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À propos

« Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui deman­der s’il est prêt à suppri­mer les causes de sa mala­die. Alors seule­ment il est possible de l’éli­mi­ner. »

— Hippo­crate

Ce site web regroupe diverses publi­ca­tions et traduc­tions propo­sées par un collec­tif que nous avons choisi d’ap­pe­ler Le Partage (dont certains membres font égale­ment partie de l’or­ga­ni­sa­tion d’éco­lo­gie radi­cale inter­na­tio­nale Deep Green Resis­tance). Elles s’ins­crivent dans le cadre de la critique anti-civi­li­sa­tion, quasi-inexis­tante en France, et pour­tant essen­tielle. Si vous souhai­tez nous contac­ter : revol­ter­re@g­mail.com

Une petite intro­duc­tion :

L’hon­nê­teté étant à la base de toute discus­sion sensée, allons-y fran­che­ment.

La situa­tion présente de l’hu­ma­nité et de la vie sur Terre est, à tout point de vue, assez catas­tro­phique.

Bilan

Du côté de la vie non-humaine : les forêts du monde sont dans un état désas­treux (en ce qui concerne les vraies forêts, pas les plan­ta­tions ou mono­cul­tures modernes ; il n’en reste­rait que deux) et qui ne cesse d’em­pi­rer. La plupart des écosys­tèmes origi­nels ont été modi­fiés (détruits, ou détraqués), d’une façon ou d’une autre (25% des fleuves n’at­teignent plus l’océan ; depuis moins de 60 ans, 90% des grands pois­sons, 70% des oiseaux marins et, plus géné­ra­le­ment, 52% des animaux sauvages, ont disparu ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’ani­maux marins, dans l’en­semble, a été divisé par deux). Les scien­ti­fiques estiment que nous vivons aujourd’­hui la sixième extinc­tion de masse. Sachant que les déclins en popu­la­tions animales et végé­tales ne datent pas d’hier, et qu’une dimi­nu­tion par rapport à il y a 60 ou 70 ans masque en réalité des pertes bien pires encore (cf. l’amné­sie écolo­gique). On estime que d’ici 2048 les océans n’abri­te­ront plus aucun pois­son. D’autres projec­tions estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans. On estime égale­ment que d’ici à 2050, la quasi-tota­lité des oiseaux marins auront ingéré du plas­tique. La plupart des biomes de la planète ont été conta­mi­nés par diffé­rents produits chimiques toxiques de synthèse (cf. l’em­poi­son­ne­ment univer­sel de Nico­lino). L’air que nous respi­rons est désor­mais classé cancé­ri­gène par l’OMS. Les espèces animales et végé­tales dispa­raissent (sont tuées) au rythme de 200 par jour (esti­ma­tion de l’ONU). Les dérè­gle­ments clima­tiques auxquels la planète est d’ores et déjà condam­née promettent d’ef­froyables consé­quences.

Les pays du monde, pris ensemble, produisent actuel­le­ment envi­ron 50 millions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) par an, dont l’im­mense majo­rité (90%) ne sont pas recy­clées, ils produisent égale­ment plus de 3,5 millions de tonnes de déchets solides par jour (d’après un rapport de la Banque mondiale). En raison de la course au « déve­lop­pe­ment » (élec­tri­fi­ca­tion, indus­tria­li­sa­tion, moder­ni­sa­tion, « progrès ») des conti­nents qui ne l’étaient pas encore entiè­re­ment (Afrique, Asie, Amérique du Sud, notam­ment), il est prévu que la produc­tion annuelle globale déjà fara­mi­neuse (50 millions de tonnes) de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) croisse de 500%, envi­ron, au cours des décen­nies à venir (en raison d’ex­plo­sions des ventes de télé­phones portables, d’or­di­na­teurs, de télé­vi­sions, de tablettes, etc.). Et qu’il est aussi prévu que la quan­tité totale des déchets solides produits chaque jour dans le monde triple d’ici 2100, pour atteindre plus de 11 millions de tonnes, par jour. A ce propos, la majo­rité des déchets élec­tro­niques des pays dits « déve­lop­pés » (ces 90% qui ne sont pas recy­clés, mais qui sont char­gés en métaux lourds et autres substances plus toxiques les unes que les autres) sont envoyés dans ces pays dits « en déve­lop­pe­ment », où ils s’en­tassent dans des « cime­tières élec­tro­niques » et autres « e-décharges », où ils polluent grave­ment les sols, l’air et les cours d’eaux (comme à Agbog­blo­shie au Ghana, ce que vous pouvez consta­ter dans le docu­men­taire ToxiCité, ou comme à Guiyu en Chine, à Sher­shah au Pakis­tan, à Dhaka au Bangla­desh, et en Inde, et en Thaï­lande, et aux Philip­pines, et ailleurs), où ils détruisent la santé des humains qui travaillent à les trier (c’est-à-dire qui les brûlent n’im­porte où et n’im­porte comment, sans protec­tion, à l’air libre afin d’en sortir du cuivre et d’autres métaux qu’ils revendent ensuite pour une bouchée de pain), et la santé des animaux non-humains qui vivent sur place. En Inde, le Gange, où 4800 millions de tonnes d’eaux usées sont déver­sées chaque jour, étouffe sous la pollu­tion (plas­tiques et toutes sortes de substances toxiques), à l’ins­tar de la quasi-tota­lité des fleuves et des rivières du pays, au point que Reuters vient de publier un repor­tage photo inti­tulé « Le Gange est en train de mourir : comment ce fleuve sacré d’Inde succombe à la pollu­tion ». Le Liban vit une crise des déchets sans précé­dent, qui commence à avoir des consé­quences drama­tiques sur la mer et sur tous ceux qui en dépendent : un accord conclu entre le gouver­ne­ment et une compa­gnie privée permet à celle-ci de déver­ser les déchets en pleine Médi­ter­ra­née, ainsi, chaque jour, des poids lourds en va-et-vient perma­nent, qui trans­portent des déchets reti­rés à la tonne, les jettent en pleine mer.

La consom­ma­tion globale d’eau douce actuelle (imagi­nez donc ce qu’il en sera demain !) est elle aussi d’ores et déjà large­ment insou­te­nable (c’est-à-dire que nous consom­mons l’eau des nappes phréa­tiques et des aqui­fères plus rapi­de­ment qu’ils ne se remplissent, ainsi qu’un rapport de la NASA le souli­gnait en 2015 : 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont passés en-dessous du seuil de dura­bi­lité  —  ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent).

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Arrê­tons-nous là. Nous pour­rions conti­nuer encore long­temps, la liste des désastres écolo­giques est inter­mi­nable et s’al­longe de jour en jour.

L’en­tité respon­sable de cette destruc­tion, nous la connais­sons bien, puisque la majeure partie d’entre nous, humains, y vit : il s’agit de la civi­li­sa­tion indus­trielle – l’or­ga­ni­sa­tion sociale humaine domi­nante, aujourd’­hui mondia­li­sée.

(Ceux qui croient encore ce qu’ils voient et entendent à la télé­vi­sion, à la radio et dans les prin­ci­paux jour­naux — qui sont encore hypno­ti­sés par ces médias, comme sous perfu­sion mentale, à penser que les choses vraies et impor­tantes y sont discu­tées —, qui ne se renseignent pas mais sont (dés-)infor­més, auront proba­ble­ment plus de mal que les autres à comprendre et à accep­ter ce que nous expo­sons ici.)

Au niveau humain, les effets de la civi­li­sa­tion indus­trielle sont du même acabit : mala­dies (dont, bien évidem­ment, celles dites « de civi­li­sa­tion » : diabète, athé­ro­sclé­rose, asthme, aller­gies, obésité et cancer), dépres­sions, anxié­tés et divers troubles psycho­lo­giques. Une récente étude nous apprend égale­ment que « de minus­cules parti­cules liées à la pollu­tion indus­trielle ont été décou­vertes dans plusieurs échan­tillons de cerveau humain », et qu’elles « sont soupçon­nées de contri­buer au déve­lop­pe­ment de la mala­die d’Alz­hei­mer. »

L’agri­cul­ture, la civi­li­sa­tion et l’hu­bris

Les trois causes prin­ci­pales des destruc­tions envi­ron­ne­men­tales, qui sont le fruit des acti­vi­tés de l’hu­ma­nité indus­trielle, sont la surex­ploi­ta­tion (défo­res­ta­tion, chasse, pêche), l’agri­cul­ture (élevage, cultures indus­trielles, plan­ta­tions/mono­cul­tures d’arbres), et l’éta­le­ment urbain.

Ainsi que nous le rappe­lions précé­dem­ment, les destruc­tions envi­ron­ne­men­tales ne datent pas d’hier. L’ac­ti­vité humaine la plus destruc­trice, ayant donné nais­sance au mode de vie que nous appe­lons la civi­li­sa­tion, est l’agri­cul­ture.

(Il nous faut égale­ment rappe­ler que l’agri­cul­ture est distincte de la perma­cul­ture, du jardi­nage fores­tier ou des modes d’hor­ti­cul­tures primi­tifs, qui ne sont pas des pratiques destruc­trices.)

Nous défi­nis­sons donc la civi­li­sa­tion comme un mode de vie fondé sur, et émergent de la crois­sance de villes, dépen­dantes, pour les matières premières dont elles ont besoin, des régions les envi­ron­nant (le contado), car impropres à l’au­to­suf­fi­sance, dont les « carac­té­ris­tiques prin­ci­pales, des constantes aux propor­tions variables à travers l’his­toire, sont la centra­li­sa­tion du pouvoir poli­tique, la sépa­ra­tion des classes, la divi­sion du travail, la méca­ni­sa­tion de la produc­tion, l’ex­pan­sion du pouvoir mili­taire, l’ex­ploi­ta­tion écono­mique des faibles, l’in­tro­duc­tion univer­selle de l’es­cla­vage et du travail imposé pour raisons indus­trielles et mili­taires » (Lewis Mumford). En ajou­tant l’agri­cul­ture à ces carac­té­ris­tiques prin­ci­pales, en tant que pratique dont tout le reste a découlé.

