met l’accent sur l’arnaque psychologique que peut être le « bio-équitable ». Et tiens, comme par hasard, c’est un mec qui fabrique et vend le produit, et une femme qui accepte de se laisser « entuber ». Toute ressemblance … Et je suis tout à fait d’accord avec le démentelment radical et le fait qu’il va falloir se battre. Bonne continuation.

  9. Bonjour,
    Je suis membre de Notre Affaire à Tous, l’ONG a l’initiative du recours. Pour faire très court : 1) C’est bien il faut garder son esprit critique. 2) Dans le fond on est d’accord avec vous il faut un changement radical de la société. C’est pour ca qu’on attaque pas seulement l’Etat mais également Total en justice, car nous sommes conscients du pouvoir et de la responsabilité des multinationales dans le changement climatique ainsi que de la protection de l’environnement. 3) On est un collectif de juristes à la base de ce recours et on croit à l’effet de l’application du droit. C’est pour ça qu’on demande au juge entrés autres d’enjoindre L’Etat à respecter ses propres engagements auxquels il s’est astreint. En d’autres termes, on vise à donner une réelle force exécutoire à des lois qui, malheureusement, ne sont pas respectées. 4) Il est vrai qu’il y a des enjeux tout aussi importants que le climat tels que la protection sociale, la biodiversité, le nucléaire, la guerre et j’en passe. Mais on ne peut tout mélanger surtout lorsque l’on introduit un recours en justice, qui doit traiter d’un préjudice, d’un danger ou de la protection de certains droits plus ou moins précis. 5) On considère que tous les moyens sont bons pour parvenir à la protection du climat et de l’environnement, y compris l’action en justice et la mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux.

    1. Salut, le problème c’est qu’aucun des 5 points que tu cites ne font partie des problèmes principaux qu’on expose. Qui sont, pour faire très bref :
      1. Que vous faites un procès pour demander plus de développement durable (pour faire court, c-a-d le « développement des énergies renouvelables » et « l’amélioration de l’efficacité énergétique », principalement, pour reprendre vos formulations).
      2. Que vous confondez « protection du climat et de l’environnement » et « développement durable » alors que les deux sont antinomiques, contradictoires. C’est-à-dire que vous semblez soit ignorer soit ne pas comprendre que le « développement durable » ne permettra jamais d’endiguer le désastre en cours, qu’il désigne la continuation du désastre qu’est la société industrielle (dont il n’existe pas de version verte, durable, soutenable, sauf dans les délires absurdes de ses plus fervents idéologues). Il y a un certain nombre d’articles sur le développement durable sur notre site. N’hésitez pas à y jeter un œil pour plus d’explications.

      Comme : http://partage-le.com/2018/10/de-paul-hawken-a-isabelle-delannoy-les-nouveaux-promoteurs-de-la-destruction-durable-par-nicolas-casaux/
      http://partage-le.com/2018/06/pourquoi-lefficacite-energetique-ne-resout-rien-bien-au-contraire-par-max-wilbert/
      http://partage-le.com/2018/05/9289/
      http://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/
      http://partage-le.com/2017/02/des-dangers-du-developpement-durable-ou-capitalisme-vert-par-derrick-jensen/
      http://partage-le.com/2017/08/ce-nest-pas-seulement-la-production-delectricite-qui-pose-probleme-cest-son-utilisation-et-tout-le-reste/
      http://partage-le.com/2016/02/cet-insoutenable-mot-de-developpement-par-fabrice-nicolino/

      1. Nicolas,

        J’ai lu un certain nombre de vos articles ainsi que le PDF du mouvement DGR « rejoindre DGR ». Je ne connaissais pas votre mouvement. Je réponds ci-dessous à votre dernier commentaire.
        Premièrement, on ne fait pas de procès pour demander plus de développement durable. Je ne suis pas sûr que vous ayez réellement lu et compris notre document. Je pense que votre opinion s’est arrêtée sur des symboles et des idées préconçues.

