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Une autre histoire du vandalisme révolutionnaire (par Daniel Hermant)
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En ces temps de lamentations collectives relativement encouragées voire organisées et orchestrées (par les médias de masse, notamment, y compris via internet), en ces temps de déploration de la dégradation d’un « symbole de la nation », ou « de l’Occident », ou « de la foi chrétienne », d’un bâtiment qui ferait partie du « patrimoine national », à savoir la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris, il semble opportun de republier un texte de 1978 de l’historien Daniel Hermant portant sur le vandalisme (ou iconoclasme) révolutionnaire. Mais d’abord, quelques rappels. Ainsi que le précise un dossier publié sur le site de la revue Hérodote :

« Il faut attendre la Révolution française pour voir s’opérer un changement radical, avec la confiscation des biens de l’Église, puis de ceux des nobles émigrés. La Nation naissante se voit donc confier une nouvelle tâche, consistant à recenser et à préserver son patrimoine.

C’est à cette époque que naît la notion de patrimoine et de monuments historiques, en même temps que celle de vandalisme (le mot, qui fait référence à des Barbares du Ve siècle, est inventé par l’abbé Grégoire en janvier 1794).

À la nouvelle tâche (de protection) va s’opposer une envie presque irrésistible des révolutionnaires : faire disparaître les traces de la monarchie et de l’Ancien Régime.

Face à cette volonté populaire de destruction, le nouveau pouvoir va tenter malgré tout de mener à bien sa nouvelle mission, en instituant, dès 1790, la Commission des Monuments.

Mais, suspectée de favoriser la survivance de l’Ancien Régime, elle ne tarde pas à être dissoute puis remplacée par la Commission des Arts. Celle-ci redouble d’efforts pour sauvegarder tout ce qui peut l’être. »

À propos de la « nation », Bernard Charbonneau rappelle, dans son livre L’État :

« La Nation c’est l’État. L’État monarchique a préexisté de longs siècles au sentiment national français ; si la nation française est la plus vraie et la plus stable, c’est parce qu’elle est née dans le cadre de l’État le plus ancien et le plus stable. Tout au plus, à force d’action persévérante, l’État crée cette réalité par laquelle il prétend se justifier. Comment se constitue la Nation ? Rarement par le peuple, le plus souvent par le Prince. […] À l’origine des grandes nations modernes, la volonté populaire et la décision des armes se confondent ; le plébiscite, — quand il a lieu, — n’intervient qu’après coup.

Les nations sont nées de l’État, et les nationalismes sont revendications de l’État. Le nationalisme affirme soit que le territoire et les individus compris dans les limites d’un état forment une patrie et une société naturelle, soit que les hommes d’un pays, d’une religion ou d’une culture déterminée ont le droit de constituer un état. […] Dans tous les cas le mouvement national vise à la création à l’extension ou à la défense de l’État. […]

Pourquoi cette explosion des nationalismes au XIXe siècle ? Parce qu’en détruisant tous les anciens liens l’État était devenu le seul lien. L’État enlève aux sociétés la plupart des fonctions dont dépend la vie des hommes ; désormais c’est lui qui instruit, protège, nourrit. […] Le sort de l’État est celui des hommes, qu’ils le veuillent ou non ; la propagande est d’ailleurs là pour les aider à s’en rendre compte. »

L’historien Howard Zinn, dès l’introduction de son livre Une histoire populaire des États-Unis De 1492 à nos jours, le formule à sa manière :

« Les nations ne sont pas des communautés et ne l’ont jamais été. L’histoire de n’importe quel pays, présentée comme une histoire de famille, dissimule les plus âpres conflits d’intérêts (qui parfois éclatent au grand jour et sont le plus souvent réprimés) entre les conquérants et les populations soumises, les maîtres et les esclaves, les capitalistes et les travailleurs, les dominants et les dominés, qu’ils le soient pour des raisons de race ou de sexe. Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s’affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux. »

Ces quelques rappels effectués des liens qui existent entre les concepts de « patrimoine » et de « nation », cette dernière étant une création et une imposition d’État, voici donc l’essai de Daniel Hermant.

***

DESTRUCTIONS ET VANDALISME PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Une historiographie politique

L’histoire de la Révolution française est, depuis ses origines, une histoire polémique. Dans cette polémique, partisans et adversaires de la Révolution ont trouvé avec le vandalisme un champ particulièrement commode pour en découdre : « La plupart des écrivains qui ont abordé ou simplement effleuré l’histoire du vandalisme se sont comportés en « partisans » chargeant leurs adversaires politiques pour innocenter leurs clients. L’histoire ainsi comprise dégénère en querelle d’avocats » écrivait justement Louis Réau dans la préface de son Histoire du vandalisme[1]. Entre les deux camps le ton est vif. À la fin du xixe siècle par exemple, dans une France radicale qui célébrait dignement le premier centenaire de la Révolution, l’historiographie républicaine officielle s’opposait à des publications inspirées par des convictions politiques et religieuses rigoureusement contraires. Aulard dénonçait les « boniments contre- révolutionnaires » et s’indignait qu’on osât « déverser l’odieux sur la Révolution, présenter nos aïeux comme des vandales, comme des brutes[2] ». Plus modéré, F. Benoit pensait que « l’appréciation du rôle artistique des gouvernements révolutionnaires s’est ressentie des rancunes des partisans de l’Ancien Régime, qui, depuis le jour de leur défaite, ont multiplié les récriminations exagérées et les imputations calomnieuses[3] ». Dans l’autre camp, G. Gautherot, professeur à l’Institut catholique de Paris, stigmatisait les historiens républicains : P. Robinet devenait « un jacobin farouche » et E. Despois le « fils pudique de la révolution » qui essayait de jeter « sur les hontes de sa mère un manteau d’épaisses équivoques[4] ». L’accord entre les deux camps se fait sur l’existence des destructions provoquées par le vandalisme. Il est en effet impossible de les nier ; le mot a d’ailleurs été inventé par la Révolution. La querelle porte sur leur ampleur et surtout sur les responsabilités.

Conjoncture historique, guerres, troubles dus à la contre-révolution sont les principales explications avancées par l’historiographie républicaine pour rendre compte des destructions. Aulard développe la thèse de la défense républicaine, mettant la guerre à l’origine du processus destructif, thèse reprise par P. Robinet pour qui les destructions ne sont que de « justes représailles à la guerre impie suscitée contre la France par les chefs de la catholicité[5] ». Soucieux de mieux cerner les responsabilités, les historiens républicains cherchent aussi à évaluer la gravité des destructions. Pour cela, il faut d’une part dénombrer les pertes, d’autre part les comparer avec celles d’autres époques. Vallet de Virville et H. Bordier dénoncent le préjugé qui rend la Révolution française responsable des grandes disparitions de documents historiques[6]. Selon E. Despois[7], le nombre des pertes a été nettement exagéré et la valeur des monuments détruits surfaite. D’ailleurs si le peuple a brutalisé, incendié, martelé, arraché, brisé sans souci de l’œuvre d’art, c’est qu’il était incapable de distinguer dans un ouvrage le sens du sujet et le mérite esthétique. Mais à qui la faute de son ignorance ? Est-il possible de reprocher aux hommes de la Révolution d’avoir laissé frapper les monuments gothiques que la royauté leur avait appris à mépriser ? Surtout, le vandalisme n’est pas spécifiquement révolutionnaire, dans ce domaine l’Ancien Régime ne donnait guère l’exemple au Nouveau ! L’appât du gain, attitude fort peu révolutionnaire, a joué, parallèlement aux luttes politico-religieuses, un rôle très important dans les destructions. Essayant de mesurer l’importance réelle de ces deux facteurs pendant la Révolution, F. Benoit conclut que l’avidité des « bandes noires » fut plus nuisible que la passion politique.