L’avè­ne­ment de l’agri­cul­ture marque alors non seule­ment le début de destruc­tions envi­ron­ne­men­tales massives, à travers la défo­res­ta­tion, mais aussi le début de la stra­ti­fi­ca­tion sociale, de l’ac­cu­mu­la­tion de richesses, du mili­ta­risme, des épidé­mies, des inéga­li­tés et de la pauvreté.

A ce propos, citons Robert Sapolsky (cher­cheur en neuro­bio­lo­gie à l’uni­ver­sité de Stand­ford), dans son livre « Pourquoi les zèbres n’ont pas d’ul­cère ? » :

« L’agri­cul­ture est une inven­tion humaine assez récente, et à bien des égards, ce fut l’une des idées les plus stupides de tous les temps. Les chas­seurs-cueilleurs pouvaient subsis­ter grâce à des milliers d’ali­ments sauvages. L’agri­cul­ture a changé tout cela, créant une dépen­dance acca­blante à quelques dizaines d’ali­ments domes­tiqués, nous rendant vulné­rables aux famines, aux inva­sions de saute­relles et aux épidé­mies de mildiou. L’agri­cul­ture a permis l’ac­cu­mu­la­tion de ressources produites en surabon­dance et, inévi­ta­ble­ment, l’ac­cu­mu­la­tion inéqui­table ; ainsi la société fut stra­ti­fiée et divi­sée en classes, et la pauvreté fina­le­ment inven­tée. »

La civi­li­sa­tion est, par défi­ni­tion et histo­rique­ment, un concept colo­nia­liste, une culture coer­ci­tive et impé­ria­liste (vis-à-vis des humains comme des non-humains), en expan­sion perma­nente (un de ses prin­cipes fonda­men­taux pour­rait être résumé par l’af­fir­ma­tion suivante : L’EXPANSION EST TOUT).

La civi­li­sa­tion en tant que culture urbaine (basée sur une pratique insou­te­nable : l’agri­cul­ture), en tant que culture émer­geant de la ville comme mode d’ha­bi­tat humain, et en tant que culture propa­geant ce mode d’ha­bi­tat, est anti­éco­lo­gique.

(Couper tous les arbres d’une région, anéan­tir toute la biodi­ver­sité qui s’y trou­vait, recou­vrir le tout de bitume, puis d’im­meubles et de bâti­ments dont les maté­riaux proviennent de diverses mines ou carrières ayant été creu­sées en d’autres endroits parfois égale­ment défo­res­tés, tout le temps détruits, et où la biodi­ver­sité n’est plus qu’un loin­tain souve­nir ; faire venir des fruits et légumes issus de mono­cul­tures souvent pesti­ci­dées des quatre coins du monde par des moyens de trans­port toujours polluants et eux aussi fabriqués grâce à l’ex­trac­ti­visme géné­ra­lisé, ainsi que divers objets, réfri­gé­ra­teurs, congé­la­teurs, télé­phones, vête­ments, ordi­na­teurs, télé­vi­sions, lava­bos, dont les matières premières proviennent aussi de diverses acti­vi­tés extrac­trices et destruc­trices ; produire des déchets toxiques et peu dégra­dables (plas­tiques, diverses substances de synthèse, métaux lourds et nucléaires, entre autres), en émet­tant quan­tité de gaz à effet de serre, à travers chacun de ces proces­sus : ce-n’est-pas-soute­nable. C’est une catas­trophe écolo­gique. Une catas­trophe biolo­gique.)

La ville, en ce qui a trait au social, est un mode d’ha­bi­tat inhu­main. La densité de peuple­ment de la ville est trop élevée pour que les rela­tions humaines y soient saines. La ville donne aux rela­tions humaines un carac­tère imper­son­nel, inami­cal, et froid.

La consom­ma­tion et le métro-boulot-dodo en tant que mode de société ne font pas le bonheur de l’être humain. Bien au contraire. La grande majo­rité des emplois, des travaux auxquels les êtres humains se destinent au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle sont soit nuisibles pour l’en­vi­ron­ne­ment, soit nuisibles pour la psyché humaine, soit les deux (le plus souvent).

Quand bien même certains indi­vi­dus affir­me­raient aimer ce qu’offre la civi­li­sa­tion indus­trielle — en se mentant assez, à l’aide de suffi­sam­ment de déni ou en raison de perver­sions morales impor­tantes —, ses carac­tères anti­dé­mo­cra­tiques et non-viables (anti­éco­lo­giques) font logique­ment d’elle une nuisance, étant donné que la santé de la planète est primor­diale (pour la vie qu’elle abrite, et pour ceux qui s’en soucient, bien évidem­ment).

Toutes les civi­li­sa­tions sont infec­tées par une volonté de puis­sance déli­rante, l’hubris. Comme le rappelle Lewis Mumford, « les inven­teurs des bombes nucléaires, des missiles spatiaux, et des ordi­na­teurs sont les bâtis­seurs de pyra­mides de notre temps: psycho­lo­gique­ment galva­ni­sés par le mythe d’un pouvoir illi­mité, vantant leur omni­po­tence, sinon leur omni­science crois­sante à travers leur science, moti­vés par des obses­sions et des compul­sions pas moins irra­tion­nelles que celles des systèmes abso­lu­tistes d’au­tre­fois : en parti­cu­lier la notion selon laquelle le système lui-même doit s’étendre, peu importe les éven­tuels coûts pour la vie. »

Hubris que nous obser­vons aujourd’­hui dans la démence incar­née par une ville comme Dubaï, avec ses pistes de ski en inté­rieur, ses guépards en animaux de compa­gnie, ses tours plus hautes les unes que les autres qui atteignent presque le kilo­mètre & leurs restau­rants ultra-chics, ses îles arti­fi­cielles, ses chambres d’hô­tels sous-marines, et sa rési­dence hôte­lière agré­men­tée d’une forêt tropi­cale inté­rieure (afin de « s’im­mer­ger complè­te­ment dans une atmo­sphère humide, du sol jusqu’à la cano­pée, sans toute­fois être mouillés grâce à un un simu­la­teur de pluie avec capteurs inté­grés de manière à proté­ger le public d’éven­tuelles projec­tions d’eau. La jungle inclura égale­ment une tyro­lienne, une piscine pour enfants, un ruis­seau… et une plage »). Bien évidem­ment, les coûts écolo­giques et sociaux d’un tel délire sont à la mesure de sa déme­sure.

La civi­li­sa­tion se carac­té­rise égale­ment par une obses­sion en lien direct avec l’hubris précé­dem­ment mentionné , par une pulsion inhé­rente à son exis­tence : le besoin de tout contrô­ler. Cette culture du contrôle, néces­saire pour son expan­sion, fait que tout ce qui existe doit être analysé et au besoin refaçonné, restruc­turé, de manière à s’im­briquer dans son modèle machi­nique (arti­fi­ciel) de déve­lop­pe­ment. Ce qui fait, par exemple, que des proprié­tés aussi indis­so­ciables de la vie que la mort et la mala­die sont consi­dé­rées comme inad­mis­sibles et devant être combat­tues. D’où la philo­so­phie trans­hu­ma­niste des indi­vi­dus les plus puis­sants de la civi­li­sa­tion, qui rêvent de ne plus mourir et de possé­der des corps bioniques, peu importe les coûts pour les autres espèces, pour l’en­vi­ron­ne­ment et l’équi­libre de l’éco­sys­tème Terre. Il s’agit proba­ble­ment de l’étrange produit toxique d’une angoisse exis­ten­tielle non-réso­lue, faite de complexe divin, de rêves d’im­mor­ta­lité et de toute-puis­sance, vrai­sem­bla­ble­ment asso­ciés à une peur de la mort (mais de la sienne propre, unique­ment, narcis­sisme cultu­rel et socio­pa­tho­lo­gique oblige, pas de celle des autres êtres vivants, humains ou non, ni de celles des commu­nau­tés natu­relles, des biomes, etc., visi­ble­ment) tout ce qu’il y a de plus élémen­taire. Pierre Four­nier écri­vait à ce propos : « on a trop dit que le robot inquiète, c’est une illu­sion d’in­tel­lec­tuel. Il inquiète l’homme qui réflé­chit, il plait aux autres. Ils ont peur de tout ce qui, sans eux, simple­ment, existe. Tout ce qui est vivant les menace. Tout ce qui se fabrique les rassure. »

A travers ce refus d’être soumis aux mêmes lois que le reste du monde natu­rel, et au contraire, à travers sa volonté vani­teuse de le soumettre à son empire de l’ar­ti­fice, la menta­lité civi­li­sée renie le souhait et écarte la possi­bi­lité de s’y inté­grer harmo­nieu­se­ment, se lançant alors dans une quête absurde, sans fin, et terri­ble­ment destruc­trice du vivant (par là même, le règne de l’in­sa­tis­fac­tion, une des carac­té­ris­tiques de la civi­li­sa­tion, selon Freud, est égale­ment flagrant, puisque le corps humain est consi­déré comme inabouti et insa­tis­fai­sant, et devant être amélioré, augmenté). Sa surex­ploi­ta­tion des ressources natu­relles et son irres­pect de toutes les contin­gences biolo­giques lui permettent de béné­fi­cier tempo­rai­re­ment d’un confort maitrisé et d’une sécu­rité accrue face à des aléas qu’elle consi­dère comme into­lé­rables. La dévas­ta­tion que cela entraine, le détraque­ment de tous les équi­libres et de tous les écosys­tèmes dont dépendent les condi­tions qui permettent la survie de l’hu­ma­nité, vont tôt ou tard mettre un terme à son délire de puis­sance. Le plus tôt, le plus de biodi­ver­sité et de vivant non-dégradé il restera.