        Nos demandes sont les suivantes : réparer les préjudices invoqués (préjudices moraux des associations et de certains membres ainsi que du préjudice écologique ; i.e. nécessaires pour justifier notre intérêt à agir) ainsi que « Prendre toute mesures utiles permettant de stabiliser, sur l’ensemble du territoire national, les concentrations de GES dans l’atmosphère à un niveau qui permette de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 °C ».
        En revanche, à aucun moment nous demandons une meilleure mise en œuvre de la notion de développement durable. Si tu cherches avec ctrl.f dans le document de la demande préalable, tu constateras très rapidement mon propos. Je t’invite à vérifier. En ce qui concerne la demande relative au développement des énergies renouvelables et à l’augmentation de l’efficacité énergétique, cela n’équivaut pas à demander « plus de développement durable ». Au contraire, l’efficacité énergétique vise tout simplement l’efficacité, la rationalité et la frugalité pour réduire in fine notre consommation. Beaucoup de possibilités existent en fait à cet égard. L’énergie renouvelable doit être développée quant à elle pour faire face a minima à nos besoins les plus essentiels et pour remplacer les énergies très sales ou nucléaires. Et, quand bien même la production de nouveaux matériaux pour les éoliennes ou les panneaux solaires a un impact plus ou moins problématique sur l’environnement et les droits de l’homme, celui-ci n’est pas aussi important même s’il doit encore s’atténuer. A cet égard, un mouvement juridique international important vise à responsabiliser les multinationales. Du reste, il est clair que les solutions technologiques doivent encore être améliorées.

        Quoi qu’il en soit, si le gouvernement donnait satisfaction à nos demandes, un changement de société radical et positif devrait être mis en œuvre, car la protection du climat et de l’environnement nécessite une vision holistique. Il est de ce point de vue très clair que le sacrifice d’une parcelle de forêt pour un champ de panneaux photovoltaïques soit une absurdité totale. Mais de nos jours, nous disposons des moyens nécessaires, qu’ils soient politiques, juridiques et de communication pour empêcher que de telles aberrations se répètent à l’échelle locale.

        Malgré tout, je pense comprendre ce que vous écrivez, dans le sens où notre demande se heurte au système capitaliste et à son modèle de croissance économique dans lequel la France et le monde entier sont profondément ancrés. Je suis sensible à cette critique car elle est loin d’être dénuée de sens. Au regard de cette situation, seul le développement durable pourrait être selon vous une voie alternative admissible au statut quo pour le système économique. Vous avez sûrement raison. Il faut se battre pour que cela ne soit pas la seule alternative crédible à nos sociétés.

        Au demeurant, votre critique teintée d’un mépris profond à l’égard de notre action en raison de nos moyens de communications pour appeler à un éveil des consciences me semble être très peu constructive. En outre, au regard de l’intérêt largement insuffisant de la société et du monde entier pour les enjeux environnementaux, votre appel à la décroissance radicale et au démantèlement de nos sociétés industrielles en guise de conclusion est encore plus utopique et fondamentalement irréalisable (du moins, à l’heure actuelle). En effet, comment comptez-vous faire entrer des gens en résistance, en France ou dans les pays en développement, alors qu’ils n’ont pas de conscience écologique et n’ont même pas les moyens d’en avoir une ? Les personnes subissant la pauvreté ne peuvent presque pas se permettre de se consacrer à la protection de l’environnement. Or, un mouvement d’écorésistance requiert une certaine masse de personnes disponible, et ce à l’échelle planétaire.

        En tout cas, depuis que l’Etat néerlandais s’est fait condamner en 2015 par sa propre justice, des recours contre les Etats et contre les entreprises pollueuses se sont multipliés dans le monde entier, à savoir aux USA, en Europe, en Inde, en Australie, dans les Philippines etc… Je pense que ce mouvement est porteur d’espoir même s’il est vrai que beaucoup de défis juridiques restent à être relevés. Ce mouvement ne vise pas nécessairement à sauver la civilisation industrielle, mais à la réinventer, et ce, par des moyens pacifistes, avec l’appui de normes existantes et acceptées par nos sociétés telles que les droits de l’homme et celles visant la protection de l’environnement.

        Le document du DGR prétend qu’un changement de paradigme est impossible en l’état (notamment avec les générations existantes, renvoi à l’idée de Max Planck), mais vous n’êtes aucunement en mesure de le prouver. Nous ne sommes pas non plus en mesure de prouver qu’une transition écologique pacifiste puisse se réaliser. Mais je veux croire que la transition écologique vers la décroissance et la permaculture puisse se réaliser de manière pacifique. Cela requiert un engagement quotidien, qui ne peut se restreindre au seul champ des idées.