En montrant le caractère limité et accidentel du vandalisme entre 1789 et 1799, en lui trouvant des antécédents royaux ou religieux, l’historiographie républicaine ne pouvait que heurter ceux pour qui la Révolution fut une entreprise systématique de destructions. Ces historiens, souvent catholiques, rendent les dirigeants révolutionnaires, et singulièrement les jacobins, responsables d’un vandalisme officiel et administratif. A. Cochin, dans sa Crise de l’histoire révolutionnaire[8], critique la thèse de la défense républicaine invoquée par Aulard. Chez G. Gautherot, le vandalisme devient « complot », « conspiration », destiné à satisfaire une « haine furieuse du catholicisme ». L. Courajod remplace ce vandalisme « d’appareil » par un vandalisme populaire : pour lui il ne faut pas confondre le gouvernement révolutionnaire avec « cette force occulte, parfois inconsciente qui était l’âme de la Révolution et la poussait à proscrire le passé sous toutes ses formes[9] ». La Révolution, sentie comme triomphe des masses incultes, est condamnée, la république, en tant qu’administration, absoute, malgré l’échec de ses efforts de protection. Cette distinction entre dirigeants et dirigés disparaît chez Louis Réau qui se contente d’évoquer le « climat révolutionnaire » c’est-à-dire « l’atmosphère d’envie et de haine » qui explique tant de ruines.

Ces deux historiographies militantes cherchent moins à analyser la notion de vandalisme qu’à condamner ou à innocenter la Révolution. Aussi, malgré l’opposition sur les objectifs poursuivis, y a-t-il accord sur les moyens. Il s’agit d’un procès et chacune des deux parties accumule les faits prouvant le bien-fondé de sa thèse. Ces combats voilent des choix idéologiques. « Nous avons rompu avec cette vieille France qui a été reine du monde, avec la France de saint Louis, de Jeanne d’Arc, de Louis XIV. Nous avons ouvert entre elle et nous, une vaste tranchée où nous avons accumulé le sang et les ruines[10] » déplore E. Boutaric. Derrière la crainte du vandalisme se profile la question religieuse. « Une église c’est le fanatisme, disait par antiphrase Victor Hugo, on dénonce un monument, on massacre un tas de pierres, on septembrise des ruines[11]. » Yvan Christ parle de cette « haine convulsive du spirituel qui a souvent conduit les démolisseurs à abattre les églises[12] ». L’anathème, si fréquent dans l’historiographie du vandalisme, sert des combats politiques, bien sûr, mais surtout tire sa substance des valeurs par définition permanentes, qui unissent ou divisent fondamentalement les individus. C’est ce qui explique que la plupart des ouvrages sur le vandalisme révolutionnaire éprouvent la tentation de quitter leur étroit cadre chronologique — 1789/1799 — pour s’inscrire dans un plus long terme. Le livre de G. Gautherot, par exemple, examine dans un chapitre préliminaire les précurseurs du vandalisme jacobin. Il y justifie le vandalisme chrétien de la fin de l’Empire romain et condamne le vandalisme protestant du xvie (Luther est un précurseur de Hébert). L’épilogue est consacré au vandalisme contemporain (celui des années 1900) et à la campagne de Maurice Barrés pour protéger les églises qui s’écroulent[13]. Quelles que soient les valeurs générales que supposent ces combats, la démarche est toujours la même : on unifie l’histoire en fonction d’un au-delà culturel, politique ou métaphysique, peu importe, qui lui sert de sujet global. Dans ce cadre, il ne reste plus qu’à retracer les efforts des vandales de tout acabit — hérétiques ou réactionnaires — pour empêcher le triomphe des « fins dernières » de l’histoire. On comprend mieux désormais l’allure manichéenne qu’a le plus souvent la littérature sur le vandalisme.

Une autre direction peut être relevée dans l’historiographie du vandalisme. Au xixe siècle, à l’époque du romantisme, le renouveau de faveur dont bénéficia l’art gothique popularisa l’idée qu’il fallait protéger et respecter les monuments dans leur état ancien. Entre 1834 — institution d’un comité historique des arts et des monuments à l’initiative de Guizot ministre de l’Instruction publique — et 1887 — loi du 30 mai sur la commission des monuments historiques complétée en janvier 1889 — cette idée fut progressivement institutionnalisée. Est-ce la réponse « monarchique » (après 1815) aux excès du vandalisme révolutionnaire ? Pas simplement, car les monuments sont considérés moins en fonction de finalités idéologiques que dans leur diversité. Loin de juger les œuvres d’art sur leur rôle dans la société, on s’intéresse plus modestement à leur sort individuel. L’étude des moyens remplace celle des fins, la bibliographie devient technique (archéologique ou muséographique). Ce nouvel éclairage est marqué très nettement par le remplacement du terme « vandalisme » trop orienté, car c’est déjà un jugement, par celui plus neutre, plus descriptif, de « destruction ». Malheureusement cette aseptisation du vocabulaire témoignait moins d’un renouveau des perspectives que de l’idéalisation d’une histoire de l’art coupée de son contexte social. Ainsi la coïncidence vandalisme/destructions léguée par la polémique historiographique continuait d’être acceptée sans examen, condamnant l’analyse à être une simple description morphologique.

Insuffisante au niveau de la problématique, passionnée dans sa forme, idéologique dans son principe, l’historiographie sur le vandalisme, de quelque bord qu’elle soit, part d’une constatation irréductible : les destructions sont scandaleuses, et y revient toujours comme fascinée. Son contenu est moins explicatif que commémoratif ; à travers le récit des destructions qu’elle présente au lecteur, elle revit et tente de faire revivre, un drame. Se replaçant ainsi dans la situation même des hommes de la Révolution, l’historiographie ne pouvait que reproduire, à sa manière, dans son langage, le discours polémique que la Révolution avait jadis tenu sur le vandalisme. Il convient de restituer d’abord ce discours.

Le complot vandale

Sous l’Ancien Régime l’art « étalage de souveraineté » ou « moyen de jouissance » était l’image du pouvoir politique et le symbole de la richesse possédée, ou réciproquement, la marque de l’exclusion du peuple. La Révolution rendit vite cette situation insupportable pour tous, et surtout pour les humbles. Il fallait enlever aux aristocrates « les derniers hochets dont leur sot orgueil s’amusait encore ». Compromises par leur passé — royal, aristocratique ou religieux — les œuvres d’art devaient être détruites et le furent. La « toilette révolutionnaire » de la France commença dès 1790. Placide au début, le mouvement s’accéléra avec la fuite du roi et surtout avec sa chute. La colère patriotique de l’été 1792 fut terrible. Le 14 août, l’Assemblée nationale rendait un décret : pour elle les principes sacrés de la liberté et de l’égalité ne permettaient point de laisser plus longtemps sous les yeux du peuple les monuments élevés à « l’orgueil », au « préjugé », à la « tyrannie » et à la « féodalité », elle décrétait qu’ils seraient ou convertis en « bouches à feu » ou détruits.

Cette politique n’était pas sans contradictions. En effet l’instauration d’un état fondé sur l’égalité ne constituait pour la Révolution que la condition préalable d’une vaste réorganisation du patrimoine culturel. Cette réorganisation s’appuyait à la fois sur des mesures de protection du patrimoine et sur la diffusion de l’acquis qu’il représentait. Il fallait établir une bibliographie nationale, créer un Muséum national à partir des « immenses trésors » enfouis dans les cloîtres ou chez les particuliers ; il fallait encore développer l’instruction publique. Bref on voulait briser le monopole du savoir des privilégiés comme on avait brisé celui de leur puissance sociale et politique. Malheureusement les destructions d’œuvres d’art contredisaient directement ces projets ; loin de s’emboîter l’une dans l’autre, révolution sociale et révolution des lumières se heurtaient. Le personnel politique hésitait entre deux voies : détruire tous les vestiges de l’ancien régime politique sans se préoccuper de leur valeur artistique, ou bien préserver la totalité du patrimoine culturel malgré ses nombreuses compromissions avec l’Ancien Régime. En fait le choix d’une de ces politiques aurait signifié le triomphe des lumières sur l’égalité, ou l’inverse, aussi faute de vouloir (et de pouvoir) choisir, la Révolution tenta de concilier l’inconciliable. Elle multiplia les mesures contradictoires en ajoutant aux décrets destructeurs des articles conservateurs. Elle invita les bons citoyens à mettre autant de zèle à faire détruire les signes proscrits qu’à assurer la conservation des objets intéressant les arts, l’histoire, l’instruction. La Révolution marquait elle-même les limites des destructions qu’elle provoquait. Une telle politique, illustration des luttes internes qui divisaient la Révolution, était en même temps un moyen de les voiler. Les destructions d’œuvres d’art ne sont pas présentées comme la conséquence de ces luttes mais comme de simples déviations de la pratique révolutionnaire. Elles proviennent uniquement « d’exagérations » ou « d’abus » commis dans l’exécution des mesures révolutionnaires : on a déformé les décrets de la Convention nationale. L’impulsion destructrice est marginalisée, elle ne naît pas au centre de la Révolution, c’est-à-dire au sein de la représentation nationale, mais à sa périphérie : on détruit plus en province qu’à Paris, à la base de l’appareil révolutionnaire (chez ceux qui exécutent les décisions) qu’à son sommet. Le patrimoine, pour être sauvegardé, n’exige pas un réexamen des finalités de la politique révolutionnaire, mais de simples mesures techniques.