Note sur la rési­gna­tion, le fata­lisme et le contrôle social

La plupart des habi­tants de la civi­li­sa­tion mondiale actuelle ne se soucient même plus de l’ab­sence totale de démo­cra­tie (se contentent d’un pauvre vote tous les 4 ou 5 ans, qui n’est plus fina­le­ment qu’une forma­lité, puisque l’ordre civi­li­sa­tion­nel conti­nuera sur sa lancée quoi qu’il en soit) ; ils ne se soucient pas non plus de l’éloi­gne­ment qui les sépare des lieux où sont déci­dés les dispo­si­tions écono­mico-poli­tiques qui façonnent leurs vies, et alimentent non seule­ment la crois­sance des injus­tices entre les êtres humains, mais égale­ment des destruc­tions et pollu­tions envi­ron­ne­men­tales toujours plus nombreuses. Ils se contentent, pour la plupart, de faire ce qu’on attend d’eux dans la posi­tion sociale qui est la leur ; non pas qu’ils soient tous d’ac­cord avec les orien­ta­tions et les choix de leurs diri­geants poli­tiques, mais que, dépos­sé­dés au point de n’avoir plus qu’une vota­tion paro­dique comme influence, et soumis à des propa­gandes média­tiques ainsi qu’à la stan­dar­di­sa­tion et au condi­tion­ne­ment éduca­tifs, la plupart se résignent et acceptent doci­le­ment ce qu’ils prennent alors pour une fata­lité.

Parmi ces organes de propa­gande média­tique, souli­gnons le rôle de l’in­dus­trie du diver­tis­se­ment (jeux-vidéo, cinéma, film, télé­vi­sion, musique, roman, etc.), un des plus puis­sants outils (et peut-être le plus puis­sant) de contrôle des popu­la­tions. Son mot d’ordre, qui pour­rait se résu­mer à « diver­tir pour domi­ner », repose sur des prin­cipes sécu­laires de contrôle des popu­la­tions au sein des empires, aussi anciens que les combats de gladia­teurs.

À toutes fins utiles

Au passage, nous tenons à rappe­ler que nous sommes, nous aussi, des enfants de cette civi­li­sa­tion, et qu’il nous a fallu du temps et des efforts pour parve­nir à nous défaire de la percep­tion du monde qu’elle inculque ; que ce n’est pas chose aisée, puisque cela néces­site une véri­table remise en ques­tion de cette culture dans son inté­gra­lité, de ses fonde­ments les plus tenus pour acquis, de ce que beau­coup prennent pour allant de soi au point qu’en débattre leur parait impen­sable.

« Nous abusons de la terre parce que nous la consi­dé­rons comme une marchan­dise à notre dispo­si­tion. Lorsque nous la perce­vrons comme une commu­nauté à laquelle nous appar­te­nons, nous pour­rons alors commen­cer à inter­agir avec elle en faisant preuve d’amour et de respect. »

— Aldo Leopold

Jour après jour, nous désap­pre­nons et réap­pre­nons, autre­ment, passant ainsi d’une pensée centrée sur la civi­li­sa­tion aujourd’­hui de crois­sance techno-indus­trielle à une pensée et une concep­tion du monde biocen­triques. Aldo Leopold, à nouveau : « Je ne sous-entends pas que cette philo­so­phie de la terre a toujours été claire pour moi. Elle est plutôt le résul­tat final du chemi­ne­ment d’une vie. » Nous chemi­nons encore, en direc­tion de ce qu’il nommait l’éthique de la Terre :

« Toute l’éthique déve­lop­pée jusqu’ici s’est basée sur une seule prémisse: que l’in­di­vidu est un membre d’une commu­nauté de parties inter­dé­pen­dantes. L’éthique de la Terre élar­git simple­ment les fron­tières de la commu­nauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux, ou, collec­ti­ve­ment, la terre. »

Comme lui, nous pensons qu’une chose « est juste lorsqu’elle tend à préser­ver l’in­té­grité, la stabi­lité et la beauté de la commu­nauté biotique. Injuste autre­ment. »

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La malé­dic­tion progres­siste et l’au­to­ri­ta­risme tech­no­cra­tique

Le progres­sisme cultu­rel — l’idée que nous sommes desti­nés, en tant que civi­li­sa­tion, à aller de l’avant, à perfec­tion­ner et à sophis­tiquer toujours plus nos exis­tences, qu’il est certain et normal que demain soit meilleur qu’hier, que nos condi­tions ne cessent de s’amé­lio­rer au fil du temps, et ce grâce au sacro-saint déve­lop­pe­ment des sciences et des tech­niques —, au sein duquel les civi­li­sés sont éduqués, s’at­tache à diabo­li­ser le passé, de manière gros­sière, cari­ca­tu­rale et simple­ment fausse. Le passéisme est alors un péché, moqué à l’aide des fameux « on ne va pas reve­nir en arrière ! », « ce que vous propo­sez c’est un retour à l’âge de pierre », « on ne va pas recom­men­cer à s’ha­biller en peaux de bêtes et à s’éclai­rer à la bougie », etc.

Tandis qu’en réalité, comme le rappelle Jared Diamond, « Les chas­seurs-cueilleurs pratiquaient le mode de vie le plus abouti et le plus durable de l’his­toire humaine. En revanche, nous luttons toujours avec la pagaille dans laquelle l’agri­cul­ture nous a préci­pi­tés, et il n’est pas certain que nous puis­sions nous en sortir. » 10 000 ans de civi­li­sa­tion basée sur l’agri­cul­ture, puis l’agri­cul­ture indus­trielle et enfin sur l’agro-pétro-chimie ont conti­nuel­le­ment dégradé la planète ainsi que la psyché humaine, et nous en sommes désor­mais rendus au constat intro­duc­tif de ce texte.

De plus, par la complexité et le nombre des diffé­rentes étapes de leur produc­tion et par la répar­ti­tion géogra­phique des matières premières néces­saires à leur fabri­ca­tion, les hautes-tech­no­lo­gies dépendent intrin­sèque­ment d’une société de masse, mondia­li­sée — la civi­li­sa­tion indus­trielle.

& puisque toute société de masse est haute­ment hiérar­chique et anti­dé­mo­cra­tique par néces­sité, parce qu’il s’agit de gérer, d’ad­mi­nis­trer et d’or­ga­ni­ser un nombre exces­sif d’in­di­vi­dus, qui ne pour­raient l’être selon les prin­cipes de la démo­cra­tie directe, les hautes-tech­no­lo­gies dépendent donc de struc­tures sociales auto­ri­taires.

En effet, soyons honnêtes, la démo­cra­tie réelle (dans laquelle chaque indi­vidu prend lui-même direc­te­ment part à l’éla­bo­ra­tion et à l’orien­ta­tion de l’or­ga­ni­sa­tion sociale dont il parti­cipe, où son droit de regard n’est pas délé­gué, ni son pouvoir déci­sion­naire, ni son juge­ment, ni son contrôle), déjà complexe à implé­men­ter à l’échelle d’un village — et en dépit des promesses progres­sistes d’une véri­table démo­cra­tie rendue possible grâce aux outils haute­ment tech­no­lo­giques comme l’in­ter­net, outils dont l’exis­tence est, rappe­lons-le à nouveau, écolo­gique­ment destruc­trice, et outils qui n’ont pu être conçus et maté­ria­li­sés qu’en raison de l’ab­sence d’une vraie démo­cra­tie plané­taire (et grâce à la société de masse mondia­li­sée et haute­ment hiérar­chi­sée) — à l’échelle d’une région, d’une nation, ou de la planète, cette idée est d’au­tant plus chimé­rique.

Les conforts et les charmes hypno­tiques de la civi­li­sa­tion (indus­trielle) reposent ainsi sur des tech­niques (indus­trielles) complexes, écolo­gique­ment destruc­trices, psycho­lo­gique­ment et physio­lo­gique­ment nuisibles, et élabo­rées, au niveau social, de manière auto­ri­taire. Lewis Mumford, à nouveau, « la tech­nique auto­ri­taire […] appa­raît à peu près au quatrième millé­naire avant notre ère, dans une nouvelle confi­gu­ra­tion d’in­ven­tion tech­nique, d’ob­ser­va­tion scien­ti­fique et de contrôle poli­tique centra­lisé qui a donné nais­sance au mode de vie que nous pouvons à présent iden­ti­fier à la civi­li­sa­tion. »

Les hautes tech­no­lo­gies modernes, plus puis­santes, encore, que leurs prédé­ces­seurs, reposent sur une orga­ni­sa­tion sociale parti­cu­liè­re­ment auto­ri­taire, et sur des destruc­tions envi­ron­ne­men­tales parti­cu­liè­re­ment impor­tantes, ainsi que nous le faisions remarquer au début de ce texte.

Les soi-disant tech­no­lo­gies « vertes » ou « renou­ve­lables », en plus d’être, à l’ins­tar de toutes les hautes tech­no­lo­gies, conçues et contrô­lées de manière anti­dé­mo­cra­tique, s’avèrent égale­ment destruc­trices.

En plus (mais surtout à cause) de tout ceci, l’in­di­vidu, au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle, en est réduit à n’être qu’un minus­cule rouage passif (car dépos­sédé, rendu impuis­sant par les insti­tu­tions du système) d’une machi­ne­rie qui le dépasse large­ment. Il n’exerce (quasi­ment) aucun contrôle sur les insti­tu­tions qui le dominent.