        En attendant, au lieu de s’opposer à notre action et de vouloir s’en démarquer à tout prix, vous feriez-mieux de nous rejoindre car je pense que nous nous battons pour la même cause. En effet, si le temps semble être venu au Brésil pour prendre les armes afin de protéger l’Amazonie contre les projets du nouveau gouvernement, cela ne me paraît pas encore être le cas en France. Pour moi, vos idées sont prématurées et non adaptées à la France et à l’Europe. Avant de vouloir faire usage de la force, tous les moyens pacifistes devraient être mis en œuvre. Et on est encore très loin d’avoir utilisé tous les moyens non-violents possibles.

        1. Vous pensez pouvoir changer les effets délétères du système en chargeant la responsabilité sur l’individu qui devrait pouvoir, par son comportement, sa prise de « conscience » modifier la mécanique du système, le rendant plus vertueux.
          Il y a, à mon sens, une profonde différence d’analyse.
          .
          Demandez à Apple (Apple le Trust pas l’individu) de ne pas continuer à vendre du rêves mais à expliquer concrètement l’impact de ses productions sur les ressources humaines et naturelles.
          .
          Demandez à British Petroleum (BP le Trust pas l’individu) de ne pas s’impatienter de voir la calotte glaciaire fondre pour pouvoir exploiter les réserves d’hydrocarbure juste en dessous.
          .
          Demandez à mon fils de comprendre pourquoi ses Nike pose globalement une sorte de problème (et ma machine à café, ma bagnole, ma montre, mon ordinateur, mon TGV, mes îles caïmans, les machines formidables qui tiennent son grand père en vie à 93 ans dans quel état…)
          .
          Bref, « Holistiquement ». Vous pensez pouvoir vous battre contre l’extraordinaire pouvoir de conditionnement, de persuasion, de démagogie du système qui s’attaque avec immense succès aux leviers psychologiques les plus primaires et élémentaires de notre espèce en invoquant l’idéaliste faculté d’analyse d’approche holistique que chacun pourrait exercer librement.
          .
          Non. Votre « conscience » écologiste ethnocentrée ne remettra pas en question les absurdes, superficiels et conditionnés besoins « Que je le vaux bien » .
          .
          Et entendre qu’il s’agit de forcer le Gvt à diminuer la quantité de Co2 émise en France et juste complètement con. Rapatrions la production de bien de consommation jusque la importé, en France, et seulement alors la question aurait du sens. Et recalculons le coût réel du KW/h nucléaire tant qu’on y est, cessant de nous cacher derrière un scientisme naïf.
          .
          Et dans votre vidéo, on se garde bien de parler des souffrances animales, humaines et naturelles que le système entretient pour son plus grand profit. Il ne s’agirait pas de trop le chambouller… lui et ses dividendes, retour sur investissement, point de croissance, start up nation et autre Trading Haute Fréquence.

    1. Hello,

      Les rayonnement de la chaleur venant de réservoires magmatiques/plumes plus ou moins à fleur de la surface ont toujours été présents et n’ont jamais empêché le couvert de neiges et de glaces aux pôles de se former, de s’étendre et de persister pendant plusieurs milliers d’années. Que ce soit au Groenland, en Islande ou en Antarctique. La fonte inexorable des calottes ne vient pas de là, tout comme la fonte des glaciers andins ou alpins.
      Lorsqu’il est question du climat, il n’est pas question uniquement des températures atmosphériques voire l’interface entre les glaciers et le substrat (pour rappel, l’atmosphère prends pratiquement peanuts du surplus de chaleur par rapport aux océans), il est question de cycles : cycles de l’eau, cycle du carbone, ..
      Et sur ce dernier point, tout le monde aura beau gesticuler comme il le faut, mais personne ne sait quel sera l’état final de ces cycle quand le système-Terre aura trouvé un nouvel équilibre à cause de nos conneries (émissions fossiles CO2, destruction des réservoirs, modification albedo, monoculture et implications sur la biodiversité et bien d’autres) : il y a de fortes probabilité que l’agriculture ne soit plus possible, et encore moins pour nourrir des repas de fête pour ce cheptel humain à 7 milliards de têtes.
      Le combat pour le moment, c’est de briser et se débarasser de ce qui pourrait empêcher notre vie ou notre survie d’êtres libres, et de devoir troquer cette liberte pour une dépendance à des structures mortifères et prêtes à nous mettre sous tutelle technologique dans l’unique but que rien ne change (et pour cela, l’omniprésence des écrans dans nos vies ont un fabuleux pouvoir hypnotique pour y entrer). La manière… improvisation totale, tous les « manuels » de recettes ont échoué et sont trop connus des organes de coercitions.