La multiplication des destructions disloqua ce schéma improvisé. Simplement inquiets au début de la Révolution, les défenseurs des arts s’affolèrent vite devant l’ampleur du saccage : « Faudra-t-il briser tous les cadres où se trouvent quelques fleurs de lys ? Couvrir d’une couche de gris ou de noir les productions de Raphaël, de Poussin, de Lebrun, parce que leur pinceau immortel nous a transmis les images des rois ou des princes ? Où s’arrêterait donc cette destruction puisque les despotes envahissaient tout, que les travaux des arts n’avaient pour objet que de leur procurer de nouvelles jouissances[14] ? » Cette situation néfaste était le résultat d’une évolution pervertie de la Révolution conduisant la France, non vers l’avenir, mais vers le passé et la barbarie. C’est cette crainte que Grégoire exprime devant la Convention en décrivant un tableau où l’on voit l’ignorance briser les statues, tandis qu’un barbare est armé d’une torche incendiaire.

Difficilement supportable, surtout en période de paroxysme révolutionnaire, cette contradiction entre lumières et égalité fut rationalisée au prix d’un gros effort théorique : indicibles parce que républicaines, les destructions furent qualifiées par ceux qu’elles indignaient de barbares puis de vandales, nom du plus barbare des peuples barbares. On put ainsi en parler, les décrire, les dénoncer sans risque politique. Le vandalisme servait à qualifier les multiples formes que prenaient les destructions ; il exerçait ses ravages en abattant les monuments précieux, en incendiant les œuvres d’art, il enlevait les médailles et les brisait, il arrachait les gravures et les déchirait, menaçait les bibliothèques, les cabinets, immolait les livres… Les destructions étant nombreuses, le vandalisme était dynamique, il se répandait, proliférait, comme le vocabulaire qui le désignait d’ailleurs : il y avait une effervescence vandale, des orgies vandales…

Ce discours sur le vandalisme qui se constitue entre 1792 et 1794 est plus qu’une commodité de langage ou qu’un paravent pratique pour parler des destructions[15]. C’est avant tout un effort pour laver la Révolution d’une redoutable accusation : celle d’être responsable des destructions. Il était naturel dans ces conditions que ce discours s’efforçât de briser le lien, évident au premier abord, qui unissait destructions et révolution ; Grégoire est fort net à ce sujet : « Au nom de la patrie conservons les chefs-d’œuvre des arts. La Convention doit à sa gloire et au peuple de transmettre à la postérité et nos monuments et son horreur pour ceux qui veulent les anéantir[16]. » Pour rendre crédibles ces affirmations il était indispensable de fournir aux destructions une nouvelle origine. En effet si la Révolution conserve, qui détruit ? Là encore suivons Grégoire, il détaille dans son troisième rapport sur le vandalisme les causes des destructions. En premier lieu vient l’ignorance, fléau universel, répandu en province, certes, mais aussi à Paris. Puis il y a l’insouciance des administrations ou des municipalités ; non seulement elles ne respectent pas les règles élaborées pour protéger les œuvres d’art mais elles ricanent quand on leur parle de conserver les monuments. En troisième lieu, Grégoire dénonce la friponnerie d’une multitude d’individus toujours empressés à vendre ou à dénaturer des objets d’art dès qu’il y a quelques deniers à percevoir ! Quant aux destructions « politiques », celles qui se font au nom de la lutte contre le « fanatisme », elles sont le signe d’un autre fanatisme tout aussi redoutable que le précédent. Tapi derrière ces raisons contingentes, le vandalisme les unifie et rend plus redoutables encore les destructions. Pour Grégoire les destructions supposent le vandalisme tout comme le vandalisme renvoie aux destructions. Ce jeu de reflets n’est pas neutre, car le vandalisme est action, volonté politique : il ne fait d’ailleurs pas mystère de ses buts : « Proclamer l’ignorance, proscrire les hommes instruits, bannir le génie et paralyser la pensée[17] », c’est-à-dire détruire les lumières — notons en passant le sens très large de la notion —, mais détruire les lumières c’est attaquer la liberté, car ce sont des lumières qui ont fait la Révolution ! En définitive s’en prendre aux lumières c’est favoriser le triomphe de la tyrannie. Le projet vandale est constitué comme l’envers exact du projet révolutionnaire : au couple ignorance/tyrannie s’oppose terme à terme le couple lumières/liberté. L’origine de cette double opposition est fort lointaine car le vandalisme se confond aussi avec le retour d’un passé détestable. Face à la Révolution du progrès, le vandalisme écrit l’histoire à rebours. Son triomphe ramènerait la France « dans la barbarie des premiers enfants de la terre ». L’image du vandalisme se précise par ricochets entre le passé et le présent, gagnant à chaque fois en vraisemblance. Les destructeurs révolutionnaires sont les successeurs directs des barbares historiques, vandales bien sûr, mais aussi goths, visigoths, ostrogoths, sarrasins, musulmans… les exploits des uns se comparent à ceux des autres : « À Strasbourg au xviiie siècle on a surpassé les Alains et les Sarrasins », déclare Grégoire devant la Convention.

Le diagnostic fait, il reste à préciser la pathologie de cette véritable maladie sociale qu’est le vandalisme. Contre-révolutionnaire par définition, il se situe en marge de la Révolution et son cheminement ne peut être qu’obscur, clandestin. Certes, le vandalisme agit souvent ouvertement comme à Verdun où les officiers municipaux jettent dans un bûcher tableaux, livres, tapisseries[18], et à Vitry-sur-Marne où deux administrateurs ont mutilé, détruit, brisé, statues ou tableaux, dilapidé tous les ornements des églises[19]… Il paraît alors irrésistible. Mais ces actions ne se font jamais en son nom. Il se camoufle derrière l’excès de zèle patriotique ou utilise l’ignorance du plus grand nombre. A Langeais le citoyen Deschamp, membre du directoire du district, a mutilé « un Christ d’un travail précieux et admirable[20] ». Il s’explique devant la commission temporaire des arts : « Plusieurs citoyens s’étant plaints de voir encore exister dans un siècle de raison des signes de superstition, je me chargeai auprès de l’administration de les faire disparaître et demandai à cet effet des ouvriers qui se transportèrent au temple et après avoir coupé la pierre autour du fer (qui soutenait le Christ) le firent tomber. » Sa bonne foi est évidente comme celle du malheureux Blaney-Laisné, bibliographe improvisé de Gaillac, qui après avoir transformé en cartes bibliographiques un vieil antiphonaire gothique, répond naïvement aux reproches du Comité d’instruction publique : « Si c’est avoir l’esprit vandalique, je vous avouerai que je l’ai eu sans le savoir[21]. » Le vandalisme « tend des pièges à la loyauté des citoyens » et détruit « sous les couleurs du patriotisme pour ensuite faire le procès de la Révolution » — les expressions sont de Grégoire — ; il inverse le sens des événements et rend la Révolution responsable des destructions qu’il a provoquées. Ce genre de méthodes, comme le but qui les inspire, le met en bonne place dans le complot que la France assiégée voit partout, et dont la trahison du roi, la rupture avec l’Église, l’émigration marquent les principales étapes. La Révolution se devait de déjouer ce complot.