La civi­li­sa­tion (et d’au­tant plus la civi­li­sa­tion indus­trielle) étant un proces­sus qui tend à se complexi­fier, à se rigi­di­fier, à implé­men­ter toujours plus de règles et de lois pour gérer son expan­sion et sa sophis­ti­ca­tion haute­ment tech­no­lo­gi­sée, la dépos­ses­sion que connait l’in­di­vidu ne peut aller qu’en empi­rant propor­tion­nel­le­ment à la crois­sance de la machi­ne­rie mondiale (crois­sance démo­gra­phique, écono­mique, géogra­phique, tech­no­lo­gique, etc.).

La volonté d’uni­fier l’hu­ma­nité à l’échelle plané­taire (et de la même façon, les popu­la­tions à l’échelle d’une nation), à l’aide d’ins­ti­tu­tions communes (système écono­mique, système juri­dique, système tech­no­lo­gique, etc.) néces­site donc ces struc­tures sociales auto­ri­taires (va de pair avec) et les destruc­tions écolo­giques qu’elles génèrent.

La volonté de (conti­nuer à) béné­fi­cier des conforts qu’ap­portent et que permettent l’in­dus­tria­lisme (et ses hautes-tech­no­lo­gies) et la mondia­li­sa­tion implique pareille­ment ces struc­tures sociales haute­ment hiérar­chi­sées ainsi que ces pratiques destruc­trices de l’en­vi­ron­ne­ment.

Cepen­dant, et parce que l’évo­ca­tion même d’un renon­ce­ment est une héré­sie au sein de la culture progres­siste, il est aujourd’­hui impen­sable pour la majo­rité des civi­li­sés d’abju­rer le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique. Mais puisque toutes les hautes-tech­no­lo­gies sont destruc­trices de l’en­vi­ron­ne­ment (extrac­ti­visme, trans­ports, pollu­tions innom­brables à tous les stades de produc­tion, etc.), et parce qu’y renon­cer pure­ment et simple­ment est hors de ques­tion, la culture domi­nante s’échine à trou­ver des solu­tions tech­no­lo­giques à ses problèmes tech­no­lo­giques. D’où la culture des alter­na­tives (« alter­mon­dia­lisme »), d’où le commerce « équi­table », d’où les smart­phones équi­tables, d’où les éco-véhi­cules, les éner­gies « vertes », les bioplas­tiques, et ainsi de suite. Toutes ces choses, au demeu­rant polluantes et destruc­trices, peuvent effec­ti­ve­ment l’être parfois dans une (légè­re­ment) moindre mesure. Malheu­reu­se­ment, la crois­sance démo­gra­phique et la produc­tion par défi­ni­tion infi­nie (crois­sance et expan­sion obligent !) de nouvelles tech­no­lo­gies balaient le moindre gain. Et les choses empirent.

A propos de l'inutilité et de l'ineptie des alternatives soi-disant vertes : http://partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/

A propos de ce refus absolu de tout renon­ce­ment, Bernard Char­bon­neau écri­vait :

« ‘Et main­te­nant que propo­sez-vous ?’ — Car la réac­tion de l’in­di­vidu moderne n’est pas de recher­cher la vérité, il lui faut d’abord une issue ; en fonc­tion de laquelle doit s’éta­blir le système. Et je m’aperçois que ma réflexion m’a conduit là où je suis : au fond d’un abîme d’im­pos­si­bi­li­tés. Alors m’im­pu­tant la situa­tion déses­pé­rante qui tient à un monde tota­li­taire, il me repro­chera de détruire systé­ma­tique­ment l’es­poir. ‘Votre critique est peut-être juste, dira-t-il, mais quelle solu­tion appor­tez-vous ?’ — Sous-entendu, s’il n’y a pas d’is­sue à la situa­tion qu’elle dénonce, votre critique doit être fausse. ‘C’est vous qui me déses­pé­rez’… Et effec­ti­ve­ment je suis coupable de faire son malheur, puisque sans moi cette impos­si­bi­lité n’exis­te­rait pas pour sa conscience. »

Nous en venons donc à la cita­tion d’Hip­po­crate, du début de ce texte. Parce qu’il n’est pas « prêt à suppri­mer les causes de sa mala­die », le progres­siste ne peut guérir. De la même façon, la culture progres­siste est condam­née par l’im­mua­bi­lité de son idéo­lo­gie du progrès tech­nique.

Certains imaginent un fédé­ra­lisme démo­cra­tique, une idée à creu­ser mais qui dépen­drait de toute façon, et initia­le­ment, de véri­tables démo­cra­ties, à taille humaine, établies au préa­lable. Retour, donc, à la ques­tion anté­rieure de l’abo­li­tion de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Diver­gence des luttes et confu­sion orga­ni­sée

A cet effet, il existe aujourd’­hui, au sein des états-nations contem­po­rains, tout un secteur offi­ciel et auto­risé que l’on quali­fie (et qui se pense) para­doxa­le­ment comme une oppo­si­tion aux insti­tu­tions de pouvoir. L’iro­nie tragique de cette oppo­si­tion, du moins de celle qui se présente et nous est présen­tée comme telle (la gauche, l’ex­trême-gauche, l’ex­trême-droite, les asso­cia­tions, orga­ni­sa­tions ou fonda­tions écolo­gistes, entre autres) est qu’elle est auto­ri­sée, enca­drée et contrô­lée par le pouvoir en place (celui auquel elle est sensée s’op­po­ser, s’at­taquer), et qu’elle en dépend fonda­men­ta­le­ment (subven­tions, auto­ri­sa­tions de diverses mani­fes­ta­tions, rassem­ble­ments, et autres actions de protes­ta­tion, statuts décla­rés, approu­vés, etc.).

L’abs­trac­tion permet de faire ressor­tir l’ab­surde de la situa­tion : que pense­riez-vous de groupes d’in­di­vi­dus préten­dant s’op­po­ser à un certain régime, et, qui, pour ce faire, deman­de­raient auto­ri­sa­tions et certi­fi­ca­tions à ce même régime, et se conten­te­raient d’agir en fonc­tion des règles édic­tées par lui.

Bien évidem­ment, le régime en ques­tion s’est arrangé, grâce à ses multiples organes de propa­gande (les médias et l’édu­ca­tion natio­nale, prin­ci­pa­le­ment), pour faire en sorte que ces règles, orga­ni­sées en une culture de l’op­po­si­tion offi­cielle du comment-mani­fes­ter-votre-oppo­si­tion, rendent inef­fi­cace, inof­fen­sive, et fina­le­ment inopé­rante, toute oppo­si­tion. En effet, aucun parti, aucune orga­ni­sa­tion auto­ri­sée ne s’op­pose au progres­sisme, à l’in­dus­trie, aux hautes-tech­no­lo­gies, et fina­le­ment à tout ce qui fait la civi­li­sa­tion indus­trielle. Aucune émis­sion à la télé­vi­sion ou à la radio, aucun article dans les jour­naux ou les maga­zines, ne discute du renon­ce­ment aux hautes tech­no­lo­gies, de la disso­lu­tion de l’état et de l’éco­no­mie mondia­li­sée, et donc de toutes les insti­tu­tions exis­tantes (renon­cer au concept de déve­lop­pe­ment, renon­cer à la société de masse, renon­cer donc aux villes telles que nous les connais­sons, et en défi­ni­tive à tout ce qui carac­té­rise actuel­le­ment la vie des civi­li­sés).

Ainsi, lutter pour que la civi­li­sa­tion indus­trielle mondia­li­sée se débar­rasse — à l’aide de réformes, de lois ou de régle­men­ta­tions — du racisme, du sexisme, de l’ho­mo­pho­bie, des mauvais trai­te­ments anima­liers, des inéga­li­tés de salaires, et d’autres problèmes du genre (qui n’en sont que dans la mesure où l’on est globa­le­ment en accord avec son projet fonda­men­tal, à savoir la marchan­di­sa­tion du vivant et son contrôle absolu, à savoir la société de consom­ma­tion, à savoir le progrès tech­no­lo­gique et ses consé­quences, entre autres choses), n’a rien à voir avec le combat contre ce système destruc­teur de la vie sur Terre.

Non pas qu’il y ait quelque chose de mauvais dans l’éga­lité des genres, dans le bon trai­te­ment des animaux, dans la tolé­rance des homo­sexuels, etc., bien au contraire. Seule­ment, ces luttes n’ont rien à voir avec le déman­tè­le­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle, puisqu’elles s’ins­crivent en son sein. Elles sont des tenta­tives de réformes de ce dont la survie même est nuisible.

Il en est de même de ceux qui luttent contre le système moné­taire inter­na­tio­nal, sans discu­ter ou remettre en ques­tion l’in­dus­tria­lisme globa­lisé et la civi­li­sa­tion indus­trielle dans son ensemble, et qui cherchent donc à profi­ter de la chaleur du feu tout en suppri­mant les flammes. Le système moné­taire actuel est un problème, certes, mais si vous voulez béné­fi­cier des conforts et des luxes qu’offrent les hautes tech­no­lo­gies de la société techno-indus­trielle, vous avez besoin de lui. L’éco­no­mie globa­li­sée de la civi­li­sa­tion indus­trielle dépend inté­gra­le­ment du système moné­taire (tout à fait absurde, et profon­dé­ment inique) qu’elle a implé­menté sur des décen­nies, bien­tôt des siècles, et qu’elle complexi­fie encore. Lutter contre ce dernier, c’est fina­le­ment lutter pour que s’ef­fondre l’édi­fice civi­li­sa­tion­nel dans son ensemble. Ce que nous approu­vons, seule­ment, bien trop de mili­tants en lutte contre le système moné­taire ne souhaitent pas perdre le confort haute­ment tech­no­lo­gique dont ils béné­fi­cient grâce au système moné­taire qu’ils condamnent.