  10. Bonsoir,
    Je lis votre article, intéressant, mais très anxiogène.
    Ils se trompent. Soit.
    Que proposez vous alors? Quelle est la démarche à suivre? Quelle est la position à défendre?
    Faut-il juste se résigner et attendre l’annihilation bien gentiment?

    Il est facile je trouve de ne pas porter votre critique plus loin et d’apporter des éléments constructifs au débat.

    1. Non, il n’est pas facile de formuler notre critique, on aurait aimé vous y voir. En outre, la critique et la proposition sont deux choses différentes, notre article n’avait pas pour objet de se concentrer sur la formulation d’une proposition alternative. Beaucoup d’articles sur notre site se concentrent sur cette question. De même que le livre Deep Green Resistance que nous venons de publier : http://editionslibre.org/produit/deep-green-resistance-un-mouvement-pour-sauver-la-planete-derrick-jensen-lierre-keith-et-aric-mcbay/

    2. bonjour, ce terme « anxiogène » est révélateur du fait que l’on veulent « positiver » on veut un « espoir ». En lisant Laborit (et sûrement d’autres) on comprend que c’est vital pour notre structure, sinon on se détruit soi-même. (éloge de la fuite, agressivité détournée).
      cette initiative médiatique est plus simplement citoyenniste; sans remettre en cause le système, elle participe à rassembler des personnes sur un point précis (ici la vie sur terre) de tout milieux sociaux culturels qu’on a tellement atomisé que c’est déjà un grand pas de les rassembler, j’ai vu aussi cela avec les faucheurs, les antinuc à Bure et ailleurs, et autres sites NDDL, Sivens, NoTav.
      La démarche c’est de s’engager dans un domaine de votre affinité et de rallier, soutenir selon vos moyens les groupes d’opposition radicale en plus de ces démarches citoyennistes plus confortables pas inutiles tout de même.
      La position à défendre, c’est la rencontre, c’est l’accès à la terre nourricière non contaminée pour le plus grand nombre. C’est tendre vers des sociétés à taille humaine les plus justes possible et surtout descendre du nuage du développement. (capitalisme, scientisme, barbarie civilisée, productivisme, mécaniste, occidentalocentrique egocentrique etc)
      Il ne faut bien sûr pas se résigner mais se révolter en tenant compte des pièges du passé (cf l’homme révolté) « le pouvoir est maudit » il doit être réparti comme une braise incandescente que l’on se passe une seconde main à main au su et vu de tous.

  11. Intéressant de lire vos réflexions et les réponses étayées dans les commentaires… Gratitude à toutes les personnes qui cherchent à contribuer pour la vie :-). Notre matière grise (qui en fait est rose) est utile en cela, notre intuition et notre cœur aussi, il me semble. Nous sommes tous liés -comme toujours – dans cette expérience à venir !

  12. Cet article fût très intéressant quoi qu’un peu cynique et un peu moins appuyé pour ce qui est de la critique des youtubeurs et des visages de l’écolo cool.
    Je pense que rendre l’écologie cool est une bonne idée et permet de donner à cette lutte de l’importance que une élite d’érudits ne pourrait soulever.
    Je pense que ces érudits et intellectuels devraient plutôt marcher main dans la main pour amener ces youtubeurs et autres visages à transmettre les bons messages.
    Car je crois que dénigrer n’a plus place dans ce monde oú nous devons nous battre ensemble.
    Nous sommes à l’écoute et nous voulons changer le monde et aussi naïf que cela semble, nous avançons.
    Ces youtubeurs parlent de consommer moins et mieux et changent peu à peu le regard des gens, à leur échelle. Ils parlent de zéro déchet, de vie minimale, de ne pas prendre l’avion, de changer de banque. Ce sont peut être des gestes simples et insignifiants mais en tout cas c’est au delà du simple fait de parler de baisse des gaz à effet de serre.
    Quels seraient les meilleurs modes d’action selon vous? Vaut-il mieux ne rien faire du tout?

  13. je vous soutiens et souhaite sincèrement que votre démarche aboutissent !
    il faut mettre fin a cette corruption de folie , pour le bien de tout les être et de la terre!