Après la pathologie, la thérapeutique : l’analyse du vandalisme que nous présente Grégoire débouche tout naturellement sur des remèdes. Le rapport qu’il prononça le 14 fructidor an II devant la Convention porte le titre significatif de : Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer. Dans ses mémoires Grégoire se vante d’avoir « créé le mot (vandalisme) pour tuer la chose ». L’enjeu est de taille ; « séparer les vrais coupables de ceux qui coupables en apparence n’ont été qu’égarés », ou « discerner l’erreur du crime », c’est en traçant la frontière du vandalisme, indiquer celle, symétriquement opposée, de la France révolutionnaire et la laver des accusations de barbarie qui pèsent sur elle. Les méthodes d’action indirectes du complot vandale rendent pourtant cette tâche indispensable très difficile. En effet, pour engendrer la confusion, le vandalisme moule son comportement sur celui de la Révolution. Il est moins destructeur lui-même qu’incitation à détruire. Ce glissement de l’effet vers la cause rend le lien vandalisme/destructions insaisissable au niveau matériel. Devenu procès d’intention le vandalisme n’a plus d’existence visible qu’à travers les vandales ! Déjouer le complot vandale, c’est le révéler au public par des dénonciations spectaculaires.

Les comploteurs ne manquèrent donc pas. Le « féroce et astucieux Pitt », voire « l’immonde Catherine » tirent les ficelles de l’étranger, mais l’ennemi est d’abord intérieur. En 1794, les différentes interventions de Grégoire à la Convention, mettent en évidence les responsables du complot vandale. Le 22 germinal, dans son rapport sur la bibliographie, Grégoire dénonce les royalistes et les contre-révolutionnaires en pensant aux hébertistes et aux dantonistes qui viennent d’être abattus, mais il ne donne pas de nom. Le 14 fructidor, après la chute de Robespierre, il reprend ses accusations, les élargit, et cite des noms. Manuel se proposait de détruire la porte Saint-Denis, Hanriot, nouvel « Omar », voulait brûler la Bibliothèque nationale, Chaumette s’en prenait aux animaux rares du Muséum, Hébert avilissait la langue de la liberté, Lacroix voulait qu’un soldat pût aspirer à tous les grades sans savoir lire. Dumas disait qu’il fallait guillotiner tous les hommes d’esprit et Robespierre, sous prétexte de rendre les Français Spartiates, préparait un régime de tyrannie militaire. Les accusations de Grégoire frappent par leur diversité et même leur futilité ; l’unité du vandalisme est moins là — dans les actions — que dans leurs auteurs : ce sont les arrestations qui dessinent pour le public le visage du complot vandale. Encore flou au printemps 1794 où l’on dénonce successivement royalistes, hébertistes, dantonistes, ce visage se précise pendant l’été 1794. En frimaire an III, dans son troisième rapport prononcé à une époque où la situation politique s’est décantée, Grégoire présente le portrait définitif : le vandalisme, qui culmine en l’an II, cette année « de terreur et de crimes », est un des aspects essentiels du robespierrisme. Cette heureuse coïncidence allait permettre, par le biais de la répression anti-terroriste, de révéler les frontières du complot vandale. Le conventionnel Garrau ne déclare-t-il pas devant ses collègues : « J’ai vu des actes d’accusation dressés contre des hommes pour cause de terrorisme et de vandalisme[22]. »

En ce qui concerne les destructions d’objets d’art, cette répression est orchestrée par Grégoire. Au niveau local, on la suit dans la correspondance que la commission temporaire des arts entretient avec les départements pendant tout l’an III ; elle est dominée par une obsession : épurez les coupables. À Senlis, le silence du district et de l’agent national inquiète, il semble présager des dégâts affreux[23] ; à Carpentras, un commissaire artiste trop timoré est remis sèchement en place : quand les administrateurs « qui doivent être les protecteurs-nés des propriétés nationales (…) voient d’un œil sec les dilapidations et les dégradations qui se commettent dans les objets de sciences et d’art, un commissaire artiste dans ce cas, a droit d’élever la voix, et de dévoiler une pareille barbarie[24] ». À Sens, informée de l’importance des destructions par Diélaine, bibliothécaire de la ville, la commission rappelle que la loi fait un devoir à tous les amis des arts et surtout aux administrateurs, de poursuivre les vandales.

Face à cette détermination des autorités et devant l’étendue des destructions qu’elles constatent, la modestie des résultats obtenus — c’est-à-dire la minceur du complot vandale — étonne ; même les accusations les mieux fondées de vandalisme échouent. Prenons le cas de l’orfèvre Rondot, ci-devant agent national de la commune de Troyes, membre président du comité révolutionnaire[25]. Rondot est accusé de vandalisme par l’architecte local Milouy, puis par Grégoire : il a cassé et fondu avec des complices le trésor de l’église Saint-Étienne. Il se défend avec vigueur. Poursuivi par le tribunal criminel du département et incarcéré à la maison d’arrêt de l’Aube, il rédige un mémoire pour se disculper et porte l’affaire au niveau parisien. En frimaire an III, il présente une pétition à la Convention nationale. Libéré de prison par ordre du comité de sûreté générale, il s’en prévaut pour exiger l’arrêt des poursuites du tribunal criminel contre lui. Il n’était pas le seul menacé à Troyes, toute l’ancienne municipalité, robespierriste comme lui, était compromise. Les déclarations d’intention du comité de sûreté générale — si le comité a prononcé la mise en liberté de quelques individus, il n’a nullement entendu arrêter le cours de la justice qui doit avoir lieu contre tous ceux qui se sont rendus coupables envers elle[26] — n’empêchèrent pas l’abandon des poursuites judiciaires. L’efficacité de ces réseaux d’intérêts est moins la traduction mécanique d’un rapport de forces entre deux camps : le camp républicain et celui des vandales (ce dernier en perte de vitesse, mais bénéficiant encore de nombreuses complicités), que le signe de la complexité des liens qui unissent les destructions à la Révolution. Dans ces conditions la mollesse de la répression n’est pas due à un échec de la commission temporaire des arts, elle relève au contraire d’une politique délibérée qui fait de la recherche des coupables une tâche secondaire, politique, est-il besoin de le préciser, en contradiction totale avec tout le contenu du discours sur le vandalisme.

Autre exemple, à Metz[27], Jacquin, commissaire ambulant de la commission, a d’abord été « ému douloureusement » en apprenant l’étendue des destructions. Il fait alors une proclamation « pour inviter les bons citoyens à dénoncer les destructeurs et les dilapidateurs » ; son but, explique-t-il, « était moins de connaître ces barbares (je ne crois pas utile de renouveler les haines sans profit pour la chose publique) que d’exciter les bons citoyens à donner des renseignements sur l’existence des monuments… » L’agent national du district parlait dans le même sens, il disait : « Qu’il fallait tirer un voile sur les destructions passées. » Cette attitude se comprend facilement : les dénonciations ne marquent pas la limite entre la France qui détruit et celle qui conserve, elles servent seulement à justifier le triomphe d’un parti sur un autre. À Metz encore, le district lance arrêté sur arrêté contre les « provocateurs de destructions », en l’occurrence l’ancienne administration du département qualifiée de « robespierriste et ennemie de l’instruction », or il est loin d’avoir eu une conduite irréprochable avant le 9 thermidor. Jacquin est obligé de le lui rappeler : « Je dénonce, dit-il, ces fonctionnaires publics qui sont responsables des dilapidations, de ventes à bas prix, de ventes sans inventaires, je dénonce l’incompétence de son personnel[28]… » Dans le fond les accusateurs sont aussi coupables que les accusés, et, à Metz ou ailleurs, autant que le seul personnel robespierriste, c’est toute l’administration républicaine qui est compromise dans les destructions : les municipalités qui transforment en clubs ou en ateliers à salpêtre les églises, laissant ces bâtiments « tout dégarnis et réduits aux simples murs », l’armée qui exige des livres pour faire des cartouches ou qui fait découvrir les cathédrales pour convertir le plomb de leur toiture en balles, la Convention nationale dont la législation contradictoire autorise indirectement bien des destructions… Dans ces conditions pourquoi ranimer (surtout localement) les passions ? Le 9 thermidor ne changea rien, et ne pouvait rien changer à cette situation. Les coupables qu’il désigne définissent moins les contours d’une sociologie des destructions que ceux de la lutte des factions, ils identifient le camp des vaincus non celui des destructeurs ! À peine exclus des leviers de commandes — nationaux ou locaux —, hébertistes, dantonistes, robespierristes, jacobins… et royalistes sont catalogués vandales, à tort ou à raison, peu importe. Le vandalisme passe ainsi au gré de la conjoncture politique de la contre-révolution à la révolution, du royalisme au robespierrisme ! Manipulée par le pouvoir, ou plutôt par les pouvoirs qui se succédaient, la thèse du complot vandale ratait son entrée dans la sphère du réel et restait insaisissable hors des déclarations et des arrestations du pouvoir.