Deux choses, alors : soit ils fantasment sur la possi­bi­lité d’éta­blir un système moné­taire démo­cra­tique et juste qui permette quand même le mode de vie civi­lisé, le confort tech­no­lo­gique moderne, ou sur la possi­bi­lité de béné­fi­cier de ce confort sans système moné­taire — auquel cas ils ne perçoivent pas l’in­sou­te­na­bi­lité et la destruc­ti­vité inhé­rentes à l’in­dus­tria­lisme, à l’éco­no­mie mondia­li­sée et, plus géné­ra­le­ment, au déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle (même s’il était possible que le système moné­taire permet­tant l’in­dus­tria­lisme et ses produits soit démo­cra­tique, ce qui n’est pas le cas, les acti­vi­tés physiques néces­saires à cet indus­tria­lisme et à la civi­li­sa­tion, des extrac­tions minières à l’éla­bo­ra­tion de produits de synthèse, en passant par la main­te­nance, le trans­port et la distri­bu­tion, reste­raient des désastres écolo­giques) ; soit ils feraient mieux de s’en prendre direc­te­ment à ce déve­lop­pe­ment et à la volonté d’uni­fier l’hu­ma­nité au sein d’une civi­li­sa­tion plané­taire.

A propos de reven­di­ca­tion moné­taire, souli­gnons égale­ment l’ab­sur­dité de la lubie qui consiste unique­ment à mili­ter pour un « revenu de base incon­di­tion­nel (ou univer­sel) ». Le verse­ment d’un tel revenu requiert une admi­nis­tra­tion en mesure de le distri­buer, et donc l’Etat, et donc tous les maux et les iniqui­tés qui en découlent, et donc l’éco­no­mie indus­trielle mondia­li­sée (puisque toutes les écono­mies des états-nations modernes sont imbriquées ne serait-ce qu’en terme d’im­port-export, inter­dé­pen­dantes en ce qui concerne les ressources, des métaux aux fruits tropi­caux), et donc les destruc­tions envi­ron­ne­men­tales, et donc fina­le­ment la destruc­tion en cours de la planète. Et simple­ment parce que la monnaie, dans le système écono­mique de la civi­li­sa­tion, corres­pond à des destruc­tions envi­ron­ne­men­tales, aussi appe­lées (euphé­mi­sa­tion cultu­relle oblige) « déve­lop­pe­ment des ressources natu­relles », ou « exploi­ta­tion des ressources natu­relles ». Et pour toutes les autres raisons déjà mention­nées. Si votre revenu de base dépend d’un système indus­triel, d’une société de masse, d’une société dépen­dante de l’agri­cul­ture, ou de l’uti­li­sa­tion de combus­tibles fossiles, ou du nucléaire, ou de l’ex­trac­ti­visme, ou de n’im­porte quelle pratique nocive pour l’en­vi­ron­ne­ment, il n’est pas souhai­table.

De toutes ces manières, les acti­vistes parviennent à entre­te­nir l’illu­sion qu’ils se révoltent contre le système. Mais cette illu­sion est absurde. L’agi­ta­tion contre le racisme, contre le sexisme, contre les inéga­li­tés de salaire, contre l’ho­mo­pho­bie et les problèmes du même acabit ne consti­tue pas plus une révolte contre le système que l’agi­ta­tion contre les pots-de-vin et la corrup­tion poli­tiques. Ceux qui s’op­posent aux pots-de-vin et à la corrup­tion ne se révoltent pas, ils agissent comme les forces de l’ordre du système : ils aident à garder les poli­ti­ciens dans le rang, à ce qu’ils obéissent eux aussi aux règles du système. Ceux qui s’op­posent au racisme, au sexisme, et à l’ho­mo­pho­bie, aux inéga­li­tés de salaires, de la même façon, agissent comme les forces de l’ordre du système : ils l’aident à élimi­ner les atti­tudes déviantes que sont le racisme, le sexisme et l’ho­mo­pho­bie, etc. ; le système tech­noin­dus­triel peut tout à fait encou­ra­ger de telles choses, puisqu’il peut très bien s’en accom­mo­der.

Quand bien même ces luttes seraient couron­nées de succès, et elles pour­raient l’être en partie ou inté­gra­le­ment, la civi­li­sa­tion indus­trielle conti­nue­rait à détruire la planète (à travers, rappel: ses impé­ra­tifs d’ex­pan­sion sans fin, de crois­sance démo­gra­phique, géogra­phique, tech­no­lo­gique, ses pratiques toutes plus destruc­trices et polluantes les unes que les autres : l’agri­cul­ture et l’éle­vage indus­triels – et donc la défo­res­ta­tion –, les extrac­tions minières, la produc­tion de substances chimiques toxiques, de déchets en tous genres, des plas­tiques aux métaux lourds, son étale­ment urbain, son insa­tiable appé­tit en ressources à exploi­ter).

D’ailleurs, pour prendre un exemple, le régime vegan l’ar­range gran­de­ment ; étant moins vorace en ressource, il lui permet­trait donc de fonc­tion­ner plus effi­ca­ce­ment. On peut tout à fait imagi­ner une société indus­trielle exempt du racisme, de l’ho­mo­pho­bie (et d’autres phobies), du sexisme, et prônant une alimen­ta­tion vegan. Pour autant, ses carac­té­ris­tiques fonda­men­tales reste­raient inchan­gées, et avec elles les innom­brables problèmes précé­dem­ment cités : la destruc­tion de la planète à travers les nombreuses pratiques anti­éco­lo­giques insou­te­nables (liés à l’in­dus­tria­lisme) et leurs consé­quences (pollu­tions en tous genres), l’ab­sence d’une véri­table démo­cra­tie, l’ex­pan­sion­nisme, l’au­to­ri­ta­risme des struc­tures sociales haute­ment hiérar­chi­sées.

Le plus grave danger qui nous menace aujourd’­hui ne relève pas du racisme, du sexisme, des inéga­li­tés de salaires, du système moné­taire ou de l’ho­mo­pho­bie qui ne sont, en compa­rai­son, que des problèmes super­fi­ciels et décou­lant direc­te­ment des struc­tures profondes de la civi­li­sa­tion indus­trielle, le plus grave danger qui nous menace, nous ainsi que toutes les autres espèces vivantes, relève de la destruc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment plané­taire dont nous dépen­dons tous, dont dépend la pros­pé­rité de la Vie sur Terre.

Rappe­lons que capi­ta­lisme et commu­nisme sont des produits de la civi­li­sa­tion indus­trielle, et que, comme Jacques Ellul l’ex­pliquait, c’est la machine qui façonne le monde (qui le détruit), pas le capi­ta­lisme (et pas le commu­nisme). Toutes les orga­ni­sa­tions de masses sont destruc­trices, une même propen­sion au saccage envi­ron­ne­men­tal les carac­té­rise, depuis l’avè­ne­ment de l’agri­cul­ture et les premières grandes cités jusqu’à aujourd’­hui, en passant par l’époque des Empires, la même surex­ploi­ta­tion de ce qui est perçu comme de simples ressources natu­relles, et le détraque­ment des écosys­tèmes qui en découle.

En nous oppo­sant aux struc­tures profondes de la civi­li­sa­tion, à l’État, à l’éco­no­mie indus­trielle mondia­li­sée, au déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique sans limite et hors de contrôle, aux hautes tech­no­lo­gies et à l’au­to­ri­ta­risme anti­éco­lo­gique qu’elles requièrent, ainsi qu’aux autres pratiques nuisibles sur lesquelles elle repose, nous nous attaquons par là même à tous les problèmes qui relèvent de la dépos­ses­sion, de la déme­sure sociale et donc de l’ab­sence de démo­cra­tie réelle (au racisme, au sexisme, aux inéga­li­tés…).

A ce propos une cita­tion de Lierre Keith, repre­nant elle-même Catha­rine MacKin­non :

« Les gens disent parfois qu’on pourra esti­mer que le fémi­nisme a triom­phé quand la moitié des PDG seront des femmes. Il ne s’agit pas de fémi­nisme, pour reprendre Catha­rine MacKin­non, il s’agit du libé­ra­lisme appliqué aux femmes. Le fémi­nisme aura triom­phé non pas lorsqu’au­tant de femmes que d’hommes tire­ront profit d’une orga­ni­sa­tion sociale oppres­sive, qui se nour­rit de la sueur de nos sœurs, mais lorsque toutes les hiérar­chies de domi­na­tion, y compris écono­miques, seront déman­te­lées. »

Nous pour­rions la refor­mu­ler ainsi :

Les luttes sociales et écolo­giques auront triom­phé non pas lorsque tous les indi­vi­dus tire­ront égale­ment profit de l’or­ga­ni­sa­tion sociale néces­sai­re­ment coer­ci­tive et destruc­trice (la civi­li­sa­tion indus­trielle) dont ils parti­cipent, mais lorsque celle-ci aura été déman­te­lée.

Les luttes socio-écolo­giques sont égale­ment infec­tées par un autre poison, qui résulte en leur inhi­bi­tion, à travers une dégra­da­tion de la pensée critique et du juge­ment. Les buzz (diffu­sion d’un élément média­tique, texte, vidéo ou audio, telle­ment massive qu’elle en devient un phéno­mène de mode, sur les réseaux sociaux et à travers les NTIC plus géné­ra­le­ment) témoignent souvent de cette déliques­cence de la raison et du « sens commun ».

Nous obser­vons cette disso­lu­tion de la pensée critique à travers des buzz, par exemple, lorsque Cyril Dion, le réali­sa­teur du film docu­men­taire « Demain » (timide et très incom­plète critique du bilan écolo­gique et social de nos socié­tés modernes, mais égale­ment vitrine de l’éco­ca­pi­ta­lisme), relaie sur son compte Face­book un article de Slate (groupe Le Monde, média capi­ta­liste grand public par excel­lence) inti­tulé « Les inter­nautes bluf­fés par le discours de tolé­rance du roi de Norvège » (un discours dégou­li­nant de bons senti­ments, en réalité un simple prêchi-prêcha). L’ab­sence totale d’es­prit critique ou d’une compré­hen­sion du pourquoi et de l’his­to­ri­cité des luttes socio-écolo­giques est patente : cet indi­vidu (MONSIEUR Harald V) est un roi, l’em­blème de l’an­ti­dé­mo­cra­tie et de l’injus­tice sociale, mais « les inter­nautes » n’en ont appa­rem­ment rien à faire ; égale­ment un ultra-riche ; qui plus est le PDG de Statoil, une compa­gnie norvé­gienne (LA compa­gnie d’état) de combus­tibles fossiles, régu­liè­re­ment épin­glée par des asso­cia­tions de défense de l’en­vi­ron­ne­ment ; à cet égard, il a inau­guré la confé­rence sur le forage en Arctique pour le pétrole et le gaz en 2015, en se féli­ci­tant d’un tel projet ; c’est un pro-indus­trie tous azimuts. La Norvège est un gros produc­teur de pétrole (14ème du monde), de gaz natu­rel (7ème mondial) et de char­bon, où la consom­ma­tion en éner­gie par habi­tant est de 6.4 TeP (tonne-équi­valent-pétrole, en France elle est de 3.8), où la produc­tion d’éner­gie a quadru­plé entre 1980 et 1997 ; c’est aussi un pays haute­ment tech­no­lo­gisé (fort taux de smart­phones/télé­vi­sions/tablettes par habi­tant). Tout ça pour dire que la Norvège (comme l’en­semble des états-nations modernes) suit un modèle de déve­lop­pe­ment écolo­gique­ment catas­tro­phique et insou­te­nable, et que ce monsieur est une crapule indus­trielle.

Relayer cet article et parti­ci­per à la diffu­sion (au buzz) d’un discours pate­lin et douce­reux en se féli­ci­tant de ce qu’un roi l’ait prononcé est affli­geant. Et pire encore pour un « écolo­giste ». C’est passer à côté de tous les problèmes les plus graves de notre temps. Tandis que le réchauf­fe­ment clima­tique lié aux émis­sions de gaz à effet de serre menace la tota­lité de la commu­nauté biotique plané­taire, que les extrac­tions minières dévastent l’en­vi­ron­ne­ment tout en émet­tant du CO2, relayer le discours miel­leux d’un roi (sans souli­gner le fait que peut-être qu’en 2016, la royauté devrait être abolie depuis long­temps déjà, et que nous devrions songer à compos­ter tout ce qui en reste dans les poubelles de l’his­toire), d’un ultra-riche, magnat de l’in­dus­trie des combus­tibles fossiles, pour quelqu’un qui se soucie préten­du­ment de l’éco­lo­gie et du social, est plus que ridi­cule.

Mais cela illustre bien deux choses, et d’abord la bien-pensance niaise, le posi­ti­visme et l’iré­nisme (la fuite devant tout ce qui relève du conflit, « l’at­ti­tude d’es­prit selon laquelle on tolère de façon tranquille des erreurs graves, inac­cep­tables, par désir exagéré de paix et de conci­lia­tion ») qui gangrènent et inhibent les luttes socio-écolo­giques. Ce qui est complè­te­ment stupide pour des mouve­ments de « lutte ». La lutte implique des adver­saires, et un conflit. La lutte subven­tion­née et média­ti­sée, en revanche, tente de tout rela­ti­vi­ser et de noyer les oppo­si­tions et les inté­rêts contra­dic­toires flagrants en des recom­man­da­tions vaseuses et des démarches inopé­rantes.

La deuxième chose que cela nous montre c’est comment, de nos jours encore, beau­coup (trop) de gens, dont des figures de proue des luttes socio-écolo­giques, demeurent subju­gués par l’at­tri­but monar­chique de la célé­brité, et enclins au culte de la person­na­lité. Ce qui n’est pas si éton­nant étant donné que le fonc­tion­ne­ment de nos états-nations modernes encou­rage encore aujourd’­hui ces travers d’un autre âge (à travers les maga­zines people, des émis­sions télé­vi­sées, radio­dif­fu­sées, les héros du cinéma, et de la presse, etc., à travers, fina­le­ment, la tota­lité de la culture moderne).

Ulti­me­ment, lutter contre un des nombreux problèmes surfa­ciques de la civi­li­sa­tion indus­trielle, le racisme, le sexisme, l’is­la­mo­pho­bie, la chris­tia­no­pho­bie, les inéga­li­tés de salaire, l’ho­mo­pho­bie, la judéo­pho­bie, ou que sais-je encore, sans s’op­po­ser à ses fonde­ments, qui détruisent l’en­vi­ron­ne­ment plané­taire, c’est avali­ser la destruc­tion. Pour reprendre les mots d’Henry David Thoreau, « Ils sont un millier à couper les branches du mal contre un seul qui s’at­taque à ses racines. »

Pour les habi­tants des états-nations modernes, il existe en effet deux niveaux de lutte diffé­rents. Le premier niveau, les branches, qui comprend les luttes contre le racisme, le sexisme, l’ho­mo­pho­bie, les inéga­li­tés de salaire, le mauvais trai­te­ment des animaux, etc., est le plus arpenté, parce que poli­tique­ment (et donc média­tique­ment) auto­risé. Il n’a pas de fin, et il est aussi voué à l’échec que la civi­li­sa­tion au sein de laquelle il se base.

Un autre exemple : beau­coup trop d’ac­ti­vistes, moti­vés par une admi­rable envie d’amé­lio­rer le monde, ciblent une entre­prise polluante et tentent de la pous­ser à adop­ter des pratiques plus respec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment (ou tentent de la faire fermer). Seule­ment, puisque toutes les indus­tries sont polluantes, c’est à toutes les entre­prises du monde qu’il faudrait s’at­taquer ; et parce que la civi­li­sa­tion indus­trielle encou­rage la créa­tion d’en­tre­prise, que « 1590 entre­prises sont créées en France chaque jour soit 530 000 par an envi­ron (538 100 en 2013) », soit une par minute en France (2008), et puisqu’il n’est pas possible pour une entre­prise de ne pas nuire à l’en­vi­ron­ne­ment (comme le titrait le Guar­dian : « La meilleure chose qu’une compa­gnie puisse faire pour l’en­vi­ron­ne­ment, c’est mettre la clé sous la porte »), étant donné que la civi­li­sa­tion indus­trielle elle-même dépend de pratiques anti­éco­lo­giques (cf. le début de ce texte), tout ce qui peut être atteint est un moindre mal, une destruc­tion moins impor­tante, ça n’a donc pas de fin.

compani

Préci­sons : lutter contre une entre­prise polluante est une bonne chose, lutter contre Monsanto est une très bonne chose!, seule­ment, et parce que c’est la tota­lité du monde indus­triel qu’il faut déman­te­ler, il ne faut pas perdre de vue que l’objec­tif à atteindre n’est pas la ferme­ture d’une entre­prise spéci­fique, mais la dispa­ri­tion de la civi­li­sa­tion qui créé l’entre­prise. Chaque corpo­ra­tion n’est qu’une des têtes de l’hydre.

L’autre niveau de lutte conçoit les choses diffé­rem­ment, il recon­naît que la civi­li­sa­tion est une guerre contre le monde natu­rel, un mode de vie profon­dé­ment destruc­teur, et qu’il est possible de faire sans elle. Il consiste donc à lutter contre les racines, contre la civi­li­sa­tion elle-même – contre cette société de masse, de crois­sance, techno-indus­trielle et marchande.

La seule lutte qui les englobe toutes par sa radi­ca­lité, et qui permette la réso­lu­tion simul­ta­née de tous les problèmes est logique­ment la lutte contre l’in­dus­tria­lisme, contre la société de masse, contre la civi­li­sa­tion.

Une des plus brillantes stra­té­gies mises en place par la civi­li­sa­tion indus­trielle consiste en sa cana­li­sa­tion des pulsions de révolte, qui auraient autre­ment pu prendre des allures révo­lu­tion­naires, au service de ces divers ripo­li­nages.

Un exemple parmi tant d’autres de cette stra­té­gie de désa­morçage : dans les milieux soi-disant d’op­po­si­tion, Gandhi est une idole, un modèle, un résis­tant héroïque et victo­rieux, dont les méthodes sont donc effi­caces et à suivre. L’his­toire de Gandhi est ensei­gnée par l’édu­ca­tion natio­nale. Pas celle de Bhagat Singh, ni celle de Kartar Singh. Ces deux-là n’ont pas été retenu dans le grand tri sélec­tif de l’his­toire©. Le véri­table rôle que Gandhi a joué est loin d’être celui qu’on croit, tout comme son soi-disant succès (quel succès ? L’état ultra­ca­pi­ta­liste indien de notre temps ? Comme le formule l’écri­vain et mili­tant Derrick Jensen : « nous pour­rions soute­nir que le peuple indien n’a pas réel­le­ment remporté cette révo­lu­tion, mais qu’à cet égard, Coca-Cola et Micro­soft l’ont emporté, pour l’ins­tant »).