Les enjeux : un débat culturel

Arbitraire au niveau de l’explication des faits, le discours sur le vandalisme s’enracine pourtant dans la vie quotidienne en dénonçant passionnément les destructions, trop réelles, elles ! Selon ses inventeurs, une élite érudite (savants, bibliographes, numismates, archivistes, antiquaires) ou simplement cultivée (amateurs, esthètes, artistes), les choses sont claires : d’une part la dégradation du patrimoine artistique, la multiplication des destructions, d’autre part les tentatives de protection ou de conservation ; un enjeu considérable donc, le legs artistique de l’Ancien Régime, et deux camps : celui des destructeurs et celui des défenseurs des arts. Cette analyse de la situation que nous avons vue se constituer, rend cependant très mal compte de la réalité des faits. Si au niveau matériel il y a une opposition indiscutable entre ces deux camps (on conserve ou on détruit), au niveau des intentions les choses sont plus obscures. L’indignation devant les destructions n’est ressentie que du côté des défenseurs des arts, car en face, on a la conscience pure : les destructions ne sont pas le fruit d’un complot contre les lumières mais la conséquence indirecte de l’engagement républicain. « Nous recevons des plaintes de tous côtés que les yeux des patriotes sont offusqués de divers monuments élevés par le despotisme dans le temps de l’esclavage et qui certainement ne doivent pas exister sous le règne de la liberté et de l’égalité[29] » écrit le département de police de la municipalité de Paris. Beaucoup plus que vandales, les destructions sont civiques et patriotiques. C’est sous la pression de l’opinion publique que l’Assemblée nationale décrète la destruction des monuments publics rappelant le despotisme. C’est sur une proposition de deux sans-culottes que la commission temporaire des arts décide que tous les tableaux et portraits représentant des individus de la race Capet seront inventoriés, réunis dans un même dépôt et détruits[30]. Reprises, étendues, systématisées par les assemblées révolutionnaires, les destructions sont largement spontanées à l’origine car elles constituent, dans le climat du moment, un moyen commode d’affirmer ou de réaffirmer son patriotisme. Sergent, visitant l’ex-maison royale de Saint-Cloud, le note bien : « Tous les dimanches la beauté de cet endroit attire un concours de citoyens, il importe de ne plus salir leurs regards de ces images (les portraits royaux). On pourrait aussi courir le risque que des citoyens blessés de voir ces objets antirépublicains, en voulant les arracher et les fouler aux pieds ne fissent dommage à d’autres qu’il est utile de conserver et nous regretterions que de superbes morceaux de Mignard souffrissent de cette colère patriotique[31]. » Les destructions débordent largement le domaine artistique ou mieux n’y pénètrent que par coïncidence. L’engagement républicain exige la démolition des réalités ou des symboles du pouvoir (royal, seigneurial, ou ecclésiastique selon les cas) sans se préoccuper de leur valeur artistique. Il brûle au nom de la réaction antiféodale châteaux et terriers, il détruit au nom de la lutte contre le fanatisme : églises, statues et tombeaux. Il pourchasse la tyrannie jusque dans ses témoignages les plus modestes : sceaux, drapeaux, uniformes… Bref il méconnaît la spécificité et les limites du domaine culturel, le réduit à des signes de féodalité ou de fanatisme et l’épure au même titre que l’Ancien Régime. En définitive un iconoclasme plus qu’un vandalisme.

Revanche d’un peuple sur les valeurs d’une culture et d’un pouvoir dont il a toujours été exclu, pis dont il fut la victime, l’iconoclasme bafoue, conteste, détruit ou même conserve pour mieux abhorrer. Pour rappeler la Saint-Barthélemy, Chaumette veut ainsi remonter l’aiguille à fleur de lis de l’horloge du palais de justice abattue par son prédécesseur et arrêté « comme par miracle au début du massacre[32] ». Quelle que soit la forme qu’il adopte, l’iconoclasme marque le rejet d’une certaine hiérarchie, d’un lien de subordination, il insiste sur les différences sociales pour mieux les nier. À Paris cet aspect est assez clairement exprimé au niveau du personnel politique. La commune de Paris décide d’envoyer le procès-verbal du dépouillement de la chasse de sainte Geneviève au pape. Elle arrête que les « ossements » et les « guenilles » qui se sont trouvés dans cette « boîte » seront brûlés place de Grève pour y expier « le crime d’avoir servi à propager l’erreur et à entretenir le luxe de tant de fainéants[33] ». Choqué de voir les comités révolutionnaires siéger au Palais Royal sous les lambris du despote, Chaumette veut transformer ce palais en hôpital : « Le contraste eût été plus parfait et l’humanité eût une fois au moins triomphé de la tyrannie[34]. » Les arrière-pensées politiques ne sont jamais éloignées. Le personnel politique connaît la puissance des signes sur le peuple ; en septembre 1793 un conventionnel se plaint de l’inexécution des décrets concernant la destruction des tombeaux royaux à Saint-Denis, c’est par l’intermédiaire de ce genre de monuments « qu’on entretient le peuple dans la superstition de la royauté[35] ». Plus absolu, Sébastien Mercier pense qu’il aurait fallu frapper l’esprit du peuple par la destruction de Versailles. En province, au niveau populaire, l’iconoclasme s’exprime d’une manière spontanée et peu consciente par des gestes symboliques qui s’enracinent dans un long passé fait de rancœurs et de haines. À Ligny, en Lorraine, le peuple viole la sépulture de la maison de Luxembourg : « Cinq princes de cette maison ont été tirés de leur cercueil de plomb et on a confondu leurs ossements avec ceux de toutes les classes dans le cimetière de la paroisse[36]. » Saisissante manière de rétablir l’égalité sociale ! L’iconoclasme est souvent joyeux, ludique ; la commune de Pontoise annonce « qu’elle vient de rendre les derniers hommages aux restes des emblèmes de l’aristocratie, plusieurs tombereaux remplis d’armoiries de rois, de couronnes de reines, de titres de princes et autres aliments des préjugés de l’orgueil, ont été livrés aux flammes, au milieu des chants d’allégresses et des rondes patriotiques[37] ». Bien sûr ces cérémonies sont encadrées par l’administration républicaine, les textes qui nous les décrivent insistent sur leur finalité nationale. La commune de Pontoise précise que les saints d’or et d’argent seront amenés à la Monnaie « pour passer au creuset de l’utilité publique ». Cependant rien ne permet de minimiser le sentiment de libération et de fête que permirent les destructions. Véritable esquisse d’un langage authentiquement révolutionnaire et populaire, l’iconoclasme s’est épanoui dans la brèche que le combat politico-social avait créée dans les valeurs de la culture d’élite, il est donc bien autre chose qu’un complot vandale c’est-à-dire que la simple négation de ces valeurs. Il ne se laisse pas non plus enfermer, sans simplifications abusives, dans l’opposition manichéenne conservateurs/destructeurs. Alors pourquoi ce discours si fourni sur le vandalisme ?

Myopie ? Non, car alors comment expliquer le succès immédiat de ce discours sous la Révolution, puis sa reprise sans réserve par l’historiographie ? De plus, ceux qui étaient chargés de débusquer quotidiennement les comploteurs vandales, étaient fort sceptiques sur la réalité du complot. Ou peut-être myopie volontaire ? Le complot vandale permet en effet de maintenir face à la réalité des destructions républicaines, la fiction d’une idéologie — celle des lumières — c’est-à-dire la lecture bourgeoise des événements révolutionnaires, car les lumières ne sont pas neutres. Donc calcul ? Le vandalisme n’est pas innocent, faire coïncider la notion de destruction avec celle de vandalisme définie comme purement négative, c’est oublier volontairement que l’acte destructeur est simplement l’aspect négatif d’une motivation positive ; on détruit par référence à une (contre) idéologie, pour des raisons mercantiles ou même par indifférence, ce qui est encore choix ; c’est penser qu’une révolution sociale ne peut être que négatrice des valeurs culturelles et adopter implicitement le point de vue des classes dirigeantes mesurant l’ampleur du saccage ! Qu’est-ce donc que dénoncer des destructions vandales, sinon supposer l’existence du précieux et la volonté de le détruire, définir un domaine et tenter de le faire respecter. À une époque où l’art compromis par son passé était devenu un enjeu dans la lutte politique, c’était déjà préparer la reprise en main du secteur artistique ou si l’on préfère, prévoir la fin dans ce secteur des initiatives populaires. C’était aussi, en maquillant la réalité et en réduisant au silence (au moins au niveau conceptuel) les destructeurs, refermer la brèche qui s’était ouverte dans les valeurs de la culture d’élite. Sur ce plan, le discours contre le vandalisme ne constitue pas un refuge hors de la réalité pour des gens dépassés par l’évolution politique, mais un puissant moyen d’action pour modifier le cours des événements. Cela explique probablement le succès immédiat de cette « invention » sous la Révolution, et, plus tard, son adoption sans examen par l’historiographie qui, républicaine ou royaliste, était également « élitaire » dans le domaine culturel. Calcul donc, chez certains au moins, et plus probablement, pour la majorité des défenseurs des arts, conscience confuse de l’importance stratégique de la notion.

Suivie dans le détail, cette reprise en main est assez complexe. Face aux initiatives populaires qui brouillent le statut de l’objet d’art dans la société, protéger le patrimoine culturel c’est en premier lieu tenter de le dissocier des autres vestiges de l’Ancien Régime, tenter de lui rendre sa place privilégiée, de l’extraire ès-qualités du quotidien politique, bref le redéfinir. Lourde tâche à une époque où les réactions patriotes ne s’embarrassent pas de nuances. Les défenseurs des arts s’y attellent cependant : ils précisent le contenu de l’objet d’art, contenu « technique » d’abord — rareté du travail, valeur du métal précieux utilisé, qualité de l’exécution… — ; contenu « idéologique » ensuite, matière autrement plus délicate, c’est la source première des destructions et on ne peut, sous peine d’échec, s’opposer directement au réflexe iconoclaste du peuple. On choisit une voie moyenne : constatant que les productions des arts ont toujours été « couvertes de la livrée du despote », c’est-à-dire au service unique des privilégiés, les artistes ou leurs porte-parole réaffirmèrent avec encore plus de force la spécificité et la valeur inestimable du patrimoine artistique, son indépendance du milieu dans lequel et pour lequel il a été conçu. Ils disent que l’art adoucit les mœurs, touche le cœur, élève l’âme, éclaire l’esprit… Aucun véritable accord n’était possible entre l’iconoclasme populaire et ce discours savant qui renouait avec l’idéologie des Lumières. L’histoire de la commune populaire des arts déchirée entre les tentations de l’académie et celles du club populaire le montre bien : aux discours sur l’abolition des signes de féodalité répondent ceux demandant leur conservation comme « devant servir de monument pour l’histoire », à l’affirmation que le patriotisme doit avoir le pas sur les arts, les tentatives pour exclure de la commune ses membres non artistes[38]. Les imbrications politiques du précieux le condamnent absolument, ou inversement, tout le précieux, quelle que soit sa nocivité politique, mérite d’être sauvé ; question de point de vue, mais surtout question de pouvoir. Il restait en effet à insérer ce discours savant dans les faits.

Pour cela il faut des principes de conservation et des institutions capables de les faire appliquer. On trouve le tout dans l’œuvre de l’Assemblée nationale : pour assurer la bonne gestion des biens nationaux au début de la Révolution, elle avait défini des règles d’inventaire, de vente, de protection et créé les organes chargés de les mettre en œuvre (commission des monuments puis commission des arts[39]). Ces commissions composées de spécialistes (savants, bibliographes…) sont capables d’indiquer les objets à recueillir et la manière de prévenir leur dépérissement. La dénonciation passionnée des destructions vandales fait prendre conscience au plus grand nombre de l’existence d’un secteur artistique avec ses règles et ses partisans. Elle bloque l’offensive iconoclaste en imposant des limites aux destructions. Certes ces limites représentent moins un accord sur ce qu’il convient de conserver à tout prix qu’un compromis instable qui enregistre le rapport de forces du moment ; mais ce compromis, en imposant la présence des protecteurs, joue en leur faveur. Tracer une frontière, même provisoire, entre le précieux et le politique ne peut être que l’œuvre de spécialistes (il faut connaître les deux domaines), donc exclure par nature toute initiative populaire. Après avoir arrêté dans le domaine artistique la dynamique patriote, le discours sur le vandalisme rend possible la contre-offensive.

Le combat politique avait imposé l’élaboration d’une législation destructrice. On critique son application confiée à des hommes « peu intelligents ou mercenaires » qui abattent « la hache à la main[40] » et menacent l’existence des « plus beaux monuments du génie français ». Pour arrêter ces ravages, on limite les décrets destructeurs au nom de la lutte contre le vandalisme. La Convention décide que les monuments publics dont on ne pourrait faire disparaître les signes proscrits sans les endommager seraient transportés dans des musées[41]. Mesure habile, le musée, cadre politiquement et socialement neutre, impose au spectateur une lecture technique ou artistique de l’œuvre d’art et gomme ainsi la valeur subversive qu’elle tire de son origine ou de sa destination féodale. La Convention réussit par ce biais à faire admettre par les patriotes qu’ils ferment les yeux sur les signes de féodalité dont le patrimoine culturel est entaché pour ne songer qu’aux grands moyens d’instruction qu’il comporte pour les artistes et éventuellement pour le peuple. Elle réussit aussi à constituer un lieu où, malgré le succès populaire que connut le musée du Louvre lors de son ouverture[42], les objets d’art ne se montrent qu’aux artistes. Sinon, plutôt que de détruire, on maquille. À Paris, porte Saint-Martin « la figure représentée sous l’emblème d’Hercule couronné par la Renommée cessera de représenter le despote et d’être choquante lorsque la grande perruque qui le désigne sera convertie en une chevelure courte et bouclée au hasard comme celle de l’Hercule Farnèse[43] ». Cette politique, appuyée sur les rouages de l’État, réussit à éliminer les initiatives populaires du domaine artistique : les spécialistes remplacèrent les patriotes dans la toilette révolutionnaire de la France, les musées se substituèrent à la fête iconoclaste, les académies aux clubs populaires, et le transfert vers Paris de toutes les œuvres d’art venues des provinces ou de l’étranger, succéda à leur destruction. À en croire l’Institut, une autre période commençait car : « Sont-ce des vandales que ceux qui font un article de traité de la cession d’une statue antique ou […] qui reçoivent en indemnité des chefs-d’œuvre comme valant mieux que des millions ou des provinces entières[44] ? »

Moule idéologique subtil, le vandalisme a favorisé une nouvelle répartition des pouvoirs dans le domaine culturel. On ne s’étonnera pas dans ces conditions de la concordance entre la chronologie politique et celle du discours vandale ; la grande coupure restant celle du 9 thermidor, c’est-à-dire la date qui marque la rupture définitive entre le mouvement populaire et la bourgeoisie. À partir de 1795 le terme « vandalisme » perd de son actualité car il n’a plus qu’une fonction rétrospective, il signifie une période historique écoulée. Certes les royalistes essaieront bien sous le Directoire un rééquilibrage des pouvoirs en leur faveur par une critique des musées — pièce maîtresse du détournement de l’héritage culturel au profit de la nouvelle bourgeoisie républicaine — qualifiés de « dépôts burlesques » et « indécents » qui marquent « la fin de l’art » et sont « l’œuvre de ce vandalisme qui sera de tout temps la honte des révolutionnaires ». Ce réemploi de la notion de « vandalisme », s’il a bien assimilé l’usage qu’en ont fait les esprits cultivés avant le 9 thermidor, n’est qu’un combat d’arrière-garde à l’enjeu limité, presqu’un conflit personnel entre le sculpteur Deseine et A. Lenoir fondateur du Musée des monuments français[45].