Tout ceci est ample­ment analysé et dénoncé, entre autres par le mili­tant améri­cain Peter Gelder­loos, qui souligne, dans son excellent livre « Comment la non-violence protège l’Etat », à propos de l’in­dé­pen­dance de l’Inde, des éléments mis de côté par l’His­toire offi­cielle : « La résis­tance au colo­nia­lisme britan­nique [compre­nait] suffi­sam­ment d’ac­tions offen­sives et comba­tives pour que la méthode de Gandhi puisse être consi­dé­rée plus préci­sé­ment comme une, parmi plusieurs formes rivales de résis­tance popu­laire. […] Ainsi sont igno­rés d’im­por­tants leaders prônant une résis­tance plus offen­sive, tels que Chan­dra­se­khar Azad qui s’était engagé dans une lutte armée contre les colons britan­niques et des révo­lu­tion­naires comme Bhagat Singh, qui a gagné un soutien massif par des atten­tats à la bombe et des assas­si­nats. […] De manière signi­fi­ca­tive l’His­toire se rappelle de Gandhi plus que tous les autres, non pas parce qu’il repré­sen­tait la voix unanime de l’Inde, mais surtout grâce à toute l’at­ten­tion que lui portait la presse britan­nique et au rôle majeur qui lui était attri­bué du fait d’avoir parti­cipé à d’im­por­tantes négo­cia­tions avec le gouver­ne­ment colo­nial britan­nique. Quand nous nous rappe­lons que l’His­toire est écrite par les vainqueurs, une autre couche du mythe de l’in­dé­pen­dance s’éclair­cit. »

L’inef­fi­ca­cité ordon­nan­cée des ONG est analy­sée et dénon­cée, entre autres, par l’au­teure et mili­tante Arund­hati Roy, et par la jour­na­liste cana­dienne Cory Morning­star. Pour faire court, nous résu­me­rons leurs constats ainsi : le fonc­tion­ne­ment de ces orga­ni­sa­tions dépend des finances dont elles disposent ; ces finances sont assu­rées par des dons, parfois de parti­cu­liers, mais le plus souvent de fonda­tions, ou des subven­tions d’agences natio­nales ou inter­na­tio­nales. Les riches fonda­tions capi­ta­listes et les états ayant grosso modo le même objec­tif (à savoir la conti­nua­tion du déve­lop­pe­ment, de la crois­sance, et de l’ordre civi­li­sa­tion­nel exis­tant), ils s’as­surent que les ONG béné­fi­ciant de finan­ce­ments obéissent à certains critères stricts ; des critères qui garan­tissent bien évidem­ment qu’elles ne perturbent pas le bon dérou­le­ment du busi­ness-as-usual.

La conclu­sion de l’ana­lyse histo­rique et détaillée des prin­ci­pales ONGs écolo­gistes et de leurs agis­se­ments, tirée de l’ex­cellent livre « Qui a tué l’éco­lo­gie ? », écrit par Fabrice Nico­lino, est sans appel à ce sujet, et mérite une longue cita­tion:

Leur bara­tin, car c’en est un, consiste à pleur­ni­cher chaque matin sur la destruc­tion de la planète, avant d’al­ler s’at­ta­bler le midi avec l’in­dus­trie, dont le rôle morti­fère est central, puis d’al­ler conver­ser avec ces chefs poli­tiques impuis­sants, pervers et mani­pu­la­teurs qui ne pensent qu’à leur carrière avant de signer les auto­ri­sa­tions du désastre en cours.

On hésite devant le quali­fi­ca­tif. Misé­rable, minable, honteux, déri­soire, tragi­co­mique ? Qu’im­porte. Les écolo­gistes de salon ont failli pour de multiples raisons, que j’ai essayé d’en­tre­voir dans ce livre. […]

La jeunesse, non parce qu’elle serait plus maligne, mais pour la seule raison qu’elle est l’ave­nir, est la condi­tion sine qua non du renou­veau. Je n’ai aucun conseil à donner, je me contente de rêver d’une insur­rec­tion de l’es­prit, qui mettrait sens dessus dessous les prio­ri­tés de notre monde malade. On verra. Je verrai peut-être. Il va de soi que le livre que vous lisez sera vili­pendé, et je dois avouer que j’en suis satis­fait par avance. Ceux que je critique si fonda­men­ta­le­ment n’ont d’autre choix que de me trai­ter d’ex­tré­miste, et de prépa­rer discrè­te­ment la cami­sole de force. Grand bien leur fasse dans leurs bureaux bien chauf­fés! […]

La tâche était trop lourde pour eux, très simple­ment. Sauver la planète, cela va bien si l’on mène le combat depuis les confor­tables arènes pari­siennes. Mais affron­ter le système indus­triel, mené par une oligar­chie plus inso­lente de ses privi­lèges qu’au­cune autre du passé, c’est une autre affaire. Il faudrait nommer l’ad­ver­saire, qui est souvent un ennemi. Rappe­ler cette évidence que la société mondiale est stra­ti­fiée en classes sociales aux inté­rêts évidem­ment contra­dic­toires. Assu­mer la pers­pec­tive de l’af­fron­te­ment. Admettre qu’au­cun chan­ge­ment radi­cal n’a jamais réussi par la discus­sion et la persua­sion. Recon­naître la néces­sité de combats immé­diats et sans rete­nue. Par exemple, et pour ne prendre que notre petit pays, empê­cher à toute force la construc­tion de l’aé­ro­port nantais de Notre-Dame-des-Landes, pour­chas­ser sans relâche les promo­teurs crimi­nels des dits biocar­bu­rants, dénon­cer dès main­te­nant la pers­pec­tive d’une exploi­ta­tion massive des gaz de schistes, qui sera proba­ble­ment la grande bataille des prochaines années.

[…] Il faudrait enfin savoir ce que nous sommes prêts à risquer person­nel­le­ment pour enrayer la machine infer­nale. Et poser sans frémir la ques­tion du danger, de la prison, du sacri­fice. Car nous en sommes là, n’en déplaise aux Bisou­nours qui voudraient telle­ment que tout le monde s’em­brasse à la manière de Folle­ville.

Au lieu de quoi la gran­diose pers­pec­tive de remettre le monde sur ses pieds se limite à trier ses ordures et éteindre la lumière derrière soi. Les plus coura­geux iront jusqu’à envoyer un message élec­tro­nique de protes­ta­tion et faire du vélo trois fois par semaine, se nour­ris­sant bien entendu de produits bio. J’ai l’air de me moquer, mais pas de ceux qui croient agir pour le bien public. J’at­taque en fait cette immense coali­tion du « déve­lop­pe­ment durable » qui a inté­rêt à faire croire à des fadaises. Car ce ne sont que de terribles illu­sions. Il est grave, il est même crimi­nel d’en­traî­ner des millions de citoyens inquiets dans des voies sans issue.

Non, il n’est pas vrai qu’a­che­ter des lampes à basse consom­ma­tion chan­gera quoi que ce soit à l’état écolo­gique du monde. La machine broie et digère tous ces gestes hélas déri­soires, et conti­nue sa route. Pis, cela donne bonne conscience. Les plus roublards, comme au temps des indul­gences catho­liques, voyagent en avion d’un bout à l’autre de la terre autant qu’ils le souhaitent, mais compensent leur émis­sion de carbone en payant trois francs six sous censés servir à plan­ter quelques arbres ailleurs, loin des yeux. On ne fait pas de barrage contre l’océan Paci­fique, non plus qu’on ne videra jamais la mer avec une cuiller à café. Les dimen­sions du drame exigent de tout autres mesures. Et il y a pire que de ne rien faire, qui est de faire semblant. Qui est de s’es­ti­mer quitte, d’at­teindre à la bonne conscience, et de croire qu’on est sur la bonne voie, alors qu’on avance en aveugle vers le mur du fond de l’im­passe. […]

Culture de résis­tance

Retour au constat intro­duc­tif : mani­fes­te­ment, la plupart des mouve­ments d’op­po­si­tion échouent, ou ont échoué, non seule­ment à répa­rer les innom­brables dégâts et injus­tices engen­drés par les insti­tu­tions domi­nantes, mais ne serait-ce qu’à stop­per la progres­sion des destruc­tions toujours en cours.

Comme l’écrit Derrick Jensen dans son intro­duc­tion au livre de Ward Chur­chill « Le paci­fisme comme patho­lo­gie » : « Qu’al­lons-nous faire? Avec la planète entière en jeu, il est plus que temps que nous mettions toutes nos options sur la table. »

Que nous luttions pour la démo­cra­tie, pour les droits humains, pour les droits des non-humains (plantes et animaux), ou pour la préser­va­tion et la protec­tion du vivant en géné­ral, la civi­li­sa­tion, en tant qu’or­ga­ni­sa­tion sociale anti­dé­mo­cra­tique repo­sant sur des acti­vi­tés écolo­gique­ment destruc­trices (notam­ment, mais pas seule­ment, sur l’agri­cul­ture), doit être déman­te­lée.

Face à un tel défi — et parce qu’il serait dérai­son­nable, absurde et visi­ble­ment suici­daire de conti­nuer à lutter unique­ment selon les règles établies par ceux au pouvoir — nous ne devons plus craindre le poli­tique­ment incor­rect, l’in­con­ve­nant et l’ir­ré­vé­ren­cieux, nous devons saisir en profon­deur la gravité de la situa­tion, comprendre que ce qui peut réel­le­ment entra­ver la marche funèbre de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne sera jamais bien vu, ni encou­ragé, ni même auto­risé par ses auto­ri­tés, et, par consé­quent, nous devrions faire tout ce que nous pouvons pour encou­ra­ger ou parti­ci­per à la créa­tion d’une véri­table culture de résis­tance.

Termi­nons sur un conseil d’Henry David Thoreau :

« Si l’injus­tice est indis­so­ciable du frot­te­ment néces­saire à la machine gouver­ne­men­tale, l’af­faire est enten­due. […] Si, de par sa nature, cette machine veut faire de nous l’ins­tru­ment de l’injus­tice envers notre prochain, alors je vous le dis, enfrei­gnez la loi. Que votre vie soit un contre-frot­te­ment pour stop­per la machine. »

Collec­tif Le Partage

PS: Pour aller plus loin :
http://partage-le.com/2015/03/ce-qui-ne-va-pas-avec-la-civi­li­sa­tion-derrick-jensen/


Pour nous contac­ter: revol­ter­re@g­mail.com

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19 Comments on "À propos"

  1. Bravo et merci pour votre site, rempli de beaux textes et de belles idées auxquelles j’adhère entièrement 🙂
    Un seul regret l’absence de newsletter par mail, le fil d’actualité facebook étant ce qu’il est on peut ne pas voir une info intéressante.