On ne s’étonnera pas non plus de la discordance entre la chronologie du vandalisme et celle des destructions. Pour ces dernières, le 9 thermidor n’est pas une véritable coupure et le mouvement ne s’est pas atténué sous le Directoire, au contraire ! Mais le danger s’est déplacé, les destructions ne sont plus provoquées par un iconoclasme intempestif mais par « la rapacité des faiseurs d’affaires, par les spéculateurs voraces et mercenaires qui dans le plus beau monument ne voient jamais que du fer, de la pierre et du plomb à démolir et à vendre, pour qui tout est égal dès qu’il s’agit de trafiquer et de démolir[46] ». De ces destructions très graves sur le plan matériel, on parla peu. Elles relevaient seulement des décisions administratives ou techniques, pas du combat politique et idéologique car elles ne remettaient pas en cause la hiérarchie des valeurs culturelles ou sociales.

Le discours vandale tel qu’il fut prononcé par la Révolution n’est rien d’autre que la face idéologique d’un processus d’exclusion politique. Pour que triomphât la vision que la bourgeoisie, groupe politico-social vainqueur, portait en elle, il fallait brouiller les données : confondre l’ignorance des classes populaires et les complots de l’étranger, les destructions des terroristes et les négligences de l’administration républicaine, rejeter dans les ténèbres du vandalisme tous les vaincus de la lutte politique qu’ils aient œuvré ou non dans le domaine artistique. L’étude du vandalisme menée à travers les notions qu’il privilégie (barbarie, ignorance, vandalisme ou, inversement, éducation, lumières…) révèle les modalités qui président à la constitution d’un nouvel ordre culturel : celui qui domine la France au xixe et même au xxe siècle ; à ce titre, elle éclaire un des aspects les plus intéressants des bouleversements que connut la France révolutionnaire.

Daniel Hermant

(En conclusion, lors de cet épisode historique, le vandalisme, ou iconoclasme, mouvement populaire et révolutionnaire, a perdu, et ont triomphé, comme on le sait, les bourgeois et leurs partisans, défenseurs d’une société autoritaire, hiérarchique, à l’image — et fondée, somme toute, sur une partie des valeurs culturelles — de celles qui la précédaient, et dont ils tenaient, sans doute pour cette raison, à préserver les symboles, les accomplissements — au moins pour partie. Contrairement aux iconoclastes révolutionnaires qui souhaitaient mettre à bas les symboles des despotismes passés, l’immense majorité des Français semble aujourd’hui acquise à l’idéologie bourgeoise ayant souhaité et souhaitant les conserver, massivement dominée par l’idéologie de ceux qui la dominent encore aujourd’hui.)

Notes


  1. Louis RÉAU, Histoire du vandalisme. Les monuments détruits de l’art français, Paris, Hachette, 2 vol., 1959.
  2. AULARD, « Boniments contre-révolutionnaires », La Révolution française, décembre 1912.
  3. F. BENOIT, L ‘Art français sous la Révolution et l’Empire. Les doctrines, les idées, les genres, Paris, L. H., May, 1897.
  4. Gustave GAUTHEROT, Le Vandalisme jacobin. Destructions administratives, d’archives, d’objets d’art, de monuments religieux à l’époque révolutionnaire d’après les documents originaux en grande partie inédits, Paris, 1914.
  5. P. ROBINET, Le Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution, Paris, 1894/1898, 2 vol. Ouvrage publié sous le patronage du Conseil municipal de Paris.
  6. VALLET DE VIRVILLE, dans le Moniteur universel, 4 octobre 1854. H. BORDIER, Les Archives de France, ou l’histoire des archives de l’Empire, les archives des ministères, des départements, des communes, des greffes, des notaires, etc. contenant l’inventaire d’une partie de ces dépôts, Paris, Dumoulin, 1855.
  7. E. DESPOIS, Le Vandalisme révolutionnaire, Fondations littéraires, scientifiques et artistiques de la Convention, Paris, G. Baillière, 1848.
  8. A. COCHIN, La Crise de l’histoire révolutionnaire. – Taine et M. Aulard, Paris, H. Champion, 1909, 103 p.
  9. Dans Alexandre Lenoir, son journal et le musée des monuments français, Paris, 1878/1887, 2 tomes, cité 1.1, p. XXII.
  10. E. BOUTARIC, « Le vandalisme révolutionnaire », Revue des questions historiques, septième année, t. XII, 1872, pp. 325–396.
  11. Victor HUGO, « Guerre aux démolisseurs », Revue des deux mondes, mars 1832 ; voir aussi, en réponse à cet article, MONTALEMBERT, « Du vandalisme en France, lettre à M. Victor Hugo », Revue des deux mondes, mars 1833. Sur le rôle important que Hugo joua dans la sauvegarde des monuments, voir J. MALLION, Victor Hugo et l’art architectural, Grenoble, 1962.
  12. Yvan CHRIST, Églises parisiennes actuelles et disparues, Paris 1947, p. 9.
  13. Le mot vandalisme lui-même est une référence historique lointaine donc une incitation à dépasser la chronologie courte.
  14. « Observations de quelques patriotes sur la nécessité de conserver les monuments de la littérature et des arts », Paris, an II, A. A. Renouard, Chardin et Charlemagne fils, 25 vendémiaire an II, p. 10.
  15. Le discours sur le vandalisme est bien sûr contenu dans les divers rapports de Grégoire, en particulier dans ses trois rapports sur le vandalisme rédigés à la demande du comité d’instruction publique de la Convention — Instruction publique. Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer, séance du 14 fructidor an II, suivi du décret de la Convention nationale, 28 p. : Instruction publique. Second rapport sur le vandalisme, 8 brumaire an III, suivi du décret de la Convention nationale, 12p. : Instruction publique. Troisième rapport sur le vandalisme, 24 frimaire an III, 21 p. On peut y joindre deux autres rapports de Grégoire présentés antérieurement : celui sur la bibliographie lue à la Convention nationale le 22 germinal an II, 16p., qui servit d’ébauche à celui du 14 fructidor ; celui sur les inscriptions des monuments publics, 22 nivôse an II, 14 p. où fut employé pour la première fois le mot vandalisme. Sur la genèse des rapports de Grégoire voir : J. Guillaume, « Grégoire et le vandalisme », Études révolutionnaires, Ire série P, pp. 12–33 : « Le vandalisme de Chaumette » ; Études révolutionnaires, 2e série, pp. 348–424, « Grégoire et le vandalisme », Paris, 1908. Ces rapports de Grégoire ne sont ni le fait d’un isolé, ni celui d’un précurseur. Ce n’est nullement Grégoire qui prit l’initiative des mesures protectrices. Le décret de la Convention voté à la suite du rapport du 14 fructidor, est bien moins détaillé que le décret du troisième jour du deuxième mois an II rendu par la Convention sur le rapport de Romme (P. V. du comité d’instruction publique de la Convention nationale, t. II, p. 659). Ce décret contenait déjà toutes les dispositions pratiques propres à sauvegarder livres, manuscrits, gravures, objets d’art… Le très intéressant rapport de Romme condamne avec énergie les destructions. Sur le mot vandalisme lui-même, voir Max Frey, Les Transformations du vocabulaire français à l’époque de la Révolution, Paris, P.U.F., 1925 ; F. Brunot, Histoire de la langue française, t. IX, La Révolution et l’Empire.
  16. GRÉGOIRE, Troisième rapport sur le vandalisme, p. 16.
  17. BARÈRE, 26 messidor an II, Rapport fait au comité de salut public sur l’état de la fabrication révolutionnaire du salpêtre et de la poudre et sur la nécessité de supprimer l’agence nationale ci-devant régie des poudres et salpêtres, p. 5.
  18. A.N. F 17 * 13, frimaire an III, Verdun. Meuse. Cf. aussi GRÉGOIRE, Troisième rapport…, P 9.
  19. A.N. F 17 1255 a, Lettre du directoire de la Commission temporaire des arts à l’administration de Vitry-sur-Marne, 17 pluviôse an III.
  20. A.N. T 17 a 1255–1256, minutes de la correspondance de la Commission temporaire des arts, aux administrations des départements et des districts. Dans sa justification, le citoyen Deschamps qualifie ce Christ de : « figure de bois mal taillée et d’aucun mérite en fait d’art ».
  21. Réponse de Blaney-Laisné, bibliographe de Gaillac (Tarn), aux accusations de vandalisme du comité d’instruction publique. Cité par P. RIBERETTE, Les Bibliothèques françaises pendant la Révolution 1789–1795, Paris, 1970, pp. 83–84.
  22. P.V. du Comité d’instruction publique, t. VI, p. 749, séance du 14 vendémiaire an IV. Cette coïncidence entre vandalisme et robespierrisme se suit très bien dans les dictionnaires qui, à la fin de la Révolution, font le point sur les transformations du vocabulaire. Le Néologiste français, 1796, anonyme, B.N. XI4335, écrit à l’article vandalisme : « c’est ainsi qu’on a appelé l’état de la France sous Robespierre ».
  23. A.N. F 17 1255, Lettre du directoire de la Commission temporaire des arts à l’administration de Senlis, 12 nivôse an III.
  24. A.N. F 17 1255, Lettre du directoire de la Commission temporaire des arts au commissaire artiste du district de Carpentras (Var), 27 fructidor an III.
  25. Sur Troyes voir A. BABEAU, Histoire de Troyes pendant la Révolution, Paris, Dumoulin, 1873–1874, 2 tomes, notamment t. II, chap. XXXIII ; A. PRÉVOST, Histoire du diocèse de Troyes pendant la Révolution, 3 tomes, Troyes, 1904 ; A.N. F 17 1037, et les P.V. de la Commission temporaire des arts.
  26. Réponse du comité de sûreté générale à la lettre du représentant en mission Albert, 23 mai 1795.
  27. Rapport de Jacquin à la Commission temporaire des arts à propos de la situation à Metz, A.N. F 17 1253 an III.
  28. Ibid., Jacquin établit une liste de 14 accusations contre le district !
  29. Administration du département de police de la municipalité de Paris A.N., M 666, dossier S.
  30. Cf. les délibérations de la Commission temporaire des arts du 25 prairial an II (P.V. C.T.A. 1.1, pp. 225–226). Picault et Varon, membres de la Commission, font un rapport de Versailles sur un portrait du fils Capet provenant de Saint-Cloud : « Ils proposent (et la C.T.A. arrête) que tous les tableaux et portraits représentant des individus de la race Capet seront inventoriés et réunis dans un même dépôt et que, conformément à l’inventaire, on procédera à leur destruction complète et totale, afin que la superstition royaliste ne puisse en recueillir aucun. » Cet arrêté est transmis au Comité d’instruction publique (P.V. C.I.P., C.N., t. IV, p. 654) malgré l’observation d’un membre « que quelques-uns des tableaux ou portraits pourraient contenir des traits de génie et d’originalité qu’il serait utile de conserver pour l’instruction et les arts ». L’arrêté reçut sans difficulté l’approbation du Comité. Grégoire était présent à la séance.
  31. A.N. F 17 A 1035, Liasse B lettre de Sergent à la Convention nationale datée de Rambouillet, 3 août 1793.
  32. Réimpression de l’ancien Moniteur, t. 18, p. 170, 29 vendémiaire an II.
  33. Ibid., t. 18, 1 frimaire an IL
  34. Les Révolutions de Paris, n°211, 20 juillet-3 août 1793.
  35. P.V. Convention nationale, t. 20, p. 134.
  36. Philippe BAERT, Mémoire au sujet de la destruction des tombeaux de quelques rois et reines de France qui existaient dans l’abbaye de Saint-Germain-des-prés à Paris en 1791 (7 mai 1791), A.N. F 17 1036 A.
  37. Réimp. anc. Moniteur, t. 18, p. 209.
  38. P.V. de la commune générale des arts de peinture, sculpture architecture et gravure, — 18 juillet 1793, tridi de la Ire décade du deuxième mois de l’an II — et de la société populaire et républicaine des arts — 3 nivôse an II, 28 floréal an III. Édit, par H. Lapauze, Paris, 1903.
  39. L. TUETEY, P.V. de la Commission des monuments, Paris, 1901/1902, 2 tomes ; P.V. de la Commission temporaire des arts, Paris, 1912, 2 tomes. A.N. F 17 1034, dossier 11, organisation et fonctionnement du conseil de conservation des objets de sciences et d’art, an VI-VIII.
  40. A.N. F 13 212, Lettre du ministre de l’Intérieur du 15 pluviôse an II à propos de l’exécution de la loi du 4 juillet 1793.
  41. Décret de la Convention nationale du 3 brumaire an II, pris à la suite du rapport Romme. Article 2 : Les monuments publics transportables, intéressant les arts et l’histoire, qui portent quelques-uns des signes proscrits, que l’on ne pourrait faire disparaître sans causer un dommage réel, seront transportés dans le musée le plus voisin pour y être conservés pour l’instruction nationale.
  42. Le « Muséum national » fut ouvert le 10 août 1793, il connut un certain succès d’affluence si l’on en croit la Décade philosophique t. IV, n° 28, 10 pluviôse an III, p. 215 : « Le muséum est ouvert au public les trois derniers jours seulement de la décade : les autres jours les artistes seuls y sont admis et y peignent ou dessinent. Nous avons vu avec bien de l’intérêt le peuple s’y porter en foule : il observe avec une curiosité avide, demande des explications, admire ou blâme, souvent avec justesse. Bientôt le muséum sera la plus fréquentée des promenades. »
  43. A.N. M 666, dossier 9, Lettre de l’architecte de la municipalité Poyet du 15 mai 1793.
  44. Rapport Andrieux sur l’arrivée des objets d’Italie, Classe de littérature et beaux-arts de l’Institut national des sciences et arts, 7e séance, 4 brumaire an VI. C’est un retour à des pratiques fréquentes sous l’Ancien Régime.
  45. Opinion sur les musées où se trouvent retenus tous les objets d’art qui sont la propriété des temples consacrés de la religion catholique, par Deseine, Paris, Baudoin, floréal an XI, 65 p. Ce n’est pas le seul mémoire de l’ancien statuaire du prince de Condé (cf. M. Tourneux, Bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution française, Paris, 1890–1913, t. III, n05 16299 à 16301). Ils furent rédigés dans le cadre de la querelle lancée par la pétition qui suivait l’ouvrage de Quatremère de Quincy — Lettres sur le préjudice qu’occasionnerait à la science le déplacement des monuments de l’art en Italie — à laquelle répondait le 12 vendémiaire an V une lettre publiée dans le Moniteur. Sous le Consulat, Deseine s’opposa vivement à A. Lenoir, fondateur du Musée des monuments français.
  46. Rapport de Chalgrin au conseil des bâtiments, sur les monuments qui décorent la commune de Paris ou qui sont destinés pour servir à l’exercice du culte. A.N. F 17 772, ministère de l’Intérieur, 16 germinal an V. C’est tout le problème de la « bande noire ».

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