    Alain

  2. Bonjour,
    félicitations pour avoir construit ce porte-voix en faveur de l’humanité.
    je suis de tout cœur et de tout bon sens avec vous !
    Philippe S.

  3. Ma liberté dépend de la liberté des autres disait Sartre. En fait ce n’est qu’une partie de la réalité. La liberté est itinérante a un état de non dualité, d’unité interne. Avoir à choisir est une illusion, Il y a la réalité du moment présent auquel nous devons faire face sans l’artifice factice de l’analyse. C’est la seul liberté de crée l’acte juste (Sans la souffrance de la tension lier à l’action différée sous emprise idéologique).

  4. Merci d’avoir publié l’erxcellent texte de Chris Hedges, “La pornographie, c’est ce à quoi ressemble la fin du monde”!
    Pourquoi ne pas identifier la traductrice ou le traducteur?
    Je viens d’en traduire un autre du même auteur qui pourrait vous intéresser.

    • Traducteur: Nicolas Casaux. Ouai j’ai oublié de le mettre probablement. Si tu veux nous l’envoyer on le publiera avec plaisir! (revolterre@gmail.com)

  5. C’est envoyé. On trouve énormément de matériel pertinent sur le site http://ressourcesprostitution.wordpress.com aisni que les analyses-clé d’Andrea Dworkin sur http://tradfem.wordpress.com

    Bravo pour votre beau travail!

  6. Bonjour aux Camarades du site LE PARTAGE !

    Je viens de découvrir votre excellent site 🙂

    Il fera parti, dorénavant, de mes favoris 😉

    Petite question : est-il possible de (justement…) de partager certains de vos articles sur mon propre site, en mentionnant (toujours!) la source ? ?

    Bonne route, bonne continuation.

    Fraternellement,

    Michel

  7. Merci pour votre site que je découvre depuis quelques jours seulement et que j’épluche religieusement (si j’ose dire).

    Y a-t-il de votre côté un projet de réunion, d’association, ou que sais-je d’autre pour unir forces et idées? Plus je m’informe, plus je tombe dans une sorte de dépression, à force de se sentir aussi lucide qu’inutile… et à force de tomber sur des mouvements qui ont l’apparence de “gens biens” et qui sont, au choix, illuminés, sectaires, religieux ou/et du côté des puissants (Colibris pour ne citer qu’eux).

    bonne continuation 🙂

    • Bonjour et Merci! 🙂

      Notre mouvement, notre collectif, est naissant! Nous sommes dans les prémisses, mais à terme, et parmi les objectifs, oui, il y a des projets de réunion, et d’association, n’hésitez pas à rester en contact avec nous, nous avons besoin de militants et d’activistes (en premier lieu, pour faire connaitre notre collectif!). Vous pouvez nous suivre via la page facebook également.

      Nicolas Casaux

  8. Bonjour au site “Le Partage” 🙂

    Nous aurions préférés vous contacter plus “discrètement”, mais nous n’avons pas trouvé de formulaire de contact sur le site.

    Vous devez connaître notre Blog “Socialisme libertaire” car nous vous suivons depuis assez longtemps maintenant 🙂 et nous partageons/diffusons régulièrement certains de vos articles.

    Nous avons ouvert récemment une Page sur Twitter (donc nouveau sur ce réseau, nous connaissons assez peu encore les “mœurs” de celui-ci !) et nous avons découvert votre Page à laquelle nous nous sommes abonnés…

    Suite à ça nous avons parcouru vos abonnements pour découvrir d’autres Pages… et là nous avons été très surpris (et même déçus)des abonnements disons… contre-natures (vu vos idéaux également libertaires) vers des Pages que nous fuyons… nous avons relevés cette liste :

    > “fondation Brigitte Bardot” : tous le monde connaît les accointances (le mot est faible) malsaines de “BB” avec l’extrême-droite et spécialement le FN…

    > “reopen 911” : le site complotiste paranoïaque par excellence… relayé quotidiennement -bien entendu- par l’extrême-droite.

    > “RT” : le relaie médiatique aux ordres de l’autocrate Poutine…

    > “agence info libre” : site d’info d’extrême-droite bien connu (conspirationnisme, antisémitisme, confusionnisme…)

    > “inform’action” : site conspirationniste…

    > “cercle des volontaires” : site de droite extrême, connu pour son confusionnisme et son entrisme.

    > “nadine morano” (!!) : on ne présente plus cette agitée de la droite réac…

    > les Pages de “Collon” et “Chouard” (+ “gentils virus” les fans de Chouard) : 2 célèbres confusionnistes ‘rouges/bruns’ connus pour leurs proximités avec la faschosphère (notamment le néo-nazi Soral) !

    > “mondialisation.ca” : site conspirationniste paranoïaque proche de l’extrême-droite.

    … désolé pour cette longue et triste litanie, et sans faire dans le “donneur de leçons”, nous avons trouvés cela “bizarre”…

    En espérant que vous pourrez nous expliquer ces abonnements très troublants… c’est écrit sans animosité de notre part.

    Amitiés libertaires ★

    • Je ne gère pas la page Twitter, et oui, tout ça, on aime pas trop. Mais je pense que c’est plus une question de stratégie de com’ qu’autre chose.

  9. Vous dîtes que l’agriculture serait la cause de cette dynamique de destruction du vivant. Mais il y a peu d’éléments pour justifier cela.

    Les destructions sont causées par une organisation industrielle, qui n’a que deux siècles.

    Et en même temps cette organisation industrielle aurait sa source dans l’invention de l’agriculture il y a 10000 ans.

    Pourquoi ? Aucune réponse dans votre texte.

    Pour expliquer cette dynamique il faudrait en exhiber le “moteur” social, c’est-à-dire ce qui dans la société échappe aux humains, est autonome, bien que produit par les humains. Ce serait une dynamique qui fait des humains de simples ressources, ainsi que du vivant, et de tout ce qui existe sur cette Terre. Ce serait une dynamique suffisamment puissante pour perdurer malgré la conscience de ces destructions. Elle serait suffisamment coercitive pour empêcher les révoltes de détruire ce moteur. Elle serait suffisamment puissante pour être incontrôlable, y compris par les classes sociales en bénéficiant matériellement parlant. Elle serait suffisamment omniprésente pour être au cœur de notre socialisation, au cœur de chacun, y compris en ceux qui n’aspirent qu’à défaire ce monde qui leur est hostile. Elle serait de nature à être rigoureusement indifférente à la concrétude de ce qui se fait contre le vivant, de ce que les humains font, et ce que ça fait aux humains, tout en nécessitant leur participation, leur vie.

    Avant la révolution industrielle, qui coïncide avec l’émergence des sociétés capitalistes, une telle dynamique n’existe pas. Ça ne fait pas des sociétés précapitalistes des modèles à suivre. Ces sociétés étaient structurées à partir de liens politico-religieux, hiérarchiques, qui s’exerçaient en direct, de personne à personne. Les personnes avaient des statuts, d’où dérivaient des obligations, comme celle pour le serf de donner une partie de sa récolte au seigneur du coin. Au-delà de quelques dizaines de kilomètres, les objets créés par les humains, et encore moins les denrées alimentaires, circulaient peu. Rien qui puisse donner lieu à une dynamique d’expansion incontrôlable, d’exploitation et de destruction, comme celle qui nous concerne.

    J’écris cela sur un ordinateur qui a été acheté, et qui est composé de millions de travaux humains et de composants également achetés, en provenance de toutes les parties du globe. Ce n’est pas l’agriculture qui fait fonctionner cette machinerie sociale, ce n’est pas elle qui l’a construite, ce n’est pas elle qui fait qu’elle fonctionne et perdure. Ces millions de travaux, le mien y compris, ne tiennent pas par la “civilisation”. Ce n’est pas l’hubris qui fait se coordonner ces travaux. Nous sommes nombreux à trouver démente et décadente une ville comme Dubaï. Mais parmi ces millions d’actes de travail et de consommation, il y en a peu qui proviennent de tel lieux insensés.

    Pour comprendre notre situation présente, faire remonter le problème à la nuit des temps, au néolithique, ne donne aucune prise sur la situation. Malgré le « A » avec le rond autour, je ne vois pas le rapport entre ce qui est écrit ici et l’anarchie, qui à mon sens vise l’autonomie, la réappropriation des humains de ce qui se fait à partir d’eux, la société. Faire croire qu’il y aurait un « en dehors », une vie sauvage, qui constitueraient un point d’appui pour abolir la société industrielle, ou bien faire croire que la source de leur aliénation présente serait l’agriculture inventée il y a 10000 ans, n’est-ce pas détourner les gens de l’action, provoquer une paralysie générale malgré la nécessité impérieuse de se révolter contre ?

    D

  10. Bonjour,

    J’avais laissé une question au sujet des chiffres de l’ONU sur l’estimation concernant les 200 espèces qui s’éteigneraient quotidiennement. Je ne la retrouve nulle part, mais je tenais à vous faire savoir que j’avais fini par trouver (enfin !) certaines sources de IUCN et de WWF. En réalité, tout dépend (comme toujours pour cette science) de la manière dont on calcule les taux.
    Voici les liens :
    https://cmsdata.iucn.org/downloads/species_extinction_05_2007.pdf
    http://wwf.panda.org/about_our_earth/biodiversity/biodiversity/

  11. cette absence de biodiversité humaine, culturelle, est une partie évidente du problème, surtout en Europe où le mode de vie agricole et sédentaire a écrasé tous les autres. C’est pour ça qu’il faut restaurer le mode de vie chasseurs cueuilleurs, entre autres. Moins pour un retour en arrière que pour permettre la résilience qu’apporte toute variété.